TOME II
650 LIVRE HUIJIÈME.
les arrondissements de Lille, de Douai et de Cambrai; 3° celle de Y Escaut in/Meur et de la Sambre, comprenant autrefois le Hainaul, et aujourd'hui les arrondissements de Yalcnciennes et d'Avesnes. C'est dans cet ordre que nous allons décrire successivement ces divers bassins.
L'Aa prend sa source dans le déparlement du Pas-de-Calais, entre dans celui du Nord à Saint-Momelin , sert de séparation aux deux départements, arrose Watten et finit au-dessous de Gravelines, après un cours de 80 kilomètres, dont 25 kil. pour le département du Nord; sa largeur est de 18 mètres, sa profondeur de 1-70. Elle a été rendue navigable sur 31 kil. depuis Saint-Omer, dès l'année 1320, bien que les travaux n'aient été complétés qu'en 1665. II y passe annuellement plus de 6,000 gros bateaux qui transportent des vins, des denrées coloniales, des houilles, bois, pierres, grains, foins, etc. Il s'en détache deux canaux principaux : le premier ou canal de la haute Colme va de Watten à Borgnes, sur 24,785 mètres, et se continue par le canal de la basse Colme, qui date de 1G00 , et va de Bergues à Furnes; il a en France 1 3,695 mètres. Le deuxième est le canal de Bourbourg à Dunkerque, qui a 24,032 mètres et date de 1670 : c'est à la fois un canal de navigation, d'irrigation et de dessèchement. L'Aa communique à Dunkerque par ces deux canaux , avec Aire par celui de Ncuffotsé et de là avec Lille par les canaux de la Bassée et de la Deule.
L'JVr prend sa source dans les collines de Watten, passe près de Wormhoudt, entre en Belgique près de Rousbrugge et se jette dans l'Yperlé, pour finir dans la mer du Nord au-dessous de Nieuport, après 18 kilomètres de cours en France.
La Flandre maritime, c'est-à-dire les bassins de l'Aa et de PYscr, est très-fertile : elle produit des grains, du lin, du chanvre, du tabac , des graines oléagineuses, des plantes fourragères-, elle nourrit des chevaux très-forts, propres à l'agriculture et au charroi , l'une des plus belles races de bétes à cornes de la France et des bestiaux dont la laine est très-estimée. On n'y trouve pas de bois ; mais de nombreuses plantations d'arbres et de haies entourent les maisons ainsi que les champs et donnent à tout le pays l'aspect d'un grand verger.
G mme nous l'avons déjà dit en décrivant les côtes du Pas-de-Calais, tout le pays compris de Calais à l'embouchure de l'Escaut et d'Ardrcs à Gand, appartenant aux déparlements du Pas-de-Calais et du Nord et aux provinces belges dites 1rs Flandres, est un pays humide, bas, plat, formé de tourbières et d'alluvions, dont le niveau est supérieur à celui de la basse mer et inférieur à celui de la haute mer. Il a été récemment conquis par les hommes sur l'Océan et rendu habitable par l'industrieuse et opiniâtre activité de ses habitants; car, du temps des Romains, il était encore alternativement découvert et submergé, et l'on ne savait, dit Pline, s'il appartenait h la mer ou à la terre. L'ancien rivage était formé par la ligne de collines qui va d'Ardres à Watten , et de Watten, par Cassel, à Bruges, en séparant les eaux de l'Aa et de l'Yser de celles de la Lys et de l'Escaut ; de sorte qu'à cette époque l'Aa et l'Yser étaient des rivières perdues dans les eaux de la mer. Ce pays, l'un des plus intéressants de l'Europe, est le pays des wattcriug/ies (écoulements des eaux), pays que des dunes naturelles et des levées faites de main d'homme protègent contre les marées, et où les eaux intérieures s'écoulent à la mer par des écluses qui s'ouvrent lorsqu'elle baisse et se ferment lorsqu'elle monte.
