TOME II
trois points de Mcnigoutte, de Thouars et de Clisson : le côté nord de ce triangle passe par Argenton , Chollet et Monlfaucon ; le côté est longe à peu près le Thouet par Thouars, Airvault et Parthenay, et le côté sud-ouest passe par Montaigu, les Herbiers, Pouzauge et Secondigny. Au sud de Napoléon- Vendée, les terrains primitifs consistent en gneiss et micaschiste, que l'on rencontre jusqu'à Sainte-Hermine et Talmont et sur les bords de l'Océan, depuis Talmont Jusqu'aux Sables d'Olonne; au nord-ouest, ils se prolongent de Palluau à Beauvoir, et ils forment au nord-est de Challans une zone qui s'arrête sur la limite du département de la Loire-Inférieure.
Les terrains primitifs du Poitou comprennent encore deux petits bassins houillers : l'un , situé entre les bassins de la Vendée supérieure et de son affluent la Mère, s'étend du sud-est au nord-ouest depuis Saint-Laurs jusqu'au delà de Vouvant ; l'autre comn.ence au nord-ouest de la Caillière et s'étend au sud de Chantonay entre les deux Lay. Nous avons déjà signalé à l'embouchure de la Sèvre niortaise la présence de terrains d'alluvions récentes qui, à l'ouest de Mauzé et de Niort, forment toute la vallée inférieure du fleuve. Ces mômes terrains constituent le littoral sur une assez grande largeur entre Saint-Gilles et Beauvoir, forment ensuite l'Ile Bouin et se terminent vers Machecoul et Bourgneuf dans le département de la Loire-Inférieure. Ils forment aussi les vallées inférieures du Thouet, de l'Argenton, de la Dive; enfin la vallée de la Vienne au-dessous de Chàtelleraut.
La province , traversée diagonalement du sud-est au nord-ouest par la ligne de partage des eaux, se divise physiquement, ainsi que nous l'avons dit, en haut et bas Poitou. Le haut Poitou comprend tout le versant nord-est tributaire de la Loire et même la partie supérieure du versant sud-ouest, formant ainsi un tout assez homogène qui embrasse tout le déparlement de la Vienne , la majeure partie de celui des Deux Sèvres et le nord de celui de la Vendée. Il offre généralement vers le nord des terrains fertiles et bien cultivés, au sud et vers l'ouest de grandes prairies, enfin à l'est et dans une grande partie du sud des landes et des bruyères. C'est dans le département des Deux-Sèvres surtout que le haut Poitou a un caractère bien tranché. Ce département comprend la partie la plus élevée de la province : il est occupé au nord, au centre et à l'est par le vaste plateau de la Câline, qui forme à la fois le faite de la chaine principale et son versant nord-est, région hérissée de rochers granitiques, couverle de bocages, sillonnée en tous sens par de nombreuses vallées et qui occupe tout le vaste triangle granitique dont nous venons de donner la position géologique. Au nord-ouest, la Gàtine se prolonge dans la partie septentrionale du département de la Vendée par le Bocage avec son sol granitique , schisteux ou calcaire, et dont nous reparlerons tout à l'heure. Des versants de la Gàtine au nord et au sud-ouest, s'étendent au delà de la partie boisée, ce qu'on appelle la Plaine, qui, au nord, sous le nom de Plaine supérieure, s'étend d'Airvault à Saumur, et qui, au sud-ouest, forme la Plaine inférieure descendant de ce côté jusqu'au Marais. Celte dernière, qui occupe le versant sud et qui est généralement formée de calcaires, diffère essentiel lement du versant nord et de la Câline généralement granitique; aussi, bien que la plupart des terres du département des Deux-Sèvres soient grasses et riches, elles sont loin d'avoir toutes la même fertilité.
Avec la Plaine inférieure commence le bas Poitou, qui embrasse le sud du départe-
ment des Deux -Sèvres, et la majeure partie de celui de la Vendée, où il comprend surtout le Luçonnais et l'Olonnais. Là se trouvent ces marais que l'industrieuse persévérance des habitants a su conquérir sur l'Océan , ces dunes et ces sables qu'elle a su rendre fertiles, et qui font de tout ce pays l'une des parties les plus variées de la France.
Ainsi donc, au sud, les régions élevées, granitiques et schisteuses du Bocage et de la Gàtine. au centre, des plaines calcaires telles que la plaine centrale du bas Poitou, et la grande plaine qui s'étend depuis la Vendée jusqu'au delà du Lay , à l'ouest et an nord, des marais que des lisières de dunes séparent seules de l'Océan, tandis qu'au sud-est se rencontrent quelques vignobles, et que l'est se trouve en grande partie couvert de landes et de vastes bruyères, tel est le premier aspect que présente le Poitou.
