‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 88 sur 229 · LIVRE VINGT-TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-TROISIEME

avaient celui d'aller à Touest de cette même ligne aussi loin qu'ils pourraient. Le pape, infaillible pour les dogmes de la foi , n'était pas obligé d'être cosmograpbe ni même de savoir que la terre était un globe, et que par conséquent une ligne de démarcation, tracée sur un seul c6té du globe, devenait illusoire.

' » L'espoir d'arriver à ces riches lies où le muscadier parfimie les airs engagea les Espagnols à diercher un passage aux Indes, an midi de l'Amérique.

» SolU périt dans une entreprise de ce genre, mais il découvrit, en 1509, le Rio de la Plata. MageUany fût plus heureux, il passa le redoutable détroit qui a reçu son nom (<); l'océan qu'il appela mal à propos Pacifique, porta pour la première ibis un bâtiment européen. Il découvre les lies des Larrons et des Philippines où il trouve la mort. Ses compagnons arrivent, à l'étonnement des Portugais, aux Moluques ; ils retournent par le cap de Ronne-Espérance. Tel fût le premier voyage autour du monde; il avait duré onze cent vingt-quatre jours; celui de François Drake,entrepris un demi-siècle plus tard, fut achevé en mille cinquante et un Jours; un autre Anglais, Thomas Candish, n'y en employa que sept cent soixante-dixneuf • Dans le dix-huitième siècle, le perfectionnement de la navigation a permis à un corsaire éeo6sais(^ de parcourir la circonférence du globe en deux cent quarante Jours, chose qui, de nos Jours, ne paraîtra plus incroyable.

» Revmons à l'histoire des découvertes fUtes dans le Nouveau-Monde.

i Les deux Amériques sont en même temps découvertes et envahies. Pizarro au Pérou, Cartes dans le Mexique, établirent l'empire de l'Espagne sur des monceaux de cadavres.

» Il serait inutile de suivre tous les aventuriers qui ]^arooururent l'intérieur de l'Amérique méridionale. Remarquons seulement le nom de Vaseo NuhôZ de Balhoa^ le premier qui traversa l'isthme de Darien et aperçut le grand Océan auquel il donna le nom impropre de mer du Sud (^; il y entra Jusqu'à la teinture, et

(<) Parti de l'Espagne le 20 septembre 1519, Magellan, dont le vrai nom est Magelhaens, traversa , da 21 octobre au 28 novembre 1520 , le détroit qui porte ton nom. J. H.

(•) Peachox, cité, Journal étranger, Juillet 1754. — (»)En 1513.

tirant son épée, il crut prendre ponesslim, pour le roi d'Espagne, de cette mer qui occupe dne moitié du globe. Les grandes pensées da conquérant du Mexique embrassèrent la magnifique carrière que cet océan ouvrait à de nouveaux Colomb ; mails l'exposé des toitatiTei des Espagnols, de ce côté, nous entraînerait trop loin de l'Amérique. Gortès mit encore beaucoup de zèle à rechercher un passage au nord de ce continent, semblable à celui que Magellan venait de découvrir au midi (']; il n'y réussît point, mais la découverte de la CaKfomie et de la tner VermeUU eûtpu serrir à la gloire d'un homme moins illustre. On sut dès Ibrs que la Californie était une grande péninsule P), et nous devons remarquer avecétonnement l'obstination de quelques géographes do dix-septième siècle qui prétendirent en Aire une Ile (•).

n L'Idée d'un détroit au nord de l'Amérique parait avoir eu sa source dans les relations encore mal connues de Gaspard Corierial, navigateur portugais. Les c6tes de l'Amérique septentrionale avaient déjà été examinées par les deux Cabot, Jean et Sébastien, jusqu'à une très haute latitude (^), lorsque Corteréal se rendit à Terre-Neuve ; il examina le flente Saint-Laurent, et côtoya le continent, qu'il appela Tetra de Labrador, c'estrà-dire terre des agriculteurs, jusqu'au d^roit qui porte aajonrd'hui le nom de Èudson, et auquel il imposa celui é'Anian (*). Il retourna en Portugal poor annoncer la découverte de ce passage, qui semblait ouvrir une route nouvelle aux Indes; mais, dans un second voyage, 11 périt ou disparut. L'un de Ises Avères, étant allé à sa recherche, éprouva le même sort;letroi5ièine frère voulut se sacrifier à la gloire nationale et à la piété fraternelle, lorsque le roi de Portugal, par une défense formelle, rendit son noble dévouement inutile (^ .

» D'après 'cet exposé des découvertes de Corteréal, conforme à l'opinion des savants les

(•) Cartas de Fernando Cortn, etc. Lettre 1^» parag. 19 > dans les Hislonadores de Borda , Ii l&l*

— (•) Herrera, Decad. V, 1, 8, c. 9, 10. Dectd. VIII, 11?. 6, c. 14. renegof, HUt. de U Californie , 1»- Lorensana, Hist. du Mexique, 322. — C) Cartes de Win, Sanaon, Nolin, etc. — (♦) Années H94 à 1497.

