LIVRE DIX'-NEUVIÈME
mai t dans ses limites la Tatarie, la Kalmoukie, le Tibet et Tlnde ; la capitale se nommait Bichbalik. Le khan de la Chine était censé le suprême chef de l'empire, mais Téloignement rendit son pouvoir illusoire.
» Cette grande révolution , en bouleversant TAsie, la fit c(mnaltre. Les victoires des Mongols et leurs courses en Pologne, en Silésie et eu Hongrie, tout en répandant la terreur parmi les chrétiens , produisirent un avantage inattendu pour la géographie. Ces événements attirèrent l'attention des Européens sur la patrie de ces dévastateurs et sur les nations qu'ils avaient subjuguées. L'empereur Frédéric renouvela plusieurs fois ses exhortations par écrit pour engager les poti;ntats de la chrétienté à se réunir (>). La crainte de ces barbares était si grande, même dans les contrées de cette pRartie du monde les plus éloignées d'eux, qu'en 1338 elle empêcha les peuples de la Frise et de la Goihie de se rendre à la pêche du hareng sur la côte d'Angleterre P). Le pape cherche, par ses envoyés et par des missionnaires, à détourner le fléau qui menaçait l'Europe. Quelques Journaux de ces ambassades se sont conservés] usqu'à nos jours. Les noms d' A<eelin, àeCarpinetûe Rubruquis brillentau premier rang. Avant les conquêtes des Russes dans le nord de l'Asie, et les nouveaux voyages entrepris pour commercer avec les pays au-delà delà mer Caspienne, leurs itinéraires offraient, avec la relation de Marco-Polo, les seules sources où Ton pouvait puiser des renseignements sur la Tatarie et les pays des Mongols. Le plus grand nombre de ces journaux est perdu, ou est enseveli dans la poussière des bibliothèques, comme l'Indicateur des routes de la grande Tatarie, composé, en 1306, pour l'usage des missionnaires (*) ; comme le Voyage d* André de Lonjumel, qui en 1245 alla prêcher le christianisme chez les Mongols; ou bien encore comme les Voyages en Tatjffie de Ricold de Monte-Croix, traduits en français en 1351 par Jean le Long d'Ypres (^). Les missions continuèrent ensuite durant quelques siècles. En
(•) Matth, Paris, HIst. major. 567-662. — («) Id. Ibid. p. 471. — (5) DIrectoriam ad faciendum pasagiam transmarinnin pereditorem per quemdam fratrem ordiois Pnedicatoram scribentem experta et visa potius qiiam audita. Mosheim, Hisloria Tartarûrum ecclesia8llca,'p. 97. — (*) Sinnert Calalog. MSS Bibliolbecx Derneos. II , p. 460.
1312, Jean de Monte-Corvino était évéque de Pé-king. Non seulement des missionoaires isolés, mais même des troupes deprédicateors, entreprirent ces voyages pénibles par Tordre des papes et par zèle pour la religîon(').
» Suivant toutes les apparences, ces voyages en Asie furent précédés par la relation que le juif Rabbi Benjamin de Tudela, en Navarre, écrivit en 1160, et où il décrit tout ce qui lui avait paru le pUis curieux dans le midi de FEurope, en Grèce, en Palestine, en Mésopotamie, dans les Indes, en Ethiopie et en Egypte. Il ne dit pas positivement qu'il ait visité tant de contrées diverses ; ce sont quelques uns de ses anciens traducteurs qui lui font tenir ce langage; lui-même il cite parfois les garants de ce qu'il rapporte. D'ailleurs la sécheresse de ses relations, ses bévues en géographie , et d*autres fautes que Baratier (s), son éditeur, a déjà relevées , semblent prouver qu'en général il ne parle que d'après des ouï-dire , surtout pour les pays hors de l'Europe. Il s'attache principalement à décrire les endroits où les juifs vivaient réunis en grand nombre; il retrace leur situation dans les différents État^. A l'artide de la Perse, il parle tout-à-ooup de la ville de Samarkand, où se trouvaient alors cinquante mille Israélites; puis du Tibet, et de ranimai qui porte le musc. Il nomme aussi la Chine; mais les fables qu'il raconte pour donner une idée des dangers de la route dénotent une extrême crédulité. Ses traducteurs trouvent aussi dans son ouvrage des indices d'un voyage aux Indes. A la vérité il parle beaucoup de Bassora, de son conunerce florissant, des jmfs noirs de l'Inde , de la culture du poivre et de l'origine des perles; mais cet épisode est trop court pour qu'on en tire des lumières. Il est impossible d'éclaircir en aucune manière plusieurs noms des endroits qu'il mentionne, comme l'Ile de Nekro/ds dans le golfe Persique, le royaume d'Ou/om, l'ilede Cinrag et la ville de Cingala. Peut-être en est-il de ces noms-là comme de plusieurs noms européens qu'ont défigurés ses copistes, en prenant une lettre hébraïque pour l'autre (>)• Quelques unes
(') Mosheim, n\si. ccclcs. in,p. 79-98.— ft Voyages de Rabbi Benjamin de Tudela, iradulls derbébreu et enrichis de notes, par J.-P. £aran>r, 2 vol. In-Iî. Amslerdam , 1734 , § I, p. 13. — (') Pour lei difTérentes éditions et traductions de Dcnjamin, voyez Cotai, bibUotliecœ Bunav ^ II , 1741.
