LIVRE VINGT-UNIÈME
ter lefl contes et les descriptions merveilleoses de ses deyanciers. Son journal a été imprimé en 1582 à Séville ('], et en 1782 à Madrid (2).
» Il s'arrêta quelque temps àConstantinopie, dont il visita surtout les églises. Cette immense ville n*était pas très peuplée ; on voyait, dans son enceinte, des jardins et des champs labourés. Après une navigation très lente dans ta mer Noire, il arriva, le 11 avril 1404, à Trébizonde, où deu< châteaux étaient occupés, Tun par les Génois et l'autre par les Vénitiens. L'ambassade traversa l'Arménie, le nord de la Pei*se et le Khorassan : souvent elle fut obligée de passer la nuit au milieu des déserts, ou bien avec une horde errante que Glavyo nomme Djagathaï. Il est impossible de reconnaître les noms de beaucoup d*endroits visités par ce voyageur. A Khot p), sur la frontière de Perse et d'Arménie, il rencontra un ambassadeur du sultan de Bagdad , qui , entre autres présents pour Tamerlan, lui amenait une girafe (*) vivante. Il fit route avec lui jusqu'à Samarkand. Depuis Tauris il y avait des stations réglées où étaient un certain nombre de chevaux toii^ours prêts à porter les ordres du khan, ou pour le service des voyageurs. Tauris faisait un grand commerce; on y trouvait en abondance des perles, de la soie, des toiles de coton et des huiles odoriférantes. Les Génois y jouissaient de la liberté du transit pour leurs marchandises. Sultania était aussi un mardié célèbre pour les marchandises des Indes. Tous les ans, depuis le mois de juin jusqu'en août, il y arrivait des caravanes de ce pays; il en venait encore dT^en, probablement Yezd, et de Serpi; les toiles de coton de toutes couleurs et le coton filé y étaient apportés du Khorassan. Les perles et les pierres précieuses venaient d'Ormus, éloigné de soixante journées, et où, suivant Glavijo, les marchands du Kathai apportaient des perles et de très beaux rubis. Les caravanes des Indes faisaient surtout le commerce d'épiceries fines , comme girofle, muscade et macîs , l'écorce intérieure de ce fruit , denrées dont on
{') Mariana , B\siot\û gênerai de Espana, t. II, pag. 88. — (') Hiistoria del gran Tamerlan, e itinerario 7 enarracion del yiage y relation de la embajada, que Ruy Gonzalez de Glarijo le hlzo por mandado del rey don Henrique terceiro de Gastilla. Madrid, 1784, ln-4o. — (3) Coi chez Josaphat Barbaro; f^iaggi fait idi Feneûa, etc.. 2f3, ^ (4) Jornu/a,
trouvait les meilleures qualités à Sultania. Oavijo est le premier qui nous ffisse connaître cette nouvelle route du commerce entre ITnde et l'Europe. On commença peut-être à la suivre lorsque Bagdad eutétédétruitparlesMongols ; mais il parait que Sultania ne conserva pas long-temps , après le passage' de Gavijo, ce commerce florissant ; car Josaphat Bai))aro, Contareni et autres voyageurs ou mardiands qui vinrent dans cette ville vers la fin du quinzième siècle, disent qu'il n'y avait de remarquable que les minarets d'une mosquée, qui étaient en métal et travaillés avec beaucoup de délicatesse.
» Glavijo décrit, avec les expressions d'une admiration extrême et avec une prolixité fatigante, les fêtes que Tamerlan donna aux ambassadeurs. Les tentes nombreuses où mangeaient la cour et les principaux Tatars étaient revêtues de brocarts d'or, d'étoffes de soie précieuses enrichies de pertes, de rubis et d'autres pierres fines ; on y voyait des tables d'or; les plats, les vases pour boire étaient d'or, d'argent, de feïence {*) et de porcelaine. Les convives étaient régalés avec de la chair de cheval bouillie et rôtie, avec du mouton, du riz et des fruits. On servait aux envoyés des portions si énormes , qu'elles auraient suM pour les nourrir eux et leur suite pendant un an. Les moutons et les chevaux bouillis ou rêtis étaient posés sur des brancards revêtus en or, portés par des chameaux que les domestiques conduisaient aux écuyers tranchants. Il y r^ait une semblable profusion de boissons. Les convives s'enivraient avec du vin et du coumis. Celui qui buvait le plus avait le titre de bahadar ou de brm. Pour rehausser davantage l'éclat de la ftte, on jetait de temps en temps aux personnes présentes des pièces d'or et d'argent, ou même des turquoises.
