LYONNAIS. — DÉPARTEMENTS DL' RHÔNE ET DE LA LOIRE
g 1". Aperçu général, limites, suddivisions. — Le Lyonnais est un pays de transition entre le midi et le nord de la France. Les contrées de montagnes granitiques , de rocliers arides, de soleil ardent , de pâle feuillage , ces contrées anguleuses, grises, sèches, où l'on désire tant, où l'on trouve si peu les grands arbres, l'eau, la verdure « i l'ombre , ces contrées, dis-je , n'ont pas entièrement cessé , mais elles n'occupent plus « ntièrement le sol ; à côté d'elles , on trouve dans le Lyonnais les croupes arrondies, les collines verdoyantes, les frais paysages, les champs gras et plantureux du nord;
l'olivier a disparu , mais le mûrier règne encore; les cours d'eau ne sont plus seulement des fléaux torrentueux, et à cité du Rhône, bondissant, écumeux , ravageur, on trouve la Saône, molle, lente, paisible, bienfaisante. La population elle-même semble intermédiaire entre celles du midi cl du nord de la France : elle est ardente et passionnée, mais active, laborieuse, grave, sérieuse. L'industrie n'y est plus là disséminée par groupes isolés ; elle occupe tout le sol, tous les bras, et le paysan est à la fois agriculteur et tisserand; elle ne donne plus là des produits médiocres ou qui trouvent partout des similaires ; elle donne des produits qui n'ont point d'égaux dans le monde entier. Enfin si l'on a dans ce pays un grand amour d'indépendance , de liberté , on a aussi un sentiment national très-ardent ; l'on n'y sent point la haine jalouse ou l'opposition aveugle contre le nord et Paris ; Lyon est une vraie capitale , un centre d'attraction, d'affaires et de vie pour tout le sud-est de la France, une ville qui a une existence spéciale et pleine de grandeur, une physionomie toute particulière; si elle imite Paris , elle ne l'envie pas et ne cherche point à l'égaler.
La province, vulgairement appelée Lyonnais, parce qu'elle formait un gouvernement militaire ainsi dénommé, comprenait trois pays distincts : le Lyonnais, le Forez et le Beaujolais, qui liraient leurs noms des villes de Lyon, de Feurs et de Beaujcu. Au levant, il s'appuyait à la Saône et au Rhône, qui le séparaient de la Bresse et du Dauphiné; au nord, il était borné par la Bourgogne et le Bourbonnais; au couchant, il était séparé de l'Auvergne par les monts du Forez ; enfin au sud , il était le prolongement de la masse des Cévennes et était borné par le Languedoc. Le Lyonnais et le Beaujolais appartenaient au bassin du Rhône , le Forez au bassin de la Loire.
Le gouvernement du Lyonnais formait une généralité , qui était du ressort du parlement , de la cour des aides et de la chambre des comptes de Paris. Sa superficie totale était de 721,018 hectares , dont 397,666 pour le Forez ,179,314 pour lé Beaujolais, 204,038 pour le Lyonnais propre. La population était à l'époque de la révolution d'environ 633,600 habitants; elle est aujourd'hui de 1,047, 333 habitants pour les deux départements du Rhône et de la Loire , que le gouvernement du Lyonnais a formés.
§ II. Okocraphie. — Constitution géologique. — Le pays est assis principalement sur les deux revers des montagnes entre Saône et Loire, qui font partie du faite général de partage des eaux de la France, et sont le prolongement des Cévennes; sa charpente orographique est donc formée de la partie de ces montagnes qu'on appelle monts du Lyonnais et du Beaujolais. A cette charpente principale, il faut ajouter une partie du contre-fort entre Loire et Allier, qu'on appelle monts du Velay et du Forez.
I. Monts du Lyonnais et du Beaujolais. — Une petite partie des monts du Vivarais se prolonge dans le Lyonnais; elle est principalement marquée par le mont Pila ou Pilai, situé entre Argentan et Saint-Chamond, à une hauteur de 1,072 mètres, et qui se tennine par un assez large plateau hérissé de trois pics; ce plateau est en partie couvert de débris énormes de rocs bruts, nommés Chirats, que l'on a pris longtemps pour les restes d'une forteresse de César. C'est sur le mont Pilât que se trouvent les sources du Gicr, qui en descend par une belle cascade. De cette montagne se détache au nord -est un court chatnon très -abrupte qui côtoie la rive tomf. h. 22
droite du Gier, el va se terminer brusquement sur le Rhône au-dessus de Condrieu et de Givors.
Les monts du Lyonnais forment une chaîne peu épaisse qui s'étend du mont Pila à la montagne de Tarare sur une longueur de 60 kilomètres. Elle se dirige d'abord au nord-ouest entre Saint-Chamond et Saint-Étienne , revient vers l'est le long de la rive gauche du Gier, se redresse au nord-ouest le long de la Coize , projette sur la rive droite de la Brévannc le rameau épais et confus du mont d'Or, qui se prolonge jusqu'au nord-ouest de Lyon ; puis elle se redresse au nord entre la Brévanoe et la Loire , et va enfin atteindre la montagne de Tarare. La hauteur moyenne de ces montagnes est de 800 mètres. Un petit nombre de routes les traversent : 1° du Puy à Lyon , par Saint- Éliennc; elle est dans sa dernière partie longée par un chemin de fer; 2* de Clerniont à Lyon, par Feurs; 3° de Roanne à Lyon, par Tarare.
Les montt du Beaujolais, dont la hauteur moyenne est de 600 mètres, ont leur origine au mont Tarare, à partir duquel , sur une longueur de 35 kilomètres, ils remontent en longeant la rive droite de l'Azergues jusqu'aux sources de celte rivière. Au nord et au sud du mont Tarare , point culminant qui s'élève au sud-ouest de la ville de même nom, et qui a environ 1,000 mètres de hauteur, ces montagnes sont généralement nues , plus abruptes et plus difficiles que les monts du Lyonnais. Vers leur extrémité septentrionale, elles changent d'aspect et se relient aux monts du Charolais par des montagnes boisées qui dominent à l'ouest la ville de Beaujcu , et d'où se détache un long rameau qui redescend au sud-est vers Villefranche et Anse, en séparant le cours de l'Azergues de celui de la Saône.
Colle longue suite de montagnes qui , depuis le mont Pilât jusqu'aux sources de l'Azergues, traverse du sud au nord toute la province du Lyonnais, y occupe une longueur totale de 100 kilomètres environ, pendant laquelle elle ne jette à droite el à gauche que des rameaux très-courts dont nous avons indiqué les deux principaux. Ces rameaux se terminent en pentes escarpées sur la Loire ou sur la Saône, dont les cours dirigés en sens inverse ne sont éloignés l'un do l'autre que de 25 à 50 kilomètres.
La partie méridionale de ces montagnes, c'est-à-dire les monts du Lyonnais, est formée de terrains cristallisés ou primitifs. C'est , en effet, le gneiss qui constitue tout le pays compris entre Loire et Saône, depuis le mont Pilât jusqu'au cours de la Brévanne, sauf le bassin houiller, qui s'étend d'abord en bande étroite , depuis le Rhône, sur la rive gauche du Gier et s'ouvre ensuite à l'ouest pour former un triangle compris entre Rive-de-Gier, Andrezieux et le Chambon , dont le côté méridional passe un peu au sud de Saint-Étienne et de Saint-Chamond.
La haute vallée de la Brévanne offre elle-même un petit bassin houiller très-étroit, auquel succède, entre cette rivière et la Tardine, un massif granitique qui se termine parallèlement au cours de la Loire et à quelque distance de sa rive droite , et se prolonge au nord jusqu'à la montagne de Tarare.
