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CHAPITRE DOUZIÈME

AUVERGNE. — DÉPAHTEMKNTS DU PU Y - n E- DÛ M E ET 1)1 CANTAL.

$ 1". Limites et si bdi visions. — L'Auvergne est située à l'ouest de la chaîne entre Loire et Allier, et elle avait pour bornes : le Bourbonnais au nord et au nord-est , le Lyonnais à l'est, le Languedoc et la Guyenne au sud-est et au sud, enfin la Marche et le Limousin à l'ouest. On la divisait en haute et basse, ces deux parties étant séparées par le cours de la Rue , petit affluent de droite de la Dordogne. La haute Auvergne avait pour capitale Saint-Flour et plus tard Aurillac; elle comprenait, en outre, le Carladez ou vicomté de Cariât à l'extrémité sud-ouest de la province. La basse Auvergne avait pour capitale Riom et ensuite Clermont ; elle se subdivisait en divers pays : la basse Auvergne proprement dite , capitale Riom, la Limagnc, capitale Billom, s'étendant sur les deux rives de l'Allier, et comprenant la vallée inférieure de la Dore; le Lkadois, capitale Ambert, comprenant la vallée supérieure de la Dore; le Dauphini d'Auvergne, capitale Vodablc , sur la rive gauche de l'Allier, au sud de la Li magne.

L'Auvergne formait un gouvernement militairo ; elle relevait du parlement de Paris, auquel ressortissaient les deux sénéchaussées de Riom et de Clermont ; elle formait, sous le rapport financier, la généralité de Riom, comprenant six élections qui ressortissaient à la cour des aides siégeant à Clermonl-Ferrand; elle comprenait les deux diocèses de Saint-Flour et de Clermont, suffragants de l'archevêché de Bourges.

Cette province avait environ 176 kilomètres de long du nord au sud sur 150 kilomètres do large de l'est à l'ouest; sa superficie était d'environ 1,388,218 hectares; sa population d'environ 681,000 habitants. Elle forme aujourd'hui les déparlements du Puy-de-Dôme et du Cantal avec une partie de la Haute-Loire et de la Creuse.

§ 11. OnocRAPHiE. — Constitution géologique. — Les montagnes de l'Auvergne appartiennent : 1° à la chaîne entre Loire et Allier ; 2° à la chaîne entre Loire et Garonne.

1" la chaîne entre Loire el Allier n'appartient à cette province que par le revers occidental des monts du Forez, dont la crête forme à peu près, ainsi que nous l'avons tome ii. 25

vu dans la description du Lyonnais, la limite entre celle province et l'Auvergne, et par son conlre-fort principal, les monts de la Dore, qui se délache des montagnes du Velay, près de la Chaise-Dieu , pour séparer les bassins de la Dore et de l'Allier.

Toutes ces montagnes, déjà décrites dans le Lyonnais, sont entièrement formées do terrains primitifs; elles descendent en étages successifs vers la Dore et l'Allier, et enccignent de ce côté la fertile vallée de la Limagne ; elles occupent dans le département du Puy-de-Dôme une superficie d'environ 320 kilomètres carrés, et sont généralement couvertes de bois de sapins, laissant entre eux quelques mauvais pâturages et quelques terrains peu fertiles, où l'on récolte du seigle.

2° Le grand contre-fort d'entre Loire et Garonne se détache du faite des Cévennes à quelques kilomètres au nord du mont Lozère , court d'abord du sud-est au nordouest sous le nom de monts de la Margeride, puis dans le massif du Cantal, se redresse directement au nord avec les monts d'Auvergne, qui. vers les sources de la Sioule et de la Dordogne, se divisent en deux branches : l'une orientale, celle des monts Dômes et des Puys, courant toujours au nord enlre la Sioule et l'Allier; l'autre occidentale, s'inclinant au nord-ouest jusque vers les sources du Cher, où elle entre dans la province de la Marche. Nous allons décrire successivement ces diverses chaînes, qui forment la charpente principale du plateau central de la France.

