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CHAPITRE SIXIÈME

LANGUEDOC. — DÉPARTEMENTS DE LA UAUTE-GARONKE , DU TARN, DE L'AUDE , DE L'HÉRAULT, DU GARD, DE LA LOZÈRE, DE l'aRDÈCHE ET DE LA HAUTE-LOIRE.

§ I*. Aperçu général. — Subdivisions. — Le nom de cette province vient de l'ancienne langue provençale , qu'on appelait langue d'oc par opposition à la langue d'oïl ou d'oui, et qui était parlée dans tout le midi de la France ; comme le pays dénomrct tome iu 5

aujourd'hui Ungutdoe était le centre de cette langue au treizième siècle, le nom lui en resta vulgairement, mais il ne fut employé officiellement que dans le seizième siècle ; auparavant ce pays s'était nommé Golhie et Septimanic. Le mot Languedoc se traduit poétiquement et dans la langue latine par celui d'Occitanu.

C'est un pays bien remarquable dans l'histoire et la géographie de France, car il fut pendant des siècles, avec l'Aquitaine, le centre de l'opposition des provinces du midi à la domination de Paris , a la centralisation et à l'unité françaises; ce n'est qu'au prix des plus sanglantes guerres qu'il a été empêché politiquement et religieusement de former un État à part et qu'il a été rattaché à la France; il garde môme encore des traces de cetto position hostile et indépendante avec des débris de sa langue , de ses croyances et de ses idées. La nature l'a du reste admirablement disposé pour ce rôle , car il se compose presque uniquement d'une chaîne de montagnes distincte et de tous ses épanouissements et nervures , de sorte que s'il n'est pas limité , il est au moins aggloméré très-naturellement. Il est compris physiquement dans les bassins do la Garonne, du Rhône et de la Loire et avait pour limites : les Corbières orientales, qui le séparaient du Roussillon ; la Méditerranée , depuis l'étang de Salces jusqu'à l'embouchure occidentale du Rhône; le Rhône , depuis cette embouchure jusqu'à la hauteur du mont Pilât-, tout cela appartenait au revers méditerranéen des Cévennes; vers le mont Pilât , la limite passant sur le revers océanique de ces mêmes montagnes, le Languedoc embrassait tout le massif montagneux dont le Gerbier des Joncs et le mont Lozère sont les points culminants et par conséquent les hauts bassins de la Loire , de l'Allier, du Lot et du Tarn ; puis il reprenait pour limite la crête môme des Cévcnnes en laissant celle partie du versant océanique à la Guyenne; enfin il quittait cette crête pour embrasser la partie du bassin de la Garonne comprise à peu près entre le cours de l'Aveyron, au nord, et celui de la Garonne, depuis Cazères, à l'ouest. Le Languedoc figurait donc d'abord un triangle rectangle dont le Rhône formait la hauteur pendant 170 kilomètres, la Méditerranée la base pendant 130 kilomètres, et les Cévennes l'hypoténuse pendant 260 kilomètres; c'était là le versant méditerranéen; puis deux demi-cercles, l'un assez étroit et tout montagneux au nord, l'autre très-large et presque tout de plaines au midi , lesquels s'appuyaient sur la ligne des Cévennes ; c'était là le versant de l'Océan. Les peuples d'un pays ainsi naturellement constitué avaient action sur les deux grands bassins du Rhône et de la Garonne et appelaient ainsi d'une part la Provence et le Dauphiné , d'autre part la Gascogne , la Guyenne et l'Auvergne à partager leurs destinées; de plus par le haut bassin de la Loire ou du sommet du plateau central , ils observaient les peuples du Nord ; enfin ils s'appuyaient sur la Méditerranée. Mais ce pays n'était fermé d'aucun côté, et l'invasion y arrivait sans obstacle soit par le vaste bassin de la Garonne, soit par la profonde vallée du Rhône. Une telle situation géographique explique le rôle de premier ordre qu'il a joué dans notre histoire , comment dans les temps anciens il a pu avoir de si grandes ambitions, comment ces ambitions ont dû échouer, comment enfin, dans les temps plus modernes , il s'est trouvé avoir part à toutes les guerres civiles de la France.

On partageait le tanguedoc en trois parties naturellement distinctes et subdivisées en un grand nombre de pays : 1" le haut Languedoc, compris dans le bassin de la (iaronne et partagé en Touloutain, aujourd'hui département de la Haute-Garonne,

LANGLEDOC.

Albigeois et iMuraguais, aujourd'hui département du Tarn, et marquisat de Mirepoix, partie du département de l'Ariége. C'est la partie la plus plane, la plus fertile, la mieux peuplée, celle où se trouvent les populations les plus industrieuses et l'un des groupes manufacturiers de la province. 2° Le bas Languedoc, compris dans les bassins de l'Aude , de l'Hérault et du Gard ; il se partageait en pays de Sault (Escouloubre) , Razez (Limoux), Carcastez (Carcassonne), Xarbonnais et Terminez (Termes, sur l'Orbieu) , qui forment aujourd'hui le département de l'Aude; Agadcz (Agdc) , vicomtés de liéziers et de Ladite, et comté de Montpellier, aujourd'hui département de l'Hérault; Nemosez (Nismes) et liégeois (Uzès), aujourd'hui déparlement du Gard. C'est un pays de montagnes et de plaines basses, fertile, peuplé, celui où se trouvent les villes de commerce , et les autres groupes manufacturiers de la province. 3° Les Cévennes, pays compris dans le bassin de l'Ardèche et les hauts bassins de la Loire, de l'Allier, du Lot et du Tarn ; on le partageait en l ivarais (Viviers), aujourd'hui département de l'Ardèche; en Velay (le Puy), aujourd'hui département de la Haute- Loire, et en Gévaudan (Mendc) , aujourd'hui département de la Lozère; c'est un pays entièrement montagneux, infertile, pauvre et mal peuplé.

La superficie du Languedoc était, suivant Vauban, de 1,500 lieues carrées; suivant Necker, de 2,140 lieues carrées; celle des huit départements formés du Languedoc et de quelques annexes prises aux provinces voisines est de 4, 567, 7^5 hectares. La population était, suivant d'Expilly, de 1,566,000 ames; suivant Necker, de 1.700.C00; suivant un mémoire des états de Languedoc, de 1,800,000; aujourd'hui celle des huit départements est de 2,766.888 habitants.

§ II. OnocnAMUE. — La charpente orographique du Languedoc est formée par les Corbières occidentales et les Cévennes jusqu'au mont Pilât; nous avons décrit les Corbières occidentales dans le comté de Foix , nous allons décrire les Cévennes.

Les Corbières occidentales se terminent par une arête étroite de 20 à 25 kilomètres de longueur, nommée collines de Saint-Félix, qui court entre Castelnaudary et Sorrèze , et sert de transition entre le système des Pyrénées et celui des Alpes; c'est dans cette arête que se trouve le col de A'aurouze (180 m.), point de partage du canal du Midi. Là, entre les sources du Frcsquel, affluent de l'Aude, et du Sor, sous-affluent du Tarn, commencent les Montagnes noires. Ce sont d'abord des collines basses, aplaties, stériles, monotones, dans lesquelles le granit se cache sous une couche de terre où végètent les chênes et les genêts. Dans cette première partio des Cévennes se trouvent les sources nombreuses alimentées par de belles fontaines qui remplissent les bassins de Saint-Ferréol et de Lampy, réservoir du canal du Midi. Les Montagnes noires se prolongent du S.-E. au N.-O. pendant 60 kilomètres jusqu'aux sources du Jaur, affluent de l'Orb. Les principales routes qui les traversent sont celles de Castres à Carcassonne par Mazamet, et à Béziers par Mazamet et Saint-Pons. Leur élévation ordinaire est de 5 à 600 mètres; mais elles ont des sommités, le Montalet et le pic de Moire, qui atteignent 1,400 mètres; les contre-forts qui s'en détachent à l'E. et à 10. ne se composent que de fortes collines.

Des sources du Jaur aux sources de l'Agout, la chaîne prend le nom de monts de l'Etpinous pendant 40 kilomètres. Elle présente à peu près les mêmes caractères que les Montagnes noires, et s'élève à une hauteur moyenne de 1,100 mètres; elle

SG

n'est traversée par aucune route importante ; ses contre-forts sont mieux marqués : le plus élevé est celui des monts de la Caune, qui part des sources de l'Agout cl court entre celte rivière et l'Adou. Nous en avons déjà parlé dans la description de la Guyenne.

Des sources de l'Agout aux sources de l'Orb, la chaîne prend le nom de monts de l'Orb, parce qu'elle est côtoyée au midi par la rivière de l'Orb; et elle conserve cette dénomination pendant 25 kilomètres. Elle reçoit ensuite celle de monts Garrigues pendant 50 kilomètres jusqu'au mont Laigonat. Celte partie des Cévennes méridionales est plus âpre , plus contournée et aussi élevée que les précédentes. Deux routes la traversent, qui partent de Milhau et se dirigent, la première par Rhodez sur Béziers ou Montpellier, la deuxième par le Vigan sur Montpellier ou Nîmes. Des contre-forts nombreux se détachent des monts Garrigues; ceux de l'ouest appartiennent aux plateaux des Causses, que nous avons décrits dans la Guyenne ; ceux de l'est sont plus âpres , sillonnés de vallées profondes et sont surtout remarquables par les villes industrielles qu'ils renferment, Saint-Pons, Bédarrieux, Lodève, etc. Le plus important est ï'Escandorgve, chaîne volcanique qui court entre l'Orb et l'Hérault, et dont le point culminant atteint 667 mètres.

Au mont Laigonat, vers les sources de l'Hérault, commencent les monts du Gévaudan, qui s'étendent pendant environ 50 kilomètres jusqu'au massif de la Lozère; leur hauteur moyenne est de 1,400 mètres; le bois des Armes, où naît le Tarn, est à 770 mètres d'élévation et le mont tolère s'élève jusqu'à 1,718 mètres dans le pic Crucinas. Les monts du Gévaudan jettent à l'ouest des contre-forts qui appartiennent aux plateaux des Causses et à l'est des contre-forts courts et épais qui courent entre l'Hérault, le Vidourle, le Gardon, etc. Celui qui s'étend entre l'Hérault et le Vidourle atteint, dans la montagne de Sumène, environ 1,200 mètres, et il descend par des hauteurs volcanisées jusque dans le voisinage d'Agde. Les monts du Gévaudan sont principalement traversés par deux routes qui partent de Mende et comprennent entre elles le massif de la Lozère. La plus méridionale se dirige par Florac sur Anduze et Nimes; l'autre se réunit à Villefort à une route qui vient du Puy, et de là se dirige par Alais sur Nimes.

