LIVRE VINGT-TROISIÈME
à laquelle plus tard des navigateurs hollandais imposèrent le nom de eap Hom. Si ces découvertes eussent été mieux déterminées, elles auraient dû détruire la fausse opinion qu'on avait sur l'étendue de ces terres, qu'on regardait comme faisant partie d'un immense continent austral. Le navigateur anglais , ayant remonté vers le nord jusqu'au 48* parallèle, dans l'espoir de trouver un passage pour rentrer dans l'Atlantique, visita les côtes déjà découvertes par Gall et Gabrillo, en prit possession et voulut qu'elles s'appelassent Nouvelle- Albion. Le nom de Drake est resté attaché à cette prétendue découverte, tandis que les lies Elisabethides , cherchées en vain hors de leur position, ont paru presque fabuleuses. Il était réservé à un savant français de restituer à ce héros favori du peuple anglais ses vrais titres de gloire, en effaçant ceux qui n'étaient dus qu'à Terreur (*).
» Telles sont, àl'égard de la. côte nord-ouest d'Amérique, les seules découvertes historique- 4nent* prouvées qui aient été faites dans les seizième et dix-septième siècles. La limite des connaissances certaines de ce côté était le cap Mendodno ; on avait une notion vague des côtes de la Nouvelle-Géorgie et du Nouveau- GomouaUles. Mais nous ne devons pas dissimuler que les trois voyages de Maldonado, de Juan de Fuca et de l'amiral de Fonte^ s'ils étaient authentiques, prouveraient des découvertes bien plus étendues : des mers méditerranées, plus considérables que la Baltique, de vastes lacs,de magniGques détroits ouvriraient, un peu au nord de la Californie, une roifte facile jusqu'à la baie de Hudson.
» Malheureusement les découvertes de ces navigateurs, de quelque manière qu'on les explique (^, ne sauraient s'accorder avec les notions positives que nous avons sur ces régions ; aucun, document authentique n'a encore été produit pour démontrer la vérité de leurs voyages. Enfin, l'existence individuelle même de Juan de Fuca et de l'amiral de Fonte n'est appuyée d'aucune preuve. Aussi les juges les plus compétents placent-ils ces voyages au
(*) FUurieu , Recherches sur les terres australes de FraDeis Drake, dans le F'oyage de Marchand y t. V derin-8% III deirin-éo.— (') Voyez G. de Vlsle , Explication de la carte des nouvelles découvertes, etc. Paris, 1552. Philippe Buache^ Cgnsid. géograph. i et physlq. , etc. 1763. |
rang des fables [^). En partageant cette oplnion, nous devons cependant convenir qu'a dégageant le voyage de Juan de Fuca des détails évidemment fabuleux, il pourrait paraitiç probable que ce navigateur aurait parcooro le canal de Géorgie, dont V.ancouver nous a procuré une connaissance si détaillée. Arrivé à l'extrémité septentrionale de ce canal, il aura cru voir une mer nouvelle ; ce n'était cependant que l'océan Pac^que, sur lequel il était revenu à travers uiUabyrinthe d'Iles. Quant aux découvertes de l'amiral de Fonte , qu'on prétend avoir été feûtes avant le milieu du dixseptième siècle , elles portent , dans toutes la circonstances qui les accompagnent , le cara^ tère de. l'imposture; seulement, l'arcA^ei à SainULazare, qui parait répondre à celui qu'ont visité Vancouver et Quadra, ferait croire que, parmi les matériaux employés pour fabriquer la relation attribuée à Fonte, il a pu s'en trouver de vrais. Pour ce qui regarde Maldonado, comme on annonce que sa relation a été retrouvée en Italie, nous sommes obligé de suspendre notre jugement (^.
(') Les savants espagnols cités par M. de tiumbddt. Essai sur le Mexique, 329.
(») La relation dont U est question Ici est ceUe que M. C. Amoretti découvrit dans la bibliothèque Abh broslenne dont II était conservateur. C'était dn mémoire manuscrit, en langue espagnole, dans ieqiiel l'auteur exposait les avantages que l'Espagne tlrenit d'une communication directe avec les PhilippiDes par le nord-ouest» On y donne des détails du voyage que Laurent Ferrer de Maldonado fit en 1688 dans un détroit qui sépare l'Asie de l'Amérique, et qn*U croit être celui d'Anian. Ce' mémoire est doDoé comme une copie de celui de Maldonado.
Apostolos Valerianos , de rUe de Cépbalonle, ploi connu sous le nom de Jean de Fuca, paraîtrait, suivant le récit qu'U en a donné , être parti pour li seconde fois en 1502 du port d'AcapnIco avec dm petiUbètimente espagnols; il prétendit avoir trooTé entre le 47- et le 48« degré de latitude boréale, bd détroit dans lequel il navigua pendant vingt jouis, et qui communiquait du grand Océan à l'océan Atlantique.
Barthélémy de Fuentés ou Fonte, dont la patrie est incertaine, n'est connu que par une courte rclaliou qui porte que le 3 avril 1640 il partit de Lima sur un navire espagnol , suivit la côte nord^uest de rAmérique, découvrit un grand archipel auquel il donna le nom de Saint-Lazare, entra sous le 63* degrt dans une rivière, puis dans plusieurs grands lacs; et se dirigeant toujours vers l'est, finit par rencoDlrer un vaisseau commandé par le capitaine Sbapely qui revenaitdeBoston: preuveceruinede l'existenced'oDe communication par le nord entre les deux océans.
