LIVRE VINGT-DEUXIÈME
Portugal ; il y était même si peu connu, qu'il n*est pas du tout cité par Faria y Souza, dans une notice très étendue des principaux auteurs portugais qui ont écrit sur TAsie et d'autres pays éloignés (<] . La traduction que Bamusiô en a donnée est faite d*après im manuscrit très défectueux.BarbosaaccompagnaMagellandans son voyage autour du monde, et éprouva le même sort que lui dans nie de Zébu. Le nom de Fauteur de la seconde géographie ne nous est pas connu (^) ; cependant il avait lu Barbosa, car il dispose dans le même ordre les pays dont il parle. Il promet une description particulière et détaillée des Moluques ; mais cette partie de son ouvrage est entièrement perdue.
» C*est d'après ces sources que nous présenterons le tableau des progrès successifs des Portugais dans les Indes, que nous indiquerons les Yoyaumes qui âorissaient alors, et que nous dirons quels sont les services que ces Européens ont rendus à la géographie, en complétant nos connaissances sur TAsie.
n Vasco de Gama aborda en 1498 à Galicut, capitale des Etats du Zamorin sur la o6te de Malabar. Ses compagnons ne tardèrent pas à se répandre à Cochin, à Granganore et dans les autres ports de mer qui faisaient le commerce du poivre ou celui des épiceries fines. Les Arabes et les voyageurs du moyen âge avaient fait connaître isolément quelques endroits de la côte du Malabar ou d'autres contrées de l'Inde. Les premières relations des Portugais représentèrent les pays et les peuples même les moins considérables, selon leur position et leur importance réelles ; et au Reu des fragments qu'on avait eus jusqu'alors sur l'Inde, on put enfin former un tableau général. Barbessa et Barros font déjà mention des royaumes situés entre les caps DilU et Gomorin, tels que ceux de Calicut, Granganore, CoeAtfi, Coulan et Travancore, ainsi que de plusieurs petits Etats des Nadires, comme Porea et Chettua. Ges deux auteurs décrivent aussi avec les plus grands détails les usages du Malabar, la division par castes et tout ce qui distingue les Indiens des autres nations (s).
9 Les Portugais ne tardèrent pas à arriver aux montagnes des Ghattes, d'où sortent tous les fleuves considérables qui arrosent la c6te
'») Alla portQgaesa, I, pag. 4. — (•) Sommario dl tuttt H regni, citU e popoll orienUll. Kammio, I, p. 349-363. — (3) Barbe$$a, p. 327. Barm, I, p. 180.
de Goromandel (% Bientftt après leur anhrée, ils s'étendirent tout le long de la o6te ooddeatale jusqu'au golfe de Gambaye. Ils pénétrèrent dans le royaume deKanarû, qui touche au Malabar ; sa capitale était alors Onor, ville commerçante qui existe encore. Bi^ticale et Mangalore étaient dès lors des villes célèbrei. Le fleuve Aliga formait, aux environs des Ankedives, la limite septentrionale du pays de Kanara : là commençait le Dekhan, Etat trà puissant alors, qui s'ét^dait jusqu^à la o6te de Goromandel (^, et qui était partagé ea plosieurs royaumes, nommés par desécrivaiot modernes Visapour, Bérar, Goletmde et Kkmh deyeh {^). En 1510, Albuquerque conquit dans le Dekhan la ville de Goa^ depuis si célèbre, et le centre de la domination des Portugais dans les Indes. Dabol, Ghaul, et autres \illes maritimes , furent aussi forcées de se soumettre au vainqueur. La rivière de Baingaoga séparait le Dekhan du royaume de Cambi^e^ qui renfermait plusieurs villes de commerce très florissantes, telles que Daman, Bareteh et Surate. Il avait aussi dans sa dépendance rtle de Salcette, dont les pagodes creusées daos les rochers, les idoles gigantesques et les autres antiquités attirent encore l'admiration des voyageurs (^J. Parvenus au Goudjérate, les Portugais bâtirent dans l'Ile de Diu^ célèbre par la richesse de son temple, une forteresse et ime ville qui fit un très grand commerce avec TArabie, la Perse et les pays voisins (^). Au nord, dans les montagnes, habitaient les indomptables Rasbuties.
» Les princes mahométans de ces Etats ayant essayé, par la force des armes, d^éloigner les Portugais de leurs côtes, ceux-d formèrent des relations d'amitié avec plusieurs grands royaumes hindous de Tintérieur. L'alliance avec celui de Bisnagar né tarda pas à leur devenir extrêmement importante. Cet Etat, qui portait le nom de sa capitale, aujourd'hui détruite, comptait les rsyahs de Kanara parmi ses vassaux. Sa domination s'étendait jus(iu'à la c6te de Goromandel. Barix)sa donne à ce royaimie le nom de Narsinga. Il dit qu'an nord du fleuve Allga il était borné par le Dekhan, et qu'il dominait sur le Tanjaour et le Travancore («). Barros semble comprendre
('^ Barrot, I, pag. 173. — (•) Faria jf Souza, h p. tl. b, — (^) Ormes , Fragments, p. 2î. — (♦) Couto, m. p. 80. — (5) Barbeua, p. 329. — («) Barbem, p. Vi-
HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE
dans œ royaume toutes les provinces méridionales de la presqu'île en-deçà du Gange (<).
