‹ Géographie UniverselleChapitre 66 sur 93 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

les usines se touchent sur un espace de 12 à 15 kilomètres1. » Rouen est en général mal bâti et la plupart de ses maisons sont construites en bois; les rues sont étroites et mal percées, et quelques quartiers, ceux de Saint-Vivien et de Martainville, habités par les ouvriers, sont d'horribles repaires, dont un savant économiste a tracé ce tableau : « L'espèce humaine y respire un air vicié qui tue au lieu de faire vivre , qui attaque les enfants sur le sein de leur mère et qui les conduit à une décrépitude précoce au travers des maladies les plus tristes, les scrofules, les rhumatismes, la phthisie pulmonaire. Il n'est pas jusqu'aux noms de ces quartiers maudits qui n'inspirent le dégoût: c'est la rue de la Bassesse, l'impasse du Cloaque... On n'entro dans ces maisons que par des allées basses , étroites et obscures , où souvent un homme ne peut se tenir debout. Ces allées servent de lit à un ruisseau fétide chargé des eaux grasses et des immondices de toute espèce qui pleuvcnl de tous les étages et qui séjournent dans de petites cours mal pavées en flaques pestilentielles. On y monte par des escaliers en spirale, sans garde-fous, sans lumière, hérissés d'aspérités produites par des ordures pétrifiées ; et l'on aborde ainsi de sinistres réduits, bas, mal fermés, mal ouverts et presque toujours dépourvus de meubles et d'ustensiles de ménage. Le foyer domestique des malheureux habitants de ces réduits se compose d'une litière de paille effondrée, sans draps ni couvertures, et leur vaisselle se compose d'un pot de bois ou de grès écorné qui sert à tous les usages. Les enfants plus jeunes couchent sur un sac de cendres; le reste de la famille se plonge pêle-mêle, père et enfants, frères et sœurs, dans celte litière indescriptible comme les mystères qu'elle recouvre. Il faut que personne en France n'ignore qu'il existe des milliers d'hommes parmi nous dans une situation pire que l'état sauvage : car les sauvages ont deTair, et les habitants du quartier Saint-Vivien n'en ont pas*. »

Ce hideux tableau n'est plus complètement vrai : les quartiers Martainville cl Saint- Vivien ont été en partie assainis; on a fait de grands efforts pour améliorer les habitations et l'existence matérielle des ouvriers; mais il n'est que trop vrai que la misère, la démoralisation, l'ignorance des ouvriers rouennais forment un triste contraste avec les produits qui sortent île leurs mains , avec ces monceaux d'étoffes dont Rouen couvre la France, avec ses 20G fabriques de rouenneries, ses 48 manufactures d'indiennes et de toiles peintes, ses 108 filatures de colon, ses /,5 teintureries, ses 180 maisons de commerce en articles de Rouen, ses f|3 ateliers de construction de mécaniques, ses H fonderies de fer et de cuivre, ses 15 fabriques de cardes, ses 16 fabriques de bonneterie, ses 15 fabriques de calicots, etc.

Rouen renferme de beaux monuments; au premier rang est la cathédrale, dont la façade présente un majestueux ensemble et une grande richesse de détails; son clocher, détruit par la foudre en 1822, a été remplacé par une laide pyramide en fer; on y remarque les tombeaux de Rollon et de Guillaume Longue Épéc, le tombeau de Louis de Brezé, chef-d'œuvre de sculpture attribué à Jean Goujon; le tombeau de Georges d'Amboise, etc. On remarque encore l'égli;e de Saint-Ouen, l'un des chefs-d'œuvre de l'architecture gothique; l'église Saint -Maclou, qui renferme le tombeau de Richard Cœur de lion; la tour de la grosse horloge, le magnifique palais

' Audiftinne, /.es populations ourritres de la France, tome |\ page fil. * Blanqui, membre de l'Institut, Des classes ouvrières m fronce.

de justice, l'hôtel de ville, qui occupe, avec le musée et la bibliothèque, les bâtiments de l'abbaye de Saint-Ouen; l'hôtel du Bourgtheroude , la fontaine de la Pucelle, élevée sur le lieu du supplice de Jeanne d'Arc et décorée d'une fort laide statue.

