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« Nous allons examiner en détail les principales relations des voyageurs ponmiés dans le livre précédent. Commençons par les trois missionnaires Ascelin , Carpin et Rubruquis, hommes aussi dignes que les Colomb et les Cook de l'étemelle reconnaissance des géographes, quoique des motifs étrangers à la science aient excité et soutenu leur courage. C'était la voix du souverain pontife qui leur ordonnait de franchir tant de fleuves glacés et tant d'âpres montagnes pour aller fléchir le cœur des sauvages monarques du désert, et pour détourner sur l'empire de Mahomet l'orage qui menaçait les peuples chrétiens: C'était l'image de la religion éplorée, qui, au milieu d'affreuses solitudes, ou parmi des hordes plus affreuses encore , brillait devant leurs
qu'ils déposèrent an musée britannique. L'original de ee ptanispbére est de forme circnlaire j son diamètre est <te 6 pieds français; ses quatre coins sont occupés par quatre peUU cercles qui représentent le système de Ptolémée, les cercles tracés sur le globe terrestre, Adam et Ère au milieu do paradis terrestre , et rinflaenoe de la lune sur les marées. Plusieurs légendes i^ loBt remarquer : Tune porte que le Oux et' le leêox sont l'effet de l'attraction de notre satellite et de la chaleur du soleil. Cette carte est peinte arec beaucoup de soin et ornée de miniatures qui brillent des plot Tivca couleurs. i«IL
yeux conmie un astre consolateur. Pleins de cette image céleste, ces pieux voyageurs traversèrent sans armes les pays de vingt peuples féroces, et parurent avec un front calme devant ce tr6ne hérissé de fer, d'où les parolesde ladestruction sortaient pour ensanglanter, dans le même instant, les bords du Hoangho et ceux de la Vistule.
» Nicolas Ascelin ou Anselme , moine dominicain, fut envoyé, en 1245, par le pape Innocent IV, aux khans tatars et mongols, qui, peu auparavant, avaient ravagé la Pologne, la Silésie et la Hongrie, et qui alors gouvernaient la Russie avec un sceptre de fer. H partit de Ptolémaîs, traversa la Syrie, la Mé<sopotamie et la Perse, et se rendit auprès de Bajothnoi ou Bajuh-Novian, général mongol, qui probablement campait avec ses nomades dans le Khwoaresmf sur la rive orientale de la mer Caspienne. U revint à Léon après une absence de trois ans et sept mois (^). Comme il ne dit que peu de mots sur les pays qu'il traversa, et qu'il n'entre dans quelques détaib que relativement à son séjour parmi les Mongols, son voyage n'a pas beaucoup enrichi la
(0 Fincent de fieauimSt Spotuhun hlstoriale, llb. Mil, cap. 40.
UVEE VINGTIÈME.
géographie; sa relation ne nous est pas non plus parvenue en entier ; ce que nous en avons nous a été conservé par Vincent de Beauvais, à qui il fut communiqué par Simon de Saint- Quentin, compagnon d'Ascelin, et qui Tinséra dans son Miroir historique («).
» En 1245, Jean de Piano Carpini, frère mineur de Tordre de Saint-François , avait été envoyé avec quelques uns de ses confrères au khan Balou , qui régnait dans le Kaptchak. Celui-ci Tavait dépêché au grand-khan Kajouk, souverain seigneur de toutes les hordes mongoles. Son voyage dura treize mois; nous en avons ime relation complète et une autre en abrégé (2). Outre la relation de son voyage, Plan-Carpin a dépeint les mœurs des Mongols. Le fidèle tableau que lui et Rubruquis en ont tracé démontre que , depuis six siècles, ces nomades n*ont pas beaucoup changé leur manière de vivre. Garpin passa par la Bohème, la Silésie et la Polc^e pour aller à Kief ou Kiow, alors capitale de la Russie; il rencontra les Mongols , qu'il nomme toujours Tartareêy à Canove, ville sur le Dnieper (^), qui aujourd'hui s'appelle Kanef (*) ; puis il traversa la Kumanie ou la partie sud-est de la Russie, le long de la mer Noire, jusqu'au quartier-général du khan Batou. Dans sa route , il apprit les noms actuels des quatre
0) Vincent de Beauvais , Specalum bistoriale , éd. Venet. 1494*, 1. XXXI , ch. 40, etc. Corop. Sprengei , Hist. des Découvert. $ 26. — (») Hakluyt , Principales navIgaUons et voyages , I,pag. 21 et 37. *- P) Geogr. nub. p. 262.
