‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 77 sur 229 · LIVRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIÈME

Ainsi, dans le temps où les missionnaires visitaient fréquemment ie pays des Mongols , ce prêtre Jean déjà n'était plus au nombre des vivants.

» On a proposé diverses conjectures sur cet être mystérieux; on a même voulu y voir le Dalaî-puna (*j : assertion inadmissible, à cause de la position que les voyageurs assignent au royaume du prêtre Jean. Il n'est pas aisé de dire avec quelque vraisemblance d'où venait le nom qu'on lui donnait en Europe. Toutes les éty mologies qu'on a citées n'éclaircissent pas la question (») ; mais l'idée la plus bizarre qu'on ait eue sur ce prince, c'est assurément celle des Portugais, qui, à l'époque de leurs grands voyages dans le quinzième siècle, s'avisèrent de transporter tout-à-coup le prêtre Jean en Afrique, et de le confondre avec le Négus d'Abyssinie. Aucun des écrivains qui ont répété cette fable n'en avait cherché l'explication avant le savant Sprengel ; voici ce qu'il pense de IV rigme de cette opinion : « Plan Garpin(s) place le prêtre Jean dans l'Inde, habitée, selon lui, par des Nègres, ou, comme il les appelle, des Sarrasins noirs ou Ethiopiens, tels qu'on en rencontre sur le continent d'Asie parmi les races sauvages, et dans les tles parmi les Haraforas ou Idahans. Par conséquent ,. le prince chrétien appelé Jean, habitant au milieu des Sarrasins et des Indiens, pouvait bien se trouver parmi les peuples que les Portugais avaient visités dans le cours de leur navigation le long de l'Afrique. Lorsqu'ils furent arrivés au Bénin et se furent répandus dans le Congo, ils apprirent des habitants qu'à 200 milles de distance derrière eux, vivait, dans l'intérieur de l'Afrique , un prince chrétien qui s'appelait Ogane, Ce récit et la ressemblance du nom d* Ogane avec celui du prince Oung-Khan, auront donné naissance à cette idée qui ût accélérer Texpédition de Vasco de Gama et le premier voyage aux Indes par le midi de l'Afrique. » La translation du royaume du prêtre Jean en Afrique serait ainsi due à cette ancienne confusion de l'Inde avec l'Ethiopie; confusion qui, chez Lucain, a fait placer les Sères près la source du Ni! , et dont nous avons montré l'origine jusque dans les poèmes d'Homère.

(') Georgi , Alphabetam tibelanum , pag. 690. — (>) Hyde ad PerisioL, 1 , 189. ff^iisen , Oost en Noord Tarlaryc, p. 345. — (3) Carpin, ap. Hackiuyi, ch. 10. p.41.

» De tous les voyageurs du moyen âge, le plus célèbre, et celui qui a parcouru et décrit le plus de pays dlffécents , est Marco^Polo, noble vénitien , dont le nom s'écrit en français, tantôt Marc-Paul, et tantôt Marc-Pol Soû ouvrage sur les pays orientaux fut long-temps le manuel de toute TËuropc pour la géograpMe de l'Asie ; et sa réputation ne ût que s'accroître lorsque les Portugais, par leurs découvertes maritimes , eurent constaté la vérité de plusieurs de ses récits, qu'on prétendait être forgés à plaisir. Marco-Polo parcourut l'Asie paidant vingt-six ans('). Il est le premier qui ait pénétré dans la Chine, qu'il divise en Kathai^ en Mangi, dans l'Inde au-delà du Gange, et dansplusieurstlesde l'océan Indien,auparaYaiit enveloppées de fables. Il entreprit ce voyage fameux vers 1271, après l'élection du pape Grégoire X P) , accompagné de son père, Nicolao Polo , qui avait déjà été à la cour du grandkhan Koublal; ils avaient avec eux quelques moines dominicains, dont l'un, Guillaume de Tripoli, a aussi donné la relation de ses voyages (^). Marco-Polo, peu après son retour dans sa patrie, en 1295, fut pris par les Génois dans un combat naval , et conduit à Gênes ; il y fiit mis en prison; sa détention dura quatre années, pendant lesquelles il écrivit lui-même ses voyages et les mit en ordre. Suivant d'autres versions plus anciennes, il les fit rédiger par son compagnon d'infortune Rustigielo ou Rusca de Pise (^j. On a aussi beaucoup disputé pour savoir s'il avait écrit ou fait écrire son voyage en latin ou en italien. C'est plutôt dans l'ancien dialecte vénitien que parut d'abord le véritable original, ainsi que Zeno l'a prouvé d'après un manuscrit très ancien (s) ; mais il est bien difficile de décider si les nombreuses traductions de ce voyage dans la plupart des langues de l'Europe , et dont une fut imprimée à Lisbonne dès 1602, ont été faites d'après l'original italien 6u d'après la première version latine don-

(•) Ramusio, II , p. 4. Forsier , 1 , 198 , nol. û. — (») Tiraboschif Sloria délia letteralura italiana, ÎV, p. 82. — (3) Extrait dans Duchesne, script, vol. V , le MSS. complet à Berne , Sinver , Catalog. II, Î81. — (4) Tiraboschi, IV, 79. Comp. la Iràô. MSS. àt Cepoi: Sinner, Calai, biblioth. Bern. II, 419, 456 — (^) Sprengel, HIst. des Découv. § 28. M. Marsden, Yoyageur anglais, qui publia en 1818 une traduction anglaise de Marco-Polo, pense avec Simon Grynsus que le célèbre Vénitien composa son ouvrage eo italien.

HISTOIRE DE LA GEOGRAPHIE

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