‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 79 sur 229 · LIVRE VINGTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGTIÈME

ques notions positives. Balae ou Balkh , et la province de Scasem ou 1*A1-Sliash, se reconnaissent aisément (') ; mais où placer la contrée Balaseian ou Baliucian, avec ses montagnes riches en rubis-l>alais, lapis-lazuli , argent et divers métaux , avec son climat froid, avec ses troupeaux de moutons sauvages et ses agiles chevaux , dont le dur sabot n'avait pas besoin d'un fer conservateur? Nous croyons y voir le Badakhchan traversé par le Djihoun. Un canton voisin , celui de Vash , est nommé Boêcia par notre voyageur^ qui décrit aussi rheureuse vallée de Kachmyr sous le nom de Chesmur, Il traversa la plaine élevée de /'a* mer^ qu'il nomme PamUr, et les montagnes de Belour, qu'il appelle la contrée Belor; et dans ces régions glacées où les loups et les hyènes poursuivent le mouflon , ou mouton à grandes cornes, il observa, long-temps avant les physiciens modernes (') , que le feu brûlait avec moins de vivacité et de force qu'au milieu d'une atmosphère moins raréfiée.

» Descendu de ces hauteurs stériles , Marco- Polo avait vu s'étendre au centre de l'Asie les régions tempérées et fertiles de Cascar ou Kachg^ar, de Cotan ou Khotan , de Pein et autres cantons de la petite Boukharie. Les détails qu'il donne sur ce pays méritent encore d'être consultés. Il en est de même de la ville de Lop , située près d'un grand lac , et de la province de Camul ou Khamil , dont les habitants poussaient l'excès de l'hospitalité jusqu'à céder aux voyageurs leurs filles et leurs femmes. La recherche de l'oasis du grand désert qu'il désigne sous le nom Ciarciam, et celle du royaume de Tendue, où régnait un descendant du prêtre Jean , ne présentent aucun espoir d'un résultat tant soit peu satisfaisant ; il n'y a qu'un autre Marco-Polo qui , en y pénétrant de nouveau , puisse nous faire retrouver ces contrées inconnues (^j. Faisons seulement observer que le voyageur vénitien avait décrit d'une manière assez exacte l'am'mal

(') Casiiglioni fUontit enfiche, p.53. 1 vol. in-4o, MUan, 1819. — (») Deluc, Recherches sur les modifications de l'atmosphère» § 903, 919.

(') M. RIaproth parait cependant avoir découvert remplacement du Tendue, qui a si long-temps exercé les commentateurs: selon ce savant, ce royaume était situé autour du laci^ouif-noor, par 49«lat. N. et il&o long. E. de Paris; sa capitale, Tendeckou Tendue, n'existe plus. J. H.

porte-musc, le grand fiiisan (>), et divers an> très objets d'histoire naturelle. Son génie ob* servateur le tint en garde contre les &bles orientales qui enchantèrent l'esprit léger de Mandeville, de Pinto, et d'autres voyageurs bien plus modernes. »

Donnons d'après Marco-Polo quelques dé* tails sur le Tibet et l'Inde. « Le Tebet, ouTi> bet, renferme selon lui huit royaumes. Une partie avait été dévastée par les armées de Koublai-Khan; les animaux sauvages y fourmillaient , et les voyageurs , pour se garantir de leurs attaques , mettaient le feu à des forêts de grands roseaux (bambous),* dont le pays était couvert. Dans la partie habitée, il régnait plusieurs usages singuliers. Les indigènes n'aimaient pas à épouser des ûlles qui avaient conservé le trésor que dans d'autres pays les époux recherchent avec tant d'avidité. Us suppliaient avec instance les étrangers d'apprendre à leurs jeunes filles les mystères de l'amour, et de leur laisser quelques présents comme témoignage de ce commerce passager ; les filles attachaient à leur cou ces honteux trophées, et plus elles en étalaient, plus elles étaient sûres de trouver un mari. Le pays produisait de lor, du musc et da co-

