tome h. fi
La Normandie, sous le rapport géologique, peut être divisée en trois grandes parties : à l'est, le terrain tertiaire; au centre, le terrain jurassique; à l'ouest, le terrain de transition. La haute Normandie, si riche, si fertile, est tout entière dans le terrain tertiaire , dont les deux étages, inférieur et supérieur, alternent partout à la surface du sol. On trouve cependant quelques traces du terrain crétacé dans la vallée de la Rille, dans le pays de Rray, aux embouchures de la Seine et sur les côtes du pays de Caux , dont toutes les falaises sont formées par une bande longue et trèsétroite de terrains de celle formation.
Dans la basse Normandie, le terrain jurassique forme un triangle dont la base est à la mer, entre l'embouchure de la Touques cl Valognes, et dont le sommet serait à Alençon; les côtés seraient tracés, à l'est, par la Touques; à l'ouest, par une ligne partant de Valognes et arrivant à Alençon par Falaise et Séez. Dans la partie jurassique de la basse Normandie, on trouve la vallée d'Auge, le Bessin et une partie des Marches, c'est-à-dire la partie du sol normand la plus riche en herbages, et partant la plus importanie pour l'élève du cheval et du bétail.
Le reste de la basse Normandie, le Cotenlin, l'Avranchin, le Rocage et le pays d'IIoulme, est tout entier dans le terrain de transition-, sur quelques points du Bocage et de l'Avranchin , de larges taches de granit affleurent le sol ; on retrouve encore des terrains primitifs dans le Cotcntin, principalement sur la côle de la pointe de Barfleur entre le cap Lévi et l'île Talihou , qui est aussi granitique.
La Normandie possède des terrains d'alluvion modernes au fond des vallées de la Béthune, de l'Eure, de la Touques, de l'Orne. Ces terrains sont plus abondants dans la vallée de la Seine, où ils s'étendent sur les deux rives, dans celle de la Divc, sur le littoral du Cotcntin, qu'ils constituent depuis la Vire jusqu'à Saint- Vaasl, dans les vallées inférieures de la Vire, de la Taute, de la Douve, enfin sur le littoral entre la Sélune et le Couesnon.
Il nous reste à dire que le haut Perche est situé dans la bande de terrain crétacé inférieur (grès verts) qui entoure le bassin de Paris.
S III. Coins d'f.ait. — La basse Normandie est traversée par un grand nombre de petits cours d'eau tributaires de la Manche, et dont les plus importants sont : la Sélune, la Séc, la Douve, la Vire, la Drome, l'Orne, la Divc et la Touques. La haute Normandie est arrosée par la Seine et par ses affluents, l'Epie, l'Andellc, l'Eure et la Rille. Au delà de la Seine on ne trouve plus que la Béthune avec la Bresle, qui séparait la Normandie de la Picardie.
La SMune et la Sée arrosent l'Avranchin; elles descendent toutes les deux des collines des environs de Morlain , et se perdent dans les grèves du mont Saint-Michel en se partageant en plusieurs bras qui délayent ces grèves et les rendent très» dangereuses.
La Douve prend sa source près du village deTollevast, traverse la partie septentrionale du Cotentin du nord-ouesl au sud-est, passe à Saint-Sauveur, et se jette dans les grèves des Vcys vis-à-vis de Carcnlan , après un cours de /|0 kilomètres , dont 28 sont navigables dans les grandes marées. Elle reçoit la Taute, qui finit à Carenfan.
La l'ire, qui descend des collines de Normandie au point où s'en détachent les hauteurs du Cotcntin, arrose Vire, Saint-Lô, et finit dass des grève? dangereuses
au-dessous d'Isigny au petit Yey. Elle est navigable dans les grandes marées pendant 18 kilomètres , et reçoit YEsques, qui pa*se à Trévières et à Isigny.
La Drome arrose le Dessin, laisse Bayeux sur sa droite, et finit à Port en Bessin après un cours non navigable de 40 kilomètres.
UOme prend sa source à Aunou , traverse une vallée profonde en arrosant Séez et Argentan; un peu au-dessus de cette dernière ville elle reçoit à droite deux ruisseaux, le Don et la Queuze, qui arrosent les beaux herbages du Merlcrault et du Pin, centre principal de la production du cheval anglo-normand; elle traverse ensuite de riches campagnes, sans baigner de localités remarquables, passe à Caen, y devient navigable , et finit dans la Manche par une assez large embouchure , qui est éclairée par deux phares. Son cours est de 100 kilomètres, dont 17 navigables.