Les vases très-abondantes que l'Aa et l'Yser entraînent dans leur lit ont en grande partie formé le terrain que ces rivières parcourent aujourd'hui ; c'est de leur limon que se sont formées les premières îles où s'établirent les habitants de l'ancien rivage et que l'on commença à endiguer dans le septième siècle. Ces îles, peu a peu agrandies, finirent par se réunir ou par n'être plus séparées que par des canaux naturels dont les deux principaux furent celui de Bergues à Dunkerque et celui de Bergues à Nieuport, canaux dont l'origine est inconnue et qui sont encore aujourd'hui les grandes voies d'écoulement du pays. Alors on multiplia les digues, les levées, les fossés , les rigoles de tout genre , pour resserrer les eaux et les forcer à s'écouler dans la mer pendant les marées basses; et c'est ainsi qu'ont été desséchées ces watltrintjhrs qui forment la lisière maritime sur une longueur do 30 kilomètres, une largeur de 8 kilomètres et une surface de 38,576 hectares. Leurs canaux et leurs digues sont soumis à une législation particulière, à une administration spéciale formée entre les propriétaires, sous l'autorité supérieure du gouvernement. Rien de plus ingénieux, de plus habilement combiné, de plus patiemment exécuté que ce réseau de travaux qui date du quatorzième siècle et n'a été régularisé complètement qu'en 1690. Le territoire desséché est divisé en quatre sections dont chacune correspond à un bassin hydrographique, et les limites en sont déterminées par un nivellement minutieux de toute la surrace à égoutter. Des canaux secondaires embranchés sur les canaux navigables vont chercher, par des rigoles qui se ramifient dans tous les champs, les eaux nuisibles à la culture. Les terres ainsi desséchées sont grasses, noires, profondes, composées de détritus de végétaux et de coquillages marins d'une fertilité extrême. « On y trouve partout, dit Boulainvilliers, un lit de 2 pieds qui ne contient que du bois pourri ; de sorte qu'il paraît que tout le dessous de cette terre a été autrefois une grande et vaste forêt que la mer a renversée et couverte d'un amas de sables et de coquillages, au-dessus duquel les eaux douces ont amené le sol qui est aujourd'hui exposé à l'air, lequel, n'étant effectivement que la graisse des lieux voisins les plus élevés, fait le terroir du monde le plus fertile'. »
La partie la plus basse de la Flandre maritime comprend les Moires, vastes et profonds marais qui sont les restes des anciens envahissements de la mer, et dont le plus considérable est coupé par la limite de la France et de la Belgique. Ces Moërcs, se trouvant à 3 mètres environ au-dessous de toutes les terres environnantes, leur servaient d'égouts et étaient devenues des centres d'infection pour tout le pays. De 1619 à 1632, l'ingénieur Coebcrgher les épuisa à l'aide de vis d'Archimède mues par des moulins à vent et qui déversaient les eaux dans un canal de ceinture communiquant avec le canal de Bergues à Dunkerque. Mais ces travaux furent anéantis en 16H6 par les Espagnols, qui, assiégés dans Dunkerque, tendirent les inondations de cette ville, ce qui engloutit les Mocres sous les eaux. On ne reprit leur dessèchement qu'en 1756, mais les travaux ne devinrent un peu actifs qu'à la fin de la monarchie. Les mesures de défense prises en 1793 contre les Anglais et les Autrichiens inondèrent encore les Moëres. Sous l'empire les dessèchements furent repris, et n'éiaient pas encore achevés lorsque, en 1814 et 1815, le gouvernement ordonna d'ouvrir les inondations des places fortes du Nord pour couvrir le pays, ce qui remit sous les État de la France, toine I", |wg* 340.
eaux une partie des Moëres. Enfin, repris sous la restauration, le dessèchement a été achevé en 1826, et les Moëres forment actuellement un terrain d'une merveilleuse fertilité, coupé de magnifiques chaussées, enveloppé d'une ceinture navigable et dont la récolte annuelle donne un revenu de plus d'un million. La petite Moëre n'a que 176 hectares, la grande Moëre en a 3,102, dont 1,910 à la France et 1192 à la Belgique. Les principaux canaux qui amènent les eaux des Moëres dans le port de Dunkerque sont le canal des Moëres, qui a 10,320 mètres, et celui de la Cunelte, qui a 2,303 mètres.