A l'ouest du Tibet, Marco-Polo pla^tla province de Gaindu, ou Chayndu, où Ton trouvait un lac riche en perles, beaucoup d'animaux à musc nommés gaddery, des mines de turquoises, de l'or et plusieurs végétaux aromatiques. Cette contrée parait répondre à celle de Gang-Desh, indiquée dans leZend- Avesta et chez Ferischta ; c'est la région où coule le Gange, depuis sa source jusqu'à ses cataractes (^j. Elle se termine à l'est par le fleave Brius, probablement le Bramapoutre, ou Brihmapoutre, qui roulait des paillettes d'or, et se jette dans l'Océan. Passé cette rivière, on entrait dans la province de Caraiam , dont la capitale s'appelait lacy. Ce pavs , riche en chevaux, en or et en riz, était infesté par d'énormes serpents. Les habitants parlaient une langue particulière ; Ils buvaient de l'eau-devie de riz. Le grand-khan ût la guerre au rd de Mien (d'Avaj et de Bangala (Bengale) , à cause du pays de Caraiam; il l'occupa, ainsi

(•) Phasianus Argus L. — (*) Marco Pauto de reb. orientalib. lib. II , cap. 36-37 , édit. de MiUlcr; cap. 86, édit. 1508. — {^) fTahl, pag. 239-245,

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que edod de Botia, qm en était limitrophe {^}. II est évident que le Botia ne peut être que le Bootaa des modernes; ainsi le Caraiam, que les commentateurs jusqulei ont transporté Jusque dans la Petite-Boukharie , doit être le pays d'Acham, avec Faneieune capitale A&oh. Peut-être le nom de Caraiam a-t-il quelque rapport avec celui des monts Garrow. Dans une province voisine nommée Ardandam ou Ârekdam f^, ou enfin Caridi P), on voyait les hommes gsirder le lit pendant quarante Jours après raccouchement de leurs femmes ; ils étaieot chargés du soin de Fenfant nouveau-né. On ny adorait que les esprits des ancêtres de chaque Damille. L*or abondait tellement, que tous les hommes portaient les dents couvertes d'une petite lame de ce métal ; ils réchangeaient à poids égal contre l'argent que les habitants du pays de Mien leur apportaient, et qui manquait entièrement dans celui de Caridi. Leurs sorciers prétendaient guérir les malades par des chants magiques, pendant lesquels ils dansaient avec des contorsions effroyables, jusqu'à ce que Tun d'eux, saisi par ricÛQuence du démon, tombait à terre , et déclarait par quelle sorte de sacrifices il fallait conjurer la bienveillance de l'esprit qui le faisait parler. Ce sont précisément les jongleries des chômons actuels. La capitale de la province de Caridi était NoUan (*); c'est le nom d'un grand fleuve qui descend du Tibet dans l'Ava. Ainsi , le pays de Caridi est la pointe sud-est du Tibet , et peut-être la patrie de la nation des Kariaines , répandue dans l'Ava. Marco-Polo connaît encore dans ces environs la ville de Cianglu (^j, qui paraît être le Dsan^ eh de la carte des missionnaires.

» Marco-Polo parcourut toutes les provinces de la Chine ; il fût même au service du grand-khan mongol , et gouverneur pendant trois ans de la ville d' Yangui, ou Tang-tcheau, Sa description n'embrasse pas toutes les provinces chinoises. Il y a des choses si obscures dans les parties qu'il décrit, que Gaubil, Magalhaens et autres missionnaires qui ont été sur les lieux, n'ont pu les éclaircir. Parmi les villes remarquables de l'empire chinois , il

{« ^ Mareo'Polo, de reb. orient, lib. 11, cap. 39, 40, tt, 43, éd. de Mailer. — (*) Edit. de MQller , c. 41. — WEdll. de 1S08, cap. 89. — (*) Edil. de 1508. Unchiau, dans MOIler. — (5) Ed. de 1608. Canglou, dansMOIIcr.