I«s monts de la Margeride sont situés presque entièrement dans le Velay, et séparent principalement le bassin de l'Allier (Loire) de celui de la Truyère (Dordogne) ; ils courent du sud-est au nord-ouest avec une hauteur moyenne de 12 à 1400 mètres, et diminuent d'élévation quand ils pénètrent dans l'Auvergne. Ils ne sont traversés que par de mauvais et rares chemins. Leurs croupes, qui jadis étaient entièrement boisées , ne présentent plus que des débris assez multipliés de leur ancienne parure. 11 s'en détache sur le versant sud-ouest des contre-forls très-longs, mais peu élevés : nous avons décrit le principal dans la Guyenne (voir t. Il, p. 3). Ces montagnes sont exclusivement formées de terrains primitifs, entre autres de granit, qui constitue toute la crête et presque tout le versant occidental. Elles se terminent au nord de Saint-Flour par des plateaux qui séparent le Salhans de l'Alagnon ; on trouve dans cette dernière partie la mule de Clermont par Issoire à Saint-Flour et Rhodez.

Les monts de la Margeride se joignent aux monts d'Auvergne par le groupe du Cantal, massif d'origine volcanique qui couvre de ses ramifications presque tout le département qui lui doit son nom. C'est l'un des plus majestueux cl des plus terribles témoignages de ces convulsions et do ces incendies qui, à une époque inconnue, ont bouleversé le centre et le midi de la France , alors que son sol était encore en grande partie couvert par les eaux marines et fluviatiles. Les flancs du Cantal sont formés de porphyres, de basaltes, de scories, de pierres ponces et de laves qui ont coulé avec une telle abondance , qu'ils ont comblé au loin les vallées qui séparent les montagnes inférieures; ils forment ainsi des plateaux plus ou moins étendus, étagés les uns audessus des autres, diminuant de hauteur à mesure qu'on s'éloigne du centre, et laissant entre eux de larges et profondes gorges. La base de tout ce massif a plus de 50 kil"mètres de circonférence, et elle est sillonnée par plus de 20 rivières divergentes, qui se rendent dans les bassins de la Dordogne, du Lot et de l'Allier. Son point culminant es»t ie Plomb du Cantal, cône aigu de 1,858 mètres d'élév?lion, qui en occupe le

centre et autour duquel se groupent d'autres montagnes isolées ou Puys, affectant la même formaet dominant tout ce qui les entoure; les plus considérables sont : au nordouest, le Puy Mary (1,659 m.) et le Puy Violent (1,59/j m.), dont les cônes énormes s'élèvent au-dessus des masses de laves qui s'étendent au loin à leurs pieds. Une foule de rameaux se détachent du Cantal , et séparent les profondes et étroites vallées que parcourent le Salhans, le Près, le Brézons, le Gout, la Cère, la Jourdane, le Daulre, la Maronne, le Mars, la Rue, le Santoire, l'Alagnon, etc., affluents de la Truyère, de la Dordognc et de l'Allier. Lo plus important de ces contre-forts se prolonge entre les bassins du Lut et de la Dordognc, et nous l'avons décrit dans la Guyenne (t. Il , p. 3). On trouve sur les flancs du Cantal plusieurs routes : 1° de Murât à Saint-Flour par les Valettes et le plateau de la Flageole (1,088 m.); 2* de Murât à Aurillac, entre le Plomb du Cantal et le Puy Mary, par l'audacieuse percée du Lioran et le Font de Dre (1,295 m.) ; 3« de Murât à Salers par le Col de Cabre (1,689 m.).

Les monts d'Auvergne forment la chaîne la plus haute et la plus âpre de lu France intérieure; ils renferment un grand nombre de volcans éteints et qui ont presque tous la forme de cônes tronqués. Ils sont fréquemment battus par des vents impétueux, restent couverts de neiges pendant huit mois de l'année, et présentent les sites les plus sauvages et les plus pittoresques. Ils sont riches en houille , métaux et eaux minérales; leurs pentes septentrionales et méridionales sont en grande partie couvertes de forêts de chênes et de sapins; celles de l'est et de l'ouest présentent de vastes et excellents pâturages, où viennent au printemps paître de nombreux troupeaux.