» Avant de partir, les ambassadeurs visitèrent la ville de Samarkand; elle n'était pas plus grande que Séville, mais beaucoup plus peuplée, et avait des faubourgs immaises avec de grands jardins et des vignobles : Tamerlan y avait transporté et établi plus de cent cinquante mille hommes tiiés des pays qu'il avait conquis, surtout des ouvriers en soie de Da^ mas, et des fourbisseurs de Turquie et d'autres endroits. A cette époque, Samarkand fiftisait
(■) De barre vedriado.
encore un grand commerce ; les Russes et les Tatars y importaient des cuirs, des pelleteries et des toiles ; il y venait des étoHes de soie, du musc, des perles, des pierrçs précieuses et de la rhubarbe du Kathai. Il fallait six mois pour se roKhre de Samarkand à Gombalou ou PékiDg, et Ton en employait deux à traverser des déserts. Samarkand avait aussi des relatioDs avec l'Inde, d'où elle recevait les épiceries fines, telles que le girofle et le macis. Gla- \ijo répète à ce sujet l'observation qu'il a déjà
Me à Sultania, que ces sortes d'épiceries ne
« faroaTaient pas à Alexandrie.
«Parmi les autres voyageurs du quinzième aède on a souvent distingué un prisonnier de gnerre allemand nommé Jean Sckildberger, deMoDicb; il suivit Tamerlan dans ses expéditioDS jusqu'en 1405, et servit encore divers antres khans tatars jusqu'en 1427. Sa relation, écrite de mémoire, n'offire pas de grandes lumières à la géographie. Nous avons déjà remarqué que le passage qu'il appelle Térmircafit ou la Porte de Fer, doit être cherché entre la Tatarie et la MongoUe, et non pas à Derbent 1^). Gomme Schildberger n'avait point étudié, il écrit tous les noms d'après la prononciation, tandis que les autres voyageurs de son temps les défigurent d'une autre manière en leor donnant une tournure italienne ou latine.
«Les ambassadeurs de Schah-Boukh qui, en 1420, se rendirent à la Chine, suivirent la ronte connue , par le pays d'Igour et par celui de Tourfan; la relation de leur voyage ne donne des lumières nouvelles qu'aux historioisp).
>Le géographe trouve plus d'instruction dans les voyages de Josaiphat Barbara, noble vénitien , envoyé par sa république à Tana ou Azof, en 1436, et en Perse auprès du roi Hossum-Gassan, en 1471. La première édition de sa relation parut en 1543 chez les Aides (^j. Barbaro habita et parcourut pendant seize ans la Tatarie, c'est-à-dire lekhanat deKaptchack OQ Kaptschack, qui embrassait tous les pays sitaés depuis l'embouchure du Dniester jusqu'aux monts Curais, et depuis les portes de
(') Voyez d-dessns, p. 188. — (*) Ambassades d*an folderinde, de la Perse, etc., par Langlhs, 1788. — (^ Henouard, Histoire de rimprimerle des Aides. Elle est intitulée : F'iaggifati de Vtnezia alla Tana in Peuia , India , et in Cànstanlinopoli , con la Deseri- ^one délie cita , luoghi , tiii , costumi , e délia Porta del Gran Turco. lD-8<». Veoezia , 1643-1545.
Moscou jusqu'à la mer Caspienne. Le dudié de Russie était un Etat sans force et mal peuplé; Moscou renfermait de vastes espaces couverts de bois. Nous avons déjà fait observer que , dans la Grimée, nommée encore Chazaria.
notre voyageur rencontra des restes des Goths. Pourquoi le suivrions-nous au milieu des peuplades du Caucase dont il défigure les noms en changeant, par exemple, celui des Mingréliens en Menglériens ? Il serait plus intéressant de l'accompagner en Géorgie, où une nation , retombée dans l'état sauvage , ne conservait de son ancienne civilisation que des mœurs corrompues. Barbaro visita les principales villes de la Perse, telles que Schiras, qui comptait alors 200,000 habitants; Yezd, riche par ses manufactures de soieries, et Strava ou Estrava, sur la mer Caspienne, port où florissait le commerce, et qui, malgré les doutes des commentnteurs(i), répond très certainementàl'Astrabad de nos jours. Elle était à vingt-cinq journées de marche à Test de .Tauris. Mais les observations de Barbaro ne pouvant, sous aucun rapport, être considérées comme des découvertes, sortent du cadre de cette histoire des connaissances géographiques.
» Il est d'ailleurs temps de quitter les voyageurs d'Asie et d'aller observer sous d'autres climats le nouvel essor de l'esprit de découvertes. Mais avant de nous élancer sur l'Océan pour suivre les traces des Colomb et des Vasco de Gama, il faut jeter un coup d'oeil rapide sur les résultats des changements géographiques opérés en Europe pendant le moyen âge.
» Le traité de Verdun , en 843 , consacra le partage de l'empire de Charlemagne et la séparation des royaumes de France et de Germanie. L'empereur Lothaire ou Lothar I*', en donnant à son fils, qui portait le même nom, les pays entre le Rhin, la Meuse et l'Escaut, fit naître la dénomination de Lotharingie ou royaume de Lothar d'où nous avons fait Lorraine. La Lotharingie répondait alors à peu près à l'ancienne Austrasie. Le duc Boson ayant enlevé aux rois de France la Provence, le Dauphiné, la Savoie, le Lyonnais et une partie de la Franche-Comté, en forma le royaumt de Bourgogne cUjurane. Pendant les dissensions qui suivirent là destitution de Charles-le*
(•)7îainiwio, 11,73. Comp. Bechmann, Ann. des Voyages , X , 48. Sprengel, Hisl. dc« DécouY. S 32 , note a.