Quant aux monts de Beaujolais, le granit n'y apparaît qu'en deux ou trois points, à l'est de Thi/y et au nord-ouest de Beaujeu ; ces montagnes sont surtout formées de terrains moyens de transition commençant au sud vers Néronde, Tarare et l'Arbresle, et se prolongeant au nord jusque vers les sources de la Grone. Ces terrains de transi-
Uon ne se rencontrent guère sur le versant oriental qu'entre I'Azergues et la Tardine ou la Brévanne inférieure ; ils constituent principalement , au contraire , le versant occidental jusqu'à une faible distance de la Loire, qu'ils traversent môme par une bande assez épaisse, entre Nérondc et Roanne. Ces terrains moyens de transition sont parsemés de massifs de porphyre plus ou moins importants. Ce sont ces mômes roches plutoniques qui forment surtout le versant oriental des monts du Beaujolais entre les cours supérieurs de la Grone et de I'Azergues jusque vers Oingt, où leur succèdent, entre Villefranche et Chessy, un massif de marnes supra-liassiques, qui se prolongent même sur la rive droite do I'Azergues par un autre petit massif de même nature , entre Neuville et Limonest. Enfin les dernières pentes du versant oriental qui bordent la rive droite de la Saône, depuis l'entrée de cette rivière dans la province jusqu'à Neuville , sont formées de terrains d'alluvion. Quant à la rive droite du Rhône , elle est généralement composée de gneiss; toutefois, au nord de Givors, à l'ouest de Saint-Genis et de Lyon, on voit apparaître quelques parcelles do terrains tertiaires supérieurs formés de ces alluvions anciennes de la Bresse, qui , sur l'autre rive de la Saône , constituent exclusivement tout le pays jusqu'aux bords de l'Ain.
II. MonU du Velay et du Forez. — Ainsi que nous l'avons déjà vu (page 36), cette chaîne se détache du faite au sud du mont Gerbier des Jor.cs , et se prolonge du sud au nord sur une longueur totale de 200 kilomètres environ et une hauteur moyenne de 1,000 mètres, depuis ce point jusque vers la Palisse. Elle porte d'abord le nom de monts du Velay dans le département de la Haute-Loire jusqu'à la hauteur de la Chaise-Dieu. Là, elle se bifurque pour enecindre le bassin de la Dore, affluent de l'Allier; la branche occidentale , ou monts de la Dore, court au nord-ouest et va en Auvergne séparer la Dore de l'Allier. La branche orientale , qui est la plus importante, se prolonge directement au nord en formant à peu près la séparation des anciens gouvernements d'Auvergne et du Lyonnais ; elle porte le nom de monts du Forez entre les sources de la Dore et celles de la Bèbre; c'est une chaîne escarpée, abrupte et boisée , dont le versant occidental , qui serre la Dore de près , est beaucoup plus rapide que le versant opposé, lequel est plus éloigné des bords de la Loiro; ses sommets sont tantôt dépouillés et arides, tantôt couverts d'une riche végétation; leurs bases sont cultivées ou garnies d'excellents pâturages. On y remarque entre Olliergues et Montbrison , au nord des sources de l'Ance , le mont Saint- Pierre-sur- Haute, point culminant de toute la chaîne , et dont la hauteur est de 1,634 mètres. Au Puy-deMontoncelle (1,292 met.), source de la Bèbre, les monts du Forez se divisent à leur tour : la branche occidentale, longeant la rive gauche de cette rivière, pénètre dans le Bourbonnais et va se terminer dans les plaines de Moulins par des coteaux boisés; la branche orientale, avec une hauteur moyenne de 850 mètres, sous le nom de monts de la Madelaine, continue à limiter le Forez à l'ouest en côtoyant la rive droite de la Bèbre jusque vers la Palisse et le Donjon, où elle s'efface dans les plaines du Bourbonnais.
Les monts du Forez , qui font suite aux roches volcaniques des monts du Velay, sont formés de terrains primitifs qui , à l'ouest, s'étendent en Auvergne par-dessus la Dore, jusque vers Billom et Thiers, tandis qu'à l'est ils s'arrêtent vers Boen, Montbrison et Saint-Ramberl , où ils se joignent au gneiss de la rive droite de la Loire,
fermant ainsi au sud et à l'ouest la fertile plaine de Montbrison. Au nord , ces terrains primitifs s'arrêtent dans le département de la Loire, sur la rive droite du Lignon; mais ils se prolongent obliquement au nord-ouest entre la Dore et l'Allier, d'une part, et la Bèbre, d'autre part, jusque vers Vichy et Cusset. Sur la crête des monts du Forez , à la limite des deux départements de la Loire et du Puy-de-Dôme , ces terrains primitifs comprennent un étroit massif granitique s'allongeant du nord au sud par Noiretable, entre Saint-Pierre-sur-Haule et le Puy-de-Montoncelle.
Les richesses minéralogiques que renferment les montagnes du Forez consistent en minerais de plomb et de fer, et surtout en houillères qui se trouvent au sud-est de la province, et qui embrassent un vaste bassin comprenant toute la partie du Forez située entre la Loire et le Furens, et se prolongeant par le bassin du Gier dans le Lyonnais jusqu'au Rhône. C'est l'un des huit grands bassins houillère de la France, et à coup sûr le plus important, tant par sa richesse que par la qualité de son combustible, les charbons de forge de Saint-Étienne étant réputés les meilleurs du monde.
a Le sol houiller de Saint-Étienne et de Rive-de-Gier est contenu de toutes parts dans un bassin d'origine primitive, qui s'étend du sud-ouest au nord-est, entre la Loire et le Rhône , vers le point où les deux fleuves, coulant en sens contraire , sont le moins éloignés l'un de l'autre. Ce bassin offre un renflement considérable à l'ouest, c'est-à-dire vers la Loire. Sa plus grande largeur, prise dans la méridienne de Rochela-Molière, est alors de 13,000 mètres; mais les bords se rapprochent sensiblement vers Saint-Chamond , et courent ensuite des deux côtés de la rivière de Gier, parallèlement à son cours, jusque vers les limites du déparlement de la Loire, sur le versant du Rhône. Ils se prolongent, sans changer de direction, jusqu'à ce fleuve et même un peu au delà. A Rive-de-Gicr, la formation houillère n'a pas plus de 2,300 mètres de largeur; à Tartaras, elle en a encore moins. Sa plus grande étendue en longueur, mesurée entre Saint-Paul-cn-Cornillon et Givors, est de Z§6,250 mètres. Sa superficie totale est de 221 kilomètres carrés, partagés en 62 concessions.
A l'ouest et au nord-ouest, il est assez ordinaire que le sol houiller repose sans intermédiaire sur des granits; au sud et au sud-ouest, il repose le plus souvent sur des gneiss, des schistes micacés ou talqueux, ou môme sur des serpentines. Ces roches le séparent des granits, qu'on retrouve en se rapprochant des crêtes primitives. Au delà, sur les revers opposés au terrain des houilles, le sol primitif renferme des gîtes métalliques'. »
Le produit du bassin houiller de la Loire est de 16 millions et demi d'hectolitres ayant une valeur d'environ 18 millions. Ce produit n'était que de 4 millions d'hectolitres en 1810.
Quant aux monts de la Madelaine , ils sont constitués surtout par une masse de porphyre qui, longeant la droite de la Rèbre, se termine au nord en une pointe aiguë dont l'extrémité est au sud du Donjon , dans le Bourbonnais. Ces porphyres s'avancent à l'est jusque vers Saint-Haon-le-Chatel , d'où ils lancent une pointe jusqu'à la Loire, par Saint- André et Saint-Maurice , de manière à fermer à l'ouest et au sud-ouest la vallée de Roanne. Ces mêmes porphyres s'avancent encore au sud-ouest enue fes
* Statistique industrielle du département de la Loire, par Alph. l'eyret, page 131.
cours de l'Aix et du Lignon jusque vers Saint-Germain-le-Val et Boen, à l'enlrée septentrionale de la plaine de Monlbrison. *
Cette plaine, formée presque entièrement, ainsi que celle de Roanne, de terrains tertiaires moyens, sauf les bords mêmes de la Loire, où l'on trouve des terrains d'alluvion , est limitée sur l'autre rive du fleuve par le gneiss ou le granit des monts du Lyonnais jusqu'à la hauteur de Nérondes.
