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CHAPITRE SEPTIÈME

PROVENCE. — DÉPARTEMENTS DES BOUCHES-DU-RnÔNE , DU VAR ET DES BASSES- ALPES.

S I". Aperçu général. — Limites et subdivisions. — En traversant le Rhône, nous entrons dans un pays qui a bien des traits communs avec ceux que nous venons de parcourir, mais qui a une physionomie plus originale et autrement étrange, bien qu'il soit devenu l'une des provinces les plus précieuses de la France. En effet, c'est encore un pays de montagnes, mais il est produit par les Alpes et non plus par les Pyrénées, et ce n'est pas l'influence espagnole qui y a laissé des traces , mais l'influence italienne; c'est encore un pays maritime, mais au lieu des plages basses, inhospitalières de la Guyenne et du Languedoc , nous allons trouver les plus beaux ports de la France , ceux par lesquels elle prend sa part de la Méditerranée et étend en Orient sa puissance; c'est encore un pays de soleil, de vins et de fleurs, mais tous ces biens y semblent plus éclatants, plus chauds, plus colorés, et donnent à la population plus d'ardeur, de vie et de turbulence ; enfin, c'est encore un pays qui a gardé son idiome méridional , symbole dégénéré d'une ambition rêvée , d'un passé perdu , mais cet idiome n'est plus qu'un jargon rauque et criard , et que la population de toutes les classes affecte de parler et de perpétuer. A le voir avec ses montagnes pelées, ses cours d'eau ravageurs et ses oasis de verdure, avec sa mer bleue , limpide et profonde, avec ses champs d'oliviers et d'orangers, avec son peuple, mélange d'Ibères, de Grecs, d'Italiens, qui malgré six siècles d'efforts est encore si différent des peuples

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du Nord par ses mœurs et ses idées, on se sent dans un coin à part de la vieille Gaule, dans une sorte d'appendice de la Grèce ou de l'Asie Mineure; on s'étonne de l'audace des rois Capétiens qui, dès le treizième siècle, résolurent de faire d'un tel pays une portion de leur État et l'un des éléments de sa grandeur, enfin I on comprend l'action naturelle que la France exerce par cette province sur tous les pays assis aux bords de la Méditerranée.

La Provence occupe l'extrémité sud-est de la France, entre le Rhône et les Alpes, et s'appuie au sud sur la Méditerranée depuis l'embouchure du Var jusqu'à celle du Rhône-mort, bras occidental du Rhône. Elle était bornée à l'ouest par le Languedoc et le comtal Venaissin , au nord par le Dauphiné , à l'est par le Piémont et le comté de Nice. Elle était séparée du Languedoc par le Rhône inférieur jusqu'au confluent de la Durance en aval d'Avignon , et du comtat Venaissin par le cours de la Durance ellemême jusque au-dessus d'Orgon, puis par une ligne tortueuse qui, remontant au nord , passait entre Gordes et Vénasque , et allait atteindre , au nord de Sault , le mont Ventoux. Elle était séparée du Dauphiné par une ligne tortueuse qui, partant du mont Venloux, allait atteindre la Durance au nord de Sisteron, remontait cette rivière jusque auprès du confluent de l'Lbaye , puis suivait la crête des montagnes qui ferment au nord la vallée de l'Ubaye, enfin atteignait la grande chaîne un peu au sud du col d'Agnello, au mont Saint- Véran. Elle touchait au Piémont par la section des Alpes maritimes comprise entre le mont Saint- Véran et la montagne de Pelouze , et au comté de Nice par une ligne conventionnelle qui , partant de celte dernière montagne, contournait les sources du Var avec les Alpes de Provence (mont Monlère, mont Combrève), suivait au sud-est un de leurs contre-forts, la montagne de la Grosse- Pierre, entre Colmars (France) et Guillaume (comté de Nice), coupait deux fois le Var, de manière à laisser à la France le coude et la ville d'Entrevaux , atteignait l'Esteron et descendait son cours jusqu'à son confluent , enfin suivait le Var jusqu'à la mer.

La plus grande largeur de la Provence de l'est à l'ouest était d'environ 220 kilomètres entre le Rhône et le Var, et sa plus grande hauteur du sud au nord , entre Ilyères et le confluent de l'Ubaye, d'environ 160 kilomètres; sa superficie totale était à peu près de 2,128,000 hectares.

Elle se divisait en basse Provence, capitale Aix, qui était aussi celle de toute la province, et haute Provence, capitale Digne. La basse Provence renfermait les deux archevêchés d' Aix et d'Arles, et les cinq évechésde Marseille , Toulon , Fréjus, Grasse et Vence. La haute Provence renfermait les six évêchés de Senez , Glandève , Digne , Apt, Riez et Sisteron. La Provence formait l'intendance d'Aix; elle renfermait un IKiiiement à Aix et 12 sénéchaussées. Elle comprend aujourd'hui les trois départements des Bouches-du- Rhône, du Var et des Basses-Alpes , la partie orientale de celui de Vaucluse, et une très-petite partie de celui de la Drôme.

S IL Orographie. — Le système orographique de la Provence appartient à la chaîne des Alpes occidentales. On se rappelle que ces Alpes qui séparent la région française de la région italique, ou le bassin du Rhône de celui du Pô, peuvent se diviser, à partir du col de Cadibone jusqu'au massif du Saint-Gothard , en Alpes Maritimes, Colticnncs, Gries% Pennines (voir tome 1", page 552). Le système orographique

de la Provence comprend : 1° une petite partie de3 Alpes Maritimes, avec leurs ramifications occidentales , comprises habituellement sous la dénomination générale d'Alpes de Provence; 2* l'extrémité méridionale du contre-fort des Alpes Contenues appelé Alpes du Dauphini.

L°Alpes Maritimes et de Provence. — Les Alpes Maritimes n'appartiennent à la Provence, qu'elles séparent du Piémont, que par leur versant occidental et sur une Irès-petite étendue, depuis le mont Viso, vers les sources opposées du Pô et de ITbaye, jusqu'au mont Lausanier, vers les sources de la Slura, sous-affluent du Pô, et de la Tinea , afiluent du Var. La hauteur de ces montagnes est considérable , mais elle décroît très-rapidement dans les États Sardes, à mesure qu'on s'approche de la mer. Dans la partie qui nous occupe, on remarque : le mont Longels, aux sources de rUbayc, point culminant de toutes les Alpes Maritimes, dont la hauteur atteint 3,153 mètres, et le col de l'Argentière , aux sources de lTbayette, conduisant de Barcelonnelte à Démonte.

De cette partie des Alpes Maritimes se détachent : 1* les montagnes entre Durance et Ubaye , qui servent de limite entre les départements des Hautes et Basses-Alpes , entre le Dauphiné et la Provence ; elles se détachent du mont Viso , se continuent par la montagne de Saint- Vcran (2,0^0 m.}, courent au sud-ouest avec la montagne de Vars (2,113 m.), source du Chagne, afiluent du Guil, le mont Crochet, source du Crovoux, afiluent de la Durance, le mont Parpaillots (2,722 m.), le Grand-Bérard (3,0/|7 m.), au nord de Barcelonnelte, et se terminent par la montagne de Pontis (2,900 m.), en face du fort Saint-Vincent. Ce contre-fort est aussi élevé, aussi épais, aussi difficile que la chaîne principale; il a une hauteur moyenne de 2,500 mètres, et ne présente que deux mauvais passages entre les vallées parallèles de la Durance et de l'Ubaye.

2° Les Alpes de Provence, nommées aussi Basses-Alpes , qui se détachent des A'pes Maritimes vers les monts Pelouze et Lausanier, au sud du col de l'Argentière , et se dirigent au sud-ouest, entre les sources du Bachelard (Ubaye), et de la Tinea (Var); puis elles se courbent directement au sud , entre le Verdon dont elles longent la rive gauche et le Var; leur hauteur moyenne est de 2,500 mètres. On y remarque le mont Combrève, à l'est de Colmars; le mont Va/plane, aux sources de l'Esleron, lançant sur la rive droite de cette rivière les monts Thorène et du Cheiron (1,778 mèt.); les monts Taillon, à l'est de Castellane, et d'Audiberge (1,716 mèt.), aux sources de l'Arlubie , affluent du Verdon , et du Bar, petit bassin côticr de la Méditerranée. A partir du mont d'Audiberge, la chaîne tourne a l'ouest parallèlement au Verdon, sous le nom général de monts Eslerels (hauteur moyenne de 1 ,200 m.) , et par les monts de Cabrière (1 ,130 m.) et de Saint-Martin (524 m.), atteint la montagne de Sainte- Victoire (070 m.), au sud du confluent du Verdon. De là , par une suite de collines qui courent du nord au sud, et où l'on remarque la montagne de Saint-Maximin (337 m.), elle va se rattacher par la montagne de la Sainte-Beaume (155 m.) à la petite chaîne des monts des Maures (6 à 700 m.), qui longe le littoral, entre la Vcaune et l'Argens, et vient fermer à droite ce dernier bassin.

C'est dans les montagnes des Maures que se trouvent les fameuses gorges d'Ol- Ikmles , où passe la route de Marseille à Toulon ; elles lancent au sud quelques contre-

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forts, dont les plus remarquables sont celui des monts des Oiseaux, au sud-ouest d'Hyères, et celui du cap Pinet, qui ferme au sud la baie de Grimaud. A la montagne de Sain te- Victoire se rattachent aussi, mais d'une manière fort incertaine, les Alpines, chaîne de collines déboisées qui semble l'extrémité et le prolongement des monts Esterels : elle s'élève au sud de la Durance, entre Orgon et les Baux, et son point culminant est la montagne d' Eygalières , qui a 490 mètres.

