‹ Géographie UniverselleChapitre 13 sur 93 · tome h · texte numérisé non relu

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suit la route de Chambéry à Grenoble , devient navigable , et entre en France au Fortr fiarraux , position avancée couvrant Grenoble et toute l'Isère. Elle parcourt ainsi la belle vallée du Graisivaudan, qui a, de Chapareillan à Voreppe, 48 kilomètres de Ion? sur 6 à 7 de large , et présente les aspects les plus délicieux et les récoltes les plus abondantes; bordée des deux côtés par de hautes montagnes dont les cimes sont couvertes de neiges, les flancs de forets ou de pâturages, les pieds de champs cultivés, de prairies, de vignobles, d'arbres fruitiers, elle ressemble à un immense et magnifique jardin , que coupent deux grandes routes bordant la rivière. L'Isère sort de cette vallée en traversant Grenoble. Gênée alors dans son cours et resserrée sur ses deux rives par les monts de la Chartreuse d'une part , et de l'autre par le contre-fort des monts de Sassenage, elle remonte au nord par Sassenage et Voreppe, d'où elle redescend parallèlement 5 sa direction précédente en laissant un peu à droite Moirans, Tullins et Saint-Marcellin. Elle traverse ainsi une vallée non moins belle , jion moins fertile, non moins bien cultivée que celle du Graisivaudan , entre dans le département de la Drôme , y arrose Romans , et finit dans le Rhône en aval de cette ville , à 8 kilomètres au-dessus de Valence. Son cours est de 280 kilomètres; il est navigable depuis la frontière de France sur 140 kilomètres , dont 97 pour le département de 1 Isère et 43 pour celui de la Drôme. C'est une rivière dont la navigation est difficile , même dangereuse à cause de ses nombreuses sinuosités, de sa rapidité, qui devient trèsgrande après le confluent du Drac, des rocs ou des sables qui obstruent son cours. Elle est sujette à de fréquentes et désastreuses inondations. Ses eaux ont une couleur ferrugineuse.

L'Isère rcroit de nombreux alfluents, et qui sont tous aussi rapides, aussi torrentueux , et même plus dangereux qu'elle. Après Y Are , qui coule dans la Savoie et dont la vallée (la Maurîenne) est d'une grande importance pour pénétrer en Italie par le \ col du mont Cenis, nous citerons :

En France, sur la rive gauche : 1* la Brida, formée de plusieurs bras issus des rocs du Grand-Charnier et des glaciers du Grand-Glézin à plus de 2,800 mètres de hauteur; elle coule du sud-est au nord-ouest en arrosant Allevard et la Chapelle du Bard, puis, tournant à l'ouest, elle sert un instant de frontière à la France, et va finir à Pontcharra en face du Fort-Barraux. Ce torrent est remarquable par le pays sauvage et tourmenté qu'il traverse , ses chutes , les richesses minérales de ses bords, etc.

2" Le Drac naît dans les Alpes du Dauphiné par diverses sources issues des monts de Cédra , de Chirac , du roc Diolon , de la Diablée , qui appartiennent au massif du Pelvoux de Vallouise. Comme son nom l'indique, ce n'est pas une rivière qui coule, arrose et fertilise, c'est un dragon qui vole, bondit, ravage, « et dont la croupe se recourbe en replis tortueux. » II se dirige d'abord de l'est au nord-ouest en arrosant Orcièrcs, le Glaizil, Corps; il tourne alors au nord jusqu'à son embouchure dans l'Isère, arrose Monteynard, Claix, Seyssinet, et finit à l'est de Sassenage un peu audessous de Grenoble, après un cours de 120 kilomètres. Le Drac a une pente trèsrapide, un lit profond et encaissé sur un fond de roches schisteuses; il est flottable s'.ir 52 kilomètres, mais non navigable, et cause de grands malheurs par ses inondations. Pour protéger la plaine et la ville de Grenoble contre ses ravages, on a

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endigué sa vallée inférieure; une grande partie de ces travaux est due au connétable de Lesdiguières.

La haute vallée du Drac , jusqu'au Glaizil , forme ce qu'on appelait le Champtaur ; la vallée inférieure, jusqu'à son confluent avec l'Isère, formait le Vercorp$.