La Dite prend sa source à Malnoyer, arrose Coulibœuf, Saint-Pierre, Mezidon, Dives, et se jette dans la Manche au-dessous de cette ville après un cours de 60 kilomètres, dont 26 navigables. Elle se grossit de la Vie.
La Touques prend sa source dans le plateau du Merlerault, arrose (lacé, Lisieux , Pont-l'Évèque , et finit au-dessous de Touques et près de Trouville. Les bassins de la Dive et de la Touques composent le pays d'Auge.
La Seine, que nous avons déjà décrite dans la Bourgogne et dans la Champagne, après avoir traversé l'Ile-de-France, entre dans la Normandie au confluent de l'Epte , et alors est un beau et large fleuve arrosant les campagnes les plus fertiles dans un cours lent, tortueux, bordé de ricins coteaux et parsemé de villes et de villages. Elle passe ainsi à droite à Vernon, laisse à gauche Gaillon, fait un rentrant profond pour aller arroser le petit Andely, reçoit l'Eure , et un peu au-dessous de ce confluent passe à Pont-de-l'Arche. De là elle fait à gauche un rentrant où se trouve Elbeuf , et arrive à Rouen , où elle est peu lar^-e niais très-profonde, et forme un port qui reçoit des bâtiments de .'jOO tonneaux. Elle continue son cours en décrivant encore des méandres très-longs et très-nombreux , qui font de ses rives une sorte do continuel panorama; les coteaux qui le bordent sont alternativement cultivés, boisés, chargés de populeux villages, de ruines pittoresques, de jardins, de vergers, et de loin en loin ils s'éehancrent pour donner issue a de fraîches et riches vallées. Elle arrose ainsi Duclair, la Mailleraye, Caudebec, Quillebœuf, où elle a 1,800 mètres de largeur, et devient une sorte de bras de mer couvert de bas-fonds et d'une navigation très-difficile. Dans cette partie de son cours elle a un aspect majestueux, soit par elle-même, soit par la beauté de ses rives, qui prennent un air plus grave et digne du voisinage de l'Océan. Ces rives sont alternativement formées ou do falaises calcaires, blanches et nues, ou d'esearpements boisés, ou de grèves, qui se prolongent par des prairies, ou de faibles coteaux couverts de cultures. Elle baigne ainsi à droite Harfleur, à gauche Honfleur, et finit au Havre, situé sur la rive gauche en face de la pointe de la Hève , en ayant une largeur de 9 kilomètres.
Les rivages de la basse Seine offrent, surtout depuis Quillebœuf, un curieux et redoutable effet des marées. C'est ce qu'on appelle aux pleines lunes, et aux nouvelles lunes des équinoxes, la barre de flot, a Tandis qu'en général, et même à l'embouchure de la Seine, au Havre, à Honlleur, la mer, à l'instant du flux, monte par degrés insensibles et s'élève graduellement, on voit au contraire, dans la portion du lit du
fleuve au-dessous et au-dessus de Quillebœuf , le premier flot se précipiter en immense cataracte formant une vague roulante, haute comme les constructions du rivage, occupant le fleuve dans toute sa largeur, renversant tout sur son passage , et remplissant instantanément le vaste bassin de la Seine. Bien de plus majestueux que cette formidable vague si rapidement mobile. Dès qu'elle s'est brisée contre les quais de Quillebœuf , qu'elle inonde de ses rejaillissements, elle s'engage en remontant dans ie lit plus étroit du fleuve, qui court alors vers sa source avec la rapidité d'un cheval au galop.... Les prairies des bords, rongées et délayées par le courant, se mettent, suivant une expression locale , en fonte, et disparaissent. Successivement le lit du fleuve se déplace de plusieurs kilomètres de l'une à l'autre des falaises qui le dominent ; enfin , les bancs de sable et de vase du fond sont agités et mobilisés comme les vagues de la surface »
Les causes de ce dangereux phénomène ont été étudiées avec soin afin de pouvoir en combattre les effets, et on y est heureusement parvenu par des travaux qui, en donnant une plus grande profondeur au lit de la Seine, ont rendu la barre beaucoup moins sensible *. « On a obtenu un approfondissement dans le chenal au moyen de la construction de digues longitudinales submersibles, et qui limitent le lit de la rivière. La portion de l'ancien lit de la Seine , qui se trouve ainsi placée en dehors du chenal par les digues submersibles, est couverte par les hautes marées; elle peut donc recevoir les matières en suspension dans les eaux; ces vases exhaussent ou colmatent le sol , qui bientôt se couvre de végétation et se change en pâturages *. »
La Seine a pour affluents de droite en Normandie deux petits cours d'eau , l'Epte et l'Aiidello. L'Epte sépare dans toute son étendue la Normandie du Beauvaisis et du Vexin français; elle prend sa source près de Forges-les-Eaux , passe à Gournay, Gisors , Saint-Clair, et finit au-dessus de Vernon. L'Andelle, dont la délicieuse vallée est réputée une des plus belles de la Normandie , arrose un pays couvert de villages et de riches cultures, et se jette à Pitres. On trouve encore au delà de Boucn le Cailly, qui arrose la jolie vallée de Monvillc et de Maromme ; le Bolbec, etc. Sur sa rive gauche la Seine reçoit l'Eure et la Bille.
