‹ Géographie UniverselleChapitre 19 sur 93 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

Méditerranée , le Rhône et la Loire, et lorsque les Romains arrivèrent, ils trouvèrent ces montagnards à la tête d'une vaste confédération de peuples groupés autour d'eux h litre de clients, de frères ou de sujets, et ayant pour ennemie la confédération moins puissante des Kduens. A la demande de ces derniers, les Romains attaquèrent les Allobroges , alliés des Arvcrnes ; ceux-ci marchèrent à l'aide de leurs frères des Alpes; mais ils furent complètement vaincus sur les bords du Rhône. Rome se contenta de subjuguer les Allobroges, et, sans essayer d'allaquer les Arvcrnes dans leurs plateaux montagneux, elle pénétra dans la Gaule centrale et septentrionale par la mule naturelle de la Saône. La plus grande partie de la Gaule était vaincue, Jules Cé^ar avait fait déjà dans ce pays cinq ou six campagnes, et l'Arvernic était encore insoumise. Aussi les montagnes volcaniques du Cantal et des Dômes furent-elles le centre de la grande insurrection faite par toute la Gaule pour sauver son indépendance; aussi le commandement suprême des forces gauloises fut-il donné à Vercingélorix , descendant des rois arvemes. César attaqua l'Anémie, et assiégea Gergo\ie; il échoua devant celte place. Alors il reporta la guerre sur la Loire, sur la Saône, dans les pays de plaines, en dehors de ce plateau central qu'il regardait comme la citadelle de l'indépendance gauloise : il y entraîna ses ennemis, les vainquit, les força à se réfugier dans les murs d'Alésia, et, après des efforts terribles, les contraignit à se remettre entre ses mains : la tète de Vercingélorix tomba sous la hache du bourreau, et l'Arvernic fut soumise en môme temps que toute la Gaule.

Les Romains respectèrent les vaincus et ménagèrent leur orgueil : ils laissèrent h l'Anémie ses lois, ses libertés, son administration; ils se contentèrent de détruire Gergovie, qui rappelait un souvenir humiliant pour la fortune de Rome, et transportèrent ses droits de capitale à une petite bourgade voisine, qui devint Auyusto-Xcmclum, aujourd'hui Clcrmonl. De là la civilisation romaine s'étendit sur toute la contrée, et plusieurs établissements s'y formèrent, principalement auprès des sources minérales de Jiegatum (Royal), de Calùtœ Aquœ (Chaudes-Aigucs), etc. Mais le fond des montagnes resta gaulois, et lorsque le christianisme se répandit dans le pays, vers le troisième siècle , le druidisme eut des zélateurs opiniâtres dans les gorges dos monts Dores; on en retrouvait encore des traces 4 ou 500 ans après.

A l'époque de l'invasion des barbares , l'Arvcrnie , protégée par ses montagnes, resta d'abord indépendante. A la fin du cinquième siècle, les Visigolhs l'attaquèrent; mais ce ne fut qu'après dix années d'une lutte héroïque, où s'illustra levèque de Clermont Sidoine Apollinaire, qu'ils parvinrent à la soumellre. Après la chute de l'empire des Visigolhs, les Francs de Clovis essayèrent de s'emparer du pays; mais leur domination n'y fut que passagère, et l'Arvernic conserva en réalité son indépendance sous le gouvernement de ses évoques et de ses grandes familles.

Les Arvemes délestaient les Francs et étaient, grâce à leur position géographique,, le centre de la résistance de tout le Midi à la domination de ces barbares. Ceux-ci s'en vengèrent par une conquête nouvelle : « pillant, brûlant, mettant au niveau du sol , dit un contemporain , les villes, les églises, les monuments romains, ils ne laissèrent aux vaincus que la terre, que les barbares ne pouvaient emporter; ils s'en retournèrent, suivis par de longues Ides d<; chariots et de prisonniers enchaînés, les-

quels furent nus à l'encan. >» L'Auvergne produisit alors le premier des historiens de 1a France, Grégoire de Tours.

Sous les derniers rois de la première race , elle forma un comté compris nominalement dans le duché mérovingien d'Aquitaine, mais ayant ses seigneurs à peu prî's indépendants. Elle prit une Ires-grande part à la lutte que l'Aquitaine soutint contre Pépin le Bref, sous les ducs Waïffcr et Hunold. Elle fit partie du royaume d'Aquitaine, donné par Charlemagne à Louis le Débonnaire. Dans Je démembrement de l'empire des Francs, elle appartint au duc ou marquis Bernard , dit Plante- Velue, fils, dit-on, de ce Bernard de Gothie réputé l'amant de Judith. Avec lui commença la dynastie héréditaire des comtes d'Auvergne, qui s'éteignit dans le dixième siècle. L'Auvergne , qui comprenait encore une partie des pays voisins, était à cette époque enclavée entre les États du roi de France et ceux des puissants ducs d'Aquitaine, qui prétendaient à la suzeraineté sur elle; la politique des comtes d'Auvergne consista donc à opposer continuellement l'un à l'autre ces deux pouvoirs, de manière à conserver leur indépendance. L'Auvergne avait alors pour capitale Riom, où résidaient les comtes , et ces comtes avaient pour vassaux : les vicomtes de Murât et de Cariât, les vicomtes de la Tour-d'Auvergne, issus d'une branche des comtes, ainsi que les vicomles de Thicrs, les barons de Montpensier, qui avaient Aiguëper.se pour capitale et qui étaient un rameau des vicomtes do Thiers, les barons de Mcrcœur, maîtres d'une partie do la vallée de l'Allier, etc. II y avait en outre un certain nombre de seigneurs ecclésiastiques, tels que le comte évôque de Clennont, le chapitre de Brioudc, l'abbé d'Auslrcmoine, qui partageait avec le comte d'Auvergne la suzeraineté d'Issoire; et, à la même époque, autour des monastères, naissaient Aurillac, Mauriac, Sauxillanges, la Chaise-Dieu, etc. Aussi l'Auvergne avait-elle un grand renom de ferveur religieuse, et c'est là, comme au centre même de la France, qu'Urbain II vint tenir à Clennont le concile où fut prôchée la première croisade.

