TOME II
stance relevant de la cour d'appel de Montpellier, 4 tribunaux de commerce, 2 collèges à Castelnaudary et Carcûssonne, 374 écoles primaires. Il forme une subdivision de h 1 1* division militaire. Ses côtes sont comprises dans le sous-arrondissement de Port- Vendres, qui fait partie du 5* arrondissement maritime (Toulon). On y trouve un port de mer, la Nouvelle, qui est aussi un poste militaire, et 2 places fortes, Narbonne et la citadelle de Carcassonne.
C'est un département à la fois agricole et manufacturier. Il est généralement montagneux : au nord, il comprend le versant méridional de la montagne Noire, et au sud il est mamelonné par les Corbières et leurs contre-forts. Les étangs et les marais y occupent une grande étendue de terrain.
\ja récolte y est plus que suffisante en vins, olives et fruits, et surtout en céréales; elle s'élève à 2,000,000 hectolitres pour les céréales, 260,000 hectolitres pour les pommes de terre, 600,000 hectolitres pour les vins, dont un tiers est transformé en eaux-de-vic et un tiers exporté , et dont les plus renommés sont les vins rouges de Narbonne et les vins blancs ou blanquette de Limoux. Les prairies naturelles y sont multipliées et les forets occupent un huitième de la superficie. L'élève des abeilles donne une branche assez importante de revenu, et le miel de Narbonne, que l'on i-ecueille dans les Corbières, est fort estimé. On compte 30,000 têtes de gros bétail, 600,000 moulons indigènes, métis ou mérinos et 15,000 chèvres.
L'exploitation minérale est considérable : ses principaux produits sont les beaux marbres des Corbières, les pierres lithographiques, la pierre à chaux hydraulique, le fer, la houille et le jayet , avec lequel on fabrique une foule de petits ouvrages.
L'industrie manufacturière consiste surtout dans l'extraction et l'affinage des fers . dans la préparation d'aciers estimés dont on fait des limes, des râpes, etc., et dans la fabrication de draps et lainages, de papiers, peignes, ouvrages tournés, eaux-de-vie, etc. Les fers et les aciers, les draps et les lainages forment avec les produits du sol , vins et eaux-de-vie, miel et froment, les principales branches d'exportation. Les côtes s'étendent depuis l'étang de Leucate jusqu'à l'embouchure de l'Aude. Elles offrent plusieurs étangs considérables, de Buges ou de Sigean , de Gruissan et de la Palme. Les salines y sont très-productives.
On compte dans le département 4 canaux navigables sur 180 kilomètres , ceux du Midi, de Carcassonne , de Sainte-Lucie et de la Roubine de Narbonne; on y compte aussi 5 routes impériales (368 kilom.), 23 routes départementales (614 kilom.) et 2,180 chemins vicinaux (4,462 kilom.).
§ XV. Département de l'Aude. — Description des villes. — Carcassonne, chef-lieu du département et siège d'un évêché, possède un tribunal et une chambre de commerce , un collège communal , une école normale primaire , etc. Sa population est do 20,000 habitants.
Cette ville est située sur les bords de l'Aude ; elle se divise en vieille ville, ou ville haute, qu'on appelle la Cité, bâtie sur une élévation qui domine la rive droite; et la nouvelle ou basse ville , placée sur la rive gauche entre la rivière et le canal du Midi. I,a Cité, masse noirâtre qui de loin offre un aspect imposant, ne renferme que des rues sales et étroites, des maisons petites et mal bâties; mais elle se fait remarquer par ses tours, ses doubles murailles construites en partie par les Visigoths, son
donjon du moyen âge , qui forme aujourd'hui la citadelle ; c'est une des villes gothiques les mieux conservées de France. L'église de Saint-Nazaire , ancienne cathédrale , se distingue aussi par ses vitraux, sa nef, d'architecture romaine, son cho'ur aux formes légères et élancées. La ville basse, qui se compose de huit rues bien tracées, est jointe à l'ancienne par un pont de pierre de vingt-quatre arches aux abords duquel se trouvent les deux vieux faubourgs de Barbe-Canne et de Trivulle, qui, avec la Cité, forment le quartier des habitants pauvres. Elle renferme peu de monuments: la cathédrale actuelle de Saint-Michel et l'église paroissiale de Saint- Vincent n'offrent rien de remarquable ; on peut néanmoins citer le quartier de cavalerie , la halle , la bibliothèque publique, le palais de l'évêché, l'hôtel de la préfecture, etc. La ville basse était encore, il y a vingt ans, entourée d'une enceinte baslionnée; on a détruit ses fortifications pour en faire des boulevards, et les fossés ont été transformés en jardins.
Carcassonnc possède des fabriques de draps, qu'on exporte au Levant, de toiles, de molletons, de clous, de savons, des tanneries, teintureries, distilleries et papeteries; c'est l'entrepôt d'un commerce considérable en grains et farines, fruits, vins, eaux-de-vie, quincaillerie, épicerie, cuirs et fers.
C'est une ville très-ancienne dont l'origine est inconnue; on sait seulement qu'elle était déjà importante avant la conquête romaine. Les Visigolhs y érigèrent un évèché. Charles Martel s'en empara. Elle devint une des vicomtés dépendantes du comté de Toulouse, appartint aux Raymond-Roger de Béziers, et fut l'un des foyers de l'hérésie albigeoise. Les croisés s'en emparèrent après un long siège : on permit aux habitants d'en sortir, vêtus seulement de leurs chemises, excepté à q50 qui furent retenus et brûlés ; puis la ville fut mise au pillage. Elle fut donnée au roi de France par le traité de 1229; mais, ne pouvant supporter la domination française, elle se révolta en 1262 pour se livrer au roi de Majorque ; elle en fut sévèrement châtiée , et la plupart de ses habitants, chassés de ses murs, allèrent s'établir sur l'autre rive de l'Aude, où ils fondèrent la ville basse. Carcassonne eut encore à souffrir des guerres religieuses ; mais depuis le règne de Louis XIII elle n'a plus joué qu'un rôle secondaire dans l'histoire du midi de la France. Elle a donné naissance à Ramel de Nogaret, au sénateur Fabre (de l'Aude), aux généraux Aussenac, Chartran, Gros, Arnaud, etc.
Catulnaudury, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal de commerce, un collège et 9,992 habitants, est une ville ancienne, bâtie sur une éininence au pied de laquelle passe le canal du Midi ; elle est mal percée et mal bâtie ; mais on y jouit d'une belle vue qui s'étend jusque vers les Pyrénées. I,cs seuls édifices qui méritent d'être cités sont l'église Saint-Michel, avec le tombeau du général Andréossy, et l'hôpital, qui date de quatre siècles. Le canal du Midi y forme un beau bassin de 1,200 mètres de tour, bordé de quais, de magasins et de chantiers. L'industrie de la ville est peu considérable, et consiste dans la fabrication de draps grossiers, de faïence et de briques, dans les distilleries et l'exploitation des carrières de chaux et de gypse; mais il s'y tient des foires importantes de blés, vins, laines, bestiaux et instruments aratoires. L'origine de Castelnaudary est fort obscure; on en parle pour la première fois en 1118 dans le testament de Bernard Aton , vicomte de Béziers et de Carcassonne ; ce n'était encore qu'un château. Raymond VI ne pouvant le défendre y mit le feu en 1211 ;
Simon de Montfort le fit rétablir. En 1335, c'était une ville dont le prince de Galles s'empara , et qu'il détruisit presque entièrement; elle fut rebâtie et fortifiée en 1356 par Jean d'Armagnac, gouverneur du Languedoc. C'est sous ses murs qu'en 1632 se livra une bataille entre Louis XIII et Gaston d'Orléans, dont Montmorency commandait les troupes.
A deux lieues au sud-est de Castclnaudary s'élève un pauvre village de 600 âmes, Lattrac, dont le château , célèbre au onzième siècle, a donné son nom à tout le pays du Lauraguais.
A trois lieues au nord-est de Castclnaudary, sur le Limbe, dans une plaine fertile, se trouve Saint-Papoul , petite ville de 1,400 âmes, dont toute l'industrie consiste en quelques fabriques de faïence commune. C'était jadis une abbaye de bénédictins qui fut érigée en évéché l'an 1317 par le pape Jean XXII ; son diocèse comprenait tout le Lauraguais-, cet évèché a été supprimé à la révolution.
Narbonne, clief-lieu d'arrondissement , avec un tribunal de commerce et 13,066 habitants, est située à huit lieues de la mer, dans une belle plaine entourée de petites hauteurs, sur l'emplacement d'un ancien lac maritime d'environ 36 kilomètres de circonférence, que la mer recouvrait jadis et que les attérissements de l'Aude ont comblé ; un bras de cette rivière qu'on a détourné (canal de la Roubine) et sur les bords duquel s'élève la ville , traverse cette plaine pour aller aboutir dans la Méditerranée au port de la Nouvelle; c'est sans doute à son ancienne situation au milieu des eaux que Narbonne {nar, eau-, bo, habitation, en celtique) a dû son nom.
Cette ville est entourée de remparts, et ne renferme qu'un petit nombre d'édifices remarquables; il faut en excepter la cathédrale de Saint-Just, l'un des plus beaux types de l'art gothique au moyen âge, mais dont le portail n'est pas encore fait, et le palais archiépiscopal appuyé à une tour mauresque de forme carrée qui domine la ville, dont elle occupe le centre. Elle possède en outre l'antique église de Saint-Paul, truis hospices, un ancien séminaire qui sert de caserne et une salle de spectacle. C'est la ville de France la plus riche en inscriptions romaines.
Le commerce y a pour principal objet les vins du pays, dont elle est l'entrepôt et dont elle envoie une grande quantité en Algérie par le port de la Nouvelle. Le miel qu'on recueille dans le voisinage est fort estimé; mais à mesure que l'agriculture fait des progrès, cette branche de commerce diminue. On compte aux environs un grand nombre de distilleries et de fabriques de vert -de-gris. Quant aux établissements industriels, ils se bornent à des tanneries et a des fabriquas de poteries, de tuiles, de briques, etc. Les moyens d'exportation sont faciles, grâce au canal de la Roubine. qui met la ville en communication avec la Méditerranée par le port de la Nouvelle, et avec l'Océan par le canal du Midi et la Garonne; le chemin de fer de Celte à Perpignan lui ouvrira de nouveaux débouchés.
Narbonne est l'une des villes les plus anciennes de France; vers l'an 121 avant Jésus-Christ les Romains y fondèrent la première colonie qu'ils aient eue dans la Gaule, et lui donnèrent le nom de Xarbo-Martius ; clic fut dès lors leur principale place d'armes, et atteignit un haut degré de splendeur; sous l'empire, elle fut le chef-lieu d'abord de toute la Narbonnaise, et ensuite de la Narbonnaise première. Les Visigoths ne purent s'en emparer qu'après un long siège (^62) , et ils en firent leur capitale lors-
LANGUEDOC f),
que Toulouse eut été prise par Clovis. Occupée tour à tour par les Bourguignons , sous Condebaud (508) ; par les Francs, sous Childebert I** (531); par les Arabes, qui la dévastèrent (719) ; elle résista aux attaques de Charles Martel, qui, vainqueur des Arabes à Poitiers, les battit encore sous ses murs, mais ne put s'emparer de la ville; enfin elle tomba au pouvoir de Pépin, après un siège de sept ans (759). Sous Charlemagne et ses successeurs, elle devint la capitale de la Septimanie ou Goihie, et le cheflieu d'une vicomté. Charlemagne ayant donné une partie de la ville aux juifs, ce fut le refuge de tous les Israélites , qui y fondèrent des écoles restées florissantes jusqu'à l 'époque où Philippe Auguste chassa tous les juifs du royaume. Cependant Narbonne, quoique déchue de son rang politique, était restée la ville la plus commerçante de cette partie de la Méditerranée, lorsque Louis XII, appréciant l'importance de sa position , voulut en faire un boulevard contre l'Espagne; il la fit fortifier et employa à celle œuvre tous les anciens monuments ou les anciens faubourgs abandonnés qui furent démolis; François I" ordonna que tous ces débris fussent placés symétriquement, et, grâce à lui, on peut encore les admirer aujourd'hui. Sous Louis XIII, lorsque tout le Languedoc soutint la révolte de Gaston d'Orléans et de Montmorency (1632), Narbonne se distingua par sa fidélité. Plus tard elle reçut dans ses murs Richelieu et Louis XUI tombés malades pendant le siège de Perpignan, et Cinq-Mars y fut arrêté (16'i2). Depuis cette époque, celle ville tomba dans un oubli dont elle n'est sortie que depuis un demi-siècle par son zèle à restaurer ses antiquités et son activité industrielle.
