LIVRE VINGT-TROISIÈME
Suite de rHistoire de la Géographie. — Découyerte de rAmérique par Colomb. — Voyages auloor do monde. — Découverte de la Nouyelle-HoUande et des Terres océaniques. An 1492-1800.
i A mesure que nous approchons des siècles modernes, notre histoire des découvertes doit prendre une marche plus rapide ; les notions de détail appartiennent désormais à la géographie mo^^ême,* sur laquelle nous ne voulons point anticiper. D'ailleurs, les événements étant plus certains, n'offrent plus une aussi ample matière à des discussions scientifiques. Nous devons donc nous borner à conduire jusqu'à nos jours la série des événements qui ont .contribué aux progrès des connaissances géographiques.
» Pendant que le Portugal poursuivait vers l'orient le chemin de la gloire et des richesses, l'Espagne fut, malgré elle , entraînée dans les vastes projets de Christophe Colomb.
• (•) Brevis Japonis insuis descriptio, ac renim a PatribussocieUtls Jesu geslarum succincta narratio. Colon. 1580. Lettere del Giapone e délia Chine negli annl 168^1590, scritte al R. P. générale délia oomp. di Giesu. Euma , ISOf , in-8''.
B On a cru honorer la mémoire de ce g^ homme en disant qu'il avait deviné le Noaveaih Monde. D'après ce que nous avons déjà reouu^ que , soit à l'égard des contrées d'Asie visitées par Marco-Polo , et que les géogriq^hes étendaient beaucoup trop à l'orient (s) , soit aa sa^ des voyages des Scandinaves au Groenland et à l'Ile de Terre-Neuve , voyages probablcmoit connus en Italie au quinzième siècle ^j, nos lecteurs jugeront sans doute que Colomb fiit moins téméraire et plus savant que ses aveugles panégyristes ne le représentent. Il jugeait, comme Aristote , Marin de Tyr et d'autresaih ciens avaient jugé {*) , que les extrémités de l'Inde ne devaient pas être très éloignées des rivages de l'Espagne. Cette heureuse erreur sur
(0 GeUe bauille fot Uvrée en 1578. - (*) Ci-dessus , liv. XX, pàg. 240. •- (S) Ci-deii. liv. XVIII, p. 203-21 1 . — (*) Ci-dessus , liv. IV , pag. 49 j XIY, 148, î49.
HISTOIRE DE LA GEOGRAPHIE
les dimensions dû globe fat le principal motif dereDtreprîse de Colomb (*).
» Ce que la science montrait au génie du navigateur génois parut néanmoins un rêve aux chefs des gouvernements contemporains; mais CD vain les rois refusent le don d*un monde qa*il leur offîre, la généreuse Isabelle a compris sa grande pensée. Trois frêles barques traversent Tocéan Atlantique. Il découvre, en I49î,rfle San-Salvadpr, dans les Lucayes, ceQe de Cuba et celle d*£spanola, qui s*appela dans la suite Saint-Domingue et qui se nomme aqjoofd'hui Haïti. Ilvisite, en 1498, TarcbijKldes Antilles; dans cette deniière.année il pèètre jusqu'aux côtes de la Terre-Ferme et à r^ouchure de TOrinoco ; il s'aperçoit qu'il a trouvé ce nouveau continent que Tingratitnde somme encore Amérique.
» Ce n'est pas que le géographe Améric Ve$fuee fut un bomme sans mérite; il est même probable que ce Florentin visita, un an avant Colomb, la côte de la Guyane et de la Terre- Ferme (^;. Du moins il est certain qu'il en fit, deux ans plus tard, la première reconnaissance exacte. Aussi mal apprécié que Colomb, il entra au service du Portugal, examina dans deux voyages les côtes du pays qui depuis a été nommé Brésil et où il découvrit le cap Saint- Augustin et la baie de Tous-les-Saints (^). Une tempête avait jeté le Portugais Cabrai sur les côtes plus méridionales où s'élève aujourd'hui la ville de Porto-Seguro ; il appela cette côte Terre de la Sainte-Croix ; la dénomination à' Amérique ne fut donnée alors qu'aux parties septentrionales où croit ce bois de teinture rouge connu depuis soUls le nom debrazil ou bois couleur de feu, nom qui dans la suite effaça dans ces régions et celui d' Améric et celui
('} Fernando Colon , Hlstoria del amirauté D. Christoval Colon . c. 6, 7. C'est peut-être ici le lieu de rappeler que dans l'Etat de Gcneâ plusieurs lieux, tels que les villages de Cogereo, de Cogoleto et de BoggUseo, et les villes de Finale, de Nervi, de Savone et de Gènes, se disputent Thonceur d*avoir vu naître ce célèbre navigateur; tandis que les uns le font ittltre à Pradellû , dans le Plaisantin ,,et que , suivant M. Napione, il serait PiémonUis et descendrait *la lamUle des seigneurs du chAteau de Cuccaro.
