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OISE ET AISNE

S I. Limites et subdivisions. — Le nom d'Ilede-Francs a été donné dans le seizième siècle à un pays qui s'appelle proprement la France, et qui a été le noyau de la monarchie française. Ce pays formait le quadrilatère compris à peu près entre la Seine, l'Oise, l'Aisne, POurcq, la Marne, et se trouvait ainsi entouré à peu près par des rivières comme une île. Il avait pour limites à l'ouest la Normandie, au nord la Picardie, à l'est la Champagne, au sud l'Orléanais, au sud-ouest le Perche. Il se divisait : en France propre, ayant pour parties principales le Parisis (Paris) et le Valois (Crespy), Vex'm français (Pontoisc), Maniais (Mantes), Hurepoix (Dourdan), Gâtinais français (Nemours), Brie française (Brie-Comte- Robert), etc. Quand on fit de l'Ile-de-France un gouvernement militaire, on kii ajouta lc l.aonnais, le Noyonnais, le Soiuonnais, le Beauvaisis, détachés de la Picardie. De tous ces pays, et en y ajoutant encore une partie de la Picardie et de la Champagne , on a fait cinq départements : Seine-et-Oise et Seine ont été formés du Parisis, du Valois, du Vcxin , du Mantois, du Hurepoix ; Seine-et-Marne, du Gâtinais, de la Brie et de partie de la Champagne ; Oise, du Beauvaisis et du Noyonnais ; Aisno.du Laonnais, du Soissonnais et d'autres parties de la Picardie.

Le gouvernement de l'Ile-de-France se subdivisait sous le rapport financier en deux généralités, Paris et Soissons; il ressortissait au parlement de Paris; il comprenait l'archevêché de Paris et les évêchés de Meaux, Laon , Noyon , Senlis, Soissons.

§ IL Orographie et constitution géologique. — L'Ile-de-France, pays de plaines, n'offre sur aucun point de son territoire de montagnes ou même de hautes collines; elle est comprise tout entière dans le bassin de la Seine , et les arétos qui séparent ce bassin des bassins voisins n'entrent pas dans cette province. Dans le nord des départements de l'Aisne et de l'Oise, on rencontre seulement une partie des hauteurs appelées collines de Picardie qui se détachent des Ardennes, et appartiennent à la ligne de partage entre la Seine, la Somme, l'Escaut et la Meuse. Au sud-ouest de la province , dans le Hurepoix , on trouve les premières rampes du plateau de la Beauce, terrasses peu élevées, et qui conduisent par des pentes très-douces aux plaines élevées et fertiles du pays Chartrain. Dans l'est, les derniers plateaux de la Champagne viennent se terminer entre Seine et Marne, dans les ondulations qui accidentent à peine le sol de la Brie française.

Géologiquement, l'Ile-de-France appartient à cette région qu'on appelle le bassin de Paris, et qui est entièrement composée de terrains tertiaires bordés d'une ceinture de terrains crétacé et jurassique. Elle occupe le centre de cette région; sa constitution géognostique présente deux grandes masses, les torrains tertiaires inférieurs et les terrains tertiaires moyens.

Les premiers, formés surtout de gypse, de calcaire grossier et d'argile plastique, s'étendent sur la rive droite de la Seine de Meulan à Montereau jusqu'à une ligne qui

passerait au nord par la Roche-Guyon, Gisors, Chaumont, l'Isle-Adam, Beauvais, Clcrmont , Coinpiègne, Montdidier, Ham et Saint-Quentin ; à l'est et au sud par la Fère, Laon , Craonne, Épernay, Vertus, Sézanne, Villenauxe et Montereau. Ces terrains sont entourés d'une zone de crétacé supérieur qui commence sur la rive droite de l'Yonne et appartient surtout 5 la Champagne; dans l'Ile-de-France, elle pénètre entre Craonne et Rozoy, se prolonge au nord-ouest entre Laon et Marie, la Fère et Guise, Saint-Quentin et le Catelet, pour aller ensuite former le fond des vallées dans les départements de la Somme, du Pas-de-Calais et du Nord. Entre la Somme et la Seine, ce sont surtout les terrains tertiaires supérieurs qui entourent la masse des terrains inférieurs de l'Ile-de-France; mais ces nouveaux terrains appartiennent plutôt à la Picardie et h la Normandie qu'à l'Ile-de-France, où ils ne forment que l'extrémité nord du département de l'Oise, à l'ouest du Thérain, entre Gerberoy, Beauvais et Montdidier. Entre ces deux dernières villes et Compiègne, c'est le terrain crétacé supérieur qui reparaît sur la rive droite du Thérain. La partie méridionale du pays de Bray, c'est-à-dire le long triangle compris entre Gournay, Gerberoy et Noailles, est formé de cn':tacé inférieur, auquel succède , entre Gournay, Gisors et Beaumonl, une zone de tertiaire moyen.

