CHAPITRE DIXIÈME
DAUPHINÉ. — DÉPARTEMENTS DE L'iSERE, DE LA DRÔMF. ET DES HAUTF.S-Al.rr.S.
§ I. Aspect général et subdivisions. — Nous entrons dans une province qui diffère, sinon physiquement au moins politiquement, de celles que nous venons de parcourir. Elle est assise , comme la Provence, sur les contre-forts des Alpes; elle a presque le ciel, le climat, le sol, les produits de cette province; elle sert, comme elle, de frontière à la France; elle est constituée comme elle et mieux qu'elle pour rêver, chercher, garder son indépendance , car elle est entourée de deux côtés par le fossé du Rhône . elle s'appuie en arrière sur la grande chaîne des Alpes , elle est hérissée de montagnes qu'aucune route ne traverse, qu'aucune armée n'a osé franchir. Cependant il n'est pas de province plus profondément , plus séculai renient française : sa réunion à la France a été pacifique et volontaire ; ses villes n'ont jamais été conquises et ravagées par des mains françaises ; elle n'a pris part à aucune des révoltes du Midi contre les rois de Fiance; elle a défendu héroïquement son sol contre toutes les invasions étrangères; elle n'a jamais montré contre le Nord ces sentiments hostiles qui ont engendré tant de troubles; enfin, dans les circonstances les plus difficiles, elle s'est constamment distinguée par les sacriûces qu'elle a faits pour la patrie commune. L'explication de ces faits est dans la race qui habite le Dauphiné ; les éléments ibérique , ligure ou grec , que nous avons vus dominer dans les provinces des Pyrénées et de la Méditerranée, ont perdu leur puissance : c'est l'élément celtique qui règne dans le pays des Allobroges; nous approchons des contrées voisines du grand plateau gaulois; le patois qu'on parle dans le Dauphiné dérive moins du provençal que du celtique; enfin mus sommes dans une de ces provinces de l'est qui se sont toujours montrées, quelle que soit l'époque de leur annexion, heureuses ou glorieuses d'être françaises. Ajoutons qu'un
courant très-vif d'idées et de sentiments français arrive dans le Dauphiné par Lyon , qui est, comme nous le verrons tout à l'heure, la grande porte de celte province.
Le Dauphiné était borné au nord par la Bresse , à l'ouest par le Lyonnais et par le Vivarais, au sud par le comtat Venaissin et la Provence, à l'est par le Piémont et la Savoie. Ses limites étaient naturelles au nord et à l'ouest, où le Rhône traçait sa frontière depuis le confluent du Guiers jusqu'à Lyon, et depuis Lyon jusqu'à la Palud ; au sud , c'était une ligne conventionnelle que nous avons déjà indiquée soit pour le comtat Venaissin soit pour la Provence ; quant à la limite orientale, elle était en partie naturelle , en partie conventionnelle , et suivait d'abord la crête des Alpes Maritimes et Coltiennes depuis la montagne de Saint- Véran jusqu'au mont Viso, et depuis le mont Viso jusqu'au mont Tabor ; do là elle suivait le contre-fort des Alpes dites de Maurienne, ligne de séparation entre les vallées de l'Arc et de la Romanche, coupait ITsère entre Fort-Barraux (France) et Montmélian (Savoie) , puis atteignait le cours du Guiers, qu'elle descendait jusqu'à son confluent avec le Rhône. Le Dauphiné formait ainsi une espèce de grand triangle dont le sommet était vers Lyon, et dont la base s'appuyait sur le Comtat et la Provence. Il avait environ 185 kilomètres de longueur entre Sainl-Sorlin et Nyons, et 150 kilomètres environ de largeur entre Valence et les Alpes; ce qui donne une superficie d'environ 12,540 kilomètres carrés.
Grenoble était sa capitale, et il se divisait physiquement en haut et bas pays. Le premier occupait toute la partie orientale de la province , et comprenait les petits pays du Graisivaudan , de VOysans, du Champsaur, du Vercorps, du Royanez, du Diois, du Gapençois, de VEmbrunois et du Briançonnois , situés dans les montagnes des Alpes et dans leurs contre-forts. Le second, formé de la région occidentale, comprenait le Viennois, le haut et bas Valentinois, les Baronies et le Tricastinois , situés dans les plaines.