» Les Portugais ne commencèrent à fréquenter la o6te de Goromandel qu'après avoir déoourert Malacca et les lies des épiceries, fil 1518, ils arrivèrent au Bengale sous le eommandelnent de Jean de Silveira. Vers le étùe temps, le roi Emmanuel donna ordre de 'occuper de la recherche du tombeau de saint Ihomas à Méliapour p). Aucun des historiens portugais ne fait mention des anciens royaumes ou provinces actuelles de Maraoua, de TaDjaour et de Kamatic, niais bien d'un grand oonJ)re de villes, parmi lesquelles Tutuonryn, Negapatam, Tranqnebar, Pondichéry, PaUaeate et Masulipatam existent encore. La c6te de Goromandel était approvisionnée avec le riz da Malabar. Souvent il n'y pleuvait pas du tout, ce qui occasionnait une disette si horrible, que les parents vendaient leurs en-« fonts pour deux à trois petites pièces d'argent appelées fenams ; ces infortunés étaient ensuite transportés comme esclaves dans d'autres endroits de l'Hindoustan (s). Dans la partie septentrionale de la côte de Goromandel était le rdjraume ôiOrixa, aujourd'hui province de FHindoustan anglais; on y trouvait aussi plusieurs villes de commerce très florissantes, dont la plupart existent encore (*), Lorsque Jean de Silveira arriva au port de Ghittagong, ou Chatigam, .dans le Bengale, il y fut reçu très froidement, et n'apprit que peu de chose sur ce jardin de l'Inde. Ghittagong avait des relations avec tous les ports de l'Inde. Lors de Tarrivée des Portugais, on y expédiait pour la Perse un grand nombre d'eunuques, qu'on vendait cent et deux cents ducats. On fabriquait au Bengale des tissus de coton de la plus grande finesse ; il en venait aussi beaucoup de sucre en pondre, du gingembre et de la soie. Depuis Tarrivée des Portugais le. commerce de Ghittagong diminua rapidement, parce que les Arabes ne pouvaient plus expédier sûrement les productions du Bengale à Malacca et à Gambaye (5).
«Les lies voisines de l'Inde ne tardèrent pas à être visitées par les conquérants portugais ; François ttAlmeida bâtit un fort aux Ankedwes^ afin d'intercepter les navires maures qui s'y rassemblaient depuis que les Portugais
(«) Barroi, 1 , 174 , *. — M Id. III, pag. 197. — {»)Jîai*e«M,p.329. — (*) Barros , I, p. 176. — (') BarbesM , 830.
s'étalent emparés de Gochin et de Galicut, et que la o6te de Malabar fourmillait de oorsaires chrétiens (»). En 1512, Simon d'Andrade fut jeté çur les JfoWwjM, qui devinrent bi^tM fameuses par leurs cocos {2) ; elles étaient déjà fréquentées ; les Arabes y cherchaient les cor- ' da^ qu'on y fabriquait avec les fibres des cocos, et les kauris qui tenaient lieu de petite monnaie au Bengale et à Siam. Les Portugais seuls tiraient annuellement deux à trois mille quintaux de ces petits coquillages qu'ils portaient en Guinée, auGongo etàBenin p). Dès 1506, ils avaient visité Ceylan. Almeida chercha à en chasser les Maures, qui portaient la cannelle à Aden et à Ormus, et qui faisaient servir cette lie de lieu de rafraîchissement à leurs navires chargés d'épiceries venant de Malacca et des Moluques, et se rendant aux golfes de Perse et d'Arabie (*). Les Portugais enseignèrent aux Insulaires l'usage des armes à feu, ainsi que la fabrication des canons et d'autres armes. La forteresse qu'ils bâtirent À Colombo, résidence du roi des Ghingalais, fût leur premier établissement dans cette île. Bientôt tous les rois voisins furent obligés de leur payer un tribut annuel en cannelle, en bagues garnies de perles et de rubis, et en éléphants (*).* Gette lie était alors divisée en neuf royaumes. Au centre était celui de Gandy . On nomme déjà les villes de Djefhapatam, Trinquemale et Battîcala (^.
» L'espoir de trouver à Malacca ou dans les liés voisines la patrie des épiceries , y attira Eopez Sequeira en 1609; mais on n'y forma d'établissement fixe qu'en 1611, après la prise de Malacca par Albuquerque. Cette ville avait été bâtie , depuis environ deux cent cinquante ans, à la place de celle de Sincapour, jadis renommée par son comïnerce ; elle était la capitale d'un royaume particulier qui s'était séparé de celui de Siam ; son port était le marché principal pour les marchandises de la Ghine et les épiceries : on y voyait des n^ociants dé FArabie et de la Perse ; il s'y rendait des navires du Malabar, du Bengale, de Siam, de Java, de la Ghine, des Moluques et des Philippines. La conquête de cette ville rendit les Portugais maîtres du commerce des épiceries , et leur ouvrit tout Farchipel indien, ainsi que
(') Barros , I, p. 165. -^ (») I4. II, p. 163. — (») Id. III, p. 69. — (4) Id., I, p. â03. — (») Couto, I, p. IlO. — (6) Barros, ÏIÏ. p. 26.