‹ Géographie UniverselleChapitre 10 sur 93 · CORSE · texte numérisé non relu

CORSE

» Les forêts qui recouvrent les montagnes de la Corse sont peut-être les plus belles qu'il y ait au monde , sinon sous le rapport de l'étendue , du moins sous celui de la magnificence. Sans parler de ces majestueuses forêts de châtaigniers qui occupent les pentes peu élevées, et dont la fécondité est si prodigieuse qu'une population considérable n'a pas besoin d'autres champs , les hautes montagnes de la Corse nourrissent des forêts de chênes, de hêtres, de sapins et surtout de pins larix, propres aux constructions les plus magnifiques. 11 semblerait que la nature, en donnant à la Corse les havres les plus multipliés et les plus spacieux qu'il y ait sur aucune côte de la Méditerranée, eût voulu lui donner aussi toute la charpente nécessaire pour une marine puissante. 11 peut sembler extraordinaire au premier abord que ce petit peuple , ainsi isolé au milieu de la Méditerranée et entouré de tant de circonstances favorables à la navigation , soit demeuré montagnard et ne se soit pas fait navigateur. Mais le développement de la marine demande des conditions particulières de commerce et de puissance que la Corse n'a jamais eues jusqu'à présent, et qui ne s'y manifesteront qu'à mesure que la France s'y constituera plus efficacement et prendra sur la Méditerranée le rang qui lui appartient. »

§ 11. Hydrographie. — Côtes. — « La régularité du système hydrographique de la Corse est la suite de la régularité de son système orograpliique. Sur le versant occidental, les cours d'eau, contenus chacun dans une vallée particulière qui vient aboutir directement à la mer, suivent chacun leur cours en ligne droite et parallèle, et viennent se rendre isolément dans le fond du golfe auquel ils correspondent. Sur le versant oriental, au contraire, les eaux qui découlent des montagnes du système transversal se trouvent gênées dans leur route vers la mer par les montagnes du système longitudinal qui leur barrent le chemin ; elles sont donc obligées de longer, à droite et à gauche, le pied de ces montagnes, jusqu'à ce qu'elles rencontrent les coupures dont nous avons déjà parlé, et par lesquelles elles se précipitent vers la mer. Dans celte partie de l'ilc, les cours d'eau, au lieu de demeurer droits et parallèles comme dans l'autre partie, se réunissent donc successivement en deux lits principaux , l'un au sud et l'autre au nord , et donnent ainsi naissance au Tavignano et au Golo, les deux rivières les plus importantes de l'île. »

Ainsi dans le versant oriental le Golo, le Tavignano, qui arrose Corte, puis des torrents, tels que YOrbo, le Travo, le Solenzara, le Sanla-Lucia, le Gardienne, sont les seuls cours d'eau à mentionner. Dans le versant occidental on trouve YOstriconi, le Secco et le Ficarella, qui se jettent dans le golfe de Calvi ; le Fango, qui se jette dans le golfe ou Porto di Galeria; le Porto, qui se jette dans le golfe de Porto; le Liamone, dans le golfe de Sagone ; le Gravone et le PruneUi, dans le golfe d' Ajaccio ; lo Taravo et le Valinco, dans le golfe de Valinco; YOrtolo, dans le golfe de Roccapina. Toutes ces rivières sont torrentielles, roulent des cailloux sur un fond de rochers, sont souvent complètement desséchées en été et ne s'emplissent qu'à l'époque des pluies et de la fonte des neiges. Aucune n'est navigable. Les rivières de l'est ont leurs embouchures obstruées par des aUerrissements , et souvent leurs eaux arrêtées forment de petits étangs marécageux et malsains qui communiquent avec la mer par des lagunes. On évalue l'étendue de ces eaux stagnantes à 6,787 hectares.

D'après le rapide exposé que nous venons de faire des eaux et des montagnes de la TOME a. 16

Corso, on voit que dans ce pays les plaines, si l'on excepte les vallées près de leur embouchure dans la mer, y sont très-rares. Dans la partie occidentale de l'île il n'y en a pas. Dans la partie orientale il y en a une seule, mais qui est très-grande; cite repose sur le pied de la chaîne du cap Corse et s'étend sur une largeur moyenne de deux à trois lieues , depuis Bastia jusqu'à la rencontre des montagnes d'Asinao. Dans le milieu de l'île, sur le cours du Golo, on trouve une dernière plaine, peu étendue, et qui a vraisemblablement formé le fond d'un lac antérieurement alimenté par celte rivière.

