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TOME II

d'Orange au nord-est , et jusqu'aux villes de Sarrians , de Carpenlras et de Cavaillon à l'est et au sud-est; c'est-à-dire d'une manière générale le bassin inférieur de l'Aigues et celui de la Sorgue avec tous ses bas affluents. Les terrains crétacés inférieurs constituent surtout la masse nord-est du département. Ils forment toute la chaîne des monts Ventoux et des montagnes de Lure, et en constituent toutes les pentes méridionales, s'avançant ainsi jusqu'à Malaucène, Vénasque et Vaucluse à l'ouest, Gordes et Saint-Saturnin au sud. Les mêmes terrains forment encore la chaîne du Leberon , entre le Calavon et la Durance;*on en retrouve aussi à l'est de Montdragon et de Bollenne, une petite bande qui se prolonge hors du département vers Saint-Paul-Trois- Chàleaux , et un autre petit massif au sud de Vaison. Quant aux terrains tertiaires moyens , ils forment tout le reste du département.

Tout ce pays a une pente générale du nord-est et de l'est vers le Rhône et la Durance; on peut dire qu'il est généralement montagneux, car les plaines ne s'y rencontrent guère que sur la rive gauche du Rhôue et vers l'angle formé par le confluent de la Durance. Ces plaines forment d'ailleurs trois bassins naturels parfaitement distincts : le bassin d'Orange au nord, le bassin du centre, qui s'étend d'Avignon à Carpenlras du sud-ouest au nord-est, et qui comprend les vallées de la Sorgue inférieure, de l'Ouvèze et de la Nesque ; enfin le bassin du sud ou de Cavaillon, qui embrasse sur la rive droite de la Durance la vallée inférieure du Calavon. En dehors de ces trois bassins, tout le reste du pays doit être qualifié de montagneux, car, ainsi que nous l'avons dit, on n'y trouve pas de vallées, mais seulement des vallons ravineux.

Sur un terrain ainsi distribué, ainsi entrecoupé de petites plaines, de collines et de montagnes , sur un sol d'une constitution aussi ingrate , on comprend que l'agriculture ne peut pas être florissante. Il était jadis occupé par de vastes forêts, qui le couvraient presque entièrement, et les eaux mêmes du Rhône et de la Durance en ont recouvert certaines parties, comme l'atteste dans un grand nombre de localités l'immense quantité de gravier ou de cailloux roulés qu'on y rencontre. Les anciennes forêts du Comtat ont aujourd'hui disparu en grande partie par les défrichements; cependant un sixième environ du département est encore couvert de bois, dont les essences principales sont : le chêne ordinaire, l'yeuse ou chêne vert, le hêtre, le pin et quelques sapins ; la principale de ces forêts est celle de Beaumont , qui occupe le revers septentrional du mont Ventoux. Par suite de ces déboisements, la faible quantité de terre végétale qui recouvrait le sol s'est trouvée entraînée par les eaux, et la plus grande partie des terrains est entièrement dépouillée d'humus. Les plaines ellesmêmes sont loin d'être partout fertiles , et cela s'explique aisément , puisque la plupart ne sont que l'épanouissement du lit du Rhône , et que le fleuve , en y séjournant jadis, y a déposé plus de sables ou de cailloux que de terres alluvionnelles. C'est ainsi que le canton d'Orange offre l'aspect le plus désolé , surtout dans sa partie méridionale , qui est entièrement dépourvue de terre végétale. Le pays d'Orange à Carpenlras, sans être aussi aride, a un aspect presque aussi triste, et n'est fertile que dans certaines localités. Le canton de Cavaillon seul se fait remarquer entre toutes les terres du département ; sa fertilité est proverbiale , et l'a fait sumommer le jardin du CointaL

COMTAT VENAISSIN. 13t

Les habitants du pays ont cherché à corriger l'aridité de leurs terres par des irrigations; et il est peu de contrées en France qui renferment plus de canaux et de rigoles destinées à l'arrosement; il en est peu même où l'art des irrigations soit mieux entendu; mais leurs efforts échouent souvent contre l'ingratitude naturelle et la pauvreté du sol.

