‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 73 sur 229 · LIVRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIÈME

nation d!Hla Jana pourrait être la corruption de son nom indigène Singhala, A Test, on peut reconnaître avec M. Tastu les iles Andaman, où Ton remarque une ville de Cay~ nam. Enfin, tout-à-fait à Test de Tile de Jana, et à l'extrémité de la carte, on voit une grande ile appelée illa Taprobana, qui, par sa position, se rapporte à Tile de Sumatra.

Cependant la plupart des géographes considèrent Ceylan comme la Taprobane des anciens. Comment se fait-il donc que le géographe catalan, qui suit partout les traces de Ptolémée, donne le nom de Taprobane à une Ile qui est évidemment Sumatra? Quels motifs a-t-il pour être d'un autre avis que son maître? Ce qu'il dit de cette lie , qu'elle est habitée par des honunes bien différents des autres ; que , sur quelques montagnes, il y a des hommes de douze coudées de hauteur, très noirs et dépourvus de raison ; que ces hommes mangent les hommes blancs quand ils peuvent les attraper; que chaque année, dans cette ile, il y a deux étés et deux hivers; que c'est la dernière ile des Indes, et qu'elle abonde en or, en argent et en pierres précieuses, tout cela, di^ns-nous, est tellement fabuleux qu'il est difflcile de renoncer à une opinion qui compte parmi ses partisans les tfAnville, les Gosselin, les Barbie du Bocage , les Walckenaër , etc., pour adopter, comme le fait M. Tastu, la version de l'atlas catalan. Toutefois, nous devons dire que ce savant annotateur de l'atlas a senti le besoin de s'appuyer sur d'autres témoignar ges encore ; ainsi , il cite Abraham Ortéllus, Mercator et Thomas Porcacchi comme ayant déjà décidé la question; le premier en disant Sumatra olim Taprobana, et le dernier Taprobana hoggi Sumatra,

Quoi qu'il en soit, c'est une question qui mérite d'être étudiée avec soin et approfondie avant de renoncer à l'opinion reçue.

On remarque au nord, sur cette carte, un souverain à cheval, le sceptre en main, entouré d'une foule d'honunes, dont les uns soutiennent un dais au-dessus de sa tête, et les autres portent deux bannières, sur lesquelles est peint un scorpion. A côté de ce groupe, on lit en grosses lettres Qog et Magog, et l'inscription suivante : le grand seigneur, prince de Gog et de Magog. Il viendra au temps de V Antéchrist avec une nombreuse suite.

Un peu plus loin, un autre compartiment re-

présente le Christ sous les traits d*un monarque distribuant des palmes immortelles à ses ftdèles serviteurs. Cette partie de la carte renferme plusieurs légendes, entre autres cellesci : Antéchrist. Ce personnage iera éleci à Corozain en Galilée, et, quand il aura trente ans, U comtnencera à prêchera Jérusalem, et, contre toute vérité, il dira qu'il est le Christ, fils du Dieu vivant, et on dit qu'il réédifiera U temple.

Telles sont les principales particularités qu'offre cet atlas catalan, qui, outre l'iatérét qu'il présente, a le mérite d'être un des plus anciens que l'on connaisse (').

U est encore Intéressant sous d'autres rapports : ainsi, U prouve que l'on attribuait à tort aux Portugais l'invention des cartes hydrogéographiques, invention que l'on fixait à l'année 1415. U prouve encore, par l'expédition de Jacques Ferrer au Rio de l'Or en 1346, la priorité des Catalans dans la navigation vers le sud de l'Océan atlantique.

« Combien d'aventureuses courses dont l'histoire n'a conservé aucun souvenir! Combien d'infortunés précurseurs de Christophe Colomb , qui , engloutis dans les flots de l'Océan» ou naufragés sur quelque plage déserte, n'ont recueilli, pour firuit de leur noble audace, qu'une mort ignorée! D'autres sont revenus en Europe; ils ont fait connaître ces îles de Brazil, c'est>4^re du Feu, de Corvos marinos, de SanJorxi, et autres, dont la position sur les cartes du quatorzième siècle annonce que les lies Açores étalent obscurément connues dès l'an 1380 , ou même plus tôt, si tant est que le nom évidemment arabe 'de Tile de Bentufla, sur la carte de Blanco, nous autorise à y voir une découverte des Arabes d'Espagne.