De la chaîne dont nous venons d'indiquer le parcours, se détache au col d' Allât un rameau assez considérable, d'une hauteur d'environ 2,000 mètres, qui achève de former la ceinture méridionale de l'Ubaye, et comprend le mont de la Sestrièrc, la montagne de Mariaud et les montagnes Blanches, dont le dernier mamelon est la Croix-de-Colbas , sur lequel est bâti le fort Saint- Vincent.

De la montagne de Mariaud , source de la Bléone , part vers l'ouest un petit chaînon qui au mont Laupial, source de la Sasse, se partage en deux branches; l'une, septentrionale, court entre la Blanche et la Sasse, entre la Sasse et la Durance, sans nom particulier; l'autre méridionale, avec les monts Cernon ot de Gâche, sépare la Sasse de la Bléone.

Kntin, du mont de la Sestrière, descend, entre le Verdon et la Bléone, uu «.ontrefort dont la sommité principale est le mont Coupe.

II. Alpes du Dauphiné. — Nous verrons dans la description du Dauphiné que des Alpes Cottienncs part un vaste contre-fort contenant les montagnes les plus élevées de toute la France et qui, courant du nord au sud, sépare d'abord la Haute-Durance de la Romanche et du Drac. A la hauteur de Gap, les Alpes du Dauphiné se recourbent de l'est à l'ouest, en séparant le Drac de la Moyenne-Durance et du Buech, son affluent; puis, vers les sources du Buech, la chaîne diminuant d'élévation reprend la direction du nord au sud , en séparant le Buech et quelques autres petits affluents de la Durance, de la Drôme, de l'Aigues, de l'Ouvèze, de la Nesque (affluents du Rhône), etc. La dernière partie de celte chaîne force la Durance à faire sa dernière grande inflexion et forme à peu près la limite entre le département des Basses-Alpes et celui de Vaucluse : on l'appelle montagnes de Lure, et son point culminant atteint 1,825 mètres au sud-ouest de Sisleron. Sa dernière partie, celle qui longe la Durance entre cette rivière et le Calavon , s'appelle monts Leberon. De ces montagnes partent , de l'est à l'ouest, des contre-forts qui composent la charpente du Comtat Venaissin et que nous détaillerons plus lard. Quant aux contre-forts de l'ouest à l'est, ils sont courts, peu remarquables, et l'on ne peut citer que le mont Chantaduc entre le Buech et le Jabron.

S III. Hydrographie. — Les eaux qui arrosent la Provence appartiennent soit au hassin du Rhône , soit aux petits bassins côtiers, qui affluent directement à la mer au levant du grand fleuve.

I. Bassin du Rhône. — Le Rhône, en aval de son confluent avec la Durance, sépare le Languedoc de la Provence ; il coule du nord au sud en arrosant sur sa rive gauche Tarascon , en face de Beaucaire ( Languedoc ) , et Arles. Un peu au-dessous de celle dernière ville, à Fourques, il se divise en deux branches: l'une, appelée le Grand Rhône, descend au sud-est, et projette sur sa droite le petit bras du Vieux Rhône; l'autre, appelée Rhodanct ou Petit Rhône, coule au sud-ouest en arrosant Saint-Gilles, et finit un peu à l'ouest des Saintes-Mariés, après avoir jeté aussi à droite le petit bras tome n. 12

du Rhône-Mort, qui arrose Peccais ( Languedoc ). — Le cours du Rhône est navigable en Provence sur toute sa longueur, qui, depuis Avignon jusqu'à l'embouchure du grand Rhône, est de 80 kilomètres environ. Comme nous avons eu déjà occasion de le dire, le Rhône est le fleuve le plus' impétueux d'Europe; il change souvent de lit, et dans sa course rapide charrie une grande quantité de terres et de sables qui accroissent encore les dangers de sa navigation D'après les descriptions très-diverses qu'en ont faites les anciens géographes, on doit conclure que les bouches du Rhône ont souvent varié de nombre et de direction ; ce qui a toujours empêché d'y construire des ports. De tout temps la navigation en a été fort difficile, puisque Marius avait, dit-on, fait commencer un canal (Fossa Mariana) allant d'Arles à la mer, pour donner au fleuve une embouchure constante; de nos jours la grande bouche du Rhône seule est navigable , encore sa communication avec la mer varie-t-elle d'un jour à l'autre , et des baliteurt sont chargés d'indiquer aux bateaux qui se présentent le chenal à suivre. Pour remédier autant que possible à ces inconvénients, on a construit, il y a une quarantaine d'années , un canal qui va d'Arles au golfe de Foz cl à Roue , à l'entrée de l'étang de Berre.

• Les deux grandes branches entre lesquelles le Rhône se partage à son embouchure comprennent entre elles plusieurs Iles , qui ont été formées par les dépôts du fleuve et qui ne sont séparées de la mer que par une lisière de bancs de sable mobiles. La principale est celle de la Camargue, vaste delta de 50,000 mètres de superficie, en partie couvert de marais et d'étangs, en partie cultivé et que des digues élevées protègent contre les inondations du fleuve. Cette lie, dont un cinquième seulement est défriché, est très-riche en terre végétale, et renferme de belles cultures au sommet du triangle ou sur les bords des bras du fleuve ; mais le reste n'est formé que d'étangs, dont le plus considérable est celui de Valcarèt, d'Ilots, de sables, de marais et de pâturages. Les marais sont généralement couverts de joncs maritimes qui , à défaut d'autres fourrages, servent pendant l'hiver à la nourriture des bestiaux. Quant aux pâturages, ils se distinguent en pâturages d'ingane, peu propres à nourrir les bestiaux parce que cette plante renferme trop de sel, en pâturages grossiers dans les terrains sablonneux, en montilles, ou terrains de sable mêlé de mica siliceux qui, fumés par les moutons, donnent une herbe printanière des plus tendres. On élève dans la Camargue de nombreuses bêles à laine qui y séjournent pendant l'hiver, et qui , après avoir passé le printemps dans les vastes plaines de la Crau, émigrent en gros troupeaux à la fin de mai vers les montagnes des Alpes, d'où elles ne reviennent qu'en octobre; tout cela est fixé de temps immémorial par les mômes coutumes et les mornes règlements. La Camargue nourrit aussi des bœufs qui se font remarquer par leur robe noire de jais, leur vivacité et leur sobriété, et des chevaux légers, de petite taille qu'on croit d'origine arabe, mais qui sont bien dégénérés; ils vivent en liberté dans les pâturages de l'Ile, et leur nourriture est des plus chétives pendant l'hiver. On estime que la Camargue nourrit annuellement 60,000 moutons, 3,000 chevaux et 3,000 bec .fs. Elle a 9 villages et 350 fermes. On vient d'y établir des rizières qui ont réussi. -

Affluents du Rhône. — La Durance naît dans le département des Hautes-Alpes par trois sources; la principale ou la Durance sort du mont Genèvre, les deux autres, le Clairet et la Guizanne, descendent du mont Tabor et du mont Lautaret dans les

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Alpes de Maurienne. Toutes trois se réunissent vers Briançon (1,306 in.); «le là, la rivière descend d'abord au sud par un cours très-rapide en arrosant Mont-Dauphin (060 m.), s'infléchit bientôt au sud-ouest, en passant à Embrun et Tallard, tourne au sud en baignant Sisteron ( 479 in.) et les Mées, incline au sud-ouest en arrosant Manosque et Caderache jusqu'au confluent du Verdon ; elle coule alors directement de l'est à l'ouest dans un lit large, mobile, plat, couvert d'UVs, en formant des inondations très-dangereuses qui enlèvent d'immenses terrains à l'agriculture (10,000 hect.); elle arrose ainsi Orgon, Cavaillon, et finit au-dessous d'Avignon, après un parcours de 300 kilomètres. Elle n'est pas navigable à cause de sa pente excessive, des graviers qu'elle roule , des dépôts qu'elle forme , et ne sert que pour le flottage des bois. Son lit a dans quelques endroits un kilomètre de largeur, mais il ne se remplit que pendant les crues, qui arrivent souvent, mais sont peu durables; c'est la rivière la plus désordonnée de France et la plus féconde en désastres -, elle dénude et dépouille les pays qu'elle traverse, et si l'on ne songe pas à reboiser les montagnes d'où elle et ses affluents descendent, elle les rendra inhabitables comme elle les a déjà rendues stériles. Elle est longée presque constamment sur sa rive droite par une grande route qui va de Briançon à Avignon , avec des embranchements sur Gap et sur Digne.

Ses affluents sont : 1° (à gauche) Le Guil, qui descend du col d'Abriès dans les Aipes Cottiennes, arrose le fort Queyras (1,307 m.), et finit à Mont-Dauphin. — 2° (à gauche) L'Ubaye , qui a son origine au col Longet, l>aigne la forteresse de Tournoux, la ville de Barcelonncttc (1,163 m. ), et passe devant le fort Saint-Vincent, bâti sur le premier étage de la Croix-de-Colbas, montagne superbe qui, avec le mont Jougde l'Aigle (2,356 m.), ferme la jolie vallée de Barcelonneltc. Elle finit en amont do la Bréolle après un cours de 80 kilomètres , et se grossit à gauche : de YUbayette, qui vient du col de l'Argent ière et passe à Gleisolles; du Versan, qui descend du mont Pelouze et arrose Lans. La vallée de Barcelonnette , qui n'appartient à la France que depuis 1713, est très-importante non-seulement à cause de la route qu'elle ouvre dans les Alpes, mais à cause de celles qui traversent les montagnes Blanches et qui mènent sur la Durance et dans toute la Provence ; c'est pour les fermer qu'on a fortifié Sisteron, Seyne et Colmars. — 3" (à gauche) La Blanche, petite rivière issue du mont de Mariaud, qui baigne la ville de Seyne et se jette en aval de la Bréolle.— h' (à droite) La Luye descend des crêtes des Bartes et arrose Gap (729 m.). — 5" (à droite) Le Buech naît par deux sources dans les monts du Dauphiné, à l'est et à l'ouest du mont Obiou, arrose Serres, Laragne, et finit près de Sisteron. — 6° (à gauche) La BUone , qui naît sur le revers méridional des monts de Mariaud, arrose Digne et finit aux Mées. — 7» (à gauche) Le Verdon, qui descend du col d'Allos, coule d'abord du nord au sud en arrosant la petite place de Colmars, laisse à droite Castellane, où il tourne directement à l'ouest, et va finir à Caderache après un cours de 150 kilomètres environ. — 8* (à droite) Le Calavon, torrent rapide qui naît sur le revers méridional de la montagne de Lure , coule du nord-est au sudouest, arrose Apt, et finit à h kilomètres en aval de Cavaillon après 50 kilomètres de cours.