Le climat est sain et généralement tempéré; mais les changements de température y sont trop brusques; on n'y connaît guère que l'été et l'hiver, les autres saisons sont à peine indiquées. Les vents dominants sont : ceux du sud , chauds et humides ; celui du nord, qui est sec, et celui du nord-ouest, précurseur des orages. Tous sont généralement très-violents.

D'après la nature du sol et du climat, les cultures sont, dans ce pays , classées par divisions presque aussi régulières que les bandes d'un jardin. L'agriculture y a fait de grands progrès, mais les engrais font défaut. On y récolte du blé de bonne qualité, mais en quantité insuflisanle pour la consommation du département ; on y récolte aussi du seigle , du méteil et de l'orge , ainsi que du maïs , du sarrasin et du millet. La vigne est cultivée avec plus de succès ; elle couvre un septième de la superficie totale du département, et vient sur les flancs rocheux de tous les vallons et dans tous les terrains caillouteux; on cultive de même la garance , qui forme l'industrie spéciale du département et dont nous parlerons plus loin ; l'olivier, qui donne de médiocres produits ; le mûrier blanc , qui est très-répandu , permet d'élever un grand nombre de vers à soie, dont les produits ne sont d'ailleurs que d'une qualité secondaire. A ces diverses cultures, il convient d'ajouter celle des arbres fruitiers, qui a pris beaucoup d'extension. Quant aux légumes, sauf dans quelques cantons, ils sont peu cultivés. A cause de la rareté des pâturages et des prairies naturelles, l'élève des bestiaux est peu considérable , bien que le nombre des moutons soit assez grand ; ces animaux sont de petite race. Les abeilles, qui sont en grande quantité, fournissent annuellement pour plus de 60,000 kilogrammes de cire. Quant aux animaux non domestiques , ils sont peu nombreux ; par suite du déboisement du pays le gibier est devenu très-rare; en revanche presque toutes les rivières sont poissonneuses.

S III. Histoire, population, moeurs, etc. — Les pays qui forment aujourd'hui le département de Vaucluse étaient jadis occupés par les Cavaret au sud (Orange, Cavaillon et Avignon) , les Voconces au centre ( Vaison) , et les Méminiens au nord, sur les pentes méridionales du mont Venteux. Ces peuples furent d'abord alliés de Rome, et combattirent pour sa cause contre Annibal au passage du Rhône ; plus tard ils furent subjugués par Domitius OEnobarbus et Q. Fabius Maximus, déjà vainqueur des Allobroges-, des villes furent alors bâties, des routes ouvertes, et le pays devint, comme la Provence, romain de mœurs, de langue et de civilisation. Après avoir été ravagé par les barbares, il fut incorporé par les Bourguignons dans leur royaume; puis les Francs y pénétrèrent, et eurent pour successeurs les Lombards, qui furent chassés par le patrice Mummol , et ensuite les Sarrasins, que refoula Charles Martel (757). A l'époque du démembrement de l'empire de Charlemagne, Doson incorpora ces contrées dans son royaume d'Arles , qui bientôt se démembra lui-même ; alors le Venaissin et l'Avignonnais échurent aux comtes de Provence, et passèrent par mariage, au com-

meocement du douzième siècle, aux comtes de Toulouse, qui en prirent le titre de marquis de Provence. Ceux-ci les conservèrent pendant deux siècles ; mais à l'issue de la guerre des Albigeois, ils furent contraints de céder aux papes le comlat Venaissin (1229). Quant au comté d'Avignon, dont nous ferons l'histoire en décrivant la ville, il fut acquis aussi par les papes, 120 ans après, et alors les deux comtés eurent les mêmes destinées. Ils furent gouvernés par des légats, an nom des papes, et jouirent d'une grande paix , qui ne fut troublée que par les guerres religieuses, mais non d'une grande prospérité. Le pays, négligé par un souverain éloigné, administré par des prêtres, rempli à profusion de clergé et de couvents, habité par une population indolente, n'ayant enfin , quoique enclavé dans la France, que do médiocre* rapports de commerce avec les provinces voisines, était généralement pauvre, triste, misérable ; aussi sa réunion à la France était-elle désirée par là partie la plus éclairée de la population. Louis XIV et Louis XV, dans leurs querelles avec la cour de Rome , s'emparèrent plusieurs fois d'Avignon et du Comtat ; mais ils les restituèrent dès que ces querelles furent terminées , et le pays vivait en réalité sous le protectorat des fils ainés de l'Église.

