‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 81 sur 229 · LIVRE VINGT-UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-UNIÈME

de l'Hiftoiie de la Géographie.— lUnértire de Pegoléttl.-*Od«rie, MasdeTille, Gla?qo, Barbara , et aatret foyageort des qoalonlèBe el qnioriéiiie tlèdei.

fl La religion, la politique et le commerce, ces trois grands mobiles de tontes les grandes entreprises, continnèrent, pendant les quatorzième et quinzième siècles, à diriger Tattention des Européens vers l'Asie centrale. Les exploits de Tamertan, vainqueur pour un moment de la redoutable puissance des Turcs, fixèrent les r^ards et les espérances du monde cbrétien. Peu à peines nouvelles routes commârciales par l'Egypte, et ensuite par le cap de Bonne-Espérance, firent abandonner les voyages en Asie. Nous continuerons Tbistoire de ces voyages par une explication succincte de l'itinéraire d'Azof à la Chine par Françoisfialduin PegoletH , qui voyagea en Asie vers Tan 1335. C'est une indication de la route qu'on peut prendre pour aller, avec des mardiandises, d'Azof à la Cbine, et pour en revenir.

« Premièrement, dit Pegoletti, d'Azof à » Gintarchan , ou Astrakhan , il y a vingt- » cinq Jours de route en allant dans un cbaribt n traîné par des bœufs ; quand il l'est par des » chevaux, il ne faut que dix à douze Jours. » On rencontre, chemin faisant, beaucoup de » Mongols armés. De Gintarchan à Stsra, il y » a une Journée par eau, et de Sara à Sara-- » eanco ou Saratchick, huit Journées aussi par » eau. On peut, si l'on veut, s'y rendre par » terre; .mais quand on porte avec soi des » marchandises, le voyage est à beaucoup » meilleur marché par eau. De Saracanco à » Organei ou Urgens , il y a vingt journées » avec des chameaux. Celui qui a des mar- » chandises fait bien de passer par Organei, » parce qu'on trouve à les y venc^ avanta- » geusement.DelààOIlrare, Otrar, on compte » trente-cinq à quarante Journées aussi avec n des chameaux. Ceux qui n'ont point de mar- » chandises peuvent prendre un chemin plus » court, en allant directement de Saracanco » à Oltrare, ce qu'ils font en cinquante Jours. »• D'Oltrare à ArmaUch il y a quarante-cinq » journées de marche qui se font siûr des ânes. » Dans la route on rencontre souvent des Mon- |

» gols. D'Armalech à Camexu, m Ghamil , Il » y a soixante-dix Journées, qu'onMcsH » core à dos d'âne ; et de là on va en soixante- » cinq Jours, à cheval, Jusqu'à unflenve dont » le nom n'est pas connu. De ce fleuve on >» peut se rendre à Cassai, Quinsay, pour j n vendre des lingots d'ai^ent, parce que cette » marchandise y est d'un fort bon débit. On » part de Cassai avec le produit de l'argent en >• espèces monnayées, et en trente jours on se » rend à Gamalecco. Combalu, Pékin, capi- » taie de la Chine. La monnaie courante y » est en papier : quatre babisci (c'est le nom » de cette monnaie ) font un sanmo ea ar- » gent. 9

» Les mardiands qui faisaient ce Toyage étaient d)ligés de laisser croître leur barbe el de prendre avec eux un bon interprète et des domestiques sachant la langue kumane ou turque. La valeur des marchandises et de l'argent qu'un seul négociant portait avec soi se montait en tout à 25;000 ducats fnt d^or; la dépense totale du voyage jusqu'à Pé-king, y compris les gages des domestiques, était estimée 300 à 350 ducats. Ces détails, un peu minutieux, prouvent que le voyage de la Chine était beaucoup plus facile au quatorzième siècle qu'il ne l'est de nos Jours. Aussi, les notions sur TAsie étaient, à quelques ^jards, plus avancées qu'elles ne le sont à présent \ il est malheureux que le défaut d'observations astronomiques leur ôte ce caractère de précision qu'exige la géographie. Tâchons pourtant de reconnaître les lieux indiqués dans l'Itinéraire de Pegoletti (*).

» Gintarchan est notre Astrakhan. Josaphat Barbaro , dans son Voyage de Tani en Perse, fait dans le quinzième siècle, en parle sous ce nom. Les épiceries et la soie y arrivaient pour être ensuite portées à

(') L'ouvrage de Pegoletti est un traité de géognpbie appliquée au commerce. Il est intitulé: Diinta' metiti di prezii e misure e tuanze di varie parti da mondo. La bibliothèque Hiccardianâ 4 Florence eo possède un manuscrit. J. H.

faon {«). On appelait oicore cette ville Ci* tnetm (^. L'un et Vautre de ces noms sont fbrmés, par-eorruption, du nom arabe Hadgi* Tarkan.

> 5ara« ta seconde station de notre Yoya->gw, était Saray, capitale des Etats du khan de Kaptcliack. Elle fût bAtie en 1266 par le kban Beiiud ou Bereka (s). Aboul-Feda dit (pi'eWe est la capitale des Tatars septentrionaux, et la place à deux journées de marche delà mer Caspienne (% Elle était sur la rivière d'Actoba, qui tombe dans le Yolga audessus d'Astrakhan, et fat détruite par Tamer^ lan en 1403. Dans ^ dix-septième siècle, on se servit des pierres provenant des ruines de Saray pour bâtir et fortifier Astraklian.