Ces monts , a partir du Cantal , se composent d'abord d'une chaîne étroite de pics alignés du sud au nord, et qui sépare les bassins de l'Alagnon et de la Rue, en ayant une hauteur moyenne de 1,500 mètres ; elle porte le nom de monts Dores. On y troino comme points culminants le Cézallier (1,452 m.) à la limite des deux départements du Puy-de-Dôme et du Cantal, le Puy Ferrand (1.8G& m.), le Puy de l'Aiguillier (1,848 m.), etenfiu le mont Dore, vaste groupe qui donne son nom à toute cette l>artie de la chaîne.

Le mont Dore a pour sommité principale le Puy de Sancy (1,888 m.), la plus haute montagne de l'intérieur de la France, et dont la cime pyramidale s'aperçoit, dit-on, de quarante lieues à la ronde. La roche dont so compose celte montagne porte tous les caractères d'une origine ignée : le groupe du mont Dore , comme celui du Cantal, est sorti incandescent des entrailles de la terre. Mais ici pas de cratère, la matière en fusion soulevée d'une immense profondeur s'est fait jour à travers les granités, et n'a peut-être présenté, après son refroidissement originaire, qu'un bloc énorme que l'action de l'atmosphère cl le poids des siècles ont morcelé dans tous les sens ; il n'offre plus aujourd'hui au lieu d'une masse , qui dut à sa naissance être effrayante par sa hauteur et imposante par son étendue, qu'un squelette dont les aspérités aiguës menacent encore de leurs chutes successives les vallées qu'elles dominent.

Le sommet du Sancy est souvent environné d'une brume épaisse qui dérobe à l'œil la irace môme du sentier étroit qu'on a parcouru , mais si le soleil vient à dissiper ces vapeurs humides, alors on voit se prolonger, d'un côté, la belle vallée du mont Dore, au delà de laquelle s'étend un horizon sans bornes, et l'on aperçoit à gauche celle d'Enfer, qui effraye par sa profondeur et par les rochers en obélisques dont elle est

hérissée. Sur le sommet se trouvent les débris d'une pyramide formée de roches volcaniques et détruite plusieurs fois par la foudre ; les quatre faces du monument renversé portent des inscriptions indiquant que l'ascension depuis la base jusqu'au sommet est de 837 mètres, que ce sommet est à 1,888 mètres au-dessus du niveau de la mer, . c'est-à-dire à 32 mètres au-dessus du Plomb du Cantal et à 421 mètres au-dessus du Puy de Dôme.

Les pentes occidentales du mont Dore sont rapides; les pentes orientales sont, au contraire , assez douces ; les unes et les autres sont tapissées de plantes graminées , touffues, vigoureuses, qui charment l'œil par leur teinte d'un beau vert, et ces riches pâturages sont arrosés par de délicieuses cascades, pendant que dans les ravins et les déchirures profondes de la montagne on voit encore la neige au mois d'août. En descendant péniblement les pentes glissantes qui conduisent sur le côlé occidental, la vue plonge sur de vasles profondeurs, au-dessus desquelles les bestiaux paissent paisiblement comme s'ils étaient suspendus aux herbages sur lesquels le pied de l'homme ne se hasarde qu'en tremblant. Souvent même on voit au-dessus de ces abîmes des bergers montagnards, retenus par une corde fixée au sol au moyen d'un épieu , promener la faux sur des herbes que le souffle du vent les empêche quelquefois de recueillir. Les pentes orientales du mont Dore descendent en plateaux vers la rive gauche de l'Allier. Au milieu des pâturages qui les garnissent , et qui n'offrent qu'une verdure uniforme sans un seul arbre , on trouve quelques cabanes et une chapelle gothique, bâtie au seizième siècle, qui sert de point de réunion aux habitants dispersés dans la montagne; chaque année il s'y fait un pèlerinage célèbre dans la contrée , et chaque semaine , le jour consacré au service divin y amène un grand concours de montagnards. A l'approche de l'hiver, ces habitations éparses sont abandonnées, la chapelle est fermée jusqu'au printemps, et la neige étend partout son vaste tapis, qui cache la trace même des chemins. A quelque distance de la chapelle se trouve le Trou de Souci/, excavation naturelle, en forme d'entonnoir, de 33 mètres environ de diamètre, terminée par un gouffre de 28 mètres de profondeur, qui n'est pas un cratère, et dont le fond est rempli d'eau limpide. Les gens du pays prétendent que celte eau communique avec celles du lac Partit. L'enceinte de ce lac, parfaitement circulaire, a 40 mètres de profondeur; ses parois intérieures sont boisées et la végétation qui les garnit doit toute sa vigueur à l'humidité qui s'exhale de ses eaux profondes. La lave qui a formé les bords élevés de ce lac a coulé des flancs d'un volcan voisin appelé le Puy de Mondial. Son eau noirâtre , que n'alimente aucune source visible, s'épanche continuellement par une échancrure, et forme la petite rivière de la Couze.

