LIVRE VINGT-TROISIÈME
les rochers sur lesquels Pelsart et d'autres étaient venus faire naufrage (').
» Cq^dant les géographes avaient déjà tracé vaguement le contour de cette grande De ; ils la séparaient déjà du continent austral, qu'on reléguait plus au sud. Les dessins qui en avaient été faits f ureat à peu près trouvés conformes à la vérité par le célèbre capitaine Gook, qui visita en 1770 la côte orientale de ce pays. La famine seule avait ra\1 cette gloire au Français Bougainville, qui, six ans plus tôt, dirigeait vers ces mêmes rivages ses voiles fatiguées. Cook passa entre la Nouvelle-Hollande et la Nouvelle-Guinée, ainsi que l'avait fait, en 1606, Torrès, le compagnon du célèbre Quiros. Le mérite d'avoir retrouvé ce détroit appartient en commun au capitaine Ck>ok et a]u savant Dalrymple, qui, dans ses ouvrages, n'a jamais cessé d'indiquer les vrais moyens pour accélérer les progrès des découvertes dans ces régions australes.
» La circumnavigation de la Nouvelle-Hollande a été achevée de nos jours. Un large détroit qui sépare l'Ile Van Diemen du continent , détroit que Furneaux, compagnon de Cook, avait vu sans s'en douter, fut découvert par le médecin Bass, parti dans un léger esquvf de la colonie anglaise de Port-Jackson , premier établissement européen dans ce monde nouveau. Vers la fin du siècle dernier, les navigateurs Vancouver, d'Entrecasteaux et Flinders reconnurent successivement diverses parties de la oôte méridionale de la Nouvelle-Hollande. Le premier visita la oôte méridionale , et mouilla dans la baie du Roi George; le second, qui allait à la recherche de La Pérouse, explora la môme côte , mais avec plus de soin que Vancouver, et parcourut la* côte orientale; il découvrit plusieurs goulets et ports , et donna son nom à l'un d'entre eux ; enfin Flinders examina avec un zèle intrépide les côtes de la terre de Diemen. Nous verrons dans le livre suivant que leurs travaux ont été achevés et perfectionnés par l'expédition française dont M. Péron est le digne historien. Le golfe Napoléon, placé visà-vis celui de Garpentarie, a trompé l'espérance de ceux qui, pour reoonnaitre plus promptement cette vaste terre, désiraient la trouver entrecoupée d'un bras de mer.
0) La relation du naufrage du Hollandais Pelsart 90 |$29 se trouve dans la Collection de Thévenot.
» Après avoir réuni sous un seul pcM de vue la série des découvertes qui ont déterminé la position de la Nouvelle-Hollande, parcourons rapidement cet immense Océan, où des milliers d'îles fortunées ont si souvent charmé les regards des navigateurs , mais n'ont point contenté leurs vœux avides.
» Après les courses de Saavedra, qui troayt la Nouvelie-Guinée, et celles de Hema$^do Gallego, auquel plusieurs livres de géographie attribuent la découverte d'une terre australe très douteuse(»), le premier grand voyage de recherches fut entrepris par Almro Mendana dt Neyra, parti des côtes du Pérou; il pritsoû essor à travers le grand Océan vers la tore australe, et découvrit en 1 568 un archipel qu'il nomma Ue$ Salotnon. Il les plaça entre ô et 9 degrés de latitude sud; mais ses observatioDS de longitude furent si vagues et si inexactes, que lui-même ni aucun autre navigateur ne purent de long-temps retrouver ces terres. Il paraît avoir cru , selon son estimation , se trouver à 1450 lieues marines de lima; mais les Espt^ols voulurent cacher cette découverte, dans la crainte d'exciter les autres nations à s'établir dans ces terres; et les auteurs, par ordre ou par ignorance , placèrent ce& lies tsi>tôt à 800, tantôt à lôOO lieues à l'ouest du Pérou (^j. Mendana nomma liobeUa la plos grande lie , qui s'étendait du sud-est au nordouest ; Gnadaleanal est une Ile longue, située au sud de la première, et derrière quelques petites îles, parmi lesquelles Sesargà renferme un volcan. La terre la plus méridionale qu'on trouva fut nommée île Christoval. Tout cet a^ chipel était peuplé par des nègres armés de flèches et de lances ; ils se teignaient les cheveui en roux , et mangeaient avec déliceâ la chair humaine P). Rien ne prouve que Mendana ait trouvé des indices de terrains aurifères. Le nom de Salomon ne fut mis en avant que pour tenter l'avarice du gouveriiement espagnol (*]. De retour à Lima , il vanta sans cesse la beauté de ces îles, leur fertilité, et surtout leur abondance en métaux précieux. Il faut toujours promettre de l'or à la multidude et aux rois. Des vues plos
(•) Dalrymple, Hfitorical collection , 1 , 96, 97. - (*) Id. ibid. p. AZ sqq, Fleurieu, DécouY. au sad-est de la Nouvelle-Guinée.— P) Figueroa; dans le Fiajet ouwv, vol. XXVII ,no Î73.— (•) Figueroa ^ Hecboi de don Garcia de Mendoza, marqués de GaMle»!* VI , p. 238 sqq.
HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE
profondes guidaient Tintrépide aâmiral des (les Salomon; il pressentait le danger qui résulterait pour TAmérique espagnole d*un établissement étranger dans la mer du Sud. Un second voyage lui servit à étendre ses découvertes. Dans ce voyage, Mendana, ayant en vain cherché les Iles Salomon , découvrit celle de la SantorCrux et quelques autres. C'est Tile EgmofU et les autres lies de la Reine-Charlotte , retrouvées par le capitaine Çarteret. Il retourna, pour la troisième fois, aux lies Salomon, ac- (mnpagné de prêtres et de soldats , afin d'y fimder ime colonie. Le destin , contraire à ses jvojets , lui fit trouver la mort au sein de son nouvel établissement, qui ne lui survécut point. Sa yeuve ramena aux Philippines les débris de la colonie échappés aux maladies et aux attaques des indigènes. Il avait découvert en chemin Tarchipel des Iles Marquezoe de Mendoza, eelui qui , de tous les groupes d'Iles du gcand Océan , se rapproche le plus de l'Amérique méridionale.
» La position des îles Salomon , objet de tant de omtestations, semble ai\jourd'hui démour trée. Ce sont les terres visitées par Çarteret, SnTville, Bougainville et Shortland, auxquelles on avait donné les noms de Nouvelle-Géorgie et d'Ito Arsacides. On retrouve l'Ile de Santa- Cruz et^n excellent port dans la principale de celles que les Anglais ont nommées lies de laEeine-Charlotte(iJ.
M Çarteret descendit sur l'Ile de la Santw- Cruz, où il eut à soutenir un combat sanglant contre les habitants. Les Anglais avaient été reçus et régalés dans une maison d'assemblée semblable, pour la forme et l'ameublement, à celles de Taîti f'}. Les naturels étaient d'un teint noir peu foncé. L'un d'eux, qui fut fait prisonnier, avait les cheveux laineux , mais les traits réguliers. Vigoureux et brave, ce peuple défendit avec opiniâtreté son lie, qui est fertile , bien boisée, et bordée de gros villages. Çarteret reconnaît la priorité de la découverte des Espagnols, et cependant il prétend donner à ce groupe le nom kUes de la Reine-Charlotte, Même l'Ile Swalloto, qui n'a pas été retrouvée dans la position indiquée par le navigateur anglais , pourrait bien être celle de San-Franeisco, vue par Mendana; du moins la la-
(*) F(etcf ira , DécouT. des Français au sud-est de la NoaYelIe-GulDée. — (*] Voyage de Çarteret ^ cb. ivetv.
titude et les traits physiques correspondent(*).» 5um//e, navigateur français, a le premier retrouvé les lies Salomon. En suivant la chaîne de nord-ouest au sud-est, du côté septentrional il découvrit le Port Praslin, l'ile des Contreh' riétés, celles delà Délivrance, et la pointe orientale de ces terres nommée eap ou Ue Sut* ville. Une année avant le voyage de ce navigateur, Bougainville, après avoir quitté successivement l'archipel du Saint-Esprit ou les Grandes-Cyclades, et les terres de la Louisiade, vint se frayer un chemin à travers la partie septentrionale de Tarchipel de Salomon; il découvrit les tles Bougainville et Bouka; le détroit qui sépare ces lies de celles qu'avaient visitées Mendana et Surville, reçut le nom de détroit de Bottgainville.
« Un compagnon de Mendana, animé du même esprit et brûlant d'être le Christophe Colomb du continent austral^ partit de Lima en 1606 avec une expédition destinée, selon les expressions d'un historien espagnol , «cà gagner des âmes au ciel et des royaumes à l'Espagne (3j. » Les vœux de la religion et ceux de l'ambition ne furent point exaucés ; mais la géographie dut au voyage de Quiros la découverte d'un grand nombre d'iles; l'océan Pacifique ne parut plus un désert immense. On a reconnu les principales découvertes de cet habile navigateur ; son île Sagittaria répond à celle du Roi-George III, que Wallis vit en 1767, que Bougainville,rannée suivante, appela Nouvelle^ Cythérée, que quelques Espagnols nommèrent Amat, à celle enfin qui est devenue célèbre sous son nom indigène d'0-Taiti. On retrouve la terre du Saint-Esprit dans la principale tle de l'archipel auquel le capitaine Cook a voulu imposer le nom de Nouvelles-Hébrides , et que Bougainville avait nommées les NouveUes^tf* c[a(^.Unede ces tles,appeléeJf amco/o ou Mallicolo, était, selon les rapports des indigènes, un grand continent. L'imagination bornée des insulaires et l'œil fatigué du navigateur se trompent souvent sur l'étendue des terres qui, au sein des vastes mers , reposent et charment la vue. Quiros n'eut guère une étoile plus heureuse que Mendana : ce fut en vain qu'avec des couleurs dont deux siècles n'ont pu efTacer ni
(') Fiajero univ. p. 62. Gomp. DécouTertes des Français au sad-est àt la Nouyelle-Galnée en 1 768 et 1769; FleurieUf p. S33. — <*) Torquemada^ MoDtrcbia indiana , I , II?. 6 » p. 64.
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