Narbonne a vu naître les empereurs romains Carus, Carinus et Numérien, le poêle latin Terentius Varro, le cardinal Jacques Dupuis, qui présida le concile de Trente, le général d'artillerie Espéronnier, etc.
Limoux, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal de commerce et 7,776 habitants, est une jolie ville qui occupe le fond d'un vallon fertile que les montagnes entourent de trois côtés et qu'arrose l'Aude ; elle est située principalement sur la rive gauche , entre les confluents de deux petits ruisseaux qui se jettent en amont et en aval de la ville; elle est bien bâtie, bien percée, et possède plusieurs fontaines. On y remarque un hôpital civil, l'église paroissiale de Saint-Martin avec une tour et une flèche qui datent du seizième siècle, l'ancien palais do justice, l'hôtel de ville restauré en 1688, et l'arc de triomphe ou porte de la Trinité. Près de là, sur une petite hauteur, so trouve la chapelle de Nàlre-Dame-dc-MarteilU , église champêtre et lieu de pèlerinage très-fréquenté.
Cette ville est située dans le pays de Ratez ou Raddez, qui tire son nom d'une ancienne cité romaine, Rheda, dont on découvre encore des vestiges sur un vaste plateau voisin de Limoux, près du village de Rennes (&50hab.). L'origine de Limoux est incertaine; on croit que Flaçan ou Flacian, ville bâtie sur la hauteur, à 400 mètres de dislance , et détruite on ne sait à quelle époque , a été le berceau de la ville actuelle. Quoi qu'il en soit, au treizième siècle, elle fut érigée en capitale du Rasez par Amaury de Montfort; au seizième siècle, elle fut tour à tour occupée par les catholiques et les calvinistes, et se soumit à Henri IV en 1596, après le traité de r olembray ; sous Louis XIII elle n'imita pas la révolte de Montmorency, et ses habitants en furent récompensés par rétablissement dans leur ville d'une sénéchaussée pour loul
le Hase/. Cette ville possède d'importantes manufactures de draps , des filatures de laine, des moulins à farine; son terroir est fertile en blés, fourrages et surtout en vins blancs très-connus sous le nom de blanquette, dont elle fait un grand commerce ; elle sert d'entrepôt pour les fers des environs.
Limoux a donné naissance à Fabre d'Êglauiine , au poêle Alex. Guiraud, etc.
Aleth, petite ville de 1,300 habitants, est située sur les bords de l'Aude, dans un étroit vallon qui est très-fertile en fruits. Des montagnes qui l'entourent, et principalement du Pech de Brau , on plane sur presque tout le département, sur le Canigou, les Pyrénées, la vallée de la Garonne, les montagnes Noires, etc. Cette petite ville est célèbre par les souffrances qu'elle eut a supporter pendant les guerres de religion, son attachement au catholicisme , l'éveché dont elle était le siège et qui a été occupé , dans le dix-huitième siècle , par Nicolas Pavillon , fameux par son attachement au jansénisme, et dont le tombeau est vénéré des habitants du pays.
Aleth fait un grand commerce de bestiaux dont la laine est très-recherchée. II s'y trouve des eaux thermales ferrugineuses dont les bains sont fréquentés.
Sigean, petite ville de 3,300 habitants, ancienne capitale du pays des Cornières, est située à 3 kilomètres au sud de l'étang du même nom (le Rnbrentit lacus des Romains), sur une petite élévation, au pied de laquelle coule la Berre , petit ruisseau qui finit dans l'étang en face du port de la Nouvelle. Elle est importante par ses salines. On y trouve quelques distilleries, et son commerce consiste dans l'exportation des produits du sol , blés , fourrages , miel , huiles et vins.
Suivant la tradition, c'est au sud de cette ville, à 2 kilomètres de la mer, que Charles Martel écrasa en 737 les Sarrazins débarqués à la Nouvelle. En 1813, les Anglais, descendus au même point, furent forcés par les gardes nationales de Sigean et de Narbonne de se rembarquer en abandonnant leurs canons.
Im Nouvelle est le seul port du département de l'Aude, et ne date que de 1700 ; il est formé par l'embouchure du canal de la Roubine , et se trouve défendu par un fort. Le Grau de la Nouvelle n'est abordable que pour des bâtiments d'un petit tonnage ; ce n'est pas moins un débouché important du canal du Midi.
Leucate est une commune de 1,104 habitants, située sur la langue de terre qui sépare de la mer le bord septentrional de l'étang du même nom. Elle doit sans doute son nom à la blancheur de ses rochers (Xeuxoc, blanc). C'était autrefois une ville forte, qui s'est rendue célèbre par la belle défense de Constance de Cezelli , femme du gouverneur Barri de Saint-Aunez , contre les ligueurs et ses Espagnols en 1590 , et par le siège de 1637, où les Espagnols échouèrent encore devant le digne fils de Constance de Cezelli; elle fut démantelée en 1664. La principale occupation des habitants consiste dans la pêche et la salaison des sardines , dont on fait un assez grand commerce , ainsi que des vins du Roussillon. On y trouve aussi des distilleries d'eau-de-vie.
§ XVI. DÉPARTEMENT DE L'HÉRAULT. — STATISTIQUE, AGRICULTURE, COMMERCE, fcTC.
— Le département de l'Hérault est formé du comté de Montpellier et de la vicomté de Béziers, qui faisaient partie du bas Languedoc. Sa superficie est de 670,935 hectares. Sa population était, en 1801, de 275,449 habitants; en 1821, de 324,126 hab.-, en 1831, de 346,207 hab.; en 1841, de 367,343 hab.; elle est aujourd'hui do 389,286 habitants.
Ce déparlement a pour chef-lieu Montpellier, et comprend 4 arrondissements ainsi subdivises :
Arrondissement de Montpellier . 14 canton», 1 1 4 commune*, t4«,6i» habifanls.
— de Béliers . . . lî — 92 — isi.fior, —
— deLodcve . . . 5 — 72 — 5f.,:oo —
— de Saint - Pons. 5 — 45 — 4.»,332 —
4 arrondissements 36 cantons, S30 communes, 3bi»,?»(i IwfoitmK
Il forme le diocèse de l'évêché de Montpellier, et possède, pour le culte calviniste, 4 églises consistoriales (Montpellier, Montagnac, Marsillargues, Ganges). Il renferme une cour d'appel à Montpellier, 4 tribunaux de première instance, 7 tribunaux de commerce, une des 3 facultés de médecine, un lycée, 6 collèges, une école nonnale primaire, 8 écoles supérieures, 907 écoles élémentaires, dont 418 écoles communales, et plusieurs sociétés savantes. Il fait partie de la 10' division militaire (Montpellier) et renferme 4 places : la citadelle de Montpellier, les forts de Cette, la tour du Grau d'Agde et le fort Brescou. Ses côtes appartiennent au sous-arrondissement maritime de Port-Vendres et au 5* arrondissement maritime (Toulon). On y trouve de l'ouest à l'est les étangs de Thau, de Maguelonne, de Pérols, de Mauguio, que traverse le canal dit des Étangs. Celte et Agde sont les ports principaux qu'on y rencontre.
Ce département est un des plus importants de la France par ses richesses agricoles, ses établissements manufacturiers, ses villes populeuses, sa population active, gaie, spirituelle et généralement aisée. Sous le rapport agricole , on y trouve trois zones distinctes : celle du nord, toute montagneuse, où les terres, maigres, se refusent à la culture du blé, mais où le seigle réussit très-bien; celle du milieu, formée de terres pierreuses ou graveleuses, où la vigne et l'olivier prospèrent; enfin la zone des plaines, abondante en céréales. Il renferme environ 260,000 hectares de landes, rochers, friches, etc.; 160,000 de terres labourables, 117,000 de vignes, 87,000 de bois, etc. La récolte en céréales est généralement insuffisante, mais celle devins (410,000 hectolitres), d'huiles d'olives, de figues et autres fruits du Midi est très-considérable. Parmi les vins, on cite les rouges de Saint-Georges, de Vérargues, de Castries, et les muscats blancs de Frontignan et de Lunel. La moitié se transforme en esprits et eaux-de-vie : celles de Montpellier sont très-estimées. On y élève surtout des moutons, des vers à soie et des abeilles, qui donnent par an 1,200,000 kilogrammes de belles laines, 21,000 kilogrammes de soie grège et pour 800,000 francs de cire et de bougies. Quant aux établissements industriels, ce sont principalement des fabriques de draps, de lainages et d'étoffes de soie, des filatures de coton, des papeteries, distilleries, huileries, fabriques de produits chimiques, des exploitations de houille, de lignites, de fer, de cuivre et surtout de marbres. La préparation des fers, fontes et aciers donne des produits assez estimés. Sur les côtes, la pèche de la sardine est très-active, et à Cette on exploite des marais salants.
On compte dans k: département 7 routes impériales, sur 367 kilomètres; 17 routes départementales, sur 485 kil. ; 1,655 chemins vicinaux, sur 5,000 kil. environ, et un grand nombre de canaux (ceux de Cette, du Grau-de-Lez, de Graves, do Lunel-,
L) Vltb! HUITIÈME.
«lu Midi, de Vie, laléral à l'étang de Mauguio, de la Hadelle, delà Itubine) , sur un parcours de IZiO kilomètres; enfin le chemin de fer de Nîmes à Cette, par Montpellier, sur 27 kilomètres, dont 17 environ dans le département
§ XVII. DépAitTEMEifr de l'Heiiault. — Description des villes. — Montpellier, chef-lieu du département, est l'une des villes les plus importantes de la France par ses établissements publics et surtout ses établissements d'instruction ; c'est le siège d'un évéché et d'une cour d'appel, le chef-lieu delà 10* division militaire et d'une académie universitaire ; elle possède une faculté de médecine , fondée en 1220 , rivale de la faculté de Paris , et qui a une renommée européenne ; des facultés des sciences et des lettres, une école spéciale de pharmacie, un lycée, une école normale primaire , des écoles de peinture et de chant ; enfin elle a un tribunal de commerce, un gymnase militaire, une garnison du génie, etc. Sa population est de 45,811 habitants.
C'est une grande et belle ville, bâtie dans une magnifique situation, sur une éminence d'où l'on domine la rive droite du Lez et une campagne admirable, semée de jolies maisons, d'arbres fruitiers et de jardins. Elle n'est qu'à huit kilomètres de la mer, et communique avec elle par le canal du Lez et le port de Cette. Ses rues sont tortueuses et sombres, mais très-propres et animées par une population active, intelligente et gracieuse. Elle est entourée de boulevards plantés sur l'emplacement des anciens fossés. Montpellier se glorifie surtout d'une promenade très-belle, mais trop vantée, celle du Peyrou, qui occupe le sommet de la hauteur sur laquelle la Tille est bâtie , à 30 mètres seulement d'élévation au-dessus de la mer. A son entrée est un arc triomphal, à son centre une statue de Louis XIV, à son extrémité un château d'eau, qui termine un bel aqueduc de 900 mètres, porté par un double rang d'arcades, lequel donne à la ville ses eaux potables. De celte esplanade, construite en 1753, qui manque d'étendue et de fraîcheur, on voit au sud la mer et les ruines de Maguelonne, au nord les Cévennes, à l'est les sommets du mont Ventoux et des Alpes du Dauphiné, enfin à l'ouest le Canigou et les Pyrénées. Les autres édifices publics sont peu remarquables : la cathédrale ne se distingue que par la singularité désagréable de son portail; la citadelle n'est qu'une caserne inutile à la défense de la ville. Il faut pourtant citer le Musée Faire, le jardin des plantes, la tour de l'observatoire, etc. Montpellier est surtout renommé pour ses établissements médicaux; il jouit d'ailleurs d'un climat très-pur et réputé le plus beau de la France.
Cette ville a une industrie très-active, mais qui est déchue pour certains produits: ainsi, elle avait jadis des fabriques de tissus qui rivalisaient avec ceux de Rouen, et elle employait 15 millions en mousselines de l'Inde. Aujourd'hui elle fabrique principalement des couvertures de laine et de coton, des soieries, de la coutellerie, des produits chimiques, etc. Son commerce consiste surtout en vins, eaux-de-vie, liqueurs et produits de ses manufactures.