11 est une autre subdivision de cette province, malheureusement trop célèbre et qui présente des caractères physiques tout particuliers , c'est celle de la Vendée.
Depuis les guerres civiles qui ont ensanglanté ce pays, on donne le nom de Vendée à toute la partie du Poitou située à l'ouest de la Sèvre niortaise, du Thouet et de la Sèvre nantaise jusqu'aux côtes de l'Océan, qui la bornent sur une étendue de 115 kilomètres environ. On estime sa superficie à 15,000 kilomètres carrés environ, dont ïVs de hauteurs boisées, ^ de plaines, jfr de marécages, ^ de dunes et { centième d'Iles.
Dans les départements actuels de la Vienne et des Deux-Sèvres , ce pays portail le nom particulier de Gàtine , et nous le connaissons déjà. Dans celui de la Vendée , il se subdivisait en Bocage au nord, Plaine au centre, Maraii au sud et à l'ouest sur le littoral.
«i La charpente du Bocage se compose des hauteurs de Gàtine dont le faite n'est nullement marqué , et qui présente différents étages de collines sillonnées par des ravins et des vallées étroites, aux eaux rares et bourbeuses; c'est une complication inextricable de landes, de ruisseaux, de hauteurs, de creux, de petites plaines, qui n'ont entre eux aucune connexion et où il semble qu'il n'y ait pas de plan de pente générale. Le pays est couvert d'arbres, et pourtant a peu de forêts; tous les champs, les prairies, les habitations, sont entourés de haies vives qui s'appuient sur des arbres très-serrés et plantés très-irrégulièrement , et sont bordés de fossés profonds; ce sont de véritables redoutes. Ainsi des chemins creusés entre deux haies et deux talus à pic, étroits, profonds, ombragés, bourbeux ou raboteux selon la saison, servant souvent de lit à un ruisseau, impraticables aux piétons et aux voitures, et formant une multitude de carrefours; peu de grandes roules, point de grandes villes, des bourgs peu peuplés , des villages épars, des propriétés très-di visées, des maisons cachées par des haies et des sentiers qui se ressemblent tous , des habitants aux mœurs pures et farouches ; voilà ce qui fait de ce pays un véritable labyrinthe propre à la guerre civile *. »
Quant à la Plaine, c'est une grande langue de terre conquise sur la mer, dont la couche superficielle repose sur une glaise peu profonde qui recouvre des galets et des roches calcaires. On y récolte des céréales, des légumes, le trèfle, la luzerne, etc. Celte partie de la Vendée n'est devenue cultivable que depuis le treizième siècle,
• GtO'jraphit militaire, poge 132.
où onl été entrepris les premiers canaux de dessèchement. Les travaux faits sous Henri IV, Louis XIV et de nos jours, ont rendu à l'agriculture plus de 40,000 hectares. On trouve aujourd'hui sur ces terrains jadis inondés, des villages, àcs fermes, des routes, etc.
On distingue le Marais en occidental et méridional, et d'après sa nature en marais desséchés, mouillés ou salants. Les terres du Marais occidental , surtout celles des lais de mer, sont les meilleures du Poitou; le lim >n, qui atteint une grande profondeur, est meuble et mélangé de sable ; jamais on n'y met d'engrais, et cependant les récoltes sont magnifiques en orge, froment et fèves, etc. Les lais de mer les plus féconds sont ceux de Beauvoir, Bouin et Bourgneuf, que protègent des chaussées : le reste se couvre d une riche verdure dès que l'eau se retire, et fournit des fourrages excellents qui nourrissent un bétail robuste et des chevaux vigoureux. Le Marais méridional a pour base une glaise bleuâtre sur laquelle s'étend un limon compacte et gras qui ne cède qu'a la force de huit ou dix bœufs. La plus grande partie de cette contrée est consacrée à la nourriture du bétail ; le reste est ensemencé en froment, orge, escurgeon ou fèves. On y fait aussi du lin et du chanvre. Ces terres cultivées sont ce qu'on appelle les marais desséchés.
Quant aux marais mouillés, situés en dehors des ceintures d'endiguage, ils sont inondés dans les parties les plus élevées depuis la mi-oclobre jusqu'à la mi-juin. Les parties basses ne se dessèchent jamais entièrement et ne s'exploitent qu'à l'aide de coupures, de canaux sans nombre, tous reliés entre eux et séparés par des terrées de quelques mètres de large, rechargées du produit de l'excavation. Ces terrées ne sont pas perdues pour la culture : les saules, les frênes, les aubiers, les peupliers et même les chênes y poussent très-bien. On y trouve aussi de belles rosclières, qui fournis ent à l'habitant les moyens de se chauffer, lui , et son four à pain , de fasciner les digues, de couvrir son toit. Ià habitent, en eflet, dans des cabanes de roseaux ou même sur leurs yoles , des huiliers qui semblent vivre sur l'eau plutôt que sur la terre.
