TOME II
mobiles ou fixes qui, lorsque la mer est basse, se développent entièrement h la vue, et qui, dans les plus fortes marées, ne sont couverts que de h ou 5 mètres d'eau. Ln outre de ces bancs, la rade de la Loire est obstruée au large par deux barres (pie les gros vaisseaux ne peuvent franchir qu'à l'aide du vent et de la marée. D'ailleurs on n'y trouve que de mauvais abris, Saint- Nazaire étant peu teuable dans les gros temps, et Mindin trop découvert et peu sûr. L'embouchure de la Loire est éclairée par les deux phares des tours d'Aiguillon et du Commerce.
Les affluents de la Loire dans la Bretagne sont : 1° à droite, Y Entre, qui prend sa source dans les collines de l'Anjou, passe à Nort au-dessous duquel il est navigable, traverse une vallée abondante en charmants paysages, prend une largeur de 7 ou 8 kilomètres sur 20 à 25 kilomètres, et devient alors un lac délicieux bordé de collines fertiles, de villages, de châteaux : il finit à Nantes; 2° la Sètre-Xantaite, que nous avons déjà décrite dans le Poitou, entre en Bretagne au-dessous de Tifl'auges, arrose Clisson, traverse une vallée agreste et remplie des sites les plus pittoresques, reçoit la Maine, et finit à Pont-Rousseau en face de Nantes; 3° YAchenau est le déversoir du lac de Grandlieu, qui reçoit un grand nombre de rivières, dont la plus considérable est la Boulogne. Le lac de Grandlieu a une superficie de 7 à 8,000 hectares, et occupe, dit-on, l'emplacement d'une ancienne ville nommée Hcrbadilla, et détruite à une époque inconnue.
La Bretagne est traversée par un système de canaux qui ont pour but principal de relier à la Loire les divers ports de ce pays, surtout celui de Brest , et d'assurer l'approvisionnement par terre de ces ports, en temps de guerre et malgré le blocus de nos côtes. Le plus important de ces canaux est celui de Xanlet à Brest : il commence à Nantes, remonte l'Erdrc, traverse, au pas d'Héric, le faite qui sépare la vallée de l'Erdre de celle de la Vilaine, suit l'Isac jusqu'à Rieux, la Vilaine jusqu'à Redon , l'Oust jusqu'au nord de Rohan ; puis il traverse le faite de partage des eaux entre l'Oust et le Blavot, atteint le Blavel à Pontivy, le suit jusqu'à Gouarec, et de là son affluent, le Doré ; il franchit à Glomel le commencement des montagnes Noires, débouche dans la vallée de l'Aulne, suit le Lé, affluent de l'Aven, puis l'Aven, atteint l'Aulne à Pontrifen, et, par celle rivière, canalisée comme les précédentes, finit dans la rade de Brest.
Le canal du Blavel s'embranche sur le canal précédent, à Pontivy, et va jusqu'à Lorient en suivant le cours du Blavet.
Le canal d'Ille-el-Bance fait communiquer les deux mers, de la Roche-Bernard à Saint-Malo; par la Vilaine, de Redon à Rennes, il communique avec l'artère princ ipale, qui est celle de Nantes à Brest; depuis Rennes, il remonte l'Ille canalisée, traverse le faite des collines de la Bretagne, atteint le Linon, qu'il suit jusqu'à Lvran, suit la Rance, qui est canalisée jusqu'à Dinan , et de cette ville la Rance navigable conduit à Saint-Malo.
5 IV. Coïts, îi.r.s, rouis, etc. — Les cote-, de la Bretagne sont les plus découpées, les plus rocheuses, les plus parsemées d'iles et d ecuoils qui soient en France; elles t.nl un développement de plus de f>00 kilomètre-, et sont extrêmement importantes par leur admirable population de marins. Non- allons les décrire en parlant de l'emboii' bure du C.oiiesnon, et en allant ainsi jusqu'à la baie de J!<>m -gneiif.
La cote bretonne borde d'abord une partie de la baie de Laneale, comprise entre
la cote de l'Avranrhin et la presqu'île de Cancale . et dont le fond est occupé par les grèves du mont Saint-Michel, où se jettent la Sélune et le Couesnon. La baie do Cancale pourrait recevoir cent vaisseaux de guerre; elle est profonde, mais elle assèche à toutes les marées. La quantité d'huîtres qui s'y pèche s'élève annuellement à plusieurs centaines de millions; cependant on ne s'aperçoit pas que ce produit diminue. De l'embouchure du Couesnon au port de Cancale , on trouve d'abord de vastes grèves connues sous le nom de marais de Dol, et d<>nl la partie la plus méridionale est protégée contre les invasions maritimes par une longue et forte digue demi-circulaire allant du Couesnon au port de Cancale; tout ce qui est au sud de cette digue est un terrain d'une grande fertilité. On ne trouve sur cette côte presque inabordable que le petit échouage du Vivier, formé par le canal d'écoulement des marais de Dol. La côte, au delà de ces marais, se dirige au nord, se relève, est importante par ses pêcheries d'huîtres , et l'on y trouve la petite ville de Cancale, qui possède a la Houle une plage bien abritée, sur laquelle viennent s'échouer les bâtiments de pèche. Plus au nord on trouve l ile rocheuse des Jlimains, qui enveloppe dans ses escarpes déchirées un fort dont le canon bat toute la rade, et en face du cap ou Grouin de Cancale l'île des Landes. Entre ces deux îles se trouve une excellente rade , l'une des meilleures de la Manche, même pour des vaisseaux do ligne. A partir du Grouin de Cancale, la côte devient rocheuse et escarpée, et présente à l'embouchure de la Rance la rade de Saint Malo, séparée de la mer par une ceinture d'îlots et de rochers, dont les principaux sont la Conchic, défendu par un fort; Cézembre, qui n'est pas fortifié; Harbourg, défendu par un fort. Les vaisseaux de guerre peuvent trouver dans cette rade un mouillage, et le port de Saint-Malo, qui n'était qu'un port d'échouage, a été amélioré par l'établissement d'un vaste bassin h flot de 5 à 7 mètres de profondeur. Nous verrons plus loin l'importanco de ce port.
