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TOME II

225,000 hectares de terres labourables, 48.000 de prés, 23,000 de vignes, 120,000 de bais et 112,000 de landes, bruyères, elc.

L'élève du gros bétail y est très-importante, et les montagnes renferment de beaux pâturages où transhument les moutons des départements voisins; les chevaux et les mulets de l'Isère sont estimés; on y élève aussi une grande quantité de vers à soie donnant près de 50,000 kilogrammes de soie grége. On estime que le département possède 168,000 lètes de gros bétail, 260,000 moutons, 45,000 porcs, 34,000 chèvres, 31,000 chevaux, 10,500 mulets et 4,000 ânes.

C'est l'un des plus favorisés de la France en richesses minérales; il y a une mine d'or à la Gardetle, une d'argent à Aliènent, mais dont les produits sont insignifiants, des mines de fer à Allcvard. Le plomb est assez commun dans les environs d'Ailemont , de la Gardellc et de Vienne; le cuivre est abondant à Allevard et à Allemout; on y trouve aussi en grande quantité de la houille (a la Molle en Champsaur), de beaux marbres (à Entraygues sur la Bonne), de l'antimoine, du zinc, du granil, du porphyre, du grès, de l'ardoise et beaucoup de tourbières. 11 y a des eaux minérales à Triage , à la Motte , à Mens et à Choranche.

Quant à l'industrie, c'est celle des mines qui est la plus importante; on compte dans le déparlement 8 hauts fourneaux, 5 laminoirs, 21 aciéries, 56 taillanderies, 250 clouteries et 215 autres usines. Il y a des fabriques de draps à Vienne, et dans d'autres localités des fabriques de toiles fortes et linge damassé, de cotons, de foulards, de crêpes de soie, de chapeaux de paille, de cuirs, de fromages estimés (Sassenage), de sucre de betterave (15 fabriques) ; il y a aussi des établissements pour le peignage du chanvre, des fabriques importantes de liqueurs, des distilleries, tanneries, poteries, verreries. La ganterie de Grenoble si renommée jadis est bien déchue. Le commerce consiste surtout en métaux, toiles, chanvre, draps, soies, marbres, grains, bois, fromages, térébenthine, liqueurs, produits chimiques et ganterie.

On compte dans l'Isère 2 rivières navigables sur 252 kilomètres (le Rhône 155 kil. et l'Isère 97 kil.), 7 routes impériales sur 541 kil., 13 routes départementales sur 457 kil., 2,535 chemins vicinaux sur 2,250 kil., en tout 3,500 kilomètres de voies de communication.

§ VII. Département de l'Isèiie. — Descmption des villes. — Grenoble, ancienne capitale du Dauphiné, est aujourd'hui le chef-lieu du département de l'Isère, le siège d'un évêché, d'une cour d'appel, de tribunaux de première instance et de commerce, de facultés de droit et des sciences; elle renferme un lycée, une école préparatoire de médecine et de pharmacie, une école normale primaire, un musée, une bibliothèque de 60,000 volumes, une chambre de commerce, un conseil général dos manufactures, un conseil de prud'hommes. C'est une place forte de premier ordre. Sa population est de 31,340 habitants.

Cette ville est située au milieu de la vallée pittoresque du Graisivaudan , au pied du mont Rachet, ramification des monts de la Chartreuse, d'où l'on jouit d'une vue magnifique sur les vallées de l'Isère et du Drac. Elle est traversée par l'Isère, qui la partage en deux parties inégales , un peu en amont du confluent du Drac. Sur la rive droite, resserré entre le fleuve et les montagnes, est le quartier Saint- Laurent nommé aussi la Perrière, qui ne consiste qu'en une grande rue, la plus populeuse et

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la plus commerçante de la ville, et bordée d'un beau quai. 11 est enveloppé d'une faible muraille, s'appuie à la montagne du Rabot que surmonte celle de la Bastille, ainsi nommée a cause des restes d'une vieille forteresse , aujourd'hui remplacée par un fort moderne qui domine la ville, et au-dessus duquel s'élève encore le sommet du mont Rachet. Sur la rive gauche est le quartier de Bonne, qui communique avec le premier p ir deux ponts; il est beau, bien percé, bordé de quais superbes, et renferme plusieurs places et de jolies promenades; il est entouré d'une enceinte bastionnée.

