‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 68 sur 229 · LIVRE DIX-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-HUITIÈME

particulièrement de la Nouvelle-Angleterre, nom qu*on étendait alors Jusqu'aux environs de Terre-Neuve («). C'est probablement d'après ee passage d*Ortelius que Gluver parle de la Frislande comme d*un pays soumis au roi d'Angleterre. D'autres supposèrent que la petite lie de JBus ou de Bry, au sud de l'Islande, était un reste de la Frislande qui avait été submergée p). Il y en eut qui osèrent considérer l'existence de la Frislande , et même tout le voyage de Zeno, comme une fable (').

» Une nouvelle explication s'est présentée à l'esprit d'un Français et d'un Danois qui nous semblent avoir trouvé la vérité par deux voies différentes (<). M. Buacbe a prouvé que la position géographique de la Frislande répond à celle de l'archipel des lies de FœrOe. Zeno dit expressément que les Uesd'Estland ou Shetland étaient entre la Norvège et la Frislande. La distance de vingt journées de navigation entré cette dernière terre et le cap méridional d'Engroneland ou Groenland, évaluée à 20 lieues marines par Jour, nous reporte vers les îles Fœrôe, dont la latitude correspond à celle de la Frislande. M. Eggers s'est plus attaché à démontrer l'identité des noms, tels que Monaco ou le Moine , rocher au sud de cet archipel ; Soramd ou Sorrey, pour Sudereyan, l'île la plus méridionale; Sudero-golfo , encore aujourd'hui appelée détroit de SuderOe ; Andèfofd ou Andefiord, baie des canards, et d'autres ressemblances moins évidentes. Si à ces arguments on ajoute que Zeno , en nommant toutes les possesitions du roi de Norv^ attaquées par Zîchmni, passe sous silence l'archipel de FœrOe, et que, de l'autre côté, aucun écrivain islandais ne connaît la Frislande, l'identité de ces deux contrées , désignées sous deux noms différents, devient extrêmement vraisemblable. La grande étendue de l'Ile principale dans la carte de Zeno provient sans doute de ce que le dessin original , très délabré lorsqu'il fut copié , n'offrait qu'une image confUse des canaux qui séparent les îles de FœrOe. D'ailleurs, les exagérations de ce genre sont

(«) Orul. Tbcal. mondi , fol. 07. — («) Delisle, Hémisphère OCCidenUI, 1720. — (3) /îaudrand , Dicl. géog. rt>a^*cAi,SlorlûlcUer. V. etc. — (♦) Buache, Mém. sur THe de Frislande. Paris. 1787, dansTHist. de TAcadém. des Sciences pour 1784. Eggers, Mém. sur l'ancien Groenland, couronné en 1792 par la Société économique de Copenhague. Mém, de ceUe Société, tom. IV.

très communes dans les cartes du moyen âge. Quant au nom de Frislande , que Frobisheret les auteurs anglais écrivent Freesland, il semble n'être qu'une modification de celui de f ereyS'land ou terre de FœrOe; dénominatioQ pléonastique , il est vrai , mais analogue ao genre des langues scandmaves.

>» Forstér, qui d'ailleurs a très mal expliqué le voyage de Zeno, observe qu'un comte Sinclair, possesseur des Orcades vers la fin du quatorzième siècle, pourrait bien être le prince Zichmniou Zicno de ce voyageur (»).

» Avant de parler des terres découvertes au sud-est de la Frislande, examinons le haut de la carte.

» Au nord de l'Islande, on voit une immense péninsule semblable, par sa conflguratioo, au Groenland, mais qui au nord-est va joindre la Norvège ; il est vrai que la liaison n'est fo^ mée que par une ligne vague , où les mots K mare e terre incognite » indiquent les doutes de l'auteiu*. Toutefois, la relation dit positivement que Nicolo Zeno, allant de llsMe, et probablement de l'Islande orientale au nord, trouva une terre appelée Engroniland àsinsk texte p), mais qui sur la carte porte les deux noms d'Engronelandt et de Grolandia, l'un placé à l'ouest, l'autre à l'est. L'un et l'autre mot rappelle le Groenland ; mais les noms particuliers ne répondent point à ceux que donnent les topographies très détaillées des colonies Scandinaves ('). Le seul endroit habité que la relation indique ressemble un peu à un château des fées, et a servi d'argument à ceux qui traitent de fabuleux tout le voyage.

» Dans VEngrouilandy selon la relation, on dans le Grolandia , selon la carte, Zeno trouva un monastère de Frères prêcheurs, et une église dédiée à saint Thomas , située près d'une montagne qui jetait du feu conune l'Etna et le Vésuve.

