‹ Géographie universelle (volume 2)Chapitre 92 sur 229 · LIVRE vmoT-raoïsiÈME · texte numérisé non relu

LIVRE vmoT-raoïsiÈME

la yérite ni la vivacité, il peignit les avantagés physiques de cette partie du monde, les mœurs de ses habitants, la conduite à tenir envers eux ; «n vain conjura-t-il son roi, par Tamour de Dieu , de ne point laisser tant de travaux , tant de veilles, une si noble persévérance, rester sans ihdts pour le monde et pour la patrie (*) : on ne lui fournit que des moyens peu proportionnés à la grandeur de Tentreprise. Ses nobles vues sur la civilisation des insulaires de la mer du Sud furent méconnues par les faibles descendants du grand Charles-Quint ; cette œuvre de piété et (f humanité 1^) Ait indignement abandonnée.

» Quiros *et Mendana furent les derniers héros de l'Espagne ; avec eux s*éteignit cet esprit entreprenant qui avait conduit les Colomb aux Antilles et les Cortès dans le palais de Montézuma.

» Quelques Hollandais pensèrent à continuer les découvertes des Espagnols dans le grand Océan. Nous avons déjà nommé Lemaire, dont le génie fdt contrarié par Tesprit borné de son capitaine Schout^. Après avoir doublé la Terre-de-Feu, il découvrit cette mer mêlée d'Ilots et d'écneils , si justement surnommée la mer Mauvm$e, et voisine de V archipel Dangereux de Bougainville. La route A'Abel Tas-man fut choisie avec bien plus d'intelligence. S'il n'eût pas découvert les lies des Amis , la Nouvelle-Zélande et Tile de Van-Diemen, la seule direction de son voyage eût suffi pour éclairer les géographes, qui dès lors commencèrent à douter de l'existence d'une terre australe.

» Le goût des découvertes s'affaiblit avec l'espoir de rencontrer un autre Pérou parmi les terres inconnues. Les premiers voyages des Espagnols aux Iles Carolines n'excitèrent aucune attention. Après un long intervalle, 2>am|ner parait sur la scène, joignant l'audace d'un flibustier à la science d'un géc^raphe. Il découvrit la Nouvelle-Bretagne et le détroit qui sépare cet archipel de la Nouvelle- Guinée; il avança de beaucoup la reconnais- •ance des côtes de cette grande lie, commencée par Lemaire, et qu'un Hollandais, en 1705, commandant le bâtiment le Geelmnk, ^ussa, encore plus loin.

> Le voyage de Boggeumn ne produisit que

'*) Mémoire de Quiros, cheg DalrympUtiPurcboi. •^ (•) PUdad y misericordia.

de petites découvertes, parmi lesquelles les Iles de Tienhwen et de Groningue, les plus importantes de toutes, n'ont pas été retrouvées par les navigateurs (<). Ro^ewein crut avdr découvert en 1722 Vile de Pâques, qjâ^ sdoi l'opinion le plus généralement reçue, est k même que la terre vue en 1688 par Dam.

» Le milieu du dix-huitième siècle vit t<m(à-coup les Anglais et les Français, saisis d'une nouvelle ardeur, parcourir les mers australes. Tous se dirigèrent trop en ligne droite à travers les archipels de l'Océan , dont par conséquent chacun d'eux ne découvrit qu'une portion ; tous , au lieu de continuer ensuite leor navigation à l'ouest , tournèrent subitement au nord , comme pour éviter exprès la rencontre de la Nouvelle-Hollande et d'autres terres dont la découverte était indiquée par les géographes. Il est vrai que ce système de navigation leur était dicté en partie par un ennemi irrésistible, par la famine. L'Anglais Bifron détermina d'une manière très vague les Ilots dont il enrichit la géographie. Wallis découvrit la chaîne méridionale de l'archipel Dangereux, n retrouva 0-taIti ou Tile Sagittaria de Quiros. Nous devons à Carteret une découverte plus importante: après avoirtoodiéà nie de Santa-Cruz, de Mendana, .et après avoir été, sans s'en apercevoir , tout près des fameuses fies Salomon, ce navigateur passa le premier par le canal Saint-George, entre la Nouvelle-Bretagne de Dampier et la terre qui reçut dès lors le nom de Nouvelle-Irlande.

» Ces trois Anglais firent à eux tous moins de découvertes que notre célèbre marin B<nh gainville. Celui-ci parcourut cet archipel Dangereux dont Wallis , presque à la même époque, n'avait vu que la moindre partie; c'est en vain que la jalousie anglaise a voulu attribuer à Cook ses découvertes dans ces parages p). L'accueil que son équipage reçut des femmes d'0-taîti valut à cette lie le surnom de iVot/t)ene-CyM^ce.Lesattraitsdeceséjourn'enchalnèrent que pour peu de temps un voyageur avide de connaissances. Ayant pris une route absolument nouvelle, il renamtraen 1768 ce bel archipel des Navigateurs y dont la reconnaissance a été complétée par La Péronse. Les Iles que Bougainville voulut nommer GrandU'

(«) FUurUu, Recherches wrlcs Découv. de Roggcwcln dans le royage de Marchand, V. — {•) f ter fteu , Voyage de Marchand, I • inlrod.