IL Bassins côtiers à Cest des bouches du Rhône. — L'Arc (Oenus) natt au nord de Saint-Maximin, laisse à une petite distance sur sa droite la ville d'Aix, qu'il inonde

quelquefois dans ses débordements, et après 50 kilomètres environ d'un cours dirigé de Test à l'ouest , va se jeter dans l'étang de Berre.

La Veaune ou VHuveaune (Ibelna, Yvelinus) naît sur le revers septentrional de la montagne de Sainte-Beaume , arrose Auriol , Roquevairc , Aubagnc , et , après ftO kilomètres de cours, se jette dans la mer un peu au sud de Marseille. A partir de Roquevaire, sa vallée s'élargit pour former un riche et fertile bassin. Celte petite rivière, dont les eaux sont toujours abondantes, alimente un assez grand nombre de canaux d'arrosement , ainsi que plusieurs fontaines de Marseille.

L' Argent naît dans les monts Esterels par trois sources qui se réunissent près de Cliàteauvert; il coule du nord-ouest au sud-est, arrose Vidauban, le Muy, Roquebrune, et finit au sud-ouest de Fréjus dans le golfe de ce nom. Son cours est de 100 kilomètres, dont 60 navigables; il est généralement encaissé; néanmoins ses débordements sont fréquents et ses bords marécageux et malsains. Il sert surtout au transport de planches, qu'on débite au Muy ou à Fréjus, et qui de là s'expédient à Marseille ou à Toulon. — L'Argens ?e grossit d'un assez grand nombre de petits affluents; les plus importants sont, à droite, le Colami, passant à Brignolles, et à gauche YArtuby, passant près de Draguignan ; leurs vallées sont très-fertiles et trèspittoresques.

Le l'ar naît dans les Alpes de Provence, au mont Cameleone; il court d'abord dans le comté de Nice, parallèlement à la frontière française, dont il est peu distant, à travers une étroite vallée où il baigne Entraunes et Guillaume; il entre ensuite en France par un coude de quelques kilomètres où il arrose la petite place forte d'Entrevaux , sort de France à Puget-Theniers (comté de Nice), et reçoit à gauche la Tinea (comté de Nice) et à droite YEileron, qui descend du mont Taillon, arrose la Roque (France) , et sert un moment de limite entre la France et le comté de Nice ; il forme ensuite cette même limite et se termine au-dessous de Saint- Laurent, à quelques kilomètres de Nice. — Son cours est de 10/i kilomètres et n'est pas navigable-, rapide, ravageur et changeant de lit, il est guéable presque partout, excepté dans l'hiver, où il devient redoutable par ses inondations. C'est une ligne peu défendable, surtout du côté de la France. Il n'y a de pont et de passage facile qu'à son embouchure; partout ailleurs on ne trouve que des monlagnes impraticables. Le p< nt de Saint-Laurent a 800 mètres, et fut l'objet d'attaques infruclueuscs en 1800 de la part des Autrichiens.

§ IV. Côtes. — Contrairement à la configuration de la côte du Languedoc, qui forme un arc de cercle rentrant, la côte de la Provence forme un arc de cercle saillant , et autant la première est basse , droite , embarrassée de bancs de sable et d'étangs, dénuée de bruis ports, privée d'îles , autant la seconde est généralement élevée, découpée, bordée d'îles, ouverte par de bons ports.

La partie de celte cote comprise entre les bouches du Rhône est, comme nous l'avons vu, marécageuse; celle qui est au delà du bras oriental du fleuve garde encore ce caractère , puis elle se relève peu à peu , et forme le golfe qu'on appelle étang de Berre. Cet étang a 16 kilomètres de long sur 12 de large, et communique avec la Méditerranée par les canaux de Martigues et de la Tour de Berre. C'est une masse d'eau du plus agréable aspect, dont les rives, faiblement élevées, sont semées de

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villes, de villages, de riches cullures, qu'encadrent des coteaux couverts de vignobles. Sa profondeur est peu considérable, à cause des limons du Rhône qui viennent barrer le canal de Marligues ; et l'on a souvent projeté de le creuser de façon à en faire le plus beau port du monde. On y pèche une grande quantité de poissons dont on fait des salaisons.

Après l'étang de Berre, la côte est escarpée jusqu'à l'embouchure du Var; elle est tantôt nue et rocheuse, tantôt bordée de vignes, d'oliviers, même, dans certaines localités, d'orangers, et présente les sites les plus pittoresques, des criques charmantes, de petits ports de pêche, partout une mer belle et pleine de souvenirs. On trouve ainsi successivement Marseille, et, dans la rade de celte ville, les îles Pomègue, Rat ont au et du château d'/f; la Ciotat; la Seyne, dans la presqu'île Cepet; Toulon, au fond d'une magnifique rade; puis la presqu'île de Gien et les îles d'Hyères, que nous décrirons en parlant de la ville du même nom ; Saint-Tropez, dans le golfe de Grimaud; Fréjus et la baie de Saint-Raphaël; le golfe de Kapoule, Cannes et les Iles de Lérins, le golfe Jouan, Amibes.

S V. Géologie. — La constitution géologique de la Provence est excessivement variée. Au nord-est, le terrain jurassique domine; c'est lui qui forme presque toutes les Alpes maritimes, si l'on excepte leur crête tout à fait supérieure, qui, entre les sources de la Tinea et de la Roya , est formée de terrains primitifs. Du haut des Alpes , le terrain jurassique descend avec leur versant occidental , pour aller former, en Dauphiné, presque toute la partie méridionale de la Drôme et des Hautes-Alpes; en Provence, il s'avance au sud-ouest et au sud jusqu'à Digne, Senez, Caslellane et Entrevaux s au delà on ne le retrouve plus dans toute la basse Provence qu'à de rares intervalles et sur une très-petite étendue, comme aux environs de la montagne de Sain le- Victoire, au sud de Gardanne, au nord de Cuers, de Toulon et de Bandol. Encore le terrain jurassique ne couvre-t-il pas toute la zone comprise dans les limites que nous venons d'indiquer; il renferme en effet des terrains crélacés supérieurs dessinant un vaste losange dont les quatre angles sont Mont-Dauphin, Uhaye, le col de l'Argentièrc et Entrevaux , et se prolongeant même au delà vers le sud-est pour former le contre-fort d'entre Var et Esteron. La vallée de Barcelonelte seule, entre Meolans et la rive gauche du Versan , est formée de terrain jurassique au centre de ce losange crétacé.

Au terrain jurassique succède une zone de terrain crétacé inférieur qui forme, sur la rive droite du Verdon , les pays de Senez et de Moutiers , puis s'étend au sud de ce cours d'eau jusqu'à Vence, Grasse et Draguignan; de là elle se dirige au sud-ouest, entre Pertuis et Draguignan , se rétrécit entre Saint-Maximin et Brignolles, et vient enfin fermer sur la côte presque tout le pays compris entre Toulon et Marseille, se prolongeant même au nord du bassin de celle ville par une légère trace non continue jusqu'à l'embouchure du grand Rhône ; on en trouve aussi quelques lambeaux au nord et au sud de I^ambesc. La partie de cette zone crétacée inférieure qui s'étend enlre le Verdon et Toulon est elle-même souvent interrompue par de petits espaces de terrains tertiaires moyens ou de terrains triasiques. Les premiers constituent aussi le bassin de Marseille et presque toute la partie orientale des bouches du Rhône, dont la partie occidentale est formée de terrains d'alluvion; et au nord de la Durance ils con-

stituent encore, dans les départements de Vaucluse et des Basses-Alpes, tout le triangle compris entre Cavaillon, Forcalquier et Perluis, où la chaine du Léberon seule est de terrains crétacés inférieurs. Quant aux terrains triasiques, ils forment en grande partie les environs de Toulon, au sud-ouest d'Hyères et au sud de la Seyne, se dirigent vers Cuers, s'élargissent pour former tout le bassin de l'Argens, au nord de son affluent, l'Aille, et se prolongent jusqu'à la côte, vers Fréjus, et au sud de Grasse, vers Antibes. Au nord de Fréjus, on y trouve intercalée une zone étroite de terrain plutonique (porphyre rouge) qui s'épanouit en un massif de même constitution, le mont Esterel , entre les golfes de Fréjus et de Cannes.

Au sud-est de cette zone triasique, s'étend, avec la chaîne des monts des Maures, une autre zone de terrains granitiques ou primitifs qui apparaît dans la presqu'île située au sud-ouest de Toulon , et forme sans interruption tout le littoral de la Méditerranée entre Hyères et l'embouchure de l'Argens ; on en retrouve aussi quelques traces au delà du terrain plutonique dont nous avons parlé tout à l'heure.