Rouen était déjà, sous le nom de Rotomagus, une ville importante du temps dos Romains et la capitale de la 2* Lyonnaise. Rollon en fit sa place d'armes. Philippe- Auguste s'en empara en 1 20/j . Henri V, roi d'Angleterre, l'assiégea en 1418 : les Rouennais se défendirent six mois et ne se rendirent que lorsque la famine et les combats eurent fait périr 50,000 habitants (19 janvier 1^19). Le vainqueur se vengea de leur résistance en faisant décapiter les principaux bourgeois, parmi lesquels l'illustre Alain Blanchart, capitaine des arbalétriers. Le 20 mai 1631 les Anglais brûlèrent Jeanne d'Arc sur la place qui porte son nom. Rouen fut assiégée en 1562 par le roi de Navarre et le duc de Guise, qui l'enlevèrent aux protestants. En 1591 Henri IV mit le siège devant cette ville , devenue un des boulevards de la Ligue ; mais il fut obligé de se retirer devant le duc de Parme.

Dieppe , chef-liru d'arrondissement , avec des tribunaux civil et de commerce , un collège, une école d'hydrographie et 17,600 habitants, est une grande ville maritime située au fond d'une anse, à l'embouchure de la Béthune. Son port est très-fréquenté et très-sûr, mais de difficile abord , et bien déchu de l'importance qu'il avait au seizième et au dix-septième siècle. Il peut recevoir des bâtiments de 600 tonneaux. On y fait néanmoins des armements pour la grande pêche, et les pécheurs de Pollet, faubourg de Dieppe, sont renommés sur toute la côte. La ville est bien bâtie; on n'y trouve d'autres monuments remarquables que les églises Saint-Jacques et Saint-Remy, le château , forteresse construite sur le flanc de la falaise et d'où l'on jouit d'une vue magnifique, etc. Elle a une industrie spéciale qui occupe 3 à &00 ouvriers, la fabrication et la sculpture de jolis objets en ivoire. On y fabrique aussi de la dentelle, des huiles, etc. Le commerce consiste, outre les produits de la pêche, en salaisons, sel, grains, bois de mâture, vins, etc.

Dieppe ne date que du onzième siècle ; mais dès le quatorzième ses marins étaient renommés comme les plus hardis de la France : ils faisaient des expéditions sur la côte de Guinée et des découvertes dans l'océan Atlantique. Pendant l'occupation anglaise cette ville déchut de sa prospérité; mais dans le seizième siècle elle recommença à dominer la mer. L'un de ses citoyens, Ango, armait des flottes et traitait d'égal à égal avec les rois. Dans le dix-septième siècle elle se signala par ses expéditions contre le commerce anglais, et donna à la France le grand Duquesne, auquel elle a récemment élevé une statue. Cette prospérité cessa après la journée du 17 juillet 169/i, où les Anglais bombardèrent Dieppe et la détruisirent entièrement. La ville ne fut rétablie que quelques années après; et alors les galets, qui gênent toute cette côte, avaient encombré l'entrée du port, qui depuis cftte époque, et malgré les travaux qu'on y a faits, n'a pu reprendre son importance.

I^e Havre, chef- lieu d'arrondissement, avec un tribunal civil, un tribunal et une chambre de commerce, un collège, une bibliothèque, et 56,703 habitants, est le deuxième port de commerce de la France. Ce port, situé à l'embouchure et sur la rive droite de la Seine, est accessible aux plus forts bâtiments, et présente sur tous les ports de l'Océan cet avantage unique de garder son plein trois heures après que la marée y a

atteint son maximum d'élévation. L'entrée assez étroite est formée par deux longues jetées, et pratiquée entre deux bancs de sable et de galets que l'on est obligé de déblayer sans cesse. Il se compose d'un avant-port et de six bassins pratiqués dans l'intérieur de la ville, tous bordés de beaux quais. En avant se trouve une rade assez mauvaise, divisée par un banc d'écueils en grande et petite rade. Elle est fermée par le cap de la Hève, haute falaise de 130 mètres, surmontée do deux phares de près de 20 mètres de hauteur, et d'où l'on jouit d'une vue magoiûque sur la ville, le port, l'embouchure de la Seine, Honflcur, etc. «Après Conslantinople, il n'est rien de plus beau , » dit Casimir Delavigne.