(^) Les savants sont partagés sor le nom qa'il faut donner A ces peuples : les ans, comme M. Klaproth, n'admettent que celui de Tatars, les autres , comme M. Abel Rémusat, conservent le nom de Tartares^ usité depuis long-temps dans les écrits latins et français. Les Russes , qui , par leur position de voisinage, semblent faire autorité, disent Tatars : leurs anciennes chroniques portent Tatari, M. Abel Rémusat assigne l'origine de l'altération de ce nom A un jeu de mots que Matthieu PAris prête au roi saint Louis, A qui la reine Blanche témoignait ses craintes sur les progrés de Tinvasion de ces peuples : « Ma mère, soyons soutenus par cette consolaUon qui nous vient du ciel : s'ils arrivent, ces Tartares, ou nous les ferons rentrer dans le Tariare, d'où ils sont sorUs, ou bien ils nous enverront nous-mêmes jouir dans le eiel du bonheur promis aux élus. » Le Jeu de mots de saint Louis n'eut cependant pas la vogue de celui de l'empereur Frédéric: Tartan imb Tartarei, comme les appela ce prince, qui refusa de se reconnaître pour leur vassal , fut la dénomination qui se répandit dans l'occident. J. H.
grands fleuves qui arrosent la Russie : le Dnieper, le Don, le Volga et le Jaîk ("), noms auparavant peu connus. H traversa aussi les pays des Canghê ou Cahgittes, nation soumise alors aux Kumaniens, et dont il est question, avant cette époque , sous le nom de PeUchene^ieiu, dans les annales russes, byzantmes et allemandes (^. Du camp de Batou, Carpin fut envoyé à la horde du grand-khan Kajouk, qu'il nomme cuine ; il y arriva par le pays des Biêermines, où il rencontra beaucoup de villes ruinées. Le nom de ce peuple est sans doute une corruption de celui de musulman, et désigne les mahométans qui demeuraient sur les côtes orientales de la mer Caspienne C). Pins loin, il traversa le pays des Nmmans, peuple mongol , visité à cette époque par plusieurs voyageurs chrétiens, et qui, suivant quelques uns, avait pour chef le célèBre et fabuleux prêtre Jean, V Unh-khan, chef des Trogules (*). Ce prétendu prince chrétien avait dès lors été subjugué par les Mongols, et Garpin est le premier qui parle de son empire , que des voyageurs postérieurs ont soutenu avoir • trouvé. 11 passa aussi par le Khithaî noir {Carakitaî]^ c'est-à-dire le Kachghar tributaire, ou le pays que les Khltans occidentaux avaient conquis depuis le Sihoun jusqu'à TObi ('). D arriva enfin à Syra Orda ou la horde dorée, quartier-général du grand-khan ; il y obtint audience , amsi que plusieurs autres envoyés étrangers, fut renvoyé avec une lettre pour le souverain pontife, et revint par la même route jusqu'à Kief (•).
» Ce que les Arabes et les auteurs byzantins avaient écrit avant Carpin, sur les peu-
(') Ch. 21-27. — (•] HIst. du Nord par Schlœaa, p. 531 (en alleni.). Becherches sur les peuples de l'Europe orientale , par Thunmann , tom. I , p. 139 ( en ail.).— (^) Forster, Découvertes au nord , I, IM, trad. franc. — (4) Hakluyt ^ Voyages, 1 1, p. 84.
(^ Les Khithans, peuple mongol-tongouxe qui occupait les provinces septentrionales de l'empire chinois, avaient donné leur nom au Kbitbal appelé aussi Kathai : de \k le nom de Kheian , par lequel les Doukhares désignent encore les habitants de la Chine. Le Kachghar était un royaume puissant qni appartenait à -des princes de la farolUe des Tchiogbi*- Khan, et qui comprenait le Kbotan, pays qnii d'après l'origine sanscrite de son nom ikovuma (mamelle de la Terre), annonce que Kbotan, sa cipitalejut peuplée par une colonie hindou. J. H.
(6) Voyez la Collection é^Bergeron, La Haye, JeiB Neaulme» 1735, tn-4%
HISTOIRE DE LA GEOGRAPHIE
pies et les pays qu'il avait parcourus, n'ayant pas été répandu chez les chrétiens de i'Europe occidentale, il est le premier qui les leur ait Mi connaître. Outre ses propres observations , il a inséré dans sa narration tout ce qu*il apprenait de ses compagnons de voyage le long de la route. C'est ainsi qu'il entre dans des détails sur Tancienne Kumanie, nommée Kaptchak par Rubruquis, et dont Hay ton F Arménien parle comme d'un Etat renversé par les M<ngols (t) , et qui confinait au nord avec la Russie ou Rassia d'Hayton. Au-delà des Busses habitaient les Morduins, les Bulgares et les Bachkirs, que Carpin nomme Bastarcas, Ces derniers étaient, suivant lui, ancêtres et frères des Hongrois (Magyares), et parlaient la même langue. Dans ces mêmes régions vivaient les Samoièdes et les Parossites. Ceuxci paraissent être un de ces peuples fabuleux que les voyageurs du moyen âge introduisent si volontiers dans leurs relations, afin de flatter le goût de leur siècle pour les prodiges surnaturels. Les Parossites ne pouvaient manger, à cause de la petitesse de leur bouche et de leur estomac, et ne vivaient que de la ftimée des mets qu'ils préparaient.