Au delà de Saint-Malo jusqu'au cip Frèhel, la côte ne présente qu'une suite de rochers et de précipices, au milieu desquels on trouve l'embouchure de VArguenon, puis la pointe de Saint-Cast, avec une plage sur laquelle les naviros échouent à marée basse ; en doublant cette pointe, on trouve la baie de Fresnay, la pointe de la Latte, défendue par un fort; puis on arrive au cap Frehel, couronné par un beau phare, qui lance ses rayons à ft0 kilomètres en mer. Au delà, la côte escarpée, rocheuse, décrit un demi-cercle pour former la baie de Saint Brieuc , dont le littoral se prolonge jusqu'à la pointe du Sillon; sur tout le pourtour de cette baie, les côtes sont généralement escarpées et défendues par des roches et des falaises granitiques, au pied desquelles se trouvent cà et là quelques plages sablonneuses que l'Océan découvre à la marée basse. Ces plages sont composées tantôt de sables fermes et solides, tantôt de sables mouvants; le rivage, fort dangereux, n'offre que de petits ports d'échouage» tels que ceux d'Frgui, au fond d'une grande anse; de Dahouet; de Légué-Saint-Brieuc, sur le Couet, à 3 kilomètres de la mer; de Binic ou Port-Penthièvre, à l'embouchure de la petite rivière d'Ic; puis on trouve les ports de Portrieux, à l'entrée de la baie de Saint-Brieuc; de Paimpol, au fond d'une baie; de Lézardrieux , à 4 kilomètres de la mer, sur le Trioux, devant l'embouchure duquel est Pile rocheuse de BréJtat, sommet d'un plateau granitique, hérissé de pointes aiguës. Le port de Lézardrieux est précédé d'un mouillage très-sûr pour les plus grands bâtiments.
A l'ouest et près de la pointe «lu Sillon de Talber, promontoire de 7 kilomètres, qui se détache des hautes terres de Creck ar-Maout , on remarque les Maux de Bréhat, Ilots rocheux, surmontés d'un des plus beaux phares que l'on ait récemment élevés, et séparés de la côte par le chenal de la Gaine. La côte continue à être découpée, escarpée, couverte d'iles et de rochers granitiques; elle ne présente que rarement des grèves sablonneuses; on n'y trouve que de petits ports; le premier que l'on rencontre après avoir doublé le Sillon est Tréguier, à 12 kilomètres de la mer. Puis vient la plage de Perros, près de laquelle les navires trouvent un bon mouillage; au nord de ce mouillage sont les Sept-Ites, où l'on a construit un fort. Puis la côte forme un rentrant où se jettent le Guer et le Douron : sur leGuer est Lannîon, à 10 kilomètres de la nier, petit port d'échouage; sur le Douron est Toulanhiry, autre port d'échouage. Ui côte se creuse encore d'une baie plus petite qui reçoit le Jarlo et le Queflent ; au confluent de ces deux rivières est Morlaix, a il kilomètres de la mer, et qui est précédé d'une rade très-sûre, dont l'entrée est défendue par le château du Taureau; puis on trouve Penpoul, simple plage d'échouage , sous la ville de Saint-Pol , à l'embouchure du Pensez; Hoscoff, pt;lit port précédé d'un mouillage peu sûr, en face de l'île de Batz, qui offre un excellent port de refuge. La côte forme ensuite la mauvaise anse de Goulven, sur laquelle est la plage de Povtuzval; puis, après une côte trèsdécoupée, mais assez basse et dangereuse , on trouve YAber-l rach, à l'embouchure de la rivière de co nom; les plus grands navires y trouvent un bon mouillage et les petits bâtiments un excellent éehouage; le fort Cézon protège ce mouillage. La côte se recourbe au sud, et l'on y trouve le petit port de XAber-Ildut, sur la rivière de ce nom, à l'entrée du détroit situé entre la côte occidentale de la Bretagne et l'île d'Ouessanl.
Cette île, dont la position est si remarquable, n'a qu'un petit port de pèche. Au sud-est se trouve une chaîne d'iles et d'ilots rocheux qui se dirigent vers la pointe Sainl-Ma Milieu, et qui sont comme les sommets d'un grand plateau marin; ils portent le nom de Chaussée - des -Pierre»- Noires ; le plus septentrional de ces îlots est celui de Bannec; entre Ouessant et Bannec est le détroit du Fromveur; au sud-est de Bannec sont les îles Molène, Quemène, Bèniguet, séparées de la côte par le passage du Four, qui longe la côte de Bretagne et conduit à la rade de Brest. Le Conquet est le seul port que l'on rencontre avant d'arriver à la pointe escarpée de Saint-Matthieu, la plus occidentale de la Fiance et que surmonte un phare. De là on entre dans Yfroite, détroit diUicile, qui est entre la Chaussée-des-Pierrcs-Noires et la presqu'île de Crozon.
En continuant à suivre la côte, on passe devant le château et l'anse de Bertficaume, puis on entre dans le Goulet, détroit resserré entre la côte et la presqu'île de Quélern, partagé en deux par la roche Minyan, hérissée de canons. Le Goulel conduit dans la baie ou ratle de Brest, une des plus belles qui existent sur le globe, et qui s'étend de l'ouest à l'est dans une étendue de 15 lieues carrées; elle est ferai co au sud par la presqu'île de Crozon, laquelle projette sur le Goulet la presqu'île de Quélern, et elle se trouve partagée à l'est par une autre presqu'île qui sépare l'embouchure de l'Élorn de celle du Faou. Elle offre partout des abris excellents, tels que la baie de Roscanvel, la baie de Fret, l'embouchure «lu Faou. En faisant le tour de celle rade, qui présente un magni-
fiqxie aspect, des côtes verdoyâmes, les sites les plus pittoresques, surtout vers Landernau, on trouve d'abord sur la cote septentrionale les forts Tuulùrorh , MhvAt , Délite et Porlzic, qui défendent les approches de Bre^t; puis llrtst, à l'embouchure de la Penfeld; l'embouchure de l'Kl-.rn avec Ijindernau, à 1/j kilomètres; les forts du Corbeau et de YArmorique , qui défendent la presqu'île entre 1 Élorn et le Kaou; l'embourhure du Faou avec la ville du même nom, à 12 kilomètres; l'embouchure de l'Aulne avec Port-Launay, à 35 kilomètres; les forts lAtuvéoc et de Y Ile-Longue, qui défendent la côte méridionale de la rade: enfin la presqu'île de Quélenx, qui est défendue par les forts et batteries de la Pointe -des- Espagnols , de Curnouaillet , de la Pointe-des- Capueint, de la Poinle-du-liiable , enlin par les Lignes de Quélern.