Pour achever cette description géologique de la Provence , il nous reste à dire que toute la rive gauche de la Durance, depuis Sisteron jusqu'au Verdon, et jusqu'à Digne, Mezel , Mouliers et Biez, à l'est et au sud-est , est formée de terrains tertiaires supérieurs, au delà desquels, sur la rive gauche de la Durance, en face de Sisteron , le terrain crétacé inférieur reparaît un peu, pour se prolonger sur l'autre rive, former la montagne de Lure, jusqu'au mont Ventoux, et toute la partie de Vaucluse, qui, au sud de cette montagne , descend jusque vers Apt et Forcalquier.

S VI. — Aspect général, productions, ktc — La Provence est l'un ues plus renommés et l'un des plus beaux pays de l'Europe ; sa position si remarquable , sur la Méditerranée, la pureté de son ciel, la douceur de son climat, la richesse et la variété do ses productions, les glorieux monuments qui jonchent son sol, les souvenirs historiques qui abondent dans chaque ville , la bonté de ses ports , le caractère particulier de ses enfants, tout contribue à en faire l'une des provinces les plus importantes de la France.

Ce pays a , dès la première vue , un aspect particulier : u ce ne sont pas toutes montagnes et gorges continuelles, comme dans les grandes contrées montagneuses; ce ne sont pas non plus des coteaux médiocres et s'abaissanl insensiblement jusqu'à la plaine , ainsi qu'on le voit sur le versant septentrional des Pyrénées. Ce sont des plaines, des coteaux et surtout quelques arêtes perdues des Alpes qui viennent se terminer dans la Méditerranée. Aussi la vue, sur ce sol varié, n'est-elle pas toujours arrêtée par des montagnes, enfermée dans des gorges ou perdue dans des plaines immenses; elle se resserre, s'étend tour à tour sur un sol tantôt uni, tantôt hérissé à pic des montagnes les plus hautes , et souvent elle se perd sur une mer où l'azur le plus sombre contraste avec une lumière étineelante.

» C'est en arrivant à Aix qu'on peut commencer à se faire une idée de cetl» terre si belle dans son aridité même ; mais c'est en parvenant surtout aux dernières hauteurs qui enferment Marseille qu'on est saisi subitement d'un spectacle dont tous les voyageurs ont retenu le souvenir. Deux grandes chaînes de montagnes s'entr'ouvrent, embrassent un vaste espace, et, se prolongeant dans la mer, viennent expirer très-avant dans ses flots. Marseille est enfermée dans cette enceinte. Lorsque, arri-

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vant du nord , on parvient sur la première chaîne , on aperçoit tout à coup ce bassin immense, son étendue, son éblouissante clarté vous saisissent d'abord. Bientôt aprè/ on est frappé du sol et de sa singulière végétation. Il faut renoncer ici aux croupes arrondies, à la parure si fraîche et si verdoyante des bords de la Saône et de la Garonne. Une masse immense de calcaire gris et azuré forme la première enceinte. Des bancs moins élevés s'en détachent , et , se ramifiant dans la plaine , composent un sol inégal et varié. Sur chaque hauteur s'élèvent des bouquets de pins d'Italie qui forment d'élégants parasols d'un vert sombre et presque noir. Des oliviers , à la verdure pale , à la taille moyenne, descendent le long des coteaux , et contrastent, par leur petite masse arrondie, avec la stature élancée et le superbe dôme des pins. A leur pied croit une végétation basse , épaisse et grisâtre : c'est la sauge piquante et le thym odorant , qui , foulés sous les pieds, répandent un parfum si doux et si fort. Plus loin , au couchant, s'étend la Méditerranée , qui pousse dans les terres des lames argentées, la Méditerranée, avec ses lies, avec ses flots tantôt calmes ou agités, éclatants ou sombres , et son horizon immense , où l'œil revient et erre sans cesse en décrivant des arcs de cercle élernels. »

Telle est la description un peu flattée que fait de la Provence l'un de ses plus illustres enfants, M. Thiers. Mais elle ne s'applique qu'à la basse Provence, principalement vers Marseille et Toulon , et la hante Provence a , comme nous allons le voir, le caractère très-prononcé des régions alpestres.

L'extrémité occidentale de la Provence est formée de vastes plaines alluvionnelles ou sablonneuses et desséchées, qui généralement sont fertiles en céréales. Les principales sont celles de Tarascon , d'Arles et surtout de la Crau. Celle-ci est une grande plaine caillouteuse, entre Arles et l'étang de Berre, de 1,000 kilomètres carrés environ de superficie. La terre végétale n'y a que très-peu de profondeur, et présente audessous un tuf des plus durs à entamer. La culture de l'olivier, de la vigne et du mûrier y réussit assez bien. Pendant l'hiver, ses pâturages nourrissent un grand nombre de troupeaux , qui , comme ceux de la Camargue , transhument en été. Ces mêmes plaines se prolongent entre les diverses bouches du fleuve , pour y former des lies , amas de sables et de limon , généralement cultivées sur les bords , parsemées de marécages malsains et de pâturages où s'élèvent un assez grand nombre de troupeaux. La principale de ces lies est la Camargue , que nous venons de décrire.

A ces vastes plaines succèdent , à l'est , dans toute la basse Provence , d'autres plaines généralement moins étendues, coupées par de petits mouvements de terrain ou par des chaînes de hauteurs plus ou moins élevées qui ne prennent d'importance que sur les bords de la Durance et du Verdon. Dans le département du Var, le sol est déjà plus élevé que dans les Bouches-du-Rhône , dont le nord et le nord-est seuls sont réellement montagneux. Nous avons vu que les Alpes de Provence y forment deux chaînes bien distinctes des deux côtés du bassin de l'Argens, les monts des Maures au sud , et la chaîne de l'Esterel au nord , l'une granitique ou schisteuse, et l'autre calcaire. Presque toutes ces montagnes du Var sont boisées , et l'on peut dire que les forêts y couvrent au moins un septième de la superficie : ce sont généralement des arbres verts ; les sapins y sont même quelquefois , comme sur la montagne du Brouit, assez forts et assez élevés pour servir à la mâture des bâtiments ; on y trouve aussi

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dos mélèzes, des chênes-liéges, des charmes, des hêlres, des bouleaux. Cette partie de la Provence , comme les Bouches-du-Rhône , renferme un grand nombre d'étangs et de marais ; les uns sur la côte, comme ceux de Napoule et de Villepey , les autres dans l'intérieur du déparlement, comme ceux de Mougins, de Tourves, de Besse et de Roquebrussane (80,000 m. c.)

Si Ton pénètre maintenant dans la haute Provence ou dans le département des Basses-Alpes , le spectacle change et devient de plus en plus varié : le pays est entièrement montagneux , et les montagnes croissent à mesure qu'on s'élève du sud au nord et de l'ouest à l'est , des bords du Verdon ou de la Durance vers le faîte des Alpes Maritimes. La chaîne principale des Alpes de Provence, qui court du nord au sud , sur la rive gauche du Verdon , sépare le département en deux parties bien distinctes : la région supérieure , contenant les arrondissements de Barcelonelte cl de Castellane; et la région inférieure, avec les arrondissements de Sislcron et de Forcalquier. Entre ces hautes chaînes de montagnes et leurs ramifications s'étendent de profondes vallées tantôt sauvages , tantôt agrestes , généralement étroites, que parcourent les eaux ravageuses de la Durance, du Verdon ou de leurs affluents. Dans la partie basse de ces vallées , s'étendent tantôt des terres caillouteuses et arides , tantôt de fertiles plaines, où réussissent les céréales et les productions du Midi; puis les Ibncs de ces vallées se couvrent de verts pâturages , au delà desquels les sommets des montagnes apparaissent tantôt avec leurs rochers nus , décharnés, tantôt avec de sombres forêts de sapins et de mélèzes, que couronne enfin un chaos de pics couverts de neiges éternelles. Parmi toutes les vallées des Basses-Alpes, les plus remarquables sont celles de la Bléone , du Verdon et surtout de l'Ubaye. Cette dernière , qu'on désigne aussi sous le nom de vallée de Barcelonnette , est fermée de toutes parts par de hautes montagnes, dont la hauteur s'élève jusqu'à 3,000 mètres et dont les cimes sont blanchies d'une neige éternelle. Elle se divise en Châteaux-Bas et Chàltaux- HauU, en aval et en amont de Barcelonnette. La première partie est étroite, aride el sauvage dans presque toute son étendue; la deuxième, au contraire , forme un large bassin , où , malgré l'élévation croissante du sol , l'on rencontre de belles cultures, de beaux pâturages et de riants tableaux.

C'est dans les montagnes des Basses-Alpes que transhument en été les troupeaux de la Provence; ces montagnes pastorales renferment des pâturages qu'arrosent des sources nombreuses et qui sont quelquefois élevés jusqu'à 2,500 mètres; ils sont formés d'une herbe très-haute parsemée de fleurs, et couvrent principalement les montagnes de Colmars, d'Allos, de Loux, de Lausanier, de la Grande-Montagne, et plus de 400,000 moutons y viennent séjourner. Au sommet de ces montagnes se trouvent un assez grand nombre de lacs très-poissonneux tels que ceux d'Allos, de Loux, du Lauzel, etc.

D'après ce que nous venons de dire, on voit combien le sol de la Provence est varié; boisé sur certains points, aride et desséché sur d'autres, marécageux ailleurs, il n'offre à l'agriculture que des ressources restreintes. Nous dirons dans la description de chacun de ses trois départements les différences que présentent les cultures et les productions ; ajoutons seulement ici que la récolte des céréales est très-insufllsante; que les rizières , qui jadis suppléaient au manque de blé et rivalisaient avec celles du

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Piémont, ont été abandonnées à cause de leur insalubrité, et celles qui subsistent encore sont insignifiantes eu égard aux quantités nécessaires pour la consommation. La vigne y vient, mais ses produits sont médiocres, et malheureusement c'est dans les terrains susceptibles d'être cultivés qu'on la trouve le plus souvent ; tandis que les plaines caillouteuses de la Crau et d'autres lieux infertiles pourraient , avec du travail , donner de bons vignobles. En revanche, la Provence produit d'excellents fruits de toute espèce, le mûrier, l'amandier, le figuier, l'olivier, etc.; l'on y voit même des orangers et des palmiers dans quelques localités. On y récolte aussi , et en abondance, le lin , le kermès et la garance. De toutes les productions de la Provence, la plus importante est l'olivier, dont la majeure partie sert à faire de l'huile de deux qualités; l'une, dite d'Aix, est pour la table; l'autre est employée par l'industrie.