Entre les deux plaines de Monlbrison et de Roanne se détache des monts du Forez un épais contre-fort formé de terrains de transition moyens , lequel se continue sur la rive droite de la Loire, de manière à enceindre à l'est la vallée de Roanne et à constituer presque entièrement, comme nous l'avons dit dans la description de l'autre chaîne, le versant occidental des monts du Beaujolais, au nord de Tarare. C'est à travers cette épaisse bande de terrains de transition moyens, parsemés de saillies de porphyre , qui deviennent plus considérables au nord et au sud de Thizy, que la Loire a dû, entre les confluents de l'Aix (rive gauche) et du Rahins (rive droite), se creuser un passage étroit et difficile.
Toute cette chaîne d'entre Loire et Allier est très-variée et très-agréable ; dans presque toute son étendue elle présente les sites les plus pittoresques et les vallées les plus délicieuses; la majeure partie de ses montagnes sont couvertes d'excellents pâturages où l'on élève de nombreux bestiaux et dans lesquels on fabrique des fromages estimés; beaucoup sont cultivées à une assez grande hauteur et sont plantées de vignes donnant d'assez bons produits, ou de châtaigniers dont les fruits sont renommés.
Cette chaîne n'appartient à l'ancien gouvernement du Lyonnais que par le versant oriental des monts du Forez et de la Madelaine. Elle est coupée dans cette dernière partie par : 1° le chemin d'Ainbert à Monlbrison ; 2" la roule de Clermont à Lyon, par Thiers et Feurs, qui Ira verse la chaîne à Noirelable (670 mèL), aux sources du Lignon ; 3e la route de Moulins à Roanne et à Lyon , qui coupe les monts de la Madelaine, entre la Palisse et la Pacaudière.
Pour compléter la description géologique de ce pays nous ajouterons que certains géologues ont pensé que le plateau de Saint-Etienne , dont la ceinture montagneuse montre à l'intérieur des roches granitoïdes micacées et à l'extérieur des roches de granit primitif, a du être originairement un vaste bassin, que peu à peu des détritus de tout genre auraient comblé en y entraînant les bois et les forêts qui couronnaient les hauteurs, et que c'est à ces végétaux biluminisés que serait due la formation du bassin houiller, dont le sol ainsi naturellement combustible devait naturellement être sujet aux inflammations spontanées. Aussi le Forez a-t-il eu ses volcans comme le Vivarais , le Velay et l'Auvergne ; mais les traces qu'ils ont laissées ne sont pas les mêmes. On n'y trouve pas d'anciens cratères ni de lacs formés soit par des cratères inondés, soit par des affaissements, ni scories de laves ou basaltes éparscs. Les volcans du Forez paraissent s'être fait jour de bas en haut , en formant des buttes peu élevées de basaltes noirs et compacts qu'on y rencontre fréquemment dans la direction nord-sud , principalement sur le bord occidental de la plaine du Forez , au pied des montagnes , où ils sont au nombre de trente; sous l'action prolongée de l'air ils ont pris une couleur gris foncé , et se changent en une argile cendrée , noirâtre et très-fragile. Les
plus remarquables sont : le pic de Montaubovx, de Moutverdun, les monts Supt, Claret, etc.
g III. Hydrographie. — Les divers cours d'eau qui baignent l'ancien gouvernement du Lyonnais appartiennent aux deux grands bassins du Rhône et de la Loire.
I. Bassin du Rhône. — Le Rhône forme par sa rive droite en aval de Lyon une partie de la frontière orientale de la province du Lyonnais. Ainsi que nous l'avons déjà dit dans la description du Dauphiné, au sortir de la ville, il tourne brusquement au sud ; sa rive droite est serrée de près par les contre-forts granitiques des monts du Lyonnais et du mont Pilât , tandis que sur la gauche s'étendent les plaines alluvionnclles ou sablonneuses de l'Isère. Au-dessous de Lyon, le Rhône passe successivement près de Saint-Genis et de Rrignais, à Givors et Condrieu dans le déparlement du Rhône , à Chavanay dans le département de la Loire , et à Limooy où sa rive droite commence à appartenir au Languedoc. La longueur de son cours entre Lyon et Limony est d'environ 6/1 kilomètres , dont 11 pour le département de la Loire.
Le Rhône reçoit dans le Lyonnais :
La Saône, qui appartient à la province par sa rive droite sur une longueur d'environ 30 kilomètres, depuis le confluent du ruis-seau d'Ouby en face de Thoissey (Ain). On trouve, en descendant du nord au sud, Belleville sur la rivière, Anse à quelque distance de sa rive droite , enfin Lyon , où elle entre par un canal très-profond et très -serré entre deux murailles de rochers à pic que défendent les forts Saint- Jean (r. g.) et Vaise (r. d.) ; elle traverse la ville en ayant à sa droite les hauteurs de Fourvières et de Saint-Irénée , et finit au pont de la Mulatière. Son cours très-paisible et très-!cnt, ses eaux vertes et tièdes contrastent avec la fougue et la rapidité de< eaux bleues et froides du Rhône. I^i Saône est navigable dans toute la province et même a amont jusqu'à Gray ( Haute -Saône) sur -280 kilomètres. Son importance est très -grande, car elle facilite le commerce de Lyon à l'aide des trois canaux du Centre, de Rourgogne et d'Alsace, qui relient le Rhône et la Méditerranée à la Loire , à la Seine et au Rhin. — A 2 kilomètres au-dessus de Lyon , sur la Saône , se trouve la petite ile Barbe, renommée par son aspect pittoresque et les embellissements qu'on y a pratiqués.
La Saône reçoit à droite dans le département du Rhône : 1° YArdière, petit torrent de 2.'i kilomètres de cours, qui naît au point de jonction des monts du Beaujolais et du Lyonnais, et arrose Beaujeu et Belleville; 2° VAzergues, qui naît dans les monts du Beaujolais, coule d'abord du nord-ouest au sud-est , passe près d'Oingt et à Chcssy, puis remontant au nord va finir en face de Trévoux après 48 kilomètres d'un cours souvent dangereux par ses inondations. Elle reçoit à droite la Brévanne, qui descend du mont d'Or au nord d'izeron , coule du sud-ouest au nord est en arrosant l'Arbresle. reçoit à gauche la Tardine issue de la montagne de Tarare, et va finir en face de Belmont. La Brévanne et la Tardine sont deux torrents dangereux par leurs débordements.
Après la Saône , le Rhône reçor* encore : le Gier, né sur le revers septentrional du rnout Pilât, d'où il tombe en cascades; il coule du sud-ouest au nord-est, arrose Saint -Chamond, Rive-de-Gier, et finit un peu en amont de Givors après 36 kilomètres de cours ; entre ces deux derniers points il est longé sur sa rive gauche par
le canal de Givors , tandis que le chemin de fer de Saint-Étienne , qui le traverse à Rive-dc-Git-r, suit sa rive droite jusqu'à Givors. Ce petit cours d'eau si insignifiant sur la carte est devenu depuis cinquante ans l'un des plus importants de la France par les richesses houillères que contient sa vallée. Cette vallée, tantôt formée de pentes nues et arides, tantôt de coteaux ondoyants et féconds, ressemble à une grande manufacture; les puits de mines, les usines, les hauts fourneaux se succèdent sans interruption , l'atmosphère est continuellement enfumée , et cent mille ouvriers s'agitent au-dessus ou au-dessous de ce coin de terre, l'un des plus curieux de ]a France.