Le contre-coup de la révolution de 1789 y amena des troubles sanglants, et la plus grande partie de la population demanda qu'on mît fin à l'existence anormale d'un pays géographiquement français, enclavé dans la France et obéissant a un maître étranger. La réunion fut décrétée par l'Assemblée constituante, le l'i septembre 1791; mais elle ne s'opéra pas sans trouble et sans résistance. La longue domination des papes, le long séjour d'une cour italienne, avaient exercé sur les mœurs do la population une influence dont les traces ne sont pas encore effacée s ; aussi la plupart des villes , principalement Avignon , témoignèrent une grande opposition à la république et à l'empire, et le retour des Bourbons fut salué par de sanglants excès : on sait qu'en 1815 le maréchal Brune fut assassiné à Avignon.

Les progrès de l'industrie et les bienfaits de la civilisation ont ôté au comtat Venaissin et au pays d'Avignon tout aspect clérical et étranger; mais il reste encore dans les habitudes et les sentiments de la population des marques de son existence ancienne , et , encore bien qu'elle ait de grandes analogies avec les populations voisines , des nuances qui l'en distinguent. On dit vulgairement que le Comladois est moins grossier que le Provençal, moins présomptueux que le Languedocien, moins fin que le Dauphinois; mais on le dit aussi moins franc, moins gai, moins poli que chacun de ces voisins. Il est d'ailleurs emporté , violent, aimant passionnément les plaisirs; il montre de l'aptitude pour toutes les carrières, et ne manque ni d'esprit d'invention ni de persévérance. Sa langue est un dialecte du provençal, qui a de la vivacité et de l'énergie.

§ IV. DÉPAnTEMENT DE VaUCI.USE. — STATISTIQUE , AGRICULTURE , COMMERCE, ETC. —

Ce département a été formé en 1791 du comtat Venaissin (180.877 liect.), de la principauté d'Orange (15,9!|1 hect.), et d'une partie de la Provence (134,166 hecL). Sa superficie totale est de 330,984 hectares. Sa population était, en 1801, de 191,621 habitants; en 1821, de 22M31 hab.; en 18^1, de 251.080 hab.; elle est aujourd'hui de 264,618 habitants.

11 a pour chef-lieu Avignon, et se divise en quatre arrondissements.

d'Avignon & cantons, 20 commîmes, 79,385

d'Api 5 — 60 — 56,916

de Carpentra* . . . 5 — 31 — 57,034

d'Orange 7 — 48 — 73,280

4 arrondissements 22 cantons, lio communes, 264,61»

Ce département forme le diocèse de l'archevêché d'Avignon, et renferme pour le culte calviniste une église consistoriale à Lourmarin. Il possède 4 tribunaux de première instance ressortissant à la cour impériale de INimes (le siège de la cour d'assises est à Carpentras) ; 2 tribunaux de commerce, à Avignon et à Pertuis; un lycée, à Avignon; 4 collèges, à Apt, Orange, Carpentras et Pertuis; une école normale primaire, à Avignon, et 278 écoles élémentaires, dont 175 communales. Il forme une subdivision de la 9* division militaire (Marseille).

Nous avons déjà vu que ce pays est montagneux et peu fertile : on estime qu'il contient 127.000 hectares de terres labourables, 5,000 de prés, 46,000 de vignes, 51,000 de bois, et 52,000 de landes, pâtis et bruyères. Nous avons indiqué ses principales richesses agricoles , et nous avons dit que les vers à soie et les abeilles donnaient de bons produits. Il faut ajouter qu'il y a dans le déparlement environ 1,500 têtes de gros bétail, 240,000 moutons, 43,000 porcs, 6,000 chèvres, 7,000 chevaux, 20,000 mulets et 7,000 ânes.

Les productions minérales sont abondantes, sans qu'il y ait de grandes richesses métalliques; on n'exploite guère que le fer, la houille et surtout le lignite, quelques carrières de grès, de pierre de taille et de plâtre ; on trouve aussi du jaspe , de la terre à creusets et à poterie, et quelques sources d'eaux minérales, dont les plus célèbres sont les eaux sulfureuses de Vacqueiras, d'Aurel et de Gigondas, les eaux séléniteuses de Velléron , etc.