En reprenant l'Jroise pour continuer ce périple de la nretagne, on trouve (pie ce détroit forme d'abord l'anse de Camaret, où les plus gros navires du commerce et des frégates trouvent un mouillage suffisant. En continuant à suivre les cotes si découpées et si après de la presqu'île de Crozon, nous quittons ITroise pour entrer dans l'anse de Dinant, d'où, en doublant le Beg-ar-e' haor ou cap do la Chèvre, on entre dans la baie de Douarnenez, aussi profonde que la rade de Brest, mais ouverte, et au fond de laquelle est le petit port de Douanvnez. Pour sortir de relie baie et arriver à la baie d'Audierne, il faul doubler l'extrémité occidentale de la Cornouaille, Cornu Galliœ, terre granitique, aride, et dont les côtes affreusement dangereuses, escarpées, encombrées de rochers, s'annoncent par le nom sinistre de la Baie des Trépassés, située au nord du Begar Baz ou Pointc-du-Baz. Ce cap aigu, haut de cent mètres, se trouve à l'est du détroit ou Raz de Sein , étroit et redoutable passage de 5 kilomètres, entre la cote et la Chaussée-de-Sein ; on appelle ainsi une suite de roches, de récifs, d'écueils, d'Ilots, d'îles et de hauts fonds, dont l'ile de Sein occupe à peu près l'extrémité orientale, << De la pointe du Raz, on voit la mer siper les fondements du roc dépouillé, où les vagues poussées par un vent du nord-ouest se déploient avec une force irrésistible. Le plus intrépide matelot ne passe jamais sans implorer la pitié du Très-Haut devant la baie des Trépassés, dont le nom lui rappelle les milliers d'hommes qu'elle a dévorés et qu'elle engloutit tous les jours. La vue de la pointe du Raz est sublime : l'Ile de Sein, le prolongement des rochers qui la défendent et se perdent à l'horizon à plus d". 28 kilomètres de dislance; la pointe de la Chèvre élevée et d'un blanc éblouissant; la côte de Brest, près du Conquet; Ouessaut, le bassin d'Audierne, la pointe de Penmarc'h et la mer immense, forment un spectacle sans bornes qui ne se lie qu'avec le ciel, l'univers et l'éternité '.h A quelques kilomètres du Raz, on entre dans la baie d'Audierne, où est le petit port d'Audierne, fort dangereux par la barre qui existe à son entrée; a l'extrémité sud est de la baie est la pointe de Penmarc'h (tète de cheval), assemblage de rochers, de falaises et de réiifs. Au delà, et dans l'anse de Bénodet, est le petit port de Pont-l'Abbè ; puis Mir l'Odet, à 17 kilomètres de la mer, Quimper, avec le mouillage de Bénodet, à l'entrée de la rivière, où les bâtiments de toute grandeur peuvent rester à flot; enfin Conearneau, polit port d'échouage situé à l'embouchure du Moreau, près de la baie de la Forêt. A quelques kilomètres au sud de cotte côte on trouve les Glenans, amas d'îles et de rochers de granit.
Après Conearneau on rencontre le petit port de Pontaven, à 5 kilomètres de la
1 Dictionnaire des communes de France.
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mer. sur l'Aven; on arrive à l'embouchure de Quimperlé, où se trouve le petit port du Puuldu, <|ui n'est (pic Pavant-port de Quimperlé, situé à 13 kilomètres en amont. Ensuite on rencontre l'embouchure du Navet, où est Port-lAtuis, avec un bon port et une rade, et plus haut, sur le Scorf, Lorient, port de guerre, avec une bonne rade et de nombreux établissements maritimes. Devant l'embouchure du Blavet et à 6 kilomètres en mer est l'île de Groix, défendue par le fort Lacroix. Après l'embouchure du Blavet la côte, qui jusque-là était escarpée et rocheuse, devient basse et sablonneuse jusqu'au fort Penthièvre, construit sur l'isthme fort étroit cl fort bas qui joint la presqu'île de Qtiibcron à la terre ferme; mais à ce point la côte se relève, forme la presqu'île de Quiberon et devient élevée, rocheuse et accidentée. Cette presqu'île, longue de 10 kilomètres, large de 2, et terminée au sud est par la pointe de Conguel, présente au sud la petite anse de Porl-Maria et le petit port de Halifjuen ; Haligucn est précédé de la baie de Quiberon , située entre la presqu'île et l'entrée du Morbihan, et qui offre partout un bon mouillage.
A 16 kilomètres au sud de Quiberon et à '|0 de Vannes est située r>elle~lle, la plus importante de cette côte et par son étendue et par sa position : nous la décrirons plus loin. Entre Belle-Ile et la côte, dans la direction du nord-est, il existe une chaîne d'ilots, de rochers et de bas-fonds, dont le. plus importants sont les îles de Houat et de Hcrdic; celte dernière est entourée de bancs et de rochers que l'on désigne sous le nom de Cardinaux; c'est au milieu de ces récifs que commença la honteuse bataille navale de 1750 entre la Hotte anglaise et la flotte de l'amiral de Conflans.
En rentrant dans la baie de Quiberon pour pénétrer dans le golfe du Morbihan par une étroite entrée, on trouve d'abord sur son rivage septentrional la plage de 1/kmariaker, située à l'embouchure de la rivière d Auray, où les navires trouvent un abri sûr, un bon mouillage et un éohouage excellent. A 16 kilomètres en amont est le port d' Auray. Plus loin on trouve i'annet, à 16 kilomètres de la mer, sur la rivière de Vannes, avec tin port dechouage. Le Morbihan est un vaste golfe, peu profond, parsemé d'îles assez fertiles, dont la plus importante est Y Ile-aux- Moines ; il est séparé de l'Océan au sud par une presqu'île accidentée et couverte de monuments druidiques, qu'on appelle la presqu'île de Hhutjt , et qui se termine à Saint-Gildas. Celle presqu'île est limitée à l'est par la rivière île Pénerf , dont l'embouchure offre un mouillage sûr et profond. Au delà on trouve l'embouchure de la Vilaine, sur laquelle est le port de la Hoche- Bernard , à 12 kilomètres de la mer, et celui de Redon, à 50 kilomètres. Au sud de l'embouchure de la Vilaine se trouvent les îles de Helair et Dumet.