Sur la rive gauche de la Seine , les terrains tertiaires inférieurs accompagnent aussi le fleuve, mais sur une petite étendue, depuis Gaillon jusqu'à Montereau; ils ne dépassent pas au sud la ligne qui passerait par Ivry, Houdan, Montfort-l'Amaury , Versailles, Sceaux, Palaiseau, Longjumeau, Montlhéry, Arpajon, la Ferté-Aleps, Fontainebleau et Morct. Au sud-ouest de cette ligne commencent les terrains tertiaires moyens, principalement formés de meulières et de grès, qui constituent la deuxième grande masse de l'Ile-de-France et du bassin de Paris, et se prolongent dans l'Orléanais, dont ils foraient une grande partie. C'est dans le conglomérat qui compose la partie inférieure de l'assise de l'argile plastique et dans la première masse du terrain gypseux de Montmartre que l'on a trouvé ces nombreux ossements de grands pachydermes (anthracotherium, lophiodon, pal.Totherium, anoplotherium), qui ont permis à Cuvier de rétablir d'une manière si précise la faune antédiluvienne du bassin de Paris.

§ III. IhDrtor.nAPHiE. — L'Ile-de-France est entièrement comprise dans le bassin de la Seine, dont elle forme la partie moyenne. Elle est traversée du sud-est au nordouest par le fleuve.

La Seine, après avoir arrosé la Bourgogne et la Champagne, entre dans l'Ile-de- France au-dessous de Bray; elle passe à Montereau où faut l'Yonne, coule dans une riche vallée généralement plaie et bordée à distance de coteaux peu élevés, fertiles ou boisés; elle passe ainsi près de Moret, laisse Fontainebleau et sa forêt sur la gauche, arrose Melun, Corbeil, Choisy-lc-Roi , Charenton, où elle reçoit la Marne, et arrive à Paris , qu'elle traverse et où elle forme deux îles. Sa largeur, à son entrée dans celle ville , est de 165 mètres, et à sa sortie de 136; sa vitesse moyenne y est de 5'j centimètres par seconde ; sa hauteur au-dessus de la mer est de 33 mètres. A sa sortie de Paris, son cours devient plus lent, ses rives sont bordées de coteaux assez escarpés et qui la forcent à faire, surtout jusqu'à Rouen, de longues et nombreuses sinuosités. Ces rives sont d'ailleurs, en amont comme en aval de Paris, bordées de siles charmants , de belles cultures, de jardins, de villages, de châteaux, d'usines,

d'habitations de tout genre. File arrose ainsi Sèvres, Saint-Cloud , Conrbevoie, Saint- Denis, Argentenil, Marly, Saint-Germain, Poissy, Triel, Meulan, Manies, la Roche- Gnyon, Bonnières, et, au confluent de l'Epie, entre dans la Normandie.

Ses affluents de gauche sont : 1° Y Tonne, qui n'a dans l'Ile-de-France que quelques kilomètres de cours, et finit à Montercau.

2" Le Loing, déjà décrit dans l'Orléanais, traverse le Gâtinais, passe à Nemours, arrose un pays accidenté et couvert de rochers do grès, et finit à Moret. Il reçoit lo Suzain, qui passe à Chàtcau-tandnn. Nous avons parlé ailleurs du canal qui longe le Loing et joint la Loire à la Seine.

3° V Essonne, petit cours d'eau déjà décrit dans l'Orléanais, traverse un pays infertile, tout couvert d'usines et de fabriques, passe à la Ferté-Aleps, à Essonne, et finit à Corbcil. Il reçoit la Jttine , qui passe à Étampes.

If L'Orge, petit cours d'eau qui traverse un joli pays, arrose Arpajon et reçoit Vlvetle, qui passe à Chevreuse et à Longjumeau.

5" La Bièvre, ruisseau qui fait mouvoir de nombreuses usines, passe à Jouy et à Gentilly et finit à Paris.