Le Havre est le port de commerce le plus important de la France sur l'océan Atlantique : il communique, par des services réguliers de paquebots à voiles et à vapeur, outre les ports de France, avec 6 ports de l'Espagne et du Portugal, 6 ports de la Grande-Bretagne, 3 ports du nord de l'Europe, 4 ports des États-Unis, 4 ports des Antilles, 10 autres ports de l'Amérique, 5 ports de la mer des Indes, etc. Le nombre de ses armateurs et négociants pour l'importation et l'exportation s'élève à plus de 360.

a Malgré l'insuffisance de ses bassins, malgré l'absence de docks, et bien que gôné dans ses mouvements par l'étroite enceinte qu'avait dû lui imposer dans le passé le génie militaire , le Havre a cependant vu constamment grandir son importance commerciale. Si nous comparons le Havre de 1845 à ce qu'il est devenu en 1854, voici ce que nous donnent trois des principaux éléments de la statistique du commerce extérieur :

IMI. ISS4.

Navires entrés et sorti» (long cours) .... 3,423 4,024

Tonnage (jauge officielle) 7GO,OiS tonneaux. 1,139,948 tonneaux.

Recettes de douanes 27,600,000 francs. 35,959,000 francs.

» Ainsi les transports maritimes du Havre, dans les relations avec l'étranger, se sont accrus en dix ans de 50 pour cent; de sorte qu'ils forment aujourd'hui le quart environ du mouvement total de la marine marchande de la France; ajoutons qu'ils en formeraient le tiers si l'on y comprenait la navigation du cabotage.

» En 1845, il n'était venu au Havre des ports de l'Union que 229 navires jaugeant 125,000 tonneaux; en 1854, malgré la guerre, malgré la cherté excessive du fret, les arrivages des États-Unis ont compté 300 bâtiments et 216,000 tonneaux, et l'apport des cotons, qui était en 1845 de 67,900,000 kilogrammes, a, en 1854, approché de 78 millions. On a pu remarquer plus haut que le tonnage moyen des 300 bâtiments venus d'Amérique au Havre, en 1854, ressortait à 720 tonneaux. Or, en 1845, la moyenne de contenance n'en donnait que 546. Ce simple rapprochement dit assez combien il était devenu nécessaire de mettre l'entrée du port du Havre et le développement de ses quais en rapport avec l'augmentation de capacité et du tirant d'eau des bâtiments qui le fréquentent. 11 importait en outre d'agrandir l'ancien Havre de François I" et de Louis XIV, aujourd'hui l'un des centres du pays où se traitent les plus importantes affaires commerciales et industrielles. Celte double amélioration se poursuit avec activité : une partie des fortifications que traça Vauban , et que vont remplacer deux forts détachés dominant la mer, s'effacent peu â peu, les fossés se

comblent , les vieilles murailles s'affaissent pour faire place à de larges boulevards, à un vaste hôtel de ville, et le Havre, englobant dans sa circonscription les anciennes communes de Cravilie, de Sanvic et d'Ingouvillc, va bientôt s'élancer de sa vieille prison de pierre, substituer de larges voies et de confortables constructions aux ruelles tortueuses, aux laides échoppes de son faubourg du Pcrey, et rejoindre enfin et gravir les riantes collines de Sainte-Adresse et d'Ingouvillc, que depuis longtemps Jéjà les riches commerçants de la cité havraise ont parsemées de délicieuses villas.