A partir de la Vilaine, les côtes de Bretagne cessent de présenter une suite non interrompue de rochers, de falaises et d'ilots; elles deviennent en général basses, droites, sablonneuses; et de nombreux marais salants ont été établis sur le rivage de la Loire -Inférieure. La partie sous -marine est peu profonde et forme une pente très-douce.
I.e premier port du département de la Loire-Inférieure est Mesquer, qui n'a qu'une petite anse servant de rade; ensuite, et au fond de l'anse de Penbron, vient le Croisk, avec un bon port. En face de cette ville, à environ 10 kilomètres en mer, on trouve l'écueil redoutable appelé le Four: c'est un banc de rochers de h kilomètres
do long, sur lequel on a élabli un phare. Puis on entre dans te Loire, dont nous a\ons décrit l'embouchure. Après cette embouchure, et en doublant la pointe de Saint-Gildas, on entre dans la baie de Houryneuf, dont la partie occidentale est fermée par l'île de Noirmoutiers. Dans la partie brcl une de celte baie, dont la côte est basse et sablonneuse, on trouve Pornic, petit port précédé d'une bonne rade ; puis Bourgnevf, avec un petit port fréquenté. Nous rejoignons ainsi la côte du Poitou.
§ V. Aspect genkiul, productions. — Il est peu de pays dont l'aspect soit plus émouvant que celui de la Bretagne : cette nature originale, ces landes sauvages, cette mer battue de tempêtes, ce ciel nébuleux, ces descendants des anciens maîtres de la Gaule, sévères, pauvres, fiers, mélancoliques, avec leur langage rauque et vénérable; tout cela donne à celle contrée un caractère poétique, solennel, attachant, et dont le souvenir ne s'efface jamais. « Dans ses étroites vallées , dit Chateaubriand , clés rivières non navigables baignent des donjons en ruines, de vieilles abbayes, des huttes couvertes de chaume, où les troupeaux vivent pêle-mêle avec les pâtres. Ces vallées sont séparées entre elles ou par des forêts remplies de houx grands comme des chênes, ou par des bruyères semées de pierres druidiques, autour desquelles plane l'oiseau marin et paissent des vaches maigres avec de petites brebis. Un voyageur à pied peut cheminer plusieurs jours sans apercevoir aulre chose que des landes, des grèves et une mer qui blanchit contre une multitude d'écueils; région solitaire, triste, orageuse, enveloppée de brouillards, couverte de nuages, où le bruit des vents et des (lots est éternel. »
Nous avons déjà vu que la presqu'île bretonne se composait de deux plaleau\ séparés par une vaste dépression : c'est la le trait général qui la dislingue des autres contrées de la France. Voici maintenant les traits particuliers qui caractérisent les diverses portions de ce pays.
La partie la plus méridionale de la Bretagne, ou le département de la Loire-Inférieure, oiïre un pays plat, entrecoupé de. collines, ayant sur un bon tiers de sa superficie des forêts, des landes, des marais; le reste se compose de terres labourables et de prairies. La partie la plus pittoresque est l'arrondissement de Nantes, sur les deux rives de la Loire. Les lies du fleuve renferment de belles prairies ; la rive gauche offre tous les aspects du Bncatje vendéen : des propriétés entourées de haies vives, des chemins creusés entre les haies, des coteaux couverts de genêts, de beaux pâturages, de petites rivières sauvages; la rive droite est surtout remarquable par les bords pittoresques de l'Erdre. Tout ce pays, ainsi que celui qui forme l'arrondissement d'Ae' enis, est fertile en vins, en grains et en pâturages. L'arrondissement de Paimbd-uf, sur la rive gauche, se compose de grandes landes qui allerneitl avec, des cantons fertiles, principalement celui de Bourgneuf, renommé pour ses blés. L'arrondissement de Savenay offre des cantons cultivés et fertiles, et dans l'intérieur une vaste plaine presque partout inculte et déserte. On y trouve de grands marais coupés par des canaux et des ruisseaux, avec des villages populeux qui communiquent entre eux par des chaussées. Le plus remarquable est la Hrière , vaste tourbière de 100 kil> mètres de circonfëiein e , et qui, dans les haul' s eaux • !• • la Loin», se transforme eu un vaste lac. La partie la plus irisle, la moins fertile de la Loiie-lnléri< ure est l a -
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n.'iitlisscment do Oiâteaubriant, qui est en grande partie boisé et ne produit que du seigle et du cidre.
Le département du Morbihan a un territoire fortement accidenté; sa partie septentrionale est couverte de collines assez élevées dont les crêtes sont couvertes de lande» et d'arides bruyères; elles dominent de fraîches et fertiles vallées. Généralement la couche de terre végétale y a peu de profondeur ; néanmoins la moitié est cultivée en céréales, l'autre moitié est couverte de landes, de bois et de marais. Il est habité en grande partie par des populations arriérées, grossières, ignorantes, d'une saleté provc.biale, qui vivent pêle-mêle avec leurs bestiaux dans de hideuses chaumières, meublées comme elles l'étaient du temps des druides. La sauvagerie et la rudesse des mœurs sont en rapport avec l'àprclé et la tristesse du sol.