Montpellier, dont l'origine est inconnue, était au septième siècle un comté vassal des évëques de Maguelonne, et qui passa par héritage, en 1202, dans la maison d'Aragon. La ville avait acquis alors une grande prospérité , surtout depuis la ruine de Maguelonne; elle jouissait des plus beaux privilèges, et formait en réalité une sorte t!e république sous Je protectorat de ses seigneurs. Après la mort de Pèdre II, tué à
Muret, les États d'Aragon ayant été divisés en deux royaumes, Aragon et Majorque, Montpellier lit partie du royaume de Majorque. Elle fut vendue par Jacques III au roi Philippe VI, moyennant 200,000 écus d'or, et réunie à la France; mais elle resta étrangère au royaume par ses mœurs, sa langue, ses libertés; et tous les rois de France jusqu'à Louis XI la visitèrent pour assurer sa soumission. Une grande partie de ses habitants embrassa la réforme, et la ville appartint tantôt aux protestants, tantôt aux catholiques. Sous Louis XIII, elle prit part à la grande insurrection du midi. L'armée royale l'assiégea pendant deux mois, et ne put la prendre que par un traité qui confirma l'édit de Nantes. Montpellier fut alors démantelée, perdit ses libertés municipales, et l'on construisit à ses portes une citadelle pour la tenir dans la soumission ; c'est ce qui l'empêcha de prendre part à la guerre des Cévcnncs. La révocation de l'édit de Nantes l'avait d'ailleurs dépeuplée et à demi ruinée.
Montpellier, comme toutes les grandes villes du midi , vit avec répugnance la révolution de 1789, et se signala par son ardeur royaliste en 1815. C'est aujourd'hui, comme Bordeaux, comme Toulouse, un des centres de l'opposition méridionale à la domination du nord, encore bien qu'elle ait donné' naissance à des personnages très-remarquables de la Révi lulion : Cambacérès, Cambon, Daru, Donnier, les généraux Mathieu Dumas, Campredon, Berthezène, etc. Montpellier est encore la patrie de Constance de Cezelli, l'héroïne de Leucate, des peintres Séb. Bourdon et Vicn, de Brueys, de la Peyronie, premier chirurgien de Louis XV, etc.
Les environs de Montpellier abondent en vignobles, oliviers, arbres fruitiers. L'arrondissement présente de grands contrastes : pendant que les vallées de Ganges et d'Aniane ressemblent à des jardins, on trouve dans les parties septentrionales des cantons presque déserts.
Hiziert, chef-lieu d'arrondissement, avec on tribunal de commerce, un collège communal et une population de 19,333 habitants, est une grande et très-ancienne ville située à 12 kilomètres de la Méditerranée, dans une heureuse position sur un plateau coupé presque à pic, au pied duquel passent l'Orb et le canal du Midi. Son aspect est pittoresque, son climat délicieux, ses environs d'une grande fertilité; mais son intérieur est fort laid; ses rues sont sales, étroites et tortueuses. Sur la rive droite de l'Orb se trouve un faubourg avec lequel la ville communique par un pont de pierre. Des terrasses de la cathédrale on jouit d'une vue magnifique sur un amphithéâtre de riches collines ou de vastes plaines qui s'étendent jusqu'à la mer. Fortifiée autrefois, Béziers n'a plus que de vieilles murailles flanquées d'anciennes tours et le long desquelles on a planté une promenade. On y remarque sa cathédrale gothique, qui est très-belle, l'église de Saint-Nazaire, si affreusement célèbre dans la guerre des Albigeois, la maison gothique de Montmorency, les casernes, l'hôpital, la statue de Paul Riquet , né dans cette ville. 11 ne reste du temps des Romains que des débris de l'amphithéâtre, une tour et des sculptures.
Béziers fait une grande fabrication de produits chimiques et de vert-de-gris ; son commerce consiste surtout en eaux-de-vie, vins, grains et farines.
A lt kilomètres nord-ouest de celle ville se trouve la voûte de Malpas, où passe le canal du Midi, et vis-à-vis d'elle est la colline de Foneerane, où le canal est comme suspendu et d'où les bateaux descendent par une cascade de neuf écluses, dont sept TOME iu 9
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sont conliguës ; une digue mobile contient les eaux de l'Orb pour le passage des bateaux qui suivent le canal.
Béziers était le chef-lieu des Biterrœ, tribu des Votees Tectosages-, les Romains y établirent , en même temps qu'à Narbonne, une colonie qui fut plus tard renouvelée par .Jules César on par Tibère. Celte ville était florissante dès le quatrième siècle, et il semble que les Barbares dans leurs premières invasions l'épargnèrent ; mais elle fut saccagée par les Visigoths pendant les sixième et septième siècles, par les Arabes en 720 et par Charles Martel en 737. Béziers recouvra sa splendeur sous Charlemagne et ses successeurs ; elle forma au douzième siècle une vicomté particulière dont les rois d'Aragon et les comtes de Toulouse se disputèrent la suzeraineté, et qui appartenait a une famille illustre, celle des Raymond- Roger. La ville, qui jouissait de grandes libertés municipales, et dont les bourgeois étaient célèbres dans tout le Midi par leurs richesses et leur valeur, devint l'un des centres do l'hérésie albigeoise. On sait comment elle en fut punie, comment l'armée des croisés l'enleva par surprise, comment les vainqueurs ayant demandé au légat ce qu'il fallait fa;re pour distinguer les fidèles des hérétiques, il répondit : Tuez tout! Dieu connaît ceux qui sont à lui. « Alors se Ot, dit un contemporain, le plus grand massacre qu'on ait jamais vu dans le monde; on n'épargna ni vieux, ni jeunes, pas même les enfants à la mamelle. Tous ceux qui le purent se retirèrent dans la grande église de Saint-Nazairc, où les préires faisaient entendre le son des cloches à défaut de la voix humaine ; mais il n'y eut ni son de cloches, ni prêtre revêtu de ses habits, ni croix, ni autel qui put empêcher que tout ne passât par l'épée. Ce fut la plus grande pitié qui jamais fut osée et faite, et, la ville pillée, on y mit le feu par tous les coins, tellement que tout fut dévasté et bridé, et qu'il n'y resta chose vivante au monde. » Béziers et sa vicomté, après: avoir été donnés à Simon de Montfort, furent acquis par Louis IX en 1228. La ville se rétablit assez rapidement, mais elle ne put reprendre son ancienne importance, et ce n'est que depuis l'établissement du canal du Midi qu'elle a joui d'une nouvelle prospérité.
L'arrondissement de Béziers est le plus riche du département : montagnes, coteaux, plaines, vallées, y sont presque également productifs. L'olivier et la vigne y prospèrent, et l'on trouve dans la partie montagneuse les riches terrains houillers de Saint- Cervais.
Ludève, chef lieu d'arrondissement, avec un tribunal de commerce, une chambre consultative des manufactures, un conseil de prud'hommes, etc., est une des villes les plus intéressantes du Midi par son industrie, qui date au moins de quatre siècles. Sa population est de 11.238 habitants.
Elle est balie au sein d'un étroit vallon que traversent les doux petites rivières de l'Ergue et du Souloudre. Autour du vallon se dresse un gigantesque amphithéâtre couvert de vignes, d'amandiers et de figuiers. Ces cultures, s'élevant en étages successifs soutenus par des murs, donnent au paysage un ravissant aspect. Les maisons, qui auraient pu s'étendre sur un plus long espace, en remontant la vallée, se sont serrées les unes contre les autres, de telle sorte que sous un ciel pur et un climat agréable Lodève offre un assemblage de ruelles étroites, humides, sombres, très-salcs, où l'air se renouvelle avec peine, où la population semble s'être privée ù dessein de tous les
charmes de la nature environnante. Ses monuments sont peu nombreux ; on y remarque un pont sur l'Ergue, l'église Saint-Fulcrand et de belles promenades. Depuis le règne de Louis XIV jusqu'en 1789 , ses fabriques ont eu le privilège de fournir les draps pour l'habillement des troupes ; elles produisaient environ 20,000 pièces par an. Cette fabrication n'a pas cessé : elle a donné 60,000 pièces en 1813, 7,000 pièces en 1822, 36,000 pièces dans ces dernières années. Lodève fait encore un assez grand commerce de savons, d'huiles d'olives, d'amandes et d'eau-de-vie.
Cette v ille est très-ancienne : c'était la capitale des Luteves, tribu des Volces Teclosages; après avoir appartenu successivement aux Visigolbs et aux Francs, elle fut l'une des sept villes épiscopales de la Scptimaiiie. Au dixième siècle c'était une vicomté dépendante du marquisat de Gothic, mais dont les évéques finirent par obtenir la souveraineté. Elle résista aux Albigeois, resta catholique au seizième siècle et fut pillée par les huguenots. C'est la patrie du cardinal Fleury.
Dans le voisinage de Lodève se trouve la commune de l'illeneuvetle , peuplée de &00 personnes, et qui n'est qu'une manufacture de draps pour les troupes. Église, mairie, maison du patron et maisons des ouvriers sont renfermées entre les mêmes murailles et appartiennent à un seul propriétaire. La place est entourée de remparts crénelés , avec des redoutes de distance en distance; on y bat la diane comme dans une ville de guerre; une fois le pont-Ievis levé et la poterne close, on ne saurait plus y rentrer. Située au milieu d'un vallon planté de vignes, d'arbousiers et de grenadiers, entourée de coteaux couverts de pins, celte fabrique a été créée en 16G0 ; elle reçut à son origine les encouragements de Colbert et une subvention des États de Languedoc; jusqu'en 1789, on n'y travaillait que pour le commerce du Levant et des Indes -, ce n'est qu'après la révolution que la fabrication militaire a remplacé la fabrication commerciale '.
L'arrondissement de Lodève renferme quelques parties stériles cl d'autres remarquables par leur fertilité. Ces dernières se trouvent principalement à Clcrmont et à Gignac.
Sainl-Pons de Thomières, chef-lieu d'arrondissement , peuplée de 7,056 habitants, est située dans le beau vallon de Thomières, sur la rive droite du Jaur, torrent qui se grossit d'une belle source qui jaillit dans la ville môme au pied d'un rocher. La cathédrale dont la façade dalc de 936 est construite en marbre , ainsi que la plupart des maisons. L'industrie consiste dans l'exploitation des mines de fer et d *s carrières de marbre , dans la fabrication de draps communs et de couvertures de laine , etc.
Celle ville doit son origine à une abbaye fondée en 936 par Raymond-Pons, sixième comte de Toulouse, que plusieurs princes dotèrent richement, et qui devint l'un des plus célèbres de la France. Une ville se forma autour de ses murs, et elle fut érigée en évêché en 1318. Dans les guerres du seizième siècle, elle tomba tour à tour au pouvoir des catholiques et des protestants.
Au sud-est de Saint-Pons , sur les bords de la Bernasoubre, se trouve Sainl-Chinian, petite ville qui doit son origine à une abbaye de bénédictins, et qui a d'importantes fabriques de draps et de caslorincs. Sa vallée est riche en prairies et en bons vignobles.
' Awliganne, Les populations ouvrières de la France, l. H, p. "0. Voir dans c«t ouvrage de curieux détails sur le? iriruis des om riers de Lotlctc.
LIVnE HUITIÈME.
L'arrondissement de Saint-Pons, presque entièrement montagneux, est moins riche et moins fertile que les autres arrondissements de l'Hérault.
Mauguio est un bourg de 2,000 habitants, situé près de l'étang du même nom, et qui sous le nom de MelgucU a joué un grand rôle dans l'histoire du Languedoc. Ses comtes, qui dataient du dixième siècle, étaient très-puissants et avaient possédé Maguelonne ot Subslantion. Ce comté passa en 1172 aux comtes de Toulouse.
Maguelonne est une petite Ile de 2,000 mètres de longueur, située dans l'étang de Thau, et qui renferme quelques maisons et une vieille église. C'est tout ce qui re*te d'une ville fondée probablement par les Phocéens de Marseille , et qui a été longtemps la plus importante de tout le pays. Elle devint vers le cinquième siècle le siège d'un évêché célèbre. Les Arabes s'en étant emparés et en ayant fait leur principal port, Charles Martel la prit en 737 et la détruisit. En 1037, elle fut rétablie, et le pape Urbain II vint y prêcher la première croisade; mais elle ne put reprendre son importance, et n'avait plus au seizième siècle que son église et ses fortifications. Le siège de l'évêché fut transféré en 1536 à Montpellier; Louis XIII fit détruire les restes de la ville, et il ne resta que l'église, monument ancien du septième siècle, réparé au onzième, et qui sert aujourd'hui d'écurie. Du sommet de cet édifice très-dégradé, la vue domine un immense horizon de mer et la longue série des étangs de Mauguio, Pérols, Maguelonne, Thau; elle s'arrête aux murailles d'Aigues-Mortes d'un côté et de l'autre côté, à la montagne de Cette.
Cattelnau est un village de 800 habitants, situé à 3 kilomètres de Montpellier, sur la rive droite du Lez. Près de là sont les ruines très-informes de la ville romaine de Subslantion, qui était très-forte et bâtie sur trois éminences. L'évêché de Maguelonne y fut transféré après la destruction de cette ville , et y resta jusqu'au onzième siècle.
Frontignan est une petite ville de 2,000 habitants, située près du canal des Étangs, et qui du temps de Louis XIII faisait presque tout le commerce maritime du Languedoc. Elle n'est plus importante que par ses vins muscats, qui rivalisent avec ceux du Roussillon.