Le Dauphiné forme aujourd'hui les trois départements de l'Isère, de la Drôme et des Hautes- Alpes.
§ IL Description physique. — Orographie. — La charpente orographique du Dauphiné est formée : 1° par les Alpes Maritimes et Coltiennes, dont la crête limite en partie cette province, et qui lui jettent le vaste contre-fort des Alpes du Dauphiné; 2" par un conlre-fort des Alpes Grées, dit Alpes de Savoie, dont le Dauphiné possède les dernières ramifications entre l'Isère et le Rhône.
1. Aljtes Maritimes, Coltiennes et du Dauphiné. — Nous avons vu dans la description de la Provence (page 88) que de toute la chaîne des Alpes occidentales une partie seulement, celle qui va du mont Pelouze, près des sources du Var, au mont Tabor, source de la Doria-Riparia , est française par son versant occidental ; nous avons vu aussi que, du mont Pelouze au mont Saint- Véran , cette chaîne formait la frontière de la Provence; c'est à cette dernière montagne que commence la frontière du Dauphiné, qui se compose ainsi de l'extrémité tout à fait septentrionale des Alpes Maritimes et de toute la partie méridionale des Alpes Cottiennes.
De la montagne de Saint- Véran la crête se dirige au nord par le col d'Agntllo (3,245 m.), pratiqué sur le flanc méridional du mont Viso, et allant de Queyras sur la Durancc à Caslol-Delfino sur la Vraita. Au delà de ce col s'élève le mont l/ito (3,836 m.), origine des Alpes Cottiennes. La crête continue à se diriger au nord
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1/it
jusqu'aux sources du Clusone, el se trouve ouverte par le col d'Abriès, or.tre Mont- Dauphin et Pignerol. Au col de Bondourct (d'Abriès à Fénestrelle) , elle incline ou nord-ouest, passe au col des Thures (de Queyras à Cézane) , forme dans la montagne de Gondran un saillant vers la France entre Briançon et Queyras, pUjs remontant au nord atteint le mont Gcnivre (3,592 m.), sur le flanc duquel, à une hauteur de 1,974 mètres, passe la route de Briançon à Suze, dans un col qui appartient par moitié à la France et au Piémont, et qui fut traversé par Charles VIII dans son expédition en Italie. Au nord du mont Genèvre, la crête forme encore le col de la Muletière (de Briançon à Exilles) , puis tourne fortement au nord-ouest jusqu'au mont Tabor (3,172 m.), où la frontière de France quitte les Alpes Colliennes. A partir de ce point, qui termine un saillant très-accusé vers l'ouest, la chaîne des grandes Alpes se recourbe à l'est pour atteindre le mont Cents (2,065 m.), où passe la route de Lyon à Turin, et où commencent les Alpes Grées, qui de là, par le mont Iseran (<i,0ii5 m.) et le Petil-Saint-Bernard (2,192 m.), remontent au nord jusqu'au mont Blanc (4,795 m.). Nous en retrouverons la description en Italie.
La crête que nous venons de décrire présente tous les caractères des grandes chaînes : neiges perpétuelles, glaciers, épaisseur et enchevêtrement des bases, difficulté et rareté des passages, etc. Les montagnes dont elle se compose sont généralement formées de terrain jurassique , qui se prolonge au loin d'une manière assez continue dans le Dauphiné , dont il constitue presque à lui seul toute la partie orientale.
De celle chaîne se détachent dans le Dauphiné plusieurs contre-forts qui renferment les montagnes les plus hautes et les plus intéressantes de la France :
1" Le contre-fort entre Guil et Ubaye , dont nous avons déjà parlé comme séparant la Provence du Dauphiné et le département des Basses-Alpes de celui des Hautes- Alpes; il n'appartient donc à ce dernier département que par son revers septentrional, et, comme nous l'avons vu, il court de l'est à l'ouest à partir de la montagne de Saint-Véran. On y trouve successivement : la montagne de Vars avec le col du même nom (2,113 m.), route d'Embrun ou de Mont-Dauphin, par les vallées du Crévoux ou du Chagne sur Saint-Paul dans la vallée de l' Ubaye; la montagne du Crochet, le mont Parpaillou (2,722 m.), et le Juug de l'Aigle (2,356 m.) dans la montagne de Pontis. Toute cette chaîne est formée de terrains crétacés supérieurs, qui , interrompus un instant par la vallée de Barcelonnette , reparaissent en Provence, et se prolongent au sud par Allos et Golmars vers Entrevaux le long du versant occidental des Alpes de Provence entre Var et Verdon.