Le département du Finistère présente des aspects très-variés : certaines parties sont d'une fertilité prodigieuse, bien peuplées, bien cultivées; certaines parties sont des contrées misérables, désertes et à demi sauvages. En général, il est montueux, et la plus grande partie de son sol est couverte de landes, de grèves et de marais; néanmoins il produit tous les grains nécessaires à sa consommation. L'arrondissement de Quimperlé forme un joli pays, surtout sur les bords de l'Ellé, boisé, bien cultivé, et «lui produit principalement des pommes de terre. L'arrondissement de Quimper est moins fertile et plus mal cultivé; sa population est âpre et grossière; le canton de Pont l'Abbé est seul productif et bien peuplé. L'arrondissement de Chàteaulin, qui forme la plus grande partie de la Camomille, est couvert de landes et de bruyères, accidenté par les montagnes Noires, et l'un des plus misérables pays de la France. \â\ culture n'y consiste qu'en blé noir et en trèfle pour les chevaux, qui y sont de petite race, mais sobres et robustes. La population, clair-semée, primitive, nonchalante , ne se compose (pie de pâtres sauvages qui y élèvent des moutons et des bœufs de petite race. L'arrondissement de Brest est un pays ondulé, très -fertile, bien peuplé, surtout le pays au nord de la rade, le Daoulas. Enfin l'arrondissement de Morlaix présente deux parties distinctes : le Léonais est réputé l'un «les meilleurs pays de la France; il produit des grains en abondance et renferme de gras pâturages, où l'on élève une excellente race de chevaux de gros trait ; mais la partie comprise dans les montagnes d'Arrée est la plus âpre de la presqu'île : le sol, rocheux et nu, n'olTre que dos landes et des genêts.
Le sol des Côtes-du-Nord est fort inégal ; il renferme peu de plaines , mais l'on y trouve beaucoup de vallées entrecoupées de ruisseaux et de nombreux coteaux au pied desquels se groupent les villes et les villages. Le territoire se divise naturellement en deux grandes régions : l'une, qui suit les sinuosités du rivage de la mer, s'étend dans l'intérieur jusqu'à 12 kilomètres de distance, est riche, industrieuse, peuplée et civilisée; l'autre, qui embrasse le surplus du département, naguère inculte et sauvage dans quelques parties, est en voie de progrès et de civilisation. La première, engraissée par le goémon et autres plantes marines, offre des terres excellentes et bien cultivées; dans la seconde, la superficie du terrain est une couche de terre à bruyère ou de landes peu profonde, d'ailleurs assez fertile. Le littoral, riche de ses ports, de son commerce, de son sol , est appelé la ceinture dorée de la Bretagne; on y obi eut les plus riches produits eu froment, orge, lin, chanvre, trèfle.
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Les légumes sont cultivés sur une très-grande échelle, cl, grâce à la douceur cia climat, ils viennent en si grande abondance qu'on les expédie, par Suint- Brwuc, en Angleterre, au Havre et à Paris. L'intérieur, dépourvu d'engrais, privé lungle:npsdo moyens de communication, ne produit encore que du seigle et de l'avoine, et l'on y trouve de vastes landes ou pâlis où végètent des chevaux médiocres et des bestiaux dégénérés. Nous avons déjà dit quel était le caractère des cèles; on y trouve des salines sur les grèves d'Uillion, d'VUiniac et de Langueux, et la mer y est tivspoissonneuse.
La surface du département d'Ille-et-Vilaine est généralement inégale, entrecoupée de collines, de landes, de forêts, de plaines peu fertiles et d'étangs ou marais. Tout le pays n'est qu'un vaste pla'eau de granit recouvert de schistes et sillonné par do belles et larges vallées; la terre végétale n'a presque partout que quelques pouces d'épaisseur, et la végétation ne s'y soutient que par l'humidité de l'atmosphère. On y cultive surtout des céréales, du chanvre, du lin, des pommiers. Les pâturages y sont nombreux et excellents. ;
La Bretagne est un des pays les plus peuplés de la France. Sa population s'élève 5 2.830,783 habitants; ce qui donne 81,5 habitants par kilomètre carré (la moyenne pour toute la France est 67,5). Cette population se répartit dans un plus grand nombre de villes ou, plus exactement, d'agglomérations de hameaux formant une grosse commune, que dans tout le reste de la France (le département du Nord excepté). On trouve en effet dans la Bretagne plus de âGO communes ayant une population supérieure à 2,000 habitants, dont 83 pour la Loire-Inférieure, 86 pour le Morbihan, 103 pour le Finistère, 111 pour les Cùtes-du-Nord , 77 pour 111e et- Vilaine. La formation de ces grosses communes est l'indice de la pauvreté de la plupart des hameaux qui les composent.
§ VI. Histoire, population, moeurs, langue, etc. — I.a Bretagne, qui s'appelait anciennement Armoriqut (pays de la mer) était autrefois habitée par lesGalls, qui au deuxième siècle avant l'ère chrétienne furent c<.ni,u:s par les Kymris, avec lesquels ils se mélangèrent. Les Gallo-Kymris formèrent ainsi la population prépondérante de la Gaule occidentale, et ils étaient aussi célèbres par leurs connaissances religieuses que par leur bravoure. Leurs principales tribus étaient celles des Osismii, de Ijéon à Loudéac; les Corisopiti , dans la Cornouaille; les Veneli, entre l'Isac et la Vilaine; les Xamnetes, entre la Vilaine et la Loire; les llcdones, sur la Vilaine; les Curivsolitcs , depuis la Manche jusqu'au confluent de l'Oust; les MJucassii, de Morlaix à Saint- Brieuc. De toutes ces tribus la plus importante était celle des Vcnètes, qui avaient pour capitale Darhricum eu l'enrti (Vannes). Leur territoire était la métropole du druidisme, ainsi que l'attestent les nombreux monuments qu'on y rencontre, et dont les plus importants sont ceux de Camac et de Locmariaker. Ils avaient une puissante marine et faisaient un grand commerce avec toute la Gaule.
L'Armorique lit une vive résistance à l'invasion romaine. Dès que César, après une première campagne, eut occupé la Gaule orientale, les Vcnètes formèrent contre lui une grande ligue de toutes les tribus voisines de la mer, depuis la Seine jusqu'à la Garonne. Il fallut au conquérant de grands efforts pour vaincre cette ligue, et surtout une bataille navale, où la flotte armoricaine fut détruite. Alors « il «'empara de Vannes, tome h. 63
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fil égorger les sénateurs et vendit Je reste du peuple à l'encan. » L'Armorique se soumit, mais en gardant une haine profonde au vainqueur; elle se refusa à sa civilisation et à sa langue ; aucun Romain ne vint s'établir sur son territoire ; le druidisme se conserva, malgré les persécutions impériales, dans ses forêts et dans ses îles, non pas seulement comme un culte d'habitude, mais comme le débris sacré de l'indépendance; enfin le pays resta, d'affection, de mœurs, de langage, entièrement gaulois.