§ VII. Population, Moeurs, etc. — La population delà Provence offre, comme son sol, de grandes variétés, et l'on pourrait y reconnaître les débris des diverses races qui ont peuplé la contrée, Ligures, Ibères, Grecs, Romains, Arabes, etc.; mais l'élément germanique y a peu pénétré, et c'est là l'une des causes les plus profondes de la dissemblance de la population provençale avec celle du nord.

Le Provençal est généralement robuste et de taille moyenne : il a les cheveux châtains ou noirs, le teint brun, l'œil vif, la physionomie spirituelle et gaie mais non avenante ; ardent, passionné, facile à s'enflammer, il est sobre, laborieux, et ne manque ni de courage ni de franchise, mais il a peu de douceur, de modération, de désintffressèment; il n'aime pas à obliger; on lui trouve souvent une fierté brutale et un défaut presque complet d'aménité et de politesse. Aimant tous les plaisirs, surtout les plaisirs bruyants, le saut, la musique, la danse, il s'y porte avec une turbulence frénétique et il montre la même passion dans les fêtes religieux, les pèlerinages, les processions. Encore bien que la Provence ait produit des penseurs comme Gassendi et Vauvenargues, des érudits comme Barthélémy et Jaubcrt, des naturalistes comme Adanson et Tournefort , des historiens comme MM. Mignet et Thiers, il est reconnu que le Provençal est plus propre aux ouvrages d'imagination qu'à ceux qui demandent de la méditation et de la profondeur. Mais le défaut le plus grave qu'on doit reprocher à l'habitant de la Provence, c'est la tiédeur de ses sentiments nationaux : l'opposition du Gascon à la France du Nord est de la politesse auprès du dédain froid et grossier du Provençal pour ce qu'il appelle le Parisien , et Marseille , ce rendez-vous des marchands de toutes les nations, n'a une physionomie française qu'à la surface, au fond elle est cosmopolite.

La population des campagnes peut se distinguer en trois catégories : les paysans des plaines et des côtes, d< nt la vie est laborieuse et d'autant plus rude que le sol est plus ingrat ; losménagert, petits propriétaires vivant sur leur coin de terre, héritage paternel transmis religieusement, et qui se distinguent par leurs goûts simples, leurs mœurs pures et leur amour de l'ordre et du travail ; ils sont généralement bons et hospitaliers; enfin les montagnards, qui habitent les vallées septentrionales du Var et des Basses-Alpes : fins et adroits avec des dehors grossiers , braves et aptes à supporter les fatigues, pauvres et désintéressés, ils aiment en général à s'instruire et savent presque tous lire et écrire ; tous comprennent le français s'ils ne le parant pas; quoiqu'ils aient fait preuve de courage dans les diverses invasions de la Protome u. 13

veuce, ils n'aiment pas l'état militaire, qui les éloigne de leurs chaumières et de leurs montagnes.

Les Provençaux sont généralement bons marins, mais ils ont le talent de la navigation plutôt qtte les qualités du soldat matelot; au premier titre ils sont peut-être supérieurs, et au deuxième à coup sûr inférieurs aux matelots basques et bretons. La Provence a donné à la France le bailli de Suffren, Entrecasteaux , Gantheaume,

Missiessy , etc.

S VIII. Histoire. — On trouve dans les temps les plus anciens la Provence habitée par des Ligures, mêlés aux Ibères au couchant, et au levant aux Celles : c'étaient des peuples sauvages partagés en tribus ennemies. La première année du sixième siècle avant J.-C. les Phocéens abordèrent sur la côte et fondèrent Marseille (Mastilia). La ville nouvelle domina bientôt sur le littoral, y établit de nouvelles colonies, Nictea (Nice), Antipolis (Antibes), CUharisla (la Ciotat), A gotha (Agde), etc., et profita des désastres de Tyr et de Carthage pour devenir la première ville de commerce de la Méditerranée. Inquiétée par le voisinage des Ligures, qu'elle n'avait pu soumettre, elle appela à son aide les Romains, dont elle était depuis longtemps l'alliée. Ceux-ci se rendirent à son appel, soumirent toute la contrée entre Rhône et Durance, y fondèrent une première ville, Aqua Sextiœ (Aix), enfin firent de tout le pays compris entre le Rhône, les Alpes et les Cévennes leur Province Romaine (118 av. J.-C.). Marseille seule resta libre, mais ayant pris parti pour Pompée contre César, elle fut conquise (49 av. J.-C.) et annexée à l'empire romain. Néanmoins YAthèna gauloise, ainsi que l'appelait Cicéion, garda son influence sur la Gaule méridionale, ses richesses commerciales et son goftt pour les arts.

La Provence , sous Auguste, fit partie de la Narbonnaise, puis elle fut partagée entre la Narbonnaise deuxième , les Alpes Maritimes et la Viennoise. Elle était d'ailleurs devenue aussi romaine que l'Italie quand les Vandales d'abord, puis les Hérules, les Bourguignons, les Alamans, les Goths, les Francs la ravagèrent. En 510 Théodoric la réunit à son royaumo d'Italie, mais jusqu'au commencement du huitième siècle elle flotta entre toutes les dominations qui cherchaient à s'établir dans la Gaule. A cette époque les Grecs et les Francs se partagèrent le pays, mais les Sarrasins apparurent bientôt et s'emparèrent du littoral. Pendant plus d'un siècle le pays fut ravagé et disputé par los trois peuples, et Marseille, qui avait été dévastée par tous les barbares, tomba dans la plus complète décadence. Dans le premier démembrement de l'empire de Charlemagne, la Provence fit partie de la Lotharingie, et après la mort de Lothaire 1", elle devint le centre d'un royaume dit de Provence, qui appartint à Charles, deuxième fils de Lothaire I", et qui après la mort de ce Charles (863), fut partagé entre ses frères. Alors l'anarchie fut à son comble dans le pays, où enfin , en 879 , le duc Bozon , beau-frère de Charles le Chauve, se fit élire roi d'un État qui comprenait une partie du bassin du Rhône et qu'on appela royaume de Provence ou de Bourgogne cisjurane. Il eut pour successeur son fils Louis, qui mourut sans postérité, et le royaume passa à Hugues , comte d'Arles , qui le céda à Rodolphe II , roi de la Bourgogne transjurane, lequel réunit ainsi les deux Bourgognes et en forma (933) le royaume d'Arles ou de Provence. Ce nouveau royaume dura jusqu'en 1033, où Rodolphe II en fit cession à i empereur Conrad II , et dès lors le royaume d'Arles fit partie de l'empire. Mais ce fut

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pom .es empereurs une royauté nominale , car les seigneurs s'étaient rendus indépendants dans toutes les provinces de ce royaume et principalement en Provence , où s'étaient établis des comtes dont l'origine est inconnue, et où les grandes villes habituées aux libertés municipales qu'elles avaient conservées , étaient devenues en réalité des petites républiques importantes par leurs richesses et leur commerce. Marseille surtout avait repris sa prospérité , grâce aux croisades et aux privilèges quelle obtint pour ses marchands dans le Levant. Le dernier des comtes souverains do la Provence est Gilbert, qui mourut en 1109, laissant trois filles mariées: l'aînée nu comte de Barcelone, la cadette au comte de Toulouse , la troisième au seigneur des Baux, famille puissante qui prétendait descendre des rois goths. Il s'ensuivit une guerre entre les trois gendres, qui finit par le partage de la Provence ( 1125). La comté de Provence (entre Durancc et Méditerranée), fut attribuée au comte de Barcelone, le marquisat de Provence (entre Durance et Isère), au comte de Toulouse-, mais le seigneur des Baux n'obtint aucune part, et continua à ravager le pays.

Dans toutes ces transformations la Provence était restée entièrement étrangère à la France; elle semblait par sa langue, ses lois, ses mœurs , être séparée géographiquement d'elle ; elle n'avait de relations qu'avec l'Italie, l'Espagne, ou bien avec les seigneurs voisins des Pyrénées et ennemis de la France. Le moment était venu où elle allait avoir une existence française.

Va maison de Barcelone ne posséda la Provence que pendant environ un siècle. En 1 2!t5 Raymond-Bérenger IV mourut, laissant ses États à Béatrix, sa dernière fille, et qui n'était pas mariée. Deux prétendants se présentèrent : Raymond VII, comte de Toulouse qui venait, dans la sanglante guerre des Albigeois, de se montrer le représentant des haines du Midi contre la France du Nord; et Charles d'Anjou, frère do saint Louis. Les États de Provence craignirent de s'attirer une guerre dévastatrice et d'avoir à subir une conquête s'ils préféraient Raymond, suspecté d'hérésie, au prince français, et ils conseillèrent à Béatrix d'épouser Charles d'Anjou. Mais le peuple, « qui avait, dit Mathieu Paris, une haine inexorable pour les Français, » vit s'approcher la domination des rois de Paris avec une terreur profonde , et les troubadours s'écrièrent avec douleur : « Au lieu d'un brave seigneur, les Provençaux vont donc avoir un sire! On ne leur laissera plus bâtir ni tours ni châteaux ; ils n'oseront plus porter la lance ni l'écu devant les Français! Puissent-ils tous mourir plutôt que de tomber dans un pareil état! » Malgré ces protestations, que Marseille appuya par une résistance énergique, il fallut céder, et la Provence commença h avoir ses destinées mêlées à celles de la France.