» Pendant ce temps s'exécutent ou se préparent des travaux qui intéressent plus directement encore la prospérité du port et l'avenir du commerce maritime, l'achèvement du bassin de l'Eure et l'élargissement des écluses Saint-Jean et do la Floride , qui dans peu de mois s'ouvriront à la navigation des vapeurs transoeéaniques , et mettront à la disposition du commerce un développement de 600 mètres de nouveaux quais; l'établissement d'un nouveau port d'échouage, le creusement dans l'avant-porl de deux souilles profondes pour le stationnement en morte eau des transatlantiques avec pleins chargements; puis l'agrandissement du chenal du port, ou mieux encore la création d'une nouvelle passe, qui permette l'entrée en toute marée aux bâtiments tirant 7 mètres d'eau ; enfin la construction d'un bassin-dock, l'un des premiers besoins du Havre contre la concurrence des ports qui, comme Livcrpool, comme Londres, opèrent aujourd'hui leurs chargements et leurs débarquements avec une si merveilleuse rapidité. Les bâtiments de l'entrepôt-dock que l'on construit pourront contenir, avec ceux de la partie sud du bassin Vauban, 40,000 tonnes de marchandises*. »

Le Havre est une ville moderne ; ce n'était au quinzième siècle qu'une crique de pécheurs, sur les bords de laquelle on avait élevé une chapelle à Notre-Dame de Grâce, et deux tours que Charles VII enleva aux Anglais en 1450. En 1509, Louis XII y fit faire quelques travaux, des quais en bois ; enfin , en 1517, François I", le créateur du Havre, ordonna d'y percer et construire un port propre et convenable pour recueillir, loger et marier les grands navires. On commença le port, on bâtit une ville, qu'on fortifia, et à laquelle on donna le nom officiel de Françoisc-de-Grdce , mais qui prit des marins celui du Havre-de-Gràce. En 1502, les protestants livrèrent la nouvelle ville aux Anglais, qui en sortirent l'année suivante après un siège soutenu contre l'armée royale, mais après l'avoir ruinée presque entièrement. Richelieu, aidé de d'Infreville et de Duquesne, donna au Havre de grands développements ; il fit creuser de nouveau et élargir le port, construire des quais, des ateliers, des chantiers et des bâtiments; Deville y éleva une belle citadelle, où Mazarin, pendant la Fronde, fit enfermer les princes de Condé , de Conti et de Longueville. Colbert et Vauban continuèrent l'œuvre de François 1er, mais ce ne fut pas sans de grands travaux qu'on parvint à garantir de l'Océan une ville dont le sol est tout d'alluvions : plusieurs fois, et principalement en 1525, en 1705, en 1718, la mer furieuse brisa les jetées et inonda la ville. En 1694 les Anglais bombardèrent le Havre, mais sans grand dommage. Sous Louis XVI , un vaste système de travaux fut conçu pour donner au port la place dont le commerce toujours croissant avait besoin; ces travaux ont été continués sous l'Empire, et principalement sous le règne de Louis-Philippe; ils ont été repris, ainsi que nous l'avons vu, sur une plus vaste échelle depuis 1854.

1 Cheunit-Duponlés, Journal des bebats du 28 septembre ifeii.

Le Havre a peu de monuments : on y remarque néanmoins le palais des arts, le vieil hôlel de ville , les églises Notre-Dame et Saint-François ; son industrie spéciale consiste en constructions de navires, fabriques de produits chimiques, corderies, fonderies, etc. On y trouve une manufacture de tabacs. C'est la patrie de Bernardin de Saint-Pierre et de Casimir Delavigne.

fngouville est une jolie ville de lft,300 habitants, située près du Havre, dont elle n'est séparée que par les anciennes fortifications, et qui doit lui être réunie. Elle est bâtie sur un beau coteau, d'où l'on domine la mer, le Havre, la Seine, et qui est peuplé de jolies habitations construits par les négociants havrais. C'est aussi une ville manufacturière, et où l'on trouve des constructions de navires, des corderies, des fabriques d'ancres , do produits chimiques , etc.

Graville-t Eure , gros bourg de 12,800 habitants, situé à 5 kilomètres du Havre, est remarquable par ses établissements industriels : on y trouve des fabriques de bougies, de savons, de produits chimiques, des constructions de machines à vapeur pour la navigation, des fonderies, des raffineries, etc. C'était autrefois un château dominant une baie où les flottes des pirates normands venaient se mettre à l'abri. Cette baie n'existe plus : les atlerrissements du fleuve ont formé au pied de Graville un large banc qui l'a séparé de la mer.

