‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 80 sur 229 · LIVRE VINGnÈBfE · texte numérisé non relu

LIVRE VINGnÈBfE

les principaux habitants se font transporter si voluptueusement d'un endroit à un autre. Il avait aussi appris que Tapôtre saint Tliomas était venu prêcher le christianisme aux Indes , qu'il était enterré dans la ville de Méliapour , au nord de Marvar , et qu'auprès de son tombeau il se faisait , disait-on , beaucoup de miracles (*).

» Au nord du Marvar, sur la côte de Coromandel, était le royaume de Mutfili ou Tlle de Morfil, c'est-à-dire lepays de l'ivoire. Comme il ajoute qu'il y avait dans ce royaume des mines de diamant très riches , il parait certain qu'il a voulu parler du royaume de Golconde. On y fabriquait aussi , de même que dans le reste de l'Inde , des mousselines de la plus grande finesse , et d'autres tissus de coton. A l'occident de Méliapour , on trouvait le pays de Lar (^, où il y avait beaucoup de Bramlnes et de logées qui menaient une vie très austère , couraient tout nus et vivaient d'aumônes. On ne peut appliquer ce nom qu'au Goudjérate des modernes , qui est la Larice des Grecs et le Laar des Arabes. Il est donc évident que Marco-Polo ne suit aucun ordre en nonmiant les provinces de l'Inde. En décrivant les côtes du Malabar et du Concan , le premier endroit dont il parle est Cail , ville très commerçante. Il remarqua chez ses habitants la coutume de mâcher du bétel, généralement répandue dans l'Inde. Gomme Barbossa cite dans le royaume de Coulan une ville de Cael , qui au commencement du seizième siècle faisait un grand commerce de perles (*), et que l'historien Couto (<) nomme , parmi les principaux États du Malabar, celui de Calecoulan, il y a lieu de penser que le Cail de Marco-Polo désigne Calicoulan, poste hollandais dans le Travancore. Ce voyageur passe ensuite au royaume de Cou^ lan, qu'il appelle Coilon, où habitaient beaucoup de juifs , et qui produisait du poivre et de l'indigo en grande abondance. Il retrace tous les procédés qu'on employait pour obtenir cette drogue, propre à la teinture en bleu, et qui dès ce temps-là était à Venise un article de commerce. II décrit ensuite le royaume de Comari ou Comorin, sans faire observer que le continent méridional se terminait au

(') RamusiOf p. 5^^, édit. de Mûller» p. 142-147. — (a) Lae , Lae et Loac, dans qaelquei éditions. — (3) Ramusio , 1 , 339. — (4) Décades da Asia , III ,

promontoire de ce nom ; il revient sur ses pas et nomme tout d'un coup le royaume de Delhy, qu'il désigne sous le nom à' Eli (*) , et qu'il présente comme riche mais peu peuplé.

Marco-Polo se rappelle enfin le royaume de Malabar ou de la côte de ce nom qm, à proprement parler, comprend tous les pays qu'on vient de nommer. Le dernier royaume deVInde dont il s'occupe est celui de Gozurat ou de Gou^'érate, qu'il avait déjà décrit sous le nom de Lar. Il parle de ces fameux pirates indiens qui , encore aujourd'hui ,• inquiètent le commerce dans ces parages. Il décrit la culture du coton et les tissus extrêmement fins qu'on en prépare. La fabrication en était inunense dans ces environs avant que les Mahrattes y eussent détruit toute industrie. L'antique ville de Cambaye, très commerçante , était alors le chef-lieu d'un Etat indépendant (^j. S&nnefMt^ la plus ancienne ville de Goudjérate, florissait aussi par son commerce étendu. De là Marco- Polo retourne au Concan et parle de Joua, place de commerce dans l'Ile de Saicetteet dans le voisinage de Bombay. Dans le treizième siècle , elle était connue des Arabes par son grand commerce. La province la plus occidentale de l'Inde est, suivant noire voyageur, celle de Kesmacoran, qu'il appelle aussi ilf ocorany et dont les habitants étaient mahométans. C'est sans doute celle de Mécran en Perse.

» Après la description de l'Inde vient celle des principales villes de la Perse et de l'Arabie ainsi que d'une partie de l'AiVique orientale, et «afin celle des déserts de l'Asie septentrionale enveloppés de fables. Le port d'Aden était un marché très célèbre d'où l'Inde tirait ses chevaux et où l'on apportait la plus grande partie des épiceries et des marchai^Uses destinées pour l'Europe. De là (m les expédiait, par la mer Rouge , sur de petits bâtim^ts qui se rendaient en vingt jours à Suez d'où on les transportait par terre à Alexandrie. Au nord d'Aden, sur la côte occidentale du golfe Persique, était Eicier, aujourd'hui Ac^'ar, autre place de commerce ; ses environs produisaient beaucoup d'encens. Marco-Polo parie de l'Ue célèbre d'Ormtw, de son commerce étendu et

(') £ly, Oly, dans les manuscrits français et latlii^ Ley et Dely, dans les manuscrits italiens^ J. H.

