LIVRE VINGT-QUATRIÈME
malgré les précautions qae M. Morrell avait recommandées à son équipage, un Jour, ses gens furent surpris à Timproviste par xm parti considérable d'habitants, et seize matelots furent massacrés : de là le nom d'I/e Massacre que le capitaine donna à la terre où il s'était arrêté.
Pendant Tannée 1830, on vit sortir du port de New-York les capitaines Palmer et Pend- Uton pour un voyage de découvertes, et de Saint-Pétersbourg l'intrépide Litks dont le but était d'explorer la partie septentrionale de l'océan Atlantique, et de faire des observations sur le pendule et sur la déclinaison de l'aiguille aimantée.
Le voyage du capitaine anglais Biseoe dans l'océan Antarctique, pendant les années 1830, 1831 et 1832, ajoute de nouvelles notions à celles que l'on possédait déjà. Ce hardi navigat^ir prouve encore, par la route qu'il a suivie, la non-existence d'un continent austral.
MM. Ënderby, riches armateurs de Londres, lui avaient confié le commandement du brick le Tula de 148 tonneaux. Bien que le but de la campagne fût la pèche des phoques dans l'océan Antarctique, des instructions spéciales recommandaient au capitaine Biseoe de tenter des découvertes dans les hautes latitudes australes. Le Tula partit le 14 juillet, escorté du cutter le Lively. Du 20 au 21 décembre, on reconnut les deux iles Montagne et Bristol, que le capitaine Biseoe place à ôO minutes plus à l'ouest qu'elles ne le sont sur la plupart des cartes.
Le 21 janvier 1 831 , les deux navires étaient par 6&^ IÇ' de latitude et 4® 30' de longitude ouest. Il n'y avait point de glaces en vue ; mais les jours suivants les glaces se montrèrent et se resserrèrent. Le 1«' février, on avança jusqu'à 68* 61' de latitude et par 12* 22' de longitude est. Le 4, les apparences de terre que l'on croyait voir depuis long-temps devinrent plus positives, mais on ne put la reconnaître d'une manière précise : la glace s'étendant au nord , il fallut diminuer un peu la latitude. Le 25, on vit très distinctement la terre par 66^ 2' de latitude sud et 43^ 54' de longitude est, que dérobèrent bientôt à la vue plusieurs lies et monceaux de glace. Enfin le 27, un peu plus au nord et à l'est, par 65® 57' de latitude sud et par 47^ 20' de longitude est, on vit très distinctement une terre d'une étendue consi-
dérable, mais complétemeiit bordée par des glaces. La température de l'air était de 5 degrés et demi au-dessous de zéro du theimomètre centigrade ; celle de la mer était seulement à 1^ 10' au-dessous de zéro, t Pour la première » fois, dit le capitaine Biseoe, les briUants • reflets de l'aurore australe roulaient sur nos » tâies, sous la forme de magnifiques oolomies, » puis prenaient tout-à-coup l'apparence d*une M frange de tapisserie, et l'instant d'après s'agl- » talent en l'air comme des serpents; soaveat » ces jets de lumière ne semblaient être qa'à N quelques pieds au-dessus de nos têtes, et bien » certainement ils se trouvaient dans notre at- » mosphère. C'était bien le phénomène le plus » magnifique en ce genre que j'eusse jamais » rencontré; et bien que le navire courût de » grands dangers, poussé qu'il était par une » brise fraîche et entouré de glaces, l'équipage » pouvait à peine s'empêcher de tenir les yeax » fixés vers le ciel au lieu de veiller à la route. »
Bans les premiers jours de mars, enciogiaiit de nouveau vers le sud-est, on revit presque la même partie de terre que l'on avait déjà aperçue. Elle était par 49^ de longitude est; mais, malgré des efforts réitérés, on ne put en approcher. I^ capitaine Biseoe donna à cette côte le nom de Terre dEnderhy.
