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CHAPITRE QUINZIÈME

ANCOIMOIS, SAINTONGK ET AUNIS. — DÉPARTEMENTS DE LA CHARENTE ET DE LA CHARENTE-INFÉRIEtnE.

S I. Limites et subdivisions. — Les trois provinces de l'Aunis, de la Saintonge et de l'Angoumois sont situées entre le golfe de Gascogne, les embouchures de la Sèvre et de la Gironde et une ligne de convention très-tortueuse qui les séparait de la Guyenne, du Limousin et du Poitou. Le plus petit de ces pays, l'Aunis (Altenetuis

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trattui) s'appuyait à IVucst sur le litloral , tandis qu'il confinait par le nord au Poitou, et par l'est et le sud à la Saintonge; sa capitale était la Rochelle. La Saintonge (Sanlonensis pagus) s'étendait à l'est et au sud de l'Aunis; elle avait pour bornes : au nord, le Poitou, à l'est, l'Angoumois, au sud, la Guyenne; elle enveloppait ainsi l'Aunis de deux côtés, et touchait à l'Océan par le Brouageais et le pays d'Arvert compris entre les embouchures de la Gironde et de la Charente. L'Angoumois (Engolismensis pagus) avait pour limites au nord et au nord-est, le Poitou, au sud-est, le Périgord , au sud-ouest et à l'ouest , la Saintonge. La superficie des trois provinces réunies était d'environ 1,177,594 hectares, dont 555,548 pour l'Angoumois , 469,675 pour la Saintonge et 151,871 pour l'Aunis.

En 1789, ces trois pays formaient deux gouvernements militaires: 1° Celui d'Aunit (capitale la Rochelle), qui, outre le pays d'Aunis proprement dit, comprenait le Brouageais, le pays d'Arvert et les îles de Rhé, d'Oléron et d'Aix; 2° celui de Saintonge et Angoumoit (capitale Saintes). Ces deux gouvernements militaires renfermaient les 2 évèchés de Saintes et d'Angoulême, suffragants de l'archevêché de Bordeaux. Pour l'administration des finances, l'Aunis, la Saintonge et une petite partie de l'Angoumois formaient la généralité de la Rochelle, avec les élections de la Rochelle, de Marennes cl de Saintes. L'Angoumois propre, c'est-à-dire oriental, avec Angoulême , dépendait de la généralité de Limoges. Pour la justice, la Saintonge avec le présidial de Saintes, ressorlissait au parlement de Bordeaux, tandis que l'Aunis et l'Angoumois, avec les présidiaux de la Rochelle et d'Angoulême , ressortissaient au parlement de Paris.

On estime qu'en 1789 la population totale des tris provinces était de 590,867 habitants, dont 150,960 pour l'Aunis, 227,409 pour la Saintonge et 212,498 pour l'Angoumois. Aujourd'hui ces provinces forment les deux départements de la Charente et de la Charente-Inférieure, dont la population totale est de 852,904 habitants.

g II. Orographie et hydrographie. — La charpente orographique des trois pays ne se compose que de collines appartenant aux deux branches de la chaîne entre Loire et Garonne qui , du plateau de Chalus, se dirigent vers l'embouchure de chacun de ces fleuves en embrassant les petits bassins de la Seudre, de la Charente, de la Sevré, etc. La branche du sud se nomme collines du Périgord et de la Saintonge; la branche du nord s'appelle monts du Poitou, plateau de Gatine, etc.

Les collines du Périgord et de la Saintonge n'ont que 100 à 200 mètres de hauteur, elles sont tantôt cultivées ou boisées, tantôt composées de landes. Les principales routes qui les traversent sont celles d'Angoulême à Périgneux et d'Angoulême à Bordeaux. Elles séparent les affluents de l'isle (Dordogne), de la Seudre et de la Charente.

Les collines du Poitou courent d'abord entre la Vienne et la Charente, puis entre la Sevré et les affluents de la Vienne. Elles ont à peine 2 à 300 mètres de hauteur, jettent deux contre-forts aussi peu élevés l'un entre la Charente et la Boutonne , l'autre entre la Boutonne et la Sevré, et vont se ramifier dans le Poitou. La principale roule qui les traverse est celle de Poitiers à Angoulême.

Les trois provinces sont presque entièrement comprises dans les bassins de la Seudre, de la Charente et de la Sèvre, mais par leurs extrémités au sud et au nord, elles appartiennent encore aux grands bassins de la Loire et de la Gironde.

I. Dassin de la Garonne. — La Gironde appartient directement à la Saintonge par

sa riv e droite qui y est comprise , depuis Gonac jusqu'à la nier ; elle baigne ainsi Talmont et Roy an , et se termine de ce côté à la pointe de la Coubre. Mais c'est principalement par le bassin de la Dronne, sous-affluent de la Dordogne, que l'Angouniois relève du bassin de la Garonne.

La Dronne naît dans le plateau de Chalus, traverse du nord-est au sud-ouest le Périgord jusqu'au confluent de la Nizonne ; là elle sert de séparation entre le Périgord et la Saiutonge jusqu'au-dessus de la Roche-Chalais , et va se jeter dans l'isle audessous de Coutras. Elle reçoit à droite : 1° la Nizonne, qui sépare pendant presque tout son cours le département de la Charente de celui de la Dordogne ; 2° la Tude, qui passe à Montmoreau et Chalais.

H. La Seudre naît dans les collines de Saintonge, coule du sud-est au nord-est parallèlement à la Gironde , arrose Saujon où elle est navigable , passe entre Marennes et la Tremblade, est bonlée de marais salants, et débouche dans la passe de Maumusson après un cours de 55 kilomètres. La navigation de cette rivière est importante, et a pour objet les sels , vins, eaux-de-vie, poissons, etc.

III. Bassin de la Charente. — La Charente prend sa source dans les montagnes du Limousin à Chéronnac (Haute- Vienne). Elle coule d'abord du sud-est au nord-ouest, en arrosant Civray ; puis elle descend du nord au sud par Verteuil, Anibérac, jusqu'à Angoulème, où elle tourne à l'ouest. Elle traverse alors une riche vallée, où elle baigne Chàteauneuf, Jarnac, Cognac, Saintes, remonte un peu au nord-ouest, arrose Taillebourg, Tonnay-Charcnte, et forme ensuite diverses sinuosités sur lesquelles se trouvent Rochefort et Soubise. Enfin après un cours de 320 kilomètres , elle se jette dans l'Océan en face de l'Ile d'Aix , par une embouchure de 2 kilomètres embarrassée de sables , et qui , au-dessous de Rochefort , est défendue par neuf forts dont les principaux sont le l'ergeroux, Lupin, la Pointe et Fourat avec des batteries. Sa vallée est très-pittoresque, surtout entre Angoulème et Tonnay-Charente; ses deux rives présentent presque partout de belles prairies encadrées par des hauteurs couvertes de bois ou de vignobles ; un grand nombre d'usines et de moulins que les eaux du fleuve mettent en mouvement , viennent encore ajouter à la variété du spectacle.

Ce fleuve, l'un des plus profonds de la France, est naturellement navigable jusqu'à Saintes, où le flux cesse de se faire sentir ; mais la navigation continue artificiellement jusqu'à Montignac, à 15 kilomètres en amont d' Angoulème, au moyen de vingt-sept écluses qui retiennent toujours les eaux à une hauteur convenable , et qui en môme temps diminuent la rapidité du cours. La Charente étant peu encaissée, est sujette à déborder, mais ses inondations, comme celles du Nil, sont toujours bienfaisantes, ses eaux roulant , non du sable , mais du limon qui augmente la fertilité des plaines voisines. Elle est d'une très-grande importance , soit à cause dos nombreux produits qu'elle sert à transporter , soit à cause du port militaire de Rochefort.

Les affluents de droite de la Charente sont d'abord le Pérute, qui arrose RufTec, le Lcsme, le Lemps, la Nouire, YAhteine, etc. Puis vient la Boutonne, qui naît dans les collines du Poitou, entre dans la Saintonge, arrose Saint-Jean d'Angely où elle est navigable, tourne à l'ouest par Tonnay-Boutonne pour aller se jeter dans la Charente au port de Candé après 85 kilomètres de cours. Elle reçoit de nombreux affluents.