Les affluents de droite de la Seine sont : 1» la Vouhie, qui passe à Provins.

2° UYèrcs, qui traverse une fraîche vallée bordée de maisons de plaisance, passe à Rozoy et finit à Villeneuve-Saint-Georges.

3° La Marne, que nous avons décrite dans la Champagne , entre dans la partie de celte province qui est comprise dans le département de l'Aisne, à Dormans, coule du nord-est au sud-ouest en faisant de nombreux détours , étant bordée de coteaux fertiles et pittoresques; elle passe ainsi à Château-Thierry, puis elle pénètre dans la Bric; elle y traverse une vallée délicieuse, arrose la Fer té-sou s- Jouarre , Meaux, Lagny, Pomponne, Neuilly, Nogent, et au-dessous de Saint-Maur finit dans la Seine.

La Marne reçoit à gaucho : lo Petit- Marin, qui finit près de Jouarre; le Grand- Morin, qui passe à la Ferlé-Gaucher, Coulommiers , Crécy. Elle reçoit à droite: YOureq, qui naît dans les hauteurs entre Vesle et Marne, arrose la Fère-en-Tardcnois, la Ferté-Milon, Mareuil, et finit au-dessous de Lisy. Ses eaux sont dérivées pour former un canal d'approvisionnement pour Paris, lequel part près de Mareuil , court parallèlement à l'Ourcq jusqu'à Lisy, suit la Marne jusqu'à Charmcntré, et à travers le pays de plaines entre Marne et Oise, aboutit au bassin de la Villette, situé à l'une des portes septentrionales de Paris. Là il se fait deux partages : le premier, sous le nom de canal Saint-Martin, va au sud-est dans l'intérieur de Paris et finit dans la Seine, après un développement de 2,600 mètres; le deuxième, sous le nom de canal Saint- Denis, va au nord-ouest à travers la plaine Saint-Denis, passe devant Saint-Denis et se termine dans la Seine; sa longueur est de 6,500 mètres. Les canaux de l'Ourcq et de Saint-Denis ont joué un rôle important dans la défense de Paris en 18U.

L'Oise prend sa source dans les collines de Belgique, coule d'abord de l'est à l'ouest en arrosant Hirson et Guise; puis elle tourne au sud-ouest, arrose Origny, la Fère, Chauny, passe près de Noyon, à Compiègne, Verberie, Pont-Saint- Maxence, Creil, Beaumont, l'Isle-Adam, Pontoise, et finit à Confians, après un cours de 220 kilomètres. Celte rivière est peu large, peu profonde, et coule généralement dans un terrain d'aîluvion très-plat; cependant, dans quelques endroits, elle est bordée de

coteaux assez élevas. Sa vallée est renommée pour sa richesse agricole. L'Oise est navigable depuis Cliauny pendant 121 kilomètres. Cette navigation est très-importante, parce qu'elle établit la communication de Paris avec la mer d'Allemagne par tous les canaux du Nord. En effet, sur l'Oise aboutissent : 1» le canal de la Sambre, qui part de Landrecies, et a dans le département de l'Aisne 53 kilomètres; 2° le canal de Saint- Quentin, qui va de Cambrai par Saint-Quentin à Chauny , et a dans le département de l'Aisne 67 kilomètres.

L'Oise reçoit à gauche : 1° la Serre, qui passe à Marie, se grossit du l'ilpion passant à Vcrvins, et finit à la Fère; 2° la l.ette, ruisseau qui naît dans le plateau de Craonne, et reçoit un autre ruisseau passant au pied de la montagne de Laon-, 3' Y Aisne, que nous avons déjà décrite dans la Champagne, entre dans le département de l'Aisne à Neufchàtel, arrose Béry, Vailly, Soissons, Attichy, et finit en amont deCompiègne; k" la Nonette passe à Senlis et à Chantilly.

L'Oise ne reçoit a droite que dos ruisseaux : le plus important est le Tkérain, qûï passe à Gerberoy et à Beau vais, en coulant du nord-ouest au sud-est, dans un pays riche en blés et en pâturages.

5° L'Epte, déjà décrite dans la Normandie, passe à Saint-Clair.