II. Bassin de la Loire. — Comme nous l'avons déjà dit (voy. page 40), la Loire naît au mont Gerbier des Joncs , et coule du sud au nord dans le département de la Haulc- Loire. Elle entre dans le département de la Loire à Saint-Paul en Cornillon , passe à Sainl-Rambert, Andrézicux, Monlrond, Fcurs, Roanne, et sort de la province à Iguerande. Sou parcours dans le déparlement est d'environ 123 kilomètres; elle est flottable depuis Retournac, et devient facilement navigable à Roanne; elle transporte surtout des grains et des farines, des vins et eaux-de-vie, des huiles et fruits du Midi, des houilles, des fers, des fontes, des laines, des chanvres, des bois de construction pour la marine , etc.
La Loire reçoit dans la province à droite : 1° le Furent ou Furand, qui liait sur le revers occidental du mont Pilât, coule au nord-ouest à travers le Forez, en arrosmt Saint-Élicnne, Andrézieux, et finît à k kilomètres au nord de Saint-Rambert après 35 kilomètres de cours. Ce torrent, dont les inondations sont souvent redoutables, est le prolongement, sur l'autre revers des monts du Lyonnais, du Gier, dont nous venons de dire l'importance industrielle. Il continue la longue série d'établissements de tout genre qui commence à Givors sur le Rhône, finit a Saint-Rambert sur la Loire, et dont Saint-Étienne d'un côté et Rive-dc-Gier de l'autre sont les deux centres.
2° La Coize descend du revers occidental des monts du Lyonnais; elle passe à Saint -Symphorien, à Saint- Galmier, et finit dans la Loire un peu au-dessus de Monlrond.
3° Le Rahins, qui naît dans les monts du Beaujolais, arro«e Amplepluis, et va finir à Roanne. 11 reçoit à droite la Trambouze.
k* Le Sornin, qui naît à la jonction des monts du Beaujolais et du Charolais; il n'appartient à la province que par son cours inférieur sur lequel se trouve Charlieu.
A gauche la Loire reçoit : 1» Le Lignon, qui naît dans les monts du Forez par deux sources , au nord et au sud de Noirctable ; il coule au sud-est dans une vallée pleine de sites pittoresques, et se grossit à droite du Vizezy qui passe à Montbrison. « Vagabond en son cours aussi bien que douteux en sa source, dit l'auteur à'Astrée, qui a placé sur les bords de cette jolie rivière les principales scènes de son fameux roman, il va serpentant dans les plaines depuis les hautes montagnes de Cervières jusqu'à Feurs, où la Loire le recevant et lui faisant perdre son nom propre l'emporte par tribut à l'Océan. »
2* Le Renaison, qui laisse à droite Saint-André d'Apchon et finit à Roanne. Sa vallée est fertile en vins.
I.o Lyonnais est encore traversé par divers canaux : 1° Canal de Givors. — Ce canal
longe In rive gauche du Gier depuis Rive-de-Gier jusqu'au Rhône un peu en amont de Givors. 11 a environ 15 kilomètres de développement ; sa largeur est de 11-50, sa profondeur de 1 mètre et demi; sa pente, qui est de 81 mètres, est rachetée par vingt-neuf écluses. La navigation est assurée par les eaux d'un vaste réservoir qu'alimente le Cousson. Ce canal , commencé vers 1760 par François Zacharie, de Lyon, a été terminé en 1781; il sert principalement au transport des houilles, et a fait la prospérité du pays qu'il traverse.
2° Canal latéral à la Loire ou canal de D'ujoin. — Ce canal entrepris en 1832 a été livré à la navigation dès l'année 1838 : il va de Roanne à Digoin, en traversant les trois départements de la Loire , de Saônc-et-Loire et de l'Allier, sur une longueur de 56,000 mètres. Son importance est très-grande, car c'est la voie la plus courte et la plus économique pour les expéditions entre le nord et le midi de la France.
S IV. Aspfxt généiul. — PnoDUCTioNS. — D'après la description physique que nous venons de faire du pays ou gouvernement du Lyonnais, on voit que, limité à l'ouest par les monts du Forez et de la Madelaine, à l'est par les cours de la Saône et du Rhône , depuis Thoissey jusqu'au Péage , il forme une espèce de quadrilatère borné naturellement de deux côtés, mais dont les limites sont de convention au nord et au sud. Parallèlement à ses deux côtés naturels , ce quadrilatère est parcouru du nord au midi dans toute sa hauteur, d'un côté par la chaîne des monts du Lyonnais et du Bcaujolais, qui s'appuie au sud sur le massif du mont Pilât, et sépare le Beaujolais et le Lyonnais propre du Forez; d'un autre côté par le cours de la Loire, qui traverse dans toute sa longueur le Forez , petit pays constitué naturellement par la vallée de ce fleuve, depuis Saint-Paul en Cornillon jusqu'à Iguerande. En un mot, la province du Lyonnais est formée de deux parties distinctes, parce qu'elles appartiennent à deux bassins différents, conligus, mais ayant une direction et des pentes contraires. L'aspect de ces deux parties est donc très-différenL Le Lyonnais propre et le Beaujolais sont presque entièrement couverts par la chaîne des montagnes dont ils occupent tout le versant oriental , et dont les rameaux confus et épais, se prolongent jusqu'aux rives mêmes de la Saône et du Rhône. Ces montagnes ont leurs sommets généralement arrondis , et sont encore en partie couronnées par des restes d'anciennes forêts qui jadis couvraient toutes les pentes. Comme elles sont médiocrement élevées, elles sont cultivées en partie ou planté s en vignes, principalement celles du Lyonnais, les montagnes du B -jauji lais étant plus abruptes et beaucoup plus arides, surtout entre Tarare et Beaujeu.
D'après cela on voit que le Lyonnais avec le Beaujolais, ou le département du Rhône, est un pays entrecoupe de montagnes et de coteaux arrondis, généralement couverts de verdure , mais dont les bases s'entre-cnuVenl de manière à ne laisser entre elles que des \ allons ou des plaines très-peu étendue". Omme tout le pays s'étage par gradins successifs depuis les bords des cours d'eau jusqu'auxsomraets des montagnes, la température et le climat varient assez sensiblement par zones dirigées du nord au sud. Le long de la Saône où les terrains sont alluvionnels, le pays est formé de coteaux d'une hauteur médiocre, entrecoupés par de petits torrents qui arrosent de délicieux vallons ; le fond de ces vallons est occupé par des prairies, et leurs pentes orientales et méridionales sont généralement bien cultivées en arbres fruitiers, en
plantes potagère? ou en vignes , tandis que les pentes septentrionales sont couvertes de pins, de sapins, de daphnés, de chênes verts, de cistes, etc.
Le long du Rhône en aval de Lyon les plaines sont encore plus rares , et les flancs des hauteurs qui bordent le fleuve sont cultivés en vignes. On y remarque successivement les coteaux de Fonlanière avec leurs vignobles renommés et leurs vins de Sainte- Foy, puis les vignobles de Mellery et de Saint -Genis, et plus bas encore, dans le département de la Loire, ceux de Sainte-Colombe, d'Ampuis ou de Côte-Rôtie, de Condrieu , dont les produits liquoreux appartiennent déjà à la classe des vins du Midi.
Au-dessus de celte zone inférieure s'élève une deuxième zone formée par un vaste plateau ondulé d'une hauteur moyenne de 5 à 600 mètres, qui s'étend entre Lyon et Belleville, et où la température, plus froide que sur les bords de la Saône et du Rhône, ne permet plus déjà qu'une végétation plus septentrionale; la partie la plus basse de ce plateau comprend la plaine la plus riche et la plus vaste de tout le Lyonnais , ceJle d'Anse à Villefranche.
A l'est de ce plateau , le sol s'élève graduellement et se hérisse des montagnes que nous avons déjà décrites, et dont la partie la plus intéressante est le groupe du Mont- <TOr, qui, comprenant le bassin de la Tardine et de la Brévanne, se prolonge jusque sur l'Azergues et vers Lyon ; dans la partie inférieure se trouvent les mines de Saint- Bel et de Chessy, et sur les flancs s'étendent de magnifiques pâturages où l'on nourrit 15 à 20,000 chèvres, dont le lait mêlé à celui des vaches est transformé par les habitants de toutes ces petites vallées en fromages fameux. C'est encore dans cette zone supérieure que se trouvent les autres mines du département, celles de Largenîière, Propières, Chenelette, etc.