Us affluents de gauche de la Charente sont:

1° La Tardoïre ou Tardouère, qui naît près de Chalus, entre dans la Sainlonge, arrose Monlbéron , puis par la Rochefoucauld remonte au nord-ouest et finit au-dessu > de Mansle après 80 kilomètres de cours. Elle reçoit à gauche le Bandiat, qui nall au plateau de Chalus, pénètre dans PAngoumois, arrose Marthon, et se jette dans la Tardoire à h kilomètres en aval de la Rochefoucauld après 50 kilomètres de cours. Ces deux rivières ont leur lit formé comme leurs rives de rochers où se trouvent des cavités d'une immense profondeur, vastes gouffres remplis de cailloux formant comme des cribles où se perdent leurs eaux. Elles n'ont en effet leur cours entier que dans l'hiver; en été, le lit du Bandiat est à sec à la Bécasse, et celui de la Tardouère au pont d'Agris près de la Rochefoucauld, et l'on croit que leurs eaux vont par des canaux souterrains, former la rivière suivante.

2° La Touvre naît près du village de Beaulieu, au pied d'un roc escarpé, par deux sources dites le Bouillant et le Dormant, qui sortent d'un môme bassin. Elle n'a que 12 kilomètres de cours, dans lequel elle arrose Ruelle et finit près du faubourg de riloumeau à Angouléme. Elle porte bateau à sa source et serait facilement rendue navigable si son cours n'était obstrué par des îlots ou des usines. On croit que ses eaux sont dues au Bandiat et à la Tardouère , qui coulent à quelque distance sur un terrain plus élevé et se perdent peu à peu dans des cavités inconnues avant de se jeter dans la Charente.

Les eaux de la Touvre, comme celles de la Tardouère et du Bandiat, sont trèsabondantes en truites, anguilles, écrevisses, et ne gèlent jamais; chaudes en hiver, elles sont fraîches en été; elles contiennent en dissolution des matières calcaires formant des incrustations solides sur les corps qu'on y laisse plongés.

3° La Né naît dans les collines de Sainlonge, coule du sud-est au nord-ouest en laissant au sud Barbezieux, et va finir en aval de Cognac, après un cours de 60 kilomètres environ. Elle est sujette à des débordements qui causent de grands ravages, et qui ont formé sans doute les marais de Merpins.

4° La Seugne naît dans les collines de Saintonge; elle coule du sud-est au nordouest en arrosant Jonzac, Pons , et, après 45 kilomètres de cours, finit dans la Charente, au-dessus de Saintes, après avoir reçu de nombreux affluents.

5° VArnoult passe a Pont-PAbbé et finit au-dessous de Rochefort; son cours inférieur par le canal de Brouage fait communiquer Rochefort et le Brouage.

IV. LaSècre niortaUe, qui descend du plateau de Gatine, n'appartient à l'Aunisque par son cours inférieur, depuis le confluent du Mignon , pendant 5 kilomètres. Elle sert, ainsi que cet affluent, en partie de limite à la province. Nous la décrirons avec plus de détails dans le Poitou.

V. Batsin de la Loire. — L'Angoumois ne fait partie du bassin de la Loire que par une partie du cours de la Vienne, qui y pénètre en aval de Saint-Junien (Haute- Vienne) et y arrose Cliabanais et Confolcns.

A tous ces cours d'eau il faut ajouter :

1* Canal de la Scudre à la Charente; il se compose de trois parties : canal maritime de Marcnnes, ayant 3 kilomètres et demi de longueur; canal de Marennes à Brouage, ayant près de 12 kilomètres; canal de Brouage à la Charente, au-dessus de Roche- . fort, ayant près de ik kilomètres.

ANGOI MOIS, SAÎNÏCNGE ET AINIS. 239

2e Canal de Charrat; il part de la Gère, dernier affluent de droite de la Charente, et aboutit à la Charente au-dessous de Rochefort, dont il sert à dessécher les marais. Sa longueur est de 20 kilomètres.

3e Canal de Marant au Brault; il remplace la partie inférieure de la Sèvre, dont la navigation est fort difficile à causo de ses sinuosités et de son peu de profondeur. Longueur, 5 à 6 kilomètres.

W Canal de Mort à la Rochelle; il part de Marans sur la Sèvre et aboutit à la Rochelle ; sa longueur est de 24 kilomètres.

§ III. Constitution géologique, côtes, etc. — L'Angoumois, l'Aunisel la Saintonge forment une région composée de cinq zones principales de roches appartenant à des formations différentes, à savoir : les terrains primitifs, les terrains calcaires jurassiques, les terrains crétacés inférieurs, les terrains tertiaires, et enfin les terrains d alluvion; ces zones sont généralement dirigées du sud-est au nord-ouest.

Les terrains primitifs n'apparaissent qu'à l'extrémité nord-est de la province, entre Confolens et Nontron; au nord de cette dernière ville, ils forment môme un massif circulaire granitique assez considérable entre Rochechouart et Nontron, Montbéron et C ha lus. A ces terrains primitifs succèdent les terrains calcaires jurassiques , qui, vers Nontron et Sarlat, ne forment qu'une zone très-minec; mais cette zone ne tarde pas à s'épanouir, et occupe à peu près la partie septentrionale de l'Angoumois et de la Saintonge, au nord de la route d'Angoulèmc à Rochefort. Ces terrains jurassiques sont eux-mêmes de diverses formations et appartiennent aux trois étages du système oolithique; le premier est l'étage inférieur de ce système : on le rencontre de Nontron à Niort par Montbéron, la Rochefoucauld, Ruffec et Chef-Boutonne. A l'ouest de ces dernières villes se trouve l'étage moyen du même système oolilhique. 11 commence aux sources de la Nizonne , forme l'étroit bassin du Bandiat et de la Tardoire inférieure , traverse la Charente à Mansle, s'élargit entre Verleuil et Aigre, Chef-Boutonne et Aulnay, Niort et Surgères, se dirige vers la Rochelle et va mémo former l'île de Rhé. Enfin au sud-ouest de cet étage moyen se rencontre le système supérieur, qui s'étend jusqu'à la route de Rochefort à Angoulôme pour disparaître sur les bords du Bandiat. Au sud-ouest de cette roule se rencontre une large zone de terrains crétacés inférieurs . terminée au sud par une ligne qui partirait à peu près de Roche-Chalais, passerait par Monlieu, Mirambeau et Morlagne, puis suivrait la rive droite de la Gironde jusqu'à son embouchure. Au delà de cette zone, en s'avançant vers le sud-ouest, on trouve au sud de Morlagne , Mirambeau et Monlieu, les terrains tertiaires moyens du bassin de la Garonne formant une vaste zone , qui n'appartient à la Saintonge que par sa lisière méridionale ; partout ailleurs ils n'apparaissent que çà et là , soit dans les terrains jurassiques, comme à l'ouest de Mauzé, à l'ouest de Chizé, au nord-ouest de Mansle; soit dans la zone crétacée, comme au sud de Pont-l'Abbé et de Taillebourg, au nord de la Valette, entre Mareuil et Brantôme, elc. Enfin l'on rencontre aussi d'abondantes alluvions sur le littoral de l'Océan : par exemple, à la pointe de la Couhre, dans le bassin de la Seudre, sur la rive droite de la Charente, entre Rochefort et Surgères, cl dans toute la vallée inférieure de la Sèvre niortaise. On en trouve encore une vaste étendue sur la rive droite de la Charente, entre Matha, Cognac et iarnac.