Les côtes de la Corse, ainsi qu'on l'a déjà dit, sont très-différentes à l'est et à l'ouest. La côte orientale est droite , basse , sablonneuse, en quelques endroits bordée d'étangs , de marais et de lagunes ; les plus considérables de ces flaques d'eau sont : l'étang de Bigaglia,au sud de Bastia; l'étang do Diana, au nord de l'embouchure du Tavignano, et l'étang de Santo-Vrbino , au sud de cette embouchure. Sur toute cette côte on ne trouve que le port de Bastia. La partie sud se relève, devient escarpée, découpée, bordée d'îlots et d'écucils; on y remarque le golfe de Porto- Verchio , formant la rade d'un magnifique port, sûr et spacieux , de 3 kilomètres de long sur autant de largeur, avec 2 Ci mètres d'eau; puis le beau golfe de Santa-Manza , et entre ces deux golfes les îlots Cerbicale et del Toro. Au sud est le détroit de Bonifacio, à l'entrée duquel est l'île del Cavallo; ce détroit est d'une navigation difficile, à cause des courants et des écueils; le principal de ces écueils, l'Ilot rocheux de Lavazzi, est devenu en 1855 affreusement célèbre par le naufrage de la frégate française la Sémillante, portant neuf cents hommes en Crimée et détruite corps et biens au milieu de ces rochers. Sur le détroit est le petit port de Bonifacio, qui est d'un aocès difficile. La côte occidentale est rocheuse , élevée , découpée et forme de nombreux golfes qui, du sud au nord, sont ceux de Ventilegno, de Valinco, d'Ajaccio, de Sagone, de Porto, de Calvi et de Saint-Florent , avec des rades et des mouillages excellents ouverts sur la route de Provence en Algérie et desquels on n'a pas encore tiré parti ; le golfe de Saint-Florent surtout est d'une hante importance : «des flottes entières y trouveraient en toute saison un abri assuré, et il a l'avantage d'être placé à l'extrémité de l'île la plus voisine de la France et de s'ouvrir directement au nord, ce qui est extrêmement avantageux pour les rapports de la Corso avec la France. Ce golfe forme en quelque sorte la correspondance naturelle de notre belle rade de Toulon *.» Les meilleurs ports de la côte occidentale sont Ajaccio , Calvi et Saint-Florent.

Les côtes de la Corse sont poissonneuses; on y pêche la sardine, le thon , de beau corail et des coquillages à nacre.

S II!. Constitution géologique, climat, etc. — Toute la partie occidentale de la Corse, à l'ouest d'une ligne allant de l'embouchure de l'Ostriconi, par Corte, au port Pinarello , est formée par les diverses roches du terrain primitif, telles que le granité, la pegmatite, la syénite, le gneiss, le micaschiste, et au milieu de ces masses, se trouvent des amas de porphyres , de diorites et d'euphotides. Plusieurs de ces roches primitives sont d'une grande beauté et pourraient donner lieu à d'importantes exploitations; on cite parmi les plus belles : le granité orbiculaire, qui ne se trouve qu'en Corse, au nord-est de Sartène; le porphyre globuleux ou orbiculaire (au sud-ouest de Calvi) ;

1 Article Corse, de VEnojclvpt'die nouvelle.

corse. 1:3

l'eupholido verle d'Arezza (verl de Corse) ; le granit d'Agajola , dont les blocs forment le soubassement de la colonne de la place Vendôme à Paris. Dans la partie orientale de l'Ile , la formation dominante est le terrain crétacé ; ça et là sont quelques formations plus modernes; ainsi on trouve le terrain tertiaire moyen à Saint-Florent et au sud de l ile, près de Bonifacio; le terrain tertiaire supérieur le long de la côte d'Aleria, et des alluvions toutes modernes sur quelques points, particulièrement h l'embouchure du Golo. Les marbres sont les principales pierres exploitables de celle partie de la Corse. Les richesses métalliques sont très abondantes , mais elles ont été mal reconnues et ne sont pas exploitées : on trouve des mines de fer au cap Corse , une mine de plomb argentifère près de Saint-Florent, une mine d'antimoine à Ersa, etc. Les o-nix thermales les plus fréquentées sont celles de Guagno.