Le Drac se grossit d une foule de courants torrentueux, tels que : la Scvraisse (à droite), née à la montagne de l'Ours, qui passe à Saint-Firmin et finit au Glaizil; la Soulouaze (à gauche), issue du mont Labou , qui arrose Saint-Étienne et finit presque en face de Corps; son bassin forme le pays du Devoluy; la Bonne (à droite), qui descend du roc du Diable , à l'ouest du massif du mont Olan , passe à Entraigues , près de la Mure et finit à Cognet ; ÏEbron, qui descend de la montagne de Tréminis, au nord du mont Obiou , et finit en face de Savel , après un cours de 20 kilomètres. — Le plus important de tous les affluents du Drac est la Romanche (à droite) , qui prend sa source dans les glaciers du Lautarct; elle court de l'est à l'ouest, dans une vallée sauvage resserrée par de hautes montagnes couvertes de forêts , où ello arrose Villard d'Arène et la Grave ; puis elle passe à Bourg d'Oysans , traverse des gorges profondes, où elle alimente un grand nombre d'usines, arrose Vizille, et un peu au-dessous de cette ville finit dans le Drac. Elle se grossit à gauche du l'ençon, qui naît dans les glaciers du mont Olan , et à droite de YOlle, qui descend des Alpes de Maurienne. La vallée de la Romanche est très-remarquable par ses aspects sauvages et pittoresques , par les richesses minérales de ses montagnes, par la roule qui longe son cours et qui en traversant le col du Lautaret, mène de Grenoble à Briançon. Sa partie inférieure, outre Vizille et Bourg d'Oysans, dans une longueur de 26 à 30 kilomètres, a formé jadis l'ancien lac de Saint-Laurent, sous lequel toute la vallée de Bourg d'Oysans se trouva un moment ensevelie. On croit que les deux torrents qui se précipitent en face l'un de l'autre dans la Romanche, le Vençon et FOlle, dans une crue subite, au onzième siècle , entraînèrent une masse énorme de sables , de terres ou de rochers qui finirent par fermer entièrement d'une chaussée naturelle la vallée qui se trouva alors entièrement inondée jusqu'à une hauteur de 1G à 20 mètres. Mais les eaux du lac minèrent sourdement la digue qu'elles avaient faite elles-mêmes, et au mois de septembre 1229 une rupture eut lieu; la vallée inférieure du Drac, et conséquemment celle de l'Isère et la ville de Grenoble furent envahies par les eaux furieuses, qui causèrent les plus grands désastres et ruinèrent tout sur leur passage. — On appelle Oysans tout le pays occupé par la vallée de la Romanche et ses affluents de gauche . jusqu'au Vençon.

3° La Bourne naît dans le contre-fort des monts Embcl , qui longe la rive gauche du Drac; elle court à peu près de l'est à l'ouest, arrose Pont- en-Roy ans et finit dans l'Isère, près de Sainl-Nazaire. Ello se grossit à gauche du Vcrnaison, qui passe à la ChapelIc-en-Vercorps, et finit à Pont-en-Royans, et de la Lionne, qui passe à Saint- Jean-en-Royans-, ces deux cours d'eau descendent du monl Embcl. Tout le bassin de la Bourne forme l'ancien pays du Roi/ans.

Sur sa droite l'Isère ne reçoit que des ruisseaux insignifiants, parmi lesquels nous c'ierons seulement la Fure, qui sort du lac de Paladru et arrose Tullins.

V. La Drâme naît dans les Alpes de Dauphiné, près du village de Valdrôme; elle coule d'abord au nord-ouest, traverse le lac de Luc-en-Diois et arrive à Die; de là,

elle redescend au sud, par Pontaix, jusqu'à Saillans, ou, tournant directement à l'ouest , elle arrose Crest , Livron , et finit au-dessous de cette dernière ville , après un cours d'environ 110 kilomètres, flottable depuis Luc sur 80 kilomètres.

La Drôme est une rivière moins ravageuse que l'Isère et ses affluents, mais elle est très-capricieuse et change souvent de lit. Sa valide , l'une des plus pittoresques et des plus variées de la France, est comprise entre la chaîne du mont Embel, au nord, et celle du mont Volvcnt au sud. Sa partie supérieure formait le pays du DM», et sa partie inférieure le nord du Valtntinoit.

VI. Le Roubion descend du mont Volvent , au nord-ouest , arrose Botirdeaux , passe à Montélimart, où il reçoit à gauche le Jabron, qui arrose Dieu-lc-fit, et un peu au-dessous de Montélimart, se jette dans le Rhône.