2* Le contre-fort entre Guil et Durance, qui se détache du col des Thures (Alpes Cottiennes) , court au sud-ouest avec le mont Soulier, au sud duquel se trouvent les deux mauvais cols d'Hizoard et des Hages, menant dans la vallée de Qiieyras, et se termine au nord-est de Mont-Dauphin par la montagne de Furfande.
3° Le contre-fort des Alpes du Dauphiné, qui se détache à l'est du mont Tabor, court un instant à l'ouest avec les monts de V Aiguille-Noire (3,200 m.) et du Galibier. Au col de ce nom (2,790 m.) , il tourne au sud en séparant la haute Durance des vallées de la Romanche et du Drac et renferme, dans cette partie, les points culminants de la France, ses plus vastes glaciers, ses gorges les plus sauvages. On y trouve :
1° la montagne du iAutaret, au sud de laquelle est le col du même nom (2,093 m.), que traverse la route de Grenoble à Briançon par les vallées de la Romanche et de la Guisanne; 2° la montagne de YArtine (4,105 m.) et le mont Galion de la Grave (3,800 m.) aux sources de la Romanche, et d'où se détache à gauche, entre la Romanche et le Vençon, un épais contre-fort qui se termine au-dessus de Bourg d'Oysans par la haute montagne de Lens; 3° le Pelvoux de Vallouise avec ses vastes glaciers, qui a 6,097 mètres de hauteur, et la montagne de Bonvouin (2,109 m.), qui lance au nord-ouest un vaste massif où culmine le mont Olan (4,212 m.), et d'où se détachent : au nord , entre la Bonne et le Vençon, le chaînon du mont de la Mutelte, du Rochaii et de Pàrimont, qui s'épanouit sur le Drac et la Romanche, entre la Mure, Vizille et Bourg d'Oysans; à l'ouest, entre la Bonne et la Sevraisse, le chaînon où se trouvent le roc du Diable et le mont Aiguille au nord de Corps; enfin, au sud-ouest, entre la Sevraisse et le Drac, le rameau qui contient la montagne de VOurs (2,132 m.) et celle de Chaillot le Vieux (3321 in.), au nord de la Motte en Champsaur et en face de Saint-Bonnet.
Tout ce massif des Alpes du Dauphiné, entre la haute Durance, le Drac et la Romanche, est formé de rochers granitiques qui se continuent par une zone de terrains primitifs sur l'autre rive de la Romanche , et constituent le pays d'Oysans. Leur versant méridional est généralement nu, chauve, décharné; leur versant septentrional est couvert de forêts; leurs lianes sont, dans l'été, couverts des plus beaux pâturages, de chalets, de laiteries, de cabanes qui ne sont habitées que pendant la belle saison, et de nombreux troupeaux qui y trouvent une nourriture succulente.
Au sud de Bonvoisin, les Alpes du Dauphiné se continuent dans la même direction par iê mont Chirac* (2,097 m.), où le Drac a sa source, et le roc Blanc, qui envoie h l'est vers Mont-Dauphin le contre-fort de la montagne de Rocheclaire ; la crête se recourbe alors à l'ouest entre la moyenne Durance et le Drac supérieur; elle est déjà moins élevée, et se compose, surtout sur le versant occidental, ùe terrains crétacés supérieurs. On y remarque les montagnes de Mow/ret et de la Diablée, puis la crête des Bartes au nord de ('.!, »rge>; à l'extrémité occidentale de celte crête se trouve la seule route importante qui traverse cette partie des Alpes du Dauphiné, à savoir celle de (iap à Grenoble par le col du Noyer (1,653 m.) et Saint- Bonnet.