Pour achever la description de la Flandre maritime, nous ajouterons que la côle du déparlement du Nord a un développement de 45 kilomètres; elle est basse et entièrement couverte de dunes, hautes ordinairement de 10 à 15 mètres, qui s'élèvent jusqu'à 50 mètres et ont une largeur moyonne de 1,500 mètres. Ces dunes ressemblent à des flots de sable immobilisés et donnent l'aspect le plus triste à tout le littoral ; on y trouve à peine quelques plantations de joncs maritimes; et quand elles sont soulevées par le vent, elles frappent de stérilité les campagnes qu'elles viennent recouvrir. Entre Dunkerque et Gravelines seulement elles n'occupent pas moins de 717 hectares, et depuis quelques années on essaye de les fertiliser en les couvrant des dépôts vaseux deJ'Aa. Quant à la mèr, elle est peu profonde, bordée de longs bancs de sable très-génants pour la navigation ; les ports y sont ensablés, inabordables aux vaisseaux de guerre; et ce n'est qu'à force de travaux qu'on a pu conserver à Gravelines et Dunkerque leur ancienne importance.
S III. Description mitsique. — Bassins de l'Escaut, dr la Lïs et de la Sambre. — L'Escaut prend sa source dans le plateau du Catelet (département de l'Aisne), entre dans le département du Nord au-dessus de Honnecourt, arrose Cambrai , en avant de laquelle il se partage en plusieurs bras et où il est navigable, passe à Bouchain, à Valenciennes , à Condé , où il a 20 mètres de large , entre en Belgique et va finir dans la mer au-dessous d'Anvers. Son cours dans le département du Nord est de 08,483 mètres, dont 62,842 sont navigables pour des bateaux de 200 tonneaux, au moyen de 16 écluses, jusqu'à Condé. Il est uni à l'Oise par le canal de Saint-Quentin, qui va de Cambrai à Chauny et a dans le département du Nord 25,030 mètres.
L'Escaut reçoit à gauche : 1° la Sensée, qui arrose Arleux et finit à Bouchain après un cours de 50 kilomètres. Cette rivière alimente un canal qui va de Courcelette sur la Scarpc à Étrun sur l'Escaut, dans une longueur de 25,000 mètres. En outre, une partie des eaux de la Sensée a été dérivée en 1670 pour former le canal de la haute Deule. — 2* La Scarpe, qui naît dans les collines de l'Artois, entre le département du Nord, en amont de Dmiai, arrose Douai, Marchiennes, Saint-Amand, et finit près de Morlagnc. Sa vallée est très-marécageuse depuis Douai jusqu'à Saint-Amand, et on lui a appliqué sur une superficie de 12,000 hectares un système de dessèchement analogue à celui des watteringhes. Elle a un cours de 100 kilomètres, est navigable au moyen de 19 écluses depuis Arras pendant 75 kilomètres, et a de longueur dans le département, du Nord 43,269 mètres. On transporte sur ses eaux des grains, des cendres d'engrais, des tourteaux, des houilles, etc. — 3° La Lys prend sa source dans les collines de l'Artois, entre dans le déparlement du Nord au-dessous d'Aire, sert de limite entre ce département et celui du Pas-de-Calais, arrose Saint-Venant, Merville,
Fstaires, traverse le département pendant 6 kilomètres jusqu'à Armentières, et de là sert de séparation avec la Belgique jusqu'au-dessous de Menin; hors de France, elle passe à Courtray et finit dans l'Escaut à G and. C'est une rivière navigable au moyen d'écluses depuis Aire et sur 72 kilomètres en France , où elle a 1 19 kilomètres de cours, dont 61 dans le département du Nord ; sa plus grande largeur est de 34 mètres. La navigation y transporte principalement de la houille, des pierres , des grains, des vins, etc.
Il se détache de la Lys : i* le canal de Xeujfosté, commencé en 1056 par Baudouin de Lille comme défense militaire, repris dans le dix-septième siècle par Vauban, qui y employa plus de 20,000 hommes, et achevé de 1754 à 1774. Il sépare en partie les d.'-partements du Nord et du Pas-de-Calais, et a un parcours total de 16,188 mètres, dont 2,160 mètres dans le département du Nord. C'est une fortification redoutable , car sa profondeur est de 1 4 mètres au-dessous du sol naturel et de 26 mètres en y ajoutant la hauteur du remblai provenant de son excavation. 2' le canal de la Rossée, qui, par la Bassée, va à Beauvin sur la Deule, dans une longueur de 42,360 mètres, dont 7,500 pour le département du Nord ; 3° le canal de Mejtpe, autre dérivation de la Lys, qui va se joindre au canal d'Hazebrouck et dont la longueur est de 9,743 mètres.