VII. Les derniers affluents du Rhône dans le Dauphiné sont le Lez, YAitpu» c« VOtivèze, qui ont la fin de leur cours dans le comtat Venaissin. Le Lez descend du mont Volvent , passe au sud de Grignan , a dans son bassin Valréas et Saint-Paul-Trois- Chaleaux, et va finir presque en face de Pont-Saint-Esprit. L'Aigues descend du mont Chamouze, arrose Nyons et sort du Dauphiné. L'Ouvèze descend du mont Bue, et nous avons décrit son cours dans le comtat Venaissin.

VIII. La Durance appartient au Dauphiné par son bassin supérieur, et sert de limite à la province dans une grande partie de son cours. Nous l'avons déjà décrite dans la Provence, ainsi que ses affluents.

§ IV. Constitution géologique. — Piioductions. — Le sol du Dauphiné est assez varié : on peut dire d'une manière générale que les terres s'y divisent en sablonneuses, calcaires, schisteuses ou granitiques.

Los premières occupent surtout l'angle nord-ouest du Dauphiné. Si l'on examine la carte géologique de ce pays, on voit en effet qu'entre Montélimart, Lyon et les Échelles s'étend un vaste triangle dont le sommet est au sud, et qui, borné de deux côtés par le Rhône , a pour limite à l'est une zono bien marquée de terrains crétacés supérieurs, qui court du sud-ouest au nord-est. Tout ce pays, qui comprend le Viennois et la partie nord du Valentinois , est formé' de plaines plus ou moins étendues , plus ou moins sablonneuses ou couvertes de galets, et entourées de hauteurs ou de montagnes qui souvent paraissent dépendre des chaînes qui s'élèvent sur la rive droite du Rhône; les unes sont jurassiques comme celles qui se prolongent dans l'angle supérieur du Rhône, au nord de la Bourbre, et semblent la continuation des chaînes du Jura qui appartient à l'autre rive; les autres présentent du granit, comme cela arrive entre Saint-Symphorien et Vienne, et au sud de Saint-Vallier, où la rive gauche semble faire suite au sol granitique des cantons de Rive-de-Gier ou d'Annonay; les autres enfin sont calcaires, comme il arrive au nord et au sud de Montélimart , sur les deux rives du Roubion , où les terrains crétacés supérieurs semblent être le prolongement des mêmes terrains qui constituent le sol du Vivarais sur l'autre rive.

Sauf les exceptions que nous venons de signaler, tout le triangle dont nous venons de parler est uniquement formé de terrains d'alluvions anciennes ou modernes , ou de terrains moyens de transition. Les alluvions anciennes se trouvent presque exclusivement dans les arrondissements de Vienne et de la Tour-du-Pin qu'elles constituent presque seules entre Vienne, Bourgoin, la Tour-du-Pin, Pont-de-Beauvoisin , Voiron,

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Tullins et Saint - Vallier. Les alluvions modernes constituent d'abord le bassin de Moretel et de Vézcronce, au nord-ouest du confluent du Guiers; puis, à partir du confluent de la Bourbre , elles forment toute la lisière de la rive gauche du fleuvo jusqu'à la frontière du cointat Venaissin , sauf les points indiqués tout à l'heure comme jurassiques, granitiques ou calcaires. Les alluvions modernes constituent aussi presque toute la partie de l'arrondissement de Vienne comprise au nord de l'Ozon entre Saint- Symphorien et la Bourbre, la vallée du Dolon, où elles forment, de Saint-Rambort sur le Rhône à Grand -Lens, une zone encadrée de toutes parts dans les alluvions anciennes; enfin toute la plaine de Valence jusqu'à Romans et Chabeuil , entre l'Isère et le Véoure. Quant aux terraias moyens de transition , ils forment la vallée inférieure du Guiers, puis sur la rive droite de l'Isère, les cantons de Tullins, Vinay, Saint- Marcellinet tout le pays compris au sud-ouest de cette dernière ville, entre l'Isère et la Galaure jusqu'à Romans et Saint- Vallier. Ils forment ensuile, au sud de l'Isère, à l'est de Saint-Romans et de Chabeuil, une zone qui enveloppe de toutes parts la plaine de Valence jusque vers Crcst; puis se prolongeant au sud , par une mince bande , à travers des terrains crétacés supérieurs, ils vont former la vallée du Roubion, audessus de Montélimart, et un peu plus au sud le canton de Grignan, d'où, par Yalréas, ils pénètrent dans le comtat Venaissin.