VEure prend sa source au plateau de Courville dans le Perche; elle entre en Normandie au-dessous de Dreux , près du confluent de l'Avre , arrose le pays d'Ouche par un cours très-lent bordé de rives plates et fertiles, passe à Ivry, Pacy et Louvicrs, et finit au-dessus de Pont-de-l* Arche après un cours de 150 kilomètres, dont 92 navigables. Elle a pour affluents : 1e YAvre, petite rivière qui passe à Verneuil et
1 Extrait du Mémoire de M. Habinet , intitulé : Les mouvements extraordinaires de la mer.
* M. Russcl, après de savantes recherches sur la vitesse de» vagues dans les canaux d'une profondeur donnée, a découvert que •> cette vitesse est beaucoup moindre dans une eau peu profonde, et, au contraire , que la Tague marche et se propage très-rapidement dans une eau très-profonde; on comprend alors la cause de la cataracte du llux , quand la marte aborde certaines portions du bassin de la Seine. En effet, dans toutes les localités où l'eau deviendra de moins en moins profonde, les premières vagues, retardées pur le manque de profondeur, seront devancées par les suivantes, qui marchent dans une eau plus profonde, et celles-ci seront elles-mêmes rejointes par celles qui les suivent, de manière que les values antérieures étant dépassées eu vite^e par toutes celles qui les suivent , ces dernières retomberont en ca.'cide par-dessus les vagues antérieures et produiront cette immense cataracte roulante dont nous avons décrit la forme et les effets. > (Mémoire de M. Habinet.)
» L. Duvsieux, Gvographie physique de ta France, j a.^c 3 i.
Nonancourt, a un cours de 45 kilomètres, et sépare la Normandie du Tcrche; 2° Y lion, qui pas<e à Rreteuil et Évreux. Cetle rivière se perd àVillalet, au-dessus d'Évreux, pendant plus de lt kilomètres, dans des butoirs. On appelle beloir en Normandie des trous coniques peu profonds, pratiqués dans un sol friable, et dans lesquels se perdent plusieurs rivières telles que la Mlle, dont la perte commence à Lyre et se renouvelle à plusieurs reprises ; YAvre, dont les butoirs soat à Chesnebrun; la rivière du Sop- André ou du Xoycr - Mcsnard , qui se perd aux Foyards; la rivière Saint-Pierrt-de-Sommaire , qui se perd vers les Cotereaux; le ruisseau des Godets, qui se perd vers le Fonteni près de l'Aigle; la Drome, dont la perte est à la fosse de Soucy, à 8 kilomètres de Porl-en-Be^in '.
La Itille prend sa source dans le plateau du Merlerault, arrose l'Aigle, Ruglcs, Ponl-Audenier, et se jette dans l'estuaire de la Se:ne à la Roque, après un cours do
120 kilomètres navigables depuis Pont-Audemer.
La Réthune est lu principale rivière du pays de Caux; elle descend du faite qui accidente le pays de liray, pas-c à Neufchalel , arrose les plus riebes herbages et une contrée très-plantureuse, passe à Arques, où elle reçoit Y Arques, petite rivière qui traverse une verte et riche vallée, puis elle se jette dans la Manche à Dieppe.
La Break passe à Aumalc , à Ku et finit au Tréport.