Quand les Barbares envahirent la Gaule , l'Armorique se trouva , par sa situation géographique , hors de la route de leurs invasions : c'est ce qui fait qu'elle est restée aussi pure d'éléments germains que d'éléments romains; mais elle profita de la dislocation de l'empire, « chassa les magistrats romains, dit l'historien Zozime, et se constitua à son gré en une sorte de république (407); » elle forma même, avec la partie basse du pays entre Loire et Garonne une confédération armoricaine ( Tractxu armoricanut) qui ne revint jamais sous la domination impériale. La presqu'île prit alors le nom de Bretagne ou de petite Bretagne , des Bretons de la Grande-Bretagne, qui, ayant été chassés de leur pays par les Saxons, vinrent s'y réfugier. Ces Bretons étaient des peuples de même origine, de même langue, de même religion, et qui ne firent que renforcer dans la presqu'île le vieil élément celtique.
Lorsque Clovis eut conquis la plus grande partie de la Gaule, il chercha à étendre sa domination dans l'Armorique , qui avait alors un roi national nommé Budic. En effet , il imposa des tributs à plusieurs cités ; mais les Bretons refusèrent bientôt de les payer, et gardèrent leurs chefs ainsi que leurs lois. Les successeurs de Clovis parvinrent à conquérir la partie qui forme aujourd'hui la Bretagne française , c'est-àdire les comtés de Rennes et de Nantes, et ils en formèrent une marche de Bretagne, dont les chefs faisaient chaque année des ravages dans la Bretagne celtique ou bretonuanle. Cette dernière comprenait les diocèses de Vannes , de Cornouaille , de Léon , de Tréguicr, de Saint-Brieuc et de Saint-Malo. La haute Bretagne se modifia peu à peu, renonça à son idiome celtique , à ses mœurs sauvages; enfin elle devint Gallo, comme disent les vrais Brcyzadt. Quant aux Kymris de la basse Bretagne, ils ne changèrent que sur un seul point, la religion chrétienne, qui leur avait été apportée dès le troisième siècle ; mais leur christianisme fut tellement superstitieux , tellement mélangé de traditions druidiques, que pendant longtemps il resta, non dans le fond, mais dans la forme, une sorte de religion particulière au pays.
Charlemagne parvint h réduire les rois bretons à la condition de tributaires ; mais comme leur soumission n'était qu'apparente , il leur fit la guerre pendant vingt-trois ans; et « pour la première fois, en 787, la Bretagne fut comprise dans l'empire des Francs. » Sous Louis le Débonnaire, Morvan, roi de Bretagne, refusa les tribuLs et attaqua même la Neustrie. L'empereur marcha contre lui , le défit , le tua ; mais celte mort ne mit pas fin à la résistance du pays; et Nomenoë ayant été choisi pour le gouverner en qualité de duc tributaire, il se déclara indépendant, parvint même h reconquérir la Marche de Bretagne , et se fit reconnaître roi par Charles le Chauve. Son fils, Hérispoë, lui succéda, et il eut dix-huit successeurs jusqu'à Conan IV, dit le Petit, dont la fille et héritière, Constance, épousa d'abord Geoffroy, l'un des fils de Henri II Plantagenet, roi d'Angleterre; puis Guy, vicomte de Thouars. De son premier mariage elle eut un fils, Arthur; de son second une fille, Alix. Geoffroy Plantagenel
BRETAGNE. m
succéda ainsi à Conan IV (1171), et après lui, son fils, Arthur Iw, qui fut assassiné par Jean Sans-Terre. Alors Alix, lille de Constance et de Guy de Thouars, devint l'héritière du duché, et elle épousa (1213) Pierre Mauclerc, comte de Dreux, d'une branche de la maison capétienne et qui commença une nouvelle dynastie. L'un des descendants de Pierre fut Arthur II, qui laissa trois fils : le premier, Jean III, lui succéda et mourut sans enfants (13'jl ) ; le deuxième laissa une fille, Jeanne, mariée à un prince français, le comte de Blois; le troisième était Jean, comte de Monlfort. L'héritage de Jean III se trouva disputé par la comtesse de Blois et le comte de Montfort , et alors commença une guerre civile qui ensanglanta la Brelagno pendant vingtquatre ans. La noblesse et la Bretagne française prirent parti pour Jeanne de Blois, le peuple et la Bretagne celtique pour Jean de Montfort. Cette guerre se confondit avec celle qui ravageait alors la France , Jeanne de France étant soutenue par Philippe VI de Valois, et Jean de Montfort par Edouard III d'Angleterre. La querelle fut terminée par la bataille d'Auray (136'j) , où Charles de Blois fut tué, et par le traité de Guérando , qui donna le duché de Bretagne au fils de Jean de Montfort.
Cette guerre avait mêlé la Bretagne aux affaires de la France; mais elle avait montré le danger de l'isolement de cette province, qui donnait accès aux Anglais dans le royaume. Ce danger continua à se manifester pendant toute la guerre de Cent- Ans, et surtout pendant les ligues des seigneurs contre Louis XI. Aussi la pensée politique des rois de France fut-elle de réunir à tout prix la Bretagne à la France. Le dernier duc de la maison de Dreux, François II, n'ayant laissé qu'une fille pour héritière, Anne, celle-ci fut contrainte d'épouser Charles VIII par un traité qui garantissait à la Bretagne le maintien de ses lois, de ses privilèges , de ses États provinciaux, et même de son existence indépendante (1491). Charles VIII étant mort sans enfants, Louis XII divorça avec sa femme, afin d'empêcher la Bretagne d'aller dans des mains étrangères, et il épousa la veuve de son prédécesseur. De ce mariage il ne vint qu'une fille, Claude, qui fut, à la mort de sa mère, duchesse de Bretagne; mais on lui fit épouser François, duc d'Angoulême, qui, un an après, devint roi de France. Tous ces mariages avaient préparé la réunion de la Bretagne à la France, mais ne l'avaient pas eflectuée. En effet, Claude étant morte en 1524 en laissant trois fils, le cadet devait, aux termes du traité de mariage de Louis XII avec Anne, devenir duc de Bretagne; mais François 1" éluda la question : il continua de gouverner le duché comme usufruitier jusqu'à la majorité de son fils; puis il négocia avec les états de Bretagne, et à force de dons et de promesses, il parvint , en 1532, à obtenir de ces états une déclaration de réunion de la province à la couronne , sous la condition du maintien de ses privilèges.