décrit en détail Combaia (Pé-king], sa capitale, et ses douze faubourgs. L'explication qu'il donne de son nom, ville du seigneur^ est très juste. H parle de Nan-king, capitale du Manji, ou la Chine méridionale. Parmi les provinces du Manji, il décrit le district de Nanghin, très important par son riche commerce de soie. Il regarde la ville de Qu%n$ai (Hang-tcheou) comme la plus grande du monde. Son nom, en langue du pays> signifie ville céleste; elle était coupée par des canaux sur lesquels il y avait douze mille ponts. Pour donner une idée de l'immensité de cette ville, il dit que la consommation journalière du poivre y était de 94 quintaux. Ses habitants avaient la coutume de brûler, avec le corps des personnages de distinction , des morceaux de papier où étaient représentés des esclaves, des chevaux et des monnaies d'or et d'argent. A 25 milles d'Italie de cette ville, était le port de Ganfu (i) , par lequel elle faisait un commerce considérable avec les Indes et les lies à épiceries. Il fallait une année entière pour se rendre à ces lies , à cause des moussons ou vents périodiques. On y apportait entre autres une quantité de poivre cent mille fois plus considérable que celle qu'on importait à Alexandrie , quoique cette dernière place en approvisionnât l'Europe entière. M. Klaprotii reconnaît ce port dans le bourg de Kan-fhou. »

Le Tangout, pays situé à l'ouest du fleuve Jaune, a été parfaitement connu de Marco-Polo : il donne une idée si exacte de ses limites et de son étendue, qu'il est impossible de ne pas le séparer du Tibet. Voici, selon lui, les provinces dont il se composait : le Sachion ou Cha-tcheou, le ChamvX ou Khamil, le Succuïr ou Sou* tcheou^ le Sinchin, et le Campion ou le Kaiv* tcheou. Toutes les hordes qui habitaient cette contrée étaient nomades, et suivaient, avec leurs troupeaux, le cours des rivières et les pâturages qui les bordent.

» On pourrait trouver surprenant que Marco- Polo, qui a observé tant de choses en Chine, n'ait pas fait une seule fois mention du thé ; mais il faut faire attention qu'ayant écrit son voyage de mémoire, il était difQcile que tout se présentât à l'instant à son esprit. Il n'avait pas oublié la porcelaine f*) : on en febriquait beau-

(') Campu de quelques éditions faites d'après le manuscril de Ramusio. — (>) ScodeUe e piadine di porcellana.

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-îoup à Tingui (*) , vUIc peu éloignée de Quin- 'saif elle était à si bou marché dans ces deux endroits , qu'on pouvait acheter huit grands plats pour un grosso de Venise. Il fallait laisser la terre à porcelaine exposée long-temps À Tair avant d'en pouvoir faire usage : elle restait ainsi trente ou quarante ans ; les pères la laissaient en héritage à leurs en&uts et à leurs petits-enfonts. D'autres voyageurs ont fait la même observation (^) ; mais ne ravaient41s pas copiée dans Marco-Polo ? Il fut surpris de la rareté et du prix élevé de l'aigent en Chine. Ce dernier métal y était à l'or dans la proportion de un à six, ou de un à huit. Les pelleteries fines y étaient à un prix excessif. Un grand qui paie ai\jourd'hui 100 à 150 piastres pour une peau de loutre marine de la Nouvelle-Albion, donnait, dans ce temps-là, 2000 piastres pour ime fourrure de zibeline de première qualité, et lOUO byzantins pour ime de qualité moyenne. Notre voyageur cite comme une des merveilles de Pé-king le charbon de terre, ou, comme il l'appelle, la pierre noire, qu'on tirait des montagnes du Cathai ou Kafhai , et qu'on brûlait au lieu de bols.

M Marco-Polo semble confondre avec les provinces du Kathai le Bengale et le Pégou ; il donne à ce dernier pays le nom de Mien, qu'il porte encore aujourd'hui chez les Chinois. On trourvail de l'or dans ce pays, d'ailleurs très sauvage et couvert de forêts pleines d'éléphants et autres animaux sauvages. Ce voyageur est le premier qui ait fait connaître le Bengale aux Européens : 11 en dépeint la fertilité; il fait l'éloge du coton, du riz et du sucre qu'on y récolte. On y faisaitalors, et depuis encoredans le quinzième siècle, un grand commerce d'eunuques (') .