Les Alpes du Dauphiné, après avoir lancé au nord le mont Faraux (2,450 m.)f entre la Salouaze et le Drac, se relèvent dans le mont Obiou (2,912 m.), qui jette un autre rameau septentrional entre la Salouaze et l'Ebron ; elles continuent à remonter vers le nord-ouest par la montagne de Bourbon, et atteignent le mont Toussièrc à l'extrémité occidentale du bassin du Buech. De là, elles reprennent leur direction au sud , courent entre le Buech et la Durance d'une part, d'autre part entre la Drôme et l'Aigues, diminuent d'élévation, sont traversées par la route de Gap à Pont-Saint- Esprit , enfin par les monts Bue et Chamouze, vont sur la limite du Comtat et de la Provence s'épanouir en formant des montagnes que nous avons déjà décrites dans la Provence et le comtat Venaissin, celles de Lvre au nord de Forcalquier, la masse du mont Venloux entre l'Ouvèze et la Sorgue, les monts Leberon entre le Calavon et la Durance , etc.
Nous avons jusqu'ici, chemin faisant, indiqué les contre-forts courts et peu impor-
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tants qui s'appuient aux Alpes du Dauphiné; mais il en est trois beaucoup plus remarquables et étendus sur lesquels nous devons donner plus de détails.
1° Du col de Galibier (2,676 m.) se détache une chaîne très-considérable, qui, ;i partir du mont Tabor, est connue sous le nom d'Alpet de Maurienne, entre l'Arc et la Romanche. Elle court d'abord au nord-ouest par le col de Cestières, puis, à la montagne des Troit-Elliont (3,882 m.), se redresse au nord le long de l'Arc avec la chaîne des Grandes Routas (3,0*1 m.), sur la rive gauche de l'Olle. Au delà des sources de cet affluent de la Romanche , la chaîne se bifurque : une branche se prolonge au nord par les glaciers du Grand GUzin et les rocs du Grand Charnier (2,808 m.) vers les sources du Bréda, jusque vers Aiguebelle , près du confluent de l'Arc et de l'Isère; une autre branche descend au nord, entre les sources de l'Olle et celles du Bréda, et longe l'Isère depuis Pontcharra jusqu'au confluent du Drac; on y remarque, sur la rive gauche du bassin du Bréda, les montagnes d'Allevard et de la Coche avec le passage de ce nom (2,091 m.), allant de Gonecin (Isère) à Allemont sur l'Olle; et, sur la rive droite de l'Olle, le pic de Belladone (2,982 m.), les montagnes minérales d'AlUmont, et enfin le mont Chalanche, dont les ramifications terminent au sud la plaine de Grenoble.
La crête des Alpes de Maurienne foiine la limite entre la France et la Savoie : ces montagnes sont si âpres, si épaisses, tellement remplies de pics, de glaciers et de précipices, qu'il a été impossible d'établir une route à travers la chaîne, et que les communications entre le Dauphiné et la Maurienne ne se font que par la vallée de l'Isère. Elies sont presque exclusivement formées de granit, dont la masse constitue une longue et étroite bande courant du sud-ouest au nord-est , depuis la Mure sur le Drac jusqu'à Aiguebelle sur l'Isère , et se continuant même sur l'autre rive de l'Isère ; toutefois le bas des pentes qui appartiennent au Graisivaudan est formé de terrains jurassiques.
2° Du mont Tou&sière vers les sources opposées du Buech (Durancc) , de l'Ébron (Drac) , du Bez (Drôme), se détache au nord-ouest un contre-fort qui court entre la Drôme et l'Isère, et à la hauteur de Die se bifurque; l'une des branches court au nord en limitant le bassin du Drac, et renferme le Grand l'ehernont (2,3/iG m.), le Mowliero, et à l'extrémité tout à fait septentrionale la montagne de Sauenage; l'autre branche tourne a l'ouest, achevant de séparer la Drôme de l'Isère ; elle a pour point culminant le mont Embel (1,462 m.) au nord-ouest de Die, au delà duquel elle se termine par une chaîne dirigée du nord au sud parallèlement au Rhône , et terminée à ses deux extrémités par le mont Penei (731 m.) au sud-ouest de Saint-Jean de Royan , et par le mont Paye (780 m.), au nord de Crest. Toute cette chaîne, depuis la montagne de Dourbon et le mont Toussièrc jusqu'au mont Embel , ainsi que ses contre-forts septentrionaux entre Drac et Isère , est formée de terrains crétacés inférieurs.