(*) Gomp. Uamilton's account of the east lodies, It pag. 130. Kernel, p. 293.

HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE

de se& flavires si remarquables par leur frêle ooiuttruetion et que les Arabes nomment Tren- Hs oa Tarad(^). Il parait aussi qu'il a été à Bassora, du moins 11 observe que e*est là que croissaient les meilleures dattes dont cette ville M encore ai\}ourd*hui un grand trafic. H ajoute qu'elle était sur Une des routes du commerce de l*Inde avec TEurope. A Ragdad, qui était à dixrsept journées de la mer, on charg^t les marchandises sur des chameaux. C'était dans cette ville que se faisait presque tout le eanunerce des perles qu'on envoyait en Europe. Elle possédait des fabriques de brocarts d'or, de damas et d'étoffes de soie brochées. Une grande quantité de marchandises allait de Bagdad à Tauris où l'on rencontrait des négociants de rinde, de la Perse et d'autres pays. Notre voyageur paiiatt n'avoir pas connu le eommerce direct de cette ville avec la Chine, dont les relations modernes nous ont entretenus, quoiqu'il soit probable qu'il eût lieu alors, comme au seizième siècle , par le moyen des caravanes. Suivant lui, Bassoraméme n'avait point de relations immédiates avec l'inde. Les nkarchandises de ce pays étaient d'abord portées à Chiêi ou Quisci avant d'arriver à Bassora. Jl a probablement voulu parler de quelque Ile du golfe Persique , du moins Bai'bossa cite une île de Quixj. Suivant d'Anville elle s'appelle Keishp) , et jadis elle était l'entrepôt du commerce de la place de Sira, marché très renommé dans le dixième siècle , parce que les navigateurs n'aimaient pas à aller Jusqu'à Bassora à cause de la fréquence des orages (*). Par la suite Ormus attira tout le commerce. Aujourd'hui l'Ile située au midi de Siraf se nomme Kes ou Ky en (*) .

»Dans l'Afrique orientale notre voyageur décrit d'abord Madagascar. C'est là que se trouvait le rock, cet oiseau énorme qui était assez fort pour enlever un éléphant. Ibn-el- Ouardi place aussi cet animal fabuleux dans une lie de l'Océan p). C'est de ce géographe ou

(«) Niebuhr, Description de l'Arabie. — 0 Recherches géographiques sur le golfe Persique , Mém. des Insnrlp.LII, p. 44. — W Renaudot, p. 10, 141. — (*) mebuhr , Description de TArabie. — (*) Notices et «traits, n, p. 56.

de quelque autre Arabe que Marco-Polo aura emprunté ce qu'il dit des tles^ dont les unes n'étaient habitées que par des femmes^ et les autres par des hommes. Bakoui a aussi parlé, dans sa géographie, d'hommes à tète de chien que le voyageur vénitien raconte avoir trouvés dans une île du golfe de Bengale. Cet auteur arabe place encore dans l'ile de Cagsar, située dans la mer de la Chine, les petits ilains que Marco-Polo déclare être des singes et se trouver à Sumatra.

» Ce dernier ne parle que de deux pays du continent de l'Afrique, du Zanguebar ou Zanghibar, habité par des nègres sauvages, et de l'Abyssinie. Il n'a connu aucun des petits Etats arabes placés sur cette côte. Il donne à l'Abyssinie le nom arabe d^AbdÊce, Abascia ou Habesch. Lé souverain, qui était chrétien, régnait aussi sur des mahométans. On y trouvait des mines d'or très abondantes.

» De ces pays méridionaux Marco -Polo passe à ceux du nord de l'Asie. Il y en avait un très riche en pelleteries, mais le sol, composé de marais, restait couvert de neiges et de glaces la plus grande partie de l'année. Au lieu de chariots', les habitants se servaient de petits traîneaux tirés par des chiens ; les commerçants les employaient aussi pour eux et leurs marchandises. A ce pays de glaces, dans lequel on reconnaît la Sibérie, confinait celui des Ténèbres dont les habitants n'avaient pas de tête. Le soleil ne s'y montrait presque pas dans l'hiver, mais, malgré la longueur des nuits, les Tatars savaient fort bien enlever aux habitants les précieuses fourrures qui s'y trouvaient en grande abondance. Dans cette partie du monde était la Rozie, empire immense, tributaire des Mongols. Ses habitants faisaient un grand commerce de pelleteries et professaient la religion grecque.

» Marco-Polo est le créateur de la géographie moderne de l'Asie; c'est le Humboldt du treizième siècle. Mais sa mauvaise fortune , en l'empêchant de publier une relation plus méthodique, a répandu sur ses exploits et sa gloire un sombre nuage, et a dérobé aux sciences une partie des travaux de ce grand homme*

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