Après l'extinction de la dynastie de Bernard, le comté d'Auvergne fut quelque temps viager, puis, en 979, il redevint héréditaire dans une famille dont l'origine est incertaine et qui se reconnut vassale des ducs d'Aquitaine. Dans le douzième siècle , l'un de ces comtes, Guillaume VII, qui prit le titre de dauphin parce qu'il descendait par sa mère des dauphins de Viennois, fut attaqué par son oncle, Guillaume VIII, et demanda l'appui de son suzerain , le duc d'Aquitaine, qui était alors Henri II, roi d'Angleterre. Les rois de France Louis VII et Philippe-Auguste soutinrent Guillaume VIII. Il s'ensuivit une guerre qui se termina par le partage de l'Auvergne en deux seigneuries : Guillaume VII eut pour sa part une partie de la Limagne sur la rive gauche de l'Allier, qui prit le titre de dauphini et eut Vodable pour capitale; Guillaume VIII eut tout le rv:ste , qui garda le nom de comté. Robert, fils de Guillaume VII, et Guy, fils de Guillaume VIII, s'allièrent avec Richard Cœur de lion contre Philippe-Auguste. Après une longue guerre, Richard fut contraint de céder à Philippe la suzeraineté de l'Auvergne. Ce pays, toujours empreint de la haine des Aquitains contre les hommes du Nord, se refusa à la domination du roi de France. « Alors les chevaliers français l'envahirent , et y mirent tout à feu et à sang. >» Robert et Guy furent obligés de se soumettre : on rendit au premier son dauphiné; mais le second eut son comté confisqué.

En 1230, saini Louis rendit le comté à Guillaume X , mais bien diminué , la couronne en ayant gardé la majeure partie ; l'Auvergne se trouva alors divisée en quatre parties : le comté d Auvergne, réduit au pays situé sur la rive droite de l'Allier, au nord de la rivière d'Aillon, avec Vic-le-Comte pour capitale; la terre d'Auvergne, formée de tout le reste de l'ancien comté, avec Riom pour capitale et domaine direct des rois de France; le comté de Clermont, qui était aux mains de l'évêque ; enfin le dauphiné.

Voyons quelle fut la destinée de ces quatre seigneuries. — La terre d'Auvergne, à laquelle les rois donnèrent des étals provinciaux , et qui se montra très-française dans les guerres des Anglais, fut concédée par le roi Jean à son troisième fils, Jean, duc de Berry, et érigée en duché. Ce duché passa à sa fille, mariée à Louis I", duc de Bourbon. De ce mariage vinrent deux fils : Charles , dont la postérité garda le duché d'Auvergne jusqu'à Suzanne (tille de Pierre de Bourbon et de Bcaujeu et d'Anne, fille de Louis XI), laquelle épousa le fameux connétable Charles de Bourlwn; Louis, seigneur de Montpcnsier, qui épousa la dernière héritière des dauphins d'Auvergne, et dont le dernier héritier fut ce même connétable de Bourbon , de sorte que celui-ci réunit le duché et le dauphiné. On sait comment, tous ses biens ayant été confisqués, le duché et le dauphiné d'Auvergne firent retour à la couronne. François I" rendit le dauphiné avec la seigneurie ou duché de Montpcnsier à la sœur du connétable, mariée à Louis de Bourbon-Condé : la dernière héritière de celle maison, Marie, épousa Gaston, frère de Louis XIII. et de ce mariage vint la grande Mademoiselle, dont les biens furent en parlie donnés au duc d'Orlt'ans, frère de I-ouis XIV.

Quant au comté, il resta dans la branche cadeiie des anciens comtes d'Auvergne jusqu'au quatorzième siècle, où il pa>sa dans une famille collatérale dile de la Tour, et il eut pour dernière héritière Anne de la Tour, duchesse d'trbino, mère de Catherine de Médicis. Celle-ci légua celte seigneurie à sa fille, Marguerite de Valois, qui en fil don à Louis XIII.

Le comté de Clermont resla dans la possession des évéques jusqu'à Catherine de Médicis, qui les dépouilla du domaine temporel, et élablil dans la ville une sénéchaussée royale.

Si nous faisons ici un retour sur les temps que nous venons de parcourir, on voit que plus on s'éloigne des siècles géologiques, plus l'Auvergne perd de son importance politique, plus son histoire perd d'intérêt. Ainsi, pendant la lutte contre les Romains, elle avait été le centre de l'indépendance gauloise. Elle avait encore résisté avec énergie, mais isolément, à la conquête des Francs de Clovis. Elle mit moins d'ardeur à lutter contre les Francs de Pépin le Bref, et ne fut que l'auxiliaire des ducs d'Aquitaine. Elle se laissa facilement vaincre par les chevaliers de Philippe-Auguste. Il semble qu'à mesure que la civilisation dépouillait les montagnes d'Auvergne de leurs obstacles naturels, à mesure qu'elle y ouvrait des routes, qu'elle y défrichait des fonts, il semble, dis-je, que la vieille citadelle des Gaules perdait de son importance et de sa valeur militaire. Quand elle fut morcelée en petits Étals, celle importance diminua encore. Ainsi, pendant les guerres des Anglais, quand l'Aquitaine entière se servait de ces étrangers pour lâcher de se donner une existence indépendante , le massif de l'Auvergne aurait dû être la place d'armes de cette guerre : il n'en fut rien , et l'Auvergne resta française. 1) eu fut do même pendant les guerres civ iles du seizième siècle :

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la réforme eut des sectateurs dans ce pays, mais elle y fut toute religieuse et non politique : les monts Dores n'eurent pas à jouer le même rôle que les Cévennes: et les illustrations qui sortirent de l'Auvergne à cette époque , Duprat , Anne Dubourg, L'Hospital, Domat, etc., témoignent de la diversité et de l'incertitude de ses opinions. Dans le dix-septième siècle ses montagnes dégénèrent encore : ce ne sont plus que les repaires obscurs de brigands féodaux dont Louis XIV fait justice dans les grands jourt de Clermont. En même temps l'Auvergne perd sa physionomie particulière, et elle donne à la France l'un de ses génies les plus complets, Pascal. Dans le dix-huitième siècle, elle s'efface de plus en plus, son nom est à peine prononcé, et l'on est tout surpris de voir sortir de cette terre de laves et de scories Marivaux, Thomas, Champrort. En 1789, il semble que tous les volcans de l'Auvergne se rouvrent : elle envoie aux étals généraux La Fayette , et à la Convention Carrier, Couthon, Maignet, Romrr.e, Soubrany, Dulaure; ses montagnards se lèvent en masse pour aller détruire Lyon ; ses bataillous courent à la défense des Alpes et des Pyrénées, et il en sort Desaix, Milhaud, etc. Mais le cratère se referme rapidement, et sous l'empire , comme dans les temps plus modernes , l'Auvergne n'est plus qu'un composé de deux départements paisibles où le progrès industriel ne marche que lentement, et qui attend d'être sillonnée par des chemins de fer pour avoir la vie a tivo des provinces voisines.