Quant au Forez, limité à l'est et à l'ouest par les deux chaînes qui accompagnent le cours de la Loire sur ses deux rives, et qui, vers Saint-Germain le Val et Néronde, se réunissent par deux contre-forts transversaux entre lesquels la Loire est obligée de se frayer un passage, il renferme de belles et grandes vallées : celle de Monlbrison au sud, entièrement fermée par les montagnes et située principalement sur la rive gauche du fleuve entre les quatre points de Saint-Rambert et do Nérondcs, de Montbrison et de Saint-Galmier ; et celle de Roanne, au nord, qui constituait l'ancien pays du Roannais. Celle-ci est fermée à l'ouest par les monts de la Madelaine, à l'est par les contre-forts des monts du Beaujolais, et au sud s'appuie sur les ramifications qui, à travers le cours du fleuve, unissent les chaînes de la Madelaine et du Beaujolais, tandis qu'elle reste ouverte au nord-ouest, et par la rive gauche du fleuve se prolonge dans le Bourbonnais.
Les plaines du Forez sont très-fertiles; les terres y sont cependant de qualités fort différentes ; un grand nombre sont légères et môme sablonneuses. On y trouve des étangs très-poissonneux; ils sont desséchés tous les trois ans, et l'on y sème des céréales qui donnent d'importantes récoltes. On y cultive aussi d'excellent chanvre, dont les produits sont remarquables tout à la fois par leur force et leur finesse. Le Forez produit encore des châtaignes renommées sous le nom de marrons de Lyon. On y trouve également, surtout dans l'arrondissement de Saint-Étienne et dans la partie qui avoisine le Rhône, de nombreux vignobles, tels que ceux de Bessay, Chavannay, Saint-Pierre-le-Bœuf, Malval, la Chapelle, etc., mais dont les produits sont inférieurs tome h. 23
à ceux du Lyonnais. La récoite en céréales est insuffisante , mais l'avoine et le seigle sont abondants, et l'on recueille beaucoup de pommes de terre. La culture des mûriers est très-étendue. Les prairies naturelles sont assez nombreuses, mais l'art des irrigations est inconnu. On récolte encore du colza, des noix, dos plantes tinctoriales. Il y a peu de forêts : les montagnes en sont mal pourvues et la plaine est entièrement déboisée.
§ V. Histoiiie générale, population, Mceuns, etc. — Les pays formés du Lyonnais, du Beaujolais et du Forez étaient, à l'époque de l'invasion romaine dans la Gaule , habités par les Segutiani, clients des Eduens. Après la conquête , ils furent compris d'abord dans la Celtique, ensuite dans la Lyonnaise, Lyon ayant été fondée ou rebâtie à celte époque et étant devenue la capitale de cette partie de la Gaule. Quand la Lyonnaise fut divisée en quatre provinces , le pays des Ségnsiens fut compris dans la Lyonnaise première, et il acquit une grande prospérité, grâce à la nouvelle cité que les empereurs comblèrent de privilèges. Dans l'invasion des barbares , il fit partie du royaume des Bourguignons, puis de l'empire des Francs. Dans le démembrement de l'empire de Charlemagne, il fut compris dans les États de Lothaire, et après la mort de celiu-ci dans le royaume de Provence, qui appartenait à Charles, deuxième fils de Lothaire. Après la mort de ce Charles , le royaume fut partagé entre ses frères; mais Charles le Chauve leur en disputa la possession, et il donna le gouvernement du Lyonnais à un comte Guillaume, qui s'en fit un État héréditaire et le partagea entre ses fils.
Quand le royaume d'Arles eut été rétabli par Boson, le Lyonnais en fit partie et il suivit ses destinées, mais les comtes de Lyon et de Forez , descendants de Guillaume, continuèrent à être les maîtres du pays , conjointement avec les archevêques de Lyon , qui leur en disputaient la possession. Ceux-ci finirent même par l'emporter sur ceuxlà , et en 1 1 73 les comtes de Lyon cédèrent définitivement à l'archevêque et au chapitre de cette ville tout ce qui leur appartenait dans le Lyonnais, ne conservant que la souveraineté du Forez. L'archevêque et les chanoines prirent le titre de comtes de Lyon ; mais leur domination fut souvent troublée par les révoltes des bourgeois , qui avaient conservé leurs libertés municipales, et Philippe le Bel profita de ces discordes pour incorporer Lyon et le Lyonnais au royaume de France.
Le Forez eut trois races de comles : la première, issue de Guillaume I", et dont nous venons de parler, donna dix seigneurs ; la dernière héritière ayant épousé un cadet des dauphins de Viennois, une nouvelle race de comtes commença et donna onze princes jusqu'en 1372 ; le onzième, Jean, qui fut battu à la bataille de Brignais, étant mort sans enfants, sa nièce et héritière, mariée à Louis, duc de Bourbon, porta le Forez dans cette maison , qui le conserva jusqu'en 1522. A cette époque le Forez fut confisqué sur le connétable de Bourbon par François Ier et réuni à la couronne. Il passa en usage de le donner en douaire aux veuves des rois de France , et c'est ainsi que l'ont possédé les veuves de Charles IX , de Henri III , de Henri IV et de Louis XIII.
Venons au Beaujolais. Le deuxième fils de Guillaume Ier eut deux fils, qui moururent sans enfants, et le pays passa h une branche cadette des comtes de Forez, qui donna douze sires de Beaujeu de 889 à 1269. La dernière héritière le porta de nouveau dans une autre branche des comtes de Forez , qui donna six sires ; le dernier légua ses
biens à Louis, duc de Bourbon, déjà maître du Forez par sa femme, et la maison de Bourbon le posséda jusqu'en 1522 , où il fut confisqué sur le connétable ; mais la srrur de celui-ci, la duchesse de Montpensier, en obtint la restitution et le passa à sa postérité. Marie de Bourbon , dernière héritière de cette branche , le porta en dot à Gaston d'Orléans, frère de Louis XIII ; de ce mariage vint une fille, la grande MaJemoitelie , qui légua le Beaujolais à Philippe d'Orléans, frère de Louis XIV. La maison d'Orléans garda cet apanage jusqu'en 1790.
Ainsi qu'on le voit , l'histoire des trois parties du Lyonnais présente un médiocre intérêt , et ces pays n'ont eu qu'une faible influence sur les destinées générales de la France. Ils ont joui de libertés réelles sous la domination royale et s'en sont contentés, sans chercher une indépendance impossible ; ils n'ont pris part à aucune des insurrections du Midi contre les rois de France ; ils ont été le moyen et le chemin par lesquels l'action et la puissance de ces rois se sont fait sentir dans le Languedoc , la Provence et le Dauphiné. Lyon, cette admirable position si bien choisie par les Romains pour dominer la Gaule, a été la grande porte par laquelle la puissance française a tourné et vaincu les Cévennes, atteint les Pyrénées, dominé la Méditerranée cl les Alpes.
Le caractère des Lyonnais a quelque chose do l'existence singulière qu'a eue leur pays : c'est une population où de prime abord l'on ne trouve rien de tranché et de brillant, parce que l'on n'y trouve ni l'éclat ni la fougue du Midi, ni la solidité ni la froideur du Nord. Ce qui y domine surtout, c'est dans la vie publique un vif sentiment de dignité et d'indépendance , de l'énergie poussée jusqu'à l'exaltation , de la fermeté jusqu'à l'entêtement fanatique; dans la vie privée, l'amour de l'ordre, l'esprit de labeur et de conduite , une rare tempérance, une sévère et constante habitude d'économie, qui dégénère souvent, même dans les classes élevées, en avarice. Leur vie remplie et active , leurs calculs mercantiles , leur imagination portée à des recherches industrielles, leur donnent un air grave, même rêveur et mélancolique; mais ils savent allier à celte vie d'affaires, à cet esprit positif, à leur ardeur pour le gain, l'amour de la méditation et des arts, une foi religieuse poussée jusqu'au mysticisme , du goût pour les choses chimériques , enfin , des tendances intellectuelles qui semblent empruntées à la Germanie.