Grenoble renferme peu de monuments remarquables : l'église Notre-Dame, l'église Saint-André , où se trouvaient les tombeaux des Dauphins détruits par le baron des Adrets; l'ancien hôtel de Lesdiguières, qui sert aujourd'hui d'hôtel de ville; la place Saint-André avec la statue de Bavard ; le palais de justice, remarquable par son architecture gothique, les bâtiments de l'hôpital, ceux de la bibliothèque, etc.

Cette ville, avec ses remparts en terrasse d'où l'on domine la brillante vallée du Graisivaudan , a tout l'abord d'une place de guerre; elle en a aussi l'importance; le chevalier Deville commença à la fortifier , et après lui Vauban traça son enceinte : elle a été agrandie depuis quelques années par l'adjonction des faubourgs de Saint- Joseph et des Trois-Cloltres bâtis dans la plaine, et maintenant entourés de remparts qui se relient aux fortifications de la Bastille. Grâce à sa position , aux travaux récents qu'on y a faits, à son enceinte bastionnée et à sa citadelle, qui viennent d'être réparées et augmentées, cette ville est devenue une place presque inexpugnable et le centre de la défense du bassin de l'Isère.

L'industrie de Grenoble consiste principalement dans la fabrication des gants, qui occupe 5,000 ouvriers, dans le piignage des chanvres, la distillerie des liqueurs fines, etc. Les gants, les chanvres, les liqueurs, sont, avec les fromages et les marbres , «es principaux objets de commerce.

Cette ville existait du temps de César sous le nom de Cularo ; elle fut en 374 agrandie sinon rebâtie par l'empereur Gratien, et s'appela alors Gratianopolit, d'où vient le nom de Grenoble. C'est du même siècle que date son évéché. Elle passa au pouvoir des Bourguignons, suivit les destinées du pays des Allobroges, et devint dans le treizième siècle la résidence des Dauphins de Viennois, qui y établirent un conseil delphinal avec juridiction souveraine, transformé en parlement par Louis XI en 1451. Pendant les guerres de religion elle fut deux fois prise et dévastée par le baron des Adrets. Elle eut beaucoup à souffrir de la révocation de l'édit de Nantes. Nous avons dit ailleurs le rôle qu'elle joua en 1787 et en 1815. Grenoble est le lieu de naissance de Condillac, Mably, Vaucanson, Mounicr, Barnave, Casimir Péricr, Berryat-Saint- Prix , Dolomicu , etc.

La Tour-du-Pin, chef-lieu d'arrondissement, est une petite ville de 2,500 habitants, située sur la rive gauche de la Bourbre dans un vallon très-fertile entouré de coteaux de l'aspect le plus agréable. C'était autrefois une place forte qui joua un rôle important dans les guerres du temps de Charles VI et celles du seizième siècle. Aujourd'hui c'est une ville occupée uniquement de l'élève des bestiaux, et qui se distingue par un très-beau haras appartenant à l'État.

Saint-Marcellin, chef-lieu d'arrondissement, est une petite villo de 3,500 âmes, qui possède un tribunal de première instance et un collège. Elle est située en plaine au

pied d'un ravissant coteau et à 1,200 mètres environ de la rive droite de l'Isère; elle est généralement bien bâtie , et l'on y remarque une belle place publique , de jolies fontaines et d'agréables boulevards. Les environs sont charmants et fertiles en vins fort estimés. On y fait le commerce de soie écrue, fil, toiles, huiles, bestiaux et fromages.

Vienne, chef-lieu d'arrondissement, possède des tribunaux de première instance et de commerce, un collège, une bibliothèque de 10,000 volumes, un musée d'antiquités, etc. Sa population est de 20,000 habitants.