Lunel, ancienne et jolie ville de 7,000 habitants, est située près du Vidourle et sur le canal qui débouche dans l'étang de Mauguio. Elle était autrefois forte, et fut plusieurs fois prise dans les guerres de religion ; Richelieu en fit raser les fortifications. Son territoire est fertile en vins muscats très-renommés, et elle fait un grand commerce d'eaux-de-vie , de raisins secs, de graines, de laines, etc.
Cette, chef-lieu de canton, avec un tribunal de commerce, un collège, une écolo d'hydrographie, est la villo la plus importante du département après Montpellier, dont elle est le port. Sa population est de 19,122 habitants. C'est notre deuxième port de commerce sur la Méditerranée et l'une des villes les plus intéressantes de la France par sa situation pittoresque, son aspect animé et prospère, sa population active et laborieuse, la multitude de ses voies de communication. Elle est bâtie sur une langue de terre entre l'étang de Thau et la mer, sur le flanc et au pied d'une montagne calcaire dans le sein de laquelle se trouvent, au-dessous du niveau de la mer, des terrains de formation douce alternant avec des terrains de formation marine. Son port, qui est le principal débouché du canal du Midi , fermé par deux môles et protégé par deux forts et une citadelle, n'a que 6 à 7 mètres de profondeur, et peut contenir
&00 bâtiments. Il communique avec l'étang de Thau par un large canal, et par un canal moins large avec le canal des Étangs.
Cette ville, dont la prospérité s'accroît tous les jours, a donné au Languedoc le débouché maritime dont il manquait; c'est l'intermédiaire commercial entre Bordeaux et Marseille, auxquelles elle est ou doit être unie par deux chemins de fer. Son industrie consiste principalement dans la fabrication des vins de liqueur, eaux de-vie, liqueurs fines, tonneaux dont il sort une prodigieuse quantité. Son commerce consiste principalement en vins, eaux-de-vie, esprits, fruits, grains, etc. On y trouve des bains de mer fréquentés, et dans son voisinage des salines très-importantes.
Les Anglais y essayèrent une descente en 1710 et furent repoussés. Ce n'était alors qu'un port de cabotage à peine fortifié. Son importance et sa prospérité ne datent réellement que de nos jours.
Balamc, village de 600 habitants , situé près de l'étang de Thau , est célèbre de toute antiquité par ses eaux thermales, les plus énergiques qu'on connaisse contre les paralysies.
Mèze, dont le port peut recevoir soixante petits navires, est importante par ses fabriques d'eaux-de-vie. A une lieue et demie se trouve l'ancienne abbaye de ValUmayne, dont il reste une très-belle église du treizième siècle.
Gangtt est une jolie ville de /j,500 habitants, située sur l'Hérault, dans un pays très -pittoresque et entouré de montagnes. Elle est dominée par un vieux château et presque entièrement peuplée de calvinistes. Cette ville est très-importante par ses fabriques de bas et de gants de soie, qui sont exportés jusqu'en Amérique. Tout son territoire est occupé à l'éducation des vers à soie. Dans son voisinage est la Baumedes-Demoiselles . l'une des plus belles grottes qui soient en Europe.
Autant est une jolie petite ville de 2,600 habitants, située près de l'Hérault dans une plaine fertile , où la rivière , qui sort d'un pays montagneux , commence à avoir un cours paisible. On y trouve l'église et les bâtiments d'une abbaye très-célèbre, et qui a été pendant plusieurs siècles un foyer de lumières pour tout le Midi. Cette abbaye fut fondée par saint Benoît dit d'Aniane, fils d'un comte de Maguelonne, à la fin du huitième siècle. Aniane fabrique des produits chimiques , a de nombreuses tanneries, et fait un grand commerce de cuirs.
Saint-Thibcry est une petite ville de 1,600 habitants, située près de l'Hérault dans un territoire fertile en oliviers. C'est l'ancienne Castro Tectosagum. Elle a pris son nom d'un martyr, sur le tombeau duquel s'éleva une abbaye dont on voit les ruines, et elle était défendue par un château construit sur une chaussée basaltique.
Péztnas est située sur l'Hérault, dans un pays délicieux , et qui est remarquable par sa population active et industrieuse ; elle a un tribunal de commerce , 7,375 habitants, et peu de monuments On y trouve des lavages de laine, des tanneries, des distilleries d'eau-de-vie, et le commerce, qui est très-actif, consiste principalement en vins, eaux-de-vie, esprits, etc. C'est dans cette ville que la mercuriale des eauxde-vie est fixée tous les samedis et sert de régulateur pour ce genre de commerce dans toute la France et dans une partie de l'Europe.
C'était une ancienne cité des Volces, qui fit partie de la vicomté de Béziers, en suivit les destinées, et fut réunie à la couronne par saint Louis. Ce fut la résidence des Mont-
morency-Damvillc, lorsque ces gouverneurs du Languedoc essayaient de se faire dans le Midi une position indépendante. A Pézenas est né le poëte latin Vanière.
Agde, chef-lieu de canton, avec un tribunal de commerce et un conseil de prud'hommes, est située sur l'Hérault et à k kilomètres de la mer. On l'appelle la ville noire, et elle a, en effet, l'aspect le plus triste à cause de ses murailles, de ses tours, de ses maisons, de ses quais bâtis en laves noires provenant de la montagne volcanique de Saint-Loup, située à k kilomètres au sud-est. Sa cathédrale, qui date du onzième siècle, est un beau monument. Cette ville est très-importante par son port formé par l'Hérault, qui a 70 mètres de largeur; il peut contenir &00 bâtiments, et fait surtout le commerce de cabotage en vins, eaux-de-vie, grains, etc. Il est défendu en mer par le fort Brescou, situé sur un rocher basaltique, a h kilomètres de la ville.
Agde (Agatha) est très-ancienne; c'était une colonie des Marseillais, qui fut prospère sous les Romains et devint l'une des sept cités de la Septimanie. Charles Martel fit raser ses murailles en 737. Elle fut prise en 1216 par Amaury de Monlfort, et réunie par saint Louis à la couronne en 1229. André Doria, dans la lutte entre Philippe le Bel et Alphonse III d'Aragon, y déharqua, massacra tous les habitants ei la livra aux flammes. Au quatorzième siècle Agde était sortie de ses ruines, et son commerce prospérait. Elle fut l'une des villes des huguenots, et prit part aux révoltes du Midi contre les rois de France. Son port fut bâti de 1637 à 1642.
La montagne de Saint-Loup est composée de quatre sommités ayant seulement 100 mètres de hauteur, que couronne une sorte de pic élevé de 300 mètres. C'est un ancien volcan, et sur l'un de ses courants de lave est bâtie Agde. Au sommet du pic est un ancien ermitage; ses flancs et le cratère sont couverts de vignes et de maisons; au pied est l'étang de Luno. On y jouit d'une vue magnifique sur l'étang de Thau , la plage et la mer.
Sainl-Gervais , petite ville de 2,620 habitants, située dans une étroite vallée, au centre des montagnes de l'Orb , est célèbre par son bassin houiller, qui s'étend sur 17 kilomètres de long et 1 kilomètre et demi de large, depuis le pont de l'Orb, sur la route de Lodève à Bédarrieux, jusqu'au pont de Monlieu, sur la route d'Agde a Ca-lrcs ; il donne de très-riches produits et se divise en six concessions, dont les plus importantes sont celles de Grautasae et du Bousquet. Ce terrain houiller repose immédiatement sur le granit , et renferme de nombreux filons de fer, de cuivre , de plomb argentifère. Les houilles de Sainl-Gervais sont exploitées depuis plusieurs siècles, mais leurs produits ne se consommaient que dans les environs, à cause de leur situation dans des gorges profondes séparées de tout débouché par des montagnes très-difficiles. Un chemin de fer qui est en construction doit un:r Graissessac à Béziers.
Sainl-Gervais, Graissessac et les communes voisines ont des clouteries importantes.
Bédarrieux est une jolie ville industrielle de 10,000 habitants, et qui est située sur l'Orb, dans un pays qui présente des sites délicieux. Elle est bien bâtie, bien percée, et renferme des fabriques de draps unis et d'étoffes de fantaisie , de flanelles , de chapeaux , des tanneries, teintureries, papeteries, etc. Elle a le monopole des draps pour casquettes, dont elle vend annuellement 200 à 250,000 pièces. Elle fait d ailleùrs
commerce de papiers, huiles, vins, elc. La plupart des produits de ses fabriques s'écoulent dans le Levant et en Afrique.
CUrmont-t Hérault, ville industrielle de 7,000 habitants, est située près d'un ruisseau qui se jette dans l'Ergue , sur le penchant d'une colline dominée par las restes d'un vieux château. Elle renferme une belle église gothique et une manufacture de draps très-célèbre, et qui donne annuellement 30,000 pièces. On y fabrique en outre des mouchoirs, des eaux-de-vie, des cuirs, etc.
Minerve est un village de cinquante feux , situé sur la Cesse , torrent qui roule dans des gorges sauvages. Il était défendu par un château très-fort, élevé sur un roc environné de précipices, et dont il reste une tour. En 1210 , Simon de Monfort s'empara de ce château, et fil jeter tous les défenseurs dans les flammes. Le pays où est situé Minerve est un des plus agrestes et des plus curieux du midi de la France.
Dans les environs se trouvent les mines de houille à'Azillanel et de Lacaunetle.
g XVIII. DÉPARTEMENT DU GARD. — STATISTIQUE, COMMERCE, AGRICULTURE , ETC. —
Le déparlement du Gard a été formé du Nemosez et de l'Uzégeois, partie du bas Languedoc. Sa superficie est de 592,108 hectares ; sa population était : en 1801 , de 300.1M habitants; en 1831, de 357,283 hab. ; elle est aujourd'hui de 7*08,163 habitants, dont 150,000 calvinistes. Il a pour chef-lieu Nîmes, et forme k arrondissements, ainsi subdivisés :
Arrondissement de Nîmes . ..... n cantons, 73 communes, 149,504 habitants.
— d'Alais 9 — 97 — 1^2,339 —
— dM.ïès S — 99 — 90,011 —
— du Vigan 10 — 79 — 67,249 —
4 arrondissements 38 cantons, 348 communes, 408,163 habitants.
Il forme le diocèse de l'évêché de Nîmes, et possède, pour le culte protestant, 17 églises consistoriales, 80 temples et 150 écoles calvinistes. Il renferme une cour d'appel (Nîmes), h tribunaux de première instance, 3 tribunaux de commerce (Alais, Anduze, Nîmes), un lycée, h collèges (Bagnols, Alais, Uzès, le Vigan), une école normale primaire, 3 écoles supérieures, 785 écoles élémentaires. Il fait partio de la 10* division militaire (Montpellier), et contient 2 places, Aigues-Mortes et la citadelle de Pont-Saint-Esprit. Les côtes appartiennent au sous-arrondissement de Port-Vendres et à la préfecture maritime de Toulon.
Le nord de ce département est montagneux, et comprend une partie du plateau de Larzac et de la chaîne du Levezou ; le midi est une fertile plaine coupée de coteaux ; la côte est malsaine et bordée de marais très-étendus. Les rivières, torrentueuses dans les montagnes et terribles par leurs inondations, ont en plaine leurs bords couverts de prairies naturelles. Les arbres fruitiers sont très -abondants; la vigne et l'olivier viennent partout et semblent un produit naturel du sol. La richesse principale des cantons voisins des Cévenncs est le mûrier, qui est cultivé jusque dans les creux des rochers. Le châtaignier vient bien dans les parties les plus septentrionales.
Le Gard renferme 160,000 hectares en landes, dunes, marais, etc., 157,000 hectares en terres labourables, 106,000 en forêts, 71,000 en vignes, etc. L'agriculture y c>t florissante, mais la récolte en céréales (un million d'hectolitres environ) n'est pas suffisante; elle est abondante en fruits, et surtout en vins, les plus estimés du Lan-
guedoc (Tavel, Saint-Geniez , etc., 1,200,000 hectol.). La culture de l'olivier donne 30,000 hectolitres d'huile, et l'élève des vers à soie 236,000 kilogrammes de soie grège. On y compte 5,000 ânes, 10,000 chevaux, 25,000 mulets, 7,000 létesdegros bétail, 500,000 moutons, 45,000 porcs, 15,000 chèvres. L'exploitation minérale est une source de richesse pour le département; elle consiste surt ut en sel des marais salants, en houille et lignite (3 millions 850,000 quint, métriq.) , en fer (4 à 5 millions de fr.) , plomb et antimoine. Les sources minérales les plus fréquentées sont celles d'Euzet et de Fonsanches.