La Lys reçoit : 1° à gauche, la Bourre, qui est canalisée dans une longueur de 7,794 mètres, reçoit les eaux du canal de Pi éavin, grossi déjà des canaux de la Nieppe et d'Hazebrouck , et finit à Merville ; 2* à droite , la Lawe, qui n'a que 2,077 mètres dans le département du Nord ; 3° à droite, la Deule, qui naît dans le département du Pas-de- Calais sous le nom de Souchez, passe à Lille et finit au-dessous de Warneton. Ce n'était jadis qu'une petite rivière navigable depuis Lens, et dont, à la fin du dix-septième siècle, on a fait un canal très-important. Une voie de dérivation fut alors exécutée entre cette rivière et la Scarpe , et l'on donna le nom de canal de la Deule à toute la ligne de navigation comprise entre la Scarpe et le confinent de la Deule avec la Lys. On le divise, par rapport à Lille, en haute et basse Deule. La haute Deule est comprise entre Douai et l'écluse Saint-André à Lille; elle a 15.158 mètres dans le département du Pas-de-Calais, et 32,348 mètres dans le département du Nord. La basse Deule s'étend de l'écluse de Saint-André jusqu'à Deulemont, à son embouchure, sur un parcours de 18,050 mètres. Enfin on donne le nom de moyenne Deule à la partie du canal qui traverse Lille , séparant la ville de la citadelle. La Deule reçoit à droite la Marcq, rivière canalisée qui a 40 kilomètres de cours, arrose Bouvines et finit audessous de Lille. Ses transports consistent en houilles, grains, pierres, etc.
Le petit bassin de la Lys n'a de ceinture marquée qu'au nord, où elle est indiquée par la ligne des collines de Cassel; il compose un pays presque entièrement plat, humide, rempli de terres sablonneuses et marneuses très-fertiles. On y a creusé moins de canaux de dessèchement, mais autant de canaux de navigation que dans le bassin de l'Yser. La culture y est aussi avancée et les produits sont les mômes en y ajoutant le houblon. On y trouve de nombreux arbres de plantation et la forêt de Nieppe.
L'Escaut, sur la rive droite, se grossit de cours d'eau moins importants; ce sont : 1* La Selle, qui passe au Caleau-Cambrésis et à Solesmes: 2° la flanelle, qui naît dans la forêt de Mormal, passe au Qucsnoy et finit à Valenciennes après un cours de 30 kilomètres; 3° la Haune, qui n'a que 4 kilomètres de cours en France, est navigable et finit à Condé.
Le bassin de l'Elut est généralement composé de plaines ; mais il est moins plat, moins uni que les bassins précédents, et sa ceinture est assez distinctement marquée. En efTet , du plateau de Saint-Quentin , il part une série de petites collines à pente trèsdouce , qui longent l'Escaut à gauche et se prolongent en plusieurs petits rameaux entre Douai et Valencienncs. L'éminence la plus considérable de celte suite de hauteurs est celle de lionavy, qui a 45 mètres d'élévation ; c'est le point culminant du département.
Ce bassin est , sinon le plus riche et le plus fertile de toute la France , du moins le mieux cultivé; les terres sont argileuses, marneuses, sablonneuses, et les produits sont les mômes que dans les bassins précédents, c'est-à-dire les grains, le lin, le chanvre, le tabac, les graines oléagineuses, les plantes fourragères, etc. La vallée de la Scarpe est surtout remarquable par ses terres à lins, les meilleures de toute l'Europe. On trouve quelques forêts à la droite de celte rivière, entre Marchiennes et Condé; mais les plantations d'arbres autour des propriétés sont moins nombreuses, ce qui donne généralement au pays un aspect plus monotone ; enfin il renferme un dépôt houiller qui est le plus riche de toute la France. « Le dépôt de Valencienncs est formé par l'extrémité occidentale de la grande bande houillère qui traverse la Belgique en se dirigeant à l'esl-nord-est sur plus de 250 kilomètres jusqu'au delà d'Aix-la-Chapelle. En France, il est recouvert par les terrains crétacés; aussi n'est-ce que depuis un siècle qu'on l'y exploite. Il est formé de schistes argileux et de psammites très-fins, en couches très-régulières, alternant ensemble un grand nombre de fois , et renfermant de nombreuses empreintes végétales et des tiges verticales. L'ensemble des couches exploitables est de k à 6 mètres seulement; la qualité varie d'une couche à l'autre; les couches inférieures, à Fresnes, à Vieux-Condé, etc., donnent de l'anthracite souvent pyriteusc; les moyennes, à Aniche, donnent de la houille maigre; les supérieures , à Anzin, Dcnain, etc., donnent de la houille grasse. L'extraction, en 1777, était de 150,000 quintaux métriques, et en 18H de 2,365,656 quint, métr.; les couches, toujours inclinées vers le sud, plongent de 30 à 90 centimètres; dans quelques exploitations, on est descendu à 500 mètres de profondeur*. »
Le département du Nord appartient encore au bassin de la Meuse par son affluent de gauche, la Sambre, dont elle possède le cours supérieur.
