‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 90 sur 229 · LIVRE VINGT-TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-TROISIÈME

entrent dans la baie qui conserve le nom de ce dernier; ils en ibnt le tour sans trouTerle pasfage qui ôte à cette mer la dénomination de golfe. Jean Munck, Danois , en cherchant par le nord-ouest la route^des Indes, est Jeté successivement dans trois golfes qu'il appelle mare Ckristianeum, mare Namm et freium Christianeum, qui ne sont que des portions de la mer et du détroit de Hudson, et sur une côte qu'il nomme Nouveaux-Danemark. » Il passa rhiver de 1619 à 1620 dans un long golfe ou port qu'il nomma MuneksYinterhavnj ou Port (f hiver de Munck, qui parait être celui que les Anglais ont appelé Entrée de Chet^ terfield,

» Pendant que le courage se fatiguait sans fruit au milieu des glaces étemelles du p61e boréal, un autre nouveau monde attendait en vain quelqu'un qui voulût en faire la découverte. Je veux parler de ces vastes terres du grand Océan, regardées aijourd'hui comme une cinquième partie du monde. Il y a des raisons pour:Croire que les premiers navigateurs portugais en découvrirent une partie. On voit sur toutes les mappemondes du seizième siècle une grande terre australe; et, dans la configuration de cette terre, on reconnaît les parties septentrionales de la Nouvelle-Hollande, principalement ie golfe de Carpentarie et Tlle considérable qui est à Touest de ce golfe. Le détroit de Torrès y est ordinairement marqué ; mais coQime sur ces vieilles mappemondes on a Joint la Nouvelle-Hollande à une terre australe imaginaire qui s'étend au sud de l'AfHque et de l'Amérique , les géographes n'ont eu aucun égard aux parties qui semblent réellement indiquer une ancienne découverte de ces terres entre 1530 et 1540.

» Cependant les droits des Portugais à l'honneur de cette découverte viennent de recevoir un nouveau Jour par deux anciennes cartes qui se trouvent au Muséum britannique. La première est un grand rouleau de parchemin sur le plan de la carte du globe par Mercator, mais sans longitudes ni latitudes ('). Elle est entièrement écrite en français; les noms principaux sont très grands et très distincts, comme dans l'Amérique méridionale, Terre du Brésil, etc. Le midi est au haut de la carte , au lieu d'être en bas, commec'est l'ordinaire maintenant. On

(>) Citai, des MSS. du Moséam britannique. h* 5413.

y Toit au sud de l'Asie une grande tle dont U position correspond à notre Nouvelle-Hollande. Il y a un passage étroit entre Java et cette grande lie ; Timor est placée au nord-est. La grande ile est appelée Java^OrGrande. Pami les noms qui se trouvent écrits le long des c6tes, on remarque celui de Côte de$ Herhaigei, ou des plantes, nom que l'on a cru correspondre à Botany-Bay^ mais qui est trop avancé vers le nord. Au midi de la c^te des Herbaiges, il y a trois autres noms à des distances considérables; le premier, côte de Gracal^ pois un promontoire, étendu et très saillant, appelé cap de Fromose. A une autre distanoeconsidérable au sud^ se lit le mot goufre, qui indique un golfe ou plutôt une grande baie. La ligne qui termine la carte coupe cette grande Ile et en laisse l'étendue incertaine.

» Les noms de Graeal et Fromose senibleot être portugais, et on peut croire que la cartea été traduite de cette langue. Ce soupçon se trouve confirmé par une collection de cartes intitulées : Hydrographie, par John JiMs, dat^ de 1542, et qui se conservent également dans le Muséum britannique (')• Ce curieux et important manuscrit est écrit en anglais, sur vélin ; mais la dédicace est française. Pea^ être Fauteur était-(l un des Flamands qui passèrent en Angleterre avec Anne de Oèves, en 1540. Outre un calendrier et quelques instructions sur la navigation, il s'y trouve plusieurs cartes exécutées avec exactitude et élégance, en particulier un planisphère qui termine la collection. La Nouvelle-Hollande y est dessinée presque comme dans les cartes du dix-septième siècle, avant le voyage d'Abel Tasman : elle porte le nom de Terre de Java,

n En comparait cet ouvrage avec la mappemonde dont il a été parlé plus haut, on est porté à croire que les cartes de Rotz sont les originaux; car elles contiennent beaucoup de noms portugais qui, dans l'autre, sont traduits en français. Dans toutes deux la cête occidentale de Bornéo est située comme elle doit l'être, avec les noms de Porto de Borne et Baxoi dt Borne. Au nord de Bornéo on voit Pakum» ou Palawan; à l'est sont les Moluque8.*Ges détails rendent inadmissible l'opinion de ceux qui ont prétendu ne voir, dans la Nouvelle- Hollande de ces cai tes, qu'une répétition erronée de nie de Bornéo, nommée Grtmde Jwta 0) Gâtai, du Moséam , n« 20 , e. IX.

HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE

lèet Maroo-Polo. Dans la mappemonde, Bornéo est, à la Yérité, représentée par un carré oblong beanconp trop petit ; mais cette erreur est commune à toutes les cartes du même siècle. M. Goquebert-Monbret a vu une collection de cartes qui a appartenu au nommé Jean Yalard, de Dieppe, et qui est de Fan 1552 ; on y trouve à peu près les mêmes choses que dans les deux cartes du Muséum britannique/

• L*aooord de tant de preuves ne permet guère de douter que, dans le premier enthousiasme pour les découvertes, après le voyage de Magellan, les Portugais ou les Espagnols n'aîmt visité les parties septentrionales de la Nouvelle-Hollande, environ un siècle avant la prétendue découverte des Hollandais. Il est même probable qu'ils découvrirent la côte orientale retrouvée depuis par lé capitaine Gook. Cette assertion n'aura rien d'étonnant pour ceux qui se rappellent que la Nouvelle^ Guinée^ ou la terre des Papous, avait été découverte, selon les Portu^s, en 1511, par les deux navigateurs Antoine Ambrea et François Serram, par Menezes, en 1527, et, d'après les Espagnols, un an plus tard, par Saavedra (*).

» Les Portugais ayant été supplantés aux Moluqnes par les Hollandais, l'Europe en général, et même le savant président Debrosses, ont regardé ces derniers comme les principaux auteurs de la découverte de la Nouvelle-Hollande, depuis l'année 1606 jusqu'en 1644 (^). Debrosses date la première découverte du mois d'octobre' 1616, quand l'extrémité occidentale fut visitée par le capitaine Dirck-Hartigbs, qui la ncmuna Terre de Concorde, en hollandais d'Eendraeht, d'après le lieu qui l'avait vu naître 0. Dans le courant de l'année 1642, la partie septentrionale, appelée Terre de Diemm, fut découverte par le célèbre navigateur hoWaads&BAbelJansêen Toêman, qui lui donna ce nom en Thonneur d'Antoine Van-Dlemen, gouverneur général des Indes orientales, pro-

(•) Dalrymple, Historieal coliectlon, 1, 39. Lavanha, Voyage de Menezes, p. 53, 61. Madrid, 1615 (cité par Dalrymple).

(3) Il parât même à Francfort, avant la plus aneienne de ces deax époques , nne relation intltnlée : Mtmdus alter et idem , sive Terra amtralis longis itineribu* peregrini Academici nupperime perlustraia, Autore Guilelmo Knight. In-12, 1604. J. H.

(3) Debrosset, Hist. des naTig. aux Terres aastrales, 1,431.

tecteur de la navigation et de la géographie. Abel Toiman^ quittant Batavia avec deux vaisseaux, fit le tour de la Nouvelle-Hollande, quoique à une grande distance ; il découvrit au midi de ce continent l'Ile de Van-Diemen, qui en fût d'abord considérée comme une partie. H était dès lors démontré que l'ensemble des terres auxquelles on commençait à donner le nom général de Nouvelle-Hollande, ne s'étendait point vers le pôle austral ; mais la découverte partiel le de la Nouvelle-Zélande par le même voyageur, laissa toujours subsister la chimère d'une grande terre australe (*). Dans les dix années suivantes, Edels, Leuwin, Witt, Amheim, et d'autres dont on ignore les noms, complétèrent la reconnaissance des côtes occidentales et septentrionales de la Nouvelle- Hollande. La baie de Carpentarie fut ainsi appelée par le général Carpenter, qui la visita en détail. L'aspect sauvage de ces terres, et les périls sans nombre que présente leur approche, excitèrent peu l'envie d'y former des établissements. Pierre Nuyts, plus entreprenant que ses précurseurs, découvrit le premier la côte méridionale en 1627; on n'a aucun détail sur le voyage important de ce navigateur éclairé.

» Depuis la moitié du dix-septième siècle l'Europe entière semblait avoir oublié la Nouvelle-Hollande. L'intrépide Dampier seul recueillit quelques détails nouveaux sur la côte occidentale (s). La compagnie hollandaise des Indes orientales envoya, entre les années t690 et 1710, plusieurs navigateurs pour examiner ce vaste pays, dont les Hollandais se regardaient comme les souverains. Parmi ces voyages, qui ne sont pas tous connus, on doit distinguer celui de Van Ylaming^ homme d'un vrai mérite, et qui examina soigneusement plusieurs havres et baies de la côte occideurtale, où il découvrit le premier les cygnes noirs (*). La compagnie hollandaise était trop fiEiible pour s'emparer de ce continent ; elle était trop jalouse pour permettre que d'autres nations profitassent de ses recherches. Ainsi l'Europe savante n'apprit aucun nouveau détail. On croyait tout le pays aussi stérile que

(') ralentyn, Oud and nlew Oslindfcn, III; Des» criptien de Banda , 47. — (*) fViUiam Dompteras a Voyage toNeir-Holland. etc., in the year 1699. Lond. ln-8« , 1703. — (») FaUm^n, V, 96. In-follo, Amsler» dani,17î4-172C.

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