L'industrie manufacturière, en dehors des forges, comprend principalement l'impression des châles et étoffes, et la fabrication des tissus de soie, bourre de soie, de soie et laine, soie et coton, dont Nîmes est le centre, mais qui est répandue dans toutes les villes du département. Cette fabrication donne des châles, des tapis, de la bonneterie de soie et de coton dont les produits sont très-renommés. Ceux-ci forment, avec les vins, les esprits et les fers, les principaux objets d'exportation.
On compte dans le département 10 routes impériales, sur 483 kilomètres; 24 routes départementales, sur 657 kil. ; 1,951 chemins vicinaux, sur 4,877 kil. , et un chemin de fer, de la Grand'-Coiiibe à Beaucaire , par Alais et Nîmes , sur 86 kilomètres de développement,
5 XIX. Département du Gard. — Description des villes. — Ximes, chef- lieu du département, est le siège d'un évéché et d une cour d'appel ; elle renferme un tribunal de commerce, un conseil de prud'hommes, une église consistoriale réformée, un lycée, une bibliothèque de 40,000 volumes. Sa population est de 53,619 habitants.
Cette ville, également célèbre et par la magnificence de ses monuments antiques, ' et par l'importance de ses fabriques, qui font d'elle la reine industrielle du Languedoc, est bâtie dans une plaine très-ferlile , à quelque distance de la rive droite de la Vistre, sur un terrain bas, qu'entourent 7 collines ou garrigues nues et rocailleuses. Elle se compose, pour ainsi dire, de trois villes : la vieille cité romaine, petite, sale, mal pavée, mais dont les vestiges rappellent tant de grandeurs passées; la ville industrielle, qui date du quinzième siècle, et qui a eu son plus grand éclat de 1830 à 1848; la ville aristocratique, qui date de cette dernière époque, et dont les rues et les maisons rivalisent avec celles de Paris.
Les antiquités romaines de Nîmes sont les mieux conservées et les plus complètes qui existent au monde; elles se composent de : 1° L'amphithéâtre ou les Arènes, cirque elliptique dont le grand axe a 131 mètres, cl qui pouvait contenir 25,000 spectateurs sur 34 gradins; il est resté presque intact dans son ensemble, malgré les révolutions qui ont passé sur lui, les dévastations des barbares, l'incendie qu'y alluma Charles Martel et dont les traces existent encore, sa transformation en forteresse dans le moyen âge, etc. On croit qu'il fut construit par Anlonin. 2° La maison carrée, temple de forme rectangulaire, admirablement conservé, malgré les masures et les décombres où il a été enterré pendant plusieurs siècles, et que Barthélémy appelle le chef-d'œuvre de l'architecture ancienne. Il est orné à l'intérieur des plus délicates sculptures, et à l'extérieur de 30 colonnes d'ordre corinthien du plus admirable travail. Depuis 1824 1 on y a placé un musée de peinture et d'antiquités. 3° La tour Magne, reste de l'ancienne enceinte, bâtie sur la plus haute des 7 collines, et dont Charles Martel n'a
laissé qu'un fragment. A son sommet on jouit d'une vue magnifique sur toute la ville et ses environs; à son pied est une source intarissable, qu'on appelle la Fontaine, et qui arrose un charmant jardin. If Le temple de Diane à demi ruiné, la porte d'Auguste, des débris d'anciennes murailles, etc.
Les monuments modernes sont peu remarquables ; ce sont : la cathédrale , construite sur la base d'un temple d'Auguste, et qui renferme les tombeaux de Fléchicret de fierais, le palais de Justice, l'hôpital général , une jolie fontaine, etc.
La fabrique nlmoise occupe 25,000 ouvriers et met en œuvre toutes les matières textiles, sauf le lin et le chanvre; la soie, la laine el le coton entrent dans ses châles brochés ou imprimés, dans ses étoffes mélangées, dans ses tapis, ses articles de bonneterie, ses foulards, ses cravates. La ville est d'ailleurs l'entrepôt de toutes les soies grèges et ouvrées du midi de la France. Son commerce consiste dans les produits de ses manufactures, qui vont en Italie, en Espagne, en Amérique, en vins, eaux -devie, plantes tinctoriales, etc.
L'origine de Nîmes est incertaine ; c'était l'ancienne Nemausus, qui fut fondée suit par les Ibères, soit par les Phocéens de Marseille. Elle fut la capitale des Volces Arecomices. Les Romains l'ayant prise 122 ans avant Jésus-Christ, Auguste y établit une colonie de vétérans, et lui bâtit une enceinte flanquée de tours, dont la tour Magne est un débris. La population manquant d'eau, Agrippa, gendre d'Auguste, y fit amener les eaux de la vallée d'Uzès au moyen d'un aqueduc dont le pont du Gard était une partie. Ce pont, situé à 18 kilomètres au nord de Nimcs, se compose de trois rangs d'arches superposés, dont 6 pour le rang inférieur, 11 pour le rang du milieu, 35 pour le rang supérieur, qui supportait l'aqueduc ; il traverse la vallée étroite et sauvage du Gardon, qui roule ses eaux impétueuses sous les arches inférieures. Ce monument a 200 mètres d'étendue sur 53 mètres de hauteur. Il est dans un état
presque complet de conservation, et réunit la noblesse et l'élégance des proportions à une solidité qui semble défier les siècles. 11 inspire, ainsi que les autres antiquités de Nîmes, une admiration voisine de la stupéfaction pour le génie et la grandeur de ce peuple qui bâtissait au fond d'une de ses provinces, dans un pays encore barbare, des chefs-d'œuvre indestructibles.
Nîmes fut encore embellie par Trajan , Adrien , Dioclétien ; elle portait le surnom de seconde Rome, et avait atteint son plus haut degré de splendeur, lorsqu'elle fut successivement ravagée par les Vandales, les Visigoths, les Francs, les Arabes, les Normands. Dévastée de nouveau dans la guerre des Albigeois , dans les guerres des Anglais en France, elle n'était plus au quatorzième siècle que l'ombre d'elle-même, et ne comptait, dit-on, que 600 habitants. Sous François Ier, et avec l'appui de ce roi ami des arts, elle sortit de ses décombres, et commença sa vie industrielle. Son développement fut arrêté par les guerres religieuses, où elle se jeta avec une ardeur qui n'est pas encore aj aisée. Elle prit un grand accroissement pendant le dix-septième siècle, et, malgré la révocation de l'édit de Nantes, devint, dans le dix-huitième, l'une des grandes cités manufacturières de la France. Mais la Révolution et les guerres de l'Empire arrêtèrent encore sa prospérité : aussi monlra-t-elle un ardent royalisme en 1815, et ses rues furent alors souillées des plus sanglants excès.
Nimes présente, parmi toutes les cités du midi, où les passions religieuses jouent TOME 11. 10
un si grand rôle , parmi même toutes les cités de la France , le spectacle étrange d'une ville partagée entre deux religions rivales. Les catholiques forment les deux tiers de la population; mais le tiers protestant est composé des familles les plus riches, des grands capitalistes, des chefs de l'industrie. Les haines semblent aussi profondes qu'au seizième siècle entre ces deux parties de la population : c'est une hostilité implacable, qui n'est pas engendrée par l'ardeur des croyances, mais par la tradition , l'habitude, l'instinct. II n'y a pas de partis politiques à Nimes, il y a deux religions ennemies, tous les dissentiments d'opinion et de sentiments, tous les dissentiments matériels ne pouvant avoir de vie qu'en revêtant la couleur religieuse. En temps ordinaire , les deux cultes, ou plutôt les deux partis, se regardent silencieusement et avec défiance ; mais, à chaque révolution qui se fait en France, ils sont en présence. « Le vieil esprit des camùards n'est pas éteint dans ces contrées; mais les volontaires n'y manqueraient pas non plus dans des moments de crise, s'il fallait recomposer les bandes des cadets de la croix. Les odieux et plus récents exploits des Servan et des Truphcmy ont encore ravivé le souvenir des anciennes luttes où furent commis de part et d'autre, sous le masque religieux, tant d'actes abominables qui avaient leur source dans le plus mauvais côté du cœur humain *. »
Kimes est le lieu de naissance do Rabaut-Sainl-Élienno , de Court de Gébclin, du peintre Sigalon, de M. Guizot, etc.
Alais est la deuxième ville du département par l'importance de sa population et de son industrie ; c'est un chef-lieu d'arrondissement qui a un tribunal de commerce, une église consistoriale calviniste, un collège communal et 18,871 habitants. Elle est située dans un vallon qui ressemble à une corbeille de verdure, entre des coteaux chargés d'arbres jusqu'au faite, sur la rive gauche du Gardon, dont les débordements terribles et périodiques sont arrêtés par une ligne de quais magnifiques. Elle a peu d'édifices remarquables, mais de jolies promenades; et de la terrasse de l'ancien château l'on jouit d'une très-belle vue.
Cette ville est ancienne, mais sa célébrité ne date que du seizième siècle. Elle embrassa la réforme avec une grande ardeur, et se maintint indépendante jusque sous Louis XIII , qui fit raser ses fortifications. Aucune ville n'eut plus à souffrir de la révocation de l'ddil de Nantes. Les habitants ayant pris part à l'insurrection des Cévennes, Louis XIV y fit bâtir une citadelle pour les maintenir dans l'obéissance , et y établit un évéché pour les convertir au catholicisme. Après cette existence agitée, Alais tomba dans une obscurité profonde , dont elle est sortie tout récemment pour prendre rang parmi les villes les plus industrieuses de la France. Celte transformation est due à la découverte et à l'exploitation du riche terrain houiller sur lequel Alais est bâtie. Ce terrain occupe plus de 40,000 hectares et produit annuellement plus de 1,600,000 quintaux métriques de houille. La partie voisine d' Alais en renferme 18 à 20 couches d'une exploitation facile, et qui alternent avec des couches de minerai de fer d'excellente qualité. Nulle part en France le minerai et le combustible ne se trouvent mêlés d'une manière plus favorable à l'extraction et à la fabrication. Les fonderies d'Alais fournissent annuellement 400,000 kilogrammes de fer qui rivalise avec le fer anglais. On trouve encore dans ce même terrain des mines de plomb, de zinc, de manganèse, de
1 Audiginne, t. Il, p. 38.
couperose. Un chemin de fer a été construit d'Alais à Nîmes pour le transport de toutes ces richesses minérales. Ce chemin se continue, en remontant le Gardon, jusqu'à la Grande-Combe, où l'exploitation houillère est encore plus considérable et occupe plus de 3,000 ouvriers.
Les hauts fourneaux, les forges et les fonderies d'Alais, ses exploitations minérales, sa bruyante industrie , présentent le contraste le plus frappant avec la nature du pays où ils sont établis , pays abondant en sites pittoresques , dont les aspects pleins de mollesse semblent convier aux loisirs champêtres. Aussi Alais est encore distinguée par une industrie plus douce et plus riante : la ville et son territoire sont le centre d'une fabrication très-active de bas et gants de soie, de iiloselle, de rubans, etc. 11 s'y tient des foires considérables pour les soies grèges et ouvrées.
L'arrondissement d'Alais, ainsi que les arrondissements d'Uzès et du Vigan , forment le pays où la mystérieuse éducation des vers à soie et la filature de leurs précieux cocons occupent le plus de bras. De là sort la meilleure soie de l'Europe. La population qui s'adonne à cette industrie est essentiellement agricole et remarquable par ses goûts d'ordre, ses habitudes laborieuses et frugales, sa modestie d'existence, sa gaieté, ses mœurs pures et hospitalières.
Utis. chef-lieu d'arrondissement, avec un collège communal et 6,943 habitants, est située sur l'Auxon, affluent du Gard, sur la pento d'un coteau d'où jaillit la fontaine d'Eure , fontaine qui vivifie un charmant paysage, et qui alimentait Nîmes par le fameux aqueduc du pont du Gard. C'est une ville fort ancienne , qui a eu de l'importance pendant tout le moyen âge, mais qu'aucun événement ne distingue des autres villes du Languedoc. Elle était le siège d'un évêché dès le sixième siècle. Sous Charles IX , l'évêque , le clergé , tous les habitants embrassèrent la réforme ; elle devint alors l'une des places des huguenots, et elle ne rentra dans la soumission à l'autorité royale que sous Louis XIII , qui fit démolir ses fortifications. Aujourd'hui elle se distingue par ses filatures de soie , ses fabriques de bonneterie de soie et de grosse draperie, et son commerce d'huiles et de vins. Tout son territoire est très-fertile en olives et en mûriers. On n'y trouve d'autres monuments remarquables que son ancien palais épiscopal et le vieux château des ducs d'Uzès.
Le Vigan, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal de commerce, une église calviniste, un collège communal, a une population de 4,933 habitants. C'est une jolie ville , située au pied du mont Leberon , sur un torrent affluent de l'Hérault. Elle est bien bâtie, et sa place principale est décorée de la statue du chevalier d'Assas. Ses environs offrent des sites charmants, et son territoire est très-favorable à I éducation des vers à soie. Son industrie consiste en filatures de soie, bonneterie, ganterie, tanneries, et son commerce en vins, huiles, soies, etc.
