CHAPITRE TREIZIÈME
LIMOrsiN. — DÉPARTEMENTS DE LA CORREZE ET DE LA HAUTE-VIENNE.
S I. Limites et subdivisions. — Le Limousin (Lemovicus tractus) était borné , trèsirrégulièrement et sans limites naturelles, au nord par la Marche, à l'est par l'Auvergne, au sud et à l'ouest par la Guyenne (Quercy et Périgord), au nord-ouest par l'Angoumois et le Poitou. On le subdivisait en haut Limousin, capitale Limoges, et bas Limousin, capitale Tulle. Il avait environ 90 kilomètres de long du sud-est au nord-ouest et à peu près autant de l'est à l'ouest. Sa superficie était de 1,007,080 hec-
tares. II formait, avant 1780, l'un des gouvernements militaires de la France et était compris dans la généralité ou intendance de Limoges. Il ressortissait pour la justice au parlement de Bordeaux, et comprenait deux évôchés, ceux de Tulle et de Limoges. En y ajoutant une partie de la basse Marche et quelques parcelles de l'Angoumois et du Poitou, on en a formé deux départements, ceux de la Corrèze et de la Haute- Vienne.
5 II. OnocRAPHiE. — La charpente orographique du Limousin appartient au grand contre-fort d'entre Loire et Garonne et à ses ramifications. Ce contre-fort, à partir du plateau de Saint-Avit (sources de la Sioule, du Cher et du Chavanoux), se dirige au sud-ouest en traversant un coin de la province de la Marche ; sa hauteur est de 1,000 mètres-, il a ses pentes dénudées et en partie stériles, et vient s'épanouir, vers les sources de la Creuse , de la Vienne et de la Vézère , dans le plateau de Mille-Vache», qui s'étend du mont Odouze {1,364 rnèt.), son point culminant, au mont Jargean (950 mèt.), vers les sources de la Briancc, affluent de la Vienne. Ce plateau, qui sépare la Marche et le haut Limousin du bas Limousin , ou les départements de la Creuse et de la Haute-Vienne du département de la Corrèze, est en grande partie désert et infertile; il était autrefois couvert de vastes forêts.
Du mont Jargean, la chaîne des monts du Limousin continue à se diriger vers l'ouest en diminuant d'élévation et en gardant le morne caractère. Elle est traversée par la grande route de Limoges à Tulle , et elle atteint ainsi la limite sud-ouest de la province dans le petit plateau de Chalus, aux sources de la Dronnc, affluent de l'isle (Dordognc), et de la Tardoirc, affluent de la Charente; là elle se bifurque. I ne branche sort de la province au sud-ouest entre les deux rivières que nous venons de nommer, et sous les noms de collines du Périgord et de la Saintonge va séparer les bassins de la Gironde et de la Charente; l'autre branche remonte au nord-ouest jusqu'aux sources de la Charente, et par Rochechouart , où* elle sort du Limousin, se dirige, sous le nom de montx du Poitou, vers Civray, entre la Vienue et le Clain d'une part, la Charente d'autre part, d'où elle se continue jusqu'à l'embouchure de h Loire.
De cette série de montagnes ou de hauteurs entre Loire et Garonne se détachent dans le Limousin plusieurs contre-forts. Sur le versant méridional part du mont Odouze un ensemble de chaînons plus ou moins élevés qui s'ouvrent en éventail et descendent vers la Dordognc, dont ils séparent les divers affluents, tels que la Diége, la Trioussonne. la Luzége, la Corrèze et la Vézère. Les plus importants sont : 1« celui qui sépare ces deux derniers cours d'eau, et dans lequel, à l'est de Treignac, s'élève le groupe des Monaidtèrcs, triple montagne qui se fait remarquer par son élévation et sa forme bizarre; 2° celui qui part du mont Jargean et se prolonge au sud-ouest entre la Vézère et la haute Vézère par les petits plateaux de Lubersac et de Pompadour. Sur le versant septentrional, nous ne citerons que celui qui court entre la Creuse et la Vienne : il part du mont Odouze et se bifurque aux sources de la Garlempe ; sa branche méridionale», qui porte le nom de Gartaupe, sépare la Gartempe du Thorion; elle est d'une faible hauteur, court de l'est à l'ouest parallèlement à la chaîne principale des monts du Limousin, par Grandmont et Nantiat, et sort de la province pour aller dans le Poitou se terminer sur la rive droite de la Vienne entre Saint- Maurice et Confolens. Le point culminant de ce chaînon est le Puy Vieujc ou Puy de
LIMOUSIN
Samagnac, montagne presque isolée située près de l'ancienne abbaye de Grandinont, et dont la hauteur est d'environ 697 mètres.