Le 15 février 1832, par 67* 1' de latitude et 7V^ 18' de longitude ouest, on vit une Ue à une très grande distance dans le sud-est, (pii fut pommée Ue Adélaïde en l'honneur de la reine d'Angleterre. On reconnut quelques jours plus tai-d qu'elle appartenait à une chaîne d'iles situées devant une côte basse qui fut nommée Terre de Graham, Cette «haine d'Iles reçut par la suite le nom à*îles Biseoe. « L'Ile Adé- » laide, dit le navigateur dont nous analysoos » la relation, offre un aspect imposant : un pie » élevé s'enfonce dans les nuages et se montre » tantôt au-dessus tantôt au-dessous, tandis » qu'une chaîne de montagnes plus basses s'é- » tend l'espace d'environ 4 milles du nord au » sud. Leur sommet n'est revêtu que d*use » légère couche de neige; mais leur base, eo- » sevelie dans une masse de neige et de glao9 » de l'éclat le plus éblouissant, descend dou- » cernent vers la mer et se termine en falaises » de 10 à 12 pieds de hauteur, sapées et dé- >* chirées jusqu'à 600 ou 900 pieds du bord. *
En 1832, les sources du Mississipi ont été atteintes par- le voyageur Schooleraft ; \e\^
HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE
Usawa a été reeoima pour être la source do bras le plus occideQtal du fleuve, et le lac de la Riche, pour celle du bras le phis au nord-
Au mds de Juillet 1833, Dunkerque a vu sortir de son port la LiUoise, canonnière-brick, commandée par M. J. de Rlosseville, chargé de protéger notre pédie de la morue sur les cfttes d^Islande et d'explorer le Groenland. Bqpufs le mois d'août de la même année, le gouyernement n'eut plus aucune nouvelle de' cet intrépide marin, qui venait d'envoyer en Fhwce d'intéressantes collections d'histoire naturelle et le lever d'une dizaine de lieues de la c6te orientale du Groenland non figurées sur les cartes. Il parait s'être perdu dans ces contrées glacées. Au mois d'avril 1834, le lieutenant DutaUHt partit sur la canonnière- brick la Bordêlttise pour aller à la recherche de la lÀUùiêe dont il n'obtint aucune nouvelle. Le 7 a^nril 1835, le lieutenant Tréhauart, sur la corvette la Recherche, quitta la France pour aller sur les traces de M. de Blosseville. Cette expédition n'eat pas le résultat qu'on en espérait ; mais die n'a pas été sans utilité pour la scioace.
Au commeneemeùt de l'année 1836, la corvette la Recherche partit de nouveau pour retrouver la LiUoise. Ce voyage fut malheureusement infructueux pour le but principal qui l'avait fait entreprendre ; mais, grâce au zèle de MM. Gaimard et Robert, ies sciences naturelles et géographiques s'y sont enrichies de plusieurs foits nouveaux. '
Vers la fin de la même année, la Ronite a quitté les ports de France pour un voyage de drcunmavigatfon qui, à en juger par la nature des instructimis que l'Institut a fournies, par les travaux relatifs à la physique et à l'histoire naturelle qu'elles a exécutés , et par les collections variées qu'elle a rapportées , doit Intéresser tous ceux qui cultivent les sciences.
Cette même année 1836 a été féconde en recherches géographiques : l'Australie a été explorée par les lieutenants Grey et Lashmgton, et par le capitaine Wickam^ tous trois iappartenant à la marine royale anglaise. Dans une r^on opposée du globe , une expédition dirigée par MM. Dease et Simpson , officiers au service de la Compagnie de la baie de Hudson, a porté un nouveau joiur sur les régions arctiques de rAmérigue.
Bien que nous attachions ime moins grande importance aux explorations terrestres qu'aux voyages par mer, nous mentionnerons ici quelques* unes des premières.
Dans Tannée 1836, M. jfform , capitaine au corps du génie de la Compagnie des Indes, partit du cap de Bonne-Espénmce, et parvint dans des cantons situés sous le tropique du capricorne ; puis il se dirigea au nord-est , et pénétra jusqu'au 26« degré de longitude à l'est de Paris, en traversant un pays sur lequel on n'avait d'autres notions que celles que l'on tenait de la bouche des indigènes.
Au mois de septembre de la même année, le capitaine anglais Alexander partit aussi du cap de Bonne-Espérance, se dirigea vers le nord, et parvint ainsi à la côte de la baie de Walfis. Aucun Européen n'y était arrivé avant lui par terre. Il revint au cap, en septembre 1837, après avoir atteint , au-delà du ^* degré de latitude australe, et sous le 12** méridien à l'est de Paris, le pays des Damaras que l'on ne connaissait que de nom.
M. W. HamiUoneL parcouru, en 1836, uns grande partie de l' Asie-Mineure, et s'est avancé jusqu'en Arménie. L'année suivante il est retourné dans la première de ces contrées.
En 1836 , M. Charles Teœier a accompli son troisième voyage en- Asie-Mineure. Dans le premier voyage fait en 1834, il avait parcouru la Grande-Phrygie, l'Isaurie et la Lycaonie; en 1835, la côte occidentale de l' Asie-Mineure et la côte méridionale jusqu'à Adalia; enfin, dans son dernier voyage, il explora l'intérieur de la Lycie, une partie du bassin de l'Euphrate, et le traversa dans toute sa largeur.