§ IV. Cotes. — C'est à l'embouchure du Cou -snon que commence le littoral normand. Les grèves sablonneuses que nous avons trouvées dans la Bretagne se continuent sur le rivage de l'Avranchin , mais entrecoupées de nombreux marais salants, et l'on arrive ainsi dans la baie du Mont- Saint-Michel , qui présente un des spectacles les plus imposants qui soient au monde. « Les œuvres des hommes, aussi bien que oeil* . s de la nature, ont ici un caractère de sauvage grandeur qui délie tous les souvenirs et tontes les comparaisons. Aux cquinoxes, l'amplitude des marées atteint une hauteur verticale de 15 mètres. La mer se retire alors à 12 kilomètres du Mont, puis elle revient, l'enveloppe de ses eaux, et inonde à 12 autres kilomètres en arrière les baies de la £éc et de la Sélune. A mer basse, cet immense espace, encadré dans des coteaux verdoyants, a l'aspect d'un lit de cendres blanchâtres. Au milieu se dresse le noir rocher du Mont-Saint-Michel , abrupt et vertical au nord et à l'ouest, garni jusqu'à mi-hauteur du coté du midi de cabanes plaquées comme des nids d'hirondelles à ses flancs, et couronné d'uno des plus étonnantes constructions qui soient sorties de la main de l'homme. Il occupe dans la grève un espace planimétrique de 6 hectares 23, et le pied de l'échelle du télégraphe qui s'élève au sommet est à
121 mètres 60 au-dessus du niveau de la mer moyenne. A 2,500 mètres au nord surgit le rocher de Tombelaine, granitique comme celui du Mont-Saint-Michel, presque aussi étendu, beaucoup moins haut, mais inhabité depuis que Louis XIV a fait démolir les fortifications dont il était garni. Que la mer recouvre les grèves ou qu'elle s'en retire, la même solitude règne autour de ces deux rochers; l'eau y fut-elle assez profonde, elle n'y reste jamais assez pour permettre aux embarcations de s'y hasarder, et ses retours sont trop fréquents pour laisser au parcours territorial le temps de se régulariser. Il ne faut pas néanmoins croire qu'entre le Mont-Saint-Michel et la terre ferme
1 Mémoire sur plusieurs rivière» de Normandie, par Guettant, 1758, dans les Mémoires de T Académie des sciences.
les grèves ouvrent sous les pas du voyageur ces dédales de fondrières qu'on accuse d'attirer et d'engloutir tout ce qui les côtoie. Les fondrières ne se rencontrent guère que du côté du large, et à moins de descendre très-loin vers la laisse de basse mer, il en est peu dont on ne puisse se tirer en se jetant à plat ventre aussitôt qu'on se sent enfoncer, et en regagnant ainsi le terrain solide. Des dangers plus réels viennent des brouillards qui se précipitent à l'improviste sur les grèves; en quelques minutes la brume se forme, s'épaissit et couvre la terre do ténèbres visibles; plongé dans leur mystérieuse profondeur, le voyageur éperdu se fourvoie, s'égare.... *. » Enfin ces grèves sont très-plates et ne présentent aucun obstacle à la mer, qui s'y précipite avec une grande impétuosité. Nulle part elle n'est aussi fougueuse, et son mouvement est accéléré par la compression qu'elle éprouve sur les rochers de Cancale et de Granville. Ces grèves, que chaque marée couvre et découvre, sont traversées et délayées par le Couesnon , la Sélunc, la Sée , qui s'y perdent en se partageant en plusieurs filets d'eau.