HISTOIRE DE lA GÉOGRAPHIE.
des Tilles qu'il attribae à Flode étaient situées sur iao6te d'Arabie, comme KaHfa (El-Katif), et Zabid (Zibid) sur la mer Rouge, où il s'embarqua pour r Afrique (\).
» L'infiitigabie esprit du commerce , qui probablement n*était pas étranger à Benjamin de Tudela , anima bien d'autres voyageurs. Des mardiands de Brème , jetés par la tempête sur la c^ de Uvonie , comme Cabrai sur celle du Brésil , eomplétèrent les connaissances qu'on avait d^'à acquises sur la mer Baltique. I^es ebevaliers porte-glaives et les flottes danoises n'envahirent que les c6tes de la Russie actuelle; mais les négociants hanséatiques, en suivant les traces des Permiens et des Wariègues , pénétrèrent probablement jusqu'en Tatarie (s). Nous connaissons mieux les découvertes des marchands italiens au-delà de la mer Noire et de la mer Caspienne chez les Tatars , les Mongols et autres nomades de l'Asie ; il est même bien des choses dans ces pays sur lesquelles, encore aujourd'hui , nous ne savcms guère que ce qu'ils nous en ont appris. Durant envinm deux cents ans, les Génois et les Vénitiens firent, comme les Romains, le commerce de rinde et de la Chine par des caravanes : elles partaient des c6tes de la mer 'Noire et de la Syrie , parce que l'Egypte , où les marchandises de l'Inde étaient apportées par la mer Bouge , leur resta fermée aussi long-temps que dura le premier feu de Tanimosité entre les chrétiens et les mahométans. L'Egypte ne s'ouvrit probablement de nouveau aux chrétiens et à leur commerce de l'Inde , qu'après l'an 1260, lorsque les Génois eurent rétabli les Grecs sur le trône de Constantinople. En récompense de ce service, ils obtinrent des avau-
(') On peut citer encore les voyages d'un autre rabbin contemporain de Benjamin de Tudela , c'est Peiachia de Ratisbonne. Il voyagea en Pologne, en Russie, en Tatarie, en Arménie, en Assyrie ^ en Palestine; il visita Jérusalem vers Tan 1185, et laissa des mémoires qui servirent à publier après lui, sous le titre de «5't^^ii^ \)lam (Voyage dans le monde), une relation qui a été imprimée à Prague en 1595 , in-4o , insérée avec une traduction latine dADS les Exercitationet de V^agenseil ( 1687 et 1697 , ln-4o) ; enfin dans les Insiiiutiont rabbiniquet de Zanollnl , el dans le Trésor des antiquités sacrées d'Ugo- UdI. Mais toutes ces traductions sont plus ou moins inexactes : aussi serait-U à souhaiter que quelque habile orientaliste tirftt de cet ouvrage tout le parti que la géographie a le droit d'en attendre. J. H.