Viennent ensuite les terrains calcaires : ceux-ci, comme nous l'avons dit, limitent à l'est les terrains sablonneux. Ils pénètrent en effet dans le Dauphiné , en face du Vivarais, au nord et au sud de Montélimart, pour former entre Nyons et Crest, entre l' Aiguës et la Drome, tout le massif des monts Volvent et Couspau, qui embrassent les bassins du Roubion cl du Jabron. Interrompue par le terrain jurassique, qui s'avance dans le bassin de la Drôme jusqu'à Crest, la zone du crétacé supérieur reparaît au nord de Crcst et de Die; elle forme, en se prolongeant vers l'est, toute la crête du contre-fort des Alpes du Dauphiné, qui s'étend depuis les monts Paye, Penet, Embel jusqu'au mont Obiou , au nord duquel elle remonte même un peu pour former le Dcvofuy, contrée sauvage qu'arrose la Soulouaze , aflluenl du Drac. Au nord du contrefort du mont Embel, celte zone se continue au nord-ouest jusque vers l'angle de l'Isère, en face de Moirans et constitue ainsi, entre la rive gauche du Drac et le cours de l'Isère, de Moirans à Saint-Marccllin , tout le contre-fort du grand Véhemont, du Moucliero et de la montagne de Sassenage, comprenant ainsi le Vercorps, pays du Drac inférieur. Sur la limite occidentale de celte zone se trouve enclavé le pays de Royans, arrosé par la Bourne et formé de terrains moyens de transition. Les terrains crétacés supérieurs se continuent sur la rive droite de l'Isère pour former le massif de la Grande-Chartreuse.

A l'est et au sud-est de celte zone , toute la partie orientale du Dauphiné est principalement formée de terrains jurassiques. On y remarque toutefois, comme nous l'avons vu dans l'orographie de ce pays, deux massifs, l'un de terrains crétacés inférieurs, l'autre granitique. Le premier, au nord-ouest du Mont-Dauphin et d'Embrun , constitue la crête et le versant sud-est des monts de Dauphiné ; quant au massif granitique, il apparaît au nord -ouest du précédent, forme l'Oysans qu'arrose la Romanche, et se prolonge lui-même au nord-ouest entre Arc et Isère, par une zone de terrains primitifs constituant presque toutes les Alpes de Maurienne.

D'après ce que nous venons de dire, on voit que si l'on part des bords du Rhône , depuis l'embouchure de l'Isère jusqu'à celle du Guicrs , on trouve d'abord une régicn faiblement accidentée , sablonneuse ou marécageuse, dans quelques parties stérile , dans d'autres parties coupée de coteaux cultivés ou boisés, ou de petites vallées fertiles. En s'avançant dans l'intérieur du pays , les montagnes s'élèvent peu à peu , mais en laissant entre elles des vallées très-fertiles, parmi lesquelles on distingue celles du Graisivaudan et de Tullins. Au delà de cette région moyenne se trouve la région entièrement montagneuse , où les vallons n'offrent plus que de rares terrains à l'agriculture; néanmoins , les coteaux inférieurs sont encore riches en vignobles et en arbres fruitiers; sur les flancs se trouvent de beaux villages, des vergers où la terre a été portée à main d'homme, des pâturages. Alors commenco la zone forestière, où l'on trouve successivement le chêne à 900 mètres, le hêtre à 1,500, le sapin à 2,000; puis le roc nu ou couvert de sauvages lichens , enfin la neige éternelle qui , à cette latitude , commence à 2.200 mètres. Ces montagnes ne présentent un riant aspect que dans l'été , vers l'époque où y montent de nombreux troupeaux.

I.a région basse produit du blé , des vins , des fruits ; la région moyenne , du seigle , de l'avoine, du chanvre: la région haute, des pâturages. On ne trouve le mûrier et l'olivier que dans les parties méridionales et voisines du Rhône. L'agriculture est d'ailleurs pratiquée avec intelligence, labeur et opiniâtreté dans presque toute la province. Les montagnes les plus arides, partout où l'outil du cultivateur peut atteindre, sont elles-mêmes cultivées; on coupe leurs flancs en étages successifs soutenus par des murs de pierre, et l'on y porte de la terre végétale. Enfin un système habile d'irrigation corrige en partie les effets désastreux de la course torrentielle des rivières.