3° Vers les sources de la Drôme se détache des Alpes du Dauphiné un contre-fort qui court entre la Drôme et l'Aigucs. Il a 1,500 mètres de hauteur moyenne, et l'on y remarque le mont Volvent, nœud de montagnes d'où découlent le Lez, le Jabron, le Roubion. Là il se bifurque : la branche méridionale court vers Nyons , et sépare le Lez de l'Aigues; l'autre branche remonte au nord-ouest avec le mont Couspau, et, entre le Roubion et les affluents de la Drôme se prolonge au sud de Crest jusque vers le Rhône.
11. Alpes de Savoie. — Cette chaîne n'appartient à la France et au Dauphiné que par l'extrémité d'un de ses contre-forts, qui, sous le nom de Bauges, s'en détache au col du Bonhomme, entre les vallées de l'Arve et du Fier d'une part, d'autre part la vallée de l'Isère, et atteint la frontière française au nord de Fort-Barraux. L'une de ces ramifications, sous le nom de montagnes de la Grande Chartreuse, forme un massif sauvage de terrain crétacé inférieur, bordé d'une lisière de terrain jurassique dans la vallée du Graisivaudan , et comprenant les deux vallées supérieures du Guiers , celles du Guiers vif et du Guiers mort. Leur hauteur n'a pas moins de 2,000 mètres; elles sont coupées en Savoie par la route de Lyon à Turin passant par Chambéry, et en France, par la route de Grenoble a Chambéry , qui remonte la rive droite de l'Isère. Les montagnes de la Grande Chartreuse se dirigent au nord-ouest entre l'Isère et le Rhône, ou plus exactement entre la Bourbre et les petits cours d'eau que reçoit le Rhône depuis Lyon jusqu'au confluent de l'Isère; elles se composent alors tantôt de collines sablonneuses, tantôt de petits plateaux jurassiques, qui ont de k à 500 mètres de hauteur, et d'où sortent les petits cours d'eau dont nous venons de parler.
§ III. HvunocRAi'uiE. — Le Dauphiné appartient entièrement au bassin du Rhône (rive gauche), il est peu de pays aussi bien arrosés, car de ses nombreuses montagnes sortent une infinité de cours d'eau qui le sillonnent dans toutes les directions ; mais tous ces cours d'eau sont des torrents ; un seul , avec le Rhône , est navigable ; tous sont fameux par leurs inondations, leurs ravages, les terres qu'ils enlèvent à l'agriculture, et ils finiront par reudre entièrement inhabitables les hautes vallées des Alpes.
Le roi de tous ces cours d'eaux , et qui a aussi les allures impétueuses et trop souvent la fougue désordonnée des torrents, c'est le Rhône, qui enveloppe magnifiquement le Dauphiné. Après avoir, à sa sortie du lac de Genève , coulé du nord au sud en servant de limito naturelle entre la Savoie et la France , il pénètre dans ce dernier pays au confluent du Guiers. Depuis ce point jusqu'au-dessus de la Palud, c'est-à-dire pendant environ 300 kilomètres, il sépare les départements de l'Isère et de la Drôme de ceux de l'Ain, du Rhône, de la Loire et de l'Ardèche. Il remonte d'abord du sud-est au nord-ouest entre deux ceintures de roches calcaires , et n'arrose sur la rive gauche que des lieux sans importance , comme Quirieu, Vertrieux , etc. ; il continue à être longé à gauche par des roches de même nature, redescend au sud-ouest jusqu'au confluent de la Rourbre; puis, se redressant directement à l'ouest, il coule en plaine en formant de nombreuses lies, et en ayant ses escarpements seulement à la rive droite: c'e^ ainsi qu'il arrive à Lyon , dont il traverse la partie méridionale.
Au sortir de cette ville, il tourne brusquement à angle droit dans le prolongement du cours de la Saône, et conserve cette direction jusqu'à ses embouchures. Il est large, impétueux, terrible, serré sur sa droite par les Cévennes, qui ne lui envoient que des torrents, et sur sa gauche par les rameaux détachés des Alpes qui viennent mourir sur son cours. Ses eaux sont troubles mais saines; leur vitesse minimum est de im50 , et dans les grandes eaux de (T50 ; ses inondations sont redoutables. Il passe ainsi sur la rive gauche à Vienne, à Saint-Maurice, près d'Albon, à Saint- Vallier et à Tain dans le département de l'Isère; à Valence, à Chàteauneuf du Rhône, à Donzèrc et près de Pierrclatle dans le département de la Drôme, puis il sort du Dauphiné.