§ IV, Aspect gknkhal. — L'aspect général de l'Ile-de-France n'a rien de remarquable , d'accentué , d'éclatant : c'est un pays tout prosaïque , formé généralement de plaines, où les hauteurs ne sont que des collines, les cours d'eau des rivières plates et paisibles; où l'on ne trouve enfin aucun de ces grands accidents de la nature qui excitent l'admiration. 11 est d'ailleurs riche, fertile, admirablement cultivé, couvert de villes, de villages, de châteaux, d'établissements industriels, abondant en blés, légumes, fruits, vins, etc., et l'on y rencontre, principalement sur le bord des rivières, des sites charmants et pleins de fraîcheur.

Les départements qui forment l'Ile-de-France présentent h peine quelques variétés d'aspect. Nous ne dirons rien du département de la Seine : avec cet amas d'hommes et d'édifices qui composent Paris, avec les nombreuses villes ou communes qui forment la ceinture de cette capitale, avec la multitude d'établissements de tout genre qui y sont répandus, ce n'est pas une contrée ordinaire , mais une agglomération d'habitations, où les champs et les cultures ont presque disparu, un océan de maisons, où l'on voit de loin en loin des îles de verdure. Le département de Seine-et-Oise , qui enveloppe entièrement celui de la Seine, présente encore en grande partie ce caractère, tant les villes et les villages y sont nombreux et pressés; il est d'ailleurs formé généralement de plaines étendues, fortes et fertiles, quelquefois accidentées par des vallons assez larges et des coteaux mollement arrondis ; dans le Hurepoix on trouve les premières terrasses du plateau de la Beaucc; dans le Câlinais, des parties sablonneuses et peu fertiles; les forêts de Saint-Germain, de Marly, de Rambouillet, rompent l'uniformité générale du sol. Le département do Seine-et- Marne présente de grandes plaines d'une terre grasse, profonde et très-fertile; au sud de la Seine, on y trouve des accidents de terrains bien marqués, principalement dans la forêt de Fontainebleau. La partie septentrionale du déparlement de l'Oise est accidentée par les collines de Picardie , qui jettent un rameau entre le haut Théraiu et la haute Epte; elle forme un plateau coupé de hauteurs et de

vallons bien marques. Tout le reste du département est plat ou faiblement ondule* , principalement sur la rive gauche de l'Ois*-. Partout il est riche et fertile. Ou y trouve les forêts de Compiègnc, d'Ermenonville et de llallatc. Le département de l'Aisne présente au nord, dans la Thiérachc et le Vermandois, pays picards, entre l'Oise, la Sambre, l'Escaut et la Somme, qui y prennent leurs sources, un pays montueux, déchiré par des vallées assez profondes et bordées d'escarpements. Au centre, entre la Serre et l'Aisne, on remarque aussi une série de hauteurs détachées des Ardennes, et dont la montagne de Laun est la sommité principale. Dans toutes les autres parties le sol est plat ou faiblement ondulé, et offre alternativement des terres arables ou des prairies et quelques grandes masses forestières , telles que les forêts de Coucy et de Villcrs-Cotlerets.

§ V. Histoire et population. — A l'époque gauloise et romaine , on no trouve rien qui fasse pressentir les destinées de cette province , qui semble à première vue insignifiante, et autour de laquelle doit se centraliser la France moderne. Les peuplades qui l'habitaient étaient : les l'urisii (Paris), les Meldi (Meaux), les Iclocatses (Valois), les Jiellovaci (beauvais) , les Sucssiona (Sois*ons), etc. A l'époque de la chute de l'empire romain, quelques cités gauloises se groupèrent sous le commandement d'un chef gallo-romain, Syagiïus, et cherchèrent à garder leur indépendance : c'étaient à peu près les mêmes qui devaient former l'Ile-de-France. Conquises par Clovis, elles firent partie de l'empire des Francs, et dès lors prirent l'importance politique qu'elles n'ont pas ces>é d'avoir, et qui tenait, surtout à cette époque, à leur position géographique dans la Gaule. E:i effet, cette importance politique avait appartenu jusqu'alors aux peuples du Midi, à cause du voisinage de l'Italie, des nombreuses colonies romaines et de leur civilisation ; elle allait passer aux peuples du Nord , voisins de la Germanie, de cette région appelée à régénérer matériellement l'humanité par les barbares. Les Francs restèrent donc cantonnés dans le Nord, où était toute leur force, et leurs capitales furent Paris, Soissons, Orléans, Metz; ils firent des expéditions dans le Midi, mais ils ne s'y établirent pas, et c'est ainsi que commença l'influence des pays situés dans le bassin de la Seine sur tout le reste de la Gaule.