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UYBË yiNOT-UNIÈME.
Gros, on vit THelvétie, détachée par Rodolphe, se transformer en royaume de Bourgogne tranijurane. Lesdeux Bourgognes réunies prirent le nom de royaume d'ArélcUe ou d'Arles. En 911, une troupe de Normands, plus redoutable par la valeur que par le nombre, força les faibles descendants de Gharlemagne à la cession de la province qu*on désigne encore aujourd'hui sous le nom de Normandie. Les ducs de ce nouvel État, ceux de Bourgogne et d' A-* quitaine ou Guienne, les comtes de Toulouse, dp Champagne et de Flandre, quoique vassaux, jouirent long-temps d'une puissance presque souveraine. La maison ducale de Bourgogne acquit même en souveraineté lès riches Etats connus depuis sous le nom de Pays-Bas , et joua, jusque vers la un du quinzième siècle, un grand rôle parmi les puissances de TEurope.
>• En Allemagne, les maisons de Luxembourg, de Hohenstaufen ou Souabe, de Bavière, de Saxe et d'Hapsboui^ se formèrent successivement des Etats dont les noms, après beaucoup de changements à Tégard des frontières, subsistent encore. L'Autriche grandissait. La Bohême ayant pris le titre de royaume, et presque détachée de l'empire germanique, vit quelquefois ses rois monter sur les trênes de Pologne et de Hongrie. Mais de toi^ les Etats orientaux, la Pologne seule jeta un grand éclat: réunie sous Yladislas-le-Nain, elle étendit sa domination jusque sur la Moldavie et la Yalaquie; enfin la lÀthwxnie, Etat qui, dans le treizième siècle , avait arraché à la Kussie , humiliée par les Mongols, de vastes provinces sur le Borysthène, fut incorporée à la monarchie polonaise déjà héritière d'une partie des conquêtes faites en Prusse par les chevaliers teutoniques. Depuis la Baltique jusqu'à la mer Noire, le nom polonais dominait sur l'antique Sarmatie; mais loin des r^ards de l'Europe, le grand Ivan rétablissait, à la même époque, le vaste empire des Bussies qui devait un jour engloutir tout Torient de l'Europe. La nation des Cosaques parait s'être formée dans le douzième ou treizième siècle par un mélange des tribus russes et mongoles. Les Etats voisins du Danube, tels que la Hongrie, la Servie, la Bulgarie et autres devinrent, dans le quinzième siècle, l'arène sanglante où le croissant de Mahomet devait si long-temps lutter contre les armes chrétiennes.
» Dans le nord (^) , les trois royaoroes de Suède ou d'Upsal , de Norvège ou de Trondhiem, et de Danemark ou deLéthra, héritèrent successivement de tous les autres petits Etats Scandinaves, et prirent les limites qu'ils ont conservées jusqu'en 1660. Près des glaces du pôle, la liberté fit fleurir pendant deux si^ cies la république à* Islande^ devenue ensuite une misérable annexe de la Norv^. Les conquêtes des Danois en Anglet^re, en Prusseet en Livonie, ne produisirent aucun changanent durable ; ce fut aussi en vain que la Sémiramis du Nord noua pour quelques instants le lien de cette fameuse union qui devait embrasser la Scandinavie entière.
» V Espagne^ plus heureuse, vit les coun»nés de Léon, de Castille et d'Aragon se réunir successivement sur la même tête (^. Le dernier de ces trpis États comprenait , outre l'Aragon, la Catalogne et Valence, les îles de Sicile, de Sardaigne, et les Baléares, qui avaient successivement été conquises par la dynastie issue de Baymond, comte de Barcelone. L'État de Itavarre, démembré de l'empire de Gharlemagne, se fond aussi dans la monarchie espagnole ; le Maure fugitif pleure dans les sables d'Afrique la perte du paradis de Grenade ; une lisière de la péninsule, seule détachée de l'ensemble, forme le royaume de Portugal.
» Parmi les petites républiques d'Italie brillaient Florence, la moderne Athènes ; Pin, redoutée des Sarrasins ; Gênes et Fem«, iUustres rivales dans la carrière des conquêtes maritimes. Ces États semblaient retracer, dans les treizième et quatorzième siècles, une image de cette immortelle Grèce, l'olyet des étemels regrets de tout esprit libre et noble. Venise et Gênes survécurent à la chute de la liberté générale. La première restait, à la fin du quinzième siècle, maltresse d'un grand territoire en Lombardie, des cêtes de la Dalmatie, des iles Ioniennes, de Candie et de Chypre. Dépouillée de ses comptoirs en Crimée et sur la mer Noire, Gênes retomba dans un état de faiblesse d'où le génie dédaigné de Colomb aurait seul pu la faire sortir. Cependant lès autres républiques italiennes virent sortir de leur propre sein les usurpateurs qui leur enlevèrent le plus précieux bien d'un peuple; les Médicis, les Este,
HISTOiaE DE LA GÉOGRAPHIE.
2ôl
les Gonzaga ^ les Yisconti , changèrent ainsi Florence, Modène, Mantoue et Milan, et d'autres États libres, eh autant de duchés. Les eomtes de Savoie fondent obscurément cette polssance qui devait un jour devenir la gardienne des Alpes.