• Les habitants de l'Auvergne sont un des débris les plus complets de l'ancienne race gauloise; ils sont grands, beaux, forts, vigoureux, mais lourds, épais, sans vivacité et sans grâce ; on imagine assez bien en les voyant ce que devaient être les soldats de Vercingétorix, comme on juge à la beauté régulière mais sans finesse de leurs femmes, à leurs formes robustes, à leur carnation puissante, à leur air de santé, ce qu'étaient les matrones de Gergovie. Les uns et les autres semblent avoir été taillés dans leurs montagnes et leur avoir emprunté un air de fraîcheur, de vie, de force, de solidité, mais aussi de rudesse , d'àprclé et de grossièreté.

L'Auvergnat a conservé des mœurs primitives et une nature abrupte qui lui a valu une renommée fort injuste de stupidité et de sauvagerie. Il est généralement juste, bon, patient, laborieux, constant dans ses habitudes et ses affections, attaché à son pays, religieux, économe et probe. Esprit positif, vulgaire et éminemment pratique, il dédaigne tout ce qui n'est pas utile et matériel, tout ce qui n'est fait que pour émouvoir, les manières délicates et polies, le luxe des vêtements et des habitations. Avec de l'aptitude pour les sciences et les arts, il n'a de goût et d'estime ni pour les uns ni pour les autres. Il passe pour manquer d'intelligence, il ne manque que d'éducation ; et quand ses intérêts ou sa cupidité sont en jeu, nul ne déploie plus d'habileté et d'astuce sous des dehors simples et grossiers. Ses mœurs sont pures , honnêtes, agrestes, mais ses manières sont rudes, brutales, violentes. On peut lui reprocher son avarice, son àpreté au gain, son caractère haineux qui ne lui fait pardonner aucune injure, son manque de générosité, son esprit soupçonneux, défiant, processif, son opiniâtre attachement aux vieilles coutumes, aux préjugés, aux superstitions de son pays, enfin sa passion pour le vin. Les femmes ont, surtout dans les montagnes, des mœurs très-sévères ; et malgré les longues absences des maris, qui vont faire leur tour de France, la foi conjugale est rarement violée.

5 VI. DÉPARTEMENT DU PllY - DE-DÔME. — STATISTIQUE, AGRICULTURE, INDUSTRIE,

commerce. — Le département du Puy-de-Dôme a été formé de parties de l'ancienne Auvergne (comté d'Auvergne, 115,410 hectares; dauphiné d'Auvergne, 547,075 hect.), de partie du Bourbonnais (119,734 liect.) et du Forez (18,460 hect.). Sa superficie totale est de 800,679 hectares, dont 274,000 de terres labourables, 67,000 de prés, 21,000 de vignes, 61,000 de bois, 146,000 de landes, patis, etc. Sa population était : en 1801, de 507,128 habitants; en 1821, de 553, 01 0 hab. ; en 1841, de 587,566 hab. ; clic est aujourd'hui de 596,897 habitants. 11 a pour chef-lieu Clermont-Ferrand , et forme 5 arrondissements ainsi subdivisés :

Arrondissement de Clenionl. . . . 1 4 cantons, 1 08 communes , 174, 15G habitants.

de Tliiers . ,

l.iG,03i —

IOO.G7I —

b arrondissements 10 cantons, 44.1 communes, 5yc,st>7 haliilants.

Ce déparlement forme le diocèse de l'évéché de Clermont , siuTragant de Bourges. Il renferme, pour les cultes calviniste et israélite , un pasteur et un rabbin à Clermont; pour l'administration de la justice, une cour impériale à Riom, 5 tribunaux de première instance et de commerce dans les chefs -lieux d'arrondissement, une chambre de commerce à Clermont, un conseil de prud'hommes à Thiers pour l'instruction publique, une académie universitaire, un lycée et une école secondaire de médecine à Clermont, 5 collèges, à Ambert, Issoire, Thiers, Riom et Billom, et 508 écoles primaires communales. 11 fait partie de la 20* division militaire (cheflieu, Clermont).

Traversé du nord au sud, dans sa partie occidentale, par la chaîne des monts d'Auvergne , limité à l'est par les monts du Forez , ce département n'offre de plaines que dans la vallée de l'Allier et principalement vers le nord , où se trouve la belle et riche contrée de la Limagnc. C'est d'ailleurs un pays généralement agricole cl d'exploitation, et, pour quelques cantons, manufacturier. Le sol y est fertile dans les vallées, et les montagnes présentent d'excellents pâturages; mais l'agriculture y est arriérée* à cause de l'attachement des habitants aux anciennes méthodes. Les récoltes y sont suffisantes on grains, considérables en vins d'assez bonne qualité et hauts en couleur, on fruits, pommes de terre, chanvre, foin et betteraves. On élève une grande quantité de bestiaux, mais on n'y cherche pas à améliorer les races bovine ou ovine par l'introduction des moutons d'Espagne et des vaches de Suisse. Le département est riche en gros bétail, en chevaux petits, mais estimés pour la selle, et en moutons assez communs. L'éducation des vers à soie et surtout des abeilles y est assez développée. On estime qu'il y a dans le Puy-de-Dôme : 198,000 têtes de gros bétail, 528,000 moulons, G8.000 porcs, 21,000 chèvres, 13,000 chevaux, 4,000 mulets et iini's.

Los richesses minérales sont très-grandes. On exploite principalement l'antimoine, le plomb argentifère, le fer et la houille; on extrait aussi du marbre, du granit, des basaltes, de la pouzzolane, des laves de Volvic, des pierres meulières et à chaux, de la tourbe, etc. Les sources minérales sont très-nombreuses; les plus célèbres sont

celles du mont Dore, et ensuite de Saint-Nectaire, de Saint- Allyre, de la Bourbnile, de Chàteauneuf , etc.