Le climat de la Corse est tempéré et généralement sain, sauf sur les côtes marécageuses de l'est. Sur le rivage , il est bien rare que le thermomètre descende pendant l'hiver au-dessous de zéro , et même au mois de janvier la température est généralement douce; pendant Tété, la chaleur s'élève de 28° à 30". La température moyenne de l'année est de -f- 15* à 16°. Dans la partie australe cl montagneuse de l'Ile, le climat est différent : l'hiver est rigoureux, la neige abondante, et pendant l'été, la chaleur est beaucoup moindre que sur le rivage.

§ IV. Histoire, population , «(«uns, ek. — Dans les temps anciens, la Corse fut successivement au pouvoir des Phéniciens, des Phocéens, des Carthaginois et des Romains. C'est pendant la domination romaine qu'elle parait avoir eu son époque florissante. Toutes les plaines orientales élaient alors très-peuplées, riches, cultivées et saines. On comptait dans l'Ile trente-trois villes, dont les deux plus importantes élaient Mariana et Aleria; toutes aujourd'hui sont en ruines, à l'exception de Bastia (Alista), de Porlo-Vecchio (Manlinum) et de Corte (Ctnetlum). Après la chute de l'empire romain , la Corse fut ravagée par les Vandales, les Goths, les Lombard?, puis fut annexée à l'empire grec, auquel Charlemagne l'enleva. Ravagée par les Sarrasins pendant plus d'un siècle, déchirée par les guerres civiles, partagée entre des seigneurs constamment ennemis et armés, elle se donna, dans le onzième siècle, au pape Grégoire VII , et celui-ci en conféra l'investiture aux archevêques de Pise , qui en devinrent tout à fait les maîtres en 1091. Gènes, irritée que la république de Pise , sa rivale , augmentai ainsi sa puissance , chercha à obtenir une partie de la Corse , et après de longues négociations , elle obtint du saint-siége que les évôchés de Mariana , de Nebbio et d'Acci relèveraient de l'archevêché de Gênes, et que les seuls évechés d'Aleria , d'Ajaccio et de Sagone continueraient à relever de l'archevêché de Pise. La république de Gênes ne se contenta pas de ce premier succès; peu à peu elle s'empara de diverses positions maritimes, et après une longue lutte avec Pise, elle établit sa domination dans l'Ile (quatorzième siècle), mais principalement sur les côtes, car la population farouche et valeureuse des montagnes resta indépendante. Depuis cette époque, l'histoire de la Corse ne présente qu'une suite continuelle de révoltes occasionnées par la tyrannie et la cupidité des gouverneurs génois. En 1553, Henri II résolut d'enlever l'Ile aux Génois alliés de l'Espagne, et le maréchal de Thermes en fit la conquête à la grande joie des habitants, délivrés du joug odieux do Gênes; mais le traité de Cateau-Cambrésis (1559) rendit la Corse à ses anciens possesseurs.

La lutte recommença, lutte perpétuelle et obscure, où Cônes, pendant deux siècles, usa inutilement ses forces. La France y intervint plusieurs fois, principalement en 1737, où ses troupes occupèrent l'île pendant quatre ans. Le cardinal de Fleury l'ayant rendue aux Génois, la rébellion se ranima au départ des Français. Les Corses s'organisèrent librement sous un homme énergique , Pascal Paoli, et ambitionnèrent de former un É'al indépendant. Cônes, dégénérée et devenue trop faible pour soumettre ses belliqueux vas-aux , implora encore le secours de la France, qui s'offrit comme médiatrice et fit occuper par ses troupes les places maritimes (1763). Les montagnards refusèrent de se soumettre et sollicitèrent l'aide de l'Angleterre. Que celle-ci vint à s'emparer d'une île située à quelques heures de Toulon , et elle avait aux portes de la France une citadelle, comme elle en avait déjà une aux portes de l'Espagne : avec la Corse. Minorque et Gibraltar, elle chassait les Français et les Espagnols d'une mer qui est leur domaine naturel. Il fallait à tout prix empêcher un tel événement. Le duc de Choiseul résolut de prendre la Corse pour la France , d'en faire non pas seulement u :e colonie précieuse par son voisinage, ses ports, ses forêts, mais encore et malgré sa position, sa langue , ses mœurs, une partie intégrante du territoire français. Un traité fut conclu , par lequel Gènes céda la Corse à Louis XV, qui en prit le titre de roi et décréta la réunion de celle-ci au royaume de France (1708, 15 août). Les Corses, indignés de cet étrange marché, firent une vive résistance; mais Choiseul ayant envoyé contre eux cinquante bataillons, ils se soumirent. Deux mois après la fin des hostilités et un an après l'édit de réunion , naquit à Ajaccio Napoléon Bonaparte.

