‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 75 sur 229 · LIVRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIÈME

les Mongols, ne oontieiitfjtie des noms de tribus asiatiques, sans aucune remarque sur le lieu qu'elles habitaient, leurs mœurs et autres particularités. Quelques uns de ces peuples , tels que Sohoal, Gomii, Thoas, trouveront difficilement quelqu'un qui veuille se donner la peine Inutile de chercher leurs traces obscures d'après la ressemblance de leur nom avec celui d'un peuple connu. Plusieurs de ces noms paraissent ne désigner que le même peuple : d'autres indiquent des sectes chrétiennes , comme les nestoriens et les Jaoobites : d'autres enfin , tels que BcUdach ou Bagdad , ne sont que ceux d'une ville. 11 y en a qui désignent réellement des peuples existant encore en partie, et que leurs conquérants n'ont pas fait disparaître des annales du monde. Les TumaU sont aujourd'hui une horde de Kalkas-Mougols qui habitent les environs de la grande muraille de la Chine, et que de Guignes nomme Twnati (<). Cette peuplade est connue aussi du géographe chinois (^), qui la range parmi les Mongols soumis à la Chine .Les Voirais et les Tharaii, placfés immédiatement après , sont sans doute les Burattes , tribu mongole très nombreuse ,*qu*on nomme aussi Niràts (^. Les foramÏM sontdesKirghiz. Au moins, dans le dix-septième siècle, une tribu de ce peuple, appelée les Karattes , vivait sur les bords de la rivière d'Abakan, près de l'Ienise! {*). Carpin avait aussi entendu parler des Oulgours sous le nom à'Huiur; enfin, on peut appliquer son Buritabeth au Tibet.

» Passons au voyage de Guillaume Rubruquis.

• Une lettre supposée (s) , et le bruit général que le grand-khan des Mongols avait embrassé la religion chrétienne, portèrent saint Louis , roi de France , à envoyer à ce prince un frère mhieur de l'ordre de Saint-François , natif de Brabant , et nommé par les uns Jtu(ru-

raH, Buritabeth, Parottitet, Sasm, Jaeohite^, jUaitu •a Amt , Obeaeê oa Géorgiens, Nettorient , Armé- 9ien$^ OmgiteSf Cornant Brutaehes qui sont julb, Jlforduins, Torces, Gazares, Samoyedes, Ruthhnes OU Jlutsiens, Baldachs, Sarti, Pertes, Thoas, Inde mineure ou Ethiopie, Trehase, etc. (Trad. de Bergeron.)

(') Hist. des Hani et deg Tartores , I!I. — (•) Mag. géog. de Busching , XIV, p. 547. —(3) FUcher, Hist. de Sibérie, I, pag. S7. Palias, sur les peuples mongols, p. 12. — (♦) Fischer, II, p. C89.7O0. - (5) MaUh. Pârit, Additam. pag. 178.

gtm, par d'autres, plus exactement, Atiûbroek, accompagné du frère Barthélemi de Crémone. Le moine ambassadeur partit d'Acre le 7 mai 1253, pour Constantinople, où il s'embarqua pour Soldaya, prit la même route que ceux qui l'avaient précédé , et , après bien des fatigues., arriva dans la ville de JTarakoroum, située dans le désert de Cobi, que le khan Mangou parcourait alors. Hakluyt a le premier publié le voyage de ce religieux ('), mais d'après un manuscrit incomplet. Purdias l'ayant trouvé entier dans une bibliothèque à Cambridge , l'a fait imprimer dans son recueil, après l'avoir traduit en anglais p) ; il y a Joint un extrait assez exact, tiré de la quatrième partie de VOpus Majus de Roger Bacon if. Comme ses descriptions sont assez étendues et semées de détails intéressants, il fut longtemps, avec Marco-Polo, leguide principal pour ces pays éloignés. A son passage par la Crimée, il y découvrit les restes des anciens Goths qui parlaient allemand : étant originaire des Pays-Bas , il comprenait ce langage. Depuis lors, Josaphat Barbaro et Busbeck ont confirmé sa découverte (*) , et les doutes qu'on a élevés sur la réalité de cette observation n'ont conduit qu'à des explications forcées [^j. Les provinces russes qu'il visita ensuite, le long du Volga et de la mer Caspienne, étaient dévastées par les Mongols. De là il voyagea pendant deux mois Jusqu'au quartier-général du khan Sartak, à trois Journées en-deçà du Volga, sans entrer une seule fois dans une tente ou dans une auberge , et passant toutes les nuits dans son chariot. Les Mongols qu'il rencontra étaient très incommodes : à diaque instant ils lui demandaient des présents , des vivres, et même des friandises ; mais ils n6 lui volèrent rien. Dans les déserts entre le Doo et le Volga , vivaient alors les Morduins, qu'il appelle MoxeU, et qu'il dépeint comme païens. Ils n'avaient point de villes , et habitaient des huttes éparses dans les forêts. Au nord de cette peuplade , il en trouva une autre appelée les Mer dus ou Mtrduoê; ils étaient mahométans, et s'étendaient jusqu'au Volga. On reconnaît dans ces deux tribus les Tchérëmisses qui , dans leur langue , se donnent le nom de

(») Hakluyt, I , p. 71-92. — («) Purehas, Pllgriincs, III , p. 1 , etc. — (3) Id. ibid. 52-68. — (4) Voyci cidessus, p. 394-395. — (6) Beckmann, Ann. des V«y» ges. IV, 37.

fflSTOIRE DE LA GÉOGRAPfflE.