Neu/châtel, chef-lieu d'arrondissement, avec des tribunaux civil et de commerce et 3,600 habitants, est située sur le penchant d'un coteau près de la Béthune, dans un riche pays d'herbages. Cette petite ville autrefois fortifiée, et qui a subi des sièges désastreux , principalement en 1M9, est surtout importante par ses bestiaux et par ses fromages, dont elle fait un grand commerce.

Fvetot, chef-lieu d'arrondissement, avec des tribunaux civil et de commerce et 8.900 habitants, est située dans une plaine fertile, et consiste en une longue rue de U kilomètres, qu'entourent de charmants paysages. Son industrie consiste en fabriques de calicots, mouchoirs, siamoises.

Cantcleu (arrondissement de Rouen), bourg de 3,300 habitants, est bâti sur le sommet d'un coteau d'où l'on jouit d'une très-belle vue sur la Seine , sa vallée , Rouen et tous les villages voisins. On y trouve des blanchisseries, des fabriques d'indiennes et do produits chimiques, etc.

Darnetal est un bourg industriel de 6,000 habitants, situé sur les deux ruisseaux de Robec et d'Aubette, qui traversent des vallons charmants et font mouvoir une infinité d'usines. C'est une annexe de la manufacture de Rouen , et l'on y trouve des filatures de coton et de laine, des fabriques de calicots, de flanelles, de tissus de laine, d'indiennes, des teintureries, des torderiesde coton, etc.

DévilU, bourg situé à 5 kilomètres de Rouen et contenant près de 6,000 habitants, est encore une annexe de la grande ville. Il s'étend dans la belle vallée du Cailly, vallée toute manufacturière, où l'on ne voit qu'une longue série d'usines, de filatures, de moulins, d'habitations, et qui est marquée principalement par les bourgs de Déville, BoudevilU, le Houlme, Malaunay, etc. On trouve à Déville des blanchisseries, des filatures de coton, des fabriques d'indiennes, de savons, de plomb laminé; à Boudeville (2,500), des ûlalurcs de coton et des mécaniques pour filature et tissage; à la Houlme et à Malaunay, des filatures de coton et des fabriques d'indiennes.

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Elbeuf, grande ville de 17,500 habitants, avec un tribunal de commerce, un conseil des prud'hommes, etc., est située sur la rive gauche de la Seine dans une belle vallée et un pays très-animé. C'est un des grands centres manufacturiers de la Franco pour la fabrication des draps. Celte fabrication remonte, dit-on , au treizième siècle, et des litres du seizième attestent qu'on y comptait alors 80 fabricants. Elle fit de grands progrès sous le ministère de Gilbert, mais les règlements qu'il lui donna et qui assuraient l'excellence des produits fabriques la laissèrent à peu près s'ationnaire pendant un siècle. La révolution ayant aboli ces règlements, et de nouvelles machines à filer et à tisser ayant été inventées, ceUe industrie prit un essor prodigieux. En 1789, il y avait à Elbeuf 55 fabriques et 12 teintureries employant 12,000 ouvriers, confecUonnant 15,000 pièces, et donnant des produits évalués a 15 millions. En 1814, il y avait 80 fabriques employant 18,000 ouvriers, 120 carderies. 13 teintureries; les produits étaient de 30,000 demi -pièces valant 25 millions. En 18.'t0, il y avait 200 fabriques, 300 carderies et 25 teintureries occupant 25,000 ouvriers, et produisant 60,000 demi-pièces, dont la valeur était estimée à /j5 millions. En 185'i , il y avait 176 fabriques occupant 30,000 ouvriers, et produisant 80,000 pièces d'une valeur de 62 millions.

Elbeuf a pour annexe Cmukbec, bourg de 7,300 habitanls, renfermant 32 manufactures de draps, des filatures de laine, des fabriques de savons, etc.

Jumiéyes, bourg de 1,700 habitants sur la Seine , est célèbre par son abbaye fondée en 661 , détruite par les Normands, rétablie par Guillaume-Épée. Les ruines de celte abbaye sont magnifiques, et donnent la plus haute idée de la splendeur de ce vieux monument. Rien n'est plus pittoresque, surtout du côté de la Seine, que ces tours, ces débris, ces pans do murailles couverts de lierre cl de verdure. Agnès Sorel est morte à Jumiéges.