A cette époque la Corse se divisait en quatre parties : au nord , l'en deçà des monts (al di quà de' monti), dont les villes étaient Baslia , Saint-Florent et Mariana ; à l'est, la côte du dedans (banda di dentro), dont la ville était Aleria; au sud, l'an delà des monts (al di là de' monti), dont les villes étaient Bonifacio, Sarlène, et à l'ouest, la cote du dehors (banda di fuori), dont les villes étaient Ajaccio , Calvi , etc. On la divisait encore en 11 provinces , qui se subdivisaient en 61 piives, ou cantons. Il y avait 5 évêchés.

La révolution de 1789 démontra que la Corse était mal soumise, car elle s'insurgea pour reprendre son indépendance, se donna aux Anglais et ne rentra sous la domination française que par la force des armes. En 1816, elle fut encore occupée, mais momentanément, par les Anglais. Enfin, près d'un siècle s'est écoulé depuis que ses destinées sont mêlées à celles de la France, et elle n'a que médiocrement changé : malgré les maîtres qu'elle a donnés à sa patrie adoptive, malgré les lois qu'elle a reçues d'elle, malgré le grand nombre de généraux, d'administrateurs, d'agents de tout genre qu'elle lui a fournis, elle est encore aujourd'hui étrangère à la France par son ciel, son sol, sa langue, surtout ses mœurs, ses instincts, ses sentiments. C'est toujours l'Italie, non l'Italie de Rome et de Florence, des arts et des poHes. mais l'Italie de la Sardaigne et de la Sicile, rude, sévère, pauvre, sauvage, où le bandit est encore populaire , où l'on trouverait encore des sbires et des condottieri. Ajoutons que tous les gouvernements qui se sont succédé en France depuis la conquête de l'ile, même celui du grand homme dont elle se glorifie , n'ont presque rien fait pour polir, civiliser, franciser la Corse, pour féconder son admirable sol, tirer parti de ses rie liesses naturelles, mettre en œuvre ses magnifiques ports et faire de ce pays, demi distant de Toulon et d'Alger, la plus puissante des colonies, un contre-poids à

CORSK.

Malle et à Gibraltar. La Corse n'a , pour ainsi dire , connu de la civilisation française que le gendarme et le percepteur; on ne lui a demandé que des soldats.

Rien ne démontre mieux que ce pays n'est pas encore la France que l'aspect de sa population. Celte population est un mélange d'Ibères, de Grecs, de Carthaginois, de Romains, de Sarrasins, d'Italiens modernes : on n'y trouve presque aucun des éléments qui ont formé la population française. Le Corse est de taille moyenne, bien fait, alerte, vigoureux; sa figure est grave, expressive, réservée, un peu altiùre et même farouche. 11 est brave, intelligent, énergique, plein de ténacité, d'ardeur, de pénétration, plein de confiance en lui-même. Il est par-dessus tout fier et fait peu de cas de la richesse, mais il est avide d'honneur. Toutes ces qualités feraient de la race corse une des plus complètes qui soient au monde , si elles n'étaient accompagnées d'une ambition sans scrupule, d'un égoïsme intraitable, d'une dissimulation qui va jusqu'à la perfidie, d'une insensibilité qui va jusqu'à la cruauté; enfin de la passion effrénée de la vengeance. Un Corse qui a une injure à venger est en vendetta, c'est-àdire que dès ce moment il cherchera par tous les moyens, ouverts ou cachés, à tuer son ennemi , et quels que soient le temps et les obstacles, il le tuera ou sera tué par lui. La vendetta est héréditaire et se perpétue à travers les générations, de sorte que des familles ont pu être anéanties par cet atroce usage. La langue de la Corse est un dialecte italien mêlé de mots arabes, et qui varie dans toutes les parties de l'Ile.