Sous la deuxième dynastie des rois francs, on e\agéra l'importance des pays du nord : le centre politique fut porté de la Seine au lthin , et la Gaule ne sembla plus qu'une annexe de la Germanie; mais l'empire de Charlemagne ne fut qu'éphémère, les divers peuples qui le composaient se séparèrent pour former des Étais indépendants, et un royaume de France fut créé, qui eut pour capitale Paris. Le démembrement féodal continua; les diverses pailles de la Gaule formèrent à leur tour des petits États , et pendant que la plupart prenaient les noms des anciennes peuplades gauloises, le bas.- in moyen de la Seine garda seul le nom de France, et devint un duché. Les chefs de ce duché se firent élire rois; alors leur ambition et celle de leurs successeurs fut de réunir autour de leur petit pays toutes les provinces qui avaient fait partie de l'ancienne Gaule, et l'histoire de ces réunions est l'histoire même de la formation du territoire de la France.

Le duché de France, malgré sa situation septentrionale , était admirablement posé pour grouper autour de lui toutes les autres provinces, cl l'on peut ailinner que c'est -

du choix de ce centre politique qu'a dépendu la grandeur de la France. Placé plus au levant, il eût été absorbé par l'influence germanique; placé plus au couchant, il eût subi l'influence stationnaire de l'élément celtique; placé surtout plus au midi, ainsi qu'ont tenté de le faire les derniers rois de la maison de Valois, il eût subi l'influence méridionale, c'est-à-dire celle de peuples braves, spirituels, brillants sans doute, et qui ont donné à la nationalité française de précieux éléments, mais à qui la nature n'a pas départi les qualités solides, laborieuses, persévérantes des populations du Nord, lesquelles sont réellement les populations fondamentales de la France. En effet, ces populations habitant un pays plat, uni, qui n'a pas de frontières, que ne protègent ni des Pyrénées ni des Alpes, où les fleuves eux-mêmes forment des routes naturelles à l'invasion, ont du avoir constamment l'œil ouvert et l'épéc à la main contre le danger extérieur, et c'est ce qui a fait leur force , leur gloire et la fortune de notre pays. Que la capitale eût été à Bourges ou à Tours, loin du Rhin, loin des peuples germaniques, loin des périls et des épreuves de la guerre, et l'on peut dire que les destinées de la France étaient inanquées.

11 serait superflu de parler du caractère des populations de l'Ile-de-France : ce caractère a trop de ressemblance avec le caractère parisien, qui est lui-même le résumé des qualités et des défauts qui composent le caractère français. La population parisienne n'est pas une population à part et née du sol , c'est le mélange de toutes les populations de la France et principalement des populations du Nord : chacune lui a apporté ses qualités et ses défauts. D'ailleurs , si l'on prend à part chacun des cinq départements qui ont été formés de l' Ile-de-France, on y retrouve le caractère des populations des départements voisins : ainsi l'Oise et l'Aisne sont des pays tout à fait picards, et il faut appliquer à leurs habitants ce que nous dirons des habitants de la Somme ; une partie de Seine-et-Marne est champenoise , une partie de Scine-et-Oise est beauceronne.

Les hommes célèbres nés dans le département de Seine-ct-Oise sont : les rois de France Philippe-Auguste, saint Louis, Henri II, Charles IX, Louis XIV, Louis XV, Louis XVI, Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe; Philippe V, roi d'Espagne; Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, et une foule d'autres princes; le grand ministre Sully; les généraux Berthier, Hoche, Leclcrc, Dillon, Gourgaud, etc.; Guy Patin, la Bruyère, Chaulieu, Quesnay, l'abbé de l'Kpée, Ducis, Arnault, Jouy, Tissot, Silveslre de Sacy, Morel de Vindé, Geoffroy Saint-Hilaire , etc. Dans le déparlement de Seine-et-Marne : les rois de France Philippe le Bel et Henri III, Thibaut IV, comte de Champagne, et plusieurs autres princes, Gaston de Foix, Amyol, le cardinal de Retz, Bezoul, Puissant, Lantara, etc. Dans le département de l'Oise : saint Médard, Villicrs de l'Ile-Adam, Jeanne Hachette, Calvin, Dubos, Haûy, Nollet, Restaut, Bourdon de l'Oise, etc. Dans le département de l'Aisne: les rois Caribert, Chilpéric I", Clotaire, etc.; Antoine de Bourbon, roi de Navarre, le duc de Mayenne; les maréchaux d'Estrées, de Puységur, Serrurier; les généraux Scliérer, Caulaincourt, Bonnaire, Hédouville; Ramus, Racine, la Fontaine, le duc de Saint-Simon, Méchain; les conventionnels Saint-Just, Camille Desmoulins, Qtiinette, Collot-d'Herbois, Fouquier-Tinville , etc.