(•) Fischer j Hist. du Ck>mmerce d'Allemagne, I^ 20-41.
tages exdusifc pour leur commerce, des Vénitiens, exdus de la mer Noire, firent un traité avec le Soudan d'Egypte ; les rois d'Aragon et de Sicile , et les Génois eux-mêmes, suivirent cet exemple, et Alexandrie devint le grand entrepôt des marchandises des Indes, Jusqu'à l'époque où les Portugais découvrirent la route plus commode du cap de Bonne-Espérance pour aller aux Indes et aux iles «des Epiceries (').
s Avant cette révolution commerciale , les Génois et les Vénitiens recevaient les marchandises de l'Inde et de la Chine par Caffa, Tana et Ajazzo; elles y arrivaient par deux voies différentes. On les faisait venir à Bassora , à l'embouchure du Tigre , dans le golfe Persique; de là, elles allaient par ce fleuve et à travers la Perse jusqu'à Tauris; puis elles traversaient l'Arménie , et ensuite la mer Noire, Jusqu'à Tana, ville à l'embouchure du Tanals, Sanudo et Pegoletti ont parlé d'une partie de cette route du commerce ; mais les objets les plus précieux, et d'un petit voliune, étaient portés de Tauris à Ajazzo ou Alas , sur la mer Méditerranée. Sanudo semble indiquer la route de Bagdad par le grand désert, puisqu'il se borne à dire que , de cette ville, les marchandises fines étaient envoyées Jusqu'à la Méditerranée aux marchands chrétiens (^. Le Florentin Balduci Pegoletti , qui se trouvait dans ces contrées en 1353 , décrit la route des caravanes des Indes Jusqu'à la Méditerranée dans le plus grand détail , et nomme tous les endroits qu'elles traversaient, même les moins considérables , ainsi que les villes où elles acquittaient des péages (^). Il démontre que la route commerciale remontait Jusqu'à Tauris: il n'en indique point la raison ; il observe seulement qu'à Tauris, Toriiso ou Tebriz, on
(') Les traités de paix faits en cette occasion nous ont été conservés par les auteurs arabes. Voyez dans les Extraits relatifs aux Croisades , par M. Reinaud. Paris, 1829. 1 vol. ln-8». — (•) Sécréta fidelium cruels , ap. Bongars^ II , p. S3. — (3) Voici l'ilinéralre t Torisi , Sandoddi . Condro , Fiutne Jios*o , Piana di Falconierif Locche, Scaracanti, Sotto VArca Noe (sous TArarat), Aile Z CAte^e ( Eschmiazin ) , Ca^ lacresti, Aggia, Sermessa, Polorbech^Arxerone (Erzeroum } , Gavazera alla montagnù , Ligurti , Arùnga . Mughisar^ Greboco, Dudriaga^ Salvastro, Gavazera di casa Giacomi^ Ga due, Gavazera dd Amiraglio^ Casena^ Gaudon, Colidara, y^jasso. On pourrait supposer que le mot ^avasera, répété par trois fols, veuC dire un caravensértil*
UV&E mX-^NEUYItME*
faisait le oommeroe d'épioeriet, de perles, d'indigo et d'autres artieies (*)« Les marchaodises étaient portées par des cliameaux et d'autres bètes de somme , de Tauris par le mont Ararat y par Erxe-^roum , situé à einq Journées de marche de la mer Noire , et par £rz-in^iian sur l'Euplurate , à Ajazzo , ville de commerce alors très célèbre dans la petite Arménie sur la mer Méditerranée, près du passage comdu des anciens sous le nom dePasatlsêus. Marco- Polo en parie en ces termes : « Un grand nombre de marchands s'y rend de tous les pays, même de Venise et de Gênes , à cause de la variété des marchandises que Ton y trouve , surtout des aromates de différentes espèces et autres objets rares et précieux qui y sont apportés des régions orientales pour être vendus; car cet endroit est conmie le port de tous les pays de Torient (^j. » On aimait mieux ikire venir par cette route détournée les marchandises de prii( qui n'étaient pas d'un graud poids , que de les acheter à Alexandrie ; Tencens surtout y était d'une qualité supérieure à celui qui arrivait en Egypte par la mer Bouge C).