La Bretagne, réunie à la France, devint une des forces du royaume par ua position géographique et sa vigoureuse population. Ce fut principalement au moyen de celte province que la France se créa une marine , et ce furent aussi ses marins qui donnèrent à Louis XIV pendant quelques années la domination des mers. Mais la Bretagne ne devint française que par la mer et par sa haine contre les Anglais ; en tout le reste, elle garda son isolement , et l'on prit le plus grand soin de respecter ses préjugés en respectant ses privilèges, et surtout en ne la chargeant que de médiocres impôts. Ces impôts consistaient seulement en un don gratuit accordé par les états, en droits pré-
Ie\és sur les boissons, en droits de douanes dans les ports, etc. La province conserva ses revenus particuliers, dont elle avait l'administration, et avec lesquels elle payait ses officiers civils, judiciaires et militaires, l'entretien de ses routes et de ses édifices, etc. L'ensemble des sommes levées sur les habitants, soit pour le roi, soit pour la province, s'élevait à 7 millions. Quant aux états de Bretagne, ils s'assemblaient tous les deux ans, et se composaient pour le clergé des 9 évêques, des députés des chapitres et de 42 abbés; pour la noblesse, de 10 barons (Avaugour, Léon , Fougères, Vitré, Retz, la Roche-Bernard, Chaleaubriant, Lanvaux, Pont-l'Abbé et Ancenis); pour le tiers état, de députés du parlement et de 41 villes. L'opposition des états de la Bretagne aux volon:és de la cour fut un des faits qui préparèrent la révolution de 1789. Néanmoins, dan cette province si invinciblement attachée à ses usages, à sa foi religieuse, à son respect pour les institutions anciennes, cette révolution ne fut accueillie , excepté dans les grandes villes , qu'avec une profonde répugnance ; et le pays fut le théâtre d'une partie de la guerre de la Vendée et surtout de la chouannerie. Aujourd'hui encore, bien que la Bretagne soit très- française et l'un des bras maritimes de la France, elle semble, par son attachement au passé, une protestation vivante de la vieille Gaule contre les idées et les choses modernes.
La population de la Bretagne est la plus antique, la plus originale, la plus distincte de la France : ces descendants des anciens Gaulois sont restés si isolés des populations, des révolutions qui depuis dix-huit siècles ont changé et transformé notre pays, qu'ils y semblent comme étrangers; c'est aussi une des plus touchantes, une des plus respectables par ses admirables et profondes qualités. « D'une imagination vive et néanmoins mélancolique , d'une humeur aussi mobile que leur caractère est obstiné , les Bretons se distinguent par leur bravoure, leur fidélité, leur esprit d'indépendance, leur attachement pour la religion, leur amour pour le pays. Fiers et susceptibles, sans ambition et peu faits pour les cours, ils ne sont avides ni d'honneurs ni de places. Ils aiment la gloire, pourvu qu'elle ne gène en rien la simplicité de leurs habitudes; ils ne la recherchent qu'autant qu'elle consent à vivre à leur foyer comme un hôte obscur et complaisant qui partage les goûts de la famille. Dans les lettres, les Bretons ont montré de l'instruction, de l'originalité, de la grâce, de la finesse : témoin Hardouin, Sévigné, Sainte-Foix, Duclos; ils ont donné à la France le plus grand peintre de mœurs après Molière, Usage; ils ont aujourd'hui l'abbé de Lamennais; dans les sciences, ils revendiquent Descartes. Dans les armes, leurs guerriers ont quelque chose d'à-parl qui les distingue au premier coup d'œil des autres guerriers; sous Charles V, du Gucsclin et ses compagnons, Clisson, Beaumanoir, Tinténiac; sous Charies VIII, Tanneguy-Duchatel ; sous Henri (II, Lanoue, également respecté des ligueurs et des huguenoîs; sous Louis XIV, Duguay-Trouin ; sous Louis XVI, la Mothe- Piquet et du Couédic; pendant la révolution, Charette, d'Elbée, la Rochejaquclein et Moreau. Tous ces soldats eurent des traits de ressemblance; et, par un genre d'illustration peu commun , ils furent peut-être encore plus estimés de l'ennemi qu'admirés de leur patrie*. »
' Cltatcaubriand , Études sur l'histoire de France. — Aux hommes célèbres énum^rcs par Chateaubriand il faut ajouter : dans la marine, Jacques Cartier, Ca<sard, Labourdonnayc, Surcoût, Allemand, Linois, Kersaiot, Rosely, £mëriau ; dans les aruicc» de terre: Henri de Rohan, Guébriant, la Tour*
A ces ('logos donnés à la Bretagne par l'un de ses plus illustres enfants, il faut ajouter que la persévérance et la constance naturelles aux Bretons se sont changées, grâce à leur isolement sauvage, en une obstination aveugle qui les porte à repousser tout ce qui est nouveau et à conserver tout ce qui est ancien: que ce culte de la routine est alimenté par un sentiment exagéré de confiance rcl;gieuse qui paralyse les facultés du paysan et le porte à une sorte de fatalisme. « Ce sentiment s'accordo merveilleusement avec son indolence naturelle dans les diverses situations de la vie. Pauvre, il accepte avec indifférence les privations-, malade, il ne combat point le mal; mourant, il attend sans se plaindre son heure dernière. Toutes les afflictions, tous les maux , toutes les misères, le trouvent également résigné. Doué de facultés remarquables, il n'en tire aucun parti, et elles restent incultes comme ses landes. Si l'agriculture, l'industrie et le commerce ont fait quelques progrès, il faut l'attribuer surtout aux populations intelligentes agglomérées dans les villes ou groupées dans le rayon do leur influence immé Haie. Leur bravoure proverbiale tourne naturellement à l'héroïsme, et la force d'inertie qu'ils opposent à toutes les épreuves les rend aptes à supporter les plus rudes fatigues, comme les plus dures privations. Avec de pareilles qualités et une telle nature, ils ont toujours fait d'excellents marins, de bons soldats, bien qu'ils soient trop attachés à leur pays et à leur foyer domestique pour avoir lo goût de la vie maritime ou militaire. Les affections des Bretons sont vives, et on le reconnaît assez à cet amour pour la terre natale, qui, chez eux, se manifeste avec l'énergie d'une passion : aussi le mal du pays les prend-il partout, au milieu des plaisirs de nos cités et jusque dans les contrées les plus riantes, sous les drapeaux de nos régiments, comme à l'ombre des voiles de nos bâtiments de guerre. A toutes choses, même à leur intérêt personnel , mémo au besoin d'acquérir, ils préfèrent les landes incultes et le ciel humide de la Bretagne. S'ils tiennent tant à leurs croyances, à leurs habitudes, à leur langage , à leur costume , c'est qu'ils ne les séparent point do l'imago de la terre où ils sont nés. Tout homme qui n'est point Breton , sans en excepter le Français ou Gallo, est pour eux un étranger. En un mot, cette vieille nationalité bretonne, pour laquelle ils ont combattu pendant si longtemps, est devenue un instinct moral , auquel ils obéissent toujours, et souvent même sans en avoir la conscience »
Tous ces traits généraux de la race bretonne sont plus fortement accusés chez les bas Bretons. La basse Bretagne diffère surtout par sa langue du reste de la province. Le bas-breton, breytounec ou brttjzad, est un des débris des langues celtiques qui ont été, il y a dix-huit siècles, parlées dans toute l'Europe occidentale. Ces langues, partout chassées par les langues latines ou néo-latines et germaniques , ne se conservent plus que dans la basse Bretagne, l'Irlande, le pays de Galles et les Ilighlands de l'Écosse. Le breyzounec de la basse Bretagne est un idiome kymrique : il est parlé par environ un million d'habitants.