L'industrie consiste surtout dans l'exploitation des carrières et des mines; la plus célèbre carrière est celle de Volvic , la plus célèbre mine de houille est celle de Brassac. Quant à l'industrie manufacturière , elle n'est importante qu'en quelques endroits. La coutellerie et la quincaillerie de Tbiers sont renommées; la papeterie, l'une des plus anciennes et des plus importantes fabrications de l'Auvergne, y est considérable, ainsi qu'à Ambirt. Clermont et Vic-le-Comte possèdent des fabriques de clous d'épingles à la mécanique. La mercerie et la fabrication des lainages et étamincs pour pavillons de navires occupent un grand nombre de bras dans l'arrondissement de Thiers. Les fruits confits, les pâtes d'abricots cl d'Italie forment aussi une branche importante de commerce. Pendant l'hiver, presque tous les habitants des montagnes travaillent le chanvre; dans les cantons stériles, ils émigrent dans la mauvaise saison, ai) nombre d'environ 20,000 , et vont exercer dans toute la France diverses industries.

Il y a dans le département une rivière navigable, l'Allier, sur 94 kilomètres; 7 routes impériales, sur l\l\7 kil. ; 9 routes départementales, sur 358 kil., et 7,266 chemins vicinaux , sur 12,163 kil. ; en tout 13,063 kilomètres de voies de communication. Il faut y ajouter 118 kilomètres du chemin de fer de Gannat à Lcmpde par Riom, Ormont et Issoire. Le chemin dit Grand- Central traversera aussi la haute Auvergne de Lempde à la Capette par Aurillac.

S VII. Département du Puy-de-Dôme. — Description ues villes. — Clermont- Ferrand, chef-lieu du déparlement, siège d'un évéché et quartier général de la 20' division militaire, possède des tribunaux de première instance et de commerce, une académie universitaire , une école préparatoire de médecine et de pharmacie , une école normale primaire, un lycée, une bibliothèque de 20,000 volumes, un musée d'antiquités, une chambre consultative des manufactures, etc. Sa population est de 3'j.OOO habitants.

Celle ville est située sur un monticule de forme conique, élevé d'environ cinquante mètres au-dessus de sa base, et dont le noyau granitique a été recouvert de diverses couches de sable , d'argile cl de scories ponceuses. Ce mamelon s'élève à l'entrée et au centre d'un bassin semi-circulaire s'étendant au sud-ouest sur un pourtour de deux myriainètres et demi el couronné par une ligne de riches coteaux ; derrière ces coteaux s'élèvent graduellement une suite de puys ou montagnes tantôt stériles, tanlôt couvertes de vignes et de pâturages ; au-dessus de ces montagnes se dresse , à huit kilomètres de Clermont, le Puy de Dôme, qui domine fièrement toute la contrée.

Clermont est généralement bâtie en lave de Volvic, dont l'aspect est triste et sombre: ses anciennes rues sont étroites , tortueuses, inégales et pavées de cailloux pointus; mais, depuis un demi-siècle, de nouvelles rues larges et bien pavée? onl été ouvertes, des quartiers rebâtis, de nouvelles promenades plantées, des fontaines multipliées. Le plus remarquable de ses monuments est la cathédrale, qui la dotnine tout entière, et qui, commencée en 12'i8, n'a jamais été achevée; l'une des terrasses qui régnent au-dessus des bas-côtés offre un magnifique panorama. On remarque encore l'église Notre-Dame du Port, l'église de Sainl-Genès, l'hôtel de ville, les halles, le collège, la maison où naquit Pascal, la place tic Jaudc, où se trouve une fontaine

intermittente, la place du Taureau, ornée d'une fontaine dédiée à Desaix et d'où l'on jouit do la vue de la Limagne. La ville est entourée de belles promenades et de grands faubourgs. Dans l'un d'eux, Saint-Allyre, se trouve une fontaine ferrugineuse et chargée de carbonate de chaux. Ses eaux , que l'on fait retomber en pluie fine sur les divers objets qu'on y dépose , ont la propriété de les recouvrir de sédiments calcaires très-fins qui forment ces incrustations appelées improprement les pétrifications de Saint-Allyre.

Germon t possède une manufacture de vitraux peints, quelques filatures de coton et de chanvre , des corroiries et tanneries , des raffineries de salpêtre et quelques fabriques de bas de soie , papiers peints, cartes à jouer, etc. Son commerce principal consiste en cuirs, toiles, chanvres, pâtes de fruits renommées. C'est un entrepôt important entre Lyon , Paris et Bordeaux.

A un kilomètre de cette ville, et réuni à elle par une belle route bordée de noyers et de saules, se trouve Montferrand, aujourd'hui faubourg de Clermont, jadis ville importante et place forte. Il est situé en amphithéâtre et sur le flanc d'un coteau ; les maisons sont noires, d'antique construction et de l'aspect le plus triste. On y remarque le grand séminaire, l'églhe paroissiale, la tour carrée en laves d'Auvergne et haute de quarante mètres, qui domine toute la ville.

Clermont {Ctarus Mon») doit son nom à la colline élevée sur laquelle elle est bâtie. On l'a longtemps confondue avec l'ancienne Gergovia, située sur le mont Gergoie, à quelques kilomètres de Clermont, et dont Auguste fit achever la destruction. Nous avons déjà dit qu'il la remplaça par une cité à peu près nouvelle, Augtuto-Xcmetum, qui devint bientôt florissante, et garda ses libertés municipales jusque dans le moyen âge. A cette époque elle était dans le domaine direct de son évèque, mais avec une charte de commune que les rois de France firent respecter. Dans celte ville siégeaient les états provinciaux d'Auvergne. Son histoire dans les siècles modernes est presque entièrement vide d'événements. C'est la patrie de Grégoire de Tours, de Sidoine Apollinaire , de Pascal , de Domat, de Thomas, de Piganiol de la Force, de Montlosier, de Dulaure, etc.

A un kilomètre ouest de Clermont, se trouve Chamalières, bourg de 1,100 âmes, situé au bord du ruisseau de Fontanat, qui fait mouvoir des papeteries, des moulins et quelques usines, dans une fraîche et délicieuse vallée ombragée de noyers et de vignes suspendus au-dessus de la roule. Cette vallée est bordée de montagnes granitiques qui supportent deux coulées de laves dont la plus célèbre est celle de Gravcnoire. C'est là que se trouve la charmante habitation de Mont joli, dont les caves, creusées sous la coulée, contiennent, comme celles de Pouzzole, du gaz acide carbonique.