Autour du Puy de Sancy se groupent d'autres puys, dont les flancs au-dessus de la région des sapins présentent aussi de beaux pâturages ; les bases de toutes ces montagnes forment un plateau incliné vers le sud; leurs sommets présentent un grand nombre de lacs; toutes renferment des eaux minérales connues de toute antiquité.

Au mont Dore, les monts d'Auvergne se bifurquent : la branche occidentale, avec une hauteur moyenne d'environ 1,000 mètres, se compose d'une chaîne très-étroite et tàs-iorlueuse, qui se dirige au nord-ouest entre les sources de la Sioule (Allier) et

celles du Chavanoux (Dordognc) jusqu'au petit plateau de Saint-Avit, vers les sources du Cher. Là elle sort de l'Auvergne pour entrer dans la Marche, où nous la retrouverons. L'autre branche continue réellement la chaîne des monts d'Auvergne dans la direction du nord, sous le nom de monts Dômes ou Chaine des Puys; elle s'élend sur la gauche de l'Allier jusque vers le confluent de la Sioule , avec une hauteur moyenne de i ,200 mètres au-dessus du niveau de la mer et de 600 mètres au-dessus des plaines de la Limagne. Elle se compose, depuis Montcynard jusqu'à Vol vie, d'une série de 60 cônes tronqués d'origine volcanique , dont presque tous les cratères sont encore béants. Deux routes principales la traversent : 1* de Clermont à Mauriac, par le col de Lamorino (1,075 m.) ; 2° de Clermont à Limoges, par le col des Goules (1,010 m.).

On remarque dans cette chaîne le Puy de Dôme, qui s'élève au centre de cette file de volcans à une hauteur de 1,Z|68 mètres au-dessus de la mer. C'est une montagne de forme conique n'offrant pas de trace de cratère, et dont le sommet forme une sorte de plateau inégal : sur ce plateau sont les débris d'une chapelle où Perrier fit les expériences indiquées par Pascal sur la pesanteur de l'air. Elle se relie au petit Puy de Dôme, autre montagne moins élevée, qui est formée de scories pareilles à celles des volcans voisins , tandis que le grand Puy-de-Dôme est formé de domite , roche légère , poreuse et blanchâtre , dont les fissures sont fréquemment tapissées de lames brillantes de fer oligisle. Entre ces deux puys se trouve un cratère , le Nid de la Poule, qui a sans doute vomi les scories du petit Puy de Dôme.

Le Puy de Dôme est d'une remarquable fécondité, et l'on y jouit d'un magnifique panorama; ses flancs, quoique fortement inclinés, sont cependant couverts d'une brillante végétation , qui s'étend jusqu'au sommet. Une foule de plantes alpines émaillent ce plateau, où paissent do nombreux troupeaux et du milieu duquel apparaissent <jà et là des saillies de laves blanches qui rappellent l'origine de la montagne.