— (5) An 1600.— («) G<i/»oiio,danilaCbtf«rBottdK comte Oxford, II , 375. Auchamer , CollecUoD dd VoyagesCenallem.). Nuremberg, 1508, c 126. i'iw* chas, Pilgrims, LondiM, 1626, tom. IV, 809 , SlOi

ptusT^és dans ces matières (i), la célébrité da détroit tTAnian, les divers emplacements qa*il occupe sur les cartes da seizième siècle, et sa disparition dans la géographie moderne^ oe sont plus des énigmes inexplicables. Les géographes de ce temps donneraient aujour^ d'hdi trop d'étendue aux découvertes qu'ils avaient à retracer. C'est ainsi qu'ils font remonter la terre de Labrador jusqu'au-delà du cercle polaire; ils prolongei# ensuite le détroit de Hodson au nord de tout le continent d' Améri(|iie.I<a mer que nous nomm(Mis baie de Hud- MD devait, dans ce système, être prise pour rooéan Pacifique, et les lies de Gumberland, avee les détroits toujours obstrués de glaces qoiles séparent les unes des autres, étaient censées se trouver sous le.pôle même. Toutes ces i^parentes découvertes au-delà du cercle polaire, que présentent les cartes du seizième siècle P), durent être vaguement connues des EspagDolsainsi que des Anglais, et les engagèrent à chercher au nord-ouest du Mexique le fameux détroit d'Anian. Or, la côte qui du Mexique se prolonge vers l'Asie, offre beaucoup d'Iles, de détroits et de golfes. Les navigateurs crurent donc quelquefois avoir vu le passage tant désiré, mais en avoir été repoussés par un vent défavorable ou par d'autres obstacles. Les géographes, ayant appris à connaître la baie de Hudson et à en donner les vrais contours, conservèrent le vieux dessin du détroit d'Anian, au nord de la Californie; les plus savants parmi eux jugeaient, avec raison que les détails dont cette découverte était accompagnée en prouvaient la réalité, arbitrairement niée par des auteurs superficiels (>). La véritable origine de ce détroit d'Anian étant tombée dans l'oubli, quelques enthousiastes modernes ont imaginé que c'était le détroit de Bering, et que les navigateurs du seizième siècle, en passant par la baie de BafQn, et en traversant les étemelles glaces des mers polaires, avaient fait le tour de l'Amérique par le nord : rêve qu'il serait ridicule de vouloir réfirtcr(*).

(•) Fleurieu , Voyage de Marchand , Introd. p. II) (nonobftaDt Gomara, Hist. de laslndiat, dansSai'da, Historladores, II, 29, et Sprengel, Hlsl. ôfê DéeoiiT.$33).— (») Magini, Sébastien Munster, eiç. — W RieeiolU Geog. reform. I, 407. Farenius, Gcog. geo. I, l. 1 J, c. 7, prop. 9.

(^)BaadraDd, Audifrei, etc. Ce qui exease cette o^nion , c'est qae Ton croyait au feixième iièele que

» Les Espagnols , en dierchant le détroit d'Anian, firent quelques découvertes réelles. CahriUo et son pilote Ferrelo côtoyèrent, en 1542, les régions qui portent aujoturd'hui le nom de Nouvelle-Californie, jusqu'au cap Blanc , ou vers le 43* degré de latitude. Ils découvrirent aussi le cap Mendoeino, mais ne trouvèrent aucun indice d'un détroit (i). Quinze ans plus tard, Vrdanietta prétendit avoir trouvé un passage par le nord de T Amérique ; mais on n'a aucune donnée sur son voyage. Un autre na^gateur espagnol, GaK, découvrit, en 1584, les c6tes que les Anglais de nos jours ont nommées Nouvelle-Géorgie et Nouveau- Comouailles; il y admira la beauté de ces montagnes colossales dont la cime se couvre de neiges étemelles, tandis que le pied est revêtu d'une verdure éclatante. En naviguant près des lies du Japon, il reconnut un courant qui lui fit penser, ainsi qu'il le dit dans sa relation, que l'on devait trouver un canal entre l'Asie et l'Amérique. Gali, suivant une traduction française de ses voyages, s'éleva jusqu'au 57* degré 30' de latitude ; mais il est probable que c'est une erreur du traducteur.

» Vingt ans après, une escadre, sous les ordres de 5^(uftett Viseaino, examina en détail les côtes jusqu'au cap Mendoeino, et découvrit le port de Monterey . Un seul bâtiment parvint à la latitude de 43 degrés, et y trouva une ouverture qu'on prit d'abord pour une rivière , mais dans laquelle on prétendit ensuite voir un détroit qu'on nomme Entrée de Martin Aguilar; elle n'a pas encore été retrouvée.

» Pendant que les Espagnols poursuivaient ainsi à pas lents la découverte des côtes occidentales d'Amérique, l'audace de Francis Drake déploya tout-à-coup le pavillon britannique sur ces rivages que rEsj[)agne croyait posséder avant de les connaître. Ce navigateur, ayant traversé en 1678 le détroit de Magellan, fut pendant quelque temps le jouet des vents et des flots : fi découvrit, sous le nom d*îles ElisahethideSy la partie occidentale de l'archipel appelé Terre de Feu , et atteignit même cette extrànité australe de l'Amérique,

le détroit d'Anian se prolongeait Jusqu'aux côtes de l'Asie, qu'il séparait de l'Amérique septentrionale.

(') MSS. espagnols, consertés à Mexico, cités par M. de UumboUU., Essai sur le Mexique , 329. Gomp. Fleurieu, Voyage de Marchand, I, intr.

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