S V. Histoire, population, moeurs, etc. — Avant l'invasion romaine, le Dauphiné avait pour habitants deux peuples qui semblent aborigènes, les Allobroges et les Voconces. \jes premiers s'étendaient au nord de l'Isère, entre le Rhône et les Alpes, et leur capitale était Vienne; les seconds occupaient le pays compris entre le Rhône et la Durance ; leur capitale était Valence. Dans ces deux puissantes nations se trouvaient enclavés d'autres petits peuples, tels que les Drigiani (Briancon), les Caturiges (Embnin), les Tricorii (Gap), les Tricastini (Sainl-Paul-Trois-Chàteaux) , etc. Les Allobroges et les Voconces passaient pour des peuples civilisés, quand les Romains, profitant des querelles de Marseille avec les tribus voisines de son territoire, s'immiscèreut dans les affaires de la Gaule. Us résistèrent à leurs armes , s'allièrent à tous leurs ennemis, principalement aux Carthaginois; et ce n'est qu'après plusieurs siècles de guerres qu'ils furent subjugués. Leur pays fut alors compris dans la province romaine; et quand la Gaule fut divisée en dix-sept provinces, il fut en grande partie renfermé dans la Viennoise; mais les territoires de Gap, d'Embrun et de Briançon furent compris , le premier dans la Narbonnaise 2' , les deux autres dans les Alpes Maritimes.

Au cinquième siècle, le pays des Allobroges, après avoir été ravagé par les Vandales et les Golhs, fut conquis par les Bourguignons, et Vienne devint la capitale de leur royaume. Ce royaume ayant été conquis par les Francs, le Dauphiné actuel suivit les destinées de leur empire. Dans le démembrement de l'empire de Charlemagne, il

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fit partie de la Lotharingie ou des États de Lothaire, puis du royaume de Prmcnce ou d'Arles; et ce royaume ayant été cédé aux empereurs, le Dauphiné se trouva nominalement séparé de la Gaule, Mais déjà des seigneurs s'étaient rendus indépendants dans ce pays , et les plus puissants étaient les comtes d' Al bon. Le premier de ces comtes est Guy ou Guigues I**, qui apparaît vers 880 , sous le règne de Louis l'Aveugle, fils de Bozon. Us acquirent successivement les comtés de Vienne, de Gap, d'Embrun, la seigneurie de Grenoble, etc., et se trouvèrent à peu près maîtres de tout le Dauphiné. Gomme ils avaient un dauphin dans leurs armes, l'usage vint de les appeler Dauphins, et le pays prit le nom de Dauphiné de Viennois.

Le Dauphiné fut gouverné par trois races de Dauphins : d'abord par la maison d'Albon, issue de Guigues le Vieux; puis par celle de Bourgogne, dans laquelle Béatrix d'Albon, unique héritière, porta ses biens en épousant le duc Hugues III. Cette deuxième race s'éteignit à la fin du treizième siècle par la mort de Jean , fils de Guigues VU, qui ne laissa pas d'héritiers mâles. Anne, sa sœur, épousa Humbert, baron de la Tour du Pin , qui fut le chef de la troisième maison.