Oistel, bourg industriel de 3,800 habitants, situé sur la rive gauche de la Seine, est célèbre par le séjour des Normands, qui avaient fait un camp ou une forteresse d'une île qui n'existe plus. On y trouve aujourd'hui de nombreuses filatures de coton.

L'arrondissement de Rouen est rempli d'une multitude de bourgs et de villages qui ont des établissements industriels ; outre ceux que nous avons déjà nommés, on trouve : Barentin (3,000 hab.), qui a des filatures de coton et de lin; AmfreviUe, Belbeuf, Château-dés- Vieux , qui ont des fabriques de produits chimiques; Duclair, gros bourg sur la Seine, important par son marché de volailles et de bestiaux; MonvilU, Pavilly (3,200 hab.), By, Saint- Uger-du-Bourg-Denù, qui ont de nombreuses filatures • SotUiMc-lè$- Rouen, qui renferme 5,000 habitants, des filatures, des fabriques d'huiles et de savons, etc.

Arqnet (arrondissement de Dieppe), bourg de 900 habitants, situé au confluent de l'Arques et de la Bélhunc, était autrefois une ville importante, dont le chàleau, bâti sur une colline escarpée, a subi des sièges nombreux. C'est sous les murs de ce château que Henri IV battit les ligueurs en 1589. Il a été démantelé en 1753, et il en reste des ruines imposantes. L'église d'Arqués est un monument remarquable.

Eu, petite ville de /i.OOO habitants, avec un tribunal de commerce, est située sur la Bresle. On y fait commerce de grains , chanvre , bois du Nord , et l'on y remarque son église paroissiale et surtout son beau château. Cette ville, qui parait être d'origine

romaine, était le chef-lieu d'un coin lé que Richard 1", duc de Normandie, donna à l'un de ses fils. Ce comlé passa à la maison de Brienne en 1227, puis à la maison d'Artois, puis à celle de Clèves. En 1570 , Catherine de Clèves le porta dans la maison de Guise, et de cette maison il passa par vente à mademoiselle de Montpensicr, qui en fit • don au duc du Maine. Des enfants du duc du Maine, il passa au duc de Penthièvre, et

de là dans la maison d'Orléans. Il av ait été érigé en comté-pairie en 1458. Le château a son origine dans une forteresse construite par Itollon, agrandi au onzième siècle, et qui fut détruit en 1475 par ordre de Louis XL Le duc de Guise, en 1581 , commença le château actuel, qui fui achevé par mademoiselle de Montpensier. Tombé dans le domaine national en 1793, il fut rendu à la famille d'Orléans en 1814, et le roi Louis- Philippe y a fait faire de nombreux embellissements.

U Tréjnrt, ville maritime de 3,200 habitants, située à l'embouchure de la Breslo et à 3 kilomètres d'Eu, est un port de pêche fort utile comme port de refuge sur cette côte si dangereuse. On y a fait de grands travaux d'amélioration , notamment un bassin à flot, qui se prolonge par le beau canal de la Bresle jusqu'à Eu. Ou y fait commerce de sels , de bois du Nord , etc.

Les autres communes importantes de l'arrondissement de Dieppe sont : Envtrmeu, où se fait un grand commerce de grains ; Incheville et Offranville, qui ont des filatures de coton; Longucville, bourg célèbre par les ruines de son château, qui a appartenu au fameux Dunoiset à sa postérité ; Saint-Xicolas-d'Aliermont (2,000 hab.), où se fait une fabrication importante de mouvements de pendule ; Varcnqeville , village remarquable par les ruines du magnifique château d'Ango, etc.

IMbec (arrondissement du Havre), ville industrielle de 9,500 habitants, est située sur le flanc d'un coteau baigné par un ruisseau , à la jonction de quatre vallons. Elle est régulièrement bâtie en briques ou en pierres, très-animée, propre et bien aérée. Elle est renommée par ses nombreuses fabriques de calicots, d'indiennes, de mouchoirs, de draps, ses filatures de coton , etc.