Le département est principalement agricole , mais l'industrie manufacturière y est assez développée. Nous citerons en première ligne une fabrication qui distingue le déparlement de Vaucluse de tous les départements de la France : c'est celle de la garance, plante tinctoriale, dont la culture fut introduite dans le Comtat, en 1739, par un Arménien , Jean Allhcn , auquel Avignon a élevé une statue. Le produit annuel de la garance est d'environ 220,000 quintaux métriques , ayant une valeur de 25 millions : plus de la moitié est expédiée en Angleterre, en Allemagne , aux États-Unis, etc. Après la garance vient la fabrication des soieries et des velours, qui donne encore 18 millions de produits, mais qui est pourtant en décadence : elle se fait principalement à Avignon , Orange et Cavaillon. On trouve aussi d'importantes distilleries, des tanneries, papeteries, teintureries, faïenceries, tuileries, lamineries de cuivre et de plomb, ainsi que quelques fabriques d'étoffes de laine et de draps, de toiles, de produits chimiques, filatures de chanvre, blanchisseries de cire, etc.

11 y a dans le département de Vaucluse : une rivière navigable, le Rhône, sur 54 kilomètres; 4 routes impériales, sur 89 kil.; 13 routes départementales, sur 469 kil. ; 1,388 chemins vicinaux, sur 3,959 kil. ; en tout, 4,571 kilomètres de voies de communication.

S V. Département de Vaucluse. — Description des villes. — Avignon, chef-lieu du département, est aujourd'hui le siège d'un archevêché, et renferme des tribunaux

de première instance et de commerce, un lycée, une école normale primaire, une bourse et une chambre de commerce, un conseil de prud'hommes, une bibliothèque publique de 45,000 volumes, un muséum d'histoire naturelle, etc. ; sa population est de 35,890 habitants. Elle est agréablement située sur la rive gauche du Rhône, à l'extrémité d'une vaste et fertile plaine qui l'enveloppe de trois côtés , et en face de la ville de Villeneuve, à laquelle elle est jointe par un pont suspendu' ; elle est traversée par un bras de la Sorgue et par un canal dérivé de la Dtirance , sur lesquels se trouvent un grand nombre d'usines.

Avignon a la forme d'une vaste ellipse ; elle est bâtie sur un sol accidenté, et se termine au bord du fleuve par le rocher des Doms , coupé à pic , élevé de 55 mètres au-dessus du Rhône , que bordent de beaux quais ; elle est complètement ceinte de hautes murailles crénelées , flanquées de tours carrées et percées de belles portes. Ces murailles, remarquables par la légèreté et la délicatesse de leur architecture, bâties en pierres de taille, que le soleil du Midi a richement dorées, le rocher des Doins avec son escarpement sauvage, la masse lourde et gigantesque du palais des papes qui culmine ce rocher, le grand fleuve avec son vieux pont ruiné , qui n'a plus que quatre arches à demi cachées sous la mousse et les arbustes, le voisinage de Villeneuve perchée sur son coteau et qui ressemble à une relique féodale, tout cela donne à Avignon un aspect étrange : c'est une ville du moyen âge , qui semble sortir toute vivante du sein des siècles. Et cet aspect reste le même quand on pénètre dans la cité des papes , et qu'on y trouve des rues étroites, sinueuses, sombres, des maisons solides, bien bâties, silencieuses, de nombreuses églises, point de grandes places, peu de monuments modernes, une population rude, bruyante, superstitieuse.

Les monuments d'Avignon sont : le palais des Papes, bâti sur le revers méridional du rocher des Doms , espèce de forteresse où résidèrent les papes au quatorzième siècle et ensuite leurs vice-légats, et dont une partie est convertie en casernes; le Grand-Hôpital fondé en 1353; l'hôtel de ville reconstruit en 1847, et où l'on a conservé un beffroi, principale tour du palais Colonna bâti au quatorzième siècle; l'église cathédrale, bâtie dans les premiers temps du christianisme sur les débris d'un temple païen, détruite par les barbares et rebâtie par Cbarlemagne; elle est située au sommet du rocher des Doms , et l'on y monte par des rampes et un long escalier ; elle renferme le tombeau du pape Jean XXII et celui du brave Crillon ; l'église Saint-Agricol avec le tombeau de Mignard ; l'église Saint-Pierre , qui a un joli portail; l'église Saint-Martial, etc. On doit encore citer le musée Calvet, où l'on voit une belle collection de médailles et d'antiques; l'église du lycée, la chapelle de l'Oratoire, le jardin botanique, la nouvelle salle de spectacle construite en 1845, etc.