» Les marchandises de l'Inde qui venaient par la deuxième grande route commerciale foisaicnt un long détour avant d'arriver à la mer Noire; peut^tre les envoyait-on de Cambaye ou Cambay, ville commerçante du Goudjerate, jusqu'à rindus, qu'elles remontaient tant qu'il était navigable; de là elles allaient par terre par le Kandahar, leTokharistanoulaBoukharie jusqu'au Djihoun , d'où on les chargeait pour Astrakhan sur des chameaux; ou bien on les envoyait à Strava, l'Astrabad moderne, pour traverser ensuite la mer Caspienne. D'Astrakhan, les marchands se rendaient à Azof en longeant le pied du Caucase. Cette route parait avoir été commune aux caravanes qui , d* Azof , se rendaient à la Chine ; il est certain qu'elles passaient au nord de 1^ mer Caspienne, et, suivant le dire de l'Anglais Mandeville, elles restaient en chemin onze mois ou un
(') Divisamenti di Paesi et di misnre di mercatamie et d'alire eose bisognevole di sapere a mercatanii di diverse parte del mondo ; dans la troisième partie de DeUa Décima e délia altre Gravezxa , di Pagini. Lisbonne et Lucques , 1766 , in-4° , p. 7. — (') Marc. PoL de reb. orient. 1. 1, e. II, pag. 11 , édit. Mull. Aboul'Feda, Syria, éd. &shler. p. 132, etc. — (') SatmdQ, ap. ^<Mi9«ir«, p. U.
axï (<)• Mais , aihddà du Volga, eetle route varia prdiablemait selon les circonstances politiques. Le génie du commerce s'ouvre des sentiers nouveaux quand la tyrannie lui lierme ceux qu'il avait fréquentés. Il parait que Man> Pol ou Marco-Polo , Mandeville et autres anciens voyageurs , pour aller à la Chine et à la cour du Grand-Mongol , passèrent par le midi de la petite Boukharie. Il n'y eut que Poidblii , mohie franciscain (2), qui, en se rendant À Almalikh en 1338 , suivit en partie la route des conmierçants , tracée en d^ail par Pegoletti , et qui passait par le pays des Gto oa des Ouîgours (^) , pour se terminer à Péking (*).
» Tous ces voyages du moyen âge offrent beaucoup d'obscurité et souvoit peu d'intérêt Les pays qu'on parcourait n'étant en génénl que des déserts habités par des nomades , oa n'y rencontrait ni villes , ni édifices', ni aucim de ces objets dont l'éclat commande l'attention du voyageur. Ces courses étaient accompagnées de fatigues et de dangers extraordinaires. Les envoyés européens étaient oblige de suivre les hordes de Tatars dans leur vie è^ rante , même pendant les saisons les plus rudes, et d'endurer, comme ces barbares, et la faim et le froid. Dans une pareille position, il leur était difOcile de faire des observations sur ce qu'ils voyaient. Les missionnaires, pleins d'ignorance et de crédulité, ne coimaissaient ni les relations de leurs prédécesseurs, ni lés remarques faites par d'autres missionnaires qui erraient en même temps qu'eux parmi les Mongols. 11 en résultait qu'aucun d*»ix ne
(') Sir John Mandeviile ^ y ojàgts and travayles, ch. 20, p. %66. — (*) ^o«Aetm , Historia Tartaroram ecclesiastica , p. 193.
(3) Les Ouîgours , dont il est si soUTent question dans la géographie de l'Asie, étaient d'origine turque. On les a appelés Igours et quelquefois Jagboars. Quelques auteurs les ont regardés comme Tibétains; mais M. Klaproth a fait observer que ce qui les diftingue, c'est qu'ils écrivent de haut en bas, et les Tibétains horizontalement. Les notions que l'on i sur les Ouîgours remontent au deuiième siècle avant notre ère. Orignaires des bords de l'Orkbon, ils ont possédé la petite Boukharie , fondé plusieurs royaomes , et dominé dans toute la partie moyenne da l'Asie. J. H.
0) Voici l'iUnéraire que suivit le Florentin François regolelti en 134& : Azof, Astrakhan , Saratchik, OurghenJ, Otrar, Almalikh, Khaniii, Ran-tcheou, prés de la Grande Muraille , Cassai , aujourd'hui Hang-tdieou , et Gombalu ou Pe-klng. J. H.
HISTOIRE DE JJL eCOORAPHIE.