Etrtlal, village maritime de 1,500 habitants, près du cap d'Anlifer, est situé au .débouché d'un joli vallon , au milieu de roches sombres et déchirées qui découpent à droite et à gauche la falaise. La haie d'E'rctat est excellente comme baie d'échouage; elle est très-profonde et très-sûre, et l'on a pensé plusieurs fois à y établir un port militaire.

Fécamp, ville maritime de 11,l'j00 habitants, avec un tribunal de commerce, est situ»V à l'embouchure de la petite rivière de même nom, dans une vallée étroite et sinueuse que bordent des collines mies et incultes. Elle est assez laide et mal bâtie, mais très-animée, grâce à son port, le meilleur de toute la cèle de Boulogne au Havre. Les vaisseaux d'un fort tonnage y trouvent accès en tout temps. La rade est aussi très bonne, et Fécamp, qu'un chemin de fer unit à Paris, est appelée à devenir une annexe importante du Havre. On y fait des armements pour la pèche de la monte. L'industrie consiste en fabriques de calicots, filatures de coton, scieries mécaniques, le commerce en grains, bois, houilles, huiles, etc.

Fécamp a pour origine une abbaye, qui était l'une des plus riches et des plus fameuses de la France. Il n'en reste que l'église , classée au nombre des monuments historiques, et dont l'architecture est d'une rare élégance.

Harfleur, petite ville maritime située à l'embouchure de la Lézarde dans la Seine, n'a plus que 1,500 habitants et un petit port, qui fait commerce de houilles, de bois, de grains, etc. Avant la fondation et le développement du Havre, c'était « le souverain port » de la Normandie, et, dès le quatorzième siècle, le principal marché où les Génois, les Castillans et les Portugais venaient faire le commerce. En 1415, Harfleur se défondit bravement contre le roi Henri V d'Angleterre; 600 hommes arrêtèrent pendant quarante jours 40,000 Anglais; le vainqueur punit cette glorieuse résistance en chassant de la ville 1 ,600 familles , qui furent transférées en Angleterre. Les Anglais on restèrent maîtres jusqu'en 1/|35 ; ils en furent alors chassés par le soulèvement général du pays de Caux , auquel prirent part 104 habitants d'Harfleur (6 novembre) ; le souvenir de ces cent quatre braves s'est perpétué jusqu'à nos jours, el pendant longtemps 10/| coups de cloche rappelaient chaque malin aux habitants le patriotisme de leurs ancélrcs. En 1 MO , les Anglais redevinrent les maîtres d'Harfleur après un long siège; mais en 1449 Dunois el Jean Bureau assiégèrent la ville, el le 1" janvier 1450 le roi de France prenait définitivement possession de celle clef de la Normandie. De nouveaux malheurs frappèrent alors cette glorieuse cité : les alluvions avaient obstrué le lit de la Seine, le port s'était ensablé ; la guerre avait empêché de faire les travaux nécessaires pour maintenir sa profondeur d'eau ; peu à peu le commerce s'éloigna d'Harfleur; on construisit le Havre, et au moment où la ville reprenait son indépendance, elle perdait son importance commerciale.

LilUbonne, petite ville de 5,200 habitants, est bâtie dans une jolie situation, au pied d'un coteau rapide, dans une vallée que baigne la rivière de Bolbec, vallée très-pittoresque, el partout couverte d'usines ou de riches cultures. Elle est triste, bàlie en bois, mais se distingue par ses établissements industriels, sa vieille église, les ruines de son vieux château, ses antiquités romaines. Elle doit sa fondation à Auguste, qui la nomma Julia Bona. C'était alors une ville importante, comme l'attestent les restes de l'amphithéâtre, les tombeaux, les médailles qu'on y a découverts. Guillaume le Conquérant y faisait sa résidence dans un château dont les ruines imposantes sont une des principales curiosités de la Normandie , et d'où l'on découvre toute la riante vallée de Bolbec, la Seine, les rochers de Quillcbeuf et jusqu'à l'embouchure du fleuve. <« La s'élèvent, dit Bernardin de Saint-Pierre, de hautes tours crénelées, du sommet desquelles sortent de grands arbres qui paraissent dans les airs comme une épaisse chevelure; on aperçoit ça et là à travers les tapis de lierre qui en couvrent les flancs des fenêtres gothiques qui ressemblent à des entrées de cavernes, etc. n

Lillebonne a d'importantes filatures de colon, des fabriques de calicots, d'indiennes, etc.