Ces traits appartiennent principalement aux habitants des villes ; quant aux habitants des campagnes, surtout des régions montagneuses, généralement doux, bons, soumis, paisibles, ils allient une simplicité naïve à une rudesse qui atteint quelquefois la grossièreté. Ils sont malpropres, âpres au gain, routiniers, ennemis de toute innovation ; et leurs instincts parcimonieux leur rendent difficile l'hospitalité envers les étrangers. Leur foi vive et sincère est défigurée par des pratiques superstitieuses. Enfin, un attachement profond à leurs foyers et à leurs habitudes casanières les éloigne de la profession des armes, encore bien qu'ils aient toutes les qualités qui font les bons soldats.
§ VI. DÉPARTEMENT DU RHÔNE. — STATISTIQUE, AGRICULTURE, COMMERCE, ETC. —
Ce département a été formé en 1793 , à la suite du démembrement de celui de Rhôneet Loire ; il comprend une partie des anciennes provinces du Lyonnais (162,108 hect.) et du Beaujolais (117,814 hect.). Sa superficie totale est de 279,922 hectares. Sa
population était: en 1801. de 299,390 habitants; en 1821, de 391,469 hab.;en 1831, de 434,429 hab.; elle est aujourd'hui de 57^,7^5 habitants.
Il a pour chef-lieu Lyon et forme deux arrondissements ainsi subdivisés :
Arrondissement de Lyon 1" cantons, 1 29 communes, 4 10,13 » habitants.
— de Villefranche . . 9 — 130 — 1 64,606 —
2 arrondissements 2(5 cantons, 259 communes, 574,745 habitants.
Le déparlement du Rhône forme le diocèse de l'archevêché de Lyon , et renferme pour le euhc calviniste une église consi.storiale à Lyon et des temples à Lyon et à Tarare ; il possède une cour d'appel siégeant à Lyon , 2 tribunaux de première instance et 2 tribunaux de commerce; une académie universitaire, des facultés de théologie, des sciences et des lettres; une école secondaire de médecine, un lycée, une école normale primaire départementale et un collège (Villcfranche) ; 10 écoles supérieures et 663 écoles élémentaires, dont 430 écoles communales. Il fait partie de la 8' division militaire et renferme une place de guerre , Lyon.
Ce déparlement est essentiellement montagneux, aussi son climat est -il ph.s froid que ne comporte sa latitude. Il est compris entre la rive droite de la Saône ou du Rhône et la chaîne des monts entre Saône -cl-Loire, dont les contre-forls orientaux couvrent sa surface , et qui à l'ouest le séparent du département de la Loire. Le sol y est généralement peu productif; aussi, bien que l'agriculture y soit trèsavancée et la population très-laborieuse, les récoltes sont-elles généralement inférieures aux besoins de la consommation ; les céréales et les bois donnent à peine la moitié du nécessaire; en revanche, on récolte beaucoup de pommes de terre, de marrons et de fruits excellents. La principale richesse agricole du département consiste dans ses vins, dont plusieurs sont fort estimés ; les plus connus sont ceux de Condrîeu, de Côte-Rôtie, de Moulin -à -Vent, des Thorins, etc.
Les prairies artificielles nourrissent un assez grand nombre de bêtes à cornes, qu'on emploie à la culture; mais le nombre des bœufs diminue, tandis que celui des vaches s'est beaucoup accru. Nous avons déjà dit qu'on élève beaucoup de chèvres dans le Mont-d'Or, et que leur lait produit des fromages renommés. On y élève aussi beaucoup de vers à soie. On estime qu'il y a dans le département 71,000 têtes de gros bétail, 66,000 moulons, 14,000 porcs, 18,000 chèvres, 10,000 chevaux, 1,400 mulets, 3,000 ânes.
Les richesses minéralogiques sont assez grandes, surtout en houille et en cuivre : les deux houillères exploitées donnent un produit de 200,000 francs. Quant au cuivre on l'extrait des deux mines de Chessy et de Saint-Bel, les plus riches de France, et dont le revenu annuel est d'environ 250,000 francs. On exploite aussi du plomb argentifère, 4e belle pierre à bâtir, de beaux marbres, du grès, de la craie, de la marne, de l'argile à potier et à briques. Le produit de toutes ces carrières s'élève au moins à 500,000 francs par an. L'or lui-même se rencontre dans le département, car le Gier en roule des paillettes ; et on en a jadis exploité une mine assez pauvre à Saint-Martin-de-la-Plaine.
Le département du Rhône est essentiellement manufacturier. L'industrie des soieries y tient le premier rang, et Lyon est à ce titre la première ville du monde. Vient ensuite l'industrie des mousselines brodées ou autres , dont Tarare est le centre
de fabrication. La filature, les fabriques de toiles et de coton (Thisy et Amplepuis) occupent un grand nombre de bras ; la chapellerie , la corroierie et la charcuterie de Lyon sont fort estimées. Il y a de plus dans le de-parlement une manufacture impériale de tabacs, des verreries, des fabriques de papiers peints, des papeteries; et l'on y fait un grand commerce de fromages du Mont-d'Or, de bière de Lyon , etc.
Ijë département renferme : 2 rivières navigables sur 113 kilomètres (le Rhône, 52 kil.; la Saône, 60 kil.); un canal, celui de Givors, sur 9 kilomètres; 6 routes impériales sur 225 kil. ; 9 routes départementales sur 272 kil. ; 1 ,1 1 8 chemins vicinaux sur 2,670 kil. ; en tout, 3,290 kilomètres de voies de communication. Il y a de plus le chemin de fer de Lyon à Saint-Élienne, sur un développement de 56 kilomètres, et celui de Chàlons à Lyon , sur un développement de 12!| kilomètres.
§ VIL Dépautkmf.nt nu Rhônk. — Descmption des villes. — Lyon, ancienne capitale de la province, aujourd'hui chef-lieu du département du Rhône, est le siège d'un archevêché, d'une cour d'appel, de tribunaux de première instance et de commerce, d'une chambre et d'une bourse de commerce, et d'un conseil de prud'hommes; elle possède un hôtel des monnaies , une académie universitaire , des facultés de théologie , des sciences et des lettres, une école préparatoire de médecine et de pharmacie, un lycée, une école impériale des bcaux-arls, une école des arts et métiers, dite de la Marlinière, une école vétérinaire, une institution des sourds et muets, une bibliothèque, des musées de peinture et d'archéologie, un cabinet d'histoire naturelle, un jardin botanique, une pépinière départementale, deux théâtres, etc. C'est le chef-lieu de la 8* division militaire , et elle renferme un arsenal, une poudrerie , une école d'artillerie, un gymnase militaire, une garnison d'artillerie, d'infanterie el de cavalerie. Sa population est de 177,000 habitants, en ne comptant que celle de Lyon proprement dite, et de 2?i8,000 en y comprenant les faubourgs ou communes de la Croix-Rousse et de la Guillolière. C'est maintenant une grande place stratégique destinée à protéger d une part la frontière du Jura et la neutralité de la Suisse, et d'autre part I* frontière des Alpes et les roules d'Italie.