La commune de Chamalières a pour dépendance Royat, situé dans la même vallée , à 2 kilomètres ouest de Clermont. C'est un hameau de 1 ,000 habitants environ , bâti sur un courant de laves, dans une gorge resserrée par deux montagnes de basalte, des flancs desquelles jaillissent des sources nombreuses. Royat est célèbre par sa grotte située dans une petite gorge où l'on arrive après avoir franchi le ruisseau de Tiretaine. Elle a 10 mètres de profondeur et autant de largeur sur 3 ou H de hauteur; elle est formée de roches basaltiques d'où s'échappent sept sources limpides et intarissables dont les eaux vont grossir le tolrenl de Fontanat. Dans une seconde

grotte l'on voit sourdre les fontaines qui alimentent Cleronont Au-dessus du village et de ces grottes s'élève le Puy Châteix, où se trouve un ébouleinent connu des paysans sous le nom de Grenier de César.

Ambert, chef-lieu d'arrondissement, avec des tribunaux de première instance et' de commerce, un collège et une population de 8,000 habitants, est agréablement située au pied des monts du Forez et près de la rive droite de la Dore , à l'extrémité de la longue et fertile vallée que cette jolie rivière arrose. Elle est assez bien bâtie , mais ses rues sont étroites et tortueuses; ses maisons, généralement construites en granit, lui donnent un sombre aspect On y remarque l'église Saint-Jean, qui date du quinzième siècle, et que surmonte un clocher très-élevé. Ambert est une ville industrielle et qui renferme do nombreuses papeteries; le ruisseau qui la traverse pour aller se jeter dans la Dore fait mouvoir plus de 100 moulins à papier. On y compte en outre environ 2,500 ouvrières en dentelles, 20 métiers à étainines pour pavillons de la marine, 900 métiers à toiles et plus de 300 métiers pour rubans de fil, lacets, jarretières de laine, etc.

Ambert était jadis la capitale du petit pays de Livadois, qui ne comprenait guère que la vallée où se trouve la ville ; c'était une place forte dont l'origine est fort obscure, mais qui fut si complètement et si souvent dévastée dans les guerres religieuses, qu'elle ne s'est rétablie de ses désastres que dans le siècle dernier.

Thiert, chef lieu d'arrondissement, avec des tribunaux de première instance et de commerce, une chambre consultative des manufactures, un conseil de prud'hommes, un collège et une population de 10,000 habitants, est une jolie ville, située dans une position pittoresque sur le flanc d'une montagne granitique qui se termine à pic sur le torrent de la Durolle. Ce torrent, avant d'aflluer sur la rive droite de la Dore, roule en cascades dans une gorge étroite au bord de laquelle sont des forges et des papeteries que ses eaux font mouvoir. Les rues sont étroites, tortueuses et escarpées; les maisons assez bien bâties, mais irrégulières et entassées les unes sur les autres; quelques-unes, disséminées sur les rochers qui bordent la rivière, sont occupées par des forges ou des ateliers de coutellerie. On remarque dans cette ville l'église de Saint-Genès, édifice roman du douzième siècle qui couronne un plateau dominant la Durolle; la vieille tour de l'ancien château, etc. C'est une des cités les plus industrieuses de la France , et son commerce est facilité par la roule de Lyon à Clermont, qui la traverse. Depuis trois cents ans elle est renommée pour sa grosse quincaillerie, sa grosse coutellerie et ses evslachei, qui occupent dans ses murs ou aux environs plus de 6,000 ouvriers. Ses papeteries ne sont ni moins anciennes ni moins renommées : elle en possède plus de 20. On y trouve aussi des tanneries, des tabletteries, des fabriques de draps, de rubans, de cartons, de caries à jouer, de fils, d'ouvrages en cuir bouilli, etc. Thiers doit son origine à un château fort des rois mérovingiens qui devint plus tard un fief important et une ville communale. La seigneurie a appartenu aux comtes de Forez , à la maison de Bourbon , aux Montmorency , etc. La ville fut ravagée par les protestants.

Riom , chef-lieu d'arrondissement, est le siège d'une cour d'appel et de tribunaux de première instance et de commerce ; elle renferme un collège , une bibliothèque de i0,000 volumes, une maison de détention et une population de plus de 12,000 habi- TOME II. 27

tants. C'est une jolie ville, située près de la rive gauche de l'Atubène et sur une petite éminence , dans la meilleure partie de la Limagne , au milieu d'un canton fertile en arbres fruitiers et borné à l'ouest par des collines boisées ou plantées de vignes. Elle est généralement bien bâtie, mais en sombres pierres de Vol vie ; ses rues, larges, éclairées au gaz, bordées de trottoirs, se croisent à angle droit; elle est arrosée par de nombreuses fontaines. Son monument le plus remarquable est la Sainte-Chapelle, bâtie en 1382 par le duc Jean de Berry.

Riom est le Vicut Rocomagtntit cité par Grégoire de Tours. Elle devint la capitale de l'Auvergne française après la conquête de Philippe-Auguste ; et Jean de Berry, frère de Charles V, premier duc d'Auvergne, y fit construire un château et établit une sénéchaussée. Quand toute la province fut soumise à la royauté et que Clermont en devint la capitale, Riom conserva son présidial et ses privilèges de ville de magistrature, privilèges qu'elle a gardés même de nos jours, puisqu'elle est le siège d'uue cour d'appel. Cest le lieu de naissance de Malhouet, des conventionnels Romme et Soubrany, du préfet Chabrol, de M. de Barante, etc.

Issoire, chef-lieu d'arrondissement, avec des tribunaux de première instance et de commerce, un collège et près de 6,000 habitants, est une ville très-ancienne, située dans une belle partie de la Limagne, sur la rive gauche de la Couze, près de son confluent avec l'Allier; elle s'étend sur le liane d'un monticule autour duquel serpente la rivière, que l'on franchit sur 3 ponts, se compose d'une partie neuve, entièrement reconstruite à la suite d'incendies, bien bâtie et bien percée, et du château ou vieille ville, dont les rues, sales, tortueuses et étroites, ont l'aspect le plus repoussant ; cependant le haut château, c'est-à-dire la partie la plus élevée de la ville, forme ui assez beau quartier, où se trouve l'hôtel de la sous-préfecture, l'hôtel de ville, qui renferme les tribunaux , enfin la Tour Blanche, vieil édifice classé parmi les monuments historiques. On cite encore l'église paroissiale, la maison de détention, l'hôtcl-Dieu , etc.