§ V. DÉPARTEMENT DE LA CORSE. — STATISTIQUE , AGRICULTURE , COMMERCE, ETC. —

Le département de la Corse est formé uniquement de l'Ile et a comme elle une superficie de 874,741 hectares1. Sa population était, en 1801, de 163,897 habitants; en 1831, de 197,907 hab.; elle est aujourd'hui de 236,251 habitants. Il a pour chef-lieu Ajaccio et se divise en cinq arrondissements :

Anondi&senicnt d'Ajaccio . .

. . 12 cantons,

72 communes,

55,008 habitants.

de Bastia . .

de Calvi . .

de Corte . .

de Sarlénc .

6 arrondisaem

354 commune»,

236,251 habitants.

Il forme le diocèse de l'évêché d'Ajaccio, renferme 8 tribunaux de 1" instance ressortissant à la cour d'appel de Bastia, 3 collèges (Ajaccio, Bastia, Calvi), 4 écoles supérieures et 330 écoles élémentaires. 11 forme la 17' division militaire, dont le quartier général est à Bastia.

Le sol de l'Ile est généralement pierreux , mais dans le fond des vallées la terre est admirablement fertile et donne toute espèce de produits ; néanmoins tout est à créer, dans ce pays, en agriculture. On y compte 260,000 hectares cultivés, 240,000 hectares incultes, mais cultivables , et 369,000 hectares non susceptibles de culture. I^s céréales, le riz, les légumes, la garance, les mûriers, les oliviers, les orangers, forment les richesses agricoles de la Corse ; mais c'est à peine si on leur accorde quelques soins. La vigne surtout pourrait donner les plus précieux produits, car toute l'île est propre à cette culture , et les vins faits avec soin sont de première qualité et rivalisent avec les meilleurs du midi de la France. On a même tenté la culture de quelques plantes

1 De 1793 à 18U l'Ile fut partagée en deux départements : celui de Goto et celui de Liamone.

équinoxialcs , telles que l'indigo, le café, la canne à sucre, et ces essais plus curieux qu'utiles ont réussi. Nous avons déjà dit quels étaient les produits forestiers de l'Ile. La race des chevaux est petite , mais vigoureuse et d'un pied sûr ; les mulets sont excellents et pourraient devenir l'objet d'une production et d'un commerce considérables; la race bovine est petite et mauvaise; les vaches, sauf dans quelques pâturages du centre de l'Ile, ne donnent pas de lait, et le bœuf ne produit qu'une viande dure et peu abondante ; le porc y est presque à l'état sauvage ; le mouton cornu donne une chair excellente, mais une mauvaise laine; les chèvres sont nombreuses et belles, et le mouflon, qui paraît être le type original de nos moutons domestiques, est spécial à la Corse. Le gibier abonde, ainsi que les abeilles, qui sont mal élevées; elles seraient pourtant une source de richesse, comme au temps des Romains, qui prélevaient ordinairement en cire leurs tributs.

L'industrie est encore moins avancée que l'agriculture ; elle ne se manifeste que par quelques forges à la catalane, des tanneries, des moulins à huile, des briqueteries , etc. Quant au commerce , il est borné presque entièrement à l'intérieur et consiste en vins, huiles, châtaignes, oranges, etc. Les bois, les pierres, les marbres, dont nous avons vu les magnificences , ne sont l'objet que d'une très-mince exportation.

§ VI. Description des villes. — Ajaccio, chef-lieu du département et siège d'un évéché , est située sur une langue de terre , au fond d'un golfe qui offre d'excellents mouillages. Elle est bien posée, d'un charmant aspect, avec des rues droites et de belles maisons. Son port , défendu par une citadelle , n'est pas fermé. On remarque dans cette ville la cathédrale, qui est un beau monument du seizième siècle; la maison où naquit Napoléon; la chapelle des Grecs, sitw:e sur une éminence d'où l'on jouit sur la ville, la mer, les montagnes, de la plus belle vue.