Elle est bâtie en amphithéâtre sur la pente rapide du mont Salomon , qui l'encadre d'une ceinture de collines, et dont le sommet couronné par les restes d'un vieux château gothique lui donne un aspect pittoresque auquel l'intérieur ne répond pas. Les rues sont sales et tortueuses, les maisons noires et mal bâties. Ses édifices modernes sont assez remarquables, ce sont : l'ancienne cathédrale de Saint-Maurice, l'hôtel de ville, l'hôpital, les casernes de cavalerie, etc. Mais c'est surtout par ses antiquités que Vienne est digne d'attention ; on y admire les vestiges d'une enceinte romaine, de quais sur les deux rives du fleuve, d'un amphilhéâtre, d'une naumachie , de trois aqueducs qui ont été récemment restaurés et rendus à leur ancienne destination , la Maison carrée ou temple d'Auguste et de Livie , édifice fort délabré qui renferme aujourd'hui le musée des antiques; le Plan de l'aiyuille ou Tombeau de Pilote, qui de tous ces monuments est le mieux conservé, et se trouve hors de la ville.

Vienne est une ville industrielle, et la petite rivière de la Gère, dont les eaux limpides sont également bonnes pour la trempe de l'acier et pour la teinture, y met en mouvement une foule d'usines. On y trouve des fabriques de draps croisés et de nouveautés, des moulins à farine et à foulon, des tanneries renommées, des fonderies de cuivre, forges à l'anglaise et hauts fourneaux. On y fabrique aussi des produits chimiques, et l'on y fait le commerce des vins.

Celle ville est l'ancienne capitale des Allohroges, l'ienna Adobrogum ou Vindobona; elle était déjà célèbre du temps de César, et elle devint sous la domination romaine l'une des cités les plus opulentes de la Gaule; on y cultivait avec éclat les lettres et les arts; les empereurs y avaient un palais et plusieurs y séjournèrent; sous Claude elle Tut la résidence du préfet des Gaules et du commandant de la flotte du Rhône ; enfin c'était la capitale de la Viennoise et l'une des dix-sept métropoles de la Gaule. Elle fut l'une des premières villes qui embrassèrent le christianisme, et ses archevêques ont longtemps porté le litre de jmmats des Gaules. Valentinien y fut étranglé en 392; sous Honorius elle passa sous la domination des Bourguignons, dont elle devint la capitale en 432; les Francs s'en emparèrent en 534. Au huitième siècle, les Sarrasins, qui ravagèrent toute la rive droite du Rhône, pillèrent Vienne, dont b plupart des monuments furent alors détruits. En 871, elle fut assiégée et prise par Charles le Chauve, passa dans le royaume de Bozon, et dès lors suivit le sort du reste du Dauphiné. Dans ses murs se sont tenus plusieurs conciles : le plus célèbre est celui où Clément V, en présence de Philippe le Bel, condamna les Templiers.

La Mure, ville industrieuse et commerçante de 3,650 habitants, est située sur un petit plateau à l'extrémité de la vallée dite de Mutisme, sur la rive droite du Drac,

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non loin de son confluent avec la Bonne. Elle renferme des fabriques de clous et de grosses toiles, quelques tanneries, et l'on y exploite de la houille; son commerce consiste principalement en grains, bestiaux et produits de ses fabriques.

Cette ville , qui est située sur la route de Grenoble à Gap , a eu une importance militaire dans le seizième siècle. Elle était alors fortiûée , défendue par une citadelle, et, ayant embrassé la réforme, elle soutint contro le duc de Nemours un siège mémorable.

Vizillt est un bourg de 2,000 habitants assez important par ses fabriques de toile* peintes, ses filatures de coton , ses hauts fourneaux et ses papeteries. Il est situé sur la rive droite de la Romanche, dans une plaine fertile à l'embranchement des deux routes de Gap et de Briancon sur Grenoble. Vizille est célèbre par les États provinciaux du Dauphiné qui s'y tinrent dans le château des ducs de Lesdiguières, le 21 juillet 1788, et qui furent le signal du mouvement de 1789. C'était jadis une position militaire importante , et l'on y voit encore les ruines d'un château fort.

Bourg cl" Oy tans est une petite ville de plus de 3,000 habitants qui possède des fabriques de toiles de coton et fait le commerce de planches. Elle est située sur la rive gauche de la Romanche dans une vallée remarquable par ses richesses minérales entourée de hautes montagnes où l'on trouve des mines de plomb argentifère et la plus grande variété de roches géologiques, et fermée au sud-est par le mont de Lens, dont le sommet couronné de glaciers s'élève entre les vallées de la Romanche et du Vençon.

Le Bourg d'Oysans est situé sur la magnifique route qui va de Lyon en Italie par Briançon et le mont Genèvre. Elle passe au-dessus du torrent de la Romanche en le côtoyant; elle est le plus souvent taillée dans le roc à ciel ouvert, mais elle suit quelquefois des terrasses ou des galeries souterraines éclairées par des ouvertures latérales, à travers lesquelles on aperçoit les eaux du torrent qui roule à près de 300 mètres au-dessous de la route. L'ancienne route que suivaient déjà les Romains passait beaucoup plus haut derrière la montagne de Lens.

Forl-Barraux, situé sur la rive droite de l'Isère à 2 kilomètres de la frontière de Savoie et à l'entrée de la vallée du Graisivaudan , est une place qui couvre Grenoble et toute l'Isère , et domine la roule de Chambéry à Grenoble. Il a été construit par le duc de Savoie, Charles- Emmanuel , en 1597, et fut surpris par le duc de Lesdiguières, qui en resta maître pour le roi Henri IV.

Près de là , sur la rive gauche de l'Isère, se trouve le bourg de Ponlcharra, célèbre par une victoire de Lesdiguières sur le duc de Savoie, et près duquel s'élèvent les ruines du château de Boyard. Cet antique manoir est bâti sur un mamelon isolé qui domine la vallée ; on voit encore les murailles épaisses de deux mètres qui fermaient la cour, l'arcade crénelée servant de porte et protégée par deux tours rondes qui semblent dater des croisades. Du côté de l'Isère et devant la façade s'élevaient trois étages de tourelles superposées et s'appuyant à un glacis couvert de gazons. C'est dans ce château qu'est né le Chevalier sans peur el sans reproche.

Allevard est un bourg de 2,600 habitants, situé sur la Breda, qui y alimente de nombreuses usines. Il est célèbre par les beautés pittoresques des montagnes voisines, par son isolement sauvage, et surtout par ses mines de fer qui sont très-importantes.

et donnaient il y a quelques années 50,000 quintaux métriques. On y trouve des hauts fourneaux , des forges , des fonderies , etc.

La Grande-Charlreute est un célèbre monastère situé dans les montagnes du même nom à 2h kilomètres de Grenoble, près de la rive droite du Guiers-inort. Il est bâti à 1,013 mètres de hauteur, dans une belle prairie, au centre d'une forêt cédée en 1084 par Hugues , évêque de Grenoble, à saint Bruno, qui s'y retira avec quelques disciples et y institua l'ordre des Chartreux. Saint Bruno alla mourir en Calabre, mais son ordre s'accrut rapidement ; les premières cabanes firent place en 1296 à des bâtiments plus vastes, et les religieux, devenus par diverses donations maîtres de tout le vallon et du défilé du Guiers , seule route qui permet d'arriver au couvent , en fermèrent les extrémités par des portes dont il reste encore quelques traces.

Le monastère actuel a été reconstruit vers 1678 après avoir été huit fois la proie de l'incendie. Il consiste en deux corps de bâtiments adossés à la montagne qui borde la rive gauche du torrent, formant chacun un parallélogramme, et comprenant entre eux un angle aigu. L'un de ces corps de logis a 300 mètres de long sur 20 mètres de large , et renferme les logements du général et des grands officiers de l'ordre, les cuisines, les réfectoires et l'église, qui occupe le centre de l'édifice. L'autre corps de logis a environ 400 mètres de long sur 20 mètres de large, et renferme le cloître, les cellules, le cimetière, etc. Tous ces bâtiments sont entourés de vastes murs et de jardins.

Cet établissement, dont les habitants furent dispersés par la révolution, a été r »uvert en 1816, et il est visité continuellement par des voyageurs et des pèlerins.