MonliviUicrs , petite ville de 4,200 habitants, est située sur la Lézarde, dans une jolie vallée, et présente le plus riant aspect. Elle a gardé ses murailles et ses portes du moyen âge avec sa vieille église, débris de l'ancien monastère qui a donné naissance à la ville. On y trouve dos blanchisseries, des minoteries, etc. A l'époque où Harficur était le grand port de la Normandie , c'était la ville drapière de cette province.

AumaU (arrondissement de Neufchâlel), ville de 2,000 habitants, est agréablement située près de la Bresle dans une belle prairie. Elle est mal bâtie, et renferme des filatures, des fabriques de draps, d'huiles, etc. Près de ses murs on trouve des eaux tomk n. 72

minérales. Il y avait jadis dans son voisinage une abbaye célèbre, Saint - Martind'Aulchy , dont il ne reste aucune trace. C'était une ville fortifiée et qui a subi onze tiéges. Henri IV livra près de ses portes un combat où il fut blessé.

Forges, bourg de 1,700 habitants, bâti sur une montagne près de la forêt de Bray, est célèbre par ses eaux minérales ferrugineuses. Les sources, depuis qu'elles ont été fiéquenlées en 1632 par Louis XUI, Anne d'Autriche et le cardinal de Richelieu, porloiit les noms de Royale, Reinette et Cardinale. Elles sont situées dans un vallon trèspittoresque. On fabrique h Forges des faïences, du sulfate de fer, et l'on y extrait une terre très-estimée pour la fabrication des creusets et des carreaux vernissés.

Gournay, jolie ville de 3,300 habitants, avec un tribunal de commerce, est située sur l'Epte. Elle est bien bâtie, était autrefois fortifiée et a subi plusieurs sièges, principalement de la part de Philippe-Auguste et ensuite des ligueurs, qui la mirent au pillage. Elle est aujourd'hui importante par son commerce très-considérable d'œufs, de beurre, de bestiaux, de grains, etc.

On trouve encore dans l'arrondissement de Neufchàtcl : Blangy, petite ville qui fabrique des produits chimiques et des cuirs; Grande-Valice , Nette, Retonval, Iiieux, qui ont des verreries; Saint-Saent (2,700 habitants), où l'on trouve plus de trente tanneries, etc.

Cnudebte (arrondissement d'Yvetot), petite ville de 2,000 habitants, est bâtie en amphithéâtre sur la rive droite de la Seine, dans la plus charmante position : enveloppée de coteaux couverts de bois, elle semble ave: ses vieilles maisons, les débris de ses murailles, sa belle église, son large quai bordé de magnifiques ombrages, sortir d'une coquille de verdure. La Seine, si riche en sites pittoresques, n'en présente pas de plus frais et de plus gracieux. Son port est très-fréquenté : c'est l'entrepôt de tout le pays de Catix, et l'on y fait surtout commerce de fruits, de légumes, de biscuit pour la marine , de grains , etc.

C'était autrefois une place forte. Elle est célèbre dans les guerres de la Ligue par le passage du duc de Parme, qui y traversa la Seine sur un pont de bateaux et échappa ainsi à la poursuite de Henri IV.

-Sainl-Valery-cn-Caux , ville maritime de 5,300 habitants, avec un tribunal de commerce, est importante par son petit port, très-sûr et avantageusement situé, où l'on fait des armements pour la grande et la petite pèche. Son industrie consiste dans la salaison du hareng, la fabrication de la soude, etc.

On trouve encore dans l'arrondissement d'Yvetot: Cany, petite ville de 2,200 habitants, qui a des filatures de coton, des fabriques d'encre, d'huiles, etc.; Doudeville (3,700 hab.), où se fait une fabrication considérable de rouennerics et autres tissus de colon; la Mail 1er atj e , célèbre par son magnifique château situé sur le bord de la Seine; Saint- Vandrille, fameuse par les ruines de son abbaye; Vauvitlc, YervilUt où se trouvent des filatures de rolon , etc.

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