Du massif de la Lozère parlent deux chaînes : les monts de la Margeride, qui se dirigent au N.-O., et que nous décrirons dans l'Auvergne; les monts du Vivarais, qui se dirigent au N.-E. jusqu'au mont Pilât pendant environ 100 kilomètres. C'est la partie la plus âpre, la plus épaisse, la plus déchirée des Cévennes. Sa hauteur moyenne est d'environ 1,200 mètres; le Gerbier des Jones, source de la Loire, qui a 1,562 mètres, et le mont Mezenc, qui en a 1776, en sont les points culminants. Le mont Pilât, qui la termine, a 1,433 mètres. Les monts du Vivarais sont traversés pir les routes du Puy à Valence et du Puy à Vienne par Annonay. Leurs contreforts occidentaux sont très-importants : le plus remarquable est la chaîne des monis du Vclay, qui sépare la Loire de l'Allier et se prolonge par les monts du Forez pendant 200 kilomètres-, elle présente des sommités de 1 ,100 à 1 ,300 mètres. Les contreforts orientaux ont presque tous le même aspect que la chaîne principale et font de tout le pays compris entre les Cévennes et le Rhône jusqu'à Valence un pays* tout montagneux , très-difficile , très-tourmenté, favorable à la guerre civile et nui est célè-

bre dans l'histoire des seizième et dix-septième siècles. Les plus importants de ces contre-forts sont : !• celui qui se détache des monts Belvezet vers les sources de l'Allier et court entre le Chassezac et l'Aidèche sous le nom de monts de la Tanargue; sa hauteur moyenne est de 850 mètres, et son point culminant atteint 1,528 mètres; 2° celui qui part du mont Mezenc sous le nom de Boutières, entre les bassins do l'Eyrieux et de l'Ardèche, atteint 1,384 mètres et forme sur la rive droite de l'Ouvèzc, au sud de Privas , les montagnes des Coirons.

S III. Géologie. — Richesses minérales. — La majeure partie de la contrée dont nous venons de décrire la charpente se compose surtout de terrains primitifs ou cristallisés. Ce sont eux qui constituent tout le département de la Haute-Loire , exception faite des massifs volcaniques qui forment tout le haut bassin de la Loire supérieure. Ce sont eux aussi qui forment tout le nord du département de l'Ardèche jusqu'aux montagnes des Coirons, ainsi que le nord et l'est do la Lozère. La partie septentrionale de ce département, appelée la Montagne, est basaltique ou granitique; la partie orientale du même département, dite les Cévennes, consiste en terrains schisteux, qui forment aussi l'extrémité N.-O. de l'Hérault jusqu'au Vigan. Quant à la partie occidentale de la Lozère , elle est formée par les plateaux calcaires jurassiques des Caums, qui s'avancent à l'O. jusqu'au cours de la Sorgue vers Saint-Rome et Sainl- Aflrique, tandis que par-dessus les monts Garrigues, dont ils constituent la chaîne, ils se prolongent au S.-O. dans l'Hérault , où ils forment une zone entre le Vigan , Lodève et les Matelles jusqu'à la limite du Gard.

Aux terrains primitifs du nord de l'Ardèche succède le long du Rhône , au sud des Coirons, une zone de terrain crétacé inférieur formant tout le midi de l'ancien Vivarais, qui se prolonge au sud et alterne avec des terrains tertiaires moyens de manière à former ainsi presque tout le département du Gard jusqu'à Nîmes et jusqu'à la rive droite du Vistre. Ces terrains du sud de l'Ardèche et du nord du Gard se terminent à l'ouest, au delà des cours de l'Ardèche et du Gardon d'Alais, par une zone étroite de terrain jurassique qui forme la base orientale des Cévennes, et qui courant du N.-E. au S.-O. par PArgentière, Alais et Anduze, vient se fondre en ce point avec les Causses de l'Hérault.

Aux terrains jurassiques des Causses succèdent, au S.-O. sur la rive gauche du Tara et la rive droite de l'Hérault, entre Saint- Affrique et Saint-Sornin d'une part, Lodève et Bédarrieux d'autre part, deux petits massifs de trias séparés par une zone de terrains de transition, qui, par Brusque, Lacanne, Brassac et Mazamet au nord, par Olargues, Saint -Pons de Thomières et Caunes au sud, forment les pieds des deux versants de la montagne Noire et des collines de Saint-Félix. Quant au faite de ces dernières montagnes, il est formé do terrains primitifs qui, interrompus, comme nous l'avons vu, dans la Lozère par les Causses, reparaissent entre Saint- Sornin et Réalmont, constituent la partie est du déparlement du Tarn, s'épanouissent entre les cours du Tarn et de l'Aveyron et vont se relier au grand massif du plateau central.

Au sud-ouest et au sud des divers terrains dont nous venons d'indiquer la constitution court une zone étroite de terrains tertiaires moyens qui à l'est commence vers Montpellier, s'élargit entre Aniane et Frontignan, et qui allant à l'ouest eutre Aniane,

Saint-Chinian , Caunes et Monlolieu au nord, Béziers, Limoux et Chalabre au sud, vient s'épanouir dans le bassin de la Garonne entre les pieds des Pyrénées et ceux du plateau central. Ces terrains constituent ainsi toute la partie occidentale, c'est-à-dire la majeure partie du Tarn et presque toute la Haute-Garonne.

Ces terrains tertiaires moyens sont parsemés ça et là dans ce dernier département de lambeaux de terrains tertiaires supérieurs (alluvions anciennes) ou bien dans les vallées principales de terrains d'alluvions récentes qui , sur la Méditerranée , constituent les bassins inférieurs de l'Aude, de l'Orb.de l'Hérault, et qui, se prolongeant à l'est le long du canal des Étangs, vont constituer toute la partie méridionale du Gard et plus loin, en Provence, une grande partie des Bouches-du-Rhône.

Au sud de ces terrains tertiaires commence , dans ie département de l'Aude , la chaîne des Corbières orientales formées de terrains crétacés, d'abord supérieurs entre Limoux et Narbonne, puis inférieurs sur la crête vers la limite des Pyrénées-Orientales, et le long de la côte au sud de Narbonne. Entre ces terrains crétacés supérieurs et inférieurs s'étend , à l'est d'Aleth et au sud de la Grasse , une petite bande de terrains de transition.

Dans la Haute-Garonne , les terrains tertiaires moyens ne s'arrêtent qu'au pied des Pyrénées, constituées sur ce point, comme nous l'avons vu ailleurs, par des zones successives et étroites de terrains crétacés supérieurs, puis inférieurs, puis de terrains jurassiques au delà desquels on rencontre les terrains de transition qui forment toute cette partie de la crête.

Tous les terrains que nous venons de décrire renferment de grandes richesses minérales; la houille y est très-abondante dans le bassin de la Grand' Combe, près d'Aiais, qui donne 3 à h millions de quintaux métriques ; dans les bassins de Ragnols et du Vigan, donnant le premier 110,000 quintaux métriques, le second 60,000 quintaux métriques. Viennent ensuite les bassins houillère de Carmeaux, au nord d'Alby ; de Saint- Gervait, au nord-ouest de Bédarrieux; de Roujan, entre Pézénas et Bédarrieux; de la Caunctte, dans le bassin de la Cesse; de Durban, à l'ouest de Sigean ; du Tawh, près de Tuchan. Ces derniers ne donnent que des combustibles médiocres.

Le minerai de fer est aussi fort abondant; on l'exploite surtout dans l'Ardèche et le Gard. Son extraction est dans le premier de 450,000 quintaux métriques et de 160,000 dans le deuxième. Dans l'Aude, le Tarn et l'Hérault réunis, elle ne dépasse guère 30,000 quintaux métriques.

Le cuivre se rencontre çà et là sur divers points dans la Lozère , le Gard et l'Aude , mais la seule mine importante est celle de Lunat, près de la rive gauche de l'Orb.

Les mines de plomb et de plomb argentifère sont fréquentes ; elles suivent à peu près la crête des Cévennes et se trouvent presque partout dans ces montagnes, mais surtout dans les contre-forts voisins du Rhône. Pour la galène argentifère, une des mines les plus anciennes était celle de t'Argentière, exploitée au douzième siècle, mais abandonnée au quinzième, lors de la découverte de l'Amérique, surtout à cause du manque de communications; aujourd'hui la plus exploitée est celle de l'illtfort, près des sources du Chassezac. L'antimoine se rencontre dans toutes les montagnes entre le Puy et Alais sur 80 kilomètres de long ; le mercure à l'état natif se trouve dans la marne argileuse de Montpellier; à l'état de cinabre (mercure et soufre), à

Chalancha. Il y a aussi quelques raines de zinc (Gard), d'arsenic (Haute-Loire) et de manganèse (Aude). Citons encore pour mémoire l'or dont le Gard , l'Hérault et presque tous les cours d'eau issus des Cévennes roulent des paillettes.

On estime qu'il y a quarante-deux sources d'eaux minérales. Les bains les plus fréquentés sont ceux de Rennes, dans le déparlement de l'Aude , et de la Malou, dans l'Hérault; les premiers étaient connus des Romains, les deuxièmes le sont depuis le onzième siècle sans interruption. H faut ajouter ceux de Balarue, aux bords de l'étang de Thau, fréquentés du temps des Romains, puis abandonnés; ils ont été repris au milieu du seizième siècle.

§ IV. Cours d'eau. — Les cours d'eau du Languedoc appartiennent aux bassins de la Garonne, de la Loire et du Rhône.

I. Bassin de la Garonne. — La Garonne entre en France à Saint-Béat , dans le département de la Haute-Garonne , sur le territoire de l'ancien Comminges (voir la Gascogne) , mais elle ne pénètre dans le Languedoc proprement dit qu'à Cazères, où elle commence à être navigable ; elle coule alors dans un pays de larges plaines et n'est plus côtoyée que par les hauteurs à pentes douces de la rive droite, qui domine presque toujours la rive gauche. Le fleuve arrose ainsi Muret, Toulouse, et au-dessous de celte ville se joint au canal du Midi ; puis il tourne au nord-ouest , passe à Grenade, où il sort de la Haute-Garonne pour entrer dans le Tarn-et-Garonne , arrose Verdun, laisse à droite Castel-Sarrazin et, vers le confluent du Tarn, sort du Languedoc.

Ainsi que nous l'avons déjà dit en décrivant la partie inférieure de son cours dans la Guyenne , la Garonne n'est pas encaissée; ses rives, que bordent ordinairement de magnifiques peupliers, s'élèvent au plus de 4 mètres au-dessus de la surface habituelle des eaux ; souvent le fleuve coule sur une de ses rives au pied des coteaux , tandis que de l'autre côté s'étendent de vastes plaines où les eaux, qu'un talus faiblement élevé contient à peine , tendent à se répandre. La profondeur moyenne de la Garonne est de 2 mètres seulement, mais dans les grandes crues, son niveau s'élève facilement de 7 et 8 mètres, aussi les inondations sont-elles fréquentes et causent-elles de grands ravages. Entre Cazères et Toulouse, le fleuve peut porter des bateaux de 200 quintaux métriques, mais la baisse excessive des eaux pendant une partie de l'année interrompt souvent la navigalion, qui cesse d'ailleurs en arrivant à Toulouse, pour recommencer en aval seulement de la ville. La Garonne peut alors porter des bâtiments de 500 quintaux. Au-dessus de Toulouse, le commerce par eau est borné aux approvisionnements de la ville . mais au-dessous il prend des proportions beaucoup plus grandes, à cause du débouché du canal du Midi.