» Saracanco ou Saratchick , est aussi ruiné. £d 1238 c'était une ville florissante. Le franciscain Paschaliê la visita à cette époque. Elle existait encore en 1558 , lorsque Jenkinson alla d'Astrakhan à Boukhara ; il estime sa distance de la première ville à dix Journées de roote. Elle était fréquentée alors par des caravanes qui, d'Astrakhan , se rendaient à la Qiine ('). Cette ville des Tatars Nogais, autrefols très peuplée, s'étendait sur les bords du Jaîk , où l'on voit encore les vestiges de ses anciennes fbrtiûcations sur une longueur d'une lieue.

> Organzi, ou Ourghen^j, capitale du Khovaresm , était à environ un demi-miile du Djihoon. Les Orientaux l'appellent aussi Dxatzanyah et Gurgandxi. Cette viHe, très ancienne, souffrit beaucoup du tremblement déterre de 818, de même que plusieurs autres villes sur le même fleuve (^j. En 1558, Jenkinson , en quittant SaratchidK , passa par Oorghend} , qui n'était qp'un endroit misérable ; la route de la Chine le traversait à la vérité, mais il avait été ravagé quatre fois en s^ ans 00. Deux voyageurs anglais s'y trouvèrent en 1740. De toute la ville il n'existait [dus qu'une mosquée, et les Tatars fouillaient les ruines pour y découvrir des trésors.

• Les voyageurs remontaient au nord pour

(i) Josapk, Barbara, Viaggl fatti da Venezia alla lana , etc. Venisl, 1543 , p. 20. — (*) Minadoi , Hist. Mla gnerra fra i Torebie Persiani , Ven. 158S. La earte. Wiuen , Iford and Ost Tartarye t p. 709. » O De Guignes , III » p. 372. — (i) Magai . géograpb. deAttdkin^. V, 365. — (»)^ii#«ii, pag. 897. 404. — (S) Aboul'Feda, Anaal. mosltm. il, 31. "^ n iiMip, GoUectioD, I, 329.

arriver à Oltrare ou Otrar, qui porte aussi le nom dcFarab (*)• Mandevllie en parie comme de la meilleure ville du Turkest£^(3j. Ici i'Iti-* néraire de Pegoletti nous laisse sans lumières sur une des contrées les moins connues de l'Asie , en nous conduisant , à travers le Tui^ kestan , directement à ÂrmaUcco ou Almalikh, ville du pays de GM ou de Tlgour, sur la rivière Ab-Eile ouUi, dont elle porte aussi le nom 0 , et qu'on appelle même indifféremment m ou Ilibalik. En 1400 elle fût prise, par Tamerlan (*). Paschaliâ, qui y séjourna en 1338, dit que c'est la capitale des Mèdet (^). Mais l'Itinéraire, trop rapide , nous conduit directement à Camuxu dans le Tangout, non loin de la grande muraille de la Chine. Selon Spren^ gel , critique judicieux, ce serait le Campition de Marco-Polo, et le ÉanUêiou de Carpin , au* jourd'hui Kan-tcheou , ville chinoise où les ambassadeurs de Sha-Rock passèrent en 1419 en se rendant deHeratà Pé-king (^ Cette explication parait inadmissible, si l'on a égard aux distances ; Cameau est plutôt la ville de Khamil ou Hami , si fameuse par la coçiplaisauce avec laquelle le beau sexe y recevait les voyageurs (').

» Le fleuve, éloigné de soixante-cinq journées de Came-xu , et dont le nom est omis, ne peut être que le Caramuran , qui, en arrosant la Chine, porte le nom de Hoang-ho ou fleuve Jaune. Mandevllie, Oderic de Portenaii et tous les voyageurs du moyen âge le traversèrent avant d'arriver à Pé-king. Marco-Polo le passa plusieurs fois.

• Les travaux des Klaproth, des Rémusat ^ des Marsden ont fait retrouver Cassai, ancienne ville très célèbre par son commerce , et que Mandevllie et Oderic citent sous les noms àe Cassai, Causai y CaseaL, Canasiaei Quis^say. Marco-Polo en parle, sous ce dernier nom (*) , comme de la ville de commerce la plus grande et la plus riche de la Chine. Ce voyageur et Oderic traduisent son nom par

(•) Aboul'Eeda, Annal. II, 619. — (>} Mim^ dêviUe, p. 308. -^ (>) Cherêffeddin , Vie de Tymour, II, 67. — (4} Klaproth, Mémoires relatib à l'Asie» t. II. Ulugh Beg et Jfastyreddin, Oeog. mtai. UI, p. 118, 146. — (0 Mothehn, Hiit. tarUr. 196« — (•) WUsen, p. 441. — (t) Ci-dessas, p. 654.

{») Les manuBcHU français» latinf oo italiens portent Untôt Quinsayt Quituaiou Quisagi tantôt Quiênaai, Chesai ou CkUai. Voyes Tédltlon publiée par la Société de géographie. 4. H«

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