Le premier soin du nouveau comte fut d'attaquer les libertés des grandes villes ; mais pendant la croisade en Égypte , elles profitèrent des désastres de l'armée française pour reprendre leur indépendance. Charles d'Anjou , à son retour, s'en vengea en faisant successivement le siège d'Arles, d'Avignon et de Marseille, dont il s'empara, et où il détruisit ce régime municipal qui les faisait ressembler aux républiques d'Italie, avec lesquelles elles étaient alliées.

On sait que Charles d'Anjou devint roi de Naples, et dès lors la Provence ne fut plus qu'une partie négligée de ses États. 11 eut pour successeurs Charles le Boiteux , puis Robert, et enfin la fameuse Jeanne, qui vendit aux pa|>es la ville d'Avignon. Celle-ci

fut mise à mort par Charles de Ourazzo, son cousin, qui s'empara du royaume de Naplcs ; mais elle avait reconnu pour héritier Louis, frère du roi de France Charles V, qui commença une nouvelle maison d'Anjou et ne put définitivement se rendre maître que de la Provence. Ses descendants ne furent pas plus heureux, et le dernier, si populaire en Provence sous le nom du bon roi René , laissa ses États à son neveu, le comle du Maine ( 1480). Un an après le comte du Maine mourut, instituant pour héritier le roi Louis XI. La Provence, qui avait profité des préoccupations de ses maîtres du côté de l'Italie pour reprendre une indépendance presque complète, voulut vainement résister; elle fut annexée h la couronne par un traité (1/116) qui lui laissa ses lois particulières, ses états provinciaux, ses droits de pays étranger, et les rois de France, dans leurs rapports avec elle, ont jusqu'en 1790 porté le titre de comtes de Provence.

Ce pays paya cruellement son annexion à la France par les invasions des Impériaux, en 1526 et 1536, où il fut impitoyablement ravagé d'abord par ses ennemis, ensuite par ses défenseurs, qui en firent une solitude couverte de décombres. La réforme protestante trouva peu de sectateurs dans la Provence , qui a toute la ferveur catholique de l'Italie; mais elle n'en prit pas moins une part très-active aux guerres religieuses; la Ligue en fit une de ses places d'armes, et pendant quinze ans la Provence, alliée de l'Espagne, sembla entièrement détachée de la France. La dernière ville qui se soumit à Henri IV fut Marseille, où régnaient deux ligueurs acharnés, Casault et Louis d'Aix, qui furent assassinés par le Corse Liberlat.

Rentrée sous l'autorité royale , elle garda son esprit d'opposition et prit part à toutes les révoltes du Midi ; la dernière fut celle de la Fronde, où Louis XIV dut venir en personne pacifier la province en entrant à Marseille par la brèche et en y faisant construire les forts Saint-Jean et Saint-Nicolas. Alors commenra pour ce pays une <:re nouvelle : la France était devenue un grand état maritime, et c'était par la Provence qu'aRait s'exercer son action sur la Méditerranée ; le port militaire de Toulon fut construit , et Marseille devint le centre du commerce français avec le Levant.

On sait que la Provence prit d'abord une part active à la révolution de 1789, qu'elle envoya à l'Assemblée constituante Mirabeau et Sicyès, et que le chant de guerre de la révolution porte le nom de ta Marseillaise ; mais quand Paris et le parti montagnard dominèrent la France, elle se fit girondine, contre-révolutionnaire, royaliste, et livra Toulon aux Anglais. Marseille , dont le commerce était anéanti , conserva surtout cet esprit d'opposition sous l'empire, et se montra, autant que la Guyenne et le Languedoc, animée de passions sanguinaires dans la réaction de 1815.

Depuis 1830, depuis la conquête d'Alger, depuis que la Méditerranée a repris son importance et que les plus grands intérêts , les plus grandes difficultés de rEuro|ie sont du côté de l'Orient, la Provence et ses ports ont pris une prospérité, une importance inouïes , et ils sont appelés au plus glorieux avenir.

S IX. DÉPARTEMENT DES BOUCHES - DU-RllÔNE. — STATISTIQUE , AGRICULTURE, COM- MERCE, etc. — Ce département, formé d'une partie de l'ancienne Provence, a une superficie de 601,960 hectares. Sa population était en 1801, de 285,012 habitants; en 1821, de 313,614 hab.; en 1836, de 362,325 hab.; elle est aujourd'hui de 428,989 habitants.

Jl a pour chef-lieu Marseille , et forme trois arrondissements ainsi subdivisés :

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Arrondissement de Marseille.. . 6 cantons, i« communes, 2tt>,? 1 4 tubilanU.

— d'Aix 10 — 58 — li?,026 —

— d'Arles 8 — 32 — 87,749 —

S arrondissements 21 cantons, lOfi communes, 458,989 tiabitant*.

Ce département forme deux diocèses : celui de l'archevêché d'Aix , comprenant les arrondissements d'Aix et d'Arles; celui de l'évêché de Marseille, suffragant d'Aix et comprenant l'arrondissement de Marseille. 11 y a de plus à Marseille une église du rit grec, une église consistoriale pour les calvinistes, et une synagogue consistoriale pour les Israélites. Les Bouches-du-Rhône renferment une cour d'appel à Aix , avec trois tribunaux de première instance, et cinq tribunaux de commerce (Aix, Arles, Marseille, la Ciotat, Toulon); un lycée à Marseille , trois collèges (Aix, Arles, Tarascon), et près de cinq cents écoles primaires. Le département forme une subdivision de la 9« division militaire, chef -lieu Marseille, et renferme plusieurs forts classés comme postes; ce sont le fort de Bouc et les forts de Marseille, à savoir les forts Saint-Jean, Saint-Nicolas et Notre-Dame-de-la-Garde. Le château d'If et les ouvrages des lies Pomègue et Ratonneau ne sont pas classés. Quant aux côtes , elles appartiennent à la 5» préfecture maritime (Toulon) et forment l'arrondissement de Marseille, qui se subdivise en quatre quartiers, la Ciotat , Marseille, Martigues et Arles. On y compte 8 ports : la Vignole, Arles, Martigues, Port-de-Bouc , Ponteau, Marseille, Cassis et la Ciotat.

C'est un département agricole et manufacturier, où le sol, généralement peu fertile, est coupé de rochers , de montagnes et de marais ; la partie orientale surtout est monlueuse à cause des ramifications de l'Esterel; à l'ouest s'étendent de grandes plaines (la Crau) le long du Rhône, et aux bouches du Rhône, la Camargue, que nous avons décrite; les étangs y sont nombreux, le plus célèbre est celui de Valcarès, dans la Camargue. Au nord le sol est formé de granit et de sable, au centre de schistes, au sud de débris marins ; ces deux dernières sortes de terrains sont fertiles quand elles sont arrosées. On estime qu'il y a dans les Bouches-du-Rhône 81,500 hectares de terres labourables, 4,500 de prés, 31,000 de vignes, 55,000 de bois, 12M00 de landes, pâtis, bruyères, etc.

Le climat de ce département n'est malsain que dans les terrains marécageux; il est généralement très-chaud; les hivers sont fort doux, mais les étés sont trop secs. La récolte en céréales est insuffisante , excepté dans l'arrondissement d'Arles ; celle des vignobles, dont les plus estimés sont ceux de Cassis, de la Ciotat et de Roquevaire, est d'environ 500,000 hectolitres par an. On cultive avec un grand succès les arbres fruitiers, l'olivier, le figuier, le mûrier, etc. Les bestiaux sont nombreux, surtout les moulons, qui vont passer l'été dans les montagnes des Basses-Alpes; on n'élève de chevaux que dans la Camargue; en revanche l'éducation des vers h soie est très-considérable (plus de 300,000 kilogrammes de cocons). II y a dans le département environ 3,500 têtes de gros bétail, 580,000 moutons, 20,000 porcs, 13,000 chèvres, 25,000 chevaux, 20,000 mulets et 16,000 ânes.

Us seules substances minérales exploitées sont les lignites , les pierres à chaux et à bâtir, et des marbres assez beaux ; il y a des eaux minérales à Aix.

L'industrie manufacturière du département consiste dans les fabriques de savon, de soude factice et autres produits chimiques, de bonneterie pour l'Orient, les raffineries,

les tanneries, etc. On y trouve aussi de grandes usines métallurgiques et de nombreuses distilleries. Sur les côtes, on fait la pêche du corail; celle du thon et des anchois y est considérable.

Le département renferme un canal do navigation d'Arles à Bouc , sur une longueur de 47 kilomètres; une rivière navigable, le Rhône, sur 81 kilomètres; U routes impériales, sur 239 kilomètres; 17 routes départementales, sur &26 kil. ; 905 chemins vicinaux, sur 2,200 kil. ; en tout, 2,993 kil. de voies de communication. Il faut y ajouter le chemin de fer d'Avignon à Marseille sur 120 kilomètres.

§ X. DÉPARTEMENT DES BoUCHES-DU-RnÔNE. — DESCRIPTION DES VILLES. — MarttilU,

chef-lieu du département des Bouches-du-Rhône et de la 9* division militaire , est le siège d'un évôché, d'une église consistoriale réformée, d'une église succursale pour le rit grec uni , d'une synagogue consistoriale, de tribunaux de première instance et de commerce ; elle possède une chambre et une bourse de commerce, un conseil de prud'hommes, un syndical maritime, un hôtel des monnaies, un observatoire de marine, une école d'hydrographie, un lycée, une institution des sourds et muets, une école secondaire de médecine, une école spéciale de dessin , une école de musique, etc. Sa population est de 195,257 habitants; sa distance de Paris est de 791 kilomètres. C'est la deuxième ville de France par le chiffre de sa population, et son premier port de commerce par l'importance des exportations.