I» Le pontife romain avait été long- temps Tarbitre des rois sans avoif pu se rendre souverain des États dont Pépin et Gharlemagne avaient donné la suzeraineté à Téglise de Rome. Enfiii^ Tancienne capitale du monde reconnut pour prince sonévéque; et après avoir été agitée par diverses intrigues aristocratiques,
après avoir mime vu pour un instant renaiti*e la république romaine , elle trouva dans imé obéissance tranquille le plus sûr garant de sa prospérité et de sa grandeur nouvelle (M. Pe|i«dant les treizième et quatorzième siècles , les armes et la persuasion étendirent le nouvel État romain depuis les bords du Tibre Jusqu'aux bouches du Pô. Avant d'être une puis-» sance temporelle, le pape avait d^à des vas* saux dans les comtes de la Fouille et de la Calabre, qui, après avoir chassé de l'Italie méridionale les Grecs et les Arabes, se proclamèrent roi des Deux^SicUeê (^) .
IIVRE VINGT-DEUXIÈME.
Soite de l'Histoire de la Géographie. — Découvertes des Portogais en Afrique et en Asie. A. 1400.1S4S*
« Une nouvelle carrière va s'ouvrir à nos regards. La vaste étendue de l'Afrique et les chaleurs de la zone torride avaient paru à la plupart des anciens rendre impossible la navigation autour de l'Afrique. Le commerce entre l*Europe et llnde avait suivi constamment les deux routes del'Ëuphrate et d'Alexandrie. Les événements amenèrent une révolution qui, avec la déoouvertedu Nouveau-Monde, concourut à dianger lafacb de l'Europe et à fixer dans Toecident le siège de la civilisation moderne.
m Les Portugais, parvenus à chasser de leur pays Jes Maures, poursuivirent jusque sur les rivages d'Afrique ces ennemis du nom chrétieo. On voulut exterminer leur religion, mais on Toulut "surtout s'emparer de leurs richesses. Chaque nouvelle victoire entraîna une nouvelle expédition. On vit accourir en Portugal tous ceux qu'animait le goût des entreprises, tous ceux que tourmentait le besoin de la gloire. A côté des Italiens et des Castillans , on vit des Flamands et des Allemands rivaliser d'audace avec les Portugais. Un chevalier danois fit admirer son courage (*), comme Martin Behaim sa science. Les dames de Lisbonne concoururent à exalter cet enthousiasme universel ; elles refusaient leur main à celui qui n'avait pas fait sur leç rivages africains ses preuves de bravoure (^. Enfin la boussole , invention
(') Bahrte fat son nom. Barros, Decad. I, c. 16.— (*) Gebauer, HlM. de Portugal, 166 (en aU.)«
d'une origine incertaine (•) , avait permis aux marins de quitter les rivages et de parcourir la haute mer. Cependant c'est principalement aux succès éclatants obtenus devant Ceuta et à la louable curiosité de l'infant don Henri, que la géographie est redevable du renouvellement de la navigation autour de l'Afrique, de la découverte des pays qui s'étendent depuis le cap Bojador jusqu'au cap Guardafui, et enfin de la connaissance plus exacte de. THindoustan et des régions méridionales de l'Asie, depuis Ceylan jusqu'à la Nouvelle-Guinée , contrées auparavant enveloppées des ténèbres de la fable.
ï» Parmi les motifs du prince Henri , il faut peut-être compter les rapports que des Juifs et des Arabes lui fournirent sur l'intérieur de ce pays, sur les Azenaghis, qui habitaient audelà des Nègres , et sur les mines d'or de la Guinée '(*). Le cap Bojador avait jusqu'alors été le terme ordinaire des navigations. Chacun redoutait les dangers affreux que la tradition faisait craindre à ceux qui le doubleraient {*). C'est ce que Gilianez , ou plus correctement Gilleê Anes, exécuta enfin en 1433 après plu*
(•) An. 1183? à 1477. — (») An. lirz é 1135. - (}) ^zum, Dissertalion sar la Boussole, deailéme édii. Paris, 1809. — (*) Decada primclra da Asia, de Joao da Barros. Lisboa , 1628, 1,6. — (s) Abrah. PeriuoL Itin. mundi ex edit. Thom. Hyde, STDtagma dissert. I, 121.