{•) Canovai , Elogio di Âmerigo Vespucci, con una disvertaz. gluslific. Florence, 1708, quatrième édition. Txraboschi , Storia delta literat. t. V , p. 1 , lib. 1 , eap. 6. — (3) Lettres d' Améric , dans Ramusio, l, m, Bandinit Vita dei Amerigo , p. 46.
de la Sainte-Croix {*). Mais les géogiaphes d'Europe maintinrent le. nom d'Amérique en rétendant à tout le continent. C'est en ravissant au savant Florentin la gloire d'attacher sa mémoire à ses propres découvertes, qu'un hasard bizarre lui a procuré une célébrité bien plus étendue, mais moins méritée p).
» L'Espagne et le Portugal, jaloux de leurs découvertes mutuelles , demandèrent au pontife romain une sentence qui partageât entre eux le monde en assignant à l'ambition de chacun son hémisphère à part. La fameuse ligne de démarcation , ainsi que nous le démontrerons dans notre description de l'Amérique, exclut réellement les Portugais de cette partie du monde ; ce ne fut qu'à force d'interprétations arbitraires et d'arrangements subséquents qu'ils firent comprendre le Brésil dans leur hémisphère. Mais à l'est , la possession des lies à épiceries restait incertaine; les Portugais soutinrent que personne qu'eux n'avait le droit de faire des conquêtes à l'est de la ligue de démarcation; les Espagnols en conclurent qu'ils
(') Voici un passage curieux de Barros qui a trait i ceci : « Ce pays eut dans les premiers temps le nom » de Sainle-Croii , à cause de celle qu'on y avait » élevée ; mais le démon , qui perd par cet étendard » de la croix l'empire qu'il avait sur nous , et qui lui » a été enlevé par la médiation et les mérites de
> Jésus-Gbrist, détruisit la croix et fit appeler le pays » Brésil , du nom d'un bois rouge. Ce nom est entré
> dans la bouche d'un chacun , et celui de Sainte- • Croix s'est perdu; comme s'il était plus important » qu'un nom vint d'un bois qui sert i teindre les » draps, plutôt que de ce bois qui donne la vertu à » tous les sacrements, moyens de notre salut, parce » qu'il a été teint du sang de Jésus-Christ répandu sur » lui.» — (») Cet heureux navigateur, dont le yrai nom est Amerigo P^espucci, né à Florence en 1451 d'une famille noble , se destina d'abord au commerce ; mais né pour la vie aventureuse , excité d'aUleurs par les succès de Colomb , il entreprit son premier voyage de découvertes le 10 mai 1497 sur une flotte espagnole, et après trente-sept Jours de navigation il parvint au nouveau continent , qu'il côtoya pendant 400 lieues après avoir visité le golfe de Paria et Tlle Sainte-Marguerite. Au mois de mai 1499 , U repartit de Cadiz et arriva en quarante-quatre jours sur une terre de la zone torride , qui n'était que la continuation des côtes qu'il avait l-econnues pendant son premier voyage. Le 10 mal 1601 , séduit par le roi de Portugal Emmanuel, il partit de Lisbonne et arriva sur les côtes du Brésil, qu'il suivit jusqu'à celles de la.Patagonle. U avait conçu le projet de trouver par Textrémilé méridionale du nouveau continent un chemin pour l'/Lsie; mais un autre devait.ètre plus heureux dans cette entreprise.