Le Mr«~ais offre une troisième variété, le marais salant. Des étiers ou canaux de & mètres de largeur sur 2 de profondeur, coupent celle partie du sol et reçoivent les eaux de la mer à la marée montante; des écluses ménagées dans lesétiers permettent de retenir ou de lâcher les eaux à volonté; de larges digues circonscrivent les aires où l'eau est recueillie pour déposer le sel qu'elle contient. On compte environ 75 mille aires salines. Les bossis ou digues sont assez élevés pour être livrés au labour et servir de chaussées de passage.
Terminons cet aperçu par quelques mots sur les côtes du Poitou. Elles s'étendent depuis la baie de Bourgneuf jusqu'à l'embouchure de la Sèvre niortaise , sont couv ertes de maraif , de dunes, de rochers calcaires, et découpées par des anses nombreuses où se sont créés quelques petits ports, grâce au refoulement des sables par les eaux des rivières. On y remarque quelques lies dont les principales sont celles de Bouin attenant au continent, de Xoirmoutiers et d'I'eu en pleine mer; nous les décrirons plus loin. Le long de la côte s'étend une première zone de sables fins, gris ou roux, mélanges de graviers et de quelques coquilles ; puis vient une seconde zone beaucoup plus large composée d'une vase molle et de sables vaseux de couleur grise, et enfin une troisitinc de sables gris entremêlés de coquilles : ces trois bandes, qui ne sont point parti-
culières aux seules côtes du Poitou , sont le résultat des dépôts des rivières qui se jettent dans l'océan Atlantique.
Le Poitou no possède pas de grandes richesses minérales. Cependant on y trouvo quelques mines de fer qui sont presque à fleur de terre, une mine de plomb sulfuré à Saint-Hilaire de Talmont, une mine d'antimoine à Poussaugc, une mine de houille à Vouvant, des carrières de pierre meulière et de pierre de taille, de granit, d'ardoise, de marne, etc. Les marais salants donnent 50 milliers de kilogr. de sel. Il y a des eaux minérales nombreuses , mais peu fréquentées.
Le climat varie avec les localités : au centre il est assez doux , dans le Marais malsain , dans le Bocage humide.
§ V. Histoire, population, moeurs, etc. — Le Poitou doit son nom à ses anciens habitants, les Pictonet ou Pictavi, tribus de race gallique, qui se soumirent facilement aux Romains. Ainsi que nous l'avons déjà dit pour la Saintonge et VAngoumois, ce pays, qui ne présente ni dans ses rivières ni dans ses montagnes aucun grand obstacle aux invasions qui vont de la Loire à la Garonne , fut naturellement le chemin des barbares vers la Gaule méridionale. Aussi , quand il eut été conquis par les Visigoths, devint-il le théâtre de la guerre entre ceux-ci et les Francs. La bataille de Vouillé ou de Voulou (car l'on ignore le lieu précis où elle se livra) ouvrit le midi de la Gaule à ces nouveaux conquérants. Le Poitou se trouva alors compris dans leur empire , mais ce fut contre le gré de ses habitants, Romains de mœurs et de langaec, et qu'on trouve deux siècles après faisant partie du grand État d'Aquitaine, indépendant sous le duc ou roi Eudes, et ennemi des Francs. Le pays redevint alors , mais en sens inverse, le grand chemin d'une nouvelle invasion, celle des Arabes; et sous les murs de Poitiers se livra la bataille qui sauva la chrétienté de la conquête musulmane. L'Aquitaine fut en même temps conquise par les Francs ; mais elle Qt une résistance terrible pendant huit ans; les principales villes du Poitou furent incendiées, ses principaux seigneurs massacrés, et ce ne fut qu'après la mort du duc Walffer que le pays fut soumis. Charlemagne le comprit dans le royaume d'Aquitaine , qu'il donna à son fds. et Poitiers fut la deuxième capitale de ce royaume. Dans le démembrement de l'empire des Francs, le Poitou eut ses comtes, vassaux des ducs d'Aquitaine, et sous ces comtes des viguiers, qui sont l'origine des grandes seigneuries poitevines, des vicomtés de Melle, de Thouars, de Parthenay, des sireries de Lusignan, de Talmont, de Mauléon, etc.
Le Poitou continua à se montrer hostile à la domination des rois de Paris; mais quand il eut passé , avec toute l'Aquitaine , dans la possession des Plantagenets par le mariage d'Aliénor avec Henri 11 , il résista à ce roi, qui lui semblait menaçant pour ses libertés et son indépendance, et il fit alliance contre lui avec les rois de Paris. Henri II et ses fils furent successivement vaincus; mais quand les Français furent devenus les maîtres du pays, les Poitevins tournèrent leurs armes contre eux. Louis IX ayant donné le Poitou à l'un de ses frères, Alphonse, tous les seigneurs firent une ligue contre lui, et il lui fallut gagner les batailles de Taillebourg et de Saintes pour les contraindre à la soumission. A la mort d'Alphonse, h pays fut réuni à la couronne.