La vallée de la Garonne consiste principalement dans le Languedoc en une plaine d'une fertilité extrême, qui est formée de terrains de transport et d'alluvions, composés de couches argileuses, de sable siliceux et de marne, mélangés plus ou moins des autres terres; le lit du fleuve semble creusé dans un massif de terrain primitivement uni et légèrement incliné vers l'ouest et le sud-ouest; de telle sorte, que ce n'est pas exactement une plaine, mais une succession de petits plateaux suffisamment étendus pour qu'on puisse y faire une riche culture, qui sont séparés entre eux pa^ des lignes de hauteurs peu considérables, et plantés en vignes dont les produits sont généralement estimés.

La Garonne, dans le Languedoc, reçoit à gauche : i" la Louge, qui coule du S.-O. au N.-E. et finit à Muret ; 2° la Save (120 kilom.), qui naît au plateau de Lannemezao et qui se jette au-dessous et près de Grenade; 3» la Gimone (100 kilom.), qui n'appartient au Languedoc que par son confluent en face de Castel-Sarrazin. Elle reçoit à droite : 1» YAriége, qui entre dans le département de la Haute-Garonne un peu au-dessus de Cintegabelle, devient navigable à Auterivc et finit en aval de Muret, après 150 kilomètres de cours, dont 30 navigables ; 2° Le Lers ou Mers, qui descend des Corbière occidentales, arrose Villefranche de Lauraguais, Baziège, est longé ou coupé par le canal du Midi , passe à l'est de Toulouse , reçoit la Sausse et le Giron, et finit au-dessus de Grenade; cette rivière est flottable; son cours est d'environ 90 kilomètres; 3° Le Tarn descend du massif de la Lozère, traverse une vallée profonde entre les monts Garrigues et le plateau de Levezou ; il court d'abord de l'est à l'ouest dans le département de la Lozère, où il passe près de Florac, coule ensuite du nord-est au sudouest dans le département de l'Aveyron , où il arrose Milhau , traverse le département du Tarn de l'est à l'ouest, en passant à Alby, Gaillac, où il devient navigable , Rabaslens; puis il se redresse vers le nord-ouest, arrose Villemur, entre dans le département de Tarn-et-Garonne , s'infléchit à l'ouest et finit dans la Garonne après un cours de 300 kilomètres.

Le Tarn reçoit à gauche : 1" le Mimente, qui finit à Florac ; 2° la Jonte, qui descend du mont Laigonat, et passe à Meyrueis; 3" la Dourbie, qui finit à Milhau; h' le Dourdou, qui arrose Vabres et se grossit à droite de la Sorgue; 5" la Itance, qui passe à Saint-Semin; 6° YAgout, qui descend des monts de l'Orb, se grossit à droite du Gijon, qui passe à Lacaune, arrose Castres , reçoit à gauche le Lam, passant près de Mazamet, et le Sor, né aux coteaux de Saint-Félix, qui passe à Sorèze et près de Revel; puis il arrose Lavaur, se grossit à droite de VAdou et finit à Sainl-Sulpice, vers le coude inférieur du Tarn. — A droite, le Tarn ne reçoit qu'un affluent remarquable qui absorbe toutes les eaux de ce côté, c'est YAvegron, déjà décrit dans la Guyenne.

Le dernier affluent de droite de la Garonne dans le Languedoc est le Lot, qui naît dans le massif du mont Lozère , près du village de Bleymard , arrose Mende , reçoit à droite la Coulagnt, qui passe à Marvejols, enfin entre dans la Guyenne, où nous avons décrit le reste de son cours.

II. Bassin de la Loire. — La Loire naît dans les monts du Vivarais, au pied du Gerbier des Joncs, à 1,436 mètres de hauteur, entre les petits villages de Sagnes el de Sainte-Eulalie , dans le département de l'Ardèche ; elle coule d'abord du sud au nord dans une étroite et profonde vallée formée à l'est et à l'ouest par les montagnes sauvages du Vivarais et du Velay, montagnes entièrement volcanisées, où les eaut ont profondément sillonné leur lit; elle laisse ainsi à gauche, le Puy, sur la Borne, et à droite Monistrol, en face du confluent de YAnce, sort du département de la Haute-Loir i. (Languedoc) et continue son cours dans la province du Lyonnais, ou nous la retrouverons. Le principal de ses affluents est Y Allier, qui prend sa source au nord du mont Lozère, sur le revers oriental de la Margeride, près du village de Chaballier; il coule du sud au nord à travers la Haute-Loire, dans un bassin étroit, fertile et pittoresque, où il arrose Langogne, Langeac el Brioude; là il devient navigable, et tn aval de cette ville il quitte le Languedoc pour entrer dans l'Auvergne.

III. IJastin du Rhône. — Le Rhône, dont nous avons donné le cours complet dans la description générale de la région française (voir 1. 1", p. 568), sert de limite au Languedoc à l'est , depuis le Péage , village situé sur la rive gauche, entre Vienne et Saint- Vallier, jusqu'à Arles, c'est-à-dire pendant 170 kilomètres environ; dans tout ce parcours, il est large et impétueux ; cependant la pente et, avec elle, la rapidité de son cours diminuent à mesure qu'il descend vers le sud ; son lit est parsemé d'Iles, surtout entre les confluents de la Drôme et de la Durance; sa largeur est de 670 mètres à Valence, et de plus de 1,600 mètres à Arles.

Jusqu'à son confluent avec l'Ardèchc , le Rhône est bordé par les derniers contre-forts détachés des Cévennes , contre-forts àpres , décharnés , couverts à peine de quelques vignobles, et qui viennent, surtout dans le voisinage de Viviers, plonger jusque dans le fleuve; mais au delà du confluent de l'Ardèche, les Cévennes s'éloignent, et le Rhône n'est plus bordé que de plaines et de collines. 11 arrose sur sa rive droite Tournon, la Voulte, Viviers, Bourg-Saint- A ndéol , Pont-Saint-Esprit, Villeneuve-lès- Avignon et Beaucaire. A Arles (Bouches-du-Rhône) , il se partage en deux bras principaux : le bras du sud-ouest ou petit Rhône passe près de Saint-Gilles et de Peccais, en séparant le Languedoc de la Provence.

Les affluents de droite du Rhône dans le Languedoc ne sont que des torrents can navigables : 1° la Cance, passant à Annonay. — 2° Le Doux, qui se jette à Tournon. — 3° L'Èrieux, qui naît au Mezenc et finit en amont de la Voulte. — k° L'Ouvèze, qui laisse Privas un peu au nord.— 5° L'Ardèche, qui naît sur le revers oriental des Cévennes, au sud des sources de la Loire; elle se forme de la réunion d'une foule de ruisseaux et cascades qui tombent à pic du haut des montagnes, et dont l'aspect est trèspittoresque ; elle coule d'abord à l'est dans une vallée profondément creusée ; après avoir descendu, le long de la roche du Ray-Pic, une pente presque verticale, elle passe sous un pont naturel connu sous le nom de Pont-d'Arc , arrose Vais, tourne au sud, et laisse sur sa droite Aubenas. Au-dessous de cette ville, elle reçoit à droite la Ligne, petit torrent, au nord et près duquel est l'Argentière; la Heaume, qui passe à Joyeuse et finit à la Beaume ; le Chatseiae, qui naît au sud de l'Allier, au village de Belvezet, et reçoit lui-même la Borne. Au-dessous de Saint-Alban, l'Ardèche s'infléchit au sud-est et va se jeter dans le Rhône en amont de Pont -Saint -Esprit. — 6° La Cèze naît à l'est des sources du Tarn, dans le mont Lozère, coule avec de nombreuses sinuosités dans la direction générale du nord-ouest au sud-est, reçoit la Clausse à gauche et YAuzonet à droite, passe près de Bagnols et finit en face de Caderousse. — 7" Le Gard, formé de deux rivières du nom de Gardon. Le Gardon du nord passe près de la Grand' -Combe et à Alais ; son bassin renferme des mines de houille. Le Gardon du sud passe à Saint-André-de-Valborgne et à Anduze. Tous deux se grossissent d'une foule de ruisseaux et réunissent leurs eaux près de Rivalte pour former le Gard ; celui-ci coule alors vers l'est-sud-est , reçoit à gauche la Seynet, dont un petit affluent de gauche passe à Uzès, laisse à gauche Remoulins, près duquel est le jmnt du Gard, l'une des plus belles antiquités romaines, et finit à & kilomètres audessus de Beaucaire. A partir de Remoulins, les rives du Gard, jusqu'alors fort encaissé, s'abaissent, et la vallée s'élargit. La rivière, ainsi formée par la réunion de torrents qui descendent de montagnes élevées et roulent dans des gorges étroites et tome u. 6

1,2 LIVHE HUITIÈME.

resserrées, grossit considérablement lors de la fonle des neiges, et déborde dans la partie inférieure de son bassin , qu'elle couvre de sable et de gravier. Ces inondations sont souvent terribles. Pendant l'été, le Gard est fréquemment réduit h un mince ruisseau ; il roule de nombreuses paillettes d'or.

IV. Bassins directs de la Méditerranée. — 1» Le Vistre, petit cours d'eau qui naît dans des collines, sur la rive droite du Gard, reçoit par sa droite un ruisseau qui passe à Nîmes et vient finir un peu à l'ouest d'Aigues-Mortcs, dans le canal de la Radelle, après un cours de 50 kilomètres.

2* Le Vidourle naît un peu au nord de Sainl-IIippolyte , qu'il arrose , laisse Lunel sur sa droite , et finit aussi dans le canal de la Radellc , à l'est de l'étang de Mauguio.

3e Le Lez est un ruisseau qui passe à Montpellier; on l'a canalisé pendant 10 kilomètres, à partir de cette ville jusqu'au canal des Étangs, où il finit.

4° L'Hérault descend du Lespéron , dans les monts Garrigues, coule dans une vallée d'abord très-encaissée , a travers des masses de rochers entassés dans son lit et où il forme une suite de cascades; il passe à Ganges, Aniane, Pézénas, Saint-Thibery, Agile, où il est navigable, et dont il forme le port, et finit au-dessous de cette ville, après une navigation de 12 kilomètres. Le canal du Midi le traverse à Agoe pour aller se jeter dans l'étang de Thau. L'Hérault reçoit à droite un ruisseau qui arrose le Vigan, et YErgue, qui passe à Lodève. Son cours total est de 120 kilomètres.

5* L'Orb naît dans les monts de l'Orb, arrose Bédarrieux, reçoit le Jaur, qui passe à Saint-Pons, arrose Béziers, devient navigable à Sérignan et finit au-dessous de ce point.

6° VAude pénètre dans le Languedoc au nord de Quérigut, à sa sortie du Donnezan; elle y coule un instant de l'ouest à l'est; puis, à son confluent avec la Guette, torrent qui vient finir sur sa droite , elle se redresse au nord , et reçoit à gauche un ruisseau, le Mbenti; alors elle traverse le pays de Sault, plaine élevée, comprise eulre deux contre-forts parallèles des Corbières, qui n'a pas moins de 20 kilomètres de long sur k kilomètres de large. Elle coule ensuite à travers le Raies et le Carcasses, en arrosant Quillan, où sa vallée, dégagée des montagnes qui l'enserraient, commence à s'élargir; elle passe à Carcassonne, où elle tourne à l'est, coule alors tout à fait en plaine , est longée sur sa rive gauche par le canal du Midi , n'arrose plus aucun lieu remarquable , et finit dans l'étang de Fleury, au sud de celui de f '««dres. Son cours est de plus de 200 kilomètres, dont 23 hors du Languedoc; il n'est pas navigable. Ses principaux affluents sont: 1° à gauche, le Fresquel, qui passe entre Saint-Papoul et Castelnaudary, et longe le canal du Midi ; 2' à droite, YOrbieu, qui naît dans les Corbières orientales, laisse à droite Termes, arrose la Grasse et finit au nord de Narbonne.