Comme nous l'avons déjà dit ailleurs, le Rhône change souvent de lit, et entraim-
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avec lui des masses considérables de sable , ce qui , joint à l'extrême rapidité de son cours, en rend la navigation difficile sinon dangereuse.
Affluents du Mène. — • I. Le Guiers descend du massif de la Grande-Chartreuse au nord de Grenoble par deux sources qui se précipitent avec fracas du haut des rochers où elles prennent naissance, et roulent dans des gorges profondes et des précipices au milieu d'affreuses montagnes. Le bras méridional, ou Guiers-mort, naît au mont Vacheux, court d'abord du sud-est au nord-ouest , passe à Saint-Pierre, où il reçoit à droite les eaux du torrent qui vient de la Grande-Chartreuse, et va se joindre au bras septentrional. Celui-ci, ou le Guiers-vif, sort de la montagne du Haut-du-Seuil, coule du sud au nord jusqu'à Saint-Pierre-d' Entremont, tourne à l'ouest entre la Savoie et le département de l'Isère, et arrose les Échelles, premier poste de la Savoie sur la route de Lyon à Turin par Chambéry.
Un peu en aval des Échelles, les deux sources se réunissent; le Guiers se redresse alors au nord-ouest, et garde cette direction jusqu'à son confluent ; il continue à couler dans des gorges profondes, .et à former la limite entre la France et la Savoie, étant longé à droite par la route de Lyon; il arrive à Pont-de-Beauvoisin, premier poste français, et finit un peu au-dessous de Saint-Génis (Savoie), après un cours de 60 kilomètres environ, dont &5 servent de frontière à la France. Celte rivière est trèsimportante, non par elle-même, mais à cause de la masse montagneuse qu'elle traverse, et par la route qu'ouvre sa vallée inférieure entre Lyon et Turin.
II. La Bourbre sort de l'étang de Chabons dans un contre-fort des monts de la Grande-Chartreuse; elle coule d'abord vers le nord-est, se recourbe à l'ouest pour arroser la Tour-du-Pin et Bourgoin , et se jette dans le Rhône en face de Loyette après un cours de 70 kilomètres. Elle n'est pas torrentueuse, coule dans un pays assez uni, et se grossit d'une foule de ruisseaux dont les lits sont plats, peu profonds, et forment des marais sur leurs bords.
Dans le bassin de la Bourbre se trouvent les marais de Bourgoin, qui occupaient entre les confluents de la Bourbre et du Guiers une vaste vallée longue de 75 kilomètres de l'est à l'ouest, large de 5 kilomètres , ayant un seuil à l'étang de la Roche, d'où par deux versants opposés elle communiquait deux fois avec le Rhône, à l'ouest par le bassin de Bourgoin, c'est-à-dire par le Caltlan et ses affluents, à l'est par le bassin du Bouchage, c'est-à-dire par les ruisseaux de Huer et de Vëzeronce, qui affluent au-dessous du Guiers. Ces marais sont aujourd'hui en grande partie desséchés, et produisent d'excellentes tourbières. On suppose que cette vallée marécageuse a été jadis occupée par un bras du Rhône beaucoup plus court que le thalweg actuel du fleuve, et le nom très-ancien à' Ile de Crémieux, donné au canton montueux compris au nord des marais dans le coude du Rhône , semble justifier cette hypothèse.
III. VOxon qui arrose Saint-Symphorien , la Gère qui finit à Vienne, la Varaise, la Sonne qui se grossit du Dolon, la Galaure qui finit à Saint- Vallicr, ne sont que des ruisseaux torrentueux de 30 à 60 kilomètres de cours. Ils sortent des petits plateaux jurassiques, qui sont les derniers épanouissements des montagnes entre Rhône et Isère.
IV. L'Isère prend ses sources en Savoie dans les Alpes Grées , au mont Iseran qui iui donne son nom ; elle traverse la petite province de laTarentaise (Savoie) , où elle arrose Mou tiers et Montmélian. De là , elle incline au sud dans un profond défilé qui