Avignon est une des principales villes manufacturières du midi de la France : autrefois elle fabriquait des soieries qui rivalisaient avec celles de Lyon, mais aujourd'hui celle industrie n'est plus que secondaire : elle est tombée de 8,000 métiers à 1,200. Ce qui distingue aujourd'hui cette ville , c'est qu'elle est le centre de la préparation de la garance. On y fait aussi commerce d'huiles, fruits, farines, etc.; c'est l'entrepôt île? denrées coloniales pour une partie du Languedoc et du Dauphiné.

• Voir page 77.

Avignon (Avenio) , dont l'origine est inconnue , fut longtemps la capitale des Cavare* Vers l'an 121 avant Jésus-Christ, elle passa sous la domination romaine , fit partie de la Narbonnaise et ensuite de la Viennoise. Plusieurs fois détruite ou ravagée par les barbares, elle appartenait aux Bourguignons en 650 , et leur roi Gondebaud y soutint un siège contre Clovis. Les Goths s'en emparèrent, puis les Francs , puis les Sarrasins , qui en furent deux fois expulsés par Charles Martel. Dans le démembrement de l'empire de Charlemagne , Doson la réunit à son royaume d'Arles. Mais ses successeurs ne surent pas la conserver ; elle fut dès lors disputée par divers seigneurs , principalement par les comtes de Toulouse et ceux de Forcalquier. Avignon profita de leurs querelles, et s'étant fait donner de nombreux privilèges par les empereurs d'Allemagne, héritiers nominaux du royaume d'Arles, elle se rendit entièrement indépendante, et, sous le titre de ville impériale , se gouverna par des consuls et comme les républiques italiennes , faisant néanmoins hommage aux comtes de Toulouse comme marquis de Provence. Elle embrassa l'hérésie albigeoise avec ardeur et se distingua dans la guerre par ses cruautés ; mais les querelles religieuses ayant amené l'anarchie dans la ville , on y mit un terme en abolissant les consuls et en les remplaçant par un podestat élu tous les ans , presque toujours étranger à la ville et investi d'un pouvoir dictatorial (1226). Ce changement fut principalement fait pour permettre à la ville, excommuniée depuis douze ans, de résister à une armée française qui se dirigeait contre elle et que commandait le roi Louis VIII. Le siège dura trois mois : malgré l'énergie de» Avignonnais, malgré les secours que lui amena le comte de Toulouse, Avignon fut forcée de se rendre ; on massacra la garnison , on rançonna les habitants , on détruisit les murailles avec trois cents maisons garnies de tours. Le comté de Provence étant tombé aux mains de Charles d'Anjou, frère de saint Louis, celui-ci prétendit des droits sur Avignon, qui avait repris son indépendance; il en fit le siège (1252), la soumit et abolit ses libertés. Dès lors celte ville resta pendant près d'un siècle la proc riété des comtes de Provence, devenus rois de Naples.

En 1306, le pape Clément V, qui avait acheté de Philippe le Bel son élection au trône pontifical , répudia le séjour de Rome et vint s'installer à Avignon. Ses successeurs, au nombre de sept, tous Français, tous nés dans le midi de la France, l'imitèrent pendant soixante-dix ans. Le premier de ces successeurs fut Jean XII , qui commença à faire bâtir le château des papes; le deuxième fut Benoit XII, qui continua celte œuvre ; le troisième, Clément VI , qui , en 1368 , acheta de la fameuse Jeanne de Naples la possession d'Avignon. Alors le comté de ce nom et le comtat Venaissin , que les papes avaient acquis par la guerre des Albigeois, se trouvèrent tous deux entre leurs mains et y sont restés jusqu'en 1790. Le septième des papes d'Avignon étant retourné à Rome, où il mourut, il se fit une double élection qui amena le grand schisme d'Occident. Les papes dits Français continuèrent à demeurer à Avignon. Quand le schisme fut terminé , Avignon et le Comtat furent gouvernés au nom des papes par des légats, et nous avons dit ailleurs leur histoire.