» Au midi de la Kumanie était le pays des Alalns, auxquels Carpin donne le nomd'A^e^, et Rubruquis celui ^Acca et Ados; ce qui a engagé des savants, d'ailleurs respectables, à dïercher dans ces régions les Ases, ou divinités des Scandinaves, compagnons d'armes d'Odin, dieu de la victoire (^). Il est sans doute singulier que Strabon ait connu ici une ville û*A$purg, dont le nom gothique ressemble à celui d'Asgord, demeure d'Odin ; mais ces indices ne sauraient jamais» fonder une opinion historique. Les Ases de Carpin sont probablement les Abases^ sur la c6te orientale de la mer Noire, qui se donnent le nom d'A6«ne^ et qui sont voisins des Circassiens (^), que Carpin appelle Kergis. Plus loin étaient les Khazaresou Ghazarij peuple de la Russie méridionale et de la Crimée, appcfés encore Ghazariens par les Russes dans le treizième siècle. Notre voyageur place à leur suite les Ibériens, anciens habitants de la Géorgie; puis les Catesy probablement les habitants de Kachete ,
{•) Histokr. orienUl. c. 6, pag. 5,édU. Mûller.— (•) Suhm , I. passim. — (3) EUis, Memolr of a map or the coontries between tbe Black and Çaspian sea , p. 18.
également en Géorgie (!). Parmi les autres peuplades du Caucase, il fait encore mention des Brutachi, qui étaient Juifs, et se rasaient entièrement la tête. Ce nom parait mal écrit; on n'en trouve aucun qui ait avec lui la plus légère ressemblance dans les écrivains qui ont parlé des nations du Caucase ; peut-être Carpin veut-il parler des Chaitàkhi qui habitent sur la frontière du Chirwan, et qu'on met au nombre des Lesghi ('■). Dans leur voisinage vivaient alors les Cithes (il faut dire les CtcAf«), qui, selon Rubruquis, erraient en hordes nombreuses près de l'embouchure du Don, et dont il est aussi question à une époque antérieure dans l'histoire de ce pays (^). Carpin finit par nommer les Géorgiens et les Arméniens.
» Il avait aussi appris le nom des quatre principales tribus mongoles ; mais ceux qu'il cite ne s'accordent pas avec ceux qu'on doit à^ d'autres auteurs du même temps; voici les siens : JehorMongal, Sumongal, Merkat et MekriL Hayton \f) fait mention de sept principales tribus mongoles, dont les noms ne ressemblent papaux précédents: Tatar, Tangot, Cunat, Jalair, Sonich, Uongki et 2'ebet. Dans les subdivisions modernes de cette nation , il est question de tribus entièrement différentes (5). Cependant les noms cités par Carpin ne sont pas forgés à plaisir ; il a seulement pris des hordes particulières pour des tribus principales. De Guignes (^ fait mention des Merkats comme d'un peuple qui prit part aux premières guerres des Mongols. Marco-Polo trouva les Médites, Medritei ou MecHtes dans un état sauvage , aux environs des montagnes de l'Altaï (^. La notice qu'il donne des peuples (^] soumis les uns après les autres par
(•) Forster, Découv. I, 153. Sprengel, $ 25. — (') Relation des peuples à l'occident de la mer Caspienne» par Gerbert,dàù$\e Recueil étMûlUr, pour THisl. de Russie, IV, p. 55. Voyages de Guidensiœdt, I. p. 495 (en allem.). — (^) Hist. du Nord, par ScA/(ç/s«r, p. 520 (en ail.). — H Ch. 16, p. 20, édit. Mûller.— (s) Relat. hist. sur les peuples mongols, par Palla-t, 1. 1, p. 5 (en ail). — (<) Hist. des Huns eldesturcs, III, p. 4-15. — (T) De rébus orient, p. 52. — (8) Ilakluyt , Voyages , ch. 7 , p. 34. Les noms des pays quMIs ont subjugués sont ceux-ci : les Aiiayes, JVaymans, Solanges, Carakitai ou JVoirs Calhaiieru, Comans, Ttmat, Voirai y Caranites , Huires , Soifoal, MerkiteSy Menites, Barihryar, Gosmit, Sartuins , BiserminSf Turcomuns , Bilercs ^ la Grande Bulgarie , les Baschares, Grande Hongrie, Kergis, Colono, Tho*