Marseille est située au fond d'une petite baie sur le bord d'un bassin semi-circulaire autour duquel elle s'élève en amphithéâtre; à gauche du portent l'ancienne ville, qui couvre une surface très-inégale ; la nouvelle ville s'étend de l'autre côté dans le prolongement du port, et s'appuie au mamelon rocheux qui porte le nom de Fort-de-la- Garde. Ce site avantageux pour le commerce est en même temps très-pittoresque, La muraille qui sépara longtemps la ville haute de la ville basse a été abattue en 1666, et le quartier actuel de la ville basse a été construit en 1781 sur l'emplacement d'un vaste arsenal et do quelques vieilles constructions sans utilité. Les remparts de Marseille , devenus des boulevards, ont cessé d'enclore la ville, qui chaque jour s'étend au delà de son ancienne enceinte. Dans la vieille ville, les rues sont irrégulières, sales et mal percées; dans la nouvelle, au contraire, de grandes voies espacées et droites s'allongent autour de places régulières et bien décorées ; ces rues égalent les plus belles de Paris par le nombre des habitants, la richesse des magasins, le luxe des habitations. Du haut de la large rue de la Cannebière, on aperçoit le port couvert de navires. Les deux villes sont séparées par la promenade appelée le Court, qui réunit les rues d'Aix et de Rome. Les monuments sont peu nombreux, et il n'y a pas de grande ville ancienne qui offre aussi peu de vestiges de sa grandeur passée que Marseille. La cathédrale, appelée la Major, est sombre, hideuse, composée de trois ou quatre compartiments ressemblant à des caves; elle remonte, dit-on , à une haute antiquité. L'hôtel de ville, situé sur le port, est un édifice d'un style lourd; la façade est ornée d'un écusson dû au ciseau du célèbre Puget; sur le grand escalier s'élève la statue de Libertat. L'hôtel de la préfecture est le plus bel édifice de Marseille ; la bibliothèque renferme plus de 50,000 volumes; le musée est bien composé; le cabinet des médailles et antiques est très-riche , grâce aux monnaies nombreuses qui ont été trouvées dans la vieille cité; la ville renferme en outre un musée d'histoire naturelle

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el un jardin des plantes. Marseille a longtemps manqué d'eaux potables , mais un travail gigantesque a été fait récemment pour lui amener les eaux de la Ourance; ce canal a 1 56 kilomètres de longueur, et traverse 20 kilomètres de souterrains el de nombreux aqueducs, dont l'un, celui de Roquefavour, étonne surtout par sa hardiesse.

Le port de Marseille, appelé dans l'antiquité Lacydon, figure un parallélogramme de 940 mètres de longueur sur 300 de largeur, ayant 282,000 mètres de superficie. Son entrée est étroite, et sa sûreté ne s'est jamais démentie ; encore bien qu'il puisse contenir 1200 navires, il n'est pas assez étendu pour la quantité de bâtiments qui s'y pressent, aussi lui a-t-on ajouté sur la côte occidentale, au delà du fort Saint- Nicolas, le port de la Jolktte, qui peut recevoir des frégates. De beaux quais entourent le port et sont continuellement remplis par une foule active et agitée où l'on entend parler toutes les langues. Marseille est protégée par les forts Saint-Nicolas et Saint-Jean , qui défendent l'entrée du port ; par le château de Notre-Dame-de-la- Garde , qui n'est qu'une chapelle avec une vigie ; enfin par le château à' If, dans l'Ile de ce nom, et les batteries des lies Pomègve et Batoneau, lesquelles ferment sa rade et contiennent son lazaret. Ces lies ne sont que des rochers à peu près incultes et inhabités. Les environs de Marseille sont d'une aridité extrême : sur les coteaux rocheux qui l'entourent on ne voit pas un brin de verdure ; quelques blêmes oliviers attristent plutôt qu'ils n'égayent le paysage ; les bastides, ou maisons de campagne des Marseillais, sont absolument dépourvues d'ombrages et n'ont d'attrayant que la vue de la mer ; la mer est en effet la splendeur, la poésie , la séduction, la richesse de Marseille.

L'histoire de Marseille est celle de la Provence, et nous n'avons à ajouter au récit succinct que nous avons fait de ses révolutions que les noms des principaux hommes célèbres qui y sont nés ; ce sont Pétrone, les navigateurs Pythéas et Euthymènes, le troubadour Bersal des Baux, le grammairien Demarsais. le prédicateur Mascaron. le sculpteur Puget, le conventionnel Barbaroux, le marquis de Pastoret, M. Thiers , etc.

La fabrication du savon tient le premier rang parmi les industries marseillaises : en 1852 elle comptait hh établissements dont la production annuelle atteignait 60 million?. Viennent ensuite les raffineries, qui donnent lieu à un mouvement de 60 millions, ta construction des appareils mécaniques, les tanneries, la bonneterie, la faïence, etc. Marseille a encore une manufacture de tabacs et des chantiers de constructions navales. Quant à son commerce, il comprend tous les objets naturels et fabriqués, mais surtout les grains, dont elle est l'entrepôt pour tout ce qui vient de la mer Noire, les vins, les huiles, les sucres, les savons, tous les produits des manufactures françaises, etc. Nous avons vu dans le tableau des ports de la France que le nombre des navires entrés ou sortis en 1851 était de près de 10,000 , ayant un jaugeage de 92,000 tonneaux : à l'époque où nous écrivons (juin 1855), ce chiffre est presque doublé, et là ne doit pas s'arrêter la prospérité commerciale de Marseille , à qui la rénovation de l'Orient , l'ouverture de l'isthme de Suez , le chemin de fer qui la lie à Paris ouvrent de nouvelles destinées.

Aix, ancienne capitale de la Provence, aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement des Bouches-du-Rhône , est le siège d'un archevêché, d'une cour d'appel et de tribunaux de première instance et de commerce. Elle a de plus une académie universitaire, un col-

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lége communal, des facultés de droit et de théologie, une école spéciale de dessin, etc. Sa population est de 26,698 habitants. — Cette ville est située dans une vallée qui s'ouvre à l'ouest sur de vastes plaines plantées d'oliviers , et qui est fermée au nord par des collines longeant la Durance, au sud par des hauteurs arides qui s'étendent jusqu'à Marseille; elle présente une forme à peu près carrée, et est entourée d'une enceinte en partie ruinée. Elle se divise en trois parties : la vieille, la neuve et le quartier Saint-Louis. La ville vieille , qui s'étend au nord du Court, par lequel s'ouvre la route d'Avignon, est assez irrégulière. La ville neuve, au contraire, traversée par le Cours , est remarquable par la régularité et la magnificence de ses constructions : on y rencontre de belles places ornées de fontaines, et dont les principales sont celles de l'Hôtel de Ville, de l'Université, de Saint-Honoré et des Prêcheurs. D'agréables promenades régnent autour de la ville , outre le Cours , qui est orné de belles maisons et à l'une de ses extrémités, de la statue du roi René.

Parmi les monuments nous citerons : la cathédrale , commencée au onzième siècle et terminée seulement sous Louis XIV; l'église Saint-Jean, construite en 1231 par Raymond - Roger IV, et remarquable par les tombeaux des comtes de Provence; l'église de Sainte-Marie-Madeleine; l'hôtel de ville, terminé en 1668, et qui est orné d'une statue du maréchal de Villars; la porte de la Tour do l'Horloge, construction du commencement du seizième siècle; le palais de justice, où résidaient les comtes de Provence, etc.

Cette ville est le centre de la fabrication des huiles de Provence, principale richesse de la province. On y trouve aussi des filatures de soie et de coton , des imprimeries d'indiennes, etc. Son commerce consiste en huiles, fruits, confitures et vins. Elle possède un établissement thermal d'une grande réputation , près duquel on voit les restes des anciens thermes de Sextius, qui furent l'origine de celte antique cité. La source principe naît à une petite distance au nord -est de la ville, au pied de la chaîne de Sainte-Eutrope.

Aix était autrefois le siège d'un parlement célèbre dans l'histoire du Midi par sa résistance aux rois de France, d'une cour des aides, d'une généralité, etc.; elle avait une université et de nombreux couvents de carmes, d'augustins, de minimes, etc. Nous avons déjà dit qu'elle fut fondée 123 ans avant J.-C. par le consul Caïus Sextius, qui lui donna son nom (Aquae Sextia»). Elle devint la capitale de la deuxième Narbonnaise, fut ravagée par les Visigoths, par les Bourguignons, par les Sarrasins, et tomba dans une complète décadence. Elle reprit de l'importance quand les comtes de Provence en eurent fait leur capitale , que la cour de ces princes devint célèbre par leur goût pour la poésie et la galanterie, et qu'elle fut fréquentée par les plus fameux troubadours. Son illustration littéraire disparut après son annexion à la France , mais elle conserva une grande importance politique à cause de son parlement, et comme résidence ordinaire de la noblesse de la province. Elle en prit un air de gravité magistrale, de morgue aristocratique, de roideur et d'ennui qui contrastait avec le mouvement cl la vie de Marseille et qu'elle n'a point perdu. Aix est encore une ville de noblesse, de magistrature, d'université, solennelle mais triste, que l'industrie et le commerce ont peine à animer, et où l'on sent bien mieux qu'à Marseille l'attachement aux vieilles coutumes et l'opposition aux usages et aux lois du nord.