« Il y a, dit-il, dans cet endroit, une source » d'eau bouillante , avec laquelle les moines • échauffent l'église, le monastère et leurs » chambres. Parvenue à la cuisine, Teau est » encore si chaude, qu'on n'a pas besoin de » feu pour apprêter les mets. Pour faire du » pain , il suffit de mettre la pâte dans des » pots de cuivre, et de tenir ces- vases dans

(') Fanter , Déconv. au Nord , 1. c. — (*) ZmtIm pag. 9. — (3) MSS. islandais, extraiU par Eggtrfi

HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE

Keau; le pain cuit de cette manière comme s1I était dans un four. Il se trouve aussi dans ce monastère de petits jardins couverts en hiver; on les arrose avec cette eau, ce qui les garantit de la neige et du froid, qui, dans ces pays situés si près du pôle, est extrêmement piquant. Par ce moyen, les moines font venir ,des fleurs, mûrir des fruits et pousser diverses espèces de plantes qui végètent aussi bien que si elles se trouvaient daDs d^ climats tempérés ; au point que les sauvages grossiers qid habitent ces contrées, étonnés de ces effets, qu'ils regardent comme surnaturels, prennent les moines pour des dieux, et leur portent toute sorte de présents, tels que des poules, de la viande et dififérentes autres choses : ils révèrent ces moines comme leurs seigneurs. Ceux-ci, non seulement chauffent leurs maisons au degré qu*ils jugent convenable, mais, en ouvrant leurs fenêtres, ils peuvent, en un instant, diminuer la chaleur à volonté. Ils n'emploient, pour les bâtiments de leur monastère, d'autres matériaux que ceux qui leur sont fournis par le volcan ; ils prennent , à cet effet , les pierries qui sont lancées en forme de scories ou fraisil par la bouche de la montagne, et, pendant qu'elles sont encore brûlantes, ils jettent de l'eau dessus : elles se dissolvent entièrement par ce moyen, et se convertissent en une bonne diaux, qui, après avoir été employée, se* lie si bien qu'elle diu'e à jamais. Les scories , lorsqu'elles sont froides, servent, au lieu de pierres, à faire des murs et des voûtes très solides ; car, lorsque ces matières sont une fols refroidies, elles ne peuvent être entamées que par un instrument de fer. Les voûtes £Edtes avec ces scories sont si Itères qu'il n'est pas besoin d'appui pour les soutenir, et qu'elles se maintiennent toii^ours entières. Ces facilités sont cause que les moines ont construit une quantité étonnante de murs et de bâtiments de différentes espèces. Les couvertures et les faites de leurs maisons se font,' pour la plupart, de la manière suivante : le mur est élevé d'abord perpendiculairement à la hauteur qu'on veut lui donner ; on le conduit ensuite dans une direction inclinée jusqu'à ce qu'il se ferme en voûte. On n'est cependant, dans ce pays, guère incommodé de la pluie, car

la première neige qui tombe reste gelée pendant l'espace de neuf mois, temps que dure l'hiver. Le peuple vit d'oiseaux sauvages et de poissons. L'eau chaude du volcan , en se jetant dans un grand havre, empêche la mer d'y geler; ce qui attire en cet endroit une si grande quantité de poissons et d'oiseaux que les religieux en prennent autant qu'il leur en faut pour leur subsistance et pour celle d'un grand nombre d'habitants du pays, qu'ils occupent continuellement, tant à bâtft* qu'à la chasse et à la pêche, ainsi qu'à divers autres ouvrages et affaires relatives au monastère. Leurs maisons sont bâties autour de la montagne, de chaque côté ; la forme en est ronde; elles ont vingt-cinq pieds de laideur; elles s'élèvent en cône , au sommet duquel ils ménagent une petite ouverture pour avoir du jour ou de l'air. Le plancher de la maison est si chaud que le fi*oid le plus rigoureux ne se fkit point sentir dans l'intérieur. » Il arrive dans cet endroit, pendant l'été, un grand nombre de petits navires des lies voisines et du cap qui est au-dessus de la Norvège , ainsi que de Trondon (ou Drontheim); ils sont chaînés de toutes sortes d'objets d'à* grément ou d'utilité , destinés pour les pères, qui donnent en échange des peaux de différents animaux et du poisson qu'ils ont fait sécher au soleil ou qu'ils ont conservé au moyen du froid. Ces moines reçoivent à leur tour du bois pour le chauffage et des ustensiles de bois très ingénieusement sculptés, avec différents grains et du drap pour se vêtir. L'échange des deux derniers articles, dont toutes les nations voisines ont besoin, aide les religieux à se procurer, sans peine et sans dépense, tout ce qu'ils peuvent désirer. Des moines de Norvège, de Suède et d'autres pays, mais principalement d'Islande, se rendent à ce monastère : on y trouve toigours, durant l'hiver, un grand nombre de navires qui ne peuvent sortir, parce que la mer est tout-à-fait gelée, et qui attendent le retour du printemps.

» Lesbarquesdes pécheurs d'Engroneland ont la forme d'une navette de tisserand ; elles sont faites d'os d'animaux marins, recouverts de peaux de poissons cousues en plusieurs doubles^ ces barques sont si imperméables et si solides , que , dans les plus grandes tempêtes , ceux qui les montent se contentent de s'y te-

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