Sous les Valois , la lutte recommença entre le nord et le midi , sous la forme d'une
querelle cnlre les rois d'Angleterre el de France : le Poitou en fut encore le théâtre, et c'est là que se livra la désastreuse bataille de Maupertuis ou de Poitiers. Il retomba, par le traité de Brétigny, sous la domination des rois anglais; il en fut tiré par la sagesse de Charles V et l'épée de du Guesclin. A dater de cette époque, il n'a plus cessé d'être français, mais en gardant ses idées d'isolement et son amour de l'indépendance, un grand attachement à ses seigneurs locaux et à ses vieilles mœurs.
Dans les guerres religieuses, la partie méridionale et voisine de la Rochelle embrassa le protestantisme ; l'autre partie resta catholique et soumise à l'autorité royale ; alors le Poitou reprit sa destinée naturelle de champ de bataille entre le nord et le midi , et c'est là que se livrèrent les batailles de Moncontour et de Rié. Il rentra ensuite dans une obscurité profonde, et l'histoire aurait à peine à prononcer son nom si l'on ne voyait sortir tout à coup de cette terre de transition entre le nord et le midi de la France , le plus grand homme d État de l'ancienne monarchie , Richelieu * , et la femme supérieure des temps modernes , madame de Maintenon.
I^a révolution arriva, et de ce pays, qui, depuis deux siècles, avait paru si calme , si ignoré, si enfoncé en lui-môme, sortirent l'opposition la plus terrible aux idée* de 1789, et une insurrection qui a fait son malheur et sa gloire. Cette révolution avait dans le Poitou blessé toutes les affections et les croyances, détruit tout le repos et le bonheur des habitants. Le régime féodal était là patriarcal et bienfaisant : les seigneurs, peu riches, simples, vertueux, vivaient en paix et en amis avec leurs vassaux ; les prêtres étaient ignorants, mais pieux et irréprochables. On sait quelle lutte terrible s'engagea alors entre les paysans de la Vendée et les armées de la Convention , que de batailles furent livrées, que de dévastations, d'horreurs, de crimes furent commis dans celte lutte de géants. La révolution fut victorieuse , mais le pays avait été incendié, ravagé, les villages détruits, la population exterminée , et après soixante ans de paix , les traces de cette horrible guerre existent encore.
La Vendée , qui s'était si héroïquement dévouée à la cause des Bourbons , vit leur retour avec enthousiasme; elle les vit tomber de nouveau en 1815 et en 1830 avec douleur. Alors des essais de guerre civile furent encore faits, mais sans résultat, et ils témoignèrent , non que la population avait changé de sentiments, mais qu'elle ne peut plus être, malgré sa position géographique el son attachement au passé, un champ de bataille ni entre le nord et le midi de la France ni entre l'ancien el le nouveau régime.
La population du Poitou est une des plus ignorantes, des plus engourdies de la France, mais aussi une des plus sensées, des plus morales, des plus dignes de respect. lr paysan du Bocage, petit de taillo, robuste de corps, est simple, bon, hospitalier, modeste, soumis, sobre, patient, résigné, brave, dur à la fatigue, indifférent à la peine. Son intelligence n'est ni ouverte ni étendue, mais elle est sûre et solide. Il aime passionnément le foyer domestique, son village, la vue de son église, ses vieilles habitudes, ses vieilles croyances, et il l'a héroïquement prouvé. Le paysan de la Plaine, plus grand de taille, plus vif de mouvements, a une intelligence plus active; il est plus ouvert, plus gai, mais ses vertus sont moins «olides, ses mœurs inoins pures. L'habitant du Marais , faible el maladif, est actif, laborieux, entreprenant, mais dispuieur, vantard, àpre au çain, aimant la table et les plaisirs.
' Richelieu est né a Paris, mais d'une famille (toilevlne.
§ VI. Département de la Vienne. — Statistique, acricclture, commerce, etc.— Ce déparlement a été formé de partie des provinces du Poitou (548,309 hect.), Touraine (102,524 hect.) et Berry (30,250 hect.). Sa superficie est de 680,083 hectares, dont 215,000 de terres labourables, 130,000 de prés, 9,000 de vignes, 30,000 de bois, 86,000 de landes, patis, etc. Sa population était, en 1801, de 240,990 habitants; en 1821, de 260,697 habitants; en 1841., de 294,250 habitants; elle est aujourd'hui de 317,305 habitants.
11 a pour chef-lieu Poitiers, et forme cinq arrondissements ainsi subdivisés :
is, 82 communes,
110,640 habitants.
de ChAtelleraut. .