Avignon est le lieu de naissance de Crillon , l'ami de Henri IV, du chevalier de Folard, du marquis de Fortia d'Urban , des abbés Poulie et de Boulogne, de Joseph Vernet, etc.

Apt, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal civil, un collège et 5,770 habitants, est une jolie ville, située sur la rive gauche du Calavon, dans une belle et large

vallée bordée de vignes el d'oliviers. Elle est assez propre et bien bâtie, et a de vieilles murailles bien conservées, qui sont d'origine romaine et ont été reconstruites au dixième et au quatorzième siècle. On y remarque une belle église gothique, qui est, ainsi que l'ancien cimetière, classée parmi les monuments historiques. A & kilomètres de la ville, se trouve le pont Julien, d'une seule arche, jeté sur le Calavon par les Romains.

Apt fait le commerce de vins, fruits, miel, bestiaux, bougies; elle fabrique de la faïence renommée. Celte ville, l'une des plus anciennes de la Gaule, était la capitale des Valgienles; les Romains la détruisirent, mais César, qui trouva sa position avantageuse, la fit rebâtir et lui donna le nom d'Apta Julia. Elle fut dévastée par les Lombards et les Sarrasins. Les protestants l'assiégèrent vainement dans le seizième siècle. C'était le siège d'un évêché.

Orange, chef-lieu d'arrondissement, possède un tribunal de première instance, un collège , un conseil de prud'hommes, une bibliothèque publique , etc. Sa population est d'environ 10,000 habitants. Elle fait le commerce de soies, laine, safran, huile, vins spiritueux, eaux-de-vie, truffes, garance. On y trouve de nombreuses filatures de soie , des moulins à ouvrer les soies et des fabriques de garance.

C'est une très-ancienne ville située au centre d'une belle plaine formée de terrains d'alluvion modernes , et arrosée par des dérivations de l'Aigues ; elle est généralement bien bâtie, mais mal percée; ses rues sont étroites, mais propres, el ornées de belles fontaines. Les restes de ses anciens monuments témoignent suffisamment de son importance et de sa splendeur antiques. Ces monuments sont : l'arc de triomphe, de 20 mètres de hauteur, connu sous le nom d'arc de Marius, situé à l'entrée de la ville, sur la roule de Marseille à Lyon; le théâtre, magnifique construction romaine dont la façade septentrionale, encore presque intacte, a 34 mètres de haut sur 102 mètres de longueur et .1 mètres d'épaisseur; un mur semi-circulaire juxtaposé au théâtre , débris d'un hippodrome dont il reste la porte triomphale et un portique extérieur. On voit encore à Orange une grande muraille, très-bien conservée, improprement appelée le Cirque, qui faisait partie d'un théâtre, et qui a 100 mètres de long sur 4 mètres de large et 36 de haut.

Au temps des Gaulois, Orange n'était qu'une bourgade du pays des Cavares. Conquise par Jules César, elle reçut des Romains le nom à'Armuio Cavarum. Elle devint une des plus riches cités de la Gaule narbonnaise, et c'est de cette époque que datent ses monuments et les canaux qui y amènent les eaux de l'Aigues. Elle était alors bien plus vaste et plus populeuse que la ville acluellc , couvrait le flanc de la colline au pied de laquelle celle-ci est située, et avait une enceinte fortifiée. Elle fut assiégée et pillée par les Alamans et les Visigolhs, comprise dans le royaume des Bourguignons et dans la Bourgogne mérovingienne , saccagée par les Sarrasins , qui l'occupèrent pendant un demi-siècle. Boson l'incorpora dans son royaume d'Arles. Ce royaume ayant été démembré en plusieurs seigneuries, la principauté d'Orange, qui s'étendait alors, sur les deux rives du Rhône, dans le Dauphiné et le Languedoc, tomba successivement à quatre familles : les Adhémar, qui la possédèrent jusqu'au douzième siècle ; les Baux , qui la possédèrent jusqu'en 1 365 ; la maison de Châlons , qui la posséda jusqu'en 1530; enfin la maison de Nassau. Sous celte nouvelle dynastie,

Orange , qui avait décru d'importance et de population pendant les guerres féodales , se trouva mêlée aux guerres de religion. Les catholiques la saccagèrent en 1562, les calvinistes en 1563; les princes de Nassau en furent chassés plusieurs fois. Le dernier des seigneurs d'Orange fut ce rival de Louis XIV, qui devint roi d'Angleterre sous le nom de Guillaume III. Le roi de France profila de sa lutte avec ce prince pour s'emparer de la principauté d'Orange, qui n'avait plus que 16 kilomètres de long sur 12 de large, et la possession lui en fut confirmée par le traité d'Utrecht.