Les côtes de l'Angoumois sont basses , sablonneuses, bordées de marais , de laisses Je nier ou de dunes , déchiquetées de baies peu profondes , de passes dangereuses , seméen de rescifs, d'îlots rocheux, de grandes lies. L'aspect et la nature de ces côtes, de ces lies, de ces rochers, leur position , leur direction , celles des passes ou perluU qui les séparent, tout atteste qu'entre les embouchures de la Gironde et de la Sèvre la mer a fait irruption , détruit l'ancien rivage, qui était formé sans doute par les côtes occidentales de Rhé et d'Oléron , creusé les pertuis Breton, de Maumusson, d'Antiochc, etc. Il est probable que ce bouleversement n'a pas été instantané ni produit par une seule cause , mais qu'il est dû à l'action successive de l'Océan , dont les irruptions ont eu lieu à diverses reprises ; on en a même conservé le souvenir. Ainsi l'on sait que l'embouchure de la Sèvre niortaise s'avançait jadis jusque vers la pointe de l'Aiguillon et que la mer en a formé un vaste golfe qui s'étendait môme jusqu'à Marans; qu'à une époque moins reculée elle a caché sous ses eaux tout le pays qui s'étend entre Tonnay-Boutonne et Chàtelaillon , formant ainsi un grand lac entre l'Aunis et la Saintonge ; enfin , plus récemment encore, elle s'étendait à l'est de Brouagc, entre la Scudre et la Charente, dcMarennes à Soubisc. Peu à peu ses eaux se retirèrent, laissant d'abord à découvert les coteaux ou points culminants de la contrée, qui, apparaissant alors comme des Ilots au-dessus des eaux d'alentour, formèrent les iles d'Arvert et de Marennes au sud sur le littoral , les iles de Cherron, de Marans et de Tangon au nord sur la rive gauche de la Sèvre niortaise, dénominations conservées à ces cantons longtemps après la disparition des eaux. A des époques encore plus rapprochées, des phénomènes analogues se sont reproduits; c'est ainsi qu'au douzième siècle la ville de Chàtelaillon , située sur le promontoire de même nom, au nord-est de l'Ile d'Aix, a été détruite par les flots, et jusqu'en 1709 on voyait ses ruines, qui furent alors emportées. Ainsi ont disparu également la ville de Monlmeillan , située entre l'Ile d'Aix et Chàtelaillon, et à la fin du dix-septième siècle la chapelle de Saint-Jean de Sablé.

Mais en même temps qu'il détruisait, l'Océan travaillait à réédifier; transformés en sable ou limon , les débris enlevés par lui au continent étaient rapportés sur le littoral sous forme d'atterrissements, et comblant les lacs et les marais intérieurs causés par ses irruptions précédentes, il réparait ainsi les désastres dont il était l'auteur. A ces atterrissements vinrent journellement se joindre les vases roulées par les rivières et que les flots rejetaient ensuite sur les côtes où toutes ces alluvions forment d'épaisses couches connues sous le nom de laisses de mer, et qui gôneat les embouchures des fleuves. Outre ces alluvions, qui pour la plupart constituent un sol fertile, l'Océan rejette encore hors de son sein des masses considérables de sables formant des dunes ou jmtchs, qui, à l'instar de celles de Gascogne ou de la Flandre, s'avancent continuellement vers l'est et ensevelissent peu à peu ce qui s'oppose à leur marche lente mais toujours progressive. Ainsi ont disparu sous les sables divers villages, tels que ceux dont on a découvert les toits ou les clochers sur la côte d'Arvert en 1008, et qui, près de Maumusson , ont englouti la ville traditionnelle d'Anchoanne.

§ IV. Aspect général , productions. — La Saintonge , l'Aunis et l'Angoumois marquent bien mieux que les trois dernières provinces que nous venons de décrire la transition entre le midi et le nord de la France. Nous sommes arrivés aux der-

ANGOUMOIS, SAINTONGE ET AUMS. 2/|l

nières pentes du plateau central : aussi plus de chaînes de montagnes , plus de sommités décharnées ou couvertes de neiges , plus de rivières torrentueuses et dévastatrices , plus de sol déchiré , tourmenté , aride ; nous voici dans les premières contrées où nous trouvons sans interruption de vastes et fertiles plaines, un sol verdoyant et ombragé, des rivières paisibles, plates, faiblement encaissées, où enfin le terrain n'est accidenté que par des coteaux chargés do vignobles. La vigne, en effet, et un climat doux et tempéré témoignent seuls que nous sommes encore dans les provinces méridionales. Aussi nous verrons que ce pays , presque entièrement plan et ouvert , a été le grand chemin des invasions et le théâtre habituel des guerres entre le nord et le midi de la France.

Il ne présente pas tout à fait le même aspect dans les deux départements qui en ont été formés : le déparlement de la Charente est plus accidenté, plus inégal ; de longues lignes de collines le parcourent en tous sens; c'est un pays généralement propre à toutes les cultures, surtout à celle de la vigne. Il était jadis couvert de nombreuses forêts, dont il ne reste que des débris, les déboisements, commencés sous Louis XIV, n'ayant pas cessé, et la culture ayant défriché jusqu'aux collines les plus élevées. Les parties les plus fertiles sont les vallées de la Charente, de la Nizonne et de la Dronne. Ailleurs le sol est souvent desséché et peu productif; l'arrondissement de Barbezieux renferme de nombreuses landes; celui de Confolens , situé dans le bassin de la Vienne, est composé des terrains primitifs du plateau central qui sont impropres à la plupart des cultures. En résumé, on estime que dans l'Angoumois il y a un tiers des terres labourées, un tiers planté en vignobles, un tiers occupé par les forêts, les landes, etc.; les prairies artificielles font défaut.

Dans la Charente- Inférieure le sol est généralement bas et plat, et ce n'est que dans la partie orientale qu'on trouve des collines ou plutôt des ondulations et des plis de terrain. Partout ce ne sont que plaines verdoyantes, que belles vallées, dont la fécondité naturelle est encore augmentée par l'emploi en engrais des laisses de mer et des varechs. Les marais , si nombreux autrefois et cause incessante de maladies et de dépopulation , sont aujourd'hui desséchés et labourés, ou bien transformés en pâturages et en marais salants.

La principale richesse des trois provinces est la vigne , qui date des premiers temps de la Gaule et qui a envahi tous les terrains. Les produits les plus estimés sont ceux de la rive droite de la Charente; ils sont principalement employés à faire des eauxde-vie, qui sont célèbres dans le monde entier sous le nom de cognac. Les céréales viennent en abondance, surtout dans les marais desséchés du littoral et les terres grasses du bassin de la Sevré. On cultive aussi la pomme de terre, la betterave, le colza. Les prairies artificielles sont nombreuses, et l'on élève des moutons estimés et des chevaux de bonne race.

L'exploitation du sel est, après la culture de la vigne , une source de bons produits; on trouve aussi sur les côtes de belles pêcheries, surtout à Marennes, dont les huîtres étaient déjà renommées du temps des Romains.

§ V. Histoire, population, mœurs, etc. — Les trois provinces étaient occupées dans les temps anciens par les Santoncs, peuple gallique qui avait pour villes Mediolanum (Saintes) et Incoluma (Angoulême). Us luttèrent contre les Romains, d'abord tome n. 31