» Ayant foit voile de Zaiton ou Zeitoun, port du Maniji, Marco-Polo visita plusieurs lies. Dans la description de ce voyage, il a occasion de parler du Japon, qu'il nomme Zipungu (^). Ses habitants avaknt le teint blanc, et adoraient des idoles monstrueuses, à plusieurs tètes et à plusieurs bras , comme celles des Indiens. U raconte comment le khan Koublaî voulait faire la conquête de ce royaume, et com-

(') Tinugui ovi Cimguy — [*) Pigafetta , pfnp. Rq" fnttfto. I, 391. SaU Sekweigger, Voyage de Tubingue i GonstiDtiQople , en lS5S.ci(é par Sprengel,% 33, note c. — (5) Comp. VAyen Akbery, II. 10. — (4) Ztpongu^ GypungUf Zimpochu, dao8 quelques maBu- Mrita.

ment la plus grande partie de ion armée H engloutie dans les flots. Au sud du lapon s'étendait la mer de Cin, où il y avait sq^t mille quatre. cent quarante lies, la plupart habitées et riches en épiceries; mais il dit n'y avoir jamais été. De Zaiton, il alla par le golfe d'Yunan à la province de Ciamba, très riche cd éléphants et en bois d'ébène. C'est la province de Ciampa, au sud de la Cochinchine. Au sudest de ce pays , Marco-Polo place , d'après des rapports qu'on lui avait faits, la grande /«ta, l'Ile la plus considérable du monde , abondante en épiceries , que les Chinois y venaient acheter. C'est sans doute l'Ile de Bornéo; au moins la description qu'en donna Edouard Barbossa, qui était dans les Indes au commencement du seizième siècle, et la courte notice de Marco- Polo , ne conviennent aussi bien à aucune autre. Il est plus difficile de deviner quelles sont les lies voisines , nommées Soudur et Condur, La petite Java, qu'il visita , est bien certainement Sumatra. Les habitants des montagnes de l'intérieur s(mt encore aussi sauvages que Marco- Polo les a dépeints. Les royaumes dont il iiiit mention , inconnus aux premiers auteurs qui ont parlé de Sumatra, tels que Barbossa et Barros, ont en partie été reconnus par des écrivains du dix -huitième siècle; le pays dé Ferlech ou Felech porte, chez Majrsden, le nom de Perlach ; et celui de Basman ou Passaman est encore une contrée très peuplée (*). Peutêtre le Dra^atande Marco-Poloest-illeroyaume Angragueri ou Andreguir des auteurs portugais (^j . Le royaume de Lambri avait été connu des Arabes, et Barros le nomme /am6(î. Il existe encore (^. Celui de Fanfur, dont Abool- Feda et Bakoui font mention, comme étant riche en une espèce de camphre (*) , a conservé ime obscure existence sous te nom de Gam* par (»). Ainsi Marco-Polo avait recueilli d'assez bons renseignements pendant les dnq mois qu'il resta à Sumatra. Il ne vit lui-même que le royaume de Safnara, d'où l'tle parait avoir tiré son nom ; car les voyageurs européens qui sont venus après lui l'appellent Samatarrû^ Zamatra,Zamara, SabormaetSamandeT,\A mention qu'il Mt de l'Ile de Malaiur et de la

(») Marsden, History of Sumatra, 284. — («) Bamfi Décades da Asia, III, 114. Diego de Cmuo, decad.Ii 68. — (3) Marsden, «90. — (4) Aboul^Feda, ap. BtiMching, lY, 277. Bakouh not. et extraiU, 11I| 415.- (•) àtarêden, nol. e( eitrâiU.

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ville du même nom prouve qu'il avait entendu parier de ce peuple qui s'était répandu au-delà de Malacca. Entre autres curiosités de Malacca, il décrit l'arbre du sagou, et la manière dont les insulaires préparaient un aliment avec sa moelle; il parle aussi du rhinocéros , qu'il Domine leoneomo. Cet animal, à ce qu'il croyait, se servait pour sa défense de sa langue, qui est à la vérité fort rude.

> Au nord de Sumatra, il trouva les lies de Nioobaretd'Andaman; misds ici sa relation est peu A)oforme à la vé/ité ; il ne connaît qu'une lie daos chacun de ces groupes du golfe du Bengale: nie de iVon^oren, qu'il nomme iVe<?uttrtmy dans le groupe de Nicobar, et sous le Jomà*Angaman, probablement celle d'ilndman. Les habitants étaient anthropophages et avaient , dit-U , des têtes de chien. Ce qu'il raconte de l'état sauvage de ces lies et des habitudes cruelles des indigènes , a été confirmé par les voyageurs modernes ; mais ils n*y ont pu découvrir les épiceries dont il fait l'éloge. A Test de ces Iles était celle de Ceylan, qui avait 2,400 milles d'Italie de conférence. Jadis elle avait été plus grande ; les eaux de la mer eo avaient enlevé une partie, ainsi qu'il l'avait appris des cartes marines indiennes. Il répète le conte du gros rubis que possédait le roi de cette lie , et que le grand-khan mongol eonvoitait vainement.