Carpentrat, chef-lieu d'arrondissement, possède un tribunal de première instance, un collège, une bibliothèque de 25,000 volumes, un musée d'antiquités. Sa population est de 11,000 habitants.

C'est une ville ancienne , assise au pied du mont Ventoux , près de la rive gauche de l'Auzon, dans une belle situation, au milieu d'un pays très-pi Itoresque; elle est entourée d'une enceinte de vieilles murailles flanquées de tours et percées symétriquement de quatre portes; les maisons y sont généralement bien bâties, mais les rues sont étroites et tortueuses. Autour de l'enceinte règne une largo esplanade servant de boulevard , et au delà du boulevard s'étendent les faubourgs , propres et bien peuplés. On remarque à Carpentras la cathédrale , bel édifice gothique dont le portail est surmonté d'un clocher qui date du temps de Charlemagne; l'ancien palais épiscopal, transformé aujourd'hui en palais de justice, et qui a dans l'une de ses cours les restes d'un bel arc de triomphe ; l'hôpital , construit en 1751 ; l'hôtel de ville ; enfin l'aqueduc, de 10 kilomètres, construit par Clément V, qui alimente les fontaines de la ville et traverse la vallée de l'Auzon sur une longueur de 850 mètres. Cette ville fait le commerce des soies, du safran, et possède des fabriques d'eau-de-vie, de vitriol et de savons , des tanneries , des moulins à garance , une filature de coton , etc.

Carpentras est sans doute l'ancienne Alpentoracte des Méininiens, l'une des métropoles du culte druidique. Tibérius Néron , lieutenant de César, y fonda une colonie qui de lui s'appela Forum Neronis; des roules furent percées à l'entour, le commerce y afflua bientôt, et la ville s'embellit de monuments. Elle fit partie de la Viennoise sous Honorius ; mais sa splendeur s'évanouit dans les invasions des barbares ; tour à tour les Goths et les Vandales, les Francs, les Lombards, les Sarrasins s'en emparèrent et la saccagèrent; malgré les efforts tentés chaque fois pour la relever, sa décadence fut complète, et de ses monuments romains il ne reste plus qu'un arc de triomphe et quelques pierres de ses remparts. Après le démembrement de l'empire de Charlemagne, Carpentras et le comtat Venaissin, dont elle était devenue la capitale, firent partie du royaume d'Arles, fondé par Boson, puis passèrent dans la maison des comtes de Provence, et par mariage dans celle des comtes de Toulouse. Nous avons vu plus haut quelles furent les destinées de la ville et du pays.

Cavailbn est une ancienne ville de 7,500 habitants, située sur la rive droite de la Durance , dans une contrée délicieuse , et d'une fertilité remarquable ; c'est d'ailleurs une ville sale, mal bâtie et mal percée, qui, avant 1789, était entourée de remparts actuellement détruits. Les seuls édifices qui attirent l'attention sont : la cathédrale qui date des douzième et treizième siècles; l'hôtel de ville et les débris d'un arc de triomphe à moitié enseveli. On y trouve des moulins à garance, à huile et à soie , des martinets à chaudron , des fabriques de vermicelle. Son territoire est renommé jjour tome ir. 18

ses fruits et ses légumes, qu'on expédie au loin. — Cavaillon est l'ancienne Cabellio, que Pline range au nombre des villes latines; elle occupa d'abord le sommet de la montagne dite de Caveau, où l'on voit encore des ruines, et au pied de laquelle elle ful reconstruite sous les Romains.

Vaucluse est un village de h à 500 habitants, placé dans une situation des plus pittoresques, au pied de la montagne de son nom, sur la rive droite de la Sorguc , à 2 kilomètres de la fontaine de Vaucluse. Il était jadis très-renommé pour son église de Saint- Véran, qui était en grande vénération dans le pays; on n'y remarque aujourd'hui que les ruines d'un vieux château bâti au sommet d'un roc, et qui fut la résidence des évéques de Cavaillon , seigneurs de Vaucluse.