S V. Canaux. — I. Canal du Midi ou du Languedoc. — Ce canal a été entrepris en 1667, par Riquet de Caraman, sur les plans d'Andréossy; il fut achevé en 1681 et mis complètement en activité en 1684; il avait coûté 16,279,508 livres, qui représenteraient à peu près aujourd'hui 33 millions. Il met en communication l'Océan et la Méditerranée par la Garonne et l'étang de Thau. 11 se joint à la Garonne à sa sortie de Toulouse, passe à Castelnaudary, Carcassonne, Capes ta ng, Béziers, Agde, et débouche un peu à l est de celte dernière ville dans l'étang de Thau; il parcourt ainsi

les départements de la Haute-Garonne, de l'Aude et de l'Hérault. Le bief de partage est à Naurouzc et a une étendue de mètres; le versant de l'Océan a une longueur de 51,690 mètres, et celui de la Méditerranée de 187.555 mètres; total 2M.092 mètres. Du côté de l'Océan, la pente est de 63-60, rachetée par 18 sas rfelusés; du côté de la Méditerranée, elle est de 189 mètres, rachetée par /|6 sas écluses. La largeur du canal est de 10 mètres au fond et de 20 mètres à la superficie ; sa profondeur est de 2 mètres; la largeur des sas éclusés est de 6 mètres, et leur longueur de 32 mètres. Outre tous ces ouvrages, il y a 72 ponts pour les routes et 55 aqueducs pour le passage des rivières. Le canal est alimenté par deux rigoles artificielles : la première , dite de la Montagne , est creusée sur les premières pentes méridionales des Montagnes Noires et a une longueur de 24,351 mètres. Elle prend les eaux de la rivière d'Alzan (affluent du Fresqucl) à 587 mètres au-dessus du bief de partage, reçoit dans son cours les rivières et ruisseaux qui coulent sur les pentes de la montagne , ainsi que les eaux du réservoir de Lampy, dont la capacité est de 2,300,000 mètres cubes , et les transmet dans le grand réservoir de Saint-Ferréol , lequel a une capacité de 6,950,000 mètres cubes, et est situé à 192 mètres au-dessus du bief de Naurouze. La seconde rigole, dite de la Plaine , découpe la base de la montagne Noire, reçoit, par les vallons du Sor et de YAudot, son affluent, toutes les eaux de la rigole de la Montagne et des réservoirs , et les fait arriver au bief de partage. Le développement de cette deuxième rigole est de Zi2.5/|0 mètres. Le canal du Midi transporto 75,000 tonnes de marchandises par an et produit un revenu de 1,600,000 francs.

Il aboutit dans l'étang de Thau, lequel est navigable jusqu'à Cette; de là, il se continue par le canal des Étangs, qui côtoie l'étang de Frontignan, traverse ceux de Vie ou de Maguclonne et de Pcrols, passe entre l'étang de Mauguio et la mer, et, sous le nom de canal de la Itadelle, arrive à Aigues-Morles. Il se prolonge ensuite par le canal de Beaucaire, qui termine à la ville de même nom la ligne d'eau qui joint la Garonne au Rhône. D'Aigues-Mortes part vers le sud un embranchement qui va aboutir à la mer et dont l'étendue est de 6,000 mètres : c'est la Grande-Iioubine , embouchure naturelle du Vistre et du Vidourle. Un autre embranchement , le canal de Dougidou, se dirige au sud-est et va rejoindre le Rhône-mort au nord de Peccais. Le rinal des Étangs a 28 kilomètres, et celui de Beaucaire 50 kilomètres.

Le canal du Midi donne encore une autre dérivation , c'est la Roubine de Narbonne, qui part du pont de la Cesse, coupe et absorbe l'Aude pendant un demi-kilomètre, longe l'étang de Sigean à l'est, et va finir à l'extrémité de cet étang, au port de la Nouvelle, après un développement de 37 kilomètres.

IL Canal latéral à la Garonne. — 11 a son origine près de Toulouse , dans le canal du Midi, et sa On à Castet, à 9 kilomètres de Langon; sa longueur est de 190 kilomètres; il traverse les quatre départements de Haute-Garonne, de Tarn-et-Garonne , de Lot-et-Garonne, de la Gironde; il a un prolongement d'un côté sur Montauban, d'autre côté sur Muret.

S VI. Côtes. — Les côtes du Languedoc ont un développement de 200 kilomètres environ; elles sont, comme celles du Roussillon, basses, sablonneuses, inabordables aux bâtiments de commerce et de guerre, bordées d'étangs maritimes qui sont séparés de la mer par une lisière de sables et qui ne communiquent avec elle que par des

ft£ LIVRK HUITIÈME.

ouvertures appelées grau*. Ces étangs étaient autrefois des rentrants de la mer, qui ont été isolés d'elle par les sables qui s'accumulent sans cesse sur la côte et qui sont produits et charriés en énormes quantités par le Rhône. Ces sables, repoussés par la mer, vont se répandre le long des côtes jusqu'à 40 lieues de ses embouchures. Ce sont eux qui ont englouti Maguelonne et fermé à Aigues-Mortes sa communication naturelle avec la mer1.

Les principaux de ces étangs sont : l8 dans le département de l'Aude, ceux de Uncale, de la Palme, de Sigean ou de Bages, et de Gruitsan; leur superûcie totale e.4 d'environ 9,767 hectares. Autour de l'étang salé de Bages se trouvent huit marais salants qui donnent annuellement 200,000 quintaux métriques de sel, et dont les plus importants sont ceux d'Etlarae et de Peyriac. 2" Dans le département de l'Hérault, l'étang de Capettang, à l'ouest de Béziers, celui de Vendre* , au nord et à l'embouchure de l'Aude; ceux de Thau, de Vie, de Maguelonne, de Peroli et de Mavguio. Les deux premiers étaient fort malsains à cause de leurs eaux stagnantes : aussi s'est-on occupé de les livrer le plus possible à la culture. Quant aux autres, ils communiquent avec la mer. Leur longueur totale est d'environ 60 kilomètres, et leur largeur varie de 1 à 5 kilomètres. Tout le littoral à l'est d'Agde est couvert de salines d'un grand produit. 3° Dans le département du Gard, les côtes sont peu développées et sont découpées par une foule d'étangs et de marais salants. On y remarque le Grau d'Qrgan, dénomination impropre appliquée à une espèce de Camargue ou grande lie déserte, de 50 kilomètres environ de circonférence, comprise entre le canal d'Aigues-Morles, le Rhône-mort et la Méditerranée, et parcourue par divers canaux tels que celui du Bougiduu ; on y trouve à l'est les salines de Peccais. Là sont les seules habitations de toute l'Ile, qui est couverte de marais, de roseaux, de broussailles, d'herbes salées et même de pins qui forment une vaste forêt au bord de la mer. On y élève de belles vaches noires, groupées par troupeaux de 500 têtes.

S VIL Histoire. — Dès le temps des Gaulois, le Languedoc formait une partie distincte de la Gaule et était habité par deux peuples de race ibérique : les l'olca Tectotages au sud-ouest, les Voice* Aricomice* au nord-est, séparés à peu près par la rivière de l'Hérault. Ils furent conquis par les Romains l'an 120 avant Jésus-Christ, el leur pays prit le nom de Gaule Xarbonnaùe, de Narbo Marliut , première colonie romaine et capitale de la Provincia Homana. Sous Auguste, la Gaule Narbonnaise fut l'une des quatre grandes divisions de la Gaule. Elle devint la Xarbonnaùe Première sous Gratien, lorsqu'on partagea la Gaule en 17 provinces. Le pays était alors complètement devenu romain par sa langue , ses mœurs, ses monuments, dont il reste de si glorieux débris : « c'était, disait Pline, moins une province que l'Italie même; » et clic garda les traces de cette civilisation jusqu'au treizième siècle. Dans la grande illusion des barbares, les Visigoths s'établirent dans la Narbonnaise et firent de Toulouse la capitale d'un royaume qui , outre l'Espagne , comprenait toute la Gaule méridio-

1 Les sables et les graviers du Rhône sont tous portés à l'ouest de son embouchure ; et pendant que le port de Marseille est le même que du temps des Phocéen* , tous les ports, depuis le Rhône jus»io« et y twmpri» Barcelone, sont sujets à cire ensable» Celle différente est produite, dil «mi, par " courant qui pénètre par le détroit de Gibraltar, va de l'ouest à l'est sur les cotes d'Afrique, reroit de nouvelles forces du cornant des Dardanelles et fait le tour de la Méditerranée en allant de l'est 4 l'ouest cui les cotes de la Turquie et de la Grèce.

nale. Mais, après la bataille de Vouglé (507), ils ne conservèrent en Gaule que le pays entre Pyrénées, Lot el Rhône, qu'on appela alors Gothie ou Septimanie ; et bientôt même les ravages des fils de Clovis réduisirent encore leur territoire au bas Languedoc (Nîmes, Béziers, Carcassonne, Narbonne, etc.). Quant au reste de l'ancienne Narbonnaise, il subit des partages perpétuels de la part des rois francs, et fit partie du duché d'Aquitaine, créé par Dagobert, avec Toulouse pour capitale. En 718, malgré les efforts du duc d'Aquitaine , les Arabes s'emparèrent de la Seplimanie. Charles Martel s'unit aux Aquitains pour les en chasser; mais le pays eut plus à souffrir de ses ravages que des armes des infidèles : il détruisit toutes ces villes romaines qui avaient conservé leur civilisation et leurs richesses, Nîmes, Béziers, Maguclonne, etc.; mais le bas Languedoc n'en resta pas moins aux Arabes, et le haut Languedoc aux ducs d'Aquitaine. En 752, les Goths de la Septimanie appelèrent les Francs, qui chassèrent les Arabes après une guerre de sept ans, dans laquelle Pépin le Bref s'empara d'Alby, de Narbonne et de Toulouse. Pour la première fois alors, la Septimanie fut entièrement comprise dans l'empire des Francs. Par un traité solennel , les habitants goths et romains conservèrent leurs seigneurs, leurs lois, leurs libertés. 11 ne s'établit même qu'un très-petit nombre de Francs dans le pays , qui garda son nom de Gothie jusqu'au treizième siècle. En 778, la Septimanie fut comprise dans le royaume d'Aquitaine, fondé par Charlemagne entre les Pyrénées, la Loire, le Rhône el les deux mers; mais elle eut son duc particulier, qui devint tout-puissant sous Louis le Débonnaire.