avec les Armoricains, ensuite avec les Arvernes', et furent vaincus. Leur pays se trouva compris dans l'Aquitaine. Placé, ainsi que celui des Pictavi, leurs voisins, entre la Loire et la Garonne , dans la partie basse et plane qui sépare ces deux fleuves, il fut naturellement, comme nous l'avons déjà dit, le grand chemin des invasion? et l'un des principaux théâtres de guerre entre le nord et le midi de la France. C'est par là en effet que les Visigolhs d'abord, puis les Francs, passèrent pour conquérir la Gaule méridionale ; ce fut aussi par là qu'arrivèrent les Arabes. Le pays faisait alors partie du grand État qui s'était formé dans le midi de la France, l'Aquitaine, et il en suivit les destinées, mais avec des passions moins ardentes contre les dominateurs du nord. Conquis par Pépin le Bref, il fut compris dans l'empire de Charlcmagne, et après le démembrement de cetempire, partagé en trois comtés, d'Aunis, de Saintonge, d'Angoumois, vassaux du duché d'Aquitaine. L'histoire de ces comtés est très-obscure jusqu'à l'époque où ils furent le théâtre de la grande lutte entre les rois capétiens et les Plantagenets, devenus ducs d'Aquitaine et rois d'Angleterre. Dans celte lutte, qui fut marquée principalement par les batailles de Saintes et de Taillebourg, les trois pays, ou leurs seigneurs, passèrent presque continuellement d'un parti dans un autre, et en déûnitive furent conquis par les rois français ; mais Louis IX ne garda que l'Aunis et la Saintonge, il rendit l'Angoumois aux rois anglais. Le traité de Bretigny enleva momentanément la Saintonge et l'Aunis à la France ; mais ces provinces furent reconquises, ainsi que l'Angoumois, sous Charles V, et définitivement réunies à la couronne. Le comté d'Angouléme fut l'apanage d'une branche des Valois, celle de3 Orléans-Angoulômc, qui a produit François I", né à Cognac; Le pays devint alors très-français, si bien qu'il perdit son idiome dérivé du limousin, qu'il produisit plusieurs des écrivains qui ont fondé la langue française, Marguerite de Navarre, Saint- Gelais, Balzac; enfin que dans cette province méridionale on n'y connaît, on n'y parle aujourd'hui que la langue nationale. Mais, pendant les guerres de religion, les trois pays reprirent leur destinée géographique : ils redevinrent le théâtre des combats entre le nord et le midi de la France. Les protestants s'efforcèrent de s'en emparer et de s'y maintenir : maîtres de ces pays, ils isolaient les provinces méridionales, qui leur étaient toutes dévouées ; ils donnaient la main à leurs frères disséminés dans le nord ; ils recevaient par la mer des secours des réformés d'Angleterre et de Hollande ; aussi c'est là ou dans le voisinage qu'ils livrèrent les batailles de Moncontour, de Jarnac, de Coulras; c'est là que sous Louis XIII la réforme concentra ses efforts, se fit une formidable capitale dans la Rochelle et menaça l'unité monarchique de la France. On sait que de génie et de travaux durent être dépensés pour la vaincre; ajoutons, pour donner une idée des passions religieuses qui agitaient celte terre aujourd'hui si paisible, que les assassins Pollrot de Méré et Ravaillac sont nés dans l'Angoumois. Après la chute de la Rochelle, les trois provinces rentrèrent dans le calme et l'obscurité, et pendant quelque temps elles se firent remarquer par les grandes familles qu'elles envoyèrent à la cour des rois de France : les Mortemart , dont était madame de Montespan ; les la Rochefoucauld , dont était l'auteur des Maximes; les Soubise, etc. Elles se signalèrent aussi par les nombreux corsaires qu'elles lancèrent contre les Anglais dans les guerres maritimes du dix-huitième siècle, èt elles donnèrent à la France l'amiral la Galissonnièrc. La révolution de 1789 y fut accueillie avec une

grande ardeur, mais elle n'amena que peu d'excès : le seul démagogue fameux qui soit sorti des trois provinces est Billaud-Varennes. Elles produisirent encore les marins Latouchc-Tréville et Duperré, les généraux Laboissière et Rivaud, le ministre Dufaure , etc.

Les habitants de l'Aunis , de l'Angoumois et de la Saintonge sont généralement bien faits, de taille moyenne et vigoureux ; ils forment comme leur pays la transition entre les Français du midi et ceux du nord, car ils ont la vivacité, la pétulance, l'amour des plaisirs, l'esprit vaniteux, hardi, entreprenant des Gascons ; mais ils ont aussi le jugement sain, de la persévérance, de la fermeté, de la prudence, enfin quelquesunes des qualités solides qui distinguent généralement les hommes du nord. Ils sont aptes à toutes les carrières, aiment les spéculations commerciales, les entreprises maritimes, le métier des armes, et néanmoins ne manquent pas de génie pour les arls et les sciences.

Le paysan est bon, patient, économe, sobre, laborieux. L'ouvrier a les mêmes qualités , mais avec de l'orgueil , de l'égoïsme et un esprit d'hostilité intraitable contre tous les étrangers au pays. Le littoral fournit d'excellents marins. Il reste dans la contrée de nombreux calvinistes, mais les passions religieuses ont disparu, et, grâce à la bonté naturelle des habitants, les sectateurs des deux cultes se font remarquer par leur tolérance.

S VI. DÉPARTEMENT DE LA CHARENTE. — STATISTIQUE , AGRICULTURE , COMMERCE, ETC.

— Ce département a été formé de l'Angoumois (456,322 hect.) , de parties de la Saintonge (69,476 hect.), du Poitou (43,71 1 hect.) et delà Marche (18,734 hect.). Sa superficie totale est de 588,803 hectares, dont 278,000 de terres labourables, 71.000 de prés, 100,000 de vignes, 76,000 de bois, 33,000 de landes, pâtis, bruyères, etc. Sa population était : en 1801, de 299,029 habitants; en 1821, de 347,541 hab.; en 1841, de 367,893 hab. ; elle est aujourd'hui de 382,912 habitants. Il a pour chef-lieu Angoulême, et forme cinq arrondissements ainsi subdivisés :

Arrondissement d'Angoultme. . . 9 cantons, 137 communes, I37,6f>6 habitants.

— de Barbezieu*. . . 6 — Si — 50,557 —

— de Cognac .... 4 — 68 — 57,959 —

— de Conlblens. . . 6 — 60 — 7 1,440 —

— deRuffec 4 — 82 — 59,560 -

5 arrondissements "w~cantons, 43 i commune», 385,912 habitants.

Il forme le diocèse de l'éveché d' Angoulême et renferme pour le culte calviniste une église consistoriale à Jarnac. Il possède 5 tribunaux de première instance ressortissant à la cour d'appel de Bordeaux et 2 tribunaux de commerce , à Angoulême et Cognac. Il y a un lycée à Angoulême , 2 collèges à Confolens et â la Rochefoucauld, et 465 écoles élémentaires. Il fait partie de la 14* division militaire.

Le département de la Charente est un pays inégal et faiblement accidenté, dont le sol est assez fertile et bien cultivé. Les céréales, les légumes, les fruits y sont abondants ; mais le principal produit consiste dans les vins rouges ou blancs, peu estimés comme vins de table, mais qui servent à faire la fameuse eau-de-vie de Cognac. On récolte aussi des truffes estimées. L'élève des bestiaux est peu considérable, les prairies artificielles étant rares; il y a pourtant de bons chevaux; on engraisse surtout

d'excellentes volailles et on se livre aussi à l'éducation des abeilles. On estime que le département renferme 90,000 bêtes à cornes, 612,000 moutons, 73,000 porcs, 20,000 chevaux, 16,000 mulets ou ânes, etc.

On exploite le minerai de fer, dont le produit ne suffit pas à l'alimentation des usines du département , une mine de plomb et une d'antimoine , ainsi que des carrières de belles pierres de taille, de gypse, de pierres à chaux, etc. 11 y a des eaux minérales à Barbczieux.

L'industrie consiste surtout dans la fabrication des eaux-de-vie de Cognac, de la papeterie renommée d'Angoulême, des fers et des aciers; viennent ensuite les draps, cordages, chapeaux, cuirs, faïence et poterie, les huiles de noix, de lin, de colza. L'usine la plus remarquable est la fonderie de canons pour la marine à Ruelle. Le commerce d'exportation consiste surtout en eaux-de-vie et vins, papiers, fers, bois de construction, de chauffage et de merrain, truffes, etc.

Il y a dans le département : une rivière navigable (Charente) sur 88 kilomètres, 5 routes impériales sur 369 kil., 9 roules départementales sur 263 kil., 10,625 chemins vicinaux sur 12,510 kil.; en tout, 13,190 kilomètres de voies de communication. Il est traversé par le chemin de fer de Paris à Bordeaux sur une longueur de 112 kilomètres, depuis Civray jusqu'à Chalais.

$ VIL DÉPAHTEMENT DE LA CHARENTE. — DESCRIPTION DES VILLES. — AtigOuU'me,

ancienne capitale de l'Angoumois, aujourd'hui chef-lieu du département et siège d'un évéché, possède des tribunaux de première instance et de commerce, une chambre consultative des manufactures, un conseil de prud'hommes, un lycée, une école normale primaire, une bibliothèque publique, un théâtre et 21,000 habitants.