Près du Puy de Dôme sont groupés d'autres puys, parmi lesquels on remarque au sud-est le Puy de Nadailhal, élevé de 700 mètres environ au-dessus de la plaine, et dont les flancs ont vomi, entre la Sioule et la Monne, une masse de laves, nommée monts de la Serre, qui, sur une largeur considérable, se prolonge pendant douze kilomètres environ. Au nord-ouest se dresse le Puy de Côme, dont la large coulée s'est épanchée dans le lit de. la Sioule jusque vers Pontgibaud , à 8 kilomètres de son origine. Plus au nord s'élèvent : le Puy de Pariou (1,215 m.), dont le cratère, parfaitement conservé et très-régulier, a 320 mètres environ de diamètre et 90 mètres de profondeur ; le grand Sarcotiy et le Puy Chopine, dont les sommets blanchâtres annoncent une origine différente de celle des montagnes voisines : le premier est formé de domite, comme le Puy de Dôme-, le second, sans cratère, et pourtant de forme conique, a été formé par soulèvements et présente un mélange de diverses espèces de domites, roches granitiques et basaltes; enfin le Puy de la Xugère, dont le cratère incliné a vimi deux courants de laves, qui, après avoir suivi deux directions opposées, se sont réunis au-dessous de Volvic.

D'après tout ce que nous venons de dire, on voit que l'Auvergne est presque (ôut entière formée de terrains primitifs, et que deux masses volcaniques y apparaissent à l'ouest et au sud-ouest. La première comprend le groupe du mont Dore , qui se continue au nord par la chaîne des puys jusqu'à Volvic; celle-ci n'offre plus un tout aussi

compacte, excepté sur le faite, et présente à l'est et à l'ouest de profondes échancrures, d'où s'échappent les affluents de la Sioule et de l'Allier. La seconde est celle du Cantal, qui est presque circulaire, et s'étend entre Saint-Flour, Pierrcfort, Aurillac , Mauriac et Murât; très-compacte vers le centre, elle s'échancre profondément à la circonférence et se prolonge un peu au nord-ouest, entre la rive gauche de l'Alagnon et le bassin de la Hue.

Au centre des terrains primitifs qui constituent l'Auvergne, la vallée de l'Allier comprend une plaine fertile, connue sous le nom de Limagne, s'étendant de Brioudc à Vichy ; d'abord fort étroite , elle s'élargit à mesure qu'on avance vers le nord. Elle est généralement formée de terrains tertiaires moyens; cependant la plaine comprise entre Maringucs, Riom et Clermont, qu'arrosent les affluents de droite de la Morge, ainsi que la vallée inférieure de la Dore, sont formées de terrains alluvionnels. On trouve aussi, entre Anzon et Saint-Germain-Lambron , un petit bassin houiller, qui occupe la presqu'île formée par le confluent de l'Alagnon et de l'Allier.

§ III. Hydrographie. — L'Auvergne étant assise sur les deux revers des montagnes entre Loire et Garonne est nécessairement comprise dans les vallées opposées de ces deux feuves.

I. Bassin de la Loire. — C'est par la vallée de l'Allier seulement que l'Auvergne relève du grand bassin de la Loire.

V Allier {F.laver) prend sa source dans le massif du mont Lozère, à 1,423 mètres d'élévation ; il coule du sud au nord dans une étroite vallée fermée à l'est et à l'ouest par les monts du Velay et par ceux de la Margeride, et devient navigable à Brioude, dont l'arrondissement compris aujourd'hui dans la haute Loire, faisait jadis partie de la province d'Auvergne; il passe près d'Issoire, près de Mariol et à Vichy, où il coule dans le Bourbonnais. La longueur de son cours dans la province est d'environ 120 kilornè'jes. La navigation ne s'y fait qu'à la descente et pendant les hautes eaux seulement; il est guéable en été sur beaucoup do points, mais ses crues, qui s'élèvent de 3 à 5 mètres, le rendent en hiver sujet a de fréquents débordements. La pente des eaux y est ordinairement de 2 mètres 66 centimètres par kilomètre. Les bateaux qui le descendent portent des houilles, des vins, des chanvres, des bois, des pierres.

Il reçoit à gauche : Ie L'Alagnon, qui descend du Cantal et coule dans une jolie vallée où il arrose Murât, Massiac , Lcmpde; il va finir un peu au sud de Nonette.