Deux routes mènent de Grenoble à la Grande Chartreuse : l'une, pour les cavaliers, passe par le Sapey, et traverse une forêt de sapins à travers laquelle on a de délicieux points de vue sur la vallée de l'Isère. L'autre, beaucoup plus longue et suivie par les piétons, descend l'Isère jusqu'à Voreppe; de là, à travers deux montagnes, l'une à l'ouest très-bien cultivée, l'autre à l'est sauvage et couronnée de sapins, on atteint Saint- Laurent du Pont, d'où l'on remonte au sud-est par sa rive gauche la vallée pittoresque et terrible du Guiers-mort, redoutable défilé fermé à ses deux extrémités par une gorge ou déchirure presque verticale , tracée dans des roches noirâtres couvertes de ronces et de sapins. La première porte de cette vallée est au hameau de Fourvoirie, où les Chartreux ont percé dans le roc la route actuelle. Le chemin suit les sinuosités du torrent qui roule au fond d'un abîme , bordé par des masses verticales de rochers coupés à pic, dont la cime se perd dans les nues. A l'endroit où le chemin est le plus étroit, un pavillon fermait jadis l'entrée du désert , qui commence en ce point. On suit ainsi le fond du ravin sur la rive gauche au milieu d'affreux escarpements entrecoupés de précipices, où les eaux s'engouffrent avec fracas. Le pont Pérat, d'une seule arche jetée d'une roche à l'autre sur le gouffre où mugit le Guiers, conduit sur la rive droite, où commence alors une périlleuse ascension par un sentier glissant, étroit et tortueux, le plus souvent taillé dans le roc. Tout à coup une porte en ruines, connue sous le nom de fort de l'Aiguillette, semble vouloir fermer la route, et au-dessus de ces ruines s'élève du fond de l'abîme une roche pyramidale dont les flancs sont couverts de sapins. Le chemin se poursuit en plein désert, à travers l'obscurité d'une forêt de sapins, entre les rochers et le torrent, qu'on entend se briser contre les obstacles

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opposés à sa course , mais qui n'apparaît plus qu'à de rares intervalles et à une sombre profondeur. Après avoir passe" devant une cascade superbe, qui se précipite à plus de 200 mètres au-dessous du voyageur, on arrive au vallon latéral oh se trouve la Chartreuse; on franchit encore un pont qui est situé à k kilomètres du premier, et qui fermait l'ancienne entrée des Chartreux ; on commence à descendre , et après 2 kilomètres de forêts dominées par d'effroyables rochers et des montagnes décharnées, la vallée s'élargissant peu à peu , la forêt devient moins épaisse et moins obscure; aux sapins succèdent les hêtres, à travers lesquels, à un détour du chemin, on aperçoit enûn la Grande Chartreuse , bâtie en amphithéâtre sur un terrain inégal au pied du mont Granson, dont la cime neigeuse s'élève au-dessus de tous les sommets environnants.

Sassenage est un bourg de 1,600 âmes, coquettement posé au pied d'une montagne rocheuse d'où s'échappe le torrent de Furon, qui forme plusieurs cascades, et va finir dans le Drac. Il est renommé pour les beautés pittoresques de ses environs, et pour les excellents fromages qui s'y fabriquent.

Près de ce bourg se trouvent les deux fameuses grottes de Sassenage auxquelles on parvient par un sentier difficile ; une entrée large et haute de 5 mètres y donne accès dans un vestibule aboutissant à plusieurs cavernes, d'où sort le torrent de Germe, dont les eaux forment une belle cascade et vont avec fracas se précipiter dans le Furon. Dans une autre grotte se trouvent les deux cuves de Sassenage, petites excavations à peu près cylindriques creusées dans deux pierres, et qui se remplissent d'eau spontanément. L'ignorance et la crédulité en avaient fait une des merveilles du Dauphiné, et la plus ou moins grande hauteur de leur niveau au jour des Rois faisait présager une bonne ou une mauvaise récolte.

l'oiron est une jolie ville de plus de 8,000 habitants, qui possède une chambre consultative des arts et manufactures. Elle est située au pied d'une colline sur les bords de la Morge, dont le cours y alimente un grand nombre d'établissements industriels, tels que papeteries, tanneries, forges, clouteries, distilleries, fabriques de toile, etc. On y fait un commerce considérable de toiles de chanvre, papiers, aciers, etc., pour lesquels elle a des débouchés faciles, grâce à sa position sur la route de Valence aux Échelles.