Sous la domination de ces princes, le Dauphiné resta isolé de la France, n'ayant de rapports qu'avec les pays voisins, surtout avec la Savoie, dont les ducs étaient continuellement en guerre avec les Dauphins. Cependant la domination des rois capétiens commençait à l'envelopper par le Languedoc, dont ils étaient maîtres , par la Provence et la Bourgogne, qui appartenaient à des princes français , enfin et surtout par Lyon, celte porte du Dauphiné, par laquelle il entre en contact avec Paris et la France septentrionale, par laquelle il reçoit la vie et la civilisation. C'est alors que Humbert II, dernier Dauphin de la troisième maison, ayant perdu son fils unique, et se voyant trop faible pour résister aux ducs de Savoie , résolut de se retirer du monde. Il céda >ts Etats à Charles, petit -fils du roi de France Philippe de Valois, moyennant 200,000 florins, sous la condition qu'ils ne seraient jamais réunis à la couronne, qu'ils garderaient une administration séparée , et seraient toujours considérés comme fiefs de l'empire. Après Charles , il passa en coutume d'attribuer le gouvernement du Dauphiné aux fils aînés des rois de France, qui prirent le titre de Dauphins de Viennois. Mais ces nouveaux Dauphins refusèrent l'hommage aux empereurs, et le pays se trouva de fait réuni à la couronne de France. Le Dauphiné s'accommoda de ces conditions qui lui laissaient toutes ses libertés avec son existence particulière, et qui d'ailleurs furent rigoureusement respectées; il s'en accommoda si bien, que, contrairement à ce qui se passait dans les provinces méridionales, il ne prit part à aucune des révoltes contre les rois de France, que les États du Dauphiné fournirent, au contraire, à ces rois, des soldats et de l'argent pour toutes leurs guerres, et que son histoire, pendant plusieurs siècles , est presque entièrement vide d'événements. Dans cette période , un homme représente parfaitement la province et son patriotisme noble et désintéressé, c'est l'une des plus pures illustrations de la France , Bayard.

Les guerres religieuses du seizième siècle tirèrent le Dauphiné de son repos et dô son obscurité, ce pays, où depuis longtemps se cachait la secte desVaudois, ayant en grande partie embrassé la réforme. Valence devint l'une des places d'armes des protestants ; le culte catholique fut presque partout aboli ; Lesdiguières se fit une royauté presque indépendante dans tout le pays. Néanmoins ce fut une des

provinces qui se soumirent le plus facilement à Henri IV; et quand le protestantisme devint complètement un parti politique, le Dauphiné cessa de se mêler à ses prises d'armes.

Si l'on excepte l'invasion faite dans ce pays par le duc de Savoie en 1692 , l'histoire du Dauphiné n'offre plus d'intérêt sous la monarchie des Bourbons. Mais celle province, où l'instruction est répandue jusque dans les cabanes des montagnards, était une des parties de la France le plus imbues des idées de réforme politique. Elle avait d'ailleurs produit deux profonds écrivains dans le dix-huitième siècle, Condillac et Mably. En 1787, le parlement de Grenoble, à l'exemple de celui de Paris, proclama la nécessité d'une convocation des états généraux. Il en fut puni par un ordre d'exil, dont le peuple empêcha l'exécution par une révolte. La municipalité de Grenoble provoqua une convocation générale des communes qui eut lieu à Vizille. La se réuni» icnl cinq cents députés des trois ordres qui déclarèrent qu'ils refuseraient tout impôt jusqu'à ce que leurs représentants en eussent délibéré dans les états généraux du royaume. Ce fut le signal de la révolution de 1789. Quand cette révolution éclata, toute la province se prononça pour elle avec enthousiasme. Elle avait envoyé à l'Assemblée constituante deux de ses plus illustres membres, Mounier et Barnave.

Malgré les excès de la terreur, malgré le voisinage de Lyon, elle resta fidèle à la cause de la révolution, et montra une grande ardeur pour la défense de sa frontière. Elle vit la chute de l'Empire avec un profond regret; et, en 1815, quand Napoléon revint de l'île d'Elbe, elle se prononça avec enthousiasme en sa faveur, et décida ainsi son triomphe.

Sous la Restauration et pendant la monarchie de juillet, le Dauphiné, avec ses idées de 1789, quelquefois étroites, mais toujours sincères, se trouva dignement représenté par un illustre citoyen, Casimir Périer.

Ce pays, avant la Révolution, formait l'un des gouvernements militaires de la France et le ressort de la généralité de Grenoble. Il avait des états provinciaux qui se tenaient à Grenoble, un parlement qui siégeait dans cette même ville, et qui avait succédé en 1451 à l'ancien conseil dclphinal, créé en 1337. Il comprenait deux archevêchés, Vienne et Embrun, et cinq évêchés, Grenoble, Valence, Die, Gap, Saint- Paul-ïrois-Chàleaux.