MBgcalt à remplir les laouoes qu'ayaient lai»* léca ses confrères, ni à éviter iescontradietiens dans les noms des lieux dont il parlait. Plu-^ sieurs de ces relations de voyages ne fur^t pas eomposëes sur les lieux mêmes ; le voyageur les éerivail de mémoire à son retour, comme le prouvent les exemples de Maroo-Polo et de Mandeville : c*est ce qui fait qu'elles man*^ quend souv^t de liaison; que les pays, les peuples, les nom^ , la position des lieux, tout y est coofondu; que les lies y sont placées en terre famé, et que les continents se trouvent nâamori^iosés en iles. Ces écrivains ne distinguent pas ce qu'ils ont vu par eux-mêmes de œ qu'ils ont appris d'autrui ; et la plupart, suivant le goût de leur siècle, cherchent à plaire en racontant des prodiges , des histoires febuleuses et des légendes. C'était m^e sous k titre de M^rveiUeê que les voyageurs publiaient leurs rdations. Plusieurs de ces écrits n'existent plus en original ; nous n'en avcms que des extraits ou des copies altérées par le caprice de ceux qui les ont transcrites. Voilà pourquoi les traductions de Marco-Polo, d*0deric de Portenau et de Mandeville varient tant entre elles. On n'a pas encore trouvé un manuscrit du premier auteur qui ne différât essentiellement d'un autre par des abréviations, des intercalations et des changements.
» Les cartes de ces siècles d'ignorance joignaient aux dé&uts qui résultent du manque de connaissances , ceux qui proviennent d'un arrangement systématique d'après des hypothèses imaginaires. 11 nous semble que la critique doit ranger les cartes du moyen âge dans deux grandes classes: celles dans lesquelles on oi^ia simplement les idées de Ptolémée et des autres anciens, et celles dans lesquelles on se permit d*insérer des terres nouvelles, soit réellonent découvertes, soit dont on soupçonnait l'existence.
9 Dans la première classe , on trouver plusieurs mappemondes qui représentent l'Ëu- • rope , l'Asie et l'Afrique comme une grande Ile, en terminant l'Afrique au nord de Téquateur. Nous avons déjà observé que , malgré l'autorité contraire du divin Ptolémée , cette opinion des Eratosthène et des Strabon s'était conservée dans l'Europe occidentale. Parmi les géographes qui l'adoptèrent, il faut citer Jlfartm Sanudo, qui, en proposant, vers l'an 1321, une nouvelle croisade pour arracher le com-
merce des Indes des mains du Soudan d*Kgypte, accompagna son projet d'une carte qui faisait connaître les pays dont il parlait (*] ; tous les peuples et les royaumes de l'Eurqpe y sont marqués ; mais les trois États du nord tiennent à la Russie par une langue de terra très étroite, habitée par les Caréliens, nation infidèU, Le midi de T Afrique semble ouvert à la navigation; mais l'excès de la dialeur y rend l'intérieur du pays inhabitable. Laâgure de l'Asie méridionale lui était presque entièrement inconnue, de même que les iles de l'océan Indi^. D'après les Arabes, il place Gog et Magog dans le nord-est de l'Asie; les Tatars occupent le nord de cette partiedum(mde.
» Parmi les cartes de la seconde classe, les plus remarquables sont celles qui semblent indiquer des découvertes importantes faites à Touest de l'Europe et de l'Afrique dans les douzième et treizième siècles. Nous avons démontré > dans le livre précédent, que Terre- Neuve et les côtes voisines de l'Amérique avaient été découvertes par les Normands vers' Tan 385, et m^e occupées par eux depuis l'an 1000. Mais ces navigations au nord-ouest, inconnues à la plupart des Européens du midi, n'ont rien de commun avec certaines navigations au sud-ouest, indiquées seulement par des cartes géographiques, et dénuées d'autres preuves historiques certaines.
» Les historiens génois nous assurent que deux de leurs compatriotes, TedisioDoria et Vgolmo Vivaldi , entreprirent de se rendre dans l'Inde par l'ouest; on ignore quel fut le sort de ces navigateurs (^j.
» L'Ile de Madère se montre sur une carte de 1384, suus le nom i' Isola di legname^ Ile aux bois, ce qui est aussi le sens de son nom actuel (^). Aurait-elle donc quelque fondement^ cette touchante histoire de Robert Macham, Ecossais qui, s'étant enfui avec la belle Anne d'Arfé, fut jeté, le 8 mars 1344« sur les côtes de Madère, et crut trouver dans cet Elysée insulaire un asile pour ses amours, mais qui, bientôt livré aux angoisses de la faim, vit son amante expirer dans ses bras, et ayant en vain fait retentir toutes les solitudes des cris
(0 Bongart , Gesia Dei per Franeoi , II. — (*) FogHetta , Histor. genues. V, ad. aDD. 1391. Casoni, Annal, di Genova , I , ad ann. 1506. — (3) Carte MSS, de la Bibyotbèque de PineiU, aujourd'hui A M. fTah