I.a côte occidentale du Cotentin, longue de 126 kilomètres, se dirige presque en ligne droite du sud au nord; elle est haute, escarpée, presque sans ports, très-dangereuse et baignée par une mer que rend redoutable la violence des marées, des vents et des courants. Le seul port que l'on y rencontre est Granville, en face duquel sont les îles de Chausey, hérissées de rochers granitiques, bordées d'écueils, et dans lesquelles on trouve le mouillage du Sound, que sa sûreté rend fort utile dans cette mer inhospitalière. Au nord de Granville, on ne rencontre plus que de petits havres, celui do Porlbail, défendu par un fort; la crique de SurtainvilU , où abordèrent en 1649 1rs fils proscrits de Charles 1" d'Angleterre ; à côté est le cap Carteret et une petite haie sur laquelle est Barneville. De là au cap de la Hague, la côte élevée court en ligne droite sans offrir aucun refuge aux vaisseaux. Le littoral du Cotentin est d'une fertilité remarquable. « La France ne possède pas de territoire plus riche et plus riant que celui que baigne cette mer dangereuse. Constamment incité par la tiède humidité des vents d'ouest, il est doué d'une force de production qui se manifeste aussi bien par la puissance des races qui s'y nourrissent que par le luxe de la végétation. Tout ce qui vit sur le sol de la Normandie lui emprunte un caractère de vigueur *. » A l'ouest de la presqu'île du Colentin, à 25 kilomètres environ, se trouvent les îles normandes, débris de l'ancien duché de Normandie, appartenant aux Anglais. Entre le cap de la Hague et l'île d'Aurigny est le raz de Blanc/tard, détroit dangereux par ses écueils et la violence des courants; entre Guernesey et Jersey le passage de la Déroute; entre Jersey et le cap Carteret le Mauvais-Chenal, parsemé d'écueils et de rochers, qui conduit dans le golfe du Mont-Saint-Michel.
En doublant le cap ou la pointe de la Hague, formée de rochers syéniliqnes, on trouve Cherbourg, à l'embouchure de la Disette, grand arse-nal de la marine française sur la Manche. On arrive ensuite à la pointe de Rarjleur, amas de rochers granitiques, au delà de laquelle la côte tourne au sud. On y trouve la Haugue, petit port fortifié qui protège une vaste rade comprise entre le banc du Bec, le cap de la Hougue et l'Ile Tatihou. Cette rade est fort importante sur un littoral absolument inabordable aux vaisseaux de guerre, et une position aussi importante devait être fortifiée depuis que
• BnmK !.«■* eàtes «le la Mam l.o , «laas la Revue des Unis-Mondes.
- lUti.lt- , t.<>s «Ate* «le la Mandic, «laus la Ruue des Deux-. Moud* s, tome XI , page 6.
les Anglais y sont vomis brûler, on ln92, douze vaisseaux que Tourvillo, après sa glorieuse défaite de la llougue, y avait abrités. Après la Hongrie, on rencontre Ils Iles fortifiées de Saint- Murant/, a\ant d'arriver à Carentan , situé près do l'embouchure do. la Dou\e, et à hiijny, près do l'embouchure do la Vire.
Là cominonce la côte du Calvados, qui se dirige à l'est jusqu'à l'embouchure do la Seine. C'osl un rivage dangereux, souvent inabordable , presque sans ports, encombre de rochers; les premiers que l'on rencontre sont ceux de Mui%y, puis ceu\ du Calvados, espèce de plateau sous-niaiïn. Entre ces deux massifs de roches, on a établi à Port-en-lleuin, à l'embouchure do la Drome , un port de refuge, qui est petit, mais très-important. Au delà des rochers du Calvados, on arrive à l'embouchure de l'Orne, au port intérieur de Caai , puis à celle de la Touques, où est situé Trouville, qui n'a d'autre importance «pie sa belle grève et s -s bains de mer. A l'embouchure de la Seine que nous avons décrite, et où s>i trouvent Honjhur et le Havre, le rivage normand change de caractère; à partir de la pointe de la Hï-vc jusqu'à l'embouchure de la Somme, toute la côte du pays de Caux est formée par une haute falaise à laquelle vient finir brusquement tout le plateau crétacé et tertiaire qui s'étend entre la Seine et la Somme. Sur toute cette étendue de l'jO kilomètres, « la cote présente une coupe verticale du plateau crayeux aussi nette dans sa sauvage grandeur que pourraient le figurer en petit les procédés de la géométrie descriptive. Ce sont les falaises do Normandie. Elles sont, pour les habitants du plateau, un long précipice jusqu'aux bords duquel s'étendent les moissons. Aucune ondulation du terrain n'avertit de leur voisinage; tout à coup la plaine manque sous les pieds, l'abune se dé ouvre, et cet abîme est l'Océan. El'cs apparaissent au navigateur comme une