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TOME II

en lignes et bornant toutes les routes et les propriétés. Des haies de coudriers, d'ormes, de frênes, de charmes et de bouleaux entourent les terres et mettent la récolte à l'abri des bêles fauves.

Le département de l'Eure offre un pays de plaines divisé en plateaux distincts par les rivières qui le traversent pour aller à la Seine. A l'est, l'arrondissement des Andelys forme un plateau presque enclavé par les deux vallées où coulent l'Epte et l'AndelIe, et qui est divisé en deux régions : le Vexin, pays de grande culture, et la forêt de Lyons. Entre l'Eure et 1*1 ton se trouve un autre plateau aussi divisé en deux régions : la plaine Saint-André, riche en céréales, une partie du Perche, riche en pâturages. Entre l'iton, l'Eure, la Seine et la Rille, se trouve le Roumois, pays que borne an sud une suite de vallons courant entre Montfort et Elbeuf. Au delà de ces vallons commence la plaine du Neubourg, qui rencontre au midi le pays d'Ouche. Enfin , à gauche de la Charentonne et de la Rille , s'étend la plaine fertile du Lieuvin , limitée à l'ouest par les petites vallées dont les cours d'eau descendent à la Touques. La surface de tous ces plateaux est généralement peu accidenlée ; quelques rares collines s'y distinguent à peine, mais les vallées sont profondes et leurs flancs rapides. Cette surface offre partout des champs cultivés, des vergers, des endos, de petites fermes, de belles forets, des pommiers bordant les roules et limitant les propriétés; mais l'aspect en est généralement monotone, excepté dans les vallées qui, arrosées par des eaux abondantes, offrent des points de vue pittoresques, surtout quand les coteaux sont surmonlés de ruines féodales.

Le département de la Seine-Inférieure est généralement plat et coupé seulement par des lignes de coteaux mollement ondulées. Le pays de Caux forme un plateau tombant à pic sur la Manche; on y élève surtout des moutons, et la race cauchoise est une des meilleures de la France. L'arrondissement du Havre est généralement privé d'eau, et malgré cela très -fertile, grâce au labeur des habitants; quelques parties voisines de la Seine sont assez malsaines. Le sol de l'arrondissement d'Yvetol est plat, gras, profond, et produit des grains, des légumes, des fruits excellents. L'arrondissement de Dieppe est plus inégal et sillonné par de belles vallées ; il est fertile en grains, lin et chanvre. L'arrondissement de Neufchàlel est coupé de bois, fortement ondulé et renferme de larges vallées ; il est moins fertile que les précédents, mais l'éducation des vaches y est suivie avec plus de succès que dans tout le reste de la France. L'arrondissement de Rouen est assez inégal, coupé de bois, de champs fertiles, de collines cultivées, de belles vallées.

Dans presque toute la Normandie les villages sont composés d'habitations disséminées. Autour de l'église sont groupées les maisons des aubergistes et dos petits marchands; mais toutes les maisons des cultivateurs, au lieu d'être alignées en rues, se dispersent dans la plaine et sont toutes entourées d'un rempart en terre planté d'ormes ou de hêtres fort élevés. L'intérieur des cours est aussi planté de pommiers. Les habitations riches, les châteaux, sont de même précédés d'avenues de beaux arbres. De sorte que chaque village présente de loin l'aspect d'un bois au-dessus duquel surgit le clocher de l'église, et tout le pays ressemble à une sorte de forêt coupée par de vastes éclaircics. Au reste, les maisons des paysans sont propres, ayant des meubles commodes, un air d'abondance et de prospérité ; elles sont toutes

entourées de jardins « où l'on réunit, dit-on en Normandie, quelques roses pour la beauté, quelques pommiers pour la boisson, quelques poiriers pour les amis*. »

S VI. Histoire et population. — Dans l'antiquité celtique , la Normandie était habitée par les Unelti (Cotenlin), les Abrincatui (Avranchin), les Ilajocasset (Bocage et Bessin), les Viducautx (Marches, Auge), les Lcxovii (Lieuvin), les Saii (diocèse de Sécz), les AvUrci-Eburovices (diocèse d'Évrcux), les Vdiocattet (Vexin) et les Caleti (pays de Caux et de Bray). Toutes ces cités formèrent, pendant la domination romaine, la Lyonnaise seconde. Les Romains y établirent, comme lites ou troupes mercenaires cantonnées dans le pays pour sa défense, des Suèves dans le Bessin et le Cotentin central , des Dahnales et des Saxons dans l'Avranchin , enfin des Saxons sur tout le littoral du Bessin et du pays d'Auge. Les Saxons du Bessin ont laissé des traces visibles de leur présence dans le patois de Bayeux, où l'on trouve encore un grand nombre de mots d'origine germanique.