On peut faire observer à l'égard de ces troii
HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE
» Durant ces tentatives pour tnmver un passage que l'on aurait dû regarder eomme impraticable à cause des glaces, Verazzanoy Cartier et autres, examinent les côtes de Floride, de Virginie, d*Acadie et du Canada (>)•
» L'Espagnol Jean Ponce de Léon avait déeouvert le premier de ces pays, où il cherchait en vain une fontaine rajeunissante. Ces contrées ne présentaient à Tavidité espagnole aucun indice de métaux précieux ; ce ne fut que Ters \a fin du seizième siècle et au commence^ moit du dix-septième que les Anglais en occupèrent la meilleure partie. La Virginie fut explorée par un homme qui , dans les temps de Ja chevalerie, eût égalé les Roland, par le malheureux Walter Raleigh^ qui , pour conjurer sa mauvaise fortune, se mit ensuite à la recherche d*un pays fabuleux nommé e/Dorckfo, ou le Doré, pays que les traditions des Espagnols plaçaient vers le centre de la Guyane. La connaissance de TAmérique méridionale fut achevée lorsque les Hollandais Schouten et Lemaire découvrirent le détpoit qui porte le nom de ce dernier; ils démontrèrent que les deux océans, le Pacifique ou le Grand, et TAtlantique, se joignent au sud de T Amérique par une vaste mer australe. Les fies voisines de cette extrémité du Nouveau-Monde furent encore Tobjet de quelques recherches dont il sera parlé dans la description que nous en ferons.
» Le désir de trouver une route plus courte
voyages , qae s'ils présentent des détails erronés , la Ilote n'en est peut-être pas à leurs auteurs , mais à ceux qui s'en sont faits les narrateurs ; et que les errears de latitude qu'on y remarque ne serafent pas une preuve de leur fausseté, puisque des erreurs semblables existent dans les relations des plus célèbres navigateurs du quinzième et du seizième siède. J. H.
(•> Le navigateur florentin Ferazzani ou f^erazzano fut envoyé en 1&24 par François l" pour faire des découvertes dans l'Amérique septentrionale. 11 .parcourut les c6tes de cette contrée depuis le 30* parallèle Jusqu'à 111e de Terre-Neuve; il reconnut même une partie de la IVouvelU-Frmee» Il parait qa'il périt misérablement de la main des sauvages.
Jacques Cartier de Saint^Malo partit pour la même destination , ou , selon le langage du temps, pear les Terres neuves, dix ans après Yerazzano ; U reconnut que la Terre neuve était une lie, ce qn'on ne savait point encore; il entra dans le golfe et le fleuve Saint-Laurent, le remonta jusqu'à 300 lieues de son emboucbure , où il cboislt une station favorable , et y bâtit un fort qui protégea nos premiers établissemenu du Canada. Cartier fit trois voyages au fleuve Saint-Laurent. J. H«
aux Indes ilt entreprendre les courses les plus hardies. Déjà, en 1553, les Anglais, en cherchant ce passage au nord-est, parviennent dans la mer Blanche, et commencent à faire le commerce de Russie par Kholmogory, dont les comptoirs forent trente*ans plus tard transférés à Arkhangel. Trois ans après , ils arrivent aux côtes de la Nouvelle-Zemble et au détroit de Waigatz. Deux Hollandais > Barentz et Hemskerk, le premier seul en 1594, et tous deux dans la même expédition Tannée suivante , avaient tenté deux fois , mais en vain, de trouver par le nord-est la route de la Chine, lorsqu'en 1696 ils osèrent essayer un voyage qui fut plus malheureux que les trois autres. Ils pénètrent au nord de la Sibérie ; ils luttent en vain contre les éléments ; leur vaisseau se brise ; ils construisent avec ses débris deux petits bâtiments; Barentz meurt; soik compagnon hiverne dans la INouvelle-Zemble, et ne revient à A msterdam que le 1 " novembre 1 597. L'opinion commune place vers la môme époque l'arrivée des Hollandais axxSpitzberg, dernière terre connue vers le nord. On a même parlé des voyages faits par les Hollandais à 100 lieues plus à Test que la Nouvelle-Zemble. On a cherché dans la politique des Russes et dans la jalousie de la compagnie hollandaise des Indes, les raisons qui ont empêché la découverte d*une route navigable au nord de TAsie ('). Ms^is depuis les dernières tentatives faites de nos jours par les Anglais, il est à peu près certain que dans aucune saison le pôle n*ouvre sa barrière de glace.
» On a aussi essayé la route du nord-ouest. En cherchant ce passage tant désiré , Forbii- Aer retrouve les parties méridionales du Groenland, qu'il appelle Westfriseland^ et passe par un détroit entre quelques îles de la baie de Hudson ; détroit qui a été faussement transpoirté au Groenland (^j. Davis, en 1607, découvre le détroit qui porte son nom et une partie du Groenland» Hudson, en cherchant le même passage , mais en se dirigeant droit au pôle, voit la côte orientale du Groenland à 73 degrés de latitude, et est arrêté à 82 degrés par les glaces. Plus tard , il découvre le détroit et la baie qui portent son nom et où il trouva son tombeau. C'est vers W16 que Bylot et Baffin
(') Bergmann, Géographie physique, I, l5S-tô9 (en suédois). Engels Buache, etc. — [*) Voyez cl* dessus , p. 207, note 6.
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