Pont-de-Beauvoisin est une petite ville assez bien bâtie et située sur la rive gauche du Guiers; elle a 2,300 habitants, possède un collège et des fabriques de toiles, et fait le commerce de chanvre et de blé. Elle doit son nom à la petite ville de Beauvoisin située en Savoie sur l'autre rive du Guiers, et avec laquelle elle communique par un pont hardi d'une seule arche.

Bourgoin, petite ville de 4,800 âmes, est située à l'embranchement des routes de Grenoble et de Chambéry à Lyon, près de la rive gauche de la Bourbre; c'est le siège du tribunal civil de l'arrondissement de la Tour-du-Pin; grâce à sa position, elle fait principalement le commerce des laines, qui sont très-recherchées pour leur finesse et leur blancheur, et possède des manufactures de coton, draps, papiers, etc.

Crimicvx n'est plus aujourd'hui qu'un joli bourg de 2,300 habitants, agréablement situé au pied d'un coteau à environ 5 kilomètres du Rhône, et qui faille commerce do toiles et de volailles renommées. Mais avant la révolution c'était une ville enceinte

de remparts; les Dauphins ont séjourné dans un fort château dont on voit encore les débris. C'est près de là que se trouve , sur la rive gauche du Rhône , la grotte de la Balme, l'une des merveilles du Dauphiné, et remarquable en effet par son vestibule transformé en chapelle dédiée à la Vierge, et par les stalactites, les cascades et le petit lac qu'on y trouve à l'intérieur.

La Côte Saint-André est un bourg de 4,500 habitants, situé dans l'arrondissement de Vienne, et renommé pour ses liqueurs et ses vins blancs légers et pétillants, dont il tire un grand produit. 11 doit son nom au coteau sur le flanc duquel il est bâti , et où se trouvent les vignobles qui ont fait sa réputation.

Mobraru est un gros bourg de l'arrondissement de Sainl-Marcellm , qui renferme 2,700 âmes environ. 11 est situé sur la petite rivière de la Morges, à l'intersection des routes de Grenoble à Bourgoin et de Valence à Pont-de-Beauvoisin , dans une position avantageuse pour son commerce. D'après les ruines qu'on trouve aux environs, on présume qu'il occupe l'emplacement d'un camp romain ; les débris de remparts et les vestiges de portes qu'on y voyait naguère attestent qu'elle a été plus florissante qu'aujourd'hui : les guerres civiles l'ont minée.

Tullins, situé sur la même route de Valence, est un gros bourg de 6,650 habitants, bâti à peu de distance de la rive droite de l'Isère, dans une belle et fertile vallée qu'arrose le torrent du Rival, mais qui est souvent couverte des boues et cailloux qu'entraîne ce torrent. Il fait le commerce d'aciers, de chanvre, de couvertures d'éloupes, de draps et laines. On y trouve une papeterie, une aciérie, une fonderie de cuivre , des scieries de planches , etc.

Rivet est un joli bourg de 2,400 habitants, situé dans un charmant vallon qu'arrosent la Fure et son affluent le Rcaumont. C'est avec les villages voisins un centre d'industrie très-active et dont les produits sont renommés : ses papeteries sont réputées les plus belles de la France, ses aciéries occupent vingt-cinq forges; enfln on y trouve des fabriques de toiles, de crêpes et de foulards.

§ VIII. DÉPARTEMENT DE LA DhÔIIE. — STATISTIQUE, AGRICULTURE, COMMERCE, ETC.

— Ce département a été formé du Dauphiné (636,129 hect.) et d'une partie de la Provence (20,869 hect.). Sa superficie est de 653,957 hectares. Sa population était : en 1801, de 235,357 habitants; en 1821 , de 273,511 hab.; en 1841, de 311,498 hab.; elle est aujourd'hui de 326,846 habitants.

Il a pour chef-lieu Valence, et forme 4 arrondissements ainsi subdivisés:

Arrondissement de Valence . . . 10 cantons, 102 communes, 15& ,01 7 habitants.