Dans le démembrement de l'empire de Charlemagne, et lorsque la féodalité s'établit, l'ancienne Narbonnaise forma deux grandes seigneuries dont les limites étaient fort incertaines et qui furent en proie à l'anarchie pendant deux siècles ; ce furent : 1° le duché ou marquisat de Gothie ou de Narbonne, qui comprenait le bas Languedoc subdivisé en divers comtés (Narbonne, Béziers, Agde, Lodôve, Maguelonne, Nîmes). Il eut sept ducs de diverses familles, donl le dernier fut Guillaume le Pieux, en 918, el tomba ensuite dans la maison de Toulouse , dont nous allons parler. 2° Le comté de Toulouse, qui comprenait le Toulousain, l'Albigeois, le comté d'Uzès et le Vivarais, avec la suzeraineté sur las comtés de Carcassonne. de Razez, de Foix. Ses comtes possédaient dans la Guyenne le Rouergue et le Quercy ; en 918, ils acquirent le duché de Gothie , en 1125 le marquisat de Provence, en 1196 l'Agénois (Guyenne) , en 1204 le Gévaudan. Ainsi, maîtres de tout le Languedoc, d'une partie de ia Guyenne et de la Provence, ils menaçaient de dominer presque toute la France méridionale. C'est le temps de grandeur du Languedoc. On compte douze de ces comtes depuis Raymond 1", en 852, jusqu'à Raymond VU, mort en 1249. Le pays était alors devenu totalement étranger à ia France par ses mœurs, sa civilisation, ses lois romaines, ses villes municipales, ses richesses, sa langue, dite provençale, qui était celle de toute la Gaule méridionale, et enfin par ses croyances religieuses : c'était le centre de l'hérésie albigeoise. On sait par quelles guerres effroyables et quels torrents de sang l'hérésie albigeoise , la nationalité et la langue occitaniennes , l'indépendance de la Gaule méridionale furent détruites ; à quel prix furent sauvées l'unité religieuse de la chrélienlé et l'unité nationale de la France ! Le traité de Paris, en 1229, donna au roi de France Louis IX tout le bas Languedoc, avec les Cévennes el la moitié du Toulousain; l'autre

moitié fut donnée en dot par Raymond VII à sa fille Jeanne, qui épousa Alphonse, comte de Poitiers, frère de Louis IX. Elle fut réunie à la couronne de France en 1271, par Philippe III le Hardi , héritier d'Alphonse et de Jeanne, morts en revenant de la croisade de Tunis. Le pays fut alors divisé en trois sénéchaussées : Beaucaire , Carcassonne et Toulouse.

Le Languedoc ne se releva de celte ruine que plus de trois siècles après , quand le nom , le gouvernement et l'administration de la France lui furent définitivement imposés ; mais l'esprit d'indépendance du midi s'y conserva très-énergique, et s'est manifesté à toutes les époques, quelquefois par des révoltes, souvent par des murmures, et toujours par de la répugnance pour les hommes et les idées du nord. Pendant ces trois siècles, l'histoire du Languedoc consiste presque uniquement dans sa lutte sourde contre les rois de Paris ou les gouverneurs qu'on lui donne , et dans les concessions faites continuellement à la province pour la rendre plus soumise. Ainsi, sous Philippe le Del , on lui ût une espèce d'existence particulière par l'institution régulière des élab généraux du Languedoc, dont l'origine première semble remonter aux plaids généraux des septième et huitième siècles; le même monarque établit aussi un parlement à Toulouse, et tous ses successeurs, à leur avènement, se firent un devoir de visiter cîUe province afin d'apaiser son mécontentement. Malgré cela, au début de la guerre des Anglais, elle se montra froide pour la défense du royaume, et ne manifesta d'ardeur pour la cause royale que lorsque Paris et le Nord se furent faits Bourguignons et ensuite Anglais. Au seizième siècle, ce pays presque entier, encore imbu de l'hérésie albigeoise , embrassa le calvinisme avec chaleur, et s'en fit un moyen de reprendre son indépendance. Peu s'en fallut qu'à la faveur des guerres civiles une famille puissante, celle de Montmorency, ne s'y créât une souveraineté indépendante. Apres l'apaisement des guerres religieuses, le Languedoc se révolta encore à la voix d'un Montmorency contre Louis XIII; il en fut puni par la perte de ses privilèges, de ses châteaux et la mort de ses plus illustres citoyens. Enfin, à la révocation de l'édit de Nantes , ce fut le dernier refuge du protestantisme , qui y soutint dans les Cévenne* une lutte acharnée , dont les traces et les souvenirs existent encore. Après cette dernière tourmente, le Languedoc cessa une résistance trop inégale, et ne songea plus qu'à réparer paisiblement ses maux. Il lui était resté deux grands biens, deux grands privilèges : ses municipalités, ses états. Ce fut par eux qu'il parvint à acquérir sous l'autorité royale une vie toute nouvelle, à prendre une prospérité qui, sous certains rapports, n'est pas aujourd'hui surpassée, à se donner par ses travaux publics une renommée toute particulière do magnificence; enfin à devenir la première de toutes les provinces, par son étendue, son commerce, sa situation, et plus encore par !•> avantages de sa coitstituliont.

Un mémoire présenté à Louis XVI par les états de Languedoc témoigne le bien que faisaient ces assemblées dans les provinces éloignées de Paris, la vie puissante et originale qu'avaient alors les pays du Midi , en même temps qu'il renferme des détails précieux sur la géographie du Languedoc. « 11 faut que les provinces éloignées de Paris, dit ce mémoire, trouvent en elles-mêmes leur force et leur appui, et les états osent assurer que, si le Languedoc n'avait pas trouvé l'un et l'autre dans leur administration,

• biftcours «le l'év«que d'AlaU au roi, en I7SC.

on n'y verrait que misère et découragement. 11 n'offre pas de ces plaines vastes et fertiies, dont les productions assurées laissent dormir en repos le laboureur; un tiers du Languedoc peut à peine produire des blés , et le reste consiste en montagnes souvent incultes , ou qui ne sont cultivées que par les soins de la plus industrieuse activité. Los récoltes sont variées, mais sujettes à tant d'accidcnLs que les espérances y sont continuellement frustrées. La beauté du climat est un danger par les orages qu'il entraine , le voisinage de la mer par les vents désastreux qu'il amène; les rivières môme, parce qu'elles sont presque toutes des torrents qui portent plutôt la ruine que la fécondité. Situé au milieu de deux provinces plus voisines de grands débouchés, asservi par sa position à Marseille et à Bordeaux, il aurait à peine, sans le canal du Midi, le moyen de se défaire de ses denrées, et sans les soins des états on n'y verrait ni manufactures ni commerce. Ce sont ces soins et les encouragements qui en ont été la suite qui ont procuré à cette province le commerce des draps du Levant enlevé à l'industrie anglaise. C'est par les mêmes encouragements que s'est élevée cette multitude de mûriers, dans un pays où il a fallu leur former un terrain , et porter à bras d'homme sur des pics escarpés le sol sur lequel ils doivent naître. Filature des laines et perfectionnement de toute espèce d'étoffes auxquelles elles sont propres; fdature do soie et machines pour enlever au Piémont la supériorité de son organsin , et à l'Angleterre celle de ses moires; fabrique et teinture du coton; exploitation des mines de charbon de terre, que la rareté du bois rend si précieux ; emploi de ce minéral aux verreries , aux eaux-de-vie , aux huiles, au devidage des soies, et bientôt à la fabrication du fer si les succès répondent aux premières espérances; découverte des mines de couperose; essais heureux sur l'acier, le cuivre, le plomb et l'argent môme, qui renouvellent des travaux abandonnés depuis les Romains; productions variées de toute espèce, de la nature et de l'art : tout ce qui fait la richesse d'une province et le bonheur des habitants a été l'objet de l'attention des états.

» Mais c'est peut-être dans les travaux publics qu'éclate le plus ce qu'on appelle la

magnificence du Languedoc » Et le mémoire énumérait les travaux faits pour les

ports, les canaux, les rivières, surtout pour les routes uniés, faciles et praticables de la province, routes où tout travail contraint est proscrit, où tout se fait à prix d'argent. « Quand Louis XIV voulut soumettre les Cévennes, il ordonna que des chemins y fussent établis, et l'époque de leur soumission fut aussi celle de leurs richesses. Les mœurs ne sont plus féroces dans les pays de montagnes que parce qu'il est plus difficile d'y pénétrer; et si l'on comparait les routes impraticables du Velay avec les routes plus faciles du Vivarais, on verrait combien ces communications influent sur les mœurs et la soumission aux lois; la culture de l'esprit et celle des terres semblent marcher de niveau; et, dans l'ordre moral comme dans l'ordre physique, la plus fatale politique serait celle qui , isolant les hommes faute de communications, aimerait mieux ne pas les imposer que de les policer et de les enrichir, »

Tel était le langage < telle était la situation du Languedoc quelques années avant 1789, et l'on comprend qu'il ait protesté énergiquement contre la révolution; il y perdait les restes de sa nationalité. Aussi un essai de Vendée fut-il fait dans les montagnes de la Lozère; Toulouse, Montpellier, Nîmes, furent troublées par des résistances armées; enfin le Languedoc, comme la Guyenne, devenu royaliste depuis que

Paris était révolutionnaire, fit opposition à tous les gouvernements de la révolution jusqu'en 1814 ; la restauration des Bourbons y fut saluée par des excès, et la réaction royaliste ensanglanta Toulouse, Nîmes et plusieurs autres villes.

Avant 1789, le Languedoc était divisé en deux généralités , celle de Toulouse et celle de Montpellier, et son gouvernement subdivisé en trois lieutenances générales : Toulouse , Montpellier et Carcassonne. Il y avait un parlement à Toulouse , une chambre des comptes et une cour des aides à Montpellier, des sénéchaussées à Béziers, Nîmes, Castelnaudary, etc. La province comptait 23 évechés, réduits aujourd'hui à 8.

§ VIII. Population. — Caractère, mœurs, etc. — Dans un pays aussi étendu et d'aspect aussi divers que le Languedoc , on ne doit pas s'attendre à trouver de l'uniformité dans le caractère des habitants; avec chaque climat, chaque exposition, varient les ressources locales, avec elles varient nécessairement les travaux et par suite les mœurs et les usages.

Si l'on prend pour type l'habitant des pays fertiles et bien peuplés , l'habitant de Toulouse ou de Nîmes, des rives du Tarn, des coteaux du Gard ou de l'Hérault, on trouve que le Languedocien a l'esprit juste, l'intelligence prompte, une égale aptitude aux arts, aux sciences, à l'industrie, au commerce. Il est vif, passionné, irritable; mais, malgré la chaleur de son sang, il a de la retenue et de la souplesse. Il est de taille moyenne , généralement bien fait , avec le teint bmn , l'œil vif, les cheveux noirs; son geste est fréquent et expressif, sa parole abondante et facile. Sa bravoure est éclatante , et il la pousse jusqu'à la témérité. Plein d'ardeur et d'enthousiasme, il est, comme ses voisins de la Gascogne, orgueilleux, vaniteux, bruyant, enciin à l'exagération , et pousse tout à l'extrême, son amour comme sa haine. Il est passionné pour les beaux -arts, principalement pour la musique; il aiint tous les spectacles , tous les exercices violents; il aime les danses animées, telles que la farandole et lou chibalé, la chasse, les exercices gymnastiques , la pèche, le jeu favori du mail, les luttes et les courses de taureaux.