Itari, et les Morduans , qui se nomment euxmêmes Moksha (^).

« Rnbruquis fut très bien reçu du khan SartalL, à qui il remit des lettres de saint Louis, et qui occupait avec six femmes un campement eonsidérable. Il s'informa si , comme on le disait en occident , ce prince était chrétien ; mais on lui répondit qu'il était mongol et non pas chrétien : ce nom passait pour celui d'un peu* pie. Le franciscain fut ensuite obligé d'aller Tcrs le khan Batou , père de Sartak , qui errait plus loin à l'est avec sa horde. A son retour, il trouTa le fils habitant la Yille de Saray sur le Volga ; il traversa ensuite le fleuve du Jalk ou de rOural , et le pays des Bachkirs, qu'il nomme Pagcatirs, et qui parlaient la même langue que les Hongrois. Plus loin , il arriva à la ville de Kenckat où il trouva des vignes ; il vit ime grande rivière qui sortait des montagnes voisines, mais il ne put apprendre ni son nom ni celui du pays d'alentour. A peu de distance était la ville de Talack, où quelques Allemands demeuraient parmi les Mongols.

Après avoir éprouvé bien des fatigues et traversé bien des déserts, il atteignit Equius, ville dont les habitants parlaient la langue persane. On n'a pas encore retrouvé ces villes avec toute la certitude désirable (^) ; il est probable que la grande rivière est le Syr-Déria ou Tlaxartes, et que la ville de Talach était située sur la rivière nommée de même (^. Mais la ville à^Equius présente encore Ame énigme dont la ss^dté des voyageurs futurs donnera peutêtre la solution.

B Bubruquisaila ensuite à Cailac, ville très commerçante dans le pays à*Organon, pays riche en pâturages et qui renfermait un lac dont on ne pouvait faire le tour en moins de quinze Jours. Ce nom d'Organon est probablement celui ûUrgonekon (^) travesti à la manière latine , et donné à une vallée entourée d'une chaîne de montagnes autour du lac Palcati; il s'y trouve beaucoup de mines, et elle est très célèbre chez les peuples mongols. Il est possible aussi de retrouver la ville de Cailac. Marco-Polo la nomme Calaeia , et parle de son grand commerce en faisant l'éloge des camelots qu'on y fabriquait avec de la laine blanche et le poil de chameau. 11 appelle £^ngqja la province tangoutienne , dont elle était

(«) Forster, 1, 160. — (•) Sprengel, §56. — (') Forster, l, 169. — (^) Aboulgmi Khan, II, chap. 6.

la capitale. Quoique les manuscrits de cet ancien voyageur contiennent tous des variantes sur les noms propres , celui de cette province se trouve toujours écrit de la même manière ; un seul manuscrit de Berlin porte Eggqja ['). Le peuple le plus proche était les Ouigours; c'est dans leur pays qu'était la ville de Kara^ koroum^ à dix journées du quartier-général du khan (3] ; ils étaient bornés d'un côté par le pays appartenant au prêtre Jean; plus loin, à l'est, s'étendait le Tangout, et auprès le Tibet, ainsi que les Langeê et les Solanges, Ces derniers sont probablement les Zulags, peuples inconnus, nommés dans la géographie des Birmans (S) ; et les Langes seraient alors les habitants d'un canton du Tibet, autour du lac Lanken.

» Au-delà se trouvait le Kathai, queBubruquis regarde comme le pays des Seres. Le nom de Kathai a eu une acception très vague. Bubruquis s'en sert pour désigner la Chine septentrionale ; il en parle d'après des documents certains , qu'il avait recueillis dans le camp des Mongols, où il vit des ambassadeurs chinois. Il avait observé la manière d'écrire des Chinois; il dit qu'ils emploient un pinceau semblable à celui des peintres, et qu'ils tracent plusieurs lettres réunies ensemble dans une figure qui signifie un mot ou une phrase entière; c'est désigner les caractères chinois d'une manière non équivoque. Bubruquis ré-' pète d'&illeurs les rédts fabuleux touchant la capitale de la Chine, dopt les murs étaient d'argent et les tours d'or ; peut-être a-Von mal interprété ce qu'il a voulu dire , l'épithète de dorée étant appliquée, dans les langues de la Tatarie , a tout ce qui excelle en gloire et en puissance. A vingt journées du Kathai, était le quartier-général du khan Mangou , où Bubruquis resta cinq mois ; il était éloigné de dix journées du pays des fleuves Onon et Kerlon, ancienne demeure des Mongols , et lieu de la naissance de Tchinghis-Khan. Dans cette contrée vivaient aussi des Kirghiz et des Orangeï, peuples pasteurs et pauvres. Les derniers se garnissaient les pieds de petits os bien polis, pour aller plus vite sur la neige et la glace.

(») Sprengelj loc. cit.

(») Kart-koroum éUil slwée sur les bords de rOrklion par environ lOJo de long, ouest, et 46o 80' de lat. nord. J. H.

(5) Wilford, dans les Ariaiic Research. VI.

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