Lyon est admirablement situé au centre de tout le versant méditerranéen de la France, à la rencontre des trois belles lignes d'eau du Rhône supérieur, de la Saône, de Rhône inférieur, non loin des dernières pentes des Alpes , du Jura , du plateau central et des Cévennes , à 80 lieues de la mer, à 60 lieues des sources de la Seine , à 20 lieues de la Loire. C'est une position de ville capitale et dont l'influence et l'action ne sont pas locales, comme celles de Bordeaux ou de Marseille, mais extérieures et rayonnantes comme celle de Paris. Son aspect est très-pittoresque : il charme , étonne el séduit , car rien ne ressemble inoins à une grande ville ordinaire , rien n'est moins homogène, rien n'est plus brisé que cette réunion de quartiers ou de villes distinctes que coupent deux grands fleuves et que dominent de vastes escarpements. Ia partie principale est assise entre la Saône et le Rhône , depuis le confluent des deux cours d'eau , dans un terrain plat d'abord , récemment conquis sur les atterrissemenls du Rhône , et qui est encore peu peuplé : c'est le quartier de Perrache ; puis le terrain s'élargit sans se relever et se remplit de rues tortueuses et marchandes : c'est la partie la mieux habitée, et qui est comprise entre les places Bellecour et des Terreaux ; puis, au delà de cette place, le terrain se relève dans un coteau escarpé, se couvre de rues mon-
lantes et populeuses, ayant des maisons de granit à cinq ou six élages, et finit par former le plateau et la ville de la Croix-Rousse, entièrement peuplés d'ouvriers en soie : on n'y parvient que par des rues grimpantes et tortueuses ou par de longs escaliers; les hauteurs de la Croix-Rousse dominent les deux cours d'eau, et leurs pentes sont occupées sur la rive gauche de la Saône par le faubourg de Serin, et sur la rive droite du Rhône par le faubourg Saint -Clair. — A la droite de la Saône et dans une anse que forme cette rivière se trouve la deuxième partie de Lyon, le Lyon ancien, compris principalement sur les pentes du plateau de Fourvières (Forum vtlvs) : ce plateau , auquel on ne parvient que par des rues et des escaliers si escarpés que les maisons semblent placées les unes sur les autres et que toute la pente ressemble à une vaste muraille percée de mille fenêtres, domine toute la ville, les deux fleuves, les plaines du Dauphiné , un vaste horizon qui s'étend jusqu'aux grandes Alpes : son sommet est occupé par une chapelle très-vénéréc. Il s'appuie au nord sur les hauteurs de l'aise, dont la pente méridionale forme un faubourg voisin de la Saône où arrivent les routes de Paris; il s'appuie au sud sur les hauteurs et le faubourg de Saint-lrénée. — La troisième partie de Lyon s'étend tout à l'aise à la gauche du Rhône dans la vaste plaine qui borde le fleuve et se compose du quartier nouveau des Brotteaux et de la ville populeuse, fangeuse et bruyante de la Guillolière, où aboutissent les routes d'Italie et de la Provence. — Neuf ponts sur la Saône établissent la communication entre l'anse de Fourvières et la presqu'île ; quatre ponts suri» Rhône relient la presqu'île aux Brotteaux et à la Guillolière. Rien n'est plus remarquable qae l'entrée de la ville par la Saône-: celte rivière y est étroite, profonde, bordée de rochers, couverte de bateaux, ayant deux larges quais bâtis de hautes maisons; à droite et à gauche culminent les forts de Vaise et de Saint-Jean , qui croisent leurs feux sur la rivière; plus haut s'étagcnl d'un côté les hauteurs de Fourvières, d'un autre côté les hauteurs de la Croix-Rousse; au loin apparaissent les magnifiques quais et les ponts de la Saône. L'entrée de la ville par le Rhône n'est pas moins belle : des hauteurs de la Pape on voit couler le fleuve avec ses Iles nombreuses et ses longs contours ; au delà du Rhône , s'étend la vaste plaine du Dauphiné semée de villages et de maisons ; au fond du tableau se dressent les Alpes , et si l'on ramène la vue sur la ville , on voit se dérouler le faubourg Saint-Clair, le cours d'Haibouville et le quai Saint-Clair avec ses belles maisons.
Les rues de Lyon sont généralement tortueuses, étroites, mal pavées, ses maisons hautes et noires ; mais ses trois rangs de quais sont magnifiques et forment les plus belles promenades. Ses monuments sont nombreux ; nous citerons d'abord dans la presqu'île : la place Bellecour, décorée d'une statue de Louis XIV et bordée de belles maisons, l'hôtel de ville, situé sur la place des Terreaux, le grand théâtre, le palais du commerce et des arts, ancienne abbaye située sur la place des Terreaux , et qui renferme la bourse , un musée de peinture et d'antiquités , des galeries d'histoire naturelle ; le lycée, autrefois collège des jésuites, situé sur le quai du Rhône, où se trouve la bibliothèque de 90,000 volumes; l'hôtel-Dieu, sur le quai du Rhône, œuvre de Soufllot, dont la façade est celle d'un palais ; l'hôtel de la préfecture , ancien couvent de jacobins, etc. Dans le quartier de Fourvières se trouvent : la cathédrale de Saint-Jean, fondée au septième siècle et reconstruite sous saint Louis ; le palais de l'archevêché ,
le palais de justice, l'église d'Ainay, bâtie à la place d'un temple érigé en l'honneur d'Auguste; la chapelle do Fourvières, l'église Saint- 1 rénée , l'hospice de l'Antiquaille, ancien palais des préfets du prétoire, où naquirent, dit-on, Claude, Caligula et Germanicus ; la statue de l'homme de la Roche , près de laquelle était le fort ou la prison de Piare-Scixe, détruit en 1789 , etc.
Lyon est devenu depuis quelques années une place de premier ordre, un vaste camp retranché destiné à couvrir toute la frontière de l'est. Sa défense se compose : \f dans la presqu'île , du fort Saint-Jean, avec l'enceinte baslionnée sans fossés de la Croix-Rousse , des forts Calluire et Montettuy, qui couvrent le plateau ; 2° le long de la Saône, des forts de la Duehère, de Vaue et de Loyaue, en avant des hauteurs des Fourvières , de la vieille enceinte qui garnit la pente septentrionale de ces hauteurs , des forts Saint-Irénée et de Sainte-Foy ; 3e sur la rive gauche du Rhône, d'un vaste demi-cercle de forts reliés par un canal et une enceinte : ces forts sont du sud au nord ceux de la Vitriolerie, du Colombier, de la Motte, de ViUevrbane, de la Part-Dieu, des Brotteauz, des Char permet , de la THc-fOr.
Lyon est une ville essentiellement industrielle et commerçante et la plus riche de France après Paris; on sait qu'elle est renommée dans le monde entier pour ses soieries, qui n'ont pas de rivales pour la beauté des dessins et la richesse des couleurs. Elle possède en outre de nombreuses fabriques de rubans de soie, de châles, de cachemires , de passementeries , de dentelles d'or et d'argent , de papiers peints , de toiles peintes, de bière et de liqueurs estimées, de produits chimiques. On y trouve des teintureries renommées, des ateliers de tirage d'or et d'argent, des fonderies de métaux , des tanneries et corroieries estimées. La chapellerie , l'orfèvrerie , l'imprimerie , la distillerie forment la partie secondaire de son industrie et de son commerce , qui comprend aussi la soie en bottes, les chapeaux de paille d'Italie, les grains, la farine, les vins, etc.
Cette ville, qui était probablement une cité gauloise, fut fondée ou rebâtie 41 ans avant Jésus-Christ par le consul Lucius Munatius Plancus. Auguste, qui y séjourna trois ans, en Qt la capitale de la Gaule celtique. Agrippa y fit construire quatre grandes voies à travers la Gaule , qui joignaient les Pyrénées , l'Océan , la mer du Nord et la Méditerranée. Caligula et Claude l'habitèrent, et leurs successeurs y construisirent à l'envi des monuments. Elle fut ravagée plusieurs fois par les barbares, devint la capitale du royaume de Bourgogne, puis, après le démembrement de l'empire de Charlemagne, celle du royaume de Provence. Nous avons vu comment ses archevêques devinrent les maîtres de cette ville, et comment Philippe le Bel l'annexa au royaume de France. Alors fut constitué régulièrement son gouvernement municipal, qui pendant plusieurs siècles lui conserva ses droits et ses libertés.