liVKË VIINGT-DEUXIÈME,
sieurs tentatives inutiles. Cependant les tempêtes et les orages qui retardèrent si longtemps eette entreprise avalent poussé en 1417 Jean GonxcUes Zarco et Tristan Vax vers nie de Porto-Santo et vers celle de Madère, qui probablement avait déjà été visitée plus d*une fols sans être pour cela connue des navigateurs (*). Cette terre élevée parut d^abord aux Portugais n*étre qu'un épais brouillard dans le lointain. Ce fut dans les forêts immenses de Madère qu'ils fondirent leur première colonie. L*infant y envoya des habitants et des animaux domestiques ; il y ût planter des cannes à sucre de Sicile ainsi que des vignes de Chypre, et y fit^établir des moulins à scie, afin que la mère-patrie pût profiter des beaux bois qui avaient échappé aux ravages de l'incendie allumé par ceux qui avaient découvert Tile (^). Vers le temps où Ton doubla le cap fiojador, d'autres Portugais découvrirent les Açores, que les Arabes cependant paraissent avoir connues avant eux. Gonzalo Velho Cabrai aborda à rUe de Sainte-Marie en 1432; les autres furent trouvées peu à peu, et leur découverte ne fut complétée qu'en 1450. On les prit d'abord pour les Antilles , ou lies en avant des Indes de Marco-Polo ; et Martin Behaim plaça dans sa carte les'côtes du Kathai à leur couchant (^}. Elles commencèrent à être peuplées en 1449. En 1466, la duchesse de Bourgc^e y envoya une colonie de Flamands, ce qui leur a aussi fait donner le nom d'Iles flamandes (*). » Il règne dans l'histoire de la découverte des lies Açores beaucoup d'obscurité. On varie sur les dates que nous venons de citer; on ne sait même rien de positif sur la découverte des îles Flores et Graciosa (^) ; mais on s'accorde à représenter ces îles comme absolument inhabitées avant l'arrivée des Portugais ; on prétend qu'on n'y trouva pas même un seul quadrupède. Cependant nous avons vu que les cartes du quatorzième siècle indiquent des lies dans ces parages (% La statue ^estre qu'on prétend avoir été trouvée par les premiers co-
(•) Alcaforaâo, Rclal. de la Découverle de l'île deMadëre,7)/6\$', del42l, Irad. en français, etc. — (*) Navigazioni di Alvizo da Cada Mouo , dans Mamiisio, ï, 106. — (5) A/urr, Histoire du chevalier Martin Bebaim, pag. :^4-53 (en aHem.).~(^) /^arroSf Decada prinieira,.p. 17 , 1 *. — (*) Cordeyro, llist. insulana. Freire, vida do infinte Henrique, pag. 316-339. Lisboa , 1768, iD-4«. — (6) Ci-dessus , llv. XX.
Ions dans Tile de Corvo, et qui, selon lesum^ montrait du doigt vers l'ouest, ou, selon les autres, faisait signe auxvoyageurs de retoorner sur leurs pas , nous a également paru la preuve d'une découverte antérieure. Mais les monnaies carthaginoises et cyrénaîques qu*bQ a trouvées à Corvo (*) ne nous autorisent point à faire remonter cette découverte aux siècles de l'antiquité; elles ont pu y être portées par des Arabes, et même par des Normands revenant d'une expédition en Afrique.
» Cependant la guerre avec les Maures ou Arabes continuait toujours au-delà du cap Bojador. En 1442, Dsbonne vit avec étonnement les premiers esclaves noirs avec leurs cheveux crépus , et entièrement différents des prisonniers de guerre maures qui n'étaient que basanés. Les mahométans les avaient donnés, ainsi que de la poudre d'or, pour rançon de quelques uns de leurs compatriotes tombés entre les mains des Portugais ; car, avant l'établissement de la compagnie créée pour le commerce d'esclaves, et établie à l'iled'Arguin, découverte en 1452, et avant que l'or de la Guinée eût mis les Portugais en état d'acheter les nègres , les malheureux Africains étaient tous les Jours enlevés de force. En 1445, les Portugais arrivèrent au Sénégal (*), où ils trouvèrent les premiers nègres païens. Tous les peuples qu'ils avaient vus plus au nord, et avec qui leur comptoir d'Àrguin faisait un commerce réglé, étaient mahométans. Les lies du Cap-Vert avaient été découvertes en 1450 par Antoine Noll, Génois au service du Portugal. En 1456, le Vénitien Aloysio deCaiâ MostOy en compagnie de quelques Génois, ar« riva à l'embouchure de la Gambie, et reconnut les lies du Cap-Vert; le soin qu'il mit à les visiter et à les dénommer lui en fit attribuer la découverte P). Peu après, Pierre de Cintra atteignit le premier la cête de Guinée, donna à une montagne le nom de Serra-Leone, et se dirigea au sud jusqu'au cap Mesurado (*). Déjà la côte d'Afrique, en se repliant vers Test,
(') Podolyn , dans les Mém^ de la Socii'i des Sdetf ces de Gothembourg, prem. cahier, p. 106 el TabM (en suéd.). — (•) Marmot, Descripl. de l'Afriquf , III, 43. — (3) Navfgazioni di Alvi%o da Cada Mosio, ap. Ramusio, I. p. 116. Comp. Aloysio de CadaMast» et libro de la prima navigasione par Oceano a le terre de JVigri lie la bassa jEthiopia , per commandamenl» deliUustrU, signor infante donUenrickéê PortugoUê, 10-40 , vieone , 1507. -- (4) En 146S.
HISTOIBE DE LA GEOGRAPHIE
semblait ouvrir aux infatigables émissaires du prince Henri la route de Tlnde. Déjà ce prince, si utile à son pays et à la géographie , pouvait se flatter de voir s'achever ses nobles projets , lorsque la mort l'enleva en 1463. Mais Tesprit de ce grand homme ne cessa point d'animer les Portugais.