Cette ville possède encore des tribunaux civils et de commerce, une bibliothèque, une école de navigation , etc. Elle fait commerce de vins, d'huiles et de fruits. Sa distance de Toulon est de 260 kilomètres, et de Paris de 1,080 kilomètres. Elle renferme environ 11,000 habitants. Du temps des Romains, elle s'appelait Urcinium.

Rallia, chef-lieu d'arrondissement, est le quartier général de la 17* division militaire et le siège d'une cour d'appel ; elle possède en outre un lycée, des tribunaux civil et de commerce, une bibliothèque, etc. Sa population est de 16,000 habitants. C'est la. ville la plus importante de l'île. Elle est située sur la côte orientale, dans un territoire fertile en oliviers et en orangers, et présente le plus bel aspect. On la divise en deux parties : la vieille ville ou Terra-Vecchia , avec des rues sinueuses et étroites; la ville neuve ou Terra-Nova , qui renferme la citadelle , bâtie sur un roc et dominée par des collines escarpées sur lesquelles sont construits plusieurs forts. Le port est d'un difficile accès. Baslia n'a d'autres monuments que ses belles églises. On y trouve de nombreuses tanneries, et l'on y fait un commerce important en produits de l'île.

Cette ville , fondée au seizième siècle sous le nom de Porto-Corvo , dut son agrandissement à la destruction des villes d'Aleria et de Mariana. C'était , sous la domination génoise, la capitale de la Corse. Elle a subi plusieurs sièges; le principal est celui qu'y soutinrent les Français contre les Anglais en 1794.

Catvi, chef-lieu d'arrondissement (1,900 hab.), est située au fond d'un golfe, sur un rocher péninsulaire , et se divise en ville haute ou citadelle, et marine ou ville basse. Eli©

est très-forte , et son port pourrait abriter une flotte nombreuse. Mais son commerce , qui était autrefois important , a passé à l'Ile-Rousse , qui est mieux située. Ce changement c?t principalement dû au siège subi par cette ville en 1794, contre les Anglais, et à la suite duquel elle fut entièrement ruinée et la population forcée de se réfugier h Toulon.

Corte, chef-lieu d'arrondissement (4,719 hab.), est située au centre de l'Ile, près du Tavignano, et elle est bâtie sur la pente escarpée d'une montagne qui domine une vallée très-fertile. C'est une ville bien fortifiée, et qui, avec les forts de Vizzavona et de Vivario, commande la route d'Ajaccio à Bastia.

Sarlène, chef-lieu d'arrondissement (3,949 hab.), est une petite ville qui n'olTre rien de remarquable , mais dont le territoire est fertile et bien cultivé.

Saint-Florent est un petit bourg de 500 habitants placé dans une magnifique situation, au fond d'un grand golfe qui pourrait abriter des flottes entières; mais on n'a rien fait pour son port, qui ne peut recevoir que des barques de pêcheurs. Ce bourg est défendu par un fort.

UIU-Rouue est une petite ville maritime de 1,500 habitants qui doit son nom à deux Ilots voisins. Elle ne date que de la fin du siècle dernier. Son port , assez actif, est défendu par un fort.

Girolata est un petit port défendu par une tour et qui peut servir de refuge aux bâtiments de commerce. En 1524 Jean Doria y battit le corsaire Dragut.

Boni/ario, petite ville forte et maritime, de 3,383 habitants, est une des plus anciennes et la plus curieuse de la Corse. Elle est située sur un rocher calcaire élevé de 60 mètres au-dessus de la mer et dont les flancs sont verticaux. Elle est bien bâtie, bien fortifiée, et a un bon port creusé par la nature dans un banc de rocher et auquel la presqu'île occupée par la ville sert de môle. Ses églises sont riches et bien ornées. On remarque dans ses environs des grottes marines très-pittoresques. C'est la première ville que les Génois aient occupée dans la Corse.

Porto-Vtechio est une petite ville de 2,000 habitants située au fond d'une baie vaste et profonde qui forme un excellent port, complètement négligé : c'est pourtant le meilleur de l'Ile et l'un des plus sûrs de l'Europe. La ville est médiocrement fortifiée, et la contrée où elle est bâtie est marécageuse et malsaine.