» n se rendit à la presqu^ile du Decan , et d'abord dans le pays de Yar: c'est le Marvar. Sa description de l'Inde ne regarde que les pays situés le long des côtes de Coromandel^ de Malabar , de Goncan et de Goudjérate. Il n'avait rien appris sur l'intérieur de cette contrée, ou bien il n'a pas jugé à propos d'en parler. Il i'âofid beaucoup sur les coutumes des habitants, amsi que sur les merveUlet du pays ; il &it connaître les Bramines ou Abra%amain$ , non seulement comme formant la première caste indienne, et comme les sages de la nation, mais aussi comme schamans ou sorciers. On ne pouvait, sans leur secours, faire la pédie des perles, parce qu'ils avaient le pouAoîr de maîtriser les monstres marins. Les chevaux étaient rares dans cette partie de l'Indoustan : on les faisait venir par mer de l'Arabie et de la Perse, comme on le pratique encore aujourd'hui ; et à cause du manque de fourrage , on les nourrissait avec du riz cuit, même avec de la viande et autres choses qu'on n'a pas

ooutumedelmir donner en Europe. Les voyageurs modernes ont confirmé ce que Marco- Polo rapporte à ce si^et ; on donne encore au-« jourd'hui aux chevaux de l'Inde de l'ail , du beurre et des têtes de mouton bouillies (^). La vénération générale que les Indiens ont pour les bœufs et les vaches n'échappa point à ses observations. Les habitants du Marvar regardaient comme un péché de manger du bœuf et de quelques autres animaux. 11 y avait des tribus qu'il nomme Gati, et qui osaient manger du bœuf mort naturellement , ou d'autres animaux tués. Les Indiens ne buvaient pas à la manière des Européens : chacun avait son vase particulier pour cet usage; ils ne le faisaient pas toucher à leurs lèvres , mais versaient d'en haut la boisson dans leur bouche , de la manière décrite par Sonncrat et autres voyageurs modernes. Dans certaines contrées de rinde méridionale , boire du vin était un délit ; ceux qui en buvaient n'étaient pas admis en témoignage. Quoiqu'il n'y ait pas de vignes sur les côtes de Malabar et de Coromandel , et que le vin y doive être fort cher et à l'usage de peu de personnes, il parait cependant que ladéfense d'en boire, mentionnée par Marco-Polo , y est très ancienne. Les géographes arabes eu ont tous parlé. Entre autres , Bakoui dit, de la ville de Gomor ou Gomorin, que le vin y est défendu , et que l'ivrognerie y est punie. Avant eux, Gtésias avait raconté d'un certain roi de l'Inde , qui avait un grand nombre d'éléphants , que rien n'était réputé si honteux chez lui que la gloutonnerie et Tivresse (*). Ge que Marco-Polo dit de l'aversion des Indous pour la mer s'est plusieurs fois confirmé de nos jours. Les Anglais ont été obligés, en différentes occasions, d'envoyer les Gipayes par terre du Bengale à Madras, à travers le pays des Mahrattes et des Gircars septentrionaux , parce qu'ils refusaient absolument de s'embarquer (3). Marco-Polo connaît aussi les courtisanes de l'Inde, les fameuses bayadèrei : il en trouva près de chaque temple ; elles célébraient, par des danses, les fêtes de leurs dieux , qu'elles épousaient, eux ou leurs prêtres. Il parle des palanquins dans lesquels

(•) MunrOf narrât, of the mllIUry opcralïons, p. 60, Crawford, iketcliCfi oflndla, p. 394.— (•) Heeren, de Grscorum de Indiâ notiUâ in commentar. GoUingens. X, pag. 132. — (') Boberuon* s Idsiorlcàl dlsquisilion conceming India , p. ISS.

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