» Aucune de ces découvertes ne coinpromet en rien la gloire de Colomb ; mais on en cite une qui, si elle était démontrée réelle, réduirait tout le mérite de ce navigateur à avoir retrouvé des terres connues un siècle avant qu'il eût vu le jour. Cette prétendue décou-

(•) En 1837, nous avons eiaminé dans la BiWiotbëqoe Impériale de Vleone deux AUts plus aodcw; c'est l'Atlas géo-hydrographique in 8© Wtpar on Génois cl portant cette Inscription i Petrus ^«^^'^ Januâ fècit isuu tabulas anno D. Mcccviii. U mW bibliothèque en renferme an autre qui porte li^ cription suivante: Ex apographo tabulas fratrm n* tigmorum ofino s. kcgclxvii.

mSTOIBE DE LA GÉOGRAPHIE.

▼a^ se trouve indiquée dans une carte faite en 1435 par André Bianco, et que Ton conserve dans la bibliothèque de Saint-Marc. Formaleoni en a donné une description détaillée ('), et a lait graver deux feuilles des dix qu'elle contient. Voici de quelle manière il représentait la terre (3) : les trois parties de Tancien monde forment un grand continent, partagé en deux portions Inégales par la mer Méditerranée et par Tocéan Indien , qui court de Test à l'ouest, et renferme une grande quantité d'Iles. L'Afrique s'étend de l'ouest à l'est, parallèlement à l'Eun^ et à TAsie; l'Ethiopie orientale et le royaume du prêtre Jean se proloogent Jusqu'à son extrémité méridionale ; c'est encore l'Afrique des anciens, terminée au nord de Téquateur : aussi le golfe profond que la mer forme du c6té de la Guinée n'y est pas marqué. Sur cette mène carte , Bianco a placé deux dragons, avec ces mots : Nidus AbimaUoh. L'Asie est tout aussi mal figurée. La c6te méridionde court tout droit de l'est à l'ouest. Il n'y a presque point d'indice des deux péninsules de l'Inde ni du golfe du Bengale. La partie orientale consiste en deux grandes presqu'îles séparées par un golfe immense : sur celle du nord on voit Gog et Magog; et sur la méridionale , le Paradis, d'où sortent quatre grands fleuves, dont deux se jettentdans la mer Caspienne. Ensuite viennent les royaumes de Kattiai, de Gambalikh ou Cocobalich; la ville de Samariumd et l'Inde septentrionale, avec quelques villes dont les noms sont inintelligibles, comme Vdexi, Omindan, Lagade; puis la Perse et la Syrie. Les royaumes de l*Europe sont mentionnés à l'exception de la Pologne et de la Hongrie. Dans leur voisinage, cm voit la Tatarie avec la grande Russie qui occupe presque tout le nord, et qui est grossièrement séparée de la Suède et de la Norvège par une grande montagne.

» Sur ces cartes si imparfaites, on trouve trois indications que Formaleoni et d'autres Vénitiens ont voulu appliquer à l'Amérique. Bans la septième feuille, où sont représentés les royaumes du nord, l'Islande et la Frislande de Zeno , on voit une lie de Scorafixa mx Stoka/iœa. Formaleoni prétend que ce nom est celui de stockfisch ou morue en allemand,

(■) Ftcenzo Formaleoni, Saggto sulla aatict naatlea de VeDedani , etc., p. 11, etc. (Venise, 1783). — (•)/Md.,p. 40.