Près de ce village se trouve la fameuse fontaine que le séjour et les chants de Pétrarque ont immortalisée, et qui est en effet l'une des plus belles de la France; elle est au fond d'une gorge creusée dans le contre-fort entre Ncsque et Calavon. On y arrive par une jolie vallée bordée de rochers, où serpente la Sorgue, qui y forme plusieurs îles et alimente plusieurs usines. En amont du village de Vaucluse , la valide se resserre; c'est alors un affreux défilé, se terminant tout à coup à une vaste roche escarpée et rougeàtre, sous laquelle on aperçoit un gouffre béant d'où s'échappent avec fracas les eaux de la fontaine. Celles-ci tombent d'abord en cascade et vont former bientôt le cours impétueux de la Sorgue.

Sortjue, petite ville murée de 3,200 habitants, se fait remarquer par quelques antiquités, son ancien pont de quatre -arclies sur la Sorgue, deux tours qui ont jadis fait partie d'un château des papes, enfin et surtout par la beauté grecque de ses habitants. -.1 s'y trouve des papeteries et nies fabriques de garance, dont les produits forment, avec les eaux-de-vic, les principales branches d'un commerce assez actif.

V/sle est une jolie ville de plus de 0,000 habitants, située dans une île de la Sorgue; on y trouv e des filatures hydrauliques de laine, des fabriques de couvertures et de draps communs , et l'on y fait le commerce de soie. Aux environs on cultive la garance.

Vinasque est aujourd'hui une chélive bourgade de l'arrondissement de Carpentras, et qui renferme au plus 1,000 habitants. Elle est située sur la rive gauche de la Nesque , et a eu jadis une certaine importance. Elle a donné , on ne sait pourquoi , au comtat Venaissin son nom, qu'elle doit elle-même, dit-on, à un ancien temple de Vénus dont on voit encore les fondations et les débris de quelques colonnes.

Sault est une petite ville de 3,0.00 âmes environ, située dans la vallée de même nom , près de la rive droite de la Nesque. On élève beaucoup d'aboilles sur son territoire. C'était jadis le chef-lieu d'un comté, l'un des plus considérables de la Provence, et duquel dépendaient Sisteron, Reillane et plusieurs vallées.

Marnas est un bourg de 1,700 âmes, situé près de la rive gauche du Lez et adossé à une haute falaise que couronnent les ruines d'une forteresse célèbre dans les guerres religieuses. Il date du temps des Romains, et a eu dans le moyen âge une grande importance.

l'ahon est une ville ancienne de plus de 3,000 habitants, bâtie en pente sur un rocher escarpé que domine un château fort, non loin de la rive gauche de l'Ouvèze; ses rues sont étroites et tortueuses; on y admire l'église, classée parmi les monuments historiques.

DAUPHINÉ

En face de Vaison , sur l'autre rive de l'Ouvèze , se trouvait Vasio, la capitale des Vocontii. Sur le territoire de cette cité , célèbre par la résistance qu'elle fit aux Romains, on a trouvé de nombreuses antiquités : les restes d'un pont d'une seule arche, d'un quai de 300 mètres de long, d'un cirque, d'un temple de Diane, d'un aqueduc, etc. Vasio fut presque entièrement détruite par les barbares; elle redevint florissante dans le dixième siècle, mais ayant refusé de reconnaître le comte de Toulouse Raymond IV, celui-ci la livra aux flammes; de cette époque date la ville actuelle, que les habitants allèrent bâtir en face de l'ancienne.

Mérindol, village de 7 à 800 habitants, situé dans l'arrondissement d'Apt, était habité, ainsi que Cabrièret et trente autres villages, dans le seizième siècle, par des Vaudois. Le parlement d'Aix ayant rendu un arrêt contre eux , le président d'Oppède et l'avocat général Guérin rassemblèrent 7 à 8,000 hommes et entrèrent dans le canton des Vaudois. Mérindol fut abandonné, Cabrières essaya de résister et fut détruit; vingt-trois autres villages furent brûlés, trois mille Vaudois massacrés; un plus grand nombre périt sur les bûchers; le reste mourut de misère dans les montagnes.

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