Aigvet-Mortet (4,046 hab.) est une ancienne ville qui offre un grand intérêt à cause de ses souvenirs historiques et de la précieuse conservation de ses murailles. Elle est située dans une contrée marécageuse, à la jonction des canaux de Beaucaire, de la Radelle, du Bourgidou et de la Grande-Roubine , par lequel elle communique à la Méditerranée, dont elle est éloignée de 4 kilomètres. Ce dernier canal , qui a 40 mètres de largeur, 3 de profondeur et 6,000 de longueur, aboutit à un chenal défendu par des digues : c'est le Grau d' AiyiesMortcs.
Elle doit son origine à une abbaye de bénédictins restaurée par Charlemagne, el autour de laquelle se bâtirent quelques maisons. Saint Louis en ayant fait l'acquisition, en fit creuser le port et y rassembla la flotte avec laquelle il fil sa première croisade. La mer était alors aussi éloignée de la ville qu'elle est aujourd'hui, mais le canal par lequel on y arrivait était plus profond et plus facile. Saint Louis s'embarqua de nouveau à Aigues-Mortes pour sa deuxième croisade. Philippe le Hardi la fortifia sur le plan, dit-on , de la ville de Damiette. Ces fortifications, qui sont très-bien conservées, ei forment l'un des monuments les plus curieux de la France, consistent d'abord en une belle muraille de 11 mètres de hauteur, percée de meurtrières, garnie de mâchicoulis, couronnée de créneaux et flanquée de 15 tours; puis dans un vaste château et une grosse tour, dite de Constance, d'une hauteur de 29 mètres et ïurmonlée d'un phare.
La prospérité d'Aigues-Mortes décrut rapidement. Dès le quatorzième siècle son port était déjà encombré par les sables que le Rhône charrie sur cette côte; mais, comme place forte, elle continua à jouer un grand rôle. Une garnison bourguignonne, vers la fin du règne de Charles VI, y fut massacrée par les Armagnacs. Dans les guerres religieuses, les protestants y égorgèrent les catholiques, et en firent une de leurs places de sûreté. Dans le dix-huitième siècle, la tour de Constance fut convertie en prison où l'on enfermait les femmes des camisards, et plusieurs y restèrent toute leur vie.
Aigues-Mortes a des fabriques de soude, et fait commerce de sel et do poissons. Dans son voisinage, et près du Rhône-mort, sont les salines naturelles do Peccais, qui ont 18 kilomètres de circuit et occupent 2,000 ouvriers. Peccais était défendu par un fort récemment détruit. Entre le canal d'Aigues-Mortes, le Rhône mort et la mer, est une île de 40 à 50 kilomètres de tour, qu'on appelle l'Ile du Grau d'Orgon, et dont nous avons déjà parlé.
Saint-Gilles du Gard, située sur le canal de Beaucaire (5,986 hab.), est une ville ancienne, autrefois célèbre par une abbaye qui datait du cinquième siècle, et dont l'église, construction des neuvième et dixième siècles, existe encore. On y remarque la fameuse vis de Saint-Gilles, voûte annulaire, qui soutient un escalier tournant autour d'un noyau évidé, chef-d'œuvre de l'art de la coupe des pierres. Il s'y trouve aussi une deuxième église souterraine qui est bien conservée. Les environs renferment des vignobles dont les produits fort estimés sont l'objet d'un grand commerce. Saint-Gilles a donné son n<vn à la famille des comtes de Toulouse, qui fut ruinée par la guerre des Albigeois.
Beaucaire, jolie ville de 11,045 habitants, est située sur la rive droite du Rhône, en face de Tarascon ( Bouches-du-Rhône ) , avec laquelle elle communique par un pont suspendu de fil de fer, de 4 arches, et long de 250 mètres, l'un des plus beaux de la France. Cette ville est avantageusement placée pour le commerce, à l'origine du canal d'Aigues-Mortes et du chemin de fer, qui se bifurque à Nîmes, vers Alais el vers Cette. Elle est assise entre le Rhône, le bassin du canal et des hauteurs rocheuses que couronnent les ruines d'un ancien châleau. On y remarque la tour carrée, les restes d'une voie romaine découverte en 1734 , et quelques autres antiquités. Mais ce qui rend surtout Beaucaire célèbre , c'est la foire qui s'y tient chaque année au mois
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de juillet, et qui rivalise avec les plus fameuses de l'Europe. Il s'y rend habituellement plus de 100,000 personnes de tous pays, Français, Espagnols, Italiens, Algériens, Turcs et Arméniens.
On croit que Beaucaire est l'ancien L'rgcnum, et que son nom moderne vient d'un château fort construit au quatorzième siècle {BelLcadro). Lors de la division du royaume d'Arles, Beaucaire échut aux comtes de Provence, et fut cédée en 1125 , par Raymond Béranger I", à Alphonse Jourdain , comte de Toulouse. Elle est célèbre par la cour plénièrc que Raymond V y lint en 1172 et où l'on fit tant de prodigalités. Elle eut beaucoup à souffrir dans la guerre des Albigeois , pendant laquelle elle fut prise et ravagée plusieurs fois, et dans les guerres religieuses du seizième siècle. Son château fut démantelé en 1622 par ordre de Louis XIII.
ViUenruve-lès- Avignon est une petite ville de 3,733 habitants, située près de la rive droite du Rhône, en face d'Avignon, à laquelle elle communique par un pont. Son aspect est très-étrange: assise sur le flanc d'un rocher stérile et jaunâtre, avec ses murailles dorées par le soleil, son antique chartreuse flanquée de tours, ses vieilles maisons, son voisinage de la ville des papes, elle semble une relique intacte du moyen âge. On y fabrique des étoiles de soie , des toiles et des cordages.
Pont-Saint-Esprit est une petite ville de 5,538 habitants, située sur la rive droite du Rhône, et qui doit son nom et sa célébrité à son pont sur le fleuve. Ce pont, aussi solide que hardi , car il est construit dans un endroit où le Rhône a une très-grande largeur et une menaçante rapidité, fut commencé en 1265 et achevé en 1309; il a 820 mètres de long sur 5 de large, et se compose de 23 arches, dont 19 grandes et 4 petites. Il fut construit avec les dons que les fidèles déposèrent dans une chapelle voisine dédiée au Saint-Esprit. Ce pont a une grande importance commerciale et militaire : c'est le seul construit en pierre qui soit sur le fleuve depuis Lyon , et c'est ia grande communication de tout le Languedoc , de tous les pays voisins des Pyrénées avec le Dauphiné et les pays voisins des Alpes. Il est défendu sur la rive droite par une forte citadelle élevée par Louis XIII pour contenir les protestants.
La ville, mal bâtie et malpropre, a subi plusieurs sièges pendant les guerres do religion. Elle fait un assez grand commerce de vins , huiles et fruits.
Anduic est une petite ville de 5,500 habitants, située sur le Gardon , à l'entrée des Cévennes , entre des rochers escarpés et des coteaux couverts de vignes et d'oliviers. Elle est ancienne et mal bâtie , mais ses environs ressemblent à un jardin. On y fabrique des draps, des chapeaux, de la bonneterie, etc.
Sommières, ville industrielle de 4,000 habitants, située sur le Vidourle, était autrefois une place très-forte des calvinistes et dont le château existe encore. On y fabrique des draps, des couvertures, des limousines, des eaux-de-vie, des cuirs, etc.
§ XX. — Département de la Lozère. — Statistique, agriculture, commence, etc. — Ce déparlement, formé de l'ancienne province du Gévaudan (Languedoc), a une superficie de 514,795 hectares, dont 250,000 mis en cultures et en prairies, 180,000 en landes, bruyères et montagnes; le reste en forêts et en vignes. Sa population était, en 1801, de 126,503 habitants; en 1821, de 133,934 hab. ; en 1831, de 140,347 hab.; aujourd'hui elle est de 144.705 habitants. 11 a pour chef-lieu Mende, et comprend 3 arrondissements ainsi subdivisés :
Arrondissement de Mende. • de Marvcjolt.
— de Florac . .
7 cantons, M communes, 49,30 1 hal.iUnts. 10 — 78 — 53,918 7 — 52 — 41,426 —
S arrondissements
24 cantons, 103 communes, H4.705 habitants.
Il forme le diocèse de l'évêché de Mende, et possède, pour le culte calviniste, 5 églises consisloriales , 8 temples et 17 écoles. Il renferme 3 tribunaux de preiniire instance relevant de la cour d'appel de Nîmes, un collège, une école normale, une école supérieure communale, 591 écoles élémentaires, dont 216 communales. Il fait partie de la 10* division militaire (Montpellier).
C'est un pays agricole, mais l'un des plus pauvres, des plus mal peuplés, des plus tristes de la France. Les villes y sont petites et mal bâties, les routes rares et mauvaises, les habitants peu actifs et industrieux. On y distingue trois parties : au nord , la Montagne (monts du Gévaudan, de la Margeride, d'Aubrac), sol de basaltes et de granit, qui ne produit guère que des fourrages et un peu de seigle; au centre, les Causses, du sud à l'ouest, terrain calcaire, qui forme la partie la plus fertile du déparlement, et sur lequel on récolte du froment, de l'orge, de l'avoine, des fourrages et des fruits; au sud, les Céveunet, du sud à l'est, région schisteuse, où toute la richesse de l'habitant consiste en châtaignes et pommes de terre, et où l'on cultive le mûrier. Le climat est généralement très-âpre et la température variable ; les hivers sont longs et rigoureux, et les pluies abondantes. La récolle en céréales suffit, celle en vins est faible et de mauvaise qualité. L'élève des vers à soie est importante , ainsi que celle des moutons, dont la race est estimée. Les richesses minérales consistent en fer, cuivre, plomb. L'industrie manufacturière ne consiste guère que dans la fabrication de cardes à lainages et de soie moulinée. On exporte surtout de la soie, îles châtaignes, du bois et des métaux. Les sources minérales de Bagnols et de la Choldetle sont renommées.
Il y a dans la Lozère 5 routes impériales, sur 38/j kilomètres; 21 roules départementales, sur 600 kil. ; 2,461 chemins vicinaux, sur 3,691 kilomètres.
S XXII. Description des villes. — Mende, chef-lieu du département et siège d'un évôché, a une chambre consultative des arts et manufactures, un collège communal et une population de 6,%k habitants. Elle est située agréablement sur la rive gauche du Lot, à une élévation de 600 mètres; sa forme est à peu près triangulaire; elle est mal bâtie, mal percée de rues étroites et tortueuses, et entourée d'un petit boulevard qui sert de promenade. Le vallon où elle est placée est arrosé par une foule de petits ruisseaux qui descendent des montagnes environnantes, et couvert d'un grand nombre de bastides ou maisons de campagne, entourées de vergers et de prairies. On remarque dans la ville l'ancienne cathédrale gothique, avec ses deux clochers, l'ancien palais épiscopal transformé aujourd'hui en préfecture, la galerie de tableaux, la bibliothèque de 7,000 volumes, etc. Mende est le centre de la fabrication et du commerce des serges et cadis qui portent son nom, et qui s'expédient en Allemagne, en Espagne, en Italie. Les environs abondent en châtaigniers, dont les fruits forment la principale ressource des habitants pauvres de la campagne.
Mende a eu pour origine l'ermitage qu'un solitaire , saint Privât , vint y tailler dans le roc, et qui se voit encore sur le mont Mimât. Saint Privât ayant été martyrisé
par les Vandales (376), et son tombeau opérant, disait-on, des miracles, ie mont Mimât devint bientôt un lieu célèbre de pèlerinage , et peu à peu Mende prit naissance. Au dixième siècle, l'évéché du Gévaudan y ayant été transféré, les évèques achetèrent de Raymond de Saint-Gilles les droits que celui-ci avait usurpés sur la ville , et leur puissance temporelle s'établit sur tout le pays. En 1162, elle fut ceinte de murailles, et devint la capitale du Gévaudan. Toute son histoire pendant le moyen âge consiste dans les querelles des évêques, qui avaient le titre de comtes du Gévaudan, avec les seigneurs voisins et les rois de France. Pendant les guerres religieuses, Mende eut beaucoup à souffrir des fureurs «les calvinistes , qui s'en emparèrent plusieurs fois; en 1579, elle tomba au pouvoir d'un chef d'aventuriers huguenots, Mathieu de Merle, qui, après l'avoir pillée et rasée, en fil le centie de ses brigandages, et ne l'évacua définitivement qu'en 1581. Depuis celle époque, cette ville est restée dans l'obscurité.
