‹ Géographie UniverselleChapitre 9 sur 93 · COUSE · texte numérisé non relu

COUSE

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ILE ET DÉPARTEMENT DE LA COnSF.

$ !*'. Situation, aspect général, orographie. — Nous venons de décrire la province par laquelle la puissance de la France s'exerce et s'étend sur la Méditerranée, mais celte puissance n'est efficace que depuis qu'une grande lie , italienne de position, de mœurs et de langue, a été rattachée politiquement à la France et complète Marseille et Toulon. Nous allons donc interrompre la description de la France continentale pour donner celle de la Corse, qui , suivant les lois de la géographie physique , lui est totalement étrangère et se trouve en dehors du cadre de l'ancienne Gaule , mais qui , dans l'ordre de la géographie maritime et militaire, vient immédiatement après la Provence.

L'île de Corse, qui a été réunie politiquement à la France en 1768 et forme aujourd'hui l'un de ses départements , est située entre les 20' et 43° latitude nord et entre les 6° 12' et 7° 12' longitude est. Elle est baignée par la partie de la Méditerranée qu'on appelle mer Tyrrbénienne, et se trouve séparée de l'île de Sardaigne par le détroit de Bonifacio, large seulement de 15 kilomètres. Son éloignement des côtes de Provence est de 160 kilomètres, et des côtes d'Italie de 90. Elle est à neu près de forme elliptique, son grand axe étant dirigé du nord au sud. Sa plus grande longueur, du cap Corse au détroit de Bonifacio, est de 186 kilomètres, et sa plus grande largeur, de 90. Sa superficie est de 8,747 kilomètres carrés.

L'aspect de la Corse est sévère , agreste , pittoresque : une mer profonde seinée d'écueils, souvent battue de tempêtes, une vaste chaîne de sommités couvertes de neige pendant la moitié de l'année, à laquelle s'appuient des montagnes plus basses, aux flancs décharnés ou garnis d'épaisses forêts, des vallées étroites et sombres, de profonds précipices où mugissent des eaux turbulentes , de petites plaines au bas des ruisseaux et près des côtes, où les moissons alternent avec les marécages, un sol mal cultivé et naturellement très-fertile, des richesses minérales non exploitées, des bourgs peu peuplés , des habitations isolées perchées sur le sommet de collines couvertes de vignes et d'oliviers, des routes rares et mauvaises, de bons ports mal fréquentés, un climat salubre, des habitants graves, Oers, énergiques, ardents dans leur haine comme dans leur amour, tel est l'aspect général que présente la Corse.

A l'exception de quelques plaines basses et malsaines situées à l'est , l'île tout entière est couverte par un massif de montagnes dont la hauteur moyenne dépasse 1,200 mètres, et qui se compose principalement d'une haute chaîne allant du nord au sud , du cap Corse au détroit de Bonifacio, et partageant la Corse en deux versants, l'un à l'est, incliné sur la mer Tyrrhénienne , l'autre à l'ouest, jetant ses eaux à la Méditerranée. Cette chaîne, à partir du cap Corse, où elle s'élève brusquement en sortant de la mer à 600 mètres , court au sud , pendant <j0 kilomètres, jusqu'à la Cima tii Stella, où elle atteint 1,200 mètres; de là elle se dirige à l'ouest jusqu'au monte Grosso (1,861 m.), et reprend sa direction au sud, pendant 2k kilomètres, sous le nom de montagnes de Frontogna; de la source du Golo elle se dirige au sud-est,

atteint au monte Rotondo 2.76J» m. et au monte d'Oro 2,652 m. ; puis, à partir de la foce de l'erde, elle reprend sa direction au sud jusqu'au monte Rosso, dont les derniers contre-forts viennent se terminer aux pointes de lo Sprono et di Cala , sur le détroit de Bonifacio. Presque toute cette chaîne est granitique; cependant, du cap Corse jusqu'à 8 kilomètres du monte Grosso, c'est le terrain crétacé qui compose le massif.

Ces montagnes présentent un grand nombre de cols élevés, d'un accès difficile et traversés par un petit nombre de routes construites récemment Les principales vont : 1" de Bastia à Saint-Florent, par le col Saint- Antoine; 2° de Bastia à Calvi; 3° de Bastia à Ajaccio, par Corte et le col de Vizzavona; c'est la plus importante de toute l'île; h" d' Ajaccio à Bonifacio. Outre ces routes, on a commencé à construire de grands chemins vicinaux , et l'on trouve une quantité de passages appelés dans le pays bocca ou foce, qui conduisent d'un versant à l'autre, et permettent d'aller de la côte orientale, mieux cultivée et plus peuplée, aux ports de la côte occidentale. Mais ce ne sont pour la plupart que des chemins de mulets, difficiles en été , souvent impraticables en hiver, et où l'on ne peut faire marcher que des charrettes à bœufs.

Les contre-forts de la chaîne principale sont nombreux , âpres et élevés, et partagent ce pays en une inimité de petites vallées. Ceux de l'orient et ceux de l'occident offrent une disposition absolument différente et que nous allons indiquer en empruntant quelques lignes à un savant qui a étudié en détail ce singulier pays *.

« Les caractères du contour de la Corse sont singulièrement différents dans l'est et dans l'ouest; dans l'est, la côte est unie; dans l'ouest, elle est criblée de dentelures. Des différences correspondantes se retrouvent, à l'est et à l'ouest, dans l'intérieur de l'Ile, qui se partage en deux zones distinctes, suivant un diamètre incliné à peu près dans la direction du nord-nord-ouest. La zone orientale est occupée par des chaînes de montagnes se dirigeant du nord au sud parallèlement à la côte , et composées de terrains stratifiés (crétacés) ; la zone occidentale , par des chaînes de montagnes beaucoup plus hautes et beaucoup plus nombreuses, se dirigeant transversalement à la côte , de l'ouest-sud-ouest à l'cst-nord-est , et presque uniquement composées de terrains granitiques. Ce sont ces dernières montagnes qui , par leur rencontre avec la mer, donnent naissance aux golfes de Porto, de Sagone, d'Ajaccio, de Valinco, de Ventilegno , tous à peu près parallèles et ouverts à l'ouest-sud-ouest. Ces montagnes n'atteignent la côte orientale que dans l'extrémité méridionale de l'Ile , et y forment les deux seuls golfes que l'on y rencontre : les golfes de Porto- Vecchio et de Santa- Manza , mouillages précieux ouverts à l'est-nord-est sur l'Italie. » Les parties les plus élevées de ces montagnes sont seules nues et dépouillées ; les flancs sont en général couverts de forêts ou de maquis, et les pentes inférieures d'oliviers. Les maquis, qui jouent un si grand rôle dans la topographie et dans l'histoire des bandits de la Corse, sont do grands espaces autrefois boisés et aujourd'hui , par suite du déboisement ou de l'incendie , seulement recouverts d'arbustes et de grands végétaux , dont la hauteur varie de 1 à 4 mètres, et qui se composent d'arbousiers, de lauriers, de cistes, de myrtes, de bruyères, de lavandes, etc., le tout mêlé, serré, touffu, feuillu, d'une épaisseur extrême et formant des abris souvent impénétrables. Ces forêts naines ont de la ressemblance avec les jongles de l'Inde.

» H. J. Reynaud, article Corse, de V Encyclopédie nouvelle, tome IV, page 5».

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