PROVENCE

Arles, la capitale des Gaules sous les Romains, la capitale du royaume de Provence au moyen âge, la ville de Constantin et de Bozon, est aujourd'hui dans le département des Bouches-du-Rhône , si fertile en villes célèbres, un chef-lieu d'arrondissement peuplé de 20,460 habitants. Elle est située sur la rive gauche de la brancho orientale du Rhône, un peu au-dessous de la bifurcation du fleuve, et forme ainsi un port important surtout à cause de sa position entre Lyon et Marseille. Elle est généralement bien bâtie et présente des rues régulières, de heaux quais, mais avec des places rares et petites. Son industrie consiste principalement en filatures de soie, chapellerie et construction de navires; son commerce , qui est très-actif, en bestiaux, huiler, vins, fruits, etc.

L'importance et la gloire d'Arles reposent surtout dans ses souvenirs et les débris de ses monuments anciens. On remarque d'abord l'amphithéâtre, vaste cirque de forme elliptique et du style le plus imposant; la longueur du grand axe e t de 140 mètres, celle du petit axe de 103 mètres; on y distingue encore en certaines parties 43 rangs de gradins qui pouvaient contenir près de 24.000 spectateurs. Vers le huitième siècle , on en fit une vaste forteresse flanquée de quatre tours élevées sur les quatre portes de l'ancien édifice. Non loin de là sont les ruines du théâtre , dont la face méridionale est assez bien conservée et présente trois étages distincts. Près de la place Saint-Lucien , l'on distingue une partie des ruines des thermes et celles du forum, sorte de cour rectangulaire avec doubles galeries à arcades, la plupart enfouies. Enfin, à peu de distance du Rhône, se trouvent les débris de l'ancien palais de Constantin.

Les monuments du moyen âge présentent presque autant d'intérêt : ce sont la cathédrale de Saint-Trophime, fondée au septième siècle et augmentée dans le courant du quinzième; l'église du Mont-Majeur, faisant partie autrefois de l'abbaye du même nom, bâtie sur un rocher qui domine toute la plaine; l'église de Sainl-Honorat, fondée au sixième siècle par l'évêque saint Virgile, et dans laquelle on a découvert en 1841 d'anciennes peintures fort remarquables. Quant aux monuments modernes, on remarque l'hôtel de ville , beau et vaste édifice construit sous Louis XIV , d'après les dessins de Mansart, la bibliothèque, les archives et le musée.

L'origine d'Arles remonte à la plus haute antiquité, car elle existait avant Jules César, mais ce fut sous la domination des Romains qu'elle prit une très grande importance. Elle atteignit son plus haut point de splendeur sous Constantin , qui en fit sa résidence , et elle fut après lui la capitale des Gaules. Elle tomba ensuite au pouvoir des Goths, puis des Francs, qui détruisirent ou mutilèrent une grande partie de ses monuments. Vers 880 , elle devint la capitale du royaume fondé par Bozon ; et dans la décadence de ce royaume, elle se constitua en ville libre gouvernée par des consuls et des podestats, comme les républiques d'Italie, rivalisant d'ailleurs avec celles-ci par son commerce et sa navigation. Charles d'Anjou, le frère de saint Lquis , la mit sous sa domination, et elle suivit dès lors les destinées de la Provence. Encore bien que Arles soit aujourd'hui entièrement une ville de marchands et de bateliers, elle a conservé mieux que toutes les villes de Provence quelques traces de son existence ancienne. Ces traces sont surtout sensibles dans la figure des Artésiennes , célèbres dans toute la France par le caractère grec do leur beauté et l'originalité élégante de leur costume. TOME u. 14

Tartucon est une ville importante qui a un tribunal de première instance et une population de 11,362 habitants. Elle est bâtie sur la rive gauche du Rhône dans une magnifique position, là où le fleuve, qui a perdu de son impétuosité mais non de sa majesté, a 800 mètres de large, et elle communique par un beau pont suspendu avec Beaucaire, située sur l'autre rive. Elle est entourée d'anciennes murailles flanquées de tours et dominée par un château du quinzième siècle , construit sur un rocher que baigne le Rhône , et dont l'aspect est aussi imposant que pittoresque ; c'était une des résidences des comtes de Provence. Les rues sont régulières et spacieuses , et l'on y remarque l'église, beau monument du onzième siècle, l'hôtel de ville, le palais de justice, les casernes, etc. — Tarascon était une colonie marseillaise qui devint une position militaire et un entrepôt de commerce très-important sous les Romains et dans le moyen âge. On y fait aujourd'hui un grand commerce de vins, huiles, bois, garance, etc., et l'on y fabrique des draps communs, des toiles de chanvre, des eaux-de-vie , des bateaux , etc. Le chemin de fer d'Avignon à Nîmes y traverse le Rhône sur un pont magnifique.

La Ciolal est un petit port situé à 32 kilomètres sud-est de Marseille, et qui a une population de 5,902 habitants. C'était une colonie marseillaise nommée Citharùta, et qui fut entièrement ruinée dans l'invasion des barbares. Elle ne fut rebâtie que dans le douzième siècle, devint un port important par le commerce du Levant, et eut sous François I" une population s'élevant, dit-on, à 12,000 habitants. Elle fut le refuge des protestants de la Provence, et se trouva en partie ruinée par la révocation de l'édit de Nantes ; ce n'est que de nos jours qu'elle a repris quelque prospérité. Elle est située agréablement au milieu d'un pays riche en vignes, en oliviers et en orangers, et au fond d une anse dans le golfe de Lèques. Elle est régulière , bien bâtie, et d'un aspect propre et avenant. Son port , très-fréquenté , peut recevoir des navires de 300 tonneaux ; il est protégé d'un côté par un château , et de l'autre par l'Ile Verte, située à peu de dislance et défendue par des batteries. L'industrie de la Ciotat consiste dans la fabrication des huiles et la construction des navires , et son commerce dans les vins très-estimés de son territoire.

Berre est une petite ville assez bien bâtie de 2,000 âmes , avec un port commode et très-fréquenté sur la rive orientale de l'étang du même nom, ce qui en rend le séjour malsain ; elle possède de riches salines, et fait le commerce d'huiles d'olives, d'amandes et de figues. Elle a été jadis fortifiée sous le nom de CaraJotc, et ses remparts existent encore; le duc de Savoie en fit le siège en 1591.

Sainl-Chanuu est une jolie ville de 3,000 habitants, bien bâtie, bien percée, avec lui petit port sur les bords de l'étang de Berre. Elle s'appelait autrefois Sainl-Amand , â cause de la montagne de ce nom, qui sépare ses deux quartiers, lesquels ne communiquent entre eux que par un souterrain de 250 mètres de long. Elle fait le commerce de farines, de vins, d'huile d'olives, et possède une poudrerie de l État.

Près de Saint-Chamas, sur la Touloubre, se trouve le pontFfatrfen, de construction romaine ; il n'a qu'une seule arche à plein cintre do 22 mètres de longueur, et se termine à chaque extrémité par un arc de triomphe décoré de sculptures.

Afartiguet est une ville de 8,500 habitants, située de la manière la plus bizarre enlre l'étang de Berre et la Méditerranée ; elle est bâtie en partie sur les deux rives du

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canal de jonction, en partie sur de petites lies, et se compose de trois petites villes bien distinctes, YhU au centre, Jonqviiresm sud, et Ferrièrts au nord, qui semblent sortir du sein des eaux ; c'est pourquoi on l'a surnommée la Venise provençale. Cette ville date du onzième siècle , où des pécheurs vinrent s'y établir. Le canal de Martigues passe entre l lsle et Jonquières-, il est sans cesse sillonné par les barques qui entrent dans l'étang ou qui en sortent ; sa longueur est de h kilomètres. La principale industrie de tous les habitants est la pèche.

Bouc, située au sud du canal de Martigues et à son débouché dans la Méditerranée, est une ville naissante qui prend chaque jour du développement. Son port, qu'abrite une jetée, est l'un des meilleurs de toute la côte. Une petite ile qui en garde l'entrée renferme un phare et un fort qui défend la rade.

Lambtic, située sur la route d'Aix à Avignon, est une jolie ville de 3,800 habitants, qui fut, de 16M à 1788, le siège des assemblées provinciales, dont les bâtiments existent encore. On trouve dans ses environs quelques ruines romaines.

Orgon est une petite ville de 3,089 habitants , située près de la rive gauche de la Durance , sur le penchant et au pied d'une colline où s'élèvent les ruines d'un vieux château détruit par ordre de Louis XI. Elle est d'ailleurs assez bien bâtie et assez bien percée. On y remarque les débris d'un aqueduc romain , les ponts où passe la grande route, les chaussées qui contiennent les eaux de la rivière, le canal des Alpines, les écluses , et la voûte sous laquelle passe ce canal pour se rendre à Saint-Andéol.

Saint-liimy est une petite ville de 6,000 habitants, située dans une agréable position près du canal de Réal ; elle est ancienne et célèbre par ses belles antiquités. A un kilomètre , sur un petit plateau , se trouve un arc de triomphe dont la partie supérieure est détruite, mais où l'on voit encore à la partie inférieure de beaux basrc'.Ufs. Non loin de ce monument est le Mausolée, élégante construction qui date de la même époque, et qui, sur une hauteur de 19 mètres, forme trois étages : ce sont d'abord des bas-reliefs, surmontés par des portiques à colonnes corintluennes, le tout couronné par un petit temple où se trouvent deux statues.

Vauvenargues est un village de 500 habitants, situé à 13 kilomètres d'Aix, yt qui est placé dans la vallée célèbre par la victoire de Marius sur les Teutons. On y voit encore les restes de deux camps. Dans le château est né l'illustre moraliste Vauvcnargues.

Foi, bourg maritime de 1,800 habitants, est bâti sur l'emplacement des Fossœ Xlariance, c'est-à-dire du camp où Marius s'établit pour y attendre les Teutons, et où il fit ouvrir un canal de communication entre le Rhône et la mer.

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