Issoire date de la plus haute antiquité; les Romains l'appelaient hiodurum, et elle avait alors une école très-célèbre où saint Austremoine vint prêcher au troisième siècle; il y fit bâtir la première église dédiée à saint Pierre, et il y fut enterré après son martyre. Les Francs et les Normands la ruinèrent. Au douzième siècle c'était une ville communale. Elle embrassa !a réforme avec ardeur : les catholiques la prirent en 1577 et la détruisirent entièrement. Ce ne fut qu'un demi-siècle après ce désastre qu'elle parvint à se rétablir. C'est le lieu de naissance du chancelier Duprat.

Au sud et à quelques kilomètres d'Issoire s'élèvent, sur la rive droite de l'Allier, deux montagnes où se trouvent actuellement les deux petites villes d'Usson cl de Nonelte, et qui jadis étaient couronnées par deux châteaux fameux. Celui de Nonelte, au dixième siècle, était la résidence du vicaire du comte d'Auvergne; pris et détruit par les troupes de Philippe-Auguste, en 1213, il fut rebâti dans le quatorzième siècle par le duc de Berry, qui se plut à l'embellir, aussi l'appclait-on le beau, le merveilleux Nonelte. Quant au château d'Usson , il était bâti sur un roc qu'entouraient trois villas, et avait une triple enceinte. Au quatorzième siècle, Lisson, le fort, le tcrriôle, fut pris par les Anglais; en 1371, du Guesclin s'en empara; Louis XI en Ut une prison d'État. Marguerite de Valois l'apporta ensuite en dot à Henri IV, qui l'y

relégua ; elle y demeura vingt ans, et ses scandales l'ont rendu à jamais célèbre. Les deux châteaux de Nonetle et d'Usson, après les grands jours de Clermont, furent démolis par ordre de Louis XIV; il n'en reste plus aujourd'hui que les débris do la chapelle construite à Usson par la reine Marguerite.

Pont-Gibaud, bourg de 900 âmes, s'élève en amphithéâtre sur une coulée de lave au bord de la Sioule; il est dominé par un vieux château, possède une fontaine d'eaux minérales, située à 1 kilomètre, un beau moulin à farine et des scieries hydrauliques, il est surtout remarquable par ses riches mines de galène argentifère, qui emploient plus de 400 ouvriers, et donnent plus d'un million de produit.

Mont-Dore-Us-Bains est un village de 1,100 âmes, situé dans une profonde vallée que sillonnent les sources de la Dordogne, au pied de la montagne de l'Angle, l'une des sommités du mont Dore , dans une contrée bouleversée par les éruptions volcaniques, et remplie des sites les plus sauvages. Il doit sa renommée à ses sources minérales et à son bel établissement de bains, où l'on voit les ruines d'un temple romain.

Sainl-Xce taire, situé dans la curieuse vallée de la Couze, et célèbre par ses fromages, ses eaux et ses antiquités, s'appelait jadis Cornadore à cause de la montagne de ce nom, où s'élèvent les ruines d'un vieux château féodal. C'est un village de 1,400 habitants, et l'un des sites les plus remarquables de l'Auvergne. On y admire, dans la partie méridionale, sur un rocher granitique, une belle église romane qui domine de profonds précipices, et l'on y trouve un établissement thermal.

Vic-le-Comle , ancienne capitale du comté d'Auvergne, est située à quelque distance de la rive droite de l'Allier. Elle est aujourd'hui bien déchue; on y admire les restes d'une Sainte-Chapelle.

Billom, située sur un ruisseau et à 8 kilomètres de l'Allier, est uno ville de 4,000 âmes, bâtie sur une haute colline, entourée de montagnes, sous un climat pluvieux, et dans la plus belle partie de la Limagnc, dont elle se disait la capitale. <Tcst une des villes les plus anciennes de l'Auvergne, et qui avait, dit-on, des écoles célèbres du temps de Charlemagne. En 1413, le pape Eugène IV lui accorda une faculté de droit canonique et civil, et, en 15r>5, les jésuites y fondèrent un collège célèbre et qui existe encore.

Volvic, bourg de 3,250 habitants, est bâti au pied du cône volcanique nommé Puy de la Bannière, près d'une coulée de laves, d'où l'on extrait h profusion la pierre qui a servi à bâtir Clermont, Riom et autres villes de la Limagne. Près de là sont les magnifiques ruines féodales du château de Tournoël.

Arlant, jolie petite ville de 4,400 âmes, agréablement située sur le flanc d'une colline au pied de laquelle coule la Dolore, a une certaine importance par ses fabriques de blondes et de rubans de fil , ainsi que par sa source d'eau froide minérale.

Saint-Amant-RoeAe-Savine , situé dans les montagnes de la Dore, possède deux tources froides ferrugineuses, dites do Saint-Amant et de Fayolles; on y exploite des mines de plomb argentifère.

Ijs Tour d'Auvergne, petite ville de 2,000 habitants, située sur les pentes occidentales du mont Dore , est , dit-on , le berceau de l'illustre maison d'Auvergne d'où est sorti Turenne. Elle est bâtie sur une colline formée de prismes basaltiques, et il reste des traces de son vieux château.

Aigveperte est une petite ville de 3,000 habitants, située dans une plaine fertile sur le ruisseau de Bureau , et qui possède une source d'eau minérale. C'est la patrie du chancelier de l'Hôpital et de Jacques Delille. Dans sou voisinage est le village de Montpensier, peuplé de 650 habitants , qui avait jadis un très-fort château , et qui est célèbre pour avoir donné son nom à une branche de la maison de Bourbon.

§ VIII. DÉPARTEMENT DU CANTAL. — STATISTIQUE, AGRICULTURE , COMMERCE, INDUS- TRIE, etc. — Le déparlement du Cantal a été formé de la haute Auvergne; sa superficie est de 576,081 hectares, dont: 117,000 de terres labourables; 171,000 de prés; 45,000 de bois; 53,000 de landes, pâtis, bruyères, etc. Sa population était, en 1801, de 220,304 habitants; en 1821, de 252,100 hab.; en 1841, de 257,423 hab.; elle est aujourd'hui de 253,329 habitants.