— de Yioutt limart . S — 69 — 6S,926 —

— de Die 9 — 117 — 66,496 —

— de Nyons .... 4 — 74 — 36,405 —

4 arrondissement* 28 cantons .lôTcommunes, S26,»46 liabilanl*.

Ce département forme le diocèse de l'évéché de Valence, et renferme , pour le culte calviniste, 5 églises consistorialcs (Crest, Die, Dieu-Ie-fit, la Mothe-Chalencon, Bourg-Iès- Valence), et 60 temples; 4 tribunaux de première instance et un tribunal de commerce; 3 collèges, à Romans, Montélimart et Valence; 7 écoles supérieures, 627 écoles élémentaires , dont 372 écoles communales. Il fait partie de la 8' division militaire (Lyon).

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C'est un département agricole et manufacturier; très-montagneux à Test, où les contre-forts des Alpes ont encore de 12 à 1500 mètres, il est généralement maigre, sablonneux, et seulement fertile sur les bords du Rhône. On subdivise sa superficie de In manière suivante : 227,000 herlaresde terres labourables, 16,000 de prés, 19,000 de vignes, 123,000 de landes, 149,000 de bois. Le climat y est généralement sain, plus froid qnc tempéré. L'agriculture y est arriérée, et donne des céréales insuffisantes, des fruits abondants, des vins, dont quelques-uns (l'Ermitage, la Côtc-Hotie, clc), sont fort estimés; leur produit annuel est de 390,000 hectolitres, dont 150,000 sont exportés. On cultive la garance. Les noyers, dont le produit sert à faire de l'huile, les amandiers, les cliâLaigniers et surtout les oliviers abondent. Dans les montagnes, les essences dominantes sont le sapin, le chône blanc et le hêtre. On y élève peu de gros bétail et de chevaux ; mais les moutons et les mulets sont assez nombreux. On s'occupe beaucoup des volailles cl surtout des vers à soie, l'une des richesses du pays, et qui donnent par an plus de 200,000 kilogrammes de soie grége. Il y a dans le département 15,000 têtes de gros bétail, /|00,000 moutons, 03,000 porcs, 24,000 chèvres, 11,000 chevaux, 20,000 mulets et 3,000 ânes.

On trouve dans la Drôrnc des mines de beaux granits et marbres blancs, de grès à meule, de pierres de (aille, de gypse, craie, pierre à chaux, sable pour verre, faïence 5 poterie, argile à creusets, terre à porcelaine, etc. L'exploitation du fer est peu considérable; on en trouve à Châteauneuf-du-Rhône et à la Chapelle-en-Yercors. A Fay, on exploite une houillère. H y a des sources d'eaux minérales à Dieu-le-fit, Aurcl , Montélimart , Saint-Paul-Trois-Chàteaux , etc.

L'industrie consiste surtout dans la fabrication de grosses draperies, ratines et serges, ainsi que dans la filature et le tissage de la soie. Au deuxième rang viennent les ganteries de Valence, assez estimées, les filatures de coton et de laine, les manufactures d "étoffes de soie, de toiles peintes, de bonneteries, les papeteries, maroquineries, tanneries, corderies, teintureries, huileries, distilleries, fabriques de faïences, tuiles, briques, poteries, les fours à chaux et à plâtre. Le commerce est important en bois, verres, soies, poteries et porcs gras.

11 y a dans la Drôme : 2 rivières navigables, sur 182 kilomètres (le Rhône, 1 '(0 kil.; l'Isère, 42 kil.); 5 roules impériales, sur 311 kil.; 5 routes départementales, sur 150 kil.; 4,818 chemins vicinaux, sur 4,818 kil.; en tout, 5,461 kilomètres de voies de communication.

§ IX. Département de la Drôme. — Description des villes. — Valence, cheflieu du département, est le siège d'un évèché et d'un tribunal de première instance; elle possède un collège, une bibliothèque de 15,000 volumes, un arsenal et une école d'artillerie, etc. Sa population est de 16,000 habitants.