Marvejolt, chef-lieu d'arrondissement, peuplé de 4,386 habitants, est une jolie ville située dans un vallon sur les bords de la Colagne, affluent du Lot. Son industrie consiste en filatures de laines , fabriques de serges et de cadis, et son commerce en chapellerie; draps et étoffes de laine. Cette ville a beaucoup souffert des guerres religieuses : s'étant déclarée pour les calvinistes, elle fut prise par l'amiral de Joyeuse, qui la détruisit entièrement.
Florac, chef-lieu d'arrondissement, peuplé de 2,300 habitants, est bâtie sur le Tarnon , près de son confluent avec le Tarn , dans un vallon pittoresque, au milieu de vergers. Les hauteurs voisines sont couvertes de vignes que couronnent des bois de châtaigniers et des rochers, d'où s'échappe une source minérale. Cette petite ville, qui ne se compose que d'une seule rue, a une histoire fort obscure, et ne renferme rien de remarquable. C'est dans son arrondissement peuplé encore de protestants, au Pontde-Montvert, que commença sous Louis XIV la guerre des Cévennes.
Villefort (1 ,625 hab.) est une petite ville importante par l'exploitation des mines de plomb argentifère et de cuivre qui sont dans ses environs ; elle en est la fonderie centrale. Elle est située au pied du mont Lozère, sur la Devèse, affluent du Chassezac, et c'est le nœud des routes du Puy et de Mende sur Pont-Saint-Esprit et Nîmes.
Châleauneuf-de-Randon (620 hab.) est une ancienne petite ville dont l'importance actuelle consiste dans les neuf foires qui s'y tiennent annuellement et dans son commerce de bestiaux; elle est assise sur une montagne, était fortifiée jadis, et jusqu'à la fin du dix-septième siècle fut le siège d'une baronnie du Gévaudan.
Randon, à ce que l'on croit, fut le nom primitif de celte ville, que dominait un caslel appelé, dès le douzième siècle, le Château neuf. Cet ancien édifice, dont il ne reste plus que des ruines, est célèbre par le siège de 1380, que soutinrent les Anglais contre le connétable Duguesclin , qui y mourut pendant une trêve accordée aux assiégés. On sait que ceux-ci n'ayant pas reçu les secours qu'ils attendaient, rendirent la place au jour convenu et déposèrent les clés sur le cercueil du héros.
Bagnois, commune de 400 habitants, est un petit village bâti en amphithéâtre sur les bords du Lot, et célèbre par ses sources sulfureuses et ses bains, qui sont Irès-fréquentés.
Lanaogne (3,156 hab.) est une petite et triste ville bâtie sur un plateau élevé de
896 maires, sur la rive gauche de l'Allier, non loin de ses sources. Elle fait un assez grand commerce de grains, laines, mulets et bestiaux, et a des fabriques de draps et des filatures de lainei. Au dixième siècle , c'était un monastère dont l'église subsiste encore et sert d'église paroissiale.
La Canourgue (1,910 hab.) est une petite ville agréablement située sur PUragne, petit affluent du Lot. On y voit les ruines de l'ancien fort de Saint-Amand, et celles d'une fontaine gauloise. Il s'y fabrique des serges et des cadis.
Javols, bourg très-ancien de 1 ,000 habitants , est bâti sur l'emplacement de l'ancienne Gaballum, ville gauloise, capitale des Gaballi, premiers habitants du Gévaudan. C'était le siège d'un évôché fondé au troisième siècle, et qui fut transféré à Mende dans le dixième.
S XXII. DÉPARTEMENT DE L'ARDECHE. — STATISTIQUE, AGRICULTURE , COMMERCE, ETC.
— Ce déparlement, formé de la province du Vivarais, a une superficie de 550,004 hectares, dont 130,000 en terres labourables, 100,000 en bois, 150,000 en landes et bruyères, etc. Sa population était en 1801, de 266,656 habitants; en 1821, de 304,339 hab.; en 1831, de 340,367; elle est aujourd'hui de 386,505. Il a pour chef-lieu Privas, et forme trois arrondissements ainsi subdivisés :
Arrondissement de Privas 10 cantons, 107 communes, i2t,7G6 habitants
- de IWrgenttèrc . . . 10 — io4 — 114,43b —
— deTouruon .... Il — 124 — 147,311 —
3 arrondissements si cantons, 335 communes, 386,505 habitants.
Ce département forme le diocèse de l'évêché de Viviers, et possède pour le culte calviniste 5 églises consistoriales. Il renferme en outre 3 tribunaux de première instance ressortissant à la cour d'appel de Nîmes, 2 tribunaux de commerce (Annonay, Aubenas), un lycée à Tournon, un collège à Aubenas, 230 écoles primaires, etc. Il fait partie rie la 8' division militaire (Lyon).
C'est un pays très-montagneux ; sa partie occidentale est traversée par les monts du Vivarais, dont les ramifications couvrent tout le pays en descendant vers le Rhône, qui limite à l'est le département. Il est à la fois agricole et manufacturier. La récolte est insuffisante en céréales ; on y supplée par les pommes de terre et les châtaignes. \a culture de la vigne et du mûrier est très-développée. La récolte annuelle en vins est d'environ 500,000 hectolitres, dont les trois quarts sont exportas; plusieurs sont fort estimés, surtout ceux de Saint- Joseph , de Comas, et les blancs mousseux de Saint-Péray.
L'élève des bestiaux est assez importante, surtout celle des moutons et des chèvres. On estime que le département possède environ 20,000 hectares de prairies et 34,000 «le pâturages. Il renferme environ 18,000 létes de gros bétail, 400,000 moutons, 40,000 chèvres, et 15,000 chevaux et mulets. On y engraisse beaucoup de porcs. L'éducation des abeilles et surtout celle des vers a soie y réussit bien.
L'Ardèche a de grandes richesses minérales, telles que granit, schiste, pierres calcaires, gypse, basaltes, lave; l'exploitation porte surtout sur la houille, dont il y a plusieurs mines peu étendues, les marbres, qui sont fort abondants, l'antimoine (à Malbosc), le fer (à la Voulle). Il y a eu à l'Argentière une mine d'argent abandonnée depuis la découverte de l'Amérique; le Rhône, l'Ardèche, PEyrieux charrient quel-
LANGUEDOC. hi
ques pailtetles d'or. On trouve aussi un grand nombre de sources minérales : les deux établissements les plus fréquentés sont ceux de Saint-Laurent et de Vais.
L'industrie du département consiste principalement dans la production de la soie , qui donne annuellement 300,000 kil., et la fabrication du papier-, la préparation des peaux de chevreaux pour la ganterie s'y développe de plus en plus ; l'exploitauon minérale et la fabrication de la fonte occupent un grand nombre de bras. Il y aussi des manufactures de cadis, de chapeaux de paille, de tissus de ûloselle, ainsi que des tanneries, teintureries, mégisseries, ganteries, etc.
Le département renferme 7 routes impériales, sur 481 kilomètres ; 28 roules départementales, sur 773 kil. ; 2,410 chemins vicinaux, sur 4,940 kil. ; enfin 2 cours d'eau navigables, le Rhône et l'Ardèche, sur 156 kil. ; en tout, 6,351 kilomètres de voies de communication.
S XXIII. Descriptio» des villes.— Privât, chef-lieu du département, renferme une église consistoriale calviniste, un collège communal, une école normale primaire, et 5,278 habitants. Elle est située sur une colline qui domine la rive gauche de l'Ouvèze, et n'offre rien de remarquable que son hôtel de préfecture , ses prisons et une jolie promenade. Son aspect est triste et ses rues sont peu animées. On y fabrique des soies ouvrées et des étoffes de laine. Son commerce consiste en soies , cuirs tannés, houille, bestiaux, vins et eaux-de-vie. C'est une ville ancienne et qui au seizième siècle était bien fortifiée ; elle se déclara pour la réforme , et appartint tour à tour aux deux partis. Dans la grande révolte du Midi contre Louis XIII, elle fut l'une des places d'armes des protestants et résista pendant dix jours à l'armée que commandaient le roi t le maréchal de Schomberg; prise d'assaut, elle fut pillée, dévastée, livive aux fîanimes, et la plupart des habitants égorgés.
L' Argentiire , chef-lieu d'arrondissement, avec 3,160 habitants, est une petite ville, qui doit son nom aux mines de plomb argentifère qu'on y a exploitées dès le dixième siècle et jusqu'à la découverte de l'Amérique; elle est située sur un rocher en forme de promontoire à l'origine d'une profonde vallée qu'arrose un aliment de l'Ardèche, dont le lit est parsemé de rochers, sur l'un desquels s'élèvent les ruines d'un vieux manoir. On remarque à l'Argentière le château , masse imposante qui domine la ville , et l'église gothique. Les environs sont très-pittoresques. On y fait le commerce de vins et de bestiaux.
Tournon, chef-lieu d'arrondissement, avec 4,861 habitants, est assise sur la rive droite du Rhône, en face du bourg de Tain (Drôme) avec lequel elle communique par un beau pont suspendu; sa position est charmante au pied d'un rocher escarpé, sur lequel s'élève un antique et pittoresque château , transformé aujourd'hui en prison. L'intérieur de la ville ne répond point à ce premier point de vue; néanmoins elle est animée, prospère, grâce surtout à son port, où il se fait un grand commerce de vins fins et de bois de construction. Tournon possède un lycée, qui est établi dans les bâtiments d'un collège célèbre fondé par le cardinal de Tournon.
Aubewu, avec un tribunal de commerce, un collège communal et 7,410 habitants, est située à la rive droite de l'Ardèche, sur une colline verdoyante qui descend doucement au couchant, mais qui à l'est et au nord se termine brusquement sur les bords de la rivière; sur la rive opposée s'élèvent les montagnes des Coirous. Vue de loin, TOME u. 11
elle a un aspect pittoresque qu'elle doit aux ruines de son ancien château, à la flècl e élancée de son église paroissiale, aux débris de ses murailles flanquées de tours et aux tourelles de l'hôtel de ville; mais l'intérieur en est triste , les rues y sont étroites et tortueuses, les places petites, les maisons bâties sans régularité; néanmoins ses églises sont grandes et bien décorées, et la grande rue que traverse la route de Mende à Privas est assez belle. Son marché est le régulateur des prix de la soie dans le Midi. Son commerce consiste surtout en soies, vins et marrons.
Bourg Saint-Andiul (4,857 hab.), situé sur la rive droite du Rhône, est une petite ville qui doit son nom à un saint martyrisé dans le Vivarais en 208 , et son origine à une abbaye élevée sur le lieu du martyre ; elle est généralement bien bâtie , et a un beau quai sur le Rhône, qu'on y passe sur un pont suspendu. Elle fait commerce de grains, farines, huile d'olive, vins et eaux -de -vie; elle possède des fabriques et des filatures de soie , et ses environs sont cultivés en vignes, oliviers et mûriers.
Viviers, chef-lieu d'un évêché dont le département forme le diocèse, avec 2,714 habitants, est bâtie sur la rive droite du Rhône, au pied d'un rocher nu et calcaire, où s'élève la cathédrale; elle est fort triste, à demi déserte, et néanmoins a repris quelque animation depuis cinquante ans. On y remarque le palais de l'évêché, le séminaire , etc.
Celte ville, qui a donné son nom au Vivarais, n'était au cinquième siècle qu'un bourg avec un château; elle doit son accroissement à la destruction d'Aiba Augusla (capitale des Helviens), sur l'emplacement de laquelle s'élève aujourd'hui Api (à 24 kilomètres nord-ouest environ de Viviers). Saint Auxonne , évoque d'Albe, y transféra le siège de son évéché, et Viviers, qui s'entoura de fortifications, devint la capitale du pays. On cultive dans ses environs le mûrier et la vigne, et l'on y exploite de riches carrières de pierres à chaux.
Annonay, avec un tribunal de commerce , une chambre consultative des arts et manufactures, et 13,214 habitants, est la mieux peuplée et la plus importante du département. Elle est agréablement située près du confluent de la Cance et de la Deaume , sur sept collines qui lui donnent un aspect bizarre et très-varié; elle n'offre rien de remarquable que sa jolie église, son collège , l'obélisque élevé à la mémoire des frères Montgolfier, etc. Celle ville, dont l'origine est très-ancienne, fut l'une des premières à se déclarer pour la réforme et eut beaucoup à souffrir des guerres religieuses. Frise d'assaut et pillée en 1502 par les catholiques, reprise par les protestants en 1568 et en 1574, désolée par la peste en 1585, elle resta étrangère aux troubles du Midi sous le règne de Louis XIII, et grâce à l'esprit actif et industrieux de ses habitants, elle put sortir de ses ruines et atteindre une grande prospérité. Annonay est aujourd'hui la première ville de la France pour la fabrication du papier, dont le produit annuel est de 300,000 rames. Son industrie comprend aussi de nombreuses filalures de soie et de colon, des fabriques de drap, et des mégisseries pour la préparation des peaux de chevreaux et d'agneaux. C est la patrie de Boissy-d'Anglas.