. •» La route était tracée : pour arriver au but, U lie allait plus qu'une constance ordinaire. L'état imparfait de la navigation retarda seul les progrès des découvertes. Quoique la compagnie privii^lée , qui seule avait la permissm d'aller aux côtes de Guinée, en payant iOO,000 reis par an , se fût obligée de pousser les découvertes a 500 milles plus au sud dans l'eq^ce de cinq ans, les Portugais n'atteignirent le cap de Bonne-Espérance que cinquantetrois ans après qu ils eurent doublé le cap Bojador {% circonstance d'autant plus digne d'attention, qu'elle réfute complètement l'opinion de ceux qui regardent le tour de l'Afrique'par les Phéniciens comme un fait historique. Comment des hommes sensés pourront-ils croire qu'une galère phénicienne ait exécuté en trois ans ce que n'ont pu achever dans un âeDdi-siècle des navigateurs hardis , montés sur de forts vaisseaux et munis de la boussole ? Mais reprenons le récit des découvertes réelles. n La compagnie privilégiée ne pouvait faire le commerce à Ai^uin ou au cap Vert, mais seulement sur les côtes inconnues au sud de Serra-Leone ; le roi de Portugal se réservait le droit exclusif d'y acheter l'ivoire à un prix assez bas (2). Des navigateurs , dont les noms sont oubliés , découvrirent en 1472 les îles de SaintrThomé, du Prince et d'Annobon, situées sous la ligne. La première ne tarda pas à devenir fameuse pour la culture du sucre. Beaucoup de juifs espagnols s'étant réfugiés en Portugal, y furent exilés ; et , long-temps avant la découverte de l'Amérique, des esclaves nègres y cultivèrent la terre p). La construction du fort de la Mine sur la Côte-d'Or, découverte en 1471 par Jean de Santarem et Pierre Escobar (*) , facilita beaucoup l'accroissement des connaissances sur la Guinée. Peu après, Diego Cam trouva le fleuve du Zaïre dans le royaume de Congo, dont plusieurs habitants s'embarquèrent volontairement pour le Portugal : ils
(>) En 14S6. ^ (•) Quinze cenU reh le quintal. Barrot, I , pag. 33. — (3) Rammh, l, pag. 104. — ^) Barro9, I, 8S.
ignoraient, ces malheureux AfHcalns, que les étrangers auxquels ils accordaient l'hospitalité venaient prendre possession de leur patrie en y plantant une croix et en y élevant un pilier avec une inscription portugaise. Ce pilier de pierre fit d'abord donner, au fleuve Zair le nom de Rio Pedrao , qu'il porte chez Martin Behaim (<). A la même époque , Alfonse âfAveiro découvrit le Bénin, et en apporta le piment à Lisbonne : on y connaissait cette plante depuis long-temps. Les marchands italiens le tiraient du nord de l'Afrique, où les caravanes l'apportaient de Guinée , en traversant le pays des Mandingues et les déserts du Sahara («). Comme on ignorait en Italie quel était le pays qui produisait cette précieuse épicerie, on lui donnait le nom de graine de Paradis . Les Por* tugais l'apportèrent ensuite en grande quantité au port d'Anvers; mais le monopole royal des épiceries en rendit l'usage peu commun pendant long-temps p). »
» Ceux qui abordèrent les premiers au Bénin, ayant appris des habitants qu'à 250 milles à l'est de leur pays résidait un prince chrétien qui adorait la croix , ou crut enfin avoir trouvé en Afrique le royaume au prêtre Jean, qu'on cherchait depuis si long-temps (4), et sur lequel nous avons recueilli et comparé les obscures traditions des auteurs du moyen âge.
M Le Bénin et le Congo dondèrent d'abord une direction inattendue au commerce des nègres que faisaient les Portugais. Ceux qui , avant 1434, avaient fait métier d'enlever les Nègres et les Maures le long des côtes et dans les îles pour les aller vendre en Portugal , où c'était un article très lucratif, commencèrent à trafiquer de leiu* détestable butin en Afrïque même. Ils conduisaient leurs captifs , soit directement au fort de la Mine , soit à l'Ile de Saint-Thomé, d'où on les transportait ensuite au fort ; on les y échangeait contre de l'or que les marchands nègres ou maures apportaient de l'intérieur du pays. Enfin le roi Jean III prohiba entièrement ce trafic, qui faisait tomber annuellement des milliers de nègres dans les mains des infidèles (^).
(•) Murr , Hbt. diplom. dan» le Journal de lÂUé* rature, VI, llî. — (•) Barrot , Decada primeira, p. 33, b. — (3) f^andelU, sobre algunas prodaçoet das conquistas. (Dans les Memoria» economicas de Usboa, I, p. IW. — (*) J5arro*, I, p. 41, b. — (*) Ibid,
ÎM
UVRE VINGT-DEUXIEME
• Les Poi-tugais ne firent pas d'établissements au sud du cap Negro dans le Beoguela et la Cafrerie , et n'examinèrent pas le pays avec autant de soin que les parties plus septentrionales de l'Africiue. Enfin Barthélémy Diaz atteignit, eo i486, l'extrémité méridionale: fi la nomma cap des Tourmentée ; mais le génie du roi Jean II y vit le cap de Bonnc'Eepérance, et bientôt Ton ne douta plus de la possibilité de fSedre le tour de TAfrique par mer.