Quant aux hommes célèbres nés à Paria ou dans le déparlement de la Seine, ils

sont si nombreux que nous rappellerons seulement les noms suivants : le cardinal de Richelieu, Matthieu Molé, Maehault, Turgut et Malesherbes; Catinat, Condé, le prince Eugène de Savoie; Boileau, Molière, madame de Sévigné, Voltaire, madame de Staël; Malebranche, Jean Goujon, Mansard. Lenôtre, Perrault, Lesueur, Lebrun, Cassini, Lavoisier, d'Alembert, Gondorcet, David, etc.

§ VI. DÉPARTEMENT DE SeINE-ET-OiSE. — STATISTIQUE, AGRICULTURE, COMMERCE , ETC.

— Le département de Seinc-et-Oise est formé des anciens pays du Vexin français, du Mantois.du Hurepoix , etc. Sa superficie est de 560,337 hectares, dont 367,000 de terres labourables, 20,000 de prés, 17,000 de vignes, 78,000 de bois, 11,000 de landes, bruyères, etc. Sa population était, en 1801 , de 421. 535 habitants; en 1821, de 42^90 hab.; en 1831 , de 648,180 hab.; elle est aujourd'hui de ^72,554 habitants. Il a pour chef-lieu Versailles et se subdivise ainsi :

Arrondissement de Versailles . . . 10 cantonH, Il 4 communes, 1.-.0.&I8 habitants.

deCorbeil. ... 4 — t>i — r.fi.fiS»

d'Hampes. ... 4 — 60 — 4l,:ï?y

de Mantes 5 — 12 « — 5s,iS3

de Pnnloisc. . . . 7 — 105 — !>«,'>77

de Rambouillet. . 6 — ll'J — «:.:ai)

C arrondissements 56 cantons, 0*7 communes, 47»,:,:»î habitants.

Ce département forme le diocèse de I 'évéché de Versailles et renferme (a Versailles) une église consistoriale protestante. Il est compris dans le ressort de la cour d'appel de Paris et possède 6 tribunaux de première instance , avec 2 tribunaux de commerce (Versailles et Dourdan). Il renferme un lycée à Versailles, 2 collèges (Pontoise et Étampes), une école normale primaire et 1,100 écoles primaires. Enfin il fait partie de la première division militaire.

Il est plus agricole que manufacturier , bien que l'industrie y occupe une place importante. La terre y est fertile et l'agriculture très-avancée : on y remarque les établissements modèles de Grignon , de Rambouillet et de Fronvmt. Les principaux produits sont les grains et les vins ordinaires, habituellement en quantité plus que suffisante, les pommes de terre, les légumes, les betteraves, le colza , le fourrage et le bois. Les prairies artificielles et naturelles nourrissent un grand nombre de bestiaux, surtout des moutons. La bergerie de Rambouillet tient une place importante dans cette branche de l'industrie agricole. Les chevaux et les bëtes à cornes y sont de bonnes races. On estime qu'il y a dans le déparlement 100,000 tètes de gros bétail, dont plus de 70,000 vaches, 520,000 moutons, 30,000 porcs, 55,000 chevaux, 10,000 ânes, etc.

L'exploitation des carrières fournit du grès, des pierres de taille, des pierres meulières, de la chaux, du plâtre, de la marne, de la craie, de l'argile et de la tourbe. Les eaux sulfureuses d'Enghicn sont assez fréquentées.

L'industrie manufacturière est importante et variée. La manufacture do porcelaine de Sèvres, la poudrerie du Bouchet, les meuneries de Pontoise, de Corbeil et d'Élampcs, y sont au premier rang ; les autres industries se trouveront dans la description des villes. A leurs produits il faut ajouter ceux de l'agriculture, le; grains, la laine et le bjis, pour avoir les principaux articles du commerco d'exportation de ce département.

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