Au quinzième siècle une nouvelle ère commence pour Lyon , qui n'avait été jusqu'à cette époque qu'une ville d'entrepôt et de commerce ; les Italiens lui apportent l'art de fabriquer les étoffes de soie. Louis XI , François I", Henri II rendent successivement des ordonnances pour favoriser cette industrie. En même temps s'établissent les premiers moulins à filer et à tordre la soie , et les premières chaudières pour la fabrication des couleurs. Mais à peine cette industrie est-elle née que les guerres civiles arrêtent son développement : Lyon, ville éminemment catholique, imite la Saint-
Barthélémy ; clic prend parti pour la Ligue ; elle rêve l'indépendance avec l'un de ses gouverneurs, le duc de Nemours; elle ne reconnaît que forcément Henri IV, qui lui enlève une partie de ses libertés. Avec la paix les métiers en soie recommencent à battre; on invente les gazes et les crêpes d'or et d'argent, les ferrandines, les draps de soie. Colbert donne de nouveaux règlements à cette industrie : 12,000 métiers sont en activité. La révocation de l'édit de Nantes arrête cet essor et réduit ce chiffre au tiers, en même temps qu'elle crée à l'étranger des fabriques rivales. L'industrie lyonnaise fait de nouveaux efforts; elle invente d'abord les popeline», les raz de Saint- Maur, puis les velours à ramages, les velours brochés, les brocatilles, les damas, etc. En 1720 le nombre des métiers était de 10,000, en 1750 de 13,000, en 1780 de 15,000. Mais ce n'était pas la politique seule qui faisait courir des dangers à la fabrique lyonnaise , c'était la nature même de son industrie subordonnée à tous les caprices de la mode ; c'était l'organisation vicieuse de cette fabrique qui exposait les ouvriers à de longs chômages et aux tortures de la faim; des troubles, des émeutes éclatèrent quelquefois, principalement en 1739 et en 1787, et elles ne purent être apaisées que par la force et au détriment même de la fabrique. À la dernière date que nous venons de ciler les métiers étaient réduits à 7,000.
La révolution de 1789 fut accueillie avec ardeur par les fabricants et par les ouvriers ; mais cette révolution , en bouleversant les grandes fortunes et en arrêtant le luxe, était la ruine de Lyon ; aussi, quand elle tomba dans les excès de 1793, la capitale du Midi voulut résister à la tyrannie de la capitale du Nord. On sait quel siège horrible elle eut à subir, quelles vengeances stupides et féroces la Convention exerça sur la ville, dont elle voulut anéantir jusqu'au nom et qu'elle appela Communeaffranchie. La misère fut alors à son comble , et le nombre des métiers descendit à 3,000. Sous l'Empire elle reprit sa prospérité, et l'invention d'un homme de génie, le mélier Jacquard, ouvrit une nouvelle ère à l'industrie du tissage, fit cesser les fatigues et les infirmités de ces malheureux ouvriers nommés canuts, qui semblaient une portion déshéritée de la race humaine. Néanmoins, sous l'Empire, le nombre des métiers ne dépassa pas 11,000. En 1816 il était déjà de 20,000 , en 1822 de 2^,000, en 1825 de 27,000, en 1830 de 31,000. Alors éclata une insurrection industrielle qui n'était pas sans exemples dans la fabrique lyonnaise, mais qui , plus terrible que toutes les autres, a révélé des plaies qui sont loin d'être guéries.
La fabrique des tissus de soie n'est pas instituée comme les industries des villes du Nord et de l'Est, où le fabricant possède un grand établissement dans lequel sont rassemblés les instruments de travail et les ouvriers qu'il paye à la journée ou à la lâche. L'ouvrier et le fabricant lyonnais vivent isolés et dans une indépendance absolue l'un de l'autre. L'ouvrier travaille chez lui sur un métier qui est sa propriété, d'après les commandes que lui fait un fabricant, lequel lui fournit la soie et les dessins, et paye son travail d'après une convention faite à l'avance. Cet ouvrier se fait aider d'un ou plusieurs compagnons, qu'il paye à son tour d'après un tarif traditionnel ûxé a la moitié du prix qu'il reçoit lui-même. Mais comme rien n'est plus variable que le commerce des soieries, le fabricant ne fait pas confectionner des tissus à l'avance, il ne fait battre les métiers que lorsque des commandes lui sont adressées. De là des interruptions de travaux, des chômages, des misères qui composent
l'histoire lamentable de la fabrique lyonnaise; de là des essais pour remédier à cet état île choses désastreux; de là l'insurrection de 1831, qui avait pris pour devise sinistre : t ivre en travaillant ou mourir en combattant. On sait que les ouvriers furent un instant maîtres de Lyon, et que leur victoire amena l'insurrection républicaine de 183fj, où ils furent vaincus ; on sait combien depuis cette époque Lyon , travaillé par les théories insensées sur l'organisation du travail , a été longtemps regardé avec terreur comme le centre du socialisme.
L'ouvrier lyonnais est laborieux , sobre , fier ; il aime la vie de famille , les plaisirs distingués, la musique, les spectacles; il souffre les chômages si fréquents de la fabrique, la gêne, la misère avec une résignation pleine de dignité; mais il n'est ni économe, ni prévoyant, ni positif; il n'est pas instruit et affecte du savoir; il se repaît de chimères, de choses abstraites, d'idées vagues , de grands mots, de formules; enfin il a toute la légèreté, toute la mobilité du Parisien, sans sa gaieté et son insouciance, et la naïveté crédule et rêveuse de l'Allemand, sans son calme et sa solidité. Le fabricant lyonnais est froid, réservé, réfléchi, calculateur; il est âpre au gain, mois cache son opulence, étroit dans ses idées, sans expansion, sans poésie, sans chaleur; tout son génie est dans sa belle industrie, où il déploie en effet le goût le plus exquis et le sentiment le plus délicat du beau. Lyon renferme 35,000 métiers occupant environ 90,000 ouvriers et 300 fabricants. 11 y a dans les villes ou communes voisines du Dauphiné et du Forez environ autant de métiers et il y en a un peu ::ioins du double dans toute la France. Sur près de 500 millions de valeurs que produit l'industrie de la soie en France, plus de la moitié est produite par Lyon.
Lyon est la patrie des empereurs Marc Aurèle, Claude et Caracalla, de Germanicus, «le saint Ambroise, de saint Irénée; dos mathématiciens Bossut, Montucla et Barrêmc, d'Ampère, de Jacquart, du voyageur Spon ; des botanistes Laurent, Bernard et Joseph de Jussieu ; de Ballanche , de Gerando , de Lémontey , de madame Récamier ; de Philibert Delorme , des graveurs Audran , des statuaires Coysevox , Couslou , Lcmot , des peintres Hennequin , Revoil , Stella ; de Camille Jordan , de Roland , de Sauzet , du maréchal Suchet , du général Martin , fondateur de l'école de la Marlinière, etc.
Villefranche, chef-lieu d'arrondissement, avec des tribunaux de première instance et de commerce, un collège communal et 2,000 habitants, est située sur la rive gauche du Morgon, petit affluent de la Saône, dans une plaine d'une extrême fertilité, bordée de coteaux chargés de vignobles, riche en sites pittoresques, où s'élèvent une foule de châteaux et maisons de plaisance. Elle ne consiste guère qu'en une belle et large rue longue de 2 kilomètres, s'étendant sur les deux versants d'une colline. On y remarque ses jolies fontaines jaillissantes et l'église paroissiale, dont la tour gothique, l'une des plus élevées de France, est classée parmi les monuments historiques. Villefranche est la deuxième ville du département pour son industrie et son commerce, et sa position sur la route de Màcon à Lyon à égale distance de ces deux v illes n'a pas peu contribué au développement de sa prospérité. Elle possède des fabriques importantes de toiles de fil et de coton, de toiles peintes, de nankinets, etc., dont elle fait un commerce annuel de 5 à 6 millions. Il s'y tient des marchés considérables pour le chanvre, les toiles de chanvre, de coton et de lin, les bestiaux, les