et qu'il désigne sous le nom de Terre-Neuve. Toutefois, comme l'Islande était dès lors fameuse pour la pèche, et comme Zeno observe, dans son voyage, que la Frislande avait une assez grande abondance de poissons pour en fournir la Flandre, l'Angleterre, le Danemark et d'autres pays encore (<j, le mot de stocks fisch dans la carte de Bianco pourrait , selon l'opinion de Sprengel , ne point désigner une lie en particulier; mais, suivant l'usage des anciens géographes, et entre autres de Ribero et de Martin Behaim, ce Vénitien aurait voulu marquer sur sa carte les curiosités de ces pays éloignés (^. Nous avouons qu'en attendant une édition très correcte et très soignée de cette carte et d'autres monuments , nous penchons plus pour l'opinion de Formaleoni que pour celle de ses%itiques. Mais continuons à examiner les indications d'André Bianco. A l'occident des lies Canaries, il donne le nom d'ilntUUa à une grande terre de forme carrée et très allongée, qui s^ retrouve de même, seulement moins étendue , sur le globe de Martin Behaim (s). En Italie, on est parti de là pour avancer que l'Amérique méridionale et les Antilles avalent été connues beaucoup plus t6t qu'on ne pensait; mais les critiques allemands, loin de soutenir les prétentions apparentes de leur compatriote, ont considéré Antillia comme un produit de l'imagination des géographes , et le savant Buache la regarde comme une des Açores (*) . Les découvertes de Marco-Polo et des autres voyageurs du treizième siècle obligèrent les dessinateurs de cartes et de globes d'étendre plus à l'est le continent de l'Asie. Quand on se rappelle que Marin de Tyr et Ptolémée avaient reculé les contriées d'Ava, de Pégou et de Siam Jusqu'à la position des iles Mariant nes« on conçoit que la Chine et les lies Ztpan- ^ou le Japon, d'après les relations vagues de Marco-Polo, durent s'étendre presqu'aux lieux où se trouve l'Amérique septentrionale. Quelques savants , en partaot de cette fausse idée , conclurent , comme le fit Paul Toscanelli , le

(•) BamuHo , II, 230. — (•) Sprengel, Hist. des Décoayertes, § 4, notes. — (*) Voyez la Carte dans mistoire diplomatique da chevalier Martin Behaim, pariP/urr, Nuremberg, 1778, Irad. Paris, 1802.

(«) Buache , Mémoire inséré dans le 6* volume de ceux de la 1'* classe de Tlnstitut. Ce savant faitobserver qu'Aniillia et Tile de la Mon Satanaxio sont indiquées aussi sur une carte faite à Venise en 1367, par F. Picigano. J- U.

UVKE mX-NEUVIÈMB.

ooQittl da ColiHiib, que les lies n avant de rinde n'^aient pas extrêmement éloignées des o6tes ocddoitales de l'Europe (0* Des traditk)U8, vraies ou lU)uleuseS| confirmaient cette qpinion. Ou racontait que, lors de la conquête de TEspagne par les Arabes , plusieurs chrétiens étaient allés se réfugier, avec leur for* tune , dans une lie où ils avaient bâti sept villes (*). Il semblerait, d'après la lettre de Toscanelli à Ck>lomb , que le peuple donnait à cette lie le nom de Sette CitUide, ou Sept-Villes , tandis que les savants l'appelaient AntH- Ua, nom que Colomb appliqua modestement aux lies qu'il a j^bablement visitées le pre-^ mier. Car, lorsque les Espagnols découvrirent le Nouveau Blonde , ils firent beaucoup de recherches pour retrouver ces sept villes : elles furent toutes inihiotueuses C). ^

» Au nord d' AntUlia , à peu près à la place de Terre-Neuve, la carte de Bianco présente une autre grande lie appelée Isola de la Mon SaUmaxio (lie de la Main de Satan). Ce nom prouverait , selon Sprengel , qu'on ne doit en«> tendre par là ni Terre-Neuve, ni le Labrador; mais que Bianco, à l'exemple des ancimis géographes , a placé l'enfer dans ces régions inconnues. On pourrait encore voir dans ce pays fabuleux un conte arabe du moyen fige. Dans la mer des Indes, disait-on, il y avait une tleauprès de laquelle on voyait une main qui sortait hors de l'eau pendant le jour, et qui, la nidt, entraînait les habitants du pays dans les abîmes de la mer. Cette main ne pouvait être , d'après les idées du temps, que celle du diable, Bianco l'a nommée sur sa carte l'Ile de la Main de Satan. Cette lie se trouvait probablement pur plusieurs autres mappemondes dont les navigateurs qui les premiers découvrirent l'Amérique se servirent dans leurs voyages. Une carte faite en France en 1543, et qui se trouve dans Ramusio (^ , pour servir à l'intelligence d'un vieux voyage firançais , place au nord de Terre-Neuve l'Ile des Diables, dont on voit une légion voltiger alentour. Cortereal parait avoir donné à une lie , sur la côte de Labrador, le nom d'/io/a de los Bemnios (% Peut-

(>] Lettre de Paul ToscanelH à Chr. Goloreb^dans Xhnenei, del Yccchio e naoTO gnomone, etc. — {•) Formaleonit p. 30. Murr, Histoire du chevalier Hartln Behalm. — (^) Ramusio, II, pag. 366. — (4) Id.III, 129. — (») Ctrlca de Magmi, de ^wwter , etc.