2° La (Jrande-Couze , née au pied de la montagne volcanique de Lugues, baigne une belle et fertile vallée, où elle arrose Ardcs et Saint-Germain-Lambron; elle finit en face de Nonette.

3" La Crnize descend du massif du mont Dore et passe à Issoire.

h" La Veyre sort du lac d'Aydat, sur le versant oriental des monts Dômes; ce lac a 6 kilomètres de tour et une profondeur de 30 mètres; il est très-poissonneux , et l'on y jouit d'une ravissante perspective. Après être sortie de ce lac , la Veyre passe au sud des monts de la Serre , arrose Veyre et finit au-dessous des Martres.

y- La Marge naît dans les dernières ramifications des monts Dômes, au nord-ouest de Riom; elle a un cours assez sinueux, dont la direction générale est de l'est a l'ouest. Elle arrose Maringues près de son confluent. On trouve sur ses bords un grand nombre de tanneries et de chamoiserics. In peu en amont de Maringucs, elle

reçoit à droite VAmbine, qui passe près de Riom , et se grossit d'un faisceau de petits cours d'eau , dont les principaux sont le Redat et le Lachou, qui passent aux environs de Clermont et de Monlferrand. Tout le bassin de la Morge et de ses affluents forme le Alarait, pays fertile, mais assez malsain.

6° La Sioule naît au pied du mont Dore , coule du sud-ouest au nord-est , arrose Pontgibaud, et sort de l'Auvergne à Ebreuille pour entrer dans le département de l'Allier, où elle arrose encore Saint-Pourçain. Son cours total est de 100 kilomètres à travers une vallée très-pittoresque. Son principal affluent est le Sioulet, qui naît dans les monts d'Auvergne et arrose Pont-au-Mur.

7° Le Buron, ruisseau coulant de l'est à l'ouest, arrose Aigueperse.

L'Allier reçoit à droite : !• VAllioux, qui naît dans les monts de la Dore et se jette en face d'issoire, après avoir reçu un affluent qui passe à Sauxillanges et à Usson.

2° La Dore prend sa source dans les monts de la Chaise-Dieu ; elle coule d abord du nord au sud dans un lit formé de terrains d'alluvion, à travers une belle plaine, arrose Ambert, incline au nord-ouest, arrose Olliergue, reçoit à droite la Durolte, qui passe à Thiers, passe près de Puy-Guillaume et se jette dans l'Allier. Cette rivière a un cours de 80 kilomètres ; ses bords sont renommés pour leur fertilité et leurs beautés pittoresques.

II. Bassin de la Garonne. — L'Auvergne n'appartient à ce bassin que par les arrière-vallées du Lot et de la Dordogne.

Bassin du Lot. — Deux affluents du Lot ont leur source et leur vallée supérieure dans le département du Cantal : ce sont la Trueyre et la Celle.

La Trueyre ou Truyère naît dans le département de la Lozère , sur lo versant occidental des monts de la Margeride; elle coule d'abord au nord-ouest, passe à Malzieu et pénètre dans l'Auvergne. Elle tourne alors à l'ouest en passant au sud de Saint- Klour. puis redescend au sud-est le long des pentes méridionales du Cantal , et coule dans un véritable ravin de 100 mètres de profondeur. Elle sort ensuite de l'Auvergne, et va se terminer dans le Lot. Dans son cours, d'environ 160 kilomètres, elle reçoit de nombreux affluents, dont les principaux sont: à droite, le Dauzan, qui passe un peu au sud de Saint-Flour , et à gauche , le Bis, qui naît dans l'Aveyron , traverse une vallée affreuse et arrose Saint-Urcize.

La Celle ou CelU n'appartient a l'Auvergne que pendant quelques kilomètres; mais elle y reçoit à droite la Jtance et plusieurs autres ruisseaux , qui descendent des dernières ramifications du Cantal.