» Avant que Diaz apportât la nouvelle de sa découverte à Lisbonne, le roi Jean II avait etn voyé deux moines à Jérusalem pour obtenir , des pèlerins qui s'y rendaient de tous les pays cbrétiens, des renseignements sur le prêtre Jean, qui demeurait en Afrique. Cette députation n'eut aucun succès, parce que les envoyés ne comprenaient pas l'arabe. Pierre Covilham et Alfbnse de Palra furent ensuite dépéchés à Alexandrie pour y chercher des notions sur ce prince chrétien , de même que sur l'Inde. Ils allèrent jusqu'au Caire : là, s'étant nris de compagnie avec des mardiands maures de Fez et de Trémecen qui se rendaient à Aden, ils partirent pour Suez. Covilham s'y embarqua, visita 6oa, Calicut et plusieurs autres villes commerçantes des Indes, ainsi que les mines d'or de Sofala en Afrique. Il revint par Aden au^Caire, afin d'y attendre son compagnon Païrâ: celui-ci s'était rendu par terre en Abysshiie, où fi était mort. Mais, avant que les rapports de Covfiham parvinssent à Lisbonne , deux Juifs portugais , qui avaient été long-temps àOrmus et à Calicut, donnèrent au roi de très bons renseignements sur les Indes et surtous les royaumes qui en dépendaient (^). D'après leur relation et d'après la connaissance qu'on avait acquise d'une mer qui s'étendait au midi de l'Afrique, Vaeco de Gama fut envoyé, en 1497, à la recherche des Indes par cette voie; M eut la mission de conclure avec le prêtre Jean une alliance pour protéger le commerce de ces contrées contre les Maures et les Arabes , qui y étaient très puissants. Gama navigua le long des côtes orientales de l'Afrique. Les nombreuses flottes portugaises qui le suivirent ayant tenu la même route , toutes les parties de la côte , qui auparavant n'étaient connues que des Arabes, se déployèrent pour la première fols aux repurds des Eu*
(') Barroi, I, p. 44.
ropéens. La mer Ténéhrmte^ au-delà de Sofala, qui avait paru inaccessible aux Arabes ('), fut parcourue en tous sens. Après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance , Gama visita une partie de la côte de Cafrerie, à laquelle il donna le nom de pays de Natal , d'après le jour auquel il en fit la découverte P). 11 n'alla pas Jusqu'à Sofala; maison en eut bientôt des relations par Pierre de Rhaja , qui y fit bâtir un fort en l506. Sofala , connu chez les Arabes sous le nom de Paye de (Or, appartenait au grand royaume de Monomotapa , ainsi appelé d'après son souverahi.
» Les royaumes de Quitete, de SedoMdê, de Chicova et de Butua, dépendants du Monomotapa, furent bientôt visités avec soin après que les Portugais eurent commencé à naviguer sur le grand fieuve de Zambèze , et eurent bâti sur ses bords les forts de Sena et de Jo/e.* ils y tenaient toujours , ainsi qu'à Bucati et à Nacapa, des missions et des comptoirs, avec des facteurs en chef, pour acheter l'or des Cafres qui demeuraient dans les environs des mines ^^. Une armée, commandée par les Portugais Barettoet Homen, partit, en 1573, de Sofala et de Mozambique; après avoir essuyé bien des fatigues et livré de fréquents combats, elle pénétra jusqu'aux mines de Manica et de Butua. Il fut impossible aux Portugais de s'établir dans ces déserts. Ce n'était qu'avec beaucoup de difficulté qu'on séparait l'or du sable en le lavant ; un ouvrier, après avoir travaillé longtemps, en obtenait à peine quatre à cinq grains. Les Cafres ne savaient pas chercher les veines d'or dans l'intérieur de la terre : les touilles qu'Us faisaient se comblaient journellement, lis ne voulaient point partager le commerce de l'or avec les étrangers ; Us leur refusaient des vivres, et leur dressaient des embûches.
» Gama n'ayant pas touché à Sofida. découvrit Mozambique, où fi crut pouvoir Wvct des pilotes pour les Indes : mais ce fut en vain. Il aborda , en 1497, à l'Ile de Mombaza. Ici les Portugais éprouvèrent une surprise agréable; une ville d'Afrique leur présenta des maisons régulièrement bâties et des mœurs civilisées; c'était une colonie ajrabe. Ils visitèrent ensuite le royaume de Mélinde , où régnait le luxe , ou
(') Histoire d'Égypt« par Marap, dans le Mag* géogr. de Butching. — (•) Barrot, I, p. 6S, *. — (A Id. I, p. 102. Cbtf/o, Decadis nouai, I. lUf pag. 54 J.
mSTOIBE DE LA OÉOGBAPHIE.
iMfsaitle commerce (>), etoùOamaytt pour la première fois des Banians ou commerçants hÂais ; il y obtint des pilotes ponr le gqider dans sa route.