Cette ville est dans une situation forte et pittoresque au sommet d'une éminence que termine un plateau élevé de 100 mètres au-dessus des vallées environnantes, et d'où l'on domine la rive gauche de la Charente près de sa jonction avec deux de ses affluents, la Touvre et l'Anguienne. Ce plateau, qui est presque de tous côtés entouré de rochers escarpés , était défendu jadis par des remparts transformés aujourd'hui en promenades ou terrasses d'où l'on jouit de vues magnifiques. Angoulêmc se subdivise en deux parties : à l'ouest la cité, ou ancienne ville, bâtie sur remplacement d'/ncolisma, et occupant le plateau depuis la promenade de Beau lieu jusqu'au château : elle est laide, sombre, triste et mal bâtie ; à l'est et au midi se développe la ville nouvelle, beau quartier qui s'accroît chaque jour. Les édiûces remarquables sont : l'ancien château, qui domine touto la ville avec sa grosse tour carrée, et son donjon aujourd'hui converti en prison; la cathédrale, ruinée par les calvinistes en 1562 , et rebâtie en 1636 ; le lycée, établi dans l'ancienne abbaye de Saint-Ausone; l'hôtel de ville, le palais de justice, etc.

On parvient à Angouléme par quatre rampes plus ou moins difficiles et par le chemin neuf, belle chaussée à pente douce accessible aux voilures, longue de 850 mètres, et menant de la porte Saint-Pierre à la grande route de Paris à Bordeaux. Sur le& pentes et au pied de l'éminence que couronne la ville s'étendent les faubourgs de Saint-Pierre, de Saint -Cybard, avec un beau pont sur la Charente, où passe la roule de la Rochelle, et de YHoumeau, bati en demi-cercle et en amphithéâtre aux bords de la Charente. Ce dernier, que Ira verse la grande roule de Paris à

ANGOl'MOIS. S AINTONGE ET AUNIS. 2&5

Bordeaux, renferme un quart de la population d'Angoulémc et contient de riches papeteries , distilleries , radineries de sucre , faïenceries , fabriques de tissus de laine. C'est là qu'est presque tout le commerce de la ville. A 6 kilomètres, sur la Touvre, se trouve le village de Ruelle, célèbre par sa fonderie de canons pour la marine.

Con/olens, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal civil, un collège et3,150 habitants, doit son nom à sa position au confluent de la Vienne et de la Goire : elle est située au centre d'une contrée stérile, mais les deux vallées qui s'y réunissent sont d'un aspect riant et couvertes de beaux pâturages. Cette vieille cité est généralement mal bâtie, triste et sombre : on n'y remarque aucun mouvement, et son commerce ne consiste qu'en bois, cuirs et bestiaux. Elle a joué un rôle important dans les guerres de religion.

Ruffec, chef-lieu d'arrondissement, avec 3,600 habitants et un tribunal de première instance, est une-petite ville située près de la rive droite de la Charente, bien bâtie, bien percée et d'un aspect très -pittoresque. On y remarque la place d'armes, le Dauphin, édifice où se sont tenus plusieurs synodes ou conciles; l'église, qui date du douzième siècle ; l'ancien château des comtes de Broglie, etc. Elle fait un assez grand commerce de truffes, grains , bestiaux, marrons, etc. C'était une des grandes baronnics de l'Angoumois, et, après avoir appartenu à. diverses maisons, elle était entrée avant 1789 dans la famille de Broglie.

Coynac, cher- lieu d'arrondissement, avec un tribunal de première instance, un collège et une population de près de 6,000 habitants, est bâtie sur une éminence qui domine la rive gauche de la Charente , au milieu d'une charmante contrée et de vertes prairies. Les rues sont étroites et mal percées, mais généralement assez bien bâties. On y remarque les restes de l'ancien château des comtes d'Angoulême. Elle est surtout célèbre par ses eaux-de-vie , dont elle fait un commerce très-considérable.

Cette ville, d'origine gauloise, était dans le moyen âge une place très-forte et une seigneurie puissante qui appartint aux Lusignan. François I" y naquit. Louise de Savoie, sa mère, y tenait sa cour. Elle fut prise par los calvinistes et devint une de leurs places de sûreté.

Barbezieux, chef-lieu d'arrondissement , avec un tribunal de première instance et une population de 3,600 habitants, est située dans le bassin de la Né, dans une position avantageuse, sur le flanc d'une colline, à l'extrémité d'une plaine vaste et fertile en vins. Elle est généralement bien bâtie et fait un commerce assez important en vins, grains, truffes, bestiaux. On y trouve une manufacture de grosses toiles et de fil de chanvre. Elle avait autrefois des fortifications, détruites au dix-huitième siècle, et un château fort , dont il reste une partie qui sert de prison. C'était le chef-lieu d'une seigneurie qui , après avoir appartenu à la maison de la Rochefoucauld , passa ensuite dans celle de Louvois, puis revint à ses anciens possesseurs, qui la gardèrent jusqu'à la révolution.

La Rochefoucauld est une petite ville de 3,000 habitants, située sur la rive droite de la Tardoire, et qui ne se compose guère que d'une seule rue. Elle est dominée par un château gothique flanqué de tours et d'aspect très-pittoresque. C'est là qu'est né l'auteur des Maximes, l'amant de madame de Longueville, l'ami de madame de la

Fayetie, François VI de la Rochefoucauld. C'était d'abord une baronnie dite de ta Roche, qui prit le nom de Foucauld d'un petit-fils de Hugues I" de Lusignan, et qui , en 1622 , fut érigée par Louis XIII en duché-pairie. Cette seigneurie n'est jamais sortie de celte famille.

Chabannait est une petite ville de 2,000 âmes située sur les bords de la Vienne : elle est triste, mal bâtie et fait le commerce de grains , bestiaux et châtaignes. On n'y remarque qu'une tour très-ancienne et un pont sur la rivière. C'était le chef-lieu d'une baronnie qui a appartenu à la famille Colbert.

Jamac, bâtie sur les deux rives de la Charente qu'unit un pont suspendu, est une jolie petite ville de 3,360 habitants, située dans une contrée fertile en vins, avec un port fréquenté. On y fait un grand commerce d'eaux-de-vie, devins, de cuirs, bestiaux, etc. Elle est célèbre par la bataille de 1569, livrée entre les villages de Bassac et de Triac, et dans laquelle les protestants furent battus et le prince de Condé assassiné.

§ VIII. Département de la Charente - Inférieure. — Statistique, agriculture, commerce. — Ce département a été formé de la Saintonge (^52,868 hect.), de l'Aunis (125,950 hect.) et du Poitou (29,232 hect.). Sa superficie totale est de 654,685 hectares, dont 311,000 de terres labourables, 81,000 de prés, 110,000 de vignes, 73,000 de bois, 13,000 de landes, bruyères, etc. Sa population était : en 1801,de 399.162 habitants; en 1821, de 409,477 hab.; en 1841, de 460,245 hab.; elle est aujourd'hui de 669,992 habitants.

11 a pour chef-lieu la Rochelle, et forme six arrondissements ainsi subdivisés :

lissein

cantons, 56 et

•mmuncs, 82,293 habitants.

de Rochefort

— 6l,7eo —

de Saint- Jean d'Angcly.

— no

de Marranes ......

6 arrondissements 39 cantons, 180 communes, 469,992 habitants.

Ce département forme le diocèse de l'évêché de la Rochelle. 11 renferme pour les calvinistes 3 églises consistorialcs , à Saintes, la Rochelle et la Tremblade. Il possède 6 tribunaux de première instance ressortissant à la cour d'appel de Poitiers et 5 tribunaux de commerce. Il y a un lycée à la Rochelle, 3 collèges à Rochefort, Saintes cl Saint-Jean d'Angely ; une école normale, 6 écoles primaires supérieures, 570 écoles élémentaires. Il fait partie de la 14' division militaire et renferme plusieurs places fortes, savoir : le château d'Oléron, les forts Saumonards et de Boyardville, le fort Boyard, l'Ile d'Aix avec le fort Liédot, les batteries de l'Ile d'Aix , Saint-Martin de Rhé, les forts de l'Ile de Rhé, la Rochelle, Rochefort, les forts de la Charente, le fort d'Énet, le fort Chapus. Le département appartient à la 4' préfeclure maritime, cheflieu Rochefort.

la Charente-Inférieure est un pays bas et uni ; le sol à fonds de craie ou de sable est en général assez fertile ; il est très-bien cultivé. On y trouve d'excellents pâturages, de belles vignes servant à faire des eaux-de-vie, des céréales qui dépassent les besoins de la consommation. Les légumes y sont très-bons et les fruits y viennent

bien. Le chêne est la principale essence des bois, el l'on trouve aussi quelques arbres résineux. Les côtes sont bordées de marais salants ou desséchés. On y élève un nombre considérable de bestiaux et de volailles, avec des chevaux estimés. Le déparlement renferme environ 102,000 bêtes à cornes, 380,000 moutons, 45,000 porcs, 31,000 chevaux, 7,000 mulets et ânes.