Les cités normandes qui avaient, au cinquième siècle, fait partie de la confédéra? lion armoricaine, tombèrent sous la domination de Clovis, composèrent la plus grande partie de la Neuslrie, et restèrent soumises aux Francs jusqu'au dixième siècle; alors les Normands s'établirent dans le pays: un de leurs chefs, Rollon,«n obtint la cession de Charles le Simple, en 911, par le traité de Saint-Clair-sur-Eplc. Le duché de Normandie devint un des grands fiefs de la couronne ; il s'y forma plusieurs arrière-fiefs, les comtés d'Eu, de Mortain , la vicomté d'Auge, etc.

Les Normands, pour s'être établis dans la Neuslrie, n'avaient rien perdu de leur caractère belliqueux et conquérant. Aidés de tous les aventuriers de la France, ils firent, sous Guillaume le Bâtard, la conquête de l'Angleterre, et devinrent ainsi l'origine de celle race anglo-normande la plus envahissante, la plus persévérante, la plus avenlureuse de toutes les races modernes. Les ducs de Normandie, devenus rois d'Angleterre, restèrent des princes de mœurs, de langue et de mœurs françaises; mais leur héritage étant advenu à une autre famille française, celle des Planlagenets, Philippe-Auguste fit la conquête de la Normandie sur Jean Sans-Terre, et la réunit une première fois à la couronne (1204). A celle époque, la province fut partagée en sept bailliages, qui avaient leurs sièges à Rouen, Caudebec, Évrcux, Gisors, Caen, Coulanccs et Alençon. Elle était devenue entièrement française et très-prospère, lorsqu'en 1346 les Anglais débarquèrent dans le Cotentin et ravagèrent toute la Normandie, « pays ouvert, gras et plantureux en toutes choses, dit Froissard, qui n'avait pas vu la guerre depuis cent ans. Tout fut usé , robé , gâté et pillé sans pitié. » Caen fut emportée d'assaut, et « les Anglais y conquirent si fier avoir que merveille seroit à penser. » Les vainqueurs évacuèrent proinptement le pays; mais, en 1415, ils revinrent, s'emparèrent d'Harfleur, et, après une héroïque résistance, de Rouen , puis de toute la province. Les habitants firent de nombreux efforts pour secouer le joug étranger, et principalement en 1435 , où les paysans du pays de Caux se soulevèrent : les Anglais les forcèrent à la soumission en brûlant les villages, en exterminant la population et en faisant des ravages tels que la trace n'en était pas effacée cinquante ans après. Enfin, en 1449, toutes les villes furent successivement reconquises par les troupes de Charles VII , et la bataille de Formigny acheva la délivrance du pays. « Dictionnaire des communes de France.

Depuis celle époque, la Normandie est restée ce qu'elle est encore, la province la plus prospère , la plus importante de la France. Ses habitants, qui ont eu pour fils les Anglais, pour petits-fils les Américains du Nord, sont encore dignes de cette illustre paternité: c'est la population la plus fine, la plus intelligente, la plus laborieuse, la plus solide de la France; elle o*t belle, forte, blonde, vigoureuse, hardie sans Cire téméraire, active sans é'.re impatiente, tenace, économe. On lui reproche, et avec raison, d'être rusée, intrigante, âpre au gain, chicanière, ambitieuse, peu soucieuse des moyens pour arriver à ses fins. Ces défauts et ces qualités appartiennent principalement à la population agricole, mais ils sont modifiés dans la partie de la population qui se livre à l'industrie.