On distingue dans le bas-breton quatre dialectes, dont le plus pur et le plus concis
d'Auvergne, Cambronne, Mellinct, La Moricière; dans les lettres et les sciences : A bai lard, Fréron, d'Argenlré, Lobinrau, la Bbtterie, Chateaubriand, I cbri-anl t Lejjonidcc, Éli»a Merca-ur, madame Dufresnoy, Maupertuis, Bougucr, Brou*s.ti$; dans la politique : La CtialotaU, Laujuina», Cuapclier, Lequinio, Fouché, Français de Nantes, Kéralry, Corbière.
• Hiitoire des villes de France, Bretagne, page 315 et suivantes.
est le dialecte de Tréguicr, dil Irécorien on breton-bretonnant. Celui de Vannes est, au contraire, le plus corrompu. Celui de Léon, remarquable par sa régularité et sa douceur, a le plus subi l'influence du latin. Le quatrième , celui de la Comouaille, est dur et aspiré. La littérature bretonne est fort riche; les chants populaires de la Bretagne, recueillis et publiés il y a quelques années \ sont tout empreints des vives couleurs de la poésie primitive.
Le costume des bas Bretons est absolument conforme à celui des anciens Gaulois , tel qu'on le trouve décrit dans Strabon. Il consiste en de larges braies, avec une tunique ouverte, retenue par une ceinture de cuir, un chapeau à larges bords , une longue chevelure. Ce costume est beau et commode ; il donne un air noble à celui qui le porte ; mais à coté des riches bas Bretons ainsi habillés, on voit dans les bruyères de pauvres laboureurs vêtus de peaux de chèvres , les cheveux hérissés, pieds nus, d'une saleté hideuse, et dont l'habillement sauvage est le triste symbole de leur profonde misère.
Les femmes ne tiennent dans les campagnes de la basse Bretagne qu'un rang trèsinférieur ; elles servent leurs maris à table, ne mangent qu'après eux et ne leur parlent jamais qu'avec respect. Dans les familles pauvres, elles sont, comme du temps des Gaulois, chargées de tous les travaux pénibles. Elles ne sont pas jolies, et leurs vêtements sont lourds et disgracieux.
Il faudrait un livre pour décrire les traits de mœurs, les superstitions et les traditions de la basse Bretagne. Tout y est ancien , et se rapporte à des coutumes et à des idées du temps gaulois, altérées et modifiées par les idées et les mœurs romaines et chrétiennes. Les Corrigan, les Boudigueds, génies celtiques, se sont mêlés aux fées (Jata) des Romains *, et, malgré le christianisme, le paysan bas breton croit à leur existence et à leur influence bonne ou mauvaise. Us Corrigan sont des fées qui président l'avenir et guérissent les malades, comme autrefois les vierges druidiques de Sein; les Poulpiquets ou Courih habitent les dolmens, appelés Ty ar gorriket, demeure des nains: ce sont de petits génies malfaisants, hideux , aux ailes de chauve-souris, qui crieut en dansant des rondes infernales et en effrayant les voyageurs attardés. Les laveuses et chanteuses de nuit, Ar cannerez not, attirent les passants sur les bords des rivières, où elles s'efforcent de les noyer. Il est peu de bas Bretons qui ne croient avoir vu le carigel on ancon, ou brouette de la mort, poussée par des squelettes.
Le christianisme s'est enté sur ces superstitions sans pouvoir les faire disparaître de ce sol où rien ne disparaît; le culte des fontaines et celui des arbres se sont conservés; on continue à leur attribuer des vertus miraculeuses, mais on les a placés sous l'invocation de la Vierge ou des saints. On a couronné de croix les menhirs; on fait en l'honneur de saint Jean les grands feux de nuit qu'on faisait en l'honneur du soleil, et le jour de Noël le cri de Egui na né (au gui l'an neuf) se fait encore entendre.
§ VIL Département de la Loirk-Inférieure. — Statistique, agriculture, commerce. — Le département de la Loire-Inférieure est tout entier compris dans la haute Bretagne, et renferme le pays de Retz et le Nantais. Sa superficie est de 687, M2 hectares, dont 320,000 de terres labourables, 105,000 de prés, 29,000 de vignes, 34,000 de bois, 125.000 de landes. Sa population était, en 1801, de 309,305 ha-
1 Eu isjo, par M. de la \ illetnarqué, 2 volumes in-8«.
» Voyez Alfred Matiry, Ut Fcct du moyen âge, 1843, in-11.