muraille de 60 à 100 mètres de haut, tantôt se détachant sur un ciel grisâtre et couronnées d'une étroite ligne de verdure, tantôt à demi cachées dans les nuages noirs que les vents fréquents du nord-ouest font voler au-dessus des lames, tantôt enfin éblouissantes de blancheur et chamarrées de vastes ombres sous les rayons obliques du soleil couchant. Par un beau jour, l'éclat de leurs reflets fait souvent distinguer leurs formes à kilomètres de distance-. Les ouvertures des principales vallées qui débouchent sur la mer semblent des brèches faites dans ces gigantesques remparts; des éehancruns, qui n'en atteignent pas le pied, marquent les places où s'écoulent les eaux des petits bassins intérieurs. De riants hameaux, des villes populeuses se montrent dans chacune de ces ouvertures »
L'action de la marée s'exerçant tous les jours contre le pied de cette muraille composée de roches marneuses , friables, pou résistantes, séparées entre elles par des couches de rognons de silex, la mer en détache l'escarpe, le mine: bientôt celle-ci surplombe, se détache et s'écroule. On ne siit pas au juste quelle étendue de terrain la mer gagne chaque année sur la terre; on a constaté cependant qu'elle rongeait 1 mètre 60 cent, sur un point, et 30 centimètres .seulement sur uu autre; d'où l'on per.t admettre que la corrosion moyenne n'est pas moindre qu'un demi -mètre. La masse énorme de galets qui obstine les entrées de toutes les vallées de cette côte provient précisément de la destruction des falaises, qui jette à la mer annuellement près de 100,000 mètres cubes de silex et de cailloux, de marne et de craie. Le premier créneau ouvert dans celte muraille est la vallée iVÉtretat, à peu de dislance du
• Baude, Les côtes de Normandie , dans la Revue des Deux-Mondrs, tome XXII , ]*sc 92i> et suit.
cap d'Antifer, et dont les sites pittoresques sont renommés; plus loin, c'est la vallée de Fècamp, puis Saint-Valery-en-Caux , la vallée d' Arques avec Dieppe, le port le plus important du pays cauchois; le ravin de Iiiville, par lequel en 1803 Georges Cadoudal et ses compagnons s'introduisirent en France ; enfin la falaise normande s'arrête au Tréport, sur la Bresle.
§ V. Aspect (.énéral. — Vue dans son ensemble, la Normandie est un pays plat qui appartient à la grande plaine du nord de la France comprenant la Picardie, 1" Artois et la Flandre, et qui se prolonge , par le nord de 1 Allemagne et de la Russie , jusqu'aux monts Ourals, offrant à peu près partout jusqu'au Holstein les mêmes caractères: un climat marin, une végétation riche cl abondante, des prairies, de fortes races de chevaux et de bestiaux, et des populations vigoureuses et intelligentes. Prise à part, la Normandie présente quelques hauteurs dans sa partie méridionale, ainsi que dans le Cotentin et dans le pays de Bray; partout ailleurs on ne trouve que des plaines ondulées, des vallées larges, couvertes de vergers et de pommiers; partout aussi des terres fortes, fertiles, bien cultivées, produisant les plus riches récolles et des herbages abondante où l'on élève nos plus belles races bovines et chevalines; de grandes villes, des villages reliés par des routes et des chemins nombreux, des fermes, des maisons entourées de plantations, où h bitants, bestiaux, sol, tout est plein de vie et respire l'abondance. Celte riche végétation, cette culture si bien entendue, cette absence totale de terrain laissé en friche, donnent au voyageur l'impression qu'il se trouve dans un des plus riches pays de l'Europe , et peu de contrées, en elfct, sont comparables à celte belle province.
Étudiés dans leurs détails, malgré la ressemblance générale de l'ensemble, les divers pays de la Normandie ont un caractère propre et un aspect particulier qu'ils tirent tout autant de la diversité des cultures que des accidents de leur topographie \ « C'est dans la constitution géologique du sol, dit M. Antoine Passy, qu'il faut chercher les raisons des dénominations spéciales affectées à de certaines étendues de pays. Le bon sens du paysan a devancé la science : il a distingué' par uu nom particulier chaque étendue offrant le même aspect et la même culture. Ces régions physiques forment un tout réel que mutilent souvent les circonscriptions administratives. En Normandie, les dénominations de bassin ou plaine de Cacn, Licuvin, pays d'Ouchc, de Lyons et des deux Vexins, présentent des régions physiques et agricoles distinctes; il en est de même des dénominations de grand et de petit Caux , de Roumois, » etc.