Sa langue , débris de l'idiome qui a fleuri avec tant d'éclat au moyen âge, est pleine de variété; mais on,y retrouve toujours à peu près les mêmes qualités, la douceur, la grâce, la mignardise, qualités qui sont dues surtout à un fréquent emploi des diminutifs; elle manque de vigueur et de solidité; elle est essentiellement musicale et se prèle aux images dans lesquelles le Languedocien se complaît, images printanières , pastorales et champêtres , qui forment le fond des nombreuses poésies de ce pays, où chacun à peu près fait et chante ses vers. Enfin c'est une langue qui sent le sybaritisme et la mollesse, bien que le peuple qui la parle soit au contraire des plus vifs et des plus actifs.

Nous avons suffisamment dit dans le résumé historique quels étaient les idées et les sentiments politiques du Languedoc : ce sont d'ailleurs les sentiments et les idées de la Guyenne. Toulouse est regardée, non moins que Bordeaux, par les habitants du midi comme une capitale rivale de Paris; et dans les troubles politiques qui ont agite la France depuis soixante ans, plus d'un poète a rêvé, a chanté le rétablissement du royaume d'Occitanie. Quant à la religion , le Languedocien en pousse l'attachement jusqu'à la passion , jusqu'au fanatisme. Le pays est aujourd'hui encore divisé en deux cultes rivaux cl enneinisi et les excès de 1815 furent bien moins poli'iques que religieux.

LANGtTKDOC.

Après ces traits généraux, qui regardent principalement les habitants des \illes et des plaines, citons les nuances et les exceptions.

Dans les montagnes de la Haute-Garonne, on retrouve le type déjà connu et étudié des montagnards de la Gascogne : ce sont des hommes fins, spirituels, entreprenants, vifs , prompts à s'enflammer et difficiles à manier, surtout quand l'intérêt est en jeu. Ils ont le sentiment de la liberté, et semblent avoir généralement les qualités des peuples les plus civilisés, par exemple, un choix d'idées cl une politesse naturelle qui étonnent.

Le même type à peu près se retrouve chez les montagnards des Corbières: mais il change tout à fait dans la montagne Noire et les monts de l'Espinous. La race y est petite, rabougrie, maladive; les femmes y sont laides, les hommes apathiques, essentiellement casaniers, mais bons, francs et hospitaliers.

Si l'on continue à remonter vers le nord dans les Cévennes , on trouve encore un nouveau type : les mœurs sont agrestes, rudes, grossières; les habitants, attachés à leurs montagnes, à leur religion, à leurs habitudes invétérées, ne sortent point de leur pays et se refusent à toute innovation; ils sont généralement bons, simples, doux, soumis aux lois, affables et hospitaliers, respectueux et dévoués envers leurs parents; leur vie est sobre , laborieuse et pénible.

Le Languedoc, comme toutes les provinces méridionales, a donné à la France de nombreux hommes d'État: nous ne citerons que le cardinal Fleury, Camhon, Camhacérès, de Villèle, le maréchal Soult, M. Guizot, etc.

§ IX. Aspect général, Climat, Productions , etc. —Le Languedoc occupant les deux versants des Cévennes et touchant d'un côté aux Pyrénées , d'autre côté aux sources de la Loire et aux bouches du Rhône , doit présenter des aspects très-divers. Si l'on part de ta plage sablonneuse, couverte d'étangs, inhospitalière, de la Méditer* ranée , on rencontre d'abord des plaines ou des coteaux d'une terre rougeâtre et graveleuse, qui ne produisent que des vignobles et des oliviers; puis le sol se creuse de vallées profondes plantées de mûriers et d'arbres à fruits , présentant les plus beaux paysages et les pentes les plus fertiles, que ferment des cirques de rochers couronnés de bouquets de bois. Le sol continue à s'élever, à se hérisser de hauteurs calcaires ou volcaniques dont les pentes sont couvertes de forêts ou de pâturages; puis viennent des régions de landes incultes où l'on ne trouve que le buis ou de tristes arbustes, et derrière ces garrigws, apparaissent les sommets décharnés des Cévennes avec leurs cratères éteints mais béants, avec leurs flancs profondément déchirés et les formes fantastiques de leurs stalactites ou de leurs colonnes de basalte. De là , on descend sur les plateaux nus et déserts des Causses, avec leurs précieux pâturages; puis dans les belles vallées du Tarn , de l'Agout, de la Garonne , où l'on trouve les plus riches plaines , des coteaux ondulés couverts des cultures les plus variées , les sites les plus pittoresques, des habitations nombreuses, un air d'aisance et de prospérité; enfin, en remontant le cours de la Garonne, on atteint les parties les plus élevées, les plus sauvages des Pyrénées.

Le climat est aussi varié que les aspects : pendant que dans les montagnes de la Lozère , sur les flancs des monts d'Aubrac , dans les plateaux des Causses, on éprouve les froids les plus rigoureux, les plaines voisines de la Méditerranée sont brûlées tome a 7

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par un soleil sans nuages, el les pays du bassin de la Garonne jouissent de la température la plus douce et la plus égale.

La partie septentrionale du Languedoc est généralement pauvre, rude, sauvage; on y récolte peu de céréales, et des fruits en assez grande quantité; la vigne y est cullivée, le châtaignier donne de bons produits, les prairies sont abondantes, les bois peu étendus. Dans les parties voisines du Rhône el de la Méditerranée , la vigne est la richesse principale; elle vient partout, même dans les rochers, et donne les produits les plus renommés ; le mûrier y couvre les plus riches coteaux , el c'est de là que sort presque toute la soie de la France ; enfin l'olivier y réussit parfaitement ; mais les céréales y sont insuffisantes, ainsi que les prairies. Sur le versant de la Garonne les terres les plus fertiles bordent les cours d'eau : là , viennent en abondance les céréales, les fruits, le chanvre, le tabac; sur les terres plus élevées la vigne réussit bien et donne d'abondants produits; enfin sur les plateaux se trouvent des pâturages et des bouquets de bois. La partie la plus fertile , la mieux cultivée de tout ce versant est celle dont Toulouse est le centre ; c'est une des plus riches de la France; les environs de Toulouse, ceux de Bieux, le vallon de Montesquiou de Volvestre donnent les plus magnifiques récoltes, surtout en blés et en vins.

Le Languedoc présente dans la France méridionale une grande el intéressante singularité : c'est qu'au milieu des populations essentiellement agricoles du midi , de ces populations remuantes mais généralement paresseuses et répugnant au progrès industriel, il offre des groupes manufacturiers dont la formation est très-ancienne, qui ont des procédés particuliers de fabrication, des habitudes, des goûts tout différents de ceux que nous trouverons dans les agglomérations industrielles de la France du nord. Ces groupes manufacturiers se trouvent principalement sur les deux revers des Cévennes, au milieu des rochers, des torrents, des vignes, des oliviers de cette curieuse contrée : ce sont, d'un côté, les fabriques de draps du Tarn (Castres, Mazamet, etc.), d'un autre côté, celles de l'Hérault (Lodève, Bédarieux, etc.). 11 faut leur ajouter un troisième groupe qui occupe les coteaux et les plaines du Gard, c'est le groupe des soieries de Nîmes, d'Alais, du Vigan. Les ouvriers de ces fabriques sont généralement ignorants, pétulants, criards, peu énergiques, mais ils sont sobres, économes, prévoyants, attachés à leurs croyances; ils aiment la nature, le grand air, les chants cl les fêtes religieuses.

S X. Département de la Haute-Garonne. — Statistique, Agriculture, Commerce, etc. — Le département de la Haute-Garonne est formé en partie du haut Languedoc (Toulousan, 205,739 hect., et Lauraguais, 85,593 hect.), en partie de la la Gascogne (Comminges, 40,000 hect.; Nebouzan, 48,170 hect.; Quatre- Vallées, 45,000 hect.; Conserans, 40,000 hect.; Lomagne, 35,000 hect.). Sa superficie totale est de 618,558 hectares. Sa population était en 1831, de 427,856 habitants; en 1841, de 468,071 hab.; en 1851, de 480,794 habitants.

Ce département a pour chef-lieu Toulouse et forme 4 arrondissements ainsi répartis :

Arrondissement de Toulouse. . . 12 cantons, m communes, 175,671 habitants.

— deVillefranche. C — 93 — 65,03» —

— de Muret .... 10 — 126 — 92,988 —

— de St.-Gaudens . u — 232 — 147,096 —

î arrondissements 39 cantons, 579 communes, 408,071 habitants.

Il forme le diocèse de l'archevêché de Toulouse et Narbonne , et possède une église consistoriale calviniste à Calmont. Il renferme une cour d'appel à Toulouse, 4 tribunaux de première instance, 2 tribunaux de commerce à Toulouse et Saint-Gaudens ; une académie universitaire et un lycée à Toulouse; un collège à Saint-Gaudens, une école normale primaire, une école supérieure communale. 760 écoles élémentaires libres et /i60 écoles communales environ. Il fait partie de la 12* division militaire (Toulouse).

Ce département est très-montueux dans sa partie méridionale, qui s'appuie aux Pyrénées, mais il devient un pays de plaines et de collines dans sa partie septentrionale; il est à la fois agricole et manufacturier. C'est, comme nous venons de le dire, une des parties les plus fertiles, les plus riches de la France, surtout en grains et en vins. On estime qu'il renferme environ 350,000 hectares de terres cultivées, et 20,000 hectares de landes; les vignes et les forêts occupent le reste du département. La culture est très-avancée : sur les 2,500,000 hectolitres de céréales qu'on récolte chaque année, il y a plus de la moitié en froment dont on exporte une panie; le surplus consiste surtout en mais, avoine et seigle. Le produit annuel des vins est de 470,000 hectolitres. L'élève des bestiaux est très-considérable. On compte dans le département environ 30,000 chevaux, mulets et ânes, 110,000 bêtes de gros bétail, 76,000 porcs, 5,000 chèvres, 360,000 moutons qui transhument chaque année et passent six mois dans les montagnes.

Les richesses minérales y sont grandes, mais l'exploitation en est bornée par la difficulté des transports : elle consiste dans l'extraction des marbres, des fers et de la terre à porcelaine. Les eaux minérales de Bagnèru-de-Luehon el d'Encautse, ainsi que la source salée de Salie* , ont de la réputation.

L'industrie consiste principalement dans la fabrication de l'acier de cémentation et dans le travail du fer pour faux , limes , etc. Parmi les autres produits viennent les cuivres laminés, les cuirs, les maroquins , les fils de lin et coton , les tissus de coton , les creusets, la porcelaine , la faïence , qui forment la principale branche d'exportation avec les produit* du sol , les conserves de volailles , les pâtés de foies de canards, etc. On fait avec l'Espagne un commerce de transit très-actif.

Il y a dans le département 7 roules impériales sur 334 kilomètres, 30 routes départementales sur 766 kilom., 6,594 chemins vicinaux sur 12,857 kilom.