Il a jK>ur chef-lieu Aurillac et forme h arrondissements ainsi subdivisés :

Arrondissement d'AuriUac. . . s canton", 93 communes, {M>,433 habitants.

— «le Mauriac. . . 6 — &7 — 63,346 —

— de Murât ... 3 — 35 — 35,309 —

— de Saiiit-Flour. 6 — 74 — Ss,->4I —

4 arrondissements 23 cantons, 230 commune*, ?:.3,32ft habitants

Ce département forme le diocèse de l'évéché de Saint-Flour, suffraganl de Bourges. Il renferme : 4 tribunaux de première instance et 2 tribunaux de commerce (Aurillac et Saint-Flour), ressortissant à la cour d'appel de Biom; 3 collèges (Aurillac, Mauriac , Saint-Flour) ; une école normale primaire (Aurillac) , et 308 écoles communales. Il fait partie de la 20* division militaire (chef-lieu Clermont).

Le Cantal est un des départements les moins fertiles et les moins peuplés de la France : il est presque entièrement couvert par les ramifications du massif qui lui donne son nom ; les seules grandes vallées où la culture donne des produits abondants sont celles de la Cère et de l'AIagnon; partout ailleurs, les ressources des habitants consistent dans les pâturages. C'est un département presque entièrement agricole, mais l'agriculture y est bien arriérée : le seigle et le sarrasin, la châtaigne et la pomme de terre forment les principaux aliments de ses habitants ; la récolte en froment et en avoine est très-insuflisante ; les vignes sont rares et ne donnent que de mauvais produits. En revanche, on recueille de beau chanvre, du lin, des légumes et des fruits. La vraie richesse et toute l'industrie du pays est dans l'élève des animaux. On y nourrit, en effet, beaucoup de gros bétail, de moutons, de chevaux, des mulets, ânes, chèvres et porcs; les moutons sont de petite espèce, mais donnent une laine assez fine: il en vient en été un grand nombre des départements voisins; les chevaux , quoique petits, sont de bonne race. On estime qu'il y a dans le Cantal : 153,000 tètes de gros bétail, 332,000 moutons, 45,000 porcs, 16,000 chèvres, 11,000 chevaux, 3,000 mulets, 2,000 ânes. On fabrique dans les montagnes des fromages très-renommés sous les noms de fournies et de roqueforts.

L'exploitation des minas est peu importante : elle consiste en 4 ou 5 houillères, une mine d'antimoine, une de plomb argentifère, et des carrières de pierres meulières et a chaux, d'ardoises, de granits et de marbres. Les forêts fournissent des bois qu'on exporte. Les sources minérales sont nombreuses : les plus remarquables sont celles de Chaudes- Aiguës, d'Aurillac, de Fonlanes, de Vic-sur-Cère, etc.

L'industrie manufacturière ne consiste que dans quelques tanneries , chaudronneries, papeteries, verreries, fabriques de parchemins, de boisseaux, de colle forte, de lainages grossiers, de toiles et dentelles communes. On compte à peu près dans le département 1,300 moulins et une soixantaine seulement d'usines ou fabriques. Aussi envoie-t-il chaque année en France et en Espagne une foule d'émigrants laborieux, qui vont y exercer les professions de commissionnaires, de porteurs d'eau, de charbonniers, etc.

Il y a dans le Cantal 5 routes impériales sur 372 kilomètres ; 6 roules départementales sur lh5 kil.. et 3,930 chemins vicinaux sur 11,790 kil.; en tout : 12,308 kilomètres de voies de communication.

JJ IX. Département du Cantal. — Descmition des vili.es. — Aurillac, chef-lieu du département, possède des tribunaux de première instance et de commerce , un collège, une école normale primaire, une bibliothèque, un dépôt impérial d'étalons et une population de 11,000 habitante. Elle est située à la rencontre des quatre routes, de Tulle , de Clermont , de Saint-Flour et de Rhodez , et bâtie en pente douce sur le flanc d'une colline, près de la rive droite de la Jordane, dont la vallée pittoresque est bordée de coteaux boisés. La promenade du Gravier, terminée par une jolie fontaine, érigée en l'honneur de M. de Monthyon, conduit à la rivière, qu'on y traverse sur un beau pont. La ville repose sur des laves que de grands lacs ont recouvertes de sédiments calcaires. Elle était jadis fortifiée et protégée par un château. Les maisons sont généralement bien bâties, les rues mal percées et ma) pavées, mais arrosées par des ruisseaux d'eau vive; aussi son aspect général est-il agréable : c'est du reste une ville assez nouvelle , parce que depuis les guerres de la réforme elle a été entièrement rebâtie. On y remarque les ruines du château de Saint-Étienne, résidence des comtes d'Auvergne, l'église de Saint-Géraud, l'abbaye des bénédictins, le collège, l'hôtel de ville, l'hôtel de la préfecture, l'hippodrome , situé à un kilomètre de la ville, etc. Aurillac fabrique des blondes et des dentelles, des chaudrons et autres ustensiles de cuivre; elle a des papeteries, tanneries, brasseries, et fait un grand commerce de bestiaux , chevaux , mulets et fromages.

Cette ville doit probablement son origine à une abbaye fondée dans le neuvième siècle. Elle eut beaucoup à souffrir pendant les guerres de religion. C'est la patrie de Saint- Géraud , du savant Gerbert, de Piganiol de la Force , de Carrier, etc.

Saint-Flour, chef-lieu d'arrondissement et siège d'un évêché, possède des tribunaux de première instance et de commerce, un collège, une bibliothèque et une population de 5,800 habitants. Elle est située sur un plateau qui couronne une montagne basaltique formée par une éruption du Cantal , dont la lave a parcouru plus de 25 kilomètres. Ce plateau se termine de tous côtés par des escarpements à pic, excepté au nord-ouest, c'est-à-dire du côté où est venue la coulée qui l'a produit. Au pied circule un affluent de la Trueyre, dont le cours s'y grossit de plusieurs ruisseaux, et sur ses bords se trouve un faubourg qui, situé à 1,000 mètres au-dessous de la ville, se relie à elle par une belle roule bordée d'une colonnade en basalte.