La population industrielle s'y partage en deux catégories distinctes : celle qui est agglomérée dans les grands centres manufacturiers, de Rouen, d'Elbeuf, de Louviers, etc. Celle-ci n'a presque plus rien du paysan normand, ni sa vigueur, ni sa finesse, ni sa ruse, ni son intelligence, ni sa cupidité; c'est l'ouvrier de toutes les grandes manufactures, honnête et malheureux, mais de mœurs corrompues, de constitution vicieuse et étiolée, d'une ignorance extrême, insouciant, sans prévoyance, triste, jaloux, vaniteux, n'étant plus dans la grande machine industrielle que la pièce la plus intelligente de la mécanique. Dans tout le reste de la Normandie, on trouve le travail à domicile. Ce travail plaît à l'ouvrier normand; il est adopté depuis des siècles, et transforme un district en une grande fabrique, où chaque chaumière est un atelier. Il s'unit au travail des champs, conserve les mœurs et la vie de famille, produit des existence calmes, unies, sans ambition, mais laisse croupir l'ouvrier dans une routine séculaire.

Outre les services que la Normandie rend à la France par son agriculture, son industrie , sa marine . elle lui a donné des grands hommes dans tous les genres : ainsi, c'est là qu'est né notre plus grand poète, Corneille, notre plus grand peintre, Poussin, nos deux plus grands marins, Duquesne et Tourville, notre plus grand géomètre, Laplacc. Et au-dessous de ces noms que d'autres noms glorieux! Dans les lettres, Alain Charticr, Malherbe, Segrais, Sarrazin, Basnage, Saint -Évremont, Brebeuf, Dacier, Benser.ide, Pradon, Mézcray, Huet, Fontenelle, Daniel, Vcrtot, mesdames de Lafayelte et de Scudéry, Bréquigny, Malfilatre, Chénedollé, Bernardin de Saint-Pierre, Casimir Delavigne, Ancelot, Pouqueville, M. de Tocquevillc, etc.; dans les arts, Jouvenct, P.estout, C.éricault , François et Michel Anguier, B.ùeldieu, Daguerrc; dans les sciences, Vicq-d'Azyr, Vauquelin, Devinettes, Conté, Forfait, Dulong, Pelouze, etc.; dans la politique, Guillaume le Conquérant, Engucrrand de Marigny, le cardinal Duperron, les diplomates Callières et Ménager, Thouret, Lebrun, duc de Plaisance; les conventionnels Letourneur (de la Manche) , Buzot . Lacroix , Dnroy, Robert et Thomas Lindet, Valazé; Mollien, Brgnon, Duvergicr de Ilaurannc, le duc de Broglie, Dup nt de l'Eure, Armand Carre!, Antoine et llippolyte Passy, etc.; dans la guerre et la marine, le maréchal de Broglie, les généraux Valhubert, Lemarrois, d'Abovillc, Duvivier, les amiraux Pléville-I.epeley, Ilugon, Dumont d'Urvillc. Cécile, Hamelin, etc.

Le patois encore usité dans la province de Normandie dérive du dialecte normand, qui, au douzième siècle, a eu une brillante littérature. A cette époque, les rois anglonormands accordaient aux lettres une protection éclairée et soutenue. Ce dialecte fut

apporté en Angleterre par la conquête, et se mêla avec l'anglo-saxon de façon à produire un nouvel idiome, duquel est né, au treizième siècle, la langue anglaise. Celle-ci a conservé principalement du normand la prononciation et l'accent, sans parler des mots et de certaines formes. L'influence de ce dialecte sur la langue française a élé aussi fort considérable; mais aujourd'hui , comme tous les autres de la vieille France, il n'est plus qu'un patois, sans culture littéraire, ne servant plus que dans les campagnes aux usages quotidiens de la vie, et sans cesse modifié par la langue dominante, qui en entame incessamment les mots, les formes, les prononciations; ce ne sont plus que des ruines que le temps use peu à peu.

$ VII. DÉPARTEMENT DE LA MANCHE. — STATISTIQUE, AGMCULTl'RK , COMMERCE, ETC.

— Le département de la Manche a été formé du Cotcntin, de l'Avranchin et d'une partie du Bocage normand. Sa superficie est de 593,359 hectares, dont 380,000 do terres labourables , 9/,, 000 de prés, 2^,000 de bois, 66,000 de landes, etc. Sa population était, en 1801, de 530, G31 habitants; en 1821, de 59,!i,196 hab.; en 1831, de 591,284 hab.; elle est aujourd'hui de 600,882 habitants. 11 a pour chef-lieu Saint-Lô, et est ainsi subdivisé :

Arrondissement de Saint-Lô. .... 9 canton*, 1 1 7 communes, 90,099 habitants.

do Cherbourg . .

de Coutances . . .

7«,Cil —

deYalognes. . . .

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