L'exploitation minérale n'a d'importance que par le sel des marais salants , produisant par an 1,150,000 quintaux métriques d'une valeur de 2,300,000 francs : on exploite encore des tourbières , du gypse , de la marne , des pierres à bâtir ou à chaux, de la terre de potier. 11 y a des sources minérales à Archingeay, Pons et la Rouillasse , près de Soubise.

Dans ce département, l'industrie réside d'abord dans l'exploitation des marais salants, la pèche des huîtres et de la sardine, ainsi que dans la distillation des eauxde-vie; vient ensuite la fabrication de lainages grossiers, de savons, poterie, verrerie, tuiles et creusets , sucre de betteraves et construction de navires. Le commerce d'exportation consiste principalement en sel et eaux-de-vie, grains, bois, bestiaux, huîtres, sardines, etc. Les côtes offrent 26 ports. Les principaux sont ceux de la Rochelle, Rochefort, Royan, Marans, Marennes, la Tremblade, etc. (voir 1. 1", p. 625). On y prépare des armements pour la grande pêche.

La Charente-Inférieure possède : 5 rivières navigables, indépendamment de la Gironde (Sèvre niortaise, Mignon , Charente, Boutonne, Seudre) , sur 206 kilomètres ; 9 routes impériales sur 429 kil., 16 routes départementales sur 452 kil., 10,000 chemins vicinaux sur 6,000 kil. ; en tout, 7,135 kilomètres de voies de communication.

§ IX. Département de la Charente- Inférieure. — Description des villes. — La Rochelle, ancienne capitale de l'Aunis , aujourd'hui chef-lieu du département et siège d'un évêché, possède des tribunaux de première instance et de commerce, un lycée, une bibliothèque publique, un théâtre, etc. Sa population est de 16,507 habitants.

Celte ville est située en face de l'Ile de Rhé, au fond d'une anse ou petit golfe qui lui sert d'avant-port, et dont l'étendue est d'environ 2,500 mètres. C'est une place de guérie de première classe, fortifiée d'après les plans de Vauban; ses ouvrages consistent en 19 bastions, 8 demi-lunes, un fossé et un chemin couvert. Son port comprend, outre Yavant-port , limité à gauche par une jetée el à droite par une esplanade de 300 mètres de long : 1° le havre qui pénètre en s'allongeant dans la ville, et dont l'entrée est défendue par 2 tours , celles de la Chaîne et de Saint- Mrolat , entre lesquelles est un passage de 40 mètres, qu'on ne peut franchir qu'à la marée montante; 2» le bassin de carénage, également situé dans la ville et communiquant avec le port par des portes de flot; il a 140 mètres de long sur 100 mètres de large, et peut renfermer des bâtiments de 400 tonneaux toujours à flot. Les- rades sont les plus sûres de tout le littoral de l'Océan ; mais le port s'encombre de vase et n'a plus qu'une importance secondaire.

La ville est généralement bien bâtie, bien percée, très-propre et renferme de belles promenades. On y remarque surtout l'hôtel de ville, bel édifice du temps de François 1", la porte de l'Horloge, les casernes, les chantiers de construction, l'arsenal bâti en 1784, la bourse et le palais de justice, la cathédrale, la tour gothique de Saint-Sauveur, haute de 66 mètres, etc. La digue, construite par l'ordre de Richelieu,

s'étendait en travers de l'avant-port sur 1,500 mètres de long, entre les pointes de Correille et du fort Saint -Louis; on en voit les restes à marée basse. La ville est entourée de trois faubourgs. Au nord, sur le littoral, se trouvent des marais salants, cl au sud les marais de Maubcc et de Saint-Nicolas.

L'industrie de la Rochelle consiste en construction de bâtiments, verreries, faïenceries, raffineries de sucre, filatures de coton. Elle fait commerce de vins, eauxdc-vie, bois, sel, fer, denrées coloniales, huile, fromage, etc. On y arme pour les Antilles et pour la grande pêche à Terre-Neuve. C'est la patrie du physicien Réaumur, de l'académicien Emmanuel Dupaly, du conventionnel Biilaud-Varennes, de l'amiral Dupcrré, etc.

Le nom de la Rochelle vient probablement des roches où furent construites ses premières habitations, et son origine date du neuvième siècle. Comprise dans les possessions des ducs d'Aquitaine, elle fut prise par Louis VIII et montra alors un grand attachement à la France. Aussi ne rentra-t-elle qu'avec douleur sous la domination anglaise au traité de Brétigny. Ses habitants, qui s'étaient rendus très-redoutables aux Anglais par leurs nombreux corsaires, « supplièrent, dit Froissart, qu'on ne les mit pas en mains étranges , et qu'ils avaient plus cher à être taillés tous les ans de la moitié de leur chevance que ce qu'ils fussent aux mains des Anglais. » Quand la guerre recommença, ils ouvrirent leurs portes à du Guesclin, et dès lors la Rochelle devint une des plus riches et des plus importantes villes de Fiance. Fière de ses vaisseaux, de son commerce, de ses libertés, elle semblait une petite république et se signala, principalement sous François I", par sa résistance aux volontés royales. Aussi einbrassa-t-elle avec ardeur la réforme luthérienne, et, après l'édit de pacification de 1570, elle devint l'une des places de sûreté des protestants. Plusieurs fois, et principalement après la Saint-Barthélémy, les troupes royales essayèrent de s'en emparer; elles échouèrent constamment devant cette place redoutable, où se réfugiaient les principales forces du parti, et qui tirait des secours étrangers par ses vaisseaux. Sous Louis XIII elle devint la capitale du protestantisme, l'alliée de tous les ennemis de la France, une autre Amsterdam qui menaçait l'unité nationale et la grandeur naissante de la monarchie; elle avait alors, dit-on, 60,000 habitants, 20,000 hommes de garnison, 100 vaisseaux en mer. On sait par quels efforts gigantesques Richelieu parvint à isoler celte ville de tous les secours du dehors et la força de se rendre après un siège de quatorze mois, où la moitié de la population périt, et quand la garnison était réduite à 15/< hommes. La ville eut alors ses principaux habitants bannis, ses murailles démolies, ses privilèges détruits, son port et son commerce ruinés, sa rude population de marins anéantie , et elle ne s'est jamais relevée de cette chute. Cependant Louis XIV, en 1689, fit rétablir ses fortifications; daus les guerres de 1756 et de 1778, les corsaires de la Rochelle firent de grands maux aux vaisseaux anglais; enfin, vers la fin du dix-huitième siècle, son commerce s'était rétabli avec notre puissance coloniale; mais, pendant les guerres de l'Empire, sa marine fut de nouveau rainée, et depuis cinquante nns elle n'a repris qu'une médiocre importance.

Roche/art, chef-lieu d'arrondissement, est en même temps un port militaire, et le chef-lieu de la quatrième préfecture maritime ; elle possède des tribunaux de première

instance et de commerce, une chambre et un conseil général de commerce, une direction d'artillerie de la marine, une direction des constructions navales et des porls, une école d'hydrographie, un collège, un musée maritime, un jardin botanique, trois bibliothèques publiques. Sa population est de plus de 24,000 habitants.