Les montagnes du bas Limousin, surtout aux environs du mont Odouze, sont d'un aspect généralement triste et inorne : la neige y persiste pendant huit mois de l'année cl le froid y est rigoureux ; la terre y disparait presque toujours sous une brume épaisse et glacée qui cache les objets à une petite distance, et si les rayons d'un pâle soleil parviennent à le percer, ils semblent ajouter encore à la tristesse de ces lieux déserts et sauvages. Les montagnes du haut Limousin présentent le même aspect, au moins dans leur partie orientale : là les groupes plus nombreux et plus élevés sont généralement nus ou couverts de landes et de bruyères. Mais vers l'ouest, et à mesure qu'elles s'abaissent, leur aspect devient moins triste et désolé, leurs flancs présentent des taillis ou des bois de châtaigniers, et lorsqu'on approche du Poitou, leur crête se couronne de hêtres ou de bouleaux, de charmes et de chênes.
§ III. Hydrographie. — Le Limousin, étant assis sur le faite de partage des eaux de la Garonne et de la Loire, a ?a partie basse dans le premier bassin et sa partie haute dans le deuxième; il touche aussi au bassin intermédiaire de la Charente.
I. Dassin de la Garonne. — La Dordogne, dont nous avons décrit les sources en Auvergne, après avoir servi de limite à celle province et au Limousin, entre dans le pays, où elle arrose Argenlat et Beaulieu. Elle a son lit embarrassé de rochers et qui ne permettent qu'à de petites barques chargées de bois de la descendre; mais elle ne devient réellement navigable que hors du Limousin.
Ses premiers affluents de droite après le Chavanoux, que nous avons décrit en Auvergne, ne sont que des torrents venant du contre-fort entre Dordogne et Corrèze : ce sont la Diége, qui passe près d'Ussel; la Luzége, la Tourmenté, qui passe à Turenne, etc. Vient ensuite la Vizere.— Celte rivière descend du plateau de Mille -Vaches, près du hameau de ce nom , coule au sud-ouest, baigne Treignac, Uzerche, Vigeois, et sort du Limousin. Elle est navigable sur i2 kilomètres hors du déparlement , et ses rives sont généralement accompagnées de coteaux couverts de riches vignobles. Elle se grossit à droite de plusieurs torrents, la Soudaine, la Loyre, etc., et à gauche de la Corrèze, qui naît dans le contre-fort entre Corrèze et Dordogne , coule du nord-est au sud-ouest et arrose Tullo , Brives et Terrasson.
Après la Vézère , la Dordogne reçoit encore Y/tle; mais cette rivière n'appartient au Limousin que par ses sources ; il en est de même de la haute Vézère, affluent de l'Isle, qui passe à Lubersac.
il. Bassin de la Loire. — Le haut Limousin n'appartient au bassin de la Loire que par le bassin secondaire de la Vienne.
La t ienne (Vigenna) naît à l'ouest du mont Odouze, sur les flancs du plateau de Mille-Vaches. Elle coule d'abord dans une vallée difficile , et par un cours sinueux dirigé de l'est à l'ouest, arrose Saint-Léonard, Limoges, Saint -Junien, et pénètre dans l'Angoumois. Cette rivière, qui a un cours total de 380 kilomètres, dont 100 environ dans le Limousin, est flottable depuis Tarnac, mais elle ne devient navigable que hors de la province. Son principal affluent de droite est la Creuse, qui n'appartient pas au Limousin, mais qui reçoit la Garlempe, grossie du Vineou passant