Elle est agréablement située au bord et sur le flanc d'un plateau peu élevé qui borde la rive gauche du Hhône; de jolis coteaux que vivifient de nombreuses sources d'eaux courantes la dominent, et elle communique par un faubourg avec le fleuve, qu'on y franchit sur un beau pont suspendu. Klle est entourée d'anciennes murailles délabrées, et possède encore une vieille citadelle, bâtie par François I", et qui n'est plus susceptible de défense. Elle est bien bâtie, mais mal percée et très-irrégulière, peu animée et dépourvue de belles places et d édifices intéressants. On y remarque tome h. 21

cependant le mausolée de Pic VI, avec son buste par Canova, dans l'église cathédrale de Saint- Apollinaire; la maison dite de Marc-Aurèlo, où se trouvent de curieuses sculptures; le palais de justice, la préreclure, la promenade du Ghamp-de-Mars, située près de la citadelle , d'où l'on a une vue délicieuse sur la vallée du Rhône , ainsi que sur la côte rocheuse de Saint-Péray, derrière laquelle se dressent les montagnes du Vivarais. Valence est un grand dépôt des vins et des soies du Midi, et fait le commerce d'huile d'olives et d'huile de noix.

C'est l'ancienne l'aie n lia des Segahuni dont perlent Pline et Plolémée. Sous Vespasien elle devint colonie romaine, et fut, sous Valentinien, comprise dans la première Viennoise. Elle fut prise par les Vandales, par les Goths, par les Sarrasins, par Charles Martel , qui l'incendia, par les Normands, etc. Elle devint, dans le démembrement du royaume de Provence, la capitale du Valentinois et la seigneurie particulière de ses évèques. Elle fut assiégée deux fois par les protestants. Le pape Pie VI y fut amené de Rome en 1798 et y mourut. C'est la patrie de Championnet , auquel on a élevé une statue.

Die, chef-lieu d'arrondissement, est une ville de 4,000 âmes, avec un tribunal de première instance et une église consistorialc protestante. Ello est située sur la rive droite de la Drôme , au centre d'une vallée fertile et pittoresque comprime entre deu\ chaii.es de hautes et arides montagnes.

C'est une ville très-ancienne, et qui était appelée sous les Gaulois Dca l'oconliorum. Elle eut un grand éclat sous les Romains et joua un rôle important dans le moyen âge. Aujourd'hui c'est une ville insignifiante, et qui ne se dislingue que par ses vins muscats et la clairette qu'on récolte sur son territoire. Elle est entourée de murailles flanquées de nombreuses tours, et renferme peu d'édifices dignes d'être cités, si l'on excepte les bâtiments de l'ancien évêché et la cathédrale, ornée de belles colonnes de granit provenant d'un temple de Cybèle. On y trouve un assez grand nombre d'anliquilés, plusieurs tauroboles bien conservés, les ruines d'un aqueduc et l'arc tic triomphe de la Porle-Saint-Marcel sur la route de Gap.

Montilimarl , chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal de première instance et un collège, a une population de 10,000 habitants. Elle est située au confluent tin Roubion et du Jabron , sur le flanc d'un riant coteau couvert de vignes , au milieu d'une fraîche contrée arrosée par un grand nombre de canaux et fertile en oliviers, orangers, mûriers, etc. C'est une ville généralement propre, bien bâtie et bien percée. Elle est entièrement ceinte d'anciennes et énormes murailles flanquées de tours , percées de quatre portes et longées à l'intérieur par un boulevard. Dans la partie supérieure s'élève la citadelle, reliée aux murs d'enceinte, antique donjon fortifié à la moderne par le chevalier de Ville, et servant aujourd'hui de maison de correction. On y trouve des fabriques de fers et grosse quincaillerie , de chandelles , de poteries, et l'on y fait le commerce de grains, farines, légumes, cire, mie!, huiles de noix et d'olives, bestiaux, etc.

Cette ville, dont l'origine est inconnue, s'appelait, dans le onzième siècle, M«nttil, et appartenait à des seigneurs de la famille û'Ad/itmar : de là dérhe son nom actuel. C'était une des quatre grandes seigneuries du Dauphiné , et elle fut longtemps disputée par les Dauphins de Viennois et les comtes de Valentinois. C'élaH aussi un •

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