» Les flottes qui le suivirent, et qu*on ennoyait tous les ans de Lisbonne aux Indes, acherèrent la découverte de 1* Afrique orientale jusqu'à la mer Rouge : Faria y Sauza en a tenu vDBt registre qui embrasse cent quarante nsà^. Pierre Alvarez Cabrai, après avoir été jeté par une tempête sur une terre inconnue , qQ'il appela terre de Sainte^Croix y et qui est le Brésil, arriva en 1500 à Quiloa, capitale d'aï royaume arabe très puissant, sur la c6te de Zanguebar, qui posséda assez long-temps . Mombaza, Méiinde, les lies Comores, et pluliears ports à Madagascar 0. Albnquerque le Grand découvrit, en 1503, Tile de Zanzibar, dans le voisinage de Mombaza , et imposa à scm souverain un tribut annuel. Plusieurs autres Etats arabes ne tardèrent pas à être soumis à dé semblables contributions. On exigeait cinq cents mitigaleê par an de la république de Brava. Le roi de Portugal tirait un revenu considérable de tous ces Etats nègres ; l*or de T AfHque était principalement employé à payer les marchandises des Indes que les Portugais ne pouvaient solder avec les produits et les remises de l'Europe. Le bruit qui s^était répandu qoe Madagascar, ou, comme on l'appelait alors, VUe Samt^Laureni, parce que Lorenzo Almeida y avait abordé, produisait des épiceries fines, engagea Tristan ttAcunha, en 1506, à la visiter en détail. Il n'y trouva que du gingembre, des Nègres foroudies, et quelques Arabes répandus le long des c6tes, où ils avaient des établissements dont l'importance et la sareté dépendaient de leurs colonies d'Afrique (*). Yen ce même temps, d'autres navigateurs portugais abordèrent à la câte d'AJan, nom sons lequel les Arabes comprenaient tous les pays entre le fleuve Quilimand et le cap Guardafoi. La ville de Magadoxo faisait alors un très grand commerce; ses habitants avaient découvert le pays de Sofàla, et étendu leurs rdations le long de cette côte (s). Magadoxo était fréquenté par les marchands d' Aden et de Cambaye, qui venaient y échanger les mar-
(•) De iSOOà 1640. Loifo, Voyag. I, 280. — (») Asla portagaesa. LIsb. 1671, p. 861. — P) Barros, I, pag. 156,— (♦) Barroti II, p. 2. — (*) Idem, I , pag. 1S5.
chandises de l'Inde contre de l'or et de l'ivoi» re('). Albuquerque étant enfin venu à bout d'expulser les Arabes d*Aden en 1513, la mer Rouge frkt ouverte aux Portugais ; ils acquirent une ooipaissance exacte des ports et des pays qui en bordent les côtes, ainsi que de sa navigation lente et périlleuse (^). L'Abyssinie leur avait été connue, dès 1487, par l'ambassade qu'ils y avaient envoyée, et par d'autres voies ; mais ils ne parurent pas sur les côtes de ce royaume avant 1520. A cette époque, Lopex Segueira y vint avec une flotte. Framçoie Alvarez fit connaître le pays par la relation de son ambassade.
» Ainsi, les côtes de l'immciise péninsule d'Afrique furent entièrement connues. Accordons que, parmi les anciens, quelques géographes aient regardé comme possible la circumnavigation de cette partie du inonde , tandis que d'autres se refusaient d'y croire; admettons qu'un navire arabe, dans le neuvième siècle, en allant aux Indes, ait été poussé par une tempôte au sud de TAfrique, et soit arrivé dans la Méditerranée (>) ; la route autour du cap n*en était pas moins inconnue; et les Arabes, auxquels il eût été plus facile de la découvrir, y pensèrent ri peu, que le navire dont nous venons de parler leur parut devoir être entré dans la Méditerranée par la mer des Khazares [^) , c'est-à-dire par la mer Caspienne^ qu'ils supposaient jomdre à la fois TOcéan oriental et la mer Noire. Gomment voir, dans cette anecdote si incertaine et si obscure , une découverte antérieure à celle des Portugais ?
*» Il faut jeter un coup d'oeil sur les voyages des Portugais en Asie. Nous avons perdu une des sources principales, la géographie d'Asie par Barros, la plus complète de celles de ce siècle (^) ; mais Bamusio nous en a conservé deux autres qui contiennent d'excellents rensdgnements sur F Asie méridionale, depuis la mer Rouge jusqu'au Japon. L'auteur de Tune est Edouard Barbosa ou Barbena; il y recueillit tout ce qu'il y avait observé par luimême (% et ce qu'il avait appris d'autrui. Il parait que son ouvrage n'a pas été imprimé en
(•) Odoardo BarbiSM, pag. 31Î. — (») Barroi, II, p. 185-190. Barbesia, Recueil de Ramusio, I, p. 313. — (3) Renaudot, Anciennes relations , etc. p. 73.— 0) Notices et eitraiU des MSS. 1. 161. — (*) Couto, Decad. I, p. 313. — (^) LIbro di Odoardo Batbeua, ap. Aom. I, p. 810.
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