Elle est située sur la rive droite de la Charente, à 15 kilomètres de son embouchure ; c'est une ville nouvelle , médiocrement grande , régulièrement percée et bâtie : au centre est une belle place plantée d'arbres et d'où rayonnent les rues. Ses édifices les plus remarquables sont ceux de la marine , c'est-à-dire l'arsenal , qui s'étend sur le bord de la Charente pendant 2,200 mètres, la fonderie de canons, la corderie, les chantiers de construction, l'hôpital, etc. Elle était réputée très-malsaine à cause des marais qui l'avoisinent , et qui sont en partie desséchés.

Rochefort est principalement un port de construction et de refuge; c'est le plus va.ste de France après Brest et Toulon ; il est assez profond pour que les vaisseaux de ligne y restent à flot pendant la marée basse; mais il ne l'est pas assez pour qu'ils puissent y être armés. Aussi est-on obligé de les armer dans la rade , qui est située à l'embouchure de la Charente entre les llesd'Aix, d'Oléron et la côte. L'accès du port est fermé par un bateau-porte qui à la marée descendante arrête le limon qu'une drague emporte ensuite dans le courant.

Le port marchand, agrandi récemment et accessible à des bâtiments de 600 tonneaux , est le port d'entrepôt de toutes les provinces voisines. L'on y fait un commerce très-actif en vins, bois du Nord, grains, denrées coloniales; on y arme aussi quelques navires pour la pêche de la morue.

Rochefort n'était jadis qu'un château qui fut pris plusieurs fois, d'abord parles Anglais et les Français, ensuite par les calvinistes et les catholiques. La ville fut réellement fondée sous Louis XIV, par Colbert, qui voulait donner ù la marine un port sur l'Océan entre Nantes et Bordeaux. Les travaux de ce port furent commencés en 16G6, et en 1674, malgré l'énormilé des dépenses, ils étaient presque achevés. La ville fut fortifiée par Vauban en 1684. Depius cette époque Rochefort a joué un rôle de premier ordre dans toutes les guerres maritimes de la France. C'est le lieu de naissance de la Galissonnière.

Saint-Jean tCAngely, chef-lieu d'arrondissement , avec des tribunaux de première instance et de commerce, un collège et 6,500 habitants, est une ville ancienne, placée dans une jolie position sur la rive droite de la Boutonne , qui en cet endroit commence à porter des bateaux de 30 et 40 tonneaux. Quoique mal bâtie et mal percée, elle a un aspect propre et avenant. On y remarque la halle, l'ancienne abbaye et de belles promenades. Il ne reste rien de ses anciennes fortifications. On y fait un commerce actif d'eaux-dc-vie , vins, céréales, colzas, bois de construction.

Cette ville doit son origine à une abbaye bâtie par Pépin d'Aquitaine, près de la forêt d'Angeriacum, forêt qui est principalement célèbre par l'entrevue de Philippe le Bel et de Bertrand de Goth. Elle fut prise tour à tour par les Anglais et les Français dans la guerre de cent ans, et devint au seizième siècle l'une des principales places d'armes des protestants. Louis XIII la prit après un siège meurtrier, ruina ses murailles et traita avec la dernière rigueur ses habitants.

Saintes, ancienne capitale de la Saintonge , n'est plus aujourd'hui qu'un chef-lieu tour iu 32

d'arrondissement du déparlement. C'est le siège de la cour d'assises et de tribunaux de première instance et de commerce. Elle possède en outre un collège , un théâtre, un dépôt d'étalons et une population de 11 à 12,000 âmes.

Celte ville est dans une charmante position , au centre d'une fertile contrée , sur le flanc et au pied d'une éminence qui couronne la rive droite de la Charente. Elle est très-ancienne, assez mal bâtie et surtout mal percée ; on y admire l'église de Saint- Eulrope, bâtie vers l'an 1086, et dont la crypte est très-remarquable; la cathédrale, fondée, dit-on, par Charleinagne, et dont le magnifique portail date du quatorzième siècle; les ruines des arènes ou de l'amphithéâtre, entre les deux coteaux de Saint-Eutrope et de Saint-Macoul , et qui remontent au troisième siècle; le nouveau pont suspendu, terminé en 18&2, et qui remplace l'ancien pont de pierre qu'on a démoli. L'arc de triomphe romain que supportait ce dernier a été reconstruit ailleurs; il avait été érigé en l'honneur de Gennanicus, de Tibère et de Drusus.

Saintes fait un commerce considérable de vins, d'eaux-de-vie, grains, bestiaux, bois de construction, etc.; elle possède des fabriques d'étamines, de faïence commune et de futailles, des mégisseries et tanneries, etc. Nous avons déjà dit qu'elle était, sous le nom de Mediolanum , la capitale des Santones; ses antiquités attestent qu'elle fut, sous la domination romaine, une des cités les plus importantes de la Gaule. Depuis cette époque son histoire se confond avec celle du pays, et ne présente de remarquable que la bataille gagnée près de ses murs par saint Louis. Elle resta catholique pendant les guerres religieuses. C'est la patrie de M. Dufaure.

Marcnncs, chef-lieu d'arrondissement, avec des tribunaux de première instance et de commerce, et une population de 4,600 habitants, est une jolie petite ville située à 2 kilomètres de l'Océan, entre le petit port du Brouage et l'embouchure de la Seudre; elle est bien bâtie , riche et commerçante , et aurait acquis une plus grande importance si elle n'était pas entourée de marais gats, anciens marais salants envahis par les eaux douces, dont les exhalaisons y rendent l'air très-insalubre. Ces marais salants sont d'un grand produit, et Marennes est renommée par ses huîtres vertes déjà célèbres au temps d'Ausone, et dont le parc occupe sur la côte une longueur de 9,500 mètres sur une largeur de 150. Son commerce consiste surtout en sel, huîtres, vins, eauxde-vie , légumes, etc. Son port est à un kilomètre en aval de la ville , sur la Seudre. Son histoire n'est remarquable que par l'ardeur avec laquelle elle embrassa le protestantisme.

A 5 kilomètres nord-ouest de Marennes est le petit port du Chaput, défendu par un fort et peuplé de 350 habitants : il est situé sur le canal dit les Courrcaux d'Oléron, et sert de passage vers l'Ile voisine.

Jonzac, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal de première instance, est une petite et ancienne ville, peuplée de 2,718 habitants, située sur les rives de la Seugne, dans un pays fertile en grains et riche en vignobles; on y remarque un vieux château, bâti sur un mamelon , dont la rivière baigne le pied. On y trouve des fabriques de serge, droguet et autres étoffes grossières, et l'on y fait un commerce important d'eaux-dc-vie, grains, bestiaux, volailles, etc.

Varans (arrondissement de la Rochelle) est une jolie petite ville de 4,670 habitants,

propre , bien percée et bien bâtie ; elle est située un peu en aval du confluent de la Sèvre niortaise et de la Vendée, à 8 kilomètres environ de la mer, dans un pays entrecoupé de canaux et couvert de marais salants. Elle a sur la Sèvre un bon port, qui peut recevoir des navires de 100 tonneaux. On y fait le commerce de blés, farines dites de Bagneaux, vins, eaux-de-vie, légumes secs, etc.

Tonnay- Charente (arrondissement de Rochefort) est une jolie petite ville de 3,540 habitants, avec un port sûr et commode sur la rive droite de la Charente ; elle est agréablement bâtie sur un mamelon que couronne un château pittoresque. Son port, très-fréquenté et où peuvent remonter des bâtiments de A00 tonneaux, fait surtout un commerce d'entrepôt en eaux-de-vie, vins, grains, etc.

Taillebottrg (arrondissement de Saint-Jean d'Angely) est un bourg de C00 âmes, situé sur la rive droite de la Charente , et qui a pour origine un château fort bâti sur un roc escarpé et servant à dérendre le passage. 11 est célèbre par la victoire de Louis IX en 1242.

Pont (arrondissement de Saintes), petite ville de 4,300 habitants, est située dans un charmant vallon sur la rive gauche de la Seugne. On y remarque le donjon , seul débris de l'ancien château , et qui a joué un rôle de premier ordre dans toutes les guerres de la Saintonge. Les sires de Pons étaient des barons très-puissants, indépendants des comtes de Saintonge, et qui ne se soumirent aux rois de France que dans le seizième siècle.