D'après tout ce que nous venons de dire, on voit que la population du Dauphiné est l'un des éléments les plus précieux de la nation française. C'est une population animée d'un sentiment très-vif de l'indépendance , mais en même temps d'un grand patriotisme; elle est brave, belliqueuse, intelligente, et montre de l'aptitude pour les arts et les sciences, comme pour le commerce et l'industrie; elle aime l'instruction, et on l'y trouve répandue partout; elle est active, laborieuse, patiente, opiniâtre, de mœurs polies, affable. On lui reproche son ardeur, son emportement, son amour des plaisirs; on lui reproche surtout sa finesse poussée jusqu'à l'astuce. Néanmoins le Dauphinois a peu d'ambition; il borne facilement ses désirs, et préfère la médiocrité aux peines qu'il devrait se donner pour augmenter sa fortune; il est économe et même enclin à l'avarice.

Ce portrait est principalement celui de l'habitant des plaines, des vallées et des montagnes secondaires au nord de Valence. Au sud de celte ville et jusqu'aux limites

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du Comtat, à Montélimart, à Nyous, etc., on se croirait en Provence : les mœurs y deviennent brusques et grossières, les habitants inhospitaliers, le langage rude et criard. Le type le plus curieux , le plus naïf du Dauphiné, c'est l'habitant des montagnes. Dans ces hautes vallées où les Allobroges et les Vaudois trouvèrent un refuge, sur ces frontières couvertes de rochers et de forêts, vU une population aux mœurs primitives, patriarcales et profondément religieuses, qui n'a de rude et de grossier que l'extérieur, qui est hardie , sensée , adroite , prévoyante , sobre et hospitalière : il n'en est pas de plus respectable. Elle mène une vie rude dans ces montagnes arides, où souvent le bois manque, où la neige couvre le sol pendant six mois, où l'avoine et le seigle mûrissent seuls sur de maigres pentes que les eaux dénudent tous les ans, où toutes les ressources sont concentrées dans les troupeaux. Malgré cela, le Dauphinois des Alpes est calme, austère, résigné, souriant, passionné pour ses chères montagnes. Pendant les longs hivers , les plus jeunes et robustes émigreut et s'en vont dans les grandes villes faire les métiers de portefaix , de colporteurs , de rémouleurs; les autres emploient leur repos forcé à s'instruire, et la lecture est l'occupation ordinaire de ces cabanes, de ces étables où s'entassent les familles, et d'où l'on voit sortir de nombreux maîtres d'école qui vont colporter l'instruction dans les départements voisins.

S VI. DÉPARTEMENT DE L'ISERE. — STATISTIQUE, AGRICULTURE , COMMERCE, ETC. —

Ce département, formé du Dauphiné, a une superficie de 841.230 hectares. Sa population était: en 1801, de 435,888 habitants; en 1821, de 505,585 hab.; en 1841, de 588,660 hab. ; elle est aujourd'hui de 603,497 habitants.

Il a pour chef-lieu Grenoble , et forme quatre arrondissements ainsi subdivisés :

Arrondissement de Grenoble 50 cantons, 312 communes, 220,192 habitants.

— de la Tour-du-Mn . . 8 — 122 — 156,593 —

— de Sainl-MarceMa . . 7 — 84 — 87,198 —

— devienne 10 — 133 - 159,497 —

4 arrondissements 45 canton», 561 communes, 603,497 habitants.

Ce déparlement forme le diocèse de l'évêché de Grenoble , et a pour le culte calviniste un consistoire à Mens et 9 temples. 11 renferme une cour d'appel à Grenoble, avec 5 tribunaux de première instance et 2 tribunaux de commerce (Grenoble et Vienne); un lycée et une école normale primaire, à Grenoble; 2 collèges, à Vienne et Pont-de-Beauvoisin -, une école supérieure communale, 1,600 écoles élémentaires, dont 560 écoles communales. Il fait partie de la 8* division militaire , et renferme comme places fortes Grenoble et Fort-Barraux.

C'est un département agricole et manufacturier; il est montagneux surtout à l'est, où il est parcouru par les contre-forts des Alpes de Savoie et du Dauphiné. A l'ouest, c'est un pays faiblement accidenté, surtout au nord -ouest, où des plaines sablonneuses et arides forment presque tout l'arrondissement de Vienne et le nord de ceux de la Tour-du-Pin et de Saint-Marccllin. Le sol n'est fertile que dans quelques vallées, surtout dans celle qu'arrose l'Isère. L'agriculture est d'ailleurs très-avancée : ses produits principaux sont les céréales, les pommes de terre, les vins, dont quelques-uns sont estimés, le chanvre, les bois et les fruits. On croit que le département renferme

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