Examinons donc las caractères propres à chacune de ces régions. Le département de la Manche est un pays généralement uni et sablonneux; mais dans certaines parties les accidents du sol le rendent très-pittoresque, et l'on y trouve les sites les plus variés, de longues plages sablonneuses qui s'étendent entre la mer et les terres cultivées, des prés toujours verls, des coteaux doucement inclinés, de petites fermes pleines de fraîcheur entourées de fertiles plaines ou de beaux pâturages. Les plus renommés de ces pâturages sont dans le Cotentin, sur les bords de la Séc et de la Sélune. On y élève des ba ufs que l'on envoie s'engrais>er dans les herbages de la vallée d'Auge. L'Avranchin est plat et cultivé en céréales. Le comté de Mortain, accidenté, élevé et boisé, semble déjà le commencement de la Bretagne.
' Géologie du département de la Sciue-In/ù lettre.
L'aspect du déparlement du Calvados n'est pas moins agréable : à rôté des plaines de la campagne de Caen, le pays d'Auge et le Lieuvin offrent une perspective continuelle de douces collines et de riantes vallées où sont serrées, pressées les cultures les plus belles et les plus variées, les champs de blé ou de légumes, les prairies artificielles, des baies ou des forêts de pommiers, enfin et surtout ces magnifiques herbages, la gloire et la richesse de la Normandie, qui n'exigent ni soins, ni culture. Les plus riches vallées sont après celles du pays d'Auge, celles de l'Esques, dont les vaches donnent les beurres renommés de Trévières el d'Isigny, on y élève les beaux chevaux normands et des bœufs de la Bretagne el du Maine. Le littoral du Bessin offre aussi une longue suite de prairies fertiles qui se terminent au sud-ouest par les riants coteaux du Bocage.
La population répond à la nature du pays : nulle part elle n'a plus de santé, de vigueur, d'esprit d'ordre, d'intelligence. « La vie île famille respire, aux environs de Caen et de Bayeux , une cordialité pleine de charmes. Ijcs enfants sont traités avec douceur; on n'abuse pas de leurs forces ; on les oblige à interrompre chaque jour leur travail de bonne heure. Dans les pays de montagnes, où la nature parait distribuer d'une main avare l'existence a tout ce qu'elle produit, l'hnmme devient quelquefois dur pour ses enfants; sur un sol fécond comme la basse Normandie, il semble emprunter, au contraire, à la nature des dispositions bienfaisantes. La famille normande, dans celle région, est surtout intéressante à considérer le soir, durant l'hiver, au 'commencement de la veillée. Les hommes sont revenus de leurs travaux; les enfants ne sont pas encore couchés; on s'installe autour d'une petite lampe dont la lumière est accrue à l'aide de globes de verre remplis d'eau. L'union la plus parfaite semble régner dans tous les c<rurs. Presque toujours plusieurs familles se réunissent afin de diminuer les frais d'éclairage et de chauffage. Quelquefois, quand on travaille à de certaines dentelles d'une extrême délicatesse, on n'ose pas faire du feu, dans la crainte de la fumée, et l'on se rassemble alors dans les élables, où règne une douce température. Ces ateliers improvisés, au milieu des animaux qui ruminent ou qui dorment, ont un aspect original qui demanderait pour être rendu le pinceau de Gérard Dow. Ces habitudes paisibles n'excluent pas un certain développement intellectuel. Depuis vingt ans ce pa\s a, sous ce rapport, changé de face. De nouvelles routes ayant été percées, les rapports avec les villes sont devenus plus fréquents, et le niveau des esprits s'est élevé. I^a grande majorité des enfants apprend à lire et à écrire'. » L'industrie y est répandue dans toutes les chaumières; et pendant que les hommes s'adonnent ou aux rudes travaux de la nier, ou à la fabrication du fer ou du coton, les femmes s'y livrent au travail des dentelles, qui leur donne des habitudes de propreté, de dextérité et de bon goût.
Le département de l'Orne, formé en grande partie du Perche, est un pays accidenté : son territoire est presque partout entrecoupé de chaînes de montagnes boisées qui donnent naissance à une multitude de vallées verdoyantes pleines de gras pâturages. Les plus remarquables sont celles d'Orville, de l'Aigle, du Merlerault, de Nouant, du Pin, qui nourrissent de si beaux chevaux; du Don, de l'Orne, de la Sarlhe, de l'Huisue, etc. Les champs sont partout plantés d'arbres fruitiers disposés
1 Au<Ii-..:ii.e, /.< s populations outrures de la France, lomc 1 ', |«.g« 103.