Saujon (arrondissement de Saintes) est un bourg de 2,564 habitants, situé à 22 kilomètres de la mer sur la Seudre, qui y devient navigable. 11 est assez commerçant et son petit port peut recevoir des navires de 300 tonneaux. Son commerce consiste eu vins , eaux-de-vie , sel , bois du Nord ou du pays.

Brouage (arrondissement de Marennes), petite ville maritime de 800 âmes, sur la passe de Maumusson , était jadis une place de guerre importante , fondée par les sires de Pons. Après la prise de la Rochelle , Richelieu la fit de nouveau fortifier. Son port recevait alors des navires de toutes grandeurs, et Colbert songea à y faire l'établissement qu'il fit â Rochefort ; mais depuis cette époque les vases et les sables l'ont entièrement comblé , et les marais salants qui avoisinent la ville , abandonnés et devenus infects, ont fait déserter la population.

La Tretnblade est une petite ville de l'arrondissement de Marennes, qui compte environ 4,500 habitants; elle est située sur la rive gauche et à quelque distance de la Seudre , et possède un port très-fréquenté qui reçoit des navires de 60 à 300 tonneaux. Elle fait un commerce important d'huîtres vertes, de sel, de vins blancs, eaux-de-vie et vinaigre. Cette ville , dont l'origine ne remonte point au delà de la fin du seizième siècle , était le port le plus considérable de la province avant la création de Rochefort , et l'on y armait des vaisseaux de guerre. Ses habitants professaient la religion réformée, et la révocation de l'édit de Nantes la ruina presque entièrement; elle n'a repris son importance que de nos jours.

Un peu au sud-est de la Tremblade se trouve le village d'Arvcrt, peuplé de 432 habitants, et qui donne son nom à toute la presqu'île comprise entre l'Océan, la Seudre et la Gironde, presqu'île couverte de marais, de pins et arbres verts, et qui jadis fut inondée par l'Océan.

Royan, petite ville maritime (arrondissement de Marenncs), avec 3,000 habitants, e>t bàlie sur une pente assez rapide qui domine la rive droite de la Gironde en face de la pointe de Grave; son port est petit, mais commode et protégé par un fort. On y construit des bâtiments, et ses mariniers servent de pilotes sur la Gironde. Jadis Royan était une place forte, qui, ayant embrassé la cause du protestantisme, fut prise par Louis XIII, en 1622 , après avoir subi toutes les horreurs d'un long siège ; ses fortifications furent alors détruites.

Près de là se trouve le Vieux-Soulac , ville engloutie sous les sables et dont on n'aperçoit plus que le sommet du clocher.

§ X. Iles. — 1° Vile de Rhé est située dans le golfe de Gascogne à l'ouest do la Rochelle, entre le détroit ou pertuit breton, qui la sépare de la côte méridionale de la Vendée, et le détroit ou pertuit d'Antioche, qui la sépare de l'Ile d'Oléron. Elle a une longueur de 25 kilomètres environ depuis les rochers des Baleines, qui la prolongent au nord-ouest, jusqu'à son extrémité sud-est, qui n'est qu'à 4 kilomètres de la pointe dite Chef de baie, voisine de la Rochelle. Sa largeur moyenne est de h kilomètres ; elle n'en a que 2 vers le centre , et elle en atteint près de 8 vers ses extrémités. Cette île, entourée de récifs, a un sol bas, sablonneux et peu fertile: on n'y trouve ni blés ni pâturages, très-peu d'arbres; mais, en revanche, la vigne y réussit bien. Sa richesse consiste, avec les vins qu'on transforme en eaux-de-vie, en marais salants, dont les produits sont d'excellente qualité. Le climat y est d'ailleurs doux et tempéré. L'Ile de Rhé fait partie de l'arrondissement de la Rochelle et renferme la petite ville de Saint-Martin, qui en est la capitale, et les bourgs d'Art et de la Flotte.

Saint-Martin (2,581 hab.) a un port commode et une rade sûre. Elle a été fortifiée par Vauban et a une citadelle dont la défense se lie avec les forts de la Prie, du Marlray et de Sablonceaux. C'est une place importante que les Anglais ont vainement assiégée en 1628 pendant 3 mois et demi.

Art (3,800 hab.) est situé dans un enfoncement de la côte orientale de l'Ile, au nord-ouest de Saint-Martin : c'est un bon petit port.

La Flotte (4,000 hab.) est située au sud-est de Saint-Martin, sur la côte orientale de l'ile. Son port, de facile accès, peut recevoir des bâtiments de 2 à 300 tonneaux.

2° Vile d'Oléron, située au sud de la précédente, s'étend également du nord-ouest au sud-est sur une largeur de 8 kilomètres et une longueur de 26 kilomètres environ, entre la pointe de Chassiron au nord , sur le pertuis d'Antioche , qui la sépare de l'Ile de Rhé , et la pointe de Maumusson sur la passe de Maumusson , détroit accessible seulement à de très-petits bâtiments , qui la sépare du continent. Située vis-à-vis des embouchures de la Seudre et de la Charente, elle couvre l'entrée de ces deux rivières et a pour défense le Château d'Oléron, les forts Boyardville et des Saumonardt, et enfn. le fort Boyard, situé sur un banc voisin de l'île d'Oléron et de l'Ile d'Aix. Le territoire d'Oléron, comme celui de Rhé, est bas, sablonneux et couvert de marais salants; mais il est plus fertile, et l'on y récolte du blé, du seigle, du mais, des vins et de très-bons légumes. On y trouve du bois. Son commerce consiste en grains, sel, vins, eaux-de-vie, et son industrie en distilleries. Il y a aussi des chanl;ers de construction pour les petits navires, l'nc route parcourt l'île dans toute

sa longueur el aboutit au nord-ouest à la tour de Chassiron, fanal élevé pour indiquer aux navires l'entrée du pertuis d'Antioche. L'Ile d'Oléron fait partie de l'arrondissement de Maronnes. Sa population totale est do 16,000 âmes réparties dans deux villes et quatre villages. Les deux villes sont :

Saint-Pierre d'Oléron, située dans l'intérieur de l'île, dont elle occupe à peu près lo centre : elle est bien bâtie dans une jolie vallée, et compte près de 6,000 habitants.

Le Château d'Oléron, situé sur la côte occidentale de l'Ile, est une petite ville de 2,500 âmes : c'est une place forte qui sert à la défense de la passe de Maumusson.

Oléron fournit d'excellents marins, qui étaient déjà célèbres dans le moyen âge. Les jugement» d'Oléron, ou lois relatives à la jurisprudence maritime, sont l'une des productions les plus curieuses du douzième siècle et ont servi de modèle législatif à la plupart des peuples maritimes.

3» Vile d'Aix est située un peu au nord de l'embouchure de la Charente entre lo •continent et l'Ile d'Oléron , el n'a qu'un kilomètre de long sur un demi-kilomètre do large. Son sol, assez fertile, est riche en pâturages et en vignes. Le village qu'elle renferme contient 250 habitants environ , presque tous pêcheurs. Celte île , bordée «le rochers, surtout au nord et au sud, sert de défense à une excellente rade située ■cn:re elle, l'Ho d'Oléron et la côte, où la marine militaire de Rochefort trouve en tout temps un abri et où les vaisseaux construits dans celle ville viennent s'armer. Cette rade n'est pas abordable au sud, où la passe de Maumusson est encombrée do bancs ue sables, mais elle est abordable au nord par le pertuis d'Antioche, que coupe l'île d'Aix. Aussi de ce côté , tout le tour de la rade est défendu , à l'ouest, c'est-à-dire dans Oléron , par les batteries des Saumonards et de Boyardville ; au nord par l'île d'Aix , et à côté d'elle par le fort Boyard , récemment construit sur un banc de sable ; enfin à l'est par les forts d'Énet, de l'Aiguille et de Fouras, près de l'entrée de la Charente. Ces fortifications n'étaient pas complètes en 1809, et une flotte anglaise força le pertuis d'Antioche et vint brûler une flotte française dans la rade de l'île d'Aix.

Vile Madame est un petit îlot situé à l'embouchure de la Charente et qui contribue au système de défense de cette rivièro

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