être tous ces contes ne d6vaiflnt4lslearorigfM qu'à des descriptions inexactes de ces ftmeiises statues placées dans les lies Açores, et dont parlent d^à Ibn-al-Ouardi, Edrisi et d'au» très écrivains arabes. La carte que Pidgai» fit ai 1867 offre le dessin d'une statue placée sur les rivages ^ÀntiHia , et qui , en levant une main gigantesque , indique aux navigateurs le danger qu'il y aurait d'aller plus loio.

n Tous ces indices obscurs pourront être renforcés par quelques cartes encore ensevelies dans la poussière des bibliothèques, telles que celles de Beninoosa d'Anoâne {<), oo celle de Pierre Visccmte , de La Porte et de quelques autres plus anciennes encore. Mais, dans l'état actuel dos connaissances, Thistoire ne «mnalt d'autre découverte de l'Amérique avant Christophe Colomb , que celle qu'eut floite en l'an 1001 les Normans Scandinaves, et celle que fit Jean Scolnus ou de Kolno (Janz Kolna) , Polonais au service de ChristiSm II, roi de Danemark, qui aperçut en 1476 la terre de Labrador 0. »

En passant en revue les prtaicipales cvtes du moyen ége , il ne faut point oublier la mappemonde de Fra Mauro, ouvrage réellement remarquable pour l'époque à laquelle il fût exécuté. Mauro, dcmt on ne sait ni ladite de la naissance , ni celle de la mort, était un religieux de l'ordre desCamaldules et dunKH nastère de Saint-Michel de Murano, près Venise. Ses o(Mtmai8sances en mathématiques, en physique et en géographie, le placèrent au rang des plus célèbres oosmographes de son temps; il parait même qu'il forma plusieurs élèves, parmi lesquels on cite Andréa Bianco. Ce qui assura sa réputation , ce fût la belle mappemonde qu'il exécuta entre 1457 et 1459, et qu'on voit encore dans une des salles de la bibliothèque du monastère de Saint-Michel de Murano P). Elle comprend les découvertes de

(') /brma/eottj, p. 26-45. 7\rab0$eki, Steriadefli Utteratura llaUana, VU, 11-118. — (•) yoy«roii- Titge de Gtorgesidom, inUtulé UUvêen, Uyde, itTl, in-12; et J. UUwel, Histoire de la Géosrapbie(eii poK). Varsovie, 1814, In-S».

(3) Cette mappemonde a été pendant 1oDg-t^P< on sujet d'admiration comme elle en est un d'Intel^ aujourd'hui. En 1494 , les Médids en Orent Mre aie copie exacte et fidèle qui fut placée dans leur palan A Florence; le monastère d'Albaraça en Portugal s'en procura également une copie { enfin en tW\ plusieun voyageurs anglais en firent fkiie an deisto

HISTOIBE DB LA GÉO&RAPHIE.

Marco-Polo, et celles que venaient de foire les Portugais, c'est-à-dire le cap Vert, le cap Bouge et le golfe de Guinée. Fra Mauroejouta même les renseignements que s'empressèrent de lui donner plusieurs voyageurs qui n'ont point écrit ; c'est ainsi que le Darfour^ inconnu en Europe jusqu'au voyage de Bruce , y est marqué sous le nom de Dafur, H y joignit ce qu'on savait de son temps par les Arabes : eeux-d avaient poussé leurs découvertes sur la cèie d'Afrique jusqu'à Sofàla, et avalent aperçu Madagascar. Mais Fra Mauro confondît la ville de Sofala avec l'ile de Madagascar, et plaça celle-ci , sous le nom de Sofala, au sud de l'extrémité méridionale de l'Afrique. Il

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est à remarquer qu'il donne à cette partie du monde une forme assez exacte. Cette carte eut une grande Influence sur les idées des navigateurs de son siècle et du siècle suivant; car, en présentant les contours de l'Asie, d'après les découvertes de Marco-Polo, Fra Mauro diminuait la distance des côtes de cette partie du monde à celle de l'Europe, et en plaçant faussement à peu de distance des Açores des Iles que l'on désignait sous les noms de StUnê- Brandon j é* Antilles et de Berxily il encourar geait, sans le vouloir, les navigateurs à se diriger vers des terres qui , situées beaucoup plus loin , disposèrent quelques esprits supérieurs à la découverted'un monde nouveau.

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