Alerta, village ruiné, près de l'embouchure du Tavignano, était autrefois la ville la plus importante de la Corse , du temps des Romains. On y voit encore les ruines d'un cirque , des débris de murailles , une maison prétoriale , etc. Le territoire d'Aleria est d'une fertilité prodigieuse : le blé y rapporte cinquante pour un de semence.

COMTÉ D'AVIGNON, COMTAT VENAISSIN ET PRINCIPAUTÉ D'ORANGE. — DÉPARTEMENT DE VAUCLUSB.

§ I". Limites, subdivisions, description physique. — Le comtat Venaiuin, le comté d Avignon et la principauté d'Orange formaient autrefois troi3 États distincts ; le plus considérable était le comtat Veoaissin , qui enveloppait les deux autres et confinait : !• au Languedoc , par le Rhône, depuis le confluent de la Durance jusqu'à la Paluil ;

Ll Y HE HUITIÈME.

2° au Dauphiné, par une ligne de convention qui coupait l'Aigues près de Nyons» l'Ouvèze près de Vaison, et qui venait, au nord de Saull, rejoindre la limite de la Provence et du Dauphiné; 3° à la Provence, par une autre ligne de convention qui descendait jusqu'à la Durance, laissait en dehors le comté de Sault, avec les territoires de Cordes , d'Apt et de Bonnieux , aujourd'hui compris dans le département de Vaucluse , enfin suivait la Durance. Le comtat Venaissin , auquel Vinatque a donné son nom, avait pour capitale Carpenlras. La ville et le comté d'Avignon occupaient l'angle sud-ouest du territoire dont nous venons d'indiquer les bornes. Quant à la principauté d'Orange, elle s'étendait autour de la ville du même nom, à l'ouest de Carpenlras, touchait au Rhône à l'ouest, et se trouvait d'ailleurs entièrement entourée par le comtat Venaissin. La superficie de ces trois pays n'était que de 196,818 hectares. On leur a ajouté une petite partie de la Provence pour former le département de Vaucluse.

La principauté d'Orange n'a été réunie à la France qu'en 1713, le comtat Venaissin et le comté d'Avignon qu'en 1791.

Nous avons vu dans la description de la Provence que le vaste contre-fort des Alpes du Dauphiné, dans sa dernière partie, formait les montagnes de Lure, entre la Durance d'une part, d'autre part, entre l'Ouvèze, la Ncsque, etc. De ces montagnes partent plusieurs contre-forts qui composent la charpente orographique du département de Vaucluse. Les trois plus importants sont : 1° celui qui court entre l'Ouvèze et la Nesque et qui a pour sommité principale le mont Ventoux. Cette belle montagne, remarquable par la largeur de sa base et de son faite, domine de sa masse épaisse toute la contrée : elle s'élève à 2,021 mètres, a ses pieds couverts do villages et de cultures, ses flancs garnis de pâturages ou de forêts et son sommet entièrement dépouillé; on y jouit d'un magnifique panorama, la vue pouvant s'étendre jusqu'à la mer. — 2° Le contre fort entre Nesque et Calavon , où l'on dislingue la montagne de Saint-Salurnin , qui s'élève à 1,387 mètres, et celle de Vaucluse, haute do 65^ mètres, où sont les sources de la fameuse fontaine du même nom. — 3" Le contre-fort entre la Durance et le Calavon, qu'on appelle monts Léberon, et qui atteint une hauteur de 1,180 mètres au nord de Cucuron, et de 1,760 mètres au sud d'Oppèdc.

Presque toutes ces montagnes sont formées do terrains crétacés inférieurs ; elles sont d'ailleurs peu intéressantes : leurs sommets, généralement nus et arides, sont du plus triste aspect; et leur déboisement n'a pas peu contribué, depuis un demi-siècle, à rendre le pays infertile, à abaisser d'une manière sensible la température. Les cours d'eau qui y prennent naissance sont généralement peu considérables. Aussi , si l'on excepte la vallée de Sault, arrosée par la Nesque, et qui s'étend du nord au sud sur une largeur de 2 à 3 kilomètres et une longueur de 10 kilomètres, on peut dire «pic ces montagnes ne renferment pas de vallées proprement dites, mais qu'elles comprennent seulement de petits vallons courts et étroits, ou, mieux encore, des ravins sillonnés par des torrents dont la rapidité s'explique aisément par la brièveté de leur cours et l'élévation considérable des montagnes d'où ils se précipitent.