Saint-Peray (2,584 hab.), est située, à peu de distance du Rhôno, en face do Valence, dans une gorge au pied des Cévennes; elle est célèbre par ses vins, et par l exploilation des belles pierres calcaires dites de CruuoL Sur un escarpement très-
élevé, entre la ville et le neuve, apparaissent les Cornes-de-Cnuscl, ruines de l'ancien château de ce nom.
Venteux, qui possède une église consistoriale calviniste, uno école secondaire ecclésiastique et une école de sourds-muets, a 3,251 habitants. Ce bourg est le centre d'une grande fabrication de draps.
Rochemaurt (1,473 hab.) est situé dans une position agréable, sur la rive droite du Rhône, à l'extrémité d'un contre-fort du mont Mezenc; les environs portent de nombreuses traces d'origine volcanique. Sur l'une des masses de basalte qui l'entourent, se trouvent à 100 mètres d'élévation les ruines de l'ancien château.
Ia Voulu (3,153 hab.), située à la rive droite du Rhône, est bâtie en amphithéâtre sur le flanc d'une éminence. Elle possède une mine de fer en exploitation , et près de là, à Celle*, un établissement d'eaux minérales.
§ XXIV. DÉPARTEMENT DE LA HAUTE-LoiRE. — STATISTIQUE, AGRICULTURE, COU-
mei\ce, etc. — Ce département a été formé d'une partie du tanguedoc (Vivarais, 20.130 hect; Velay, 235,638 hect.; Gévaudan, 35,870 hect.), d'une partie de l'Auvergne (183,696 hect.), et d'une partie du Forez (20,400 hect.). Sa superficie est de /|98,560 hectares. Sa population était en 1801, de 229,773 habitants, en 1821, de 276.830 hab. ; en 1831 , de 292,078 hab. ; elle est actuellement de 304,615 habitants. Il a pour chef-lieu le Puy, et forme 3 arrondissements ainsi subdivisés :
Arrondissement du Puy I i canlous, (11 communes, 134,430 Itabilauts.
— d'Y*scnge«iux 6 — 3'j — 87,ifii
— de Brioudc » — 106 — 8S.024 —
3 arrondissements 28 cantons, 256 communes, 30i,«i5 habitants.
Ce déparlement forme le diocèse de l'évêché du Puy; il possède pour le culte calviniste une église consistoriale à Saint- Voy, et 2 temples. Il renferme en oulre un lycée au Puy, un collège à Brioudo, une écolo normale primaire, 860 écoles élémentaires, 3 tribunaux de première instance ressortissant à la cour d'appel de Riom et 2 tribunaux de commerce à Brioude et au Puy. Il fait partie de la 20* division militaire (Clermont).
C'est un pays généralement pauvre, presque entièrement montagneux, et qui ne renferme qu'un petit nombre de villes mal peuplées. Il s'appuie aux Cévenncs et aux monts de la Margeride , tandis qu'il est traversé par la chaîne du Velay et du Forez ; la plupart de ces montagnes volcaniques n'offrent qu'un sol stérile, où la culture est presque impossible. Le climat y est en outre très-rigoureux. On estime qu'il possède 220,000 hectares de terres labourables, 5,000 de vignes, 48,000 de prés, 52,000 de pâturages, 47,000 de bois et 108,000 de terres vagues. L'agriculture y est arriérée. On récolte assez de pommes de terre et de céréales, mais peu de vins, qui sont d'ailleurs de mauvaise qualité. L'élève en mulets et en chevaux est assez importante. Les vaches cl taureaux du Mezenc sont estimés. Le porc est engraissé partout. On s'occupe aussi dans certaines localités de l'éducation des vers à soie et des abeilles ; le miel du Mezenc est surtout renommé.
L'exploitation minérale est peu considérable , et ne consiste guère qu'en houille , dont il y a deux mines dans le canton d'Auzon ; cependant on extrait aussi de l anli-
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moine et du plomb, mais en petite quantité. Il y a dans le département un grand nombre de sources d'eaux minérales ; mais elles sont peu fréquentées et il n'y a pas d'établissements de bains. Quant à l'industrie manufacturière, elle est médiocre et consiste principalement dans la fabrication des dentelles et blondes de fil et de suie faites au métier, fabrication qui occupe près des deux tiers de la population, et qui néanmoins est moins active qu'avant 1789 ; on y trouve aussi des fabriques de cadis, des tanneries, mégisseries, papeteries, tuileries, briqueteries et poteries. On s'occupe encore de l'exploitation des forêts, du sciage des planches et de la fabrication de bateaux qui descendent l'Allier.
La Haute-Loire est un des départements où les habitants émigrent régulièrement pendant une partie de l'année.
On y compte : 6 routes impériales, sur 291 kilomètres; 12 routes départementales, sur 410 kil. ; 3,806 chemins vicinaux, sur 5,991 kil. ; une rivière navigable , l'Allier, sur 17 kil.; en tout, 6,710 kilomètres de voies de communication.
§ XXV. Description des villes. — Le Puy en-l'elay, chef-lieu du déparlement et siège d'un évêché , possède un tribunal de commerce , un lycée , une école normale primaire, une bibliothèque publique, et sa population est de 15,723 habitants. Elle est située à 625 mètres de hauteur sur le versant méridional du mont Anis, au milieu de deux beaux vallons qu'arrosent la Borne et la Dolesson, à 4 kil. de leur confluent dans la Loire. Ses maisons blanches, couvertes de tuiles rouges, et que domine )& vieille cathédrale gothique, s'étagent en amphithéâtre sur le flanc d'un mamelon conique que surmonte un roc basaltique de forme bizarre qu'on appelle le roc Corneille (757 m.) , et sur lequel se trouvent quelques ruines. Si l'aspect extérieur est pittoresque, l'intérieur n'y répond pas; la ville est généralement malpropre, mal percée, mal pavée , remplie de vieilles maisons du moyen âge ; mais elle a quelques édifices remarquables : la cathédrale de Notre-Dame , à laquelle on parvient par un perron de 103 degrés; la chapelle Saint-Clair, ancien temple de Diane, l'église Saint-Laurent, où l'on a déposé les entrailles de Duguesclin, la chapelle Saint-Michel, construite sur un roc isolé de forme conique , à 690 mètres de hauteur et située près de la ville, dans le village à'Aiguilhe, etc.; parmi les constructions modernes, le palais de justice, l'hôtel de ville, l'hôtel de la préfecture, l'Hôlel-Dieu, l'hôpital général, les casernes de cavalerie, le séminaire, les promenades , etc. L'industrie y consiste en fabriques de dentelles , de blondes noires et blanches , de couvertures et d'étoffes de laine communes, filatures et teintureries de laine, fonderies de marmites, duchés, sonnettes, grelots pour les mulets, en mégisseries, brasseries, amidonneries et cireries. Son commerce consiste surtout en blondes et dentelles, graines et légumes, marrons dits de Lyon, cuirs préparés et cousus en outres pour le transport des vins, mulets et bestiaux.
Le Puy, ancienne capitale du Velay et siège des États particuliers de ce pays, s'appelait au sixième siècle Anicium, du nom de la montagne où elle est bâtie. On ignore l'époque de la fondation de son évêché, qui est à coup sûr antérieure au sixième siècle. Elle dépendit d'abord des ducs d'Aquitaine jusqu'en 92a , où le roi Raoul accorda à ses évêques les droits régaliens. Son église devint alors renommée et >es prélats puissants. En 1130, il s'y tint un concile où l'antipape Anaclel fut excom-
inunié et Innocent II unanimement reconnu. De 1/|39 à J5i3 les états de Languedoc s'y tinrent dix-buit fois. Le Puy eut beaucoup à souffrir des guerres de religion au seizième siècle. C'est la patrie du cardinal de Polignac.
A 2 kilomètres du Puy, sur la Borne, se trouve le village d'Etpaly-Saint-Marcet, remarquable par ses orgues, masses de rochers basaltiques, coupées à pic du côté de la rivière , où elles apparaissent sous la forme de prismes superposés les uns aux autres comme des tuyaux d'orgue; sur le sommet s'élèvent les ruines de l'ancien château d'Espaly, qui appartenait aux évêqucsdu Puy, et où Charles VII fut proclamé roi par ses partisans après la mort de son père.
Yuingeaux, chef-lieu d'arrondissement, avec un collège communal et 7,620 habitants, est située près d'un affluent du Lignon, sur une colline rocailleuse et élevée que dominent d'autres sommets encore plus arides. Son aspect est fort triste et son intérieur répond à cet aspect. Point de monuments. L'industrie y est peu active , et consiste dans la fabrication de dentelles et de fromages. On y fait le commerce de grains et bestiaux, de planches de sapin et de bois de construction. Ses environs renferment une mine de plomb et des tourbières.
Brioude, chef-lieu d'arrondissement, avec un tribunal de commerce et un collège communal , renferme 4,960 habitants. Elle est agréablement située près de la rive gauche de l'Allier, dans une large vallée, commencement de celte fertile Limagne que nous décrirons dans l'Auvergne; mais elle est mal bâtie et mal percée. Elle fait le commerce des grains, vins, chanvre et antimoine, et ne possède guère comme édifices que les bâtiments du collège et la belle église de Saint-Julien, fondée, dit-on, sous le règne de Constantin, reconstruite en partie par Louis le Débonnaire et réparée au dixième siècle par Guillaume d'Aquitaine. L'empereur gaulois Avitus y fut enterré, et elle est encore, comme dans les siècles passés, l'objet d'une profonde vénération.
Cette ville, qui faisait partie de la basse Auvergne, a peut-être une origine romaine; elle a été successivement ravagée par les Bourguignons, par les Francs, par les Arabes, enûn par les Anglais et les protestants; ces derniers y détruisirent le tombeau de Saint-Julien.
Saint- Paulien, petite ville de 2,700 habitants, située dans un canton très-fertile, à 1/j kilomètres du Puy, est bâtie sur l'emplacement de l'ancienne Ruettio, qui était la capitale des Vellauni. On y a trouvé de nombreux vestiges d'antiquités romaines.
Polignac, bourg de 2,200 habitants environ, est situé dans une vallée, au pied d'un plateau basaltique à flancs très-escarpés, élevé de 600 mètres. Sur ce plateau s'élèvent les imposantes ruines d'un vieux château fort, bâti sur l'emplacement, dit-on, d'un temple dédié à Apollon ; ce château servait de retraite inaccessible aux seigneurs de Polignac, qui régnèrent longtemps sur tous les environs.
Monittrol. petite ville de 4,600 habitants, située à 576 mètres d'élévation, sur un affluent et près de la rive droite de la Loire, possède une école secondaire ecclésiastique. On y remarque l'ancien couvent des Ursulines et un ancien château des évôques du Puy, transformé aujourd'hui en rubannerie. Celle ville fait une fabrication assez importante de dentelles, rubans, blondes, foulards et quincaillerie.
Langeât, petite ville de 3,02/j habitants, est située sur la rive gauche de l'Allier;
elle possède une carrière de grès micacé pour les meules à aiguiser, dos mines de houille , de plomb argentifère et d'antimoine. On y fabrique de la dentelle.
La Chaise Dieu, petite ville de 1,900 habitants, située sur la Semoure, affluent de l'Allier, dans un pays presque entièrement couvert de forêts, est célèbre par son ancienne ablmye fondée au onzième siècle, reconstruite au quatorzième, dévastée par les protestants, et qui a eu pour abbés titulaires les cardinaux de Richelieu, Mazarin, de Rohan , etc. L'église seule existe encore : c'est l'un des plus curieux monuments de l'art gothique en France; on y voit les tombeaux des papes Clément VI et Rcnolt XL
On trouve encore dans les montagnes volcaniques et les vallées sauvages ou agrestes de ce département une foule d'autres villes, abbayes, châteaux, qui ont eu une vie très-agitée et de la célébrité au moyen âge, aujourd'hui oubliées, réduites à l'état de communes rurales, et probablement plus heureuses dans leur obscurité que dans leur éclat féodal. Telles sont les petites villes de Solignac, de Tente, de la Roche en-Reynier, de Craponne, de Montfaucon, les abbayes de Monettier, de Saint-Chaffre , les châteaux d'Alempdet, de Bouzols, etc. Néanmoins ces ruines si pittoresques qui s'encadrent si bien dans les paysages tourmentés, bouleversés, de ce sol que la main de Dieu semble avoir récemment remué , sont l'objet des respects et des regrets de la population du Velay, population naïve, ignorante, profondément religieuse, réfléchie, laborieuse , résignée , sur laquelle soixante ans de révolution ont passé sans rien changer à ses mœurs, à ses croyances, à ses sympathies, et qui a par-dessus tout le culte du passé.