§ XI. DÉPARTEMENT DE LA HAUTE-GARONNE. — DESCRIPTION DES VILLES. — ToU-

l<me, ancienne capitale du Languedoc, est aujourd'hui le chef-lieu du déparlement et de la 12* division militaire, le siège d'un archevêché et d'une cour d'appel; elle a des tribunaux de première instance et de commerce, des facultés de droit, des sciences, des lettres, une école secondaire de médecine, un lycée, etc.; sa population csi de 93,380 habitants; sa distance de Paris de 700 kilomètres.

Elle est située sur la rive droite de la Garonne, dans une vaste et fertile plaine; sur la rive gauche se trouve le faubourg de Saint-Cyprien, qui date seulement de 1785. Ses rues sont étroites, tortueuses, mal pavées, et ne renferment que de vieilles maisons en briques, des places irrégulières, excepté celles du Capitole et do la Fayette ; on y trouve un grand nombre de fontaines publiques alimentées par un chateau-deau. Ses monuments principaux sont le Capitole ou l'hôtel de ville, la cathédrale, l'église Sainl-Sernin, l'hôtel de la préfecture, le poiit de la Garonne, etc. Ses

établissements publics sont le jardin des plantes, la bibliothèque, les casernes d'artillerie , l'arsenal , etc. Elle a de belles promenades.

Toulouse se distingue entre toutes les grandes villes du midi par ses établissements d'instruction, son goût pour les lettres et les arts, son amour des plaisirs. C'est aussi, quoique non fortifiée, une position militaire d'une grande importance, à mi-chemin de Bayonne et de Perpignan , au point de rencontre des principales routes des Pyrénées; aussi a-t-elle des établissements militaires importants, une fonderie de canous, des forges d'artillerie, une poudrerie, un arsenal, une école et une garnison d'artillerie , un gymnase militaire , etc. Mais ce n'en est pas moins une ville importante par son industrie, qui consiste principalement en filatures et fabriques de coton, de bonneterie, de grosse draperie, de couvertures de laine et de coton, de cuirs, de produits chimiques, amidon, bougies, etc. Sa manufacture de porcelaine verse annuellement pour 600,000 francs dans le commerce. Elle possède encore des brasseries, des teintureries, des forges, des fabriques d'acier et d'ouvrages de cuivre, une manufacture de tabac. Son commerce consiste en grains et farines pour las colonies , épiceries, huiles, savons, etc. Elle sert d'entrepôt pour les fers de l'Ariége et de l'Aveyron, fcnsi que pour le commerce entre la France et l'Espagne.

J'cst une des plus anciennes villes de France. Capitale des Volces Teclosages, elle fut l'alliée des Romains avant d'être comprise dans leur empire ; on la surnomma Palladium, à cause d'un temple de Minerve et de son amour poor les arts. Son premier évôque fut saint Sernin , martyr en 252. Les Visigoths en firent la capitale de leur royaume.- Après la bataille de Vouglé, elle eut des ducs de race tranque, devint la capitale d'un duché d'Aquitaine sous les Ois de Caribert, celle du royaume d'Aquitaine sous Charlemagne , enfin, dans le démembrement de l'empire franc, celle d'un comté dont nous avons dit les grandeurs et les désastres. On sait quelle énergie déployèrent les Toulousains contre les croisés du nord, commandés par Simon de Montfort, qui périt devant les murs de Toulouse (1218); quels sièges horribles, quelles dévastations et quels massacres elle subit dans la guerre des Albigeois. Quand , après la mort de son dernier comte , elle tomba dans le domaine des rois de France, elle se refit peu à peu de ses calamités. Philippe le fiel y établit un parlement et des états généraux pour tout le Languedoc. Malgré les visites que lui firent presque tous les rois, elle garda longtemps ses antipathies pour les hommes et la domination du nord. Au seizième siècle, elle se distingua par son ardeur catholique, imita Paris à la Saint-Barthélemy, prit parti contre Henri III , et ne se soumit à Henri IV que deux ans après son entrée dans la capitale Elle demeura royaliste pendant toute la Révolution , fut célèbre en 181& par la sanglante bataille livrée sous ses murs, où le maréchal Soult résista glorieusement à l'armée de Wellington. En 1815, elle prit part à la réaction royaliste , et le général Ramel y fut assassiné.

C'est la patrie de Gui de Faur, célèbre par ses quatrains; de Clémence Isaure, qui fonda les jeux Floraux ; du jurisconsulte Cujas, de Paul Riquet , du poète Baour-Lorinian, des ministres Bertrand de Molleville, J. deVillèle, de Monlbel, des généraux Dugua , Pelet , Roguet , etc.

VUUfranche de Lauraguais, chef-lieu d'arrondissement peuplé de 2,876 habitants, est agréablement située sur le Lers et près du canal du Midi , dans une plaine d'une

extrême fertilité ; elle est assez bien bâtie , et se compose presque uniquement d'une rue fort longue où passe la grande route de Toulouse à Carcassonne. On y fait un grand commerce de grains et de toiles de chanvre pour voiles.

L'origine de Villefranche remonte au treizième siècle seulement. Elle fut construite par ordre de Jeanne, comtesse de Toulouse, et d'Alphonse de Poitiers, son mari, sans doute sur l'emplacement de quelque ville détruite dans la guerre des Albigeois. Elle fut ravagée successivement par le prince Noir en 1355, et par les routiers en 1 ft39.

A 30 kilomètres nord-est, sur une hauteur d'où l'on a un coup d'oeil magnifique, s'élève la ville de Revel, qui dépendait jadis du comté de Lauraguais. C'est sous ses murs que Gaston Phœbus, comte de Foix , baUit, en 1381 , le duc de Berri, oncle de Charles VI , auquel il disputait le gouvernement du Languedoc. Cette ville tomba au pouvoir des calvinistes en 1577, et fut cédée à Henri IV, comme place de sûreté, par le traité de Nérac, en 1579. Revel a une population de 6,0.00 âmes environ. On y trouve quelques fabriques de lainages, bas, couvertures , et l'on y fait le commerce de grains.

.1/ure* , chef-lieu d'arrondissement, peuplé de 4,213 habitants, est une assez jolie ville, située au confluent de la Louge et de la Garonne , à une hauteur de 1 bk mètres. Elle a un beau pont suspendu sur le fleuve. Son industrie consiste dans la fabrication de draps grossiers et des distilleries d'eaux-de-vie. Cette ville appartient au pays appelé le bas Comminges, dont elle était la capitale. Elle est célèbre par le siège de 1213 qu'elle soutint contre Pierre d'Aragon, et par la bataille gagnée sous ses murs par Simon de MontforU

Sainl-Gaudens, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal de commerce et une population de 5,059 habitants, est située à quelque distance de la rive gauche de la Garonne, sur un plateau d'où la vue peut s'étendre par-dessus le fleuve, jusqu'aux montagnes en amphithéâtre qui ferment la vallée sur l'autre rive. Elle est remarquable par les débris de ses remparts, par son antique église, sa vieille halle et son hôtel de ville, qui témoignent de son ancienne origine et lui donnent un aspect sombre au milieu du riant paysage qui l'entoure. A côté de ces ruines du temps passé, on trouve quelques constructions récentes, le palais de justice , la halle neuve et de belles promenades. La rue principale, que traverse la grande route, est propre et spacieuse.

Sainl-Gaudens tire son nom d'un jeune enfant martyrisé par les Arabes. Les premiers évéques de Comminges y séjournèrent , et de tout temps elle fut une ville catholique. C'était la capitale du Nebouxan, petit pays qui appartint tantôt aux comtes de Comminges, tantôt aux comtes de Foix , et qui eut beaucoup à souffrir des guerres entre ces seigneurs. Néanmoins Saint-Gaudens , grâce à ses franchises municipales, acquit uno grande prospérité, qui se trouva détruite au seizième siècle par les guerres religieuses. Celte prospérité n'a recommencé que dans le siècle actuel. Aujourd'hui cette petite ville possède une fabrique de porcelaine et de faïence, des filatures de laine, des manufactures de draps communs et de tissus de laine, etc.; on y trouve des tanneries, papeteries , tuileries et des moulins à farine , à huile , à foulon ; elle fait un commerce de grains assez actif.

Saint-Bertrand de Comminges (909 hab.) , petite ville située près de la rive gauche

de la Garonne, autrefois siège d'un évéché et capitale du Comminges, n'a plus d'importance que par ses souvenirs historiques. Elle fut fondée par Pompée après la défaite de Scrtorius, et reçut le nom de Lugdunum Convenarum. Auguste la fortifia; el sous la domination romaine elle devint une cité opulente , où le christianisme ne tarda pas à s'éwtolir. Tour à tour dominé par les Visigoths , par les Sarrazins , par les Francs , le pays des Convènes eut à subir de grands ravages. Enfin , sa capitale ayant donné asile à Gondovald, fils de Clotaire 1er, qui revendiquait les États de son père contre Contran, roi de Bourgogne, elle fut assiégée, prise et détruite de fond en comble en 585. Saint Bertrand, évôque de Comminges, la reconstruisit en 1100, y plaça le siège de son évéché , lui donna son nom ; et cette ville devint bientôt l'une des plus illustres du midi. Les guerres de religion ne l'épargnèrent pas. Elle fut prise trois fois par les protestants, et tomba dès lors dans l'oubli jusqu'à la Révolution , qui supprima son évéché. On y fait aujourd'hui une exploitation considérable de marbres.

Le Comminges faisait partie de la Gascogne , et fut réuni à la couronne par Henri II, en 1548. Il a été morcelé entre les trois départements du Gers, de la Haute-Garonne et de l'Ariége.

Bagnères de Luchon (2,077 hab.) est une petite ville située au pied des Pyrénées et à 7 kilomètres de la frontière espagnole , dans la vallée de la Pique , à la sortie de celle de Larbousl; elle est au centre d'un petit plateau de 4 kilomètres de long sur un de large, fermé de toutes parts par les montagnes et d'une extrême fertilité. La ville est assez triste; mais les bains , déjà célèbres du temps des Romains, sont trèsfréquentés. Bagnères communique avec l'Espagne par le port élevé et difficile de l'èncuqut, qui est néanmoins journellement pratiqué {vendant la belle saison. On y exploite du cuivre et des ardoises, et l'on y fabrique du chocolat estimé.

Saint-Béat (1,800 hab.) est situé à une hauteur de 538 mètres, dans le défilé qui ferme au nord le val d'Arran et le premier bassin de la Garonne. C'est l'entrepôt des produits des vallées d'alentour et notamment du val d'Arran. On y fait un assez grand commerce de marbres, d'ardoises, de bois el de mulets pour l'Espagne.

Grenade, jolie ville de 4,300 habitants, est située sur la Save, près de son confluent avec la Garonne. Son territoire est fertile en grains et elle a quelques fabriques de serges. C'est la patrie de Cazalès.

Avignontt est une petite ville de 2,400 habitants, située sur le Lers, près du cnaal du Midi; elle est célèbre dans l'histoire du Languedoc par son château, où fut érigé le premier tribunal de l'inquisition. En 1242, les Albigeois surprirent ce château et y massacrèrent les treize membres de ce tribunal.