Le département de Vaucluse est compris entièrement dans le bassin du Rhône et dans celui de la Durance, qui est, dans ce département, son principal aiHucot.

Ix- Rhône ne lui appartient que pendant 54 kilomètres et seulement par sa rive

gauche, sur laquelle on trouve Cadcrousse et Avignon. Dans cette partie de son cours la navigation est gênée par le grand nombre d'Iles qui embarrassent son lit. Sa vallée est presque entièrement formée, sur cette rive, par des terrains d'alluvion modernes, lesquels constituent une grande partie des plaines du département. Ce fleuve reçoit :

1» Le Lauzon, ruisseau dont une des sources passe à Saint-Paul-Trois-Chàteaux , et qui se grossit d'un affluent, le Malet, passant à la Palud.

2" Le Lez, né dans les montagnes de la Drôme, qui coule du nord-est au sud-ouest, et finit au-dessous de Mornas. Il se grossit du Corortne, passant à V&lréas.

3° V Aiguës naît dans les Alpes du Dauphiné, forme en partie la limite septentrionale du département de Vaucluse, laisse Orange un peu au sud et Unit dans le Rhône, à 6 kilomètres de cette ville.

h" La Sorgue, qui sort de la fontaine de Vaucluse, est navigable dès sa source; elle arrose Vaucluse et l'Isle, où elle se divise en deux bras. Le bras septentrional passe à Bédarrides et à Sorgues. Le bras méridional arrose Védène, d'où se détache une branche qui se dirige au sud-ouest jusqu'à Avignon.

La Sorgue se grossit à droite de la Nesque, de YAuzon, du Brégoux et de YOuvèze, qui réunissent leurs eaux presque au même point, un peu en amont de Bédarrides. La Kesque a sa source à l'est du mont Ventoux, et arrose Sault, Vénasque et Pernes. l.'Auzon et le Bregoux descendent tous deux du mont Ventoux, et arrosent, le premier Carpcntras, et le deuxième Sarrians. VOuvize descend des Alpes du Dauphiné, entre dans le département de Vaucluse un peu au nord-ouest du mont Ventoux, arrose Vaison, et se divise, au-dessous de cette ville, en deux bras qui finissent dans la Sorgue en amont et en aval de Bédarrides.

5* La Durance, dont nous avons donné le cours dans la Provence , n'appartient au département de Vaucluse que par sa rive droite, depuis Caderache jusqu'à son confluent; elle passe près de Perlhuis, arrose Cavaillon, et finit un peu en aval d'Avignon. Elle se grossit à droite d'une foule de ruisseaux qui descendent des monts Leberon ; mais son seul aflluent remarquable est le Calavon, torrent qui naît dans les Alpes du Dauphiné, passe à Apt, traverse une fertile vallée, et finit, après 50 kilomètres de cours , en amont de Cavaillon.

Le département de Vaucluse renferme de nombreux canaux d'irrigation dérivés du Lez, de l' Aiguës, de l'Ouvèze, de la Nesque, de la Sorgue, etc., qui servent soit à fertiliser les terres, soit à alimenter quelques usines. Les plus célèbres sont : celui de Mèrindol à la Durance, qui date de plus de six siècles, et traverse le territoire de Cavaillon -, ceux de Grillon et de la Durançole, qui tous deux partent de la Durance vers Bon-Pas : le premier se dirige au nord-ouest vers le confluent de la Sorgue , l'autre court à l'ouest, contourne Avignon, y pénètre, et s'y perd dans le Rhône.

$ il. Constitution géologique, aspect général, productions. — Trois sortes de terrains constituent le sol du département de Vaucluse : les crétacés inférieurs, les tertiaires moyens et les terrains d'alluvions modernes.

Ces derniers s'étendent dans toute la longueur du déparlement le long de la rive gauche du Rhône et de la rive droite de la Durance jusqu'en amont de Cavaillon. De là ils se prolongent vers l'est , et sauf quelques parcelles de terrains tertiaires moyens qui s'y trouvent enclavés, ils forment tout le pays compris depuis le Rhône jusqu'au delà

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