Bassin de la Dordogne. — La Dordogne est formée des deux sources de la Dore et de la Dogne. La Dore descend de la partie la plus élevée du mont Dore et se compose de plusieurs torrents , qui se précipitent en cascades à travers des déchirures verticales hérissées de sauvages aspérités. Le principal est la Cascade du Serpent, dont le nom indique la marche tortueuse et bondissante sous les sombres sapins dont les bases des montagnes sont garnies. Un peu plus bas, la Dore reçoit les eaux de la Dogne, qui tombent de 30 mètres de haut. La Dordogne, une fois formée, coule à l'ouest jusqu'au confluent du Chavanoux ; elle tourne alors au sud-est, et sépare le département de la Corrèze de ceux du Puy-de-Dôme et du Cantal ; elle n'arrose aucun point remarquable dans ces deux derniers départements, mais elle y reçoit de nombreux allltn :ii>

issus des monts d'Auvergne. Parmi ces aflluents, nous citerons : 1° le Cfiavanoux, qui sépare le département de la Corrèze de celui du Puy-de-Dôme.

2" La nue naît au nord du col de Cabre cl sépare la basse de la baute Auvergne; elle se grossit de nombreux d'affluents.

3- VAuze a Mauriac dans son bassin et l'une de ses sources arrose le charmant vallon de Salins, célèbre par ses cascades.

!t" La Marone naît au Puy-Mary , arrose Salers et va finir au-dessous d'Argentat (Corrèze). En face de Salers, elle reçoit les trois ruisseaux de Saint-Paul, de Marion* et de Fontanges, dont les vallées sont célèbres, les deux premières par leur aspect sauvage et leurs cascades , la troisième par son air riant et son paisible ruisseau.

5" La Cère nait au pied du Plomb du Cantal ; elle coule d'abord au sud-ouest en tombant de cascades en cascades à travers d'affreuses gorges, à la sortie desquelles elle passe à Vic-en-Carladez ; sa vallée s'agrandit alors et devient délicieuse; c'est la plus grande et la plus belle de toutes celles du Cantal : elle a 2?i kilomètres de long sur A kilomètres de large. La Cère arrose la Roqucbrou , puis elle sort île la province et va finir au-dessous de Rretenoux (Lot). Elle reçoit à droite : la Jurdanne, qui naît au pied du Puy Mary et du col de Cabre et finit au-dessous d'Arpajon. Sa vallée supérieure , séparée de celle de la Cère par un pays très-monlueux , est étroite et sinueuse jusqu'à Aurillac, sur une longueur de 20 kilomètres. La Jordanne y saute de précipices en précipices jusqu'à Lascelle, où elle se ralentit et arrose par son cours inférieur une très-belle vallée.

§ IV. Asi'tCT GÉNÉRAL, PRODUCTIONS , CLIMAT, ETC. — L'Auvergne est, SOILS le

rapport physique , la contrée la plus intéressante de la France : centre de ce grand plateau dont nous avons vu ailleurs l'importance géologique, témoin vivant des dernières révolutions du globe, portant encore les traces de ces révolutions dans ses montagnes calcinées , son sol dévasté, ses laves, ses scories, les bouches à peine refroidios de ses volcans, nulle n'inspire plus d'émotions et de réflexions, nulle ne raconte mieux les merveilleuses catastrophes de ces âges où l'homme n'était pas, nulle n'étonne et ne séduit davantage par le spectacle varié à l'infini de ses horreurs géologiques, de ses beautés sévères, de ses sites gracieux.

Comme nous l'avons déjà dit, la nature a divisé l'Auvergne en deux parties bien distinctes : la haute et la basse ; la première occupée par le massif du Cantal , dont les ramifications la couvrent en tous sens; la seconde limitée à l'est par la chaîne boisée du Forez et traversée à l'ouest, presque sur sa limite, par la chaîne bien plus remarquable des monts Dores et des monts Dômes.