HISTOIRE DE LA GEOGRAPHIE

Cyelad» ne soût qa'une partie de rarchipel découvert par Quiros, sous le nom de Terre$ mtstrales du Saint-Esprit; mais en partant de ces Iles, quelle gloire nouvelle attendait le navigateur français, s*il eût pu vaincre l'obstacle iovîDcible qui s*opposait à son courage I il se dirigeait droit sur la côte de la Nouvelle-Hollande; il y allait devancer Goek; mais la famine le força enfin de tourner au nord. Cependant la découverte absolument nouvelle de Xitrehipet de la Louisiade^ et la vue d'une partie des lies Salomon, récompensèrent encore sa judicieuse persévérance.

> Le destin réservait à la froide constance do capitaine Gook la gloire d'achever à peu près la reconnaissance générale de cette partie du monde. Ce navigateur célèbre francbit trois fois le cercle polaire antarctique, et reconnaît , en faisant le tour du globe dans ces régions glacées, qu'il n'y existe point de continent aus- Iraly comme on Tavait cru jusqu'alors. 11 visite' la côte orientale de la Nouvelle-Hollï^ide, qu'a appelle Nouvelle-Galles du Sud; il prouve que ]aL Nouvelle-Zélande est composée de deux lies; il découvre en 1774 la Nouvelle-Calédome , et examine les Nouvelles-Hébrides , qui ne sont que les Grandes-Gyclades de Bougainville ; les îles de la Société, celles des Amis et celles de Sandwich. Si ce navigateur n'a fait que peu de découvertes dans^ le sens rigoureux du mot , il n*a pas moins bien mérité de la géographie , en résolvant d'une manière négative des questions qui divisaient les savants et faisaient puUuler des systèmes.

» Les sciences naturelles durent des lumières nouvelles aux compagnons de Gook ; aux tableaux un peu romanesques de ses prédécesseurs, on vit avec plaisir succéder ce ton de la simple vérité, dont autrefois Gortès et Tasman avaient donné l'exemple. Enfin la mort tragique de ce navigateur , en faisant oublier les défauts de son caractère, lui donna une célébrité qu'aucun voyageur moderne n'a

» L'histobre sévère peut-elle néanmoins se dispenser de réclamer contre l'ignoble jalousie de ce marin anglais? Jusque dans les régions glacées du pôle austral cette triste passion poursuivit le capitaine Gook , en l'engageant à changer le nom de la Terre de Kerguelen et' edui de l'Ile de Saint-Pierre ou Terre de la Roche, découvertes par des navigateurs fran-

çais, la première sq^t ans et la seconde un siè*de avant son voyage.

» Des hommes peut-être supérieurs à Gook, les La Pérouse, les d'Ëntrecasteaux, les Vancouver, ont £\jouté aux arciiipels déjà connus des Iles nouvelles, ont examiné en détail des côtes très étendues, ont marqué des chaînes d'écueils dont le moindre est cent fois plus redoutable que Seylla. Mais les grandes découvertes étaient faites; il ne restait au génie môme qu'un glanage souvent stérile.

» Une autre carrière appela pour qudque temps Taudace des voyageurs. Les déoouver* tes des Espagnols au nord de la Galifomie, et des Anglais dans la baie de Hùdson, laissaient toijyours dans une profonde obscurité les extrémités septentrionales de l'Amérique. On u*était pas non plus très bien informé de la véritable situation des extrémités de l'Asie aux lieux où elle se rapproche du Nouveau- Monde.

» Les Russes , il est vrai , avaient parcouru les vastes déserts de la Sibérie, franchi TOcéan oriental et découvert une grande étendue de terre en Amérique. Le Gosaque Dmitri Koupiloff fut le premier qui parvint jusqu'aux rivages de la mer orientale, aux environs d'Okhotsk. Un autre Gosaque, nommé Deschneff, exécuta môme une navigation que les marins anglais de nos jours ont vainement tentée. Guidé parles vents, entratné*par les flots et par les glaces, il fit le tour des extrémités de l'Asie, depuis la Kovyma jusqu'au fleuve Auadyr. La pénmsule de Kamtchatka ne fut pourtant occupée qu'un demi-siècle après ce voyage. On reconnut lentement les lies Kouriles; on aperçut au nord de la Sibérie une grande terre piolaire; mais toutes ces découvertes étaient mal tracées sur les cartes; l'Asie n'y avait point sa véritable étendue à l'est (^) . Le génie de Pierre-le-Grand donna une nouvelle activité aux recherches géographiques dans ces régions lointaines. Le Danois Bering fixa, par son premier voyage, l'extrémité orientale de l'Asie, vis-à-vis de laquelle les cartes russes , depuis cette époque, montraient une grande terre (^ : c'était l'Amérique; mais les géographes durent encore suspendre leur jugement. Le second voyage de Bering , qui y fut accompagné du Russe Tchirikoff, le conduisit jusqu'au conti-

(0 Voyez les cartes d'Isbrund Ides, tm,tt de Slrahlenberg , 1736. — ('] Stttcktan Nitada.

Page 1