La Sambre prend sa source dans le département de l'Aisne, entre dans celui du Nord en amont de Landrecies, arrose Landrecies, est bordée par la forêt de Mormal, arrose Maubeuge, entre en Belgique, et, après avoir baigné Charleroy, finit dans la Meuse à Namur. Sa longueur dans le département du Nord est de 5k kilomètres; elle est navigable au moyen de neuf écluses depuis Landrecies et communique avec l'Oise au moyen du canal d'Étieux, qui joint Landrecies à la Fère sur une longueur de 13 kilomètres. On transporte sur son cours des charbons , des marbres et des ardoises. Ses affluents sont : 1" la grande Helpe, qui passe à Avesnes et a 30 kilomètres de cours; 2° la Solre, qui passe à Solre le-Chateau : ce sont deux ruisseaux sans importance.
Le bassin de la Sambre diffère des bassins précédents; il est moins fertile, moins uni, moins monotone; sa ceinture est nettement marquée, surtout à gauche, par de fortes collines qui pendent presque sur son lit ; à droite , on trouve quelques parties stériles. C'est I pays du nord de la France le plus accidenté et le plus couvert de bois;
■ GèiAogir de la France dans Patrln , page 226.
on y rencontre môme des torrents, et toute sa physionomie indique le voisinage des Ardennes. Il est surtout remarquable par ses prairies naturelles et artificielles, ses carrières de grès, de marbre, de pierre à bâtir, et ses forêts. C'est un pays qui a joué un rôle de premier ordre dans l'histoire de nos guerres, l'espace entre l'Escaut et la Meuse que la Sambre coupe obliquement étant celui par lequel se sont faites ordinairement les invasions de la Belgique en France et de la France en Belgique.
En résumé, les rivières navigables du département du Nord sont au nombre de 6 sur 259 kilomètres, et les canaux au nombre de 23 sur 317 kil., c'est-à-dire que. toutes les villes sont unies par des voies d'eau et que les marchandises de Dunkcrque peuvent aller, sans débarquer, à Lille, à Cambrai, à Maubeuge, dans les départements voisins, et jusqu'à Paris.
S IV. Constitution géologique. — Le département du Nord est constitué surtout par deux sortes de terrains : terrains tertiaires supérieurs (alluvions anciennes) et terrains tertiaires inférieurs (calcaire grossier, argile plastique), séparés à peu près par une ligne tirée de la Bassée à Tournay. Les premiers occupent au nord de celte ligne toute la partie septentrionale du département jusqu'à Walten, Bcrgues et Hondschoole; on y trouve seulement intercalée, de C;issel par Steenwoord à Bailleul, une petite zone de tertiaire inférieur. Au delà de Walten , Bcrgues et Hondschoote jusqu'à la mer, le sol est exclusivement constitué parles alluvions modernes dont nous avons déjà parlé. Ces mêmes alluvions se retrouvent en un massif, au sud-ouest d'Aire , Hazebrouck, Bailleul et Estaires, se prolongeant dans le Pas-de-Calais jusqu'à Bélliune; elles rentrent dans le département du Nord par la Bassée, et forment les vallées que traversent le canal de la Bassée et celui de la haute Deule de Haubourdin jusqu'à Douai ; elles forment également le fonds des vallées de la Scarpe depuis Vitry et de la Sensée depuis l'Écluse , enfin toute la vallée de l'Escaut depuis Cambrai.
Quant aux terrains tertiaires inférieurs dont nous avons déjà signalé la présence vers Cassel et Bailleul, ce sont eux qui , au sud de la Bassée et de Tounvy, forment en grande partie la portion méridionale du département. On y trouve enclavés les alluvions modernes déjà signalées, des terrains houillers et des terrains crétacés supérieurs. Ces derniers apparaissent le long de la rive droite de la haute Deule , de Douai à Lille par Carvin (Pas-de-Calais) et Seclin; on les retrouve aussi çà et là entre Douai et Valencicnnes ; ce sont eux qui, à une certaine distance sur les deux rives, bordent d'une étroite lisière les alluvions modernes formant le lit de l'Escaut; enfin ils constituent exclusivement les vallées de tous les petits affluents de ce fleuve qui se montrent surtout sur la rive droite. Ces terrains deviennent plus abondants au delà de Cambrai, à l'angle sud-ouest du département, vers Marcoing et Honnecourt.
Les terrains houillers se montrent dans les vallées de la Scarpe et de l'Escaut. On les trouve sur la rive gauche de la première, depuis Douai jusqu'à son confluent, par Warchiennes et Saint-Amand ; entre Scarpe et Escaut, de Douai à Valencicnnes, on les trouve à Escaillon, Wallers et Denain; de là, par Bruay et Fresnes, ils accompagnent la rive gauche de l'Escaut jusqu'au confluent de la Scarpe ; on les retrouve aussi pardessus l'Escaut à Onnaing, dans la direction de Quiévrain. Tous ces terrains ne sont d'ailleurs que l'extrémité du riche bassin belge qui se développe de Valenciennes , par Mons, Charleroy et Namur, jusqu'à Liège.
La vallée de la Sambre, entre Landrecies el Pont-sur-Sambre , est formée de calcaire carbonifère qui s'élend surtout sur la rive droite et se prolonge à l'est en deux points dont l'un va vers Beaumont en Belgique , tandis que l'autre forme la vallée de la grande Helpe par Avesnes el Liessies. Au delà de ces calcaires carbonifères , l'angle sud-est du déparlement est formé de terrains de transition supérieurs qui s'étendent entre Maubeugc et irélon, enlre Sambre et Helpe, et se prolongent à l'est en Belgique pour former le pays de la Famenuc.
§ V. HisToinr. et population. — Peu de provinces ont joué dans notre histoire un rôle plus grand que celles qui forment aujourd'hui le département du Nord; il n'en est pas qui aient eu plus d'importance au moyen âge, qui aient montré plus d'attachement pour leurs libertés, qui aient combattu avec plus d'ardeur et de persévérance pour former une nation à part el échapper à l'unité française; la lutte des Flamands contre la Frnme est l'une des pages les mieux remplies et malheureusement les plus sanglantes de l'histoire de la formation de la nationalité française.
On ignore l'origine du nom de Flandre, qui apparaît pour la première fois au septième siècle dans l'appellation de Municipium Flambeuse donné au pays de Bruges; quant à celui de Hainaut, il vient de la rivière de la Haine, affluent de l'Escaut, qui traverse la province. Ces contrées élaient occupées autrefois par quatre tribus : les M rini, les Meuapii, les Alrebalcs, les Nenii, qui correspondent assez bien à la Flandre maritime (entre la mer et la Lys), à la Flandre walbnne (enlre LysetScarpe), au Cambrésii (Escaut supérieur) et au Hainaul (Escaut inférieur).
Les Belges, au dire de César, qui mil huit ans à conquérir leurs forêts profondes et leurs marécages, éLaient les peuples les plus braves de la Gaule. Malgré la conquête, malgré les routes stratégiques, les camps retranchés et les villes que les vainqueurs construisirent, telles que Bavay, Famars , Cambrai, Estaires, la civilisation ne pénétra qu'imparfaitement chez ces peuples, qui refusèrent de se mêler aux Romains, et qui ont gardé jusqu'à nos jours des traces de leur origine. Le christianisme ne se répandit dans ce pays qu'au cinquième siècle; vers la même époque, les Francs l'envahirent; Chilpéric I" s'y installa, et c'e.sl avec les bandes qu'il y forma que Clovis, son fils, conquit la Gaule septentrionale. La féodalité s'y établit facilement; dès le neuvième siècle , le Minus Ingelram commence la dynastie des comtes de Flandre; son fils Baudouin 1", Bras de Fer, époux d'une fille de Charles le Chauve, lui succède en 882 comme marquis des Flandres; dès lors ce nom de Flandres reste à tout le pays qui est compris enlre la mer et l'Escaut jusqu'à son embouchure, et dont la capitale était Bruges. Baudouin 1" a plusieurs successeurs : Baudouin VI, le septième d'entre eux, devient comte du Hainaut par sa femme. Cette dernière province, dont la destinée fut analogue à celle de la Flandre jusqu'à l'époque de la féodalité, avait eu d'abord six comtes non héréditaires nommés par les ducs de Lorraine ; le septième , Reinier IV, finit par en faire une souveraineté pour sa famille, el Richilde , sa petite-fille , épousa Baudouin VI ; dès lors l'histoire de la Flandre el du Hainaut est souvent confondue.
Richilde ayant eu deux fils, Amoul III, l'alné, hérita du comté de Flandre, et Baudouin UI, le plus jeune, eut le Hainaut. Amoul, malgré les secours de Philippe l", roi de France, est bullu et tué à la bataille de Cassel (1071) par un frère de son père,
FLANDRE. f>.>7
Robert le Frison, devenu par un mariage comte de Hollande et de Fri^e. Robert laissa le Hainaul à Baudouin et conserva la Flandre. Dans cette lutte apparut pour la première fois la différence de races et de sentiments des peuples flamands; ceux de race purement ludesqneou de la Flandre maritime prirent parti pour Robert; ceux de race mêlée de tudesque et de roman , c'est-à-dire ceux de la Flandre gallique ou vallonné, prirent parti pour le roi de France. Robert II succède à s<n père; il laisse la couronne à Baudouin VII , qui meurt sans enfants en 1119, et qui termine la ligne directe des comtes de Flandre.
Charles le Bon, lils du roi de Danemark et d'une fille de Robert le Frison, succède à Baudouin VII et meurt as>assiné (1126). Louis VI fait élire Guillaume Cl i ton, fils de Robert, duc de Normandie; mais les Flamands chassent ce comte et donnent le pouvoir à Thierry d'Alsace, fils d'une soeur de Charles le Bon. Philippe, fils et successeur de Thierry, est régent de France pendant la minorité de Philippe-Auguste; il meurt sans enfants, laissant la couronne à sa fille Marguerite, femme de Baudouin V, comte de Hainaul. Après Marguerite. Baudouin VIII, son fils, réunit de nouveau les deux comtés : ce fut lui qui, en 1204, fonda à Constantinople la dynastie des empereurs latins. 11 avait deux filles, Jeanne et Marguerite : la première épousa Ferrand de Portugal, qui s'allia avec Othon IV contre Philippe- Augu.-te. Celui-ci, jaloux des richesses de la Flandre, voulait « qu'elle devint France ou que la France devint Flandre»; il envahit donc le comté, et Cassel, Douai , Lille furent dévastées; enfin la bataille de Bouvines (12 14) assura le triomphe du roi de France par une victoire nationalé. Marguerite succéda alors à sa sœur; elle épousa Bouchard d'Avesnes. dont elle eut deux fils; puis, ayant fait casser son mariage, elle épousa Guy de Dampierre, dont elle eut trois enfants; de là naquirent des guerres civiles que Louis IX chercha à éteindre en attribuant le Hainaul aux d'Avesnes et la Flandre aux Dampierre. La première de ces deux familles donna sept comtes au Hainaul et s'éteignit en 1427, époque à laquelle le Hainaul advint à Philippe le Bon , duc de Bourgogne et comte de Flandre.
Quant à la Flandre, elle eut des destinées plus agitées ; sous Guy I" de Dampierre, Philippe le Bel fit une nouvelle tentative pour la réunir à sa couronne. Vainqueur à Furnes, il envoya le con.'e de Flandre prisonnier à Paris, et promit aux Flamands d'accroître leurs privilèges ; mais la vue de leurs richesses excita sa cupidité , et ses exactions amenèrent un soulèvement général. L'armée française, qui vint pour l'apaiser, fut écrasée à Courlrai (1302) , et celte bataille fut le premier triomphe des milices bourgeoises sur les chevaliers bardés de fer. Le roi de France prit sa revanche à Mons-en-Puellc (1304) ; mais les Flamands reformèrent une armée en quelques jours et vinrent de nouveau offrir la bataille, déclarant qu'ils préféraient « mourir dans une bataille plutôt que de vivre en servage. »> Le roi s'effraya de cctle guerre, et rendit aux Flamands leur indépendance, moyennant la cession de Lille, Douai et Orchies (Flandre wallonne). A Guy de Dampierre succéda son fils Robert de Béthune, et à celui-ci Louis I", dit de Nevers, petit-fils de Robert III. Les Flamands s'élanl révoltés contre Louis, il implora le secours de Philippe VI de Valois, qui le rétablit sur son troue par la victoire de Cassel.
Pendant la guerre de Cont-Ans que se firent les Valois et les Plantagenels pour la couronne de Franco, Jacques Arteveld, brasseur de Gand, mit du coté de l'Angleterre touk it. 83
les Flamands, peuple manufacturier, qui ne pouvait se passer des laines anglaises. Louis de Nevers, s'étant déclaré pour la France, fut chassé par ses sujets. Jacques Arteveld, un moment tout-puissant dans les Flandres, fut assassiné par ses compatriotes; Louis de Nevers fut tué à Crécy, et son fils, Louis de Maie, lui succéda en 1366. Sous ce nouveau comte. les rebellions des Flamands devinrent plus terribles et plus sanglantes; vaincus d'abord à Dixmude, à Nivelles, ils prirent pour chef Philippe Arteveld, fils de Jacques, et sous ses ordres mirent le comte et ses chevaliers en pleine déroute à Bruges. Louis se réfugia en France; Charles VI embrassa sa cause, qui, disait-il, était celle de toute la chevalerie; il fut vainqueur à Rosebccq (1382); mais les Flamands restèrent insoumis , tandis qu'Anglais et Français se disputaient la possession du pays. Enfin Louis de Maie mourut, ne laissant qu'une fille mariée à Philippe le Hardi , duc de Bourgogne et oncle de Charles VI ; Philippe devint alors possesseur du comté de Flandre, auquel en 1369 le roi avait rendu Lille, Douai et Orchies.
Sous la domination des quatre ducs de Bourgogne -Valois, la Flandre acquit une nouvelle importance. A la mort de Charles le Téméraire, elle voulut rompre entièrement le lien féodal qui l'attachait à la France , et c'est dans ce but qu'elle décida Marie de Bourgogne à épouser Maximilien d'Autriche. Sous les princes de la maison autrichienne, son importance devint encore plus considérable; tout en restant turbulente, elle s'éleva à la plus haute prospérité; et, sous Charles-Quint surtout, qu'elle se glorifiait d'avoir vu naître , elle fut le centre de son vaste empire , la contrée la plus riche du globe; mais en même temps elle devint tout à fait étrangère à la France; le lien féodal qui l'unissait à celle-ci fut même brisé par le traité de Cambrai (1529), dans lequel François J,r renonça à la suzeraineté de la Flandre. Alors Charles- Quint l'incorpora à l'empire d'Allemagne avec les autres provinces des Pays-Bas pour former le cercle de Bourgogne.
La Flandre et le Hainaut restèrent catholiques pendant la réforme; mais en 1576 la tyrannie du duc d'Albe devint telle que ces provinces prirent part à la révolte générale des Pays-Bas ; tour à tour elles appelèrent pour les gouverner le prince d'Orange , Mathias d'Autriche, le duc d'Anjou, frère de Henri III, et il fallut toute l'habileté d'Alexandre Farnèse pour les empêcher de reprendre leur indépendance avec quelque nouvelle dynastie.
A la mort de Philippe IV, roi d'Espagne, Louis XIV, du chef de sa femme, réclama les Pays-Bas; il entra en Flandre, la conquit, et, par le traité d'Aix-la-Chapelle (1668), se fit céder la plupart des villes des Flandres maritime et wallonne. Le traité de Nimègue (1678) lui donna une partie du Hainaut. Ces provinces, ayant été traitées avec bienveillance, devinrent promptement françaises; il n'y eut pas la moindre tentative de défection pendant les malheurs de la guerre de la succession d'Espagne, et lorsque celle de la Révolution commença, le siège de Lille, les belles défenses de Condé, de Valenciennes, de Landrecies témoignèrent assez que la Flandre était devenue de cœur comme d'effet le boulevard de la France du Nord.
« Les Flamands, dit Boulainvilliers , sont presque tous gros, gras et grands; ils sont d'un naturel pesant et lent, cependant très-laborieux, tant pour la cultun> des u-rres que pour les manufactures et le commerce, que nulle nation n'entend aussi