Saint-Flour, surnommée autrefois la Noire, est entièrement construite en laves; ses rues sont tortueuses, sombres et formées de constructions irrégulières; mais on y remarque la cathédrale, qui s'élève au centre même du plateau, l'évéché, le sémi-

naire, avec son église et ses terrasses; la fontaine publique, car, malgré sa position élevée , la ville est abondamment pourvue d'eau , grâce aux sources qui filtrent à travers les basaltes; l'esplanade, qui forme sur la route de Murât une charmante promenade, etc.

11 y a h Saint-Flour des fabriques d'étoffes communes, de dentelles, de poterie , de cuivres travaillés, et l'on y prépare l'orseille pour la teinture. On y fait en outre le commerce de grains , laines , bestiaux , poulains , mulets, etc. La population aisée habite généralement le plateau , et l'industrie est concentrée dans le faubourg , composé surtout de chaudronniers, forgerons et tanneurs. La vallée de Saint-Flour est assez fertile, mais hors de cette vallée le pays est triste et monotone , et la stérilité du sol force un grand nombre d'habitants à émigrer chaque année.

Saint-Flour était jadis la capitale de la haute Auvergne, au cœur de laquelle elle est bâtie. Elle doit, à ce que l'on croit, son nom et sa naissance h saint Florus, premier évéque de Lodève, qui , à la fin du quatrième siècle, y fut enterré : un oratoire bâti près de son tombeau attira les fidèles , et de là naquit la ville.

Mauriac, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal de première instance, un collège et une population de 3,/i00 àmes, est une petite et très-ancienne ville, située entre l'Onze et la Dordogne , sur le flanc d'une colline basaltique. De sa promenade on jouit d'une belle vue, mais elle est généralement triste , mal bâtie, mal pavée et mal percée et le climat en est très-froid. On y remarque l'église gothique de Notre-Dame des Miracles, fondée , dit-on, par une fille de Clovis, et rebâtie du onzième au treizième siècle; le collège des jésuites, fondé en 1550 par Guillaume du Prat, évéque de Clerraont, et deux belles fontaines.

Près de Mauriac s'élève le Puy Saint-Mary, pic volcanique à l'est duquel est le col de Cabre, par lequel on se rend à Murât.

Murât, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal de première instance, un collège et une population de 2,700 habitants, est située sur le versant oriental du mont Cantal, à l'extrémité du canton de la Planèze, appelé le grenier de la haute Auvergne, et sur la rive gauche de l'Alagnon. La haute vallée dans laquelle elle est assise, dépouillée de verdure , entourée de montagnes basaltiques , présente un sombre aspect ; la ville elle-même est bâtie au pied d'une montagne couverte de basaltes prismatiques. Ses rues sont étroites et montueuses , mais elles sont assez bien bâties. On y remarque l'église Notre-Dame des Oliviers, les ruines du château de Bonnette, forteresse redoutable appartenant dès le onzième siècle aux puissants vicomtes de Murât, et qui fut détruite sous Louis XIII.

Cette ville fait un grand commerce de grains, dont elle est l'entrepôt, et de fromages, qui viennent des nombreux pâturages des environs. On y fabrique aussi quelques étoffes et dentelles communes.

Cariât, bourg d'un millier d'habitants, situé près d'un sous-affluent de la Tcueyre, est bâti sur un rocher basaltique , où s'élevait jadis, dans une position inaccessible, un château réputé le plus fort de l'Auvergne , et l'un des plus anciens de toute la France, car il existait du temps des Romains. Ce château, dont il ne reste plus (pie quelques tratvs, résista à Clovis, fut pris en 839 par Louis le Débonnaire, en 1359 par les Anglais, qui le gardèrent jusqu'eu 1387, par les troupes de Louis XI en U75, par

LIMOUSIN

les prolestants en 1558, par les royalistes en 1583. Marguerite de Valois y fut reléguée en 1584. Henri IV le fit démolir en 1602. Cariât était le chef-lieu d'un comté dit de Carladtz, formé des territoires de Cariât et de Vie, et qui avait des privilèges considérables. Il fut réuni à la couronne par François l,r.

lïc-sur-Cère ou Vic-en-Carladez, jolie petite ville de 2,000 âmes, est située sur la rhe droite de la Cère, qui, au sortir de profonds défilés et d'affreuses gorges, vient arroser en serpentant le délicieux vallon dont elle est le chef-lieu. Elle est propre et assez bien bâtie. Les environs offrent do charmantes promenades et un établissement thermal bien fréquenté.

Salert est une petite ville très-ancienne de 1,300 âmes, située près des sources de la Maronne, à la base du Cantal et sous un climat très-rigoureux. Elle avait jadis une triple enceinte de fortifications, dont il ne reste plus que quelques débris, et elle soutint plusieurs sièges. Assise sur le flanc d'une montagne, au-dessus d'une profonde vallée et près d'une coulée de lave , celte ville aux maisons flanquées de tourelles surmontées de toits coniques a un aspect pittoresque ; niais son isolement , ses constructions antiques en lave noire , ses rues étroites et tortueuses la rendent triste et sombre. On y remarque une esplanade que supportent les anciens murs, où l'on jouit d'une vue magnifique sur les trois vallons de Fonlanges, de Saint-Paul et de Marion, qui viennent se réunir devant la ville. Dans le premier, qui est large cl riant cl qu'arrose la petite rivière d'Aspe, se trouve le bourg de Fonlanges, où l'on voit encore les ruines d'un château qui fut le lieu de naissance d'une des maîtresses de Louis XIV.

Chaudes-Aiguës est une ancienne et petite ville de 2,000 habitants, dont les eaux thermales ont fait la réputation ; les Romains la connaissaient sous les noms d'A^ua Calidœoude Calentes Raiœ. Elle est située près d'un ruisseau, affluent de gauche de la Trueyre , dans une gorge effroyable au pied des monts d'Aubrac. La route qui y mène de Saint-Flour, par une pente fort douce et presque insensible , n'a été faite qu'avec des travaux énormes : elle a été creusée dans lo granit et se trouve souvent suspendue au-dessus des précipices où mugit la Trueyre, d'une hauteur de 120 mètres.

Celte ville est assez bien bâtie; les eaux thermales y jaillissent de plusieurs points du son enceinte , et l'on y compte douze sources qui sortent d'une montagne volcanisée. Ces eaux circulent dans les rues ou sous le sol , dont elles échauffent la surface au point de fondre la neige; dans la plupart des maisons les salles basses se trouvent chauffées souterraiuemenL

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