S XII. DÉPARTEMENT DU TARN. — STATISTIQUE, AGRICULTURE , COMMERCE, ETC. — LC

déparlement du Tarn , formé de l'ancien Albigeois, a une superficie de 573,968 hectares. Sa population était, en 1831 , de 335,8 44 habitants; en 1841 , de 351,656 hab.; elle est aujourd'hui de 363,073 habitants. Il a pour chef-lieu Alby, et forme 4 arrondissements ainsi subdivisés :

Arrondissement d'Alby s cantons, 01 communes, 92,107 habitants.

— de Castres. . . 14 — 92 — 1*4, s?3 —

— deOaillac. .8 — 75 — 72,074 —

— deljvaur. 5 — 57 — 54,007 —

4 arrondissements 35 Mutons, 315 communes, 303,073 liabit.nl».

Ce département forme le diocèse de l'archevêché d'Alby, et a pour le culte calviniste & églises consisloriales à Castres, Mazamet, Vabres et Lacaune. Il renferme 4 tribunaux de 1™ instance, 2 tribunaux de commerce à Alby et à Castres; 3 collèges à Alby, Castres et Gaillac ; une école normale primaire, 3 écoles supérieures communales et 456 écoles élémentaires, dont 283 communales. U appartient à la 12* division militaire (Toulouse).

Le territoire de ce déparlement est entrecoupé de montagnes presque partout cultivées, qui laissent entre elles de belles plaines. La partie montagneuse produit du seigle , de l'avoine et du chanvre; la partie des plaines donne toute espèce de produits. On y compte environ 465,000 hectares mis en culture, 57,000 hectares de landes; le reste est en vignes et forêts. La culture y est bien entendue : la récolte en céréales est généralement suffisante, elle est avec celle des pommes de terre de 2 millions et demi environ d'hectolitres; la récolte est surabondante en vins (450,000 hectol.), en légumes secs, chanvres et fruits; on s'adonne beaucoup à celle de l'anis et de la coriandre , et un peu à celle du safran ; il n'y a pas assez de prairies artificielles. Les vins ne sont guère utilisés que pour faire des mélanges.

L'élève des moutons et des porcs est importante , et la race des chevaux est recherchée pour la cavalerie légère; on compte 10,000 chevaux, 40,000 mulets et ânes, 90,000 têtes de bétail, 580,000 moutons, 75,000 porcs, 4.000 chèvres. La volaille est très-abondante , et l'éducation des abeilles est très-suivie; on commence à y introduire celle des vers à soie.

Sa richesse minérale consiste dans la houille , le fer, le marbre , le gypse , le kaolin, l'argile pour faïence, etc. L'industrie manufacturière consiste dans la fabrication d'aciers renommés, employés en partie pour faire des armes blanches, et dans celle des draps croisés , bonneterie de laine , etc. (Castres , Mazamet) , étoffes de soie (Lavaur), etc. L'exportation consiste surtout en vins, pastel, anis, coriandre et produits manufacturés.

Il y a dans le département : 5 routes impériales sur 333 kilomètres, 28 routes départementales sur 780 kil., 9,250 chemins vicinaux sur 12,000 kilomètres.

S XIII. Département du Tarn. — Description des villes. — Alby, chef-lieu du déparlement et siège d'un archevêché, a une population de 13,788 habitants et renferme un tribunal de commerce , un séminaire diocésain , une école normale primaire , une bibliothèque, an musée, etc. Cette ville est située sur le flanc d'une hauteur qui domine la plaine où coule le Tarn dans un lit fort encaissé. La rivière la divise en deux parties inégales qui sont réunies par un pont de sept arches, bâti dans le douzième siècle. Sur la rive droite se trouve le faubourg de Castel-Vieil. L'aspect d'Alby est triste et sombre; ses rues sont étroites et tortueuses, à l'exception de celles qui, partant d'un point commun dit U Vigan, vont former hors de la ville les quatre routes de Gaillac, de Castres, de Saint- Aflrique et de Rhodez. Son aspect général semble rappeler ses souffrances et son histoire. On ne peut citer parmi ses édifices publics que la belle cathédrale gothique de Sainte-Cécile , commencée au treizième siècle et finie au quinzième; l'église Saint-Salvi, classée parmi les monuments historiques de la France; l'ancien palais épiscopa) , restes du Château neuf, élevé en face de Castel-Vieil ; l'hospice Saint-Jacques; enfin le monument élevé à la Peyrouse

en 18&3. Cette ville possède des fabriques de draps communs et do toiles; on y fait une grande récolte d'anis , de coriandre , de fruits et de pastels dont la préparatiou était autrefois considérable. Son commerce de blés et de vins acquiert chaque jour plus d'importance. — A quatre kilomètres d'Alby se trouve sur le Tarn l'usine de Saul-du-Sabo, la première forge d'aciers de la France, qui produit annuellement plus d'un million de kilogrammes d'aciers.

Alby est une ville fort ancienne , dont l'origine est inconnue. C'était déjà au troisième siècle le siège d'un évêché. Après avoir fait partie du royaume des Visigoths, eile fut disputée par les Francs et les Bourguignons, ravagée par les Sarrasins, prise par Pépin le Bref en 765. Elle devint le chef-lieu d'un comté de l'empire des Francs, qui eut d'abord des seigneurs particuliers, puis fit partie directement des États des comtes de Toulouse, puis appartint, comme fief relevant de ces comtes, à l'illustre famille des comtes de Béziers. On sait comment Alby et son territoire devinrent le centre de l'hérésie albigeoise, le foyer de la grande tentative faite par les peuples du Languedoc pour fonder une nationalité distincte de celle de la France. La ville f'.u prise par Simon de Montfort en 1209. L'Albigeois devint la propriété du conquérant; mais son ûls Amaury en fit cession au roi de France , et la réunion de ce pays à la couronne fut opérée en 1229. Alby retomba alors dans l'obscurité. Au seizième siècle une grande partie de ses habitants embrassa la réforme , et elle devint l'une des places d'armes du protestantisme. Elle ne rentra complètement dans la soumission à l'autorité royale que sous Louis XIII. La révocation de l'édit de Nantes lui enleva une grande partie de sa population. Elle n'a repris quelque prospérité que depuis 1789.

Castres, chef-lieu d'arrondissement avec un tribunal de commerce , une église consistoriale calviniste, un collège communal et une population de 20,815 habitants, est la ville la plus importante du département par son industrie et son commerce. Elle est agréablement située sur les deux rives de l'Agout, dans une vallée fertile, a d'assez belles rues, et présente un aspect animé et prospère qui contraste avec celui d'Alby. Ses monuments sont peu remarquables, et l'on ne peut citer que l'hôtel de ville, la cathédrale de Saint-Benoit, les quartiers de cavalerie et quelques promenades. C'est une des villes les plus manufacturières do la France. Son industrie consiste en draps fins et communs, principalement en evirs de Usine très-renommés, flanelles, molletons, etc.

Castres était autrefois le chef-lieu d'un comté, le siège d'un évêché et une ville forte. Son origine est incertaine. Elle prit une grande part à la guerre des Albigeois , fut conquise par Simon de Montfort et passa successivement dans les maisons de Vendôme et d'Armagnac. Elle fut réunie à la couronne par Louis XI et François I". A l'époque de la réforme, elle devint l'un des centres du calvinisme, subit plusieurs sièges et fut démantelée par ordre de Louis XIII. C'est alors qu'elle s'adonna à l'industrie et acquit une prospérité qui fut arrêtée par la révocation de l'édit de Nantes, mais qui a pris un nouvel essor depuis cinquante ans. Néanmoins Castres a trouvé une rivale qui s'agrandit chaque jour à ses dépens, c'est Mazamet, dont nous parierons tout h l'heure.

Gaillac , chef-lieu d'arrondissement, avec un collège et 8,215 habitants, est une \ille ancienne située sur la rive droite du Tarn, qui y est navigable. Elle doit son

origine à une abbaye de bénédictins fondée dans le dixième siècle par Raymond 1**, comte de Toulouse. L'intérieur est composé de vieux quartiers, de rues obscures el étroites dont les maisons sont mal bâties; elle possède deux ponts sur le Tarn, une jolie fontaine el deux hôpitaux.

GaiJIac fait un grand commerce de grains, anis , coriandre, fruits et cuirs. Ses vins sont très-es limés et les seuls de l'Albigeois qui puissent être transportés ; on les expédie par Bordeaux pour l'étranger.

Lavaur, chef-lieu d'arrondissement, avec 7,331 habitants, se trouve sur la rive gauche de l'Agout, qu'on y passe sur un pont très-hardi; c'est une ville pittoresque et assez agréable , qui n'a de remarquable que ses filatures de soie el une manufacture ancienne de soieries, où l'on fait des étoffes pour meubles qui sont très-estimées. Son terroir est très-fertile en mûriers. Les soieries et les grains y forment les principales branches de commerce. C'était autrefois l'une des places fortes des Albigeois; elle fut prise en 1211 par Simon de Montfort, qui en fit massacrer tous les habitants. En 1318 , le pape Jean XXII y érigea un évéché.

Mazamet, située au pied des montagnes Noires, sur la petite rivière de Larn (affluent de l'Agout), n'était, il y a quarante ans, qu'une bourgade insignifiante dans un pays peu fertile et mal habité, où se fabriquaient quelques grossières étoffes de laine. L'industrie en a fait rapidement une cité riche, active, ayant des relations étendues et qu'on a pu surnommer l'Elbeuf du Midi. Sa population dépasse aujourd'hui 10,000 âmes, dont les deux tiers sont des ouvriers, et elle tend continuellement à s'accroître. Cette ville s'est élevée sans bruit dans un coin inconnu de la France, et aujourd'hui elle fournil à presque tout le Midi des draps fins et communs, des flanelles, des molletons; à Paris, des articles de fantaisie, et à la Bretagne, des cadti, qui y sont encore les tissus de laine les plus usités.

Sorrèu est une petite ville de 2,800 habitants, située dans une belle plaine sur le Sor. Elle possédait une abbaye qui fut fondée au neuvième siècle , et ruinée dans les guerres de religion. C'était aussi une ville fortifiée , dont Louis XIII fit démolir les murailles. Sorrèze ost devenue célèbre par une école fondée au commencement de ce siècle par Ferlus , et qui peut recevoir 400 élèves.

§ XIV. DÉPARTEMENT DE L'AUDE. — STATISTIQUE , AGRICULTURE , COMMERCE, ETC.—

Le département de l'Aude est formé d'une partie du bas Languedoc, savoir : Lauraguais, 90,736 hectares; Carcassez, 164*839 hect.; Razès, 165,366 hect.; Narbonnais et Termenès, 230,762 hect. Sa superficie est de 606,397 hectares. Sa population était, en 1801, de 225,225 habitants; en 1821, de 253,196 hab.; en 1831, de 270,125 hab.; elle est aujourd'hui de 289,747 habitants.

Ce département a pour chef-lieu Carcassonne , et forme 4 arrondissements ainsi subdivisés:

Arrondissement de Carcassonne . 12 cantons, 139 communes, 94,970 habitants.

— de Caslelnaudary . 5 — 74 — 5ô,Us —

— de Limoux .... 8 — 150 — 75,129 —

— de Narbonne ... « — 7l — 64,400 —

4 arrondissements. 31 cantons, 434 communes, 289,747 habitants

Jl forme le diocèse de l'évéché de Carcassonne, et renferme 4 tribunaux de 1" in-

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