La haute Auvergne, hérissée presque entièrement de montagnes et de roches volcaniques, creusée de gorges sauvages, arrosée seulement par des torrents, est un pays d'un aspect grandiose et sévère, niais essentiellement pauvre et stérile. Il semble à le voir qu'on ne soit qu'à quelques siècles du terrible cataclysme qui l'a incendié, dévoré, calciné. Au-dessus de tous ces entassements de rocs, de cratères, de précipices, de laves s'élève la masse du Cantal, qui frappe par sa sombre grandeur et par m nudité; mais, grâce aux eaux qui circulent en tous sens sur ses pentes, les montagnes qui l'entourent et les plateaux qm leur font suite, lorsque la neige qui les iv. ;ivre pendant huit mois de l'année a disparu, se font remarquer p«r let'r inagiii-

fique verdure et leurs riches pâturages, où transhument les bestiaux des départements voisins. Cà et là, dispersés au milieu de ces pacages , apparaissent une foule de buront ou petites cabanes , que les bergers se construisent au retour du printemps , et où se fabriquent le beurre et des fromages renommés. Au pied des plateaux se trouvent les villes et les villages , les champs cultivés, les vallées fertiles. L'aspect de quelquesunes de ces vallées , principalement celles de la Cère et de l'Alagnon , est plein de charmes : la végétation, entretenue par une foule de ruisseaux, y est active; les champs y sont couverts de céréales ou de belles prairies, au milieu desquelles, dominés par reurs clochers ou par d'antiques ruines, apparaissent de jolis villages; mais ces parties heureuses et fertiles de la haute Auvergne sont rares, et partout ailleurs on ne trouve sur ce sol granitique ou calciné, creusé par des torrents monotones, que de maigres champs d'orge et de seigle isolés çà et là au milieu des pâturages : ce sont ces derniers qui font la vraie richesse du pays.

La basse Auvergne n'a plus le même aspect. Au levant, les flancs des monts du Forez se présentent , garnis de belles forêts de sapins. Au couchant s'élèvent les deux groupes si pleins de grandeur et d'attraits des monts Dores et des monts Dômes, avec leurs flancs qui s'étagent en plateaux couverts de pâturages; au milieu coule l'Allier, dont le bassin forme l'une des contrées les plus riches, les plus fertiles de l'Europe : c'e^t la Limagne, qui s'ouvre en éventail à mesure qu'on descend vers le nord, et qui, entre Brioude et Aigueperse, n'a pas moins de 80 kilomètres de long sur â0 de large. Toute cette plaine, entrecoupée de coteaux et de monticules isolés, est d'une magnifique fécondité en grains, fruits, légumes, vignobles et prairies. Toutes les campagnes, parsemées d'une foule de villes et de villages, offrent une série de paysages, qui forment les contrastes les plus séduisants. Presque partout les routes sont bordées de noyers; les châtaigniers couvrent les collines et les bords des lacs; des haies vive-* et des vergers entourent les habitations.

D après leur constitution physique, les diverses parties de l'Auvergne doivent avoir un climat très-différent : il est rude dans les montagnes, et principalement dans la haute Auvergne; il est beaucoup plus doux dans la Limagne, mais avec de grandes variations; il est généralement sain , et certaines parties des monts Dores sont renommées pour leur extrême salubrité.

S V. Histoire, population, caractère , etc. — L'Auvergne, ce débris des grandes révolutions du globe, a son histoire la plus brillante dans les temps historiques qui sont le moins éloignés de ces révolutions. Cinq ou six siècles avant Jésus-Christ , on la trouve , non pas confinée comme aujourd'hui sur les pentes du Cantal ou des monts Dômes, c'est-à-dire occupant seulement le noyau du plateau central, mais formant un grand État, qui comprenait deux ou trois étages de ce plateau; ses habitants, les Arverna (hommes des hautes terres), qui formaient les tribus principales des Galls ou Celtes, occupaient presque tout le pays entre la Loire, les Cévennes et la Garonne ; leur capitale était Gcrgovie, et ils dominaient les Helvii (Vivarais) , les Vclauni (Velay), les Gaballi (Gévaudan), les Rutheni (Rouerguc), les Cadurci (Quercy), les Lemovices (Limousin), etc. Grâce à celte position centrale et rayonnante, qui, dans ces temps primitifs, avait bien plus d'efficacité que dans les temps modernes, les rois des Arvernes étendirent leur domination sur presque tous les peuples compris entre les Pyrénées, la

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