LIVRE DlX-HUmtME
« nir tranquilles , peu inquiets de rendrait où » les vents et les vagues les porteront , bien
• persuadés d'ailleurs que leurs barques ne » courent pas risque d*étre fendues ou submer^ » gées; même s*ii arrive qu'elles soient Jetées
• sur un roc, elles ne sont pas endommagées. M Ils ont, au ibnd de ces barques, une espèce » de manche qui est toi\{ours serrée fortement t» dans le milieu; et lorsqu'il est entré de l'eau » dans la barque, ils la font couler dans une » moitié de la manche, dont ils lient le bout n avec deux morceaux de bois. Lâchant ensuite » la manche en bas et en dehors, ils évacuent » l'eau. Cetteopération est répétée aussi souvent n qu'il est nécessaire, sans le moindre danger » ni dommage (*). »
n Ce tableau des merveilles d! Engronêland offire probablement des fhigments d'une relation véridique, mal réunis, et surtout mal appliqués. Le fameux mont ignivome de l'Islande, les bains que les anciens habitants de cette lie avaient construits en y employant des sources thermafes , les églises et monastères du Groenland , qui possédaient en domaine presque tout 4se pays, les barques de cuir des Esquimaux; toutes ces circonstances, vraies en elles-mêmes, auront été accumulées pour former l'ensemble ftmtastique que nous venons de mettre sous les yeux de nos lecteurs. Un peu de vanité chez Zeuo le voyageur, ou un peu de négligence chez Zeno le rédacteur de la relation, ont fadlement pu faire naître cette confusion. Gonibrmément à ces explications, nous regardons la côte orientale du Groenland de la carte de Zeno comme n'étant autre chose que la côte sud-est mal orientée et étendue outre mesure, pe4it-étre d'après les récits ou inexacts ou mal compris de quelque Islandais.
» A plus de mille milles à l'ouest de la Frislande, ou des Iles FœroG, et au sud du Groenland, la carte et la relation de Zeno indiquent deux côtes nommées Estotiland et Droceo. Voici comment ces pays avaient été découverts. Une barque de pêcheurs de Frislande^ Jetée par une tempête très loin à l'ouest, attérit à une lie nommée EstûtHand, dont les haUtants conduisirent les Frislandais dans une ville bien bâtie et peuplée, où demeurait le souverain* Un interprète qui parlait latin, et qui avait également été jeté sur cette côte par le hasard , se fit comprendre des nauiVagés, et
(•\ Zeno ap. ZarLt. p. 9-lî.
leur inthna Tordre de rester dans Ftle. Ils apprirent la langue du pays. L'un d'eux, ayant pénétré dans l'intérieur, assura que l'ile, moins étendue que l'Islande, était beaucoup plus fe^ tile ; qu'elle abondait en toutes sortes de denrées, et que le centre était occupé par une haute montagne d'où sortaient quatre rivières. lies habitants exerçaient divers arts et métiers; ils avaient des caractères d'écriture qui leur étaient particuliers. Dans la biblioth^ue du roi se trouvaient des livres latins qu'ils n'entendaient point. Le commerce avec VEngroneland leur fournissait du soufre, de la poix et des fourrures. Ces insulaires semaient du blé, buvaient de la bière, demeuraioit dans des maisons de pierre, et naviguaient, quoique sans le secours de la boussole. Les Frislandais, munis de cet instrument, i\irent chargés par le roi d'Estotiland d'une expédition maritime versun pays situé au sud, et nommé Drogeo ou Droeeo. Le malheur les fit tomber entre les mains d'une nation d'anthropophages; un seul Frislandais, épargné à cause de son habileté dans la pêche, devint un si^et de guerre entre les chefs de ces sauvages ; diacun voulut posséder un esclave aussi utile; transféré d'un maître à l'autre, il fût à portée de ccmnattre toute cette contrée. Il assura que c'était \m pays fort étendu, et comme un ncwoeau numde. Les habitants, ignorants et grossiers, ne savaient pas même se couvrir avec les peaux des bêtes qu'ils tuaient à la chasse. Armés d'un arc et d'une lance de bois , ils se livraient des combats continuels. Le vainqueur dévorait le vaincu. Plus loin, au sud-ouest, des peuples un peu plus civilisés connaissaient l'usage des métadx précieux, béiissaient des villes et des temples, mais (^fraient coudant des sacrifices humains à leurs afTrenses idoles (^).
>» Tel fût le rapport du Frislandais, lorsqu'après de longues années il revint de Dreg» et à^Estotikmd dans sa patrie, devenue la conquête du prince Zichmni. Ce chef entreprenant se mit à la recherche des terres ocddentales; mais, après avoir découvert une Ile nommée Icarta, il fût poussé vers lès parages d'Engmneland. Les tentatives ultérieures qu'il aura pu faire nous sont restées inconnues, attendu que la suite de la relation de Zeno n'a pu élw retrou^.
» Il nous semble que la description de fît'
('] Zeno ap. Znria, p. IS-IS
HISTOtRE DE LA GÉOGRAPHIE.
totOând ne oMtfiot qu'à Terre-Neuve , et dôa point à la tem de Labrador. Les habitants^ ams ehriUiés^ omis paraissent être les desoen-dsatsdeBOdkmssoandlnaYesde VkUandf^^ qui la bovssole deitait être i&ooimue, et dont la langue, pendant trois siècles, avait pn dian> ger asseï pour être devenue presque Inintelli'^ gible aux pécheurs de Foerôe. Les livres latins, dreoDstanœ qu'on auntit diiflcilement pu imagteer^y avaient sans doute été portés par cet évéque giroenlandais qui , en 1 121 , se rendit au Tintaid pour y prêcha le christianisnie.
> La omtirée de Drogeo serait, dans cette bjpotfaèse, la Mouvelle^Eoosse et la Nouvelle- Anglelerre. Les peuples civilisés qui ofAraient des sacrifices humains dans de riches temples, «nient ou les Mexicains, ou quelque ancienne nUion de fai Floride ou de la Louisiane.
» Le nom même d*Estotiland parait Scandinave, car Bast''{mt''land, en anglais, signl* flfenit terre extérieure d*est; dénominaticm qui
convient à la situation de Terre-Neuve à Té* gard du oontbent d'Amérique.
» Qu'on se rappelle maintenant toute cette série de rechcmlies, qu'on réunisse sous un seul point de vue les découvertes des Scandi-naves dans les dixième et onzième siècles et les voyages des frères Zeni dans lequatorzième, on restera persuadé que le Nouveau*Monde a été visité par les peuples du nord antérieure^ ment à Tan 1000 , et l'on prisera peut-être que cette première découverte, historiquement prouvée, après avoir été constatée de nouveau en 1390 par le Vénitien Zeno, a pu être connue de Colomb en 1477, lors de son voyage dans les mers du nord. Loin de nous l'intention de vouloir ternir la gloire de l'inmiortel Génois 1 mab un coup d'oeil sur la carte montrera, même aux esprits les plus préoccupés, que la nature elle-même avait daigné Terre-Neuve pour recevoir la première les visites des Su-