Ce fut en 1836 que M. F. Dubois de MontpeyreuxTtvmt du Caucase et de la Crimée qu'il avait parcourus pendant plus de trois ans.
L'année 1837 n'a pas été moins féconde que la précédente en excursions géographiques. En , Russie , ce fut dans cette année que M. Federoff, professeur d'anatomie à l'université de Kief , termina le voyage qu'il avait commencé en 1832, et pendant lequel il parcourut dans l'Asie septentrionale une étendue de 50 degrés de longitude et 20 de latitude , et détermina 79 points entre Orenbourg et Irkoutsk.
Ce ftit aussi en 1837 que MM. Combes et Tamisier, partis de France deux ans auparavant , revinrent de l'Abyssinie , après avoir poussé leurs excursions jusqu'à Ankober que
DigitKzed by
too
UYIE ynifiT^QUÀtRIEMI.
n*avait Tteité amnodei Européens dont nous possédonsdes relations.
Pour terminer ee que nous avons àdire des derniers voyages terrestres dont les résultats sciaitifiquei ne sont pas sans intérêt, nous dirons que c'est dans otfte même année que, sous les auspices de M. le comte A. Demidoff , MM. le docteur Noidmann d'Odessa, Le Play, Leveillé, Rousseau, et nous-méme, accompagna de MM. de Sainson et BaffSet, dessina-* teurs ,' exécutèrent un voyage dans la Valacfaie , la Moldavie , la Russie méridionale et la Grimée, voyage qui a enrichi la science de plusieurs faits géologiques et zoologiques (>).
Terminons cette esquisse des explorations les plus récentes par Texposé des deux der-* ndères expéditions de dreunmavigation.
Vers la fin d'octobre 1837. les corvettes fran* çaises FÀMirolabe et la ZWê , sous le commandement de M. AfMOfi^ étUrtUU^ entreprirent un voyage vers les terres australes. Les talents, le courage et la persévérance prouvés de ces marins donnaient de grandes eq^éranecs sur le succès de cette entreprise ; malheureusonent M. d'Urville rencontra des olMtacles insurmontsl>les. Là où Weddel n'avait trouvé qu'une mer libre , les vaisseaux jArançais furtnt arrêtés par des masses déglaces hautes «t4M>mpaetes. Environnées parées
(•) Voytgs dus là Rnsfie méffdlomile et la Crimée par la Hongrie, la Valachie et la Moldavie, exécuté en 1837 sous la direction de M. A. Demidotr, par MM. de Sainson . Le Play , Huot , Leveillé, Raffet , Rousseau , Ifordmann et du Ponesau. Dédié à S. M. Nieolas t*'. On? rage comprenant pour la partie historique 1 toI. et pour la partie s ciencifiqus S volumes.
écuetls flottants , les deux corvettes n'ont dt leur salut qu'à leur excellente constraetiaB, ainsi qu'aux efforts habilement dirigés de leun équipages. Bien qu'il n'ait pu pénétrer aussi loin vers le sud qu'il l'espérait, H. d'UrviUe a pu cependant enridiir la géographie de plusieurs observations importantes. Plus 4e 180 milles de cMes Jusqu'alors complètement ignorées ont été reconnues dansl'est de la terre appelée par les Anglais Trinity Lani^ la géographie des Iles Orkney et de la partie orieDtaie des Iles New-Shetland a été complétée; enfin de nçmibreux travaux hydrographiqoes etunefouled'observations dephysiqueetd'hii' toire naturelle étaient , au commencement de 1840 , ce que l'on oomiaissait de ce voyagB qui doit se terminer par l'exploration de l'Océanie. Le gouvernement américain a, venli fin de 1838, expédié le lieutenant Ch. IFOket, h bord du Yineenneê , dans les men des régions australes. Cette expédition «e compise de ce navire et de trois autres bâtlmesti ; U Relief, la Porpaise et le Peaeock. Hleaété pourvue de tous les instruments néwwna aux travaux'importants que se proposent d'entreprendre les navigateurs américains, et de toutes les provisions , de tous les vêtement» indispensables; pour rendre ^pportaWe lear détention au milieu des glaces, si cet événement se réalisait.
Depuis le milieu de 1889, ^?oque àlaqndi* on reçut en Europe des nouvelles satisfeisantes de cette expédition, on n'a pas encore pt apprendre si elle avait fait quelque déciwvertl propre à enrichir les sciences qui scratUdieol àlagéogra]Aie.
FIN DE L'HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIB