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bien qu'eux. Ils sont fort ennemis de la serv itude et grands amateurs de la liberté ; on les gagne plus aisément par la douceur que par la force ; ils ont de l'esprit et du bon sens sans avoir l'imagination vive ; ils sont fort attachés à la religion catholique et principalement aux dévotions monacales , mais sans préjudice du cabaret , qui est leur passion dominante. Les Flamands naissent tous avec du courage, mais ils n'aiment pas la guerre , tant parce que leur fortune ne s'y fait pas assez promptement à leur fantaisie que parce qu'ils n'aiment pas à l'acheter par une sujétion qu'ils regardent comme une bassesse. Les femmes y sont belles et blanches, mais leur beauté passe aisément; elles ont plus d'esprit et de bonnes qualités que les hommes.... Les Flamands sont aussi sobres dans leur domestique que passionnés pour la bonne chère en compagnie, mais surtout ils sont louables de ce qu'ils proportionnent toujours leur dépense à leur revenu.... »
Au premier coup d'oeil , la population du département du Nord , avec sa haute stature , sa froideur, sa lenteur, son manque de grâce et de finesse , semble tout à fait germaine et même hollandaise : on sent que c'est l'une des dernières provinces réunies à la couronne, relie dont l'agrégation a coûté le plus d'efforts, celle dont on n'est parvenu à ne posséder qu'un morceau; mais sous ces apparences tudesques,. sous cette écorce de la Gaule belgique, on voit rapidement percer le sentiment, l'animation, la civilisation de la France; on sent que Louis XIV, en réunissant cette province, n'a pas seulement ajouté à son royaume un bout de territoire et une frontière, mais des éléments précieux au caractère national , de la fermeté , de la dignité, la plus sagace intelligence des affaires, l'amour de l'ordre et du travail. Le Flamand manque d'éclat, de brillant, de gaieté, de pétulance, mais il a une grande droiture de jugement, de la loyauté, de la bonne foi dans toutes ses relations, un courage froid et opiniâtre.
Les habitants du département du Nord ont gardé le goût qu'avaient leurs ancêtres pour les fêtes, les réunions, les cavalcades, les danses. Il n'est pas de ville ou de village qui n'ait sa ducasse ou sa kermn$e ; il n'est pas de fête qui ne soit accompagnée de ces processions où ûgurent des représentations mécaniques de géants, de saints , de diables , de héros , à la grande joie du public , qui ne se lasse jamais de ces spectacles. Douai , Lille et autres grandes villes ont encore de ces processions populaires où la vue des géants Gayant, Phinar, Lyderic excite des transporte un peu puérils, mais qui s'expliquent par l'amour du sol natal. De même les Flamands sont passionnés pour les jeux d'adresse, le tir a l'arc et à l'arbalète, enfin pour la musique : pas do ville qui n'ait ses sociétés musicales, ses concerts et ses concours d'harmonie, et en général les descendants de ces Gaulois-Belges, que Virgile plaçait à l'extrémité du monde, apportent dans la culture des arts une délicatesse de goût, un sérieux, une patiente admiration qui semblent contraster et s'accordent néanmoins avec leur caractère lent, froid et paisible.
• § VI. DÉPARTEMENT DU NORD. — STATISTIQUE , AGRICULTURE, ETC. — Ce département
a été formé de l'ancienne province de la Flandre française (266,357 hect.); du Hainaut français (197,866 hect.); du Cambrésis (96,985 hect.). Sa superficie est de 567,863 hectares, dont 360,000 de terres labourables, 95,000 de prés, 35,000 de hois, etc. Sa population était, en 1801, de 765,000 habitants; en 1821, de 905.76& hab.;
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en 18M, de 1,085,298 hab.; elle est aujourd'hui de 1.158,285 hab., ce qui donne 20i habitants par kilomètre carré : c'est la population la plus dense de toute la France. Le déparlement a pour chef-lieu Lille, et forme 7 arrondissements ainsi subdivisés:
arrondissement de Lille 1G cantons, 1.12 commune*, 371, 15G habitants.
— «le Douai G — «6 — 101,109 —
— de Hazibroiuk. ... 7 — 53 — 104,515 —
— de Dunkerque .... 7 ~ 59 — 105,441 —
— de Cambrai 7 — 118 — 174,245 —
— de Valenciennes. . . . 7 si — 156,77» —
— d'A^esnes 10 — i:.3 — 145,040 —
7 arrondissements GO cant ns, urvi communes, 1,158,2*5 habitants.
Le département du Nord forme le dioeèee de l'archevêché de Cambrai. On y trouve pour le culte protestant 5 oratoires, et pour le culte israélite une synagogue. Il renferme une cour d'appel (Douai), 7 tribunaux de première instance, 6 tribunaux de commerce (Cambrai. Dunkerque, Lille et Valenciennes) et 7 conseils de prud'hommes (Armentièrcs, Cambrai, leCatcau, Lille, Roubaix , Tourcoing et Valenciennes). On y trouve pour l'instruction publique : 2 lycées (Lille et Douai), 15 collèges (Armenlières , Avesnes , Bailleul , Cambrai , Cassel , Condé , Dunkerque , Estaires , Hazebrouck , le Cateau, le Quesnoy , Maubeuge, Saint-Amand, Tourcoing et Valenciennes), 27 établissements d'instruction secondaire, une école normale primaire (Douai), 934 écoles primaires publiques, 168 écoles primaires libres, 159 classes d'adultes, 172 salles d'asile, etc. Le déparlement appartient à la 3» division militaire (chef-lieu Lille); il renferme 13 places de guerre : Avesnes, Bergucs, Bouchain, Cambrai, Condé, Douai, Dunkerque, G ra vélines, Landrecies, Lille, Maubeuge, le Quesnoy, Valenciennes. Les cotes relèvent du premier arrondissement maritime et du sous-arrondissement de Dunkerque; elles renferment 2 ports: Dunkerque et Gravelines.
Ce département est le plus riche de toute la France : c'est un pays à la fois agricole et manufacturier; nous avons dit déjà qu'il produisait surtout des grains, du lin, du chanvre, du houblon, du tabac, des graines oléagineuses , des plantes fourragères; il nourrit des chevaux très-forts, propres à l'agriculture et au charroi, l'une des plus belles races de bêtes à cornes de la France , et des bestiaux dont la laine est trèsestimée. On pense qu'il y a dans le déparlement du Nord 230,000 têtes de gros bétail, 2/|0,000 moulons, 75,000 porcs, 7,000 chèvres, 80,000 chevaux.
L'exploitation minérale est probablement la plus considérable de toute la France; le principal produit en est la houille; viennent ensuite la tourbe, le fer, le marbre, les pierres de taille, à chaux, le grès à paver, la marne, la terre à poterie. Il y a des eaux et des boues minérales à Saint-Amand.
L'industrie consiste surtout dans la fabrication des fils de lin et de coton , et surtout des fils retors pour dentelles, tulles et gazes, dans le lavage, le peignage, le cardage et la filature des laines, dans la fabrication des calicots, des articles de Roubaix (draperies, coutils, nouveautés), des toiles écrues blanches et bleues, du linge de table et dans la construction des machines nécessaires à l'exploitation de tous ces genres d'industrie. On y trouve des fabriques de céruse, d'amidon, de sucre indigène, d'huiles de colza et d'œilletle, -d'eaux-de-vie , etc. Le commerce consiste dans la vente des
produits du sol et des manufactures, et dans celle des tabacs, drogueries et denrées coloniales qu'on reçoit des pays étrangers par Dunkerque ou par Boulogne. La pêche est très-aclive sur les cotes.
Il y a dans le département 15 routes impériales sur 583 kilomètres, 17 routes départementales sur 285 kil., 7,356 chemins vicinaux sur 10,000 kilomètres. A cela il faut ajouter les voies par eau indiquées plus haut dans l'hydrographie , à savoir : 6 rivières navigables et 23 canaux, ayant 566 kilomètres de développement. Enfin le déparlement est sillonné par k chemins de fer principaux : 1° de Saint-Quentin à Namur par Maubcuge, ayant 55 kil. de développement; 2° de Douai à Mons, ayant 50 kil. de développement; 3» de Douai à Tourcoing, ayant 65 kil. de développement;
de Lille à Dunkerque, ayant 82 kilomètres de développement.
S VII. Description des villes. — Lille, chef-lieu du département du Nord et de la 3* division militaire, possède encore des tribunaux de 1" instance et de commerce, un conseil de prud'hommes, une chambre de commerce, des directions d'artillerie et du génie, un lycée, une école secondaire de médecine, etc. Sa population est do 75,795 habitants.
Cette ville est située dans un terrain plat et marécageux, qui se relève insensiblement pour former une belle vallée couverte de moulins, mais sans sites pittoresques. La Dcule canali>ée la traverse, s'y partage en plusieurs petits canaux employés par l'industrie, et remplit les fossés de ses fortifications. Elle est bien bàlie, fort animée , très-populeuse et se trouve à l'étroit dans son enceinte, de sorte que les communes voisines s'agrandissent à ses dépens. C'est l'une des villes les plus affligées par le paupérisme: sur 75,000 habitants, on en compte 35,000 inscrits aux bureaux de bienfaisance , et les caves où logent les ouvriers ont acquis il y a quelques années une triste célébrité. Elle renferme Zk places, 25 ponts, 200 rues, 9,000 maisons de briques ou de pierre calcaire. C'est une des villes les plus fortes de l'Europe; sa citadelle est le chef-d'œuvre de Vauban , et l'investissement complet de la place exigerait une armée de 100,000 hommes. Elle possède peu de monumens anciens, la guerre les ayant tous détruits; on peut citer cependant le palais de Rihours, bâti par Jean Sans-Peur en 1H10, rebâti par Charles V, et qui sert d'hôtel de ville depuis 1660; le palais du Musée, ancien couvent où se trouve aussi une bibliothèque de 22,000 volumes; le palais des Archives, avec plus de 100,000 pièces provenant des comtes de Flandre et des ducs de Bourgogne; le théâtre, l'hôtel de la préfecture, etc.
Lille est le principal centre de la fabrication en France des fils de lin et de coto:i pour tous les usages, et principalement des ûls retors renommés pour dentelles, tulles et gazes ; elle possède de nombreuses filatures et fait une importante construction de machines pour l'exploitation de ce genre d'industrie. Son commerce, comme celui de tout le département , consiste dans les produits du sol et des manufactures , et dans les denrées qu'elle reçoit par les ports de la Manche.
L'histoire de Lille se trouve comprise presque tout entière dans celle du département. L'n vieux château, celui de Bue, qui s'élevait jadis entre les bras de la Dcule, fut l'origine de la ville, qu'on entoura de murs en 10/|7, et dont Baudouin V, dit de Mlle, est considéré comme le fondateur (1066). Baudouin IX lui accorda une charte de commune en 1195, et dès le treizième siècle c'était déjà une ville d'industrie et
do commerce. Philippe-Auguste, vainqueur du comte Ferrand, s'en empara, la détruisit et fit vendre ses habitants comme esclaves; mais elle retrouva bientôt son ancienne prospérité sous le gouvernement de Marguerite et de Guy de Dampierre. Comme nous l'avons vu , elle appartint à la France de 1304 à 1359. Dans la révolte des Flamands contre Louis de Maie, Lille resta fidèle à son seigneur, qui y trouva un refuge après la bataille de Bruges; elle se montra non moins dévouée aux princes de la maison de Bourgogne et à leurs héritiers, Marie de Bourgogne, Philippe le Beau et Charles-Quint. C'est à la suite du traité d'Arras, conclu avec Louis XI, qu'en 1483 fut fondée la célèbre confrérie de Sainte-Barbe, composée des canonnière, coulevriniers et arquebusiers. Pendant la réforme, Lille resta catholique et soumise à Philippe 11 d'Espagne. Assiégée par Louis XIV en 1667, elle capitula et se rendit après neuf jours de siège sous la condition de conserver ses privilèges. Devenue française , elle s'illustra par le siège de 1708, où elle fut défendue par Boufflers, et par celui de 1792.
Douai, chef-lieu d'arrondissement et place de guerre, est le siège d'une cour d'appel et d'un tribunal de 1" instance; elle possède un lycée, une école normale primaire, un conseil de prud'hommes et 20,728 habitants. Située sur la Scarpe, dans une position avantageuse, elle est grande, bien bâtie, avec de larges rues et peu de monuments; on doit citer son hôtel de ville, surmonté d'un beffroi, édifice du quinzième siècle. Elle possède une belle citadelle (le fort de Scarpe), un arsenal, une fonderie de canons, une école d'artillerie, une bibliothèque, etc. Son industrie consiste en fabrication de dentelles, tulles, toiles, filatures de lin, huileries, et son commerce en lin, grains, huiles, graines grasses, etc.
Douai est peut-être d'origine romaine, mais on n'en entend parler qu'au septième siècle , où les corps de saint Amand et d'antres martyrs furent transportés dans son château pendant les ravages des Normands. Elle devint ville communale au treizième siècle, eut beaucoup à souffrir des invasions des Français en Flandre, et appartint à la France de 130'j à 1359. Philippe 11 d'Fspagne y fonda une université (1562) rivale de celle de Louvain. Elle fut réunie à la France par le traité d'Aix-la-Chapelle en 1668, et fortifiée par Vauban. Prise en 1710 par les alliés après cinquante-quatre jours de tranchée, elle fut rendue par le traité d'L'trecht. En 1714, un parlement y fut établi pour la Flandre et l'Artois. A l'époque de la révolution, c'était une ville d'études, de magistrature et de clergé; aujourd'hui encore, c'est une ville calme, mais monotone, dont les mo-urs sont élégantes et policées.
Hazebrourk, chef lieu d'arrondissement, avec un collège et 7,958 habitants, est située sur un canal qui se réunit à la Lys, dans un terrain de marécages, au centre de routes nombreuses, à l'embranchement des chemins de fer de Calais et de Dunkerque-, elle est propre, bien bâtie, a peu d'établissements industriels et fait un grand commerce de toiles, fils , graines grasses, bois de construction et bestiaux. Elle n'a joué aucun rôle historique. On la trouve en 1336 ayant une charte de commune; mais elle reste pendant des siècles entièrement ignorée, et ce n'est que de nos jours qu'elle a pris quelque importance.
Dunkerque, chef-lieu d'arrondissement et place de guerre, possède des tribunaux de 1" instance et de commerce, une chambre et une bourse de commerce , un collège
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et une population de 29,800 habitants. Elle se divise en trois parties : le port, la bas»c ville et la citadelle. Ses rues sont larges et bien percées, ses places régulières, ses maisons peu élevées et assez bien bâties. On y trouve peu de monuments : l'hôtel de ville, la tour du port, la statue de Jean Bart. Elle possède en outre un hôpital, une bibliothèque, etc. Ses fortifications, quoique construites en terre, sont belles et complétées par les ouvrages détachés de Bernard Slet, des forts Risban et Louis; niais on n'a pas rétabli les anciennes fortifications détruites depuis le traité d'Utrecht, et qui comprenaient quatre forts armés de deux cents canons. *
La rade de Dunkerque est une espèce de baie profonde de 1/j kilomètres et large d'environ 2,000 mètres, dans laquelle s'avancent les jetées du port; elle s'étend fort loin à l'est et à l'ouest , mais elle est couverte en face de la ville par un grand banc de sable nommé le ttrack, sur lequel les gros bâtiments ne peuvent s'engager. C'est néanmoins la seule des côtes de France, depuis Cherbourg , où puissent s'abriter des vaisseaux. Le port a une étendue de 9 hectares, et son chenal a 2 kilomètres de longueur; enfin un arrière -port renferme un bassin à Rot et reçoit les bateaux des canaux qui se ramiJbnt autour de la ville. On y a construit une écluse de chasse qur peut lancer 900,000 mètres cubes d'eau dans la première heure. Malgré cela, ce port, qui pouvait jadis contenir des vaisseaux de guerre et où l'on construisait des frégates , a perdu son importance de premier ordre par suite des ensablements. Le peu de profondeur des passes du nord ne le rend plus abordable qu'aux corvettes ; mais les bâtiments à vapeur peuvent y trouver un refuge. La moyenne du mouvement de sa navigation est d'environ 2,500 caboteurs sortis ou entrés, de plus de 900 bâtiments entres venant de l'étranger ou de la grande pêche, et de plus de 1,200 bâtiments sortis.
L'industrie de Dunkcrque consiste en construction de vaisseaux, toiles à voiles, corderies, brasseries, tanneries, savonneries, distilleries, radineries de sucre et de sel; son commerce, en huiles de graines, houilles, denrées coloniales, vins, bois du Nord , etc. Ce commerce est favorisé par le canal de Dunkcrque à Furnes , ouvert en 1635 parallèlement à la côte, et qui a I3,2'i0 mètres en France, et par le canal de Dunkerque à Bergues, qui reçoit les eaux des canaux de la haute et basse Colme. Dunkerque est le premier port de France pour les armements de la pèche à la morue; il fait aussi la pèche du hareng et a des huîtrières; il fait encore des armements pour nos colonies des Indes ; enfin il entretient des lignes de navigation régulière avec Londres, Rotterdam et Saint-Pétersbourg.
Cette ville a joué un rôle de premier ordre dans notre histoire maritime. Elle doit son origine et son nom à une église fondée au milieu des dunes par saint Éloi , évèque de Noyon ; elle fut entourée de murailles en 964 par Baudouin III, et commença dès lors à faire du commerce. Désolée par les guerres civiles de la Flandre , prise par Philippe le Bel en 1299, elle passa presque continuellement de la domination anglaise à la domination française, du parti des bourgeois à celui des comtes. C'est à cette époque toutefois que ses institutions municipales furent fondées, son port élargi et creusé, et que ses fortifications devinrent respectables. Ses seigneurs particuliers étaient vassaux et souvent ennemis des comtes de Flandre; soit par mariage, soit par succession , elle en eut de dix ou douze maisons différentes , presquo tous Français. Sous les comtes de Flandre de la maison de Valois, elle fut plus tranquille et accrut son commerce.
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Mais ses souffrances recommencèrent avec la lulle des maisons de France et d'Autriche. Maximilien s'en empara; et sous Philippe II elle augmenta son commerce, grâce à la fermeture du port d'Anvers. La pêche du hareng lui rapportait alors /jOO.000 ducats par an; et elle faisait contre les vaisseaux hollandais une course acharnée. Elle ('•lait à la fois le refuge des flottes espagnoles dans lo Nord et une pépinière d'excellents marins, de corsaires intrépides, qui l'enrichirent pendant soixante ans. Dans la guerre de Trente-Ans, Richelieu jeta les yeux sur cette ville si importante par sa position près des bouches de la Tamise et de l'Escaut; et, en 1646, Condé s'en empara, de concert avec l'amiral hollandais Tromp. Les Espagnols la reprirent pendant les troubles de la Fronde. Mais, avec le secours d'une flolle anglaise, Turenne, après la babille des Dunes, s'en empara de nouveau. Elle fut alors cédée aux Anglais. Louis XIV l'acquit de Charles II au prix de 5 millions en 1662, et la visita quatre fois, en 1669, 1671, 1677 et 1680. Sous la direction de Vaubau, elle fut fortifiée; on y fonda un arsenal, on creusa un bassin à flot, on construisit un canal jusqu'à l'Aa, on améliora la rade, et 30,000 hommes travaillèrent à sa jetée. Dunkerque se distingua alors dans toutes les guerres contre les Anglais jusqu'en 1713, où son port et ses fortifications furent détruits, d'après les stipulations du traité d'L'lrecht. Louis XIV voulut réparer ce dommage par la construction du port de Mardick, mais le régent abandonna les travaux. En 1740 les fortifications furent relevées, le port rouvert, et les corsaires dunkerquois s'illustrèrent dans une guerre où la marine royale n'éprouva que des revers. Mais les conditions du traité d'Ulrecht furent respectées dans le traité d'Aix-la-Chapelle. Son port se rouvrit encore en 1756 , mais il fut de nouveau fermé à la funeste paix de 1763. Enfin le traité de Versailles, en 1783 , lava la honte du traité d'L'trcchl en stipulant le rétablissement du port et des fortifications de Dunkerque. Dans les guerres de la révolution, ses corsaires conservèrent leur vieille réputation; mais sous l'empire les courses cessèrent, en présence des croisières nombreuses de l'Angleterre ; Napoléon abandonna d'ailleurs Dunkerque pour s'occuper uniquement d'Anvers. Ce n'est que sous la restauration et jusqu'à nos jours qu'on a entrepris de grands travaux dans cette ville pour lui rendre son importance. C'est la patrie de Jean Barl, de l'amiral Roussi», etc.
Cambrai, chef-lieu d'arrondissement, siège d'un archevêché et place forte, renferme des tribunaux de première instance et de commerce, un collège, un conseil de prud'hommes et 21, 3M habitants. Elle est située dans une contrée fertile en lin et en pâturages, sur la rive droite de l'Escaut, à l'origine du canal de Saint-Quentin ; elle est grande, a des rues tortueuses et de belles maisons, avec une enceinte flanquée de vieilles tours, 4 portes et une belle place d'armes. Sa citadelle, restaurée par Vauban, est considérée comme imprenable. Si-s monuments principaux sont la cathédrale, ancienne église du Saint-Sépulcre, l'une des plus belles de France, où l'on trouve le tombeau de Féuelou érigé en 1825; l'hôtel de ville; la bibliothèque, avec 30.000 volumes et manuscrits précieux; l'hôpital militaire, le collège, etc. Son industrie, très-active, consiste surtout en toiles de Cambrai, en ùatistes, dont la ville s'attribue l'invention et qui occupent 20 manufactures, outre celles des environs. Tout le Cambrésis est en effet particulièrement fertile en lins excellents pour la fabrication de ces batistes. Celle industrie consiste encore en linons, dentelles, tulles,
huiles, sucre, sel raffiné, blanchisseries de toile, construction de machines, etc.; et son commerce, en blés, graines grasses, huiles, houille, etc.
Cambrai est une très-ancienne ville, qui était déjà, à ce que l'on croit, une place forte sous les Romains. Elle passa au pouvoir des Francs, et, sous Clovis, était la résidence d'un chef de bandes quc ce prince fit assassiner. C'est vers cette époque qu'elle devint le siège d'un évéché, et au sixième siècle on y bàlit une basilique trèsvénérée et comblée de présents par les rois de France. Dans le démembrement de l'empire de Charlemagnc, cette ville, avec son territoire, qui avait î|0 kilomètres de long sur 6 kilomètres de large, fut comprise, tantôt dans le royaume de Germanie, tantôt dans celui de France , et finit par former un petit État qui avait ses évêques pour seigneurs, les comtes de Flandre pour avoués ou protecteurs et les empereurs pour suzerains. C'est la plus ancienne commune dont parle l'histoire, et, à ce titre, elle a joué un grand rôle au moyen âge, où son existence fut très-agitée. Étant une ville toute cléricale, elle eut moins de part que les autres cités du Nord aux guerres des Anglais, des Bourguignons, des Impériaux contre la France. Cependant Louis XI s'en empara en l/t77. On y signa en 1508 une ligue fameuse contre les Vénitiens, et en 1529 la paix dite des Dames, entre Charles-Quint et François l*r. De son chapitre sont sortis /i papes, 68 cardinaux, 200 évéques, parmi lesquels saint Waasl, Pierre d'Ailly et Fénelon , qui eut pour successeur l'abbé Dubois. C'est la patrie de MonstreleL
Valenciennes , chef-lieu d'arrondissement et place de guerre, a des tribunaux de première instance et de commerce, une chambre de commerce et un conseil de prud'hommes, un collège et une population de 23,263 habitants. Elle est située sur l'Escaut, au confluent de la Ronelle, et n'a que des rues tortueuses et étroites; mais sa physionomie est très-animée. Elle manque de monuments. Le beffroi de son hôtel de ville, seul reste de ses vigoureuses institutions du moyen ùge, s'est écroulé en 1843. Ses fortifications sont très-considérables et sa citadelle est l'une des plus fortes de la France. Ses habitants ont un goût très-vif pour les arts et les sciences : aussi l'on y trouve une académie de peinture et de sculpture, une bibliothèque de 18,000 volumes, un musée, une société d'agriculture, etc. C'est la patrie de Froissart, de Watteau, d'Abel de Pujol, etc.
Elle a une grande activité industrielle, et l'on y trouve des fabriques de batistes, linons, gazes et dentelles dites valenciennes, des impressions sur étoffes et blanchisseries de toiles, des fabriques de sucre indigène, de poteries, do produits chimiques, de clouterie, des fonderies, scieries de marbre, ateliers de construction de machines, etc. Elle fait commerce de houille, huiles, bois, toiles, grains, etc.
Valenciennes doit son origine à une villa des rois mérovingiens, et Charlemagne y tint une assemblée en 771. Dans le démembrement de l'empire, elle devint la deuxième ville du Hainaut, dont elle suivit les destinées, et les comtes y faisaient leur séjour habituel. Baudouin III lui donna une charte de commune. Lorsque le Hainaut fut attribué aux d'Avesncs par saint Louis, Marguerite de Flandre donna le pays à Charles d'Anjou. Valenciennes résista et subit un siège effroyable, à la suite duquel Charles d'Anjou renonça au Hainaut. Lors de la guerre des Anglais, elle prit parti pour Arteveld. Fidèle aux princes des maisons de Bourgogne et d'Autriche, elle atteignit sous leur domination un haut degré de prospérité. Mais uue