CHAPITRE PREMIER
GÉOGR APniE PHYSIQUE ET POLITIQUE DE LA BELGIQUE.
S \n. Généralités. — OnocnAPHiE et constitution géologique. — La Belgique, située entre les 49° 30' et 51- 31' de latitude nord, et les 0° 14' et 3» 42' de longitude est, est bornée au nord par les provinces hollandaises de Zélande et de Brabant, à l'est par la province hollandaise du Limbourg , par la Prusse rhénane et par la province hollandaise du Luxembourg ; au sud-ouest , elle est adjacente sur toute sa frontière à la France (départements de la Meuse, des Ardennes et du Nord), et au nord-ouest elle est baignée par la mer du Nord. Le développement de son côté maritime est de 70 kilomètres; sa frontière de France a 542 kilomètres; celle de Prusse, 102 ; celle de Hollande , 268. Le total du périmètre de la Belgique est donc de 982 kilomètres. Sa plus grande longueur, du nord-ouest au sud-est, est de 277 kilomètres, et sa plus grande largeur de 160. Sa superficie est de 2,945, 5% hectares, ce qui donne une moyenne de 154 habitants par kilomètre carré, la population s'élevant à 4,548,507 habitants au 1" janvier 1854.
La Belgique est un pays généralement plat. On n'y rencontre pas de montagnes proprement dites , mais seulement une chaîne de collines dites de Belgique, le long de la Meuse , et le massif des Ardennet. Les collines de Belgique ont leur origine dans le bas plateau compris entre les sources de l'Escaut , de la Sambre et de la Somme ; elles se dirigent vers le nord-est en suivant la rive gauche de la Sambre, puis celle de la Meuse jusqu'à Liège, et, au nord de cette ville, elles se perdent dans les plaines du Limbourg ; elles ont à peine 100 mètres de hauteur. Le massif des Ardennes forme un grand plateau qui est limité par la rive droite de la Meuse, depuis Civet jusque vers Liège , puis par une ligne qui va de Liège à Montjoye dans la Prusse rhénane, où il touche h l'Eifel; de là, la limite est indiquée par une ligne courbe qui va d'abord au sud, à Diekirch , dans le Luxembourg hollandais, puis à Chiny, à Sedan , à Mézières, à Hirson et à Givet sur la Meuse. A l'exception du triangle entre Givet, Hirson et Sedan , qui est à la France et forme le nord du département des Ardennes , tout le reste du massif est à la Belgique et couvre le Luxembourg belge avec une partie des provinces de Namur et de Liège. On a déjà dit, en décrivant la Champagne, quels étaient les caractères des Ardennes : c'est une alternative de plateaux marécageux et
incultes, véritables landes appelées /toutes fagnes ou hohe vehen, coupées de ravins, de défilés et de vastes forêts; les rivières y coulent dans des vallées encaissées, profondes quelquefois de 200 mètres, et formées au milieu de ce terrain plat, uni et élevé, par l'érosion des eaux et le déchirement du sol. Les parties les plus élevées de tout le massif sont les hautes fagnes comprises entre Montjoye , Spa et Malmédy ; quelques points y atteignent 600 mètres. Les Ardennes ont pour avant-terrasse le pays entre Sambre et Meuse, comprenant une partie du Hainaut et de la province de Nainur; il a la forme d'un triangle dont le sommet est à Namur, la base à la frontière de France, et dont les côtés sont tracés par la Sambre et la Meuse. Tout ce pays forme la transition entre les plaines de Test de la Belgique et les hautes terres du Luxembourg. La rive droite de la Sambre est montueuse , et le sol devient, en allant vers l'est, de plus en plus accidenté, élevé, boisé, sillonné par des coupures profondes dont la plus remarquable est ta vallée étroite et encaissée où coule la Meuse. Ce plateau triangulaire porte déjà entre PhilippeviUe et Chimay le nom de la fagne; il a presque tous les caractères des Ardennes.
Vue dans son ensemble , la carte géologique de la Belgique présente trois grandes masses : à l'ouest et au nord, s'étendant au sud jusqu'à une ligne presque droite allant de Tournay à Aix-la-Chapelle, toute la Belgique est de formation tertiaire. Au centre, de l'Escaut à la Roer, entre la ligne que nous venons d'indiquer et une autre ligne partant de Quiévrain et allant rejoindre Aix-la-Chapelle, on trouve une longue et étroite bande de terrain carbonifère dans laquelle la houille se rencontre par magasins inépuisables le long de la Uaisne , de la Sambre et de la Meuse. Tout le reste du territoire belge , c'est-à-dire le plateau entre Sambre et Meuse et le massif de l'Ardenne, est composé du terrain de transition, sauf une partie du Condros, où reparaît lo terrain carbonifère.
En entrant dans le détail de la géognosie des provinces, nous trouverons dans les Flandres et dans la province d'Anvers un calcaire marin reconnu aujourd'hui pour être plus récent que tout ce qui constitue les terrains parisiens. C'est sur ce calcaire que s'étend une couche d'argile diluvienne qui constitue les terres fortes des Flandres. Vers le nord de ces provinces s'étend un dépôt sablonneux beaucoup plus moderne : il est composé de plusieurs assises, dont la plus inférieure est un sable vert sur lequel repose tantôt un limon noir et tout pétri de coquilles d'eau douce appartenant à des espèces encore vivantes aujourd'hui , tantôt un sable blanc ou jaune qui constitue le sol des grandes bruyères de la province d'Anvers et des terres légères du pays de Waes, dans la Flandre orientale, sur lesquelles des blocs erratiques se sont répandus. Ces dépôts septentrionaux sont évidemment diluviens et d'eau douce. Sur ceux-ci, comme sur le dépôt marin du midi, il existe des tourbières qui portent les mêmes caractères, avec cette différence que dans celles qui reposent sur le calcaire marin on trouve des ossements du bœuf aurochs, et dans celles qui sont sur le dépôt diluvien, des ossements de castors, de loups, de chiens, de loutres, de chèvres et d'hommes1.
Si de Menin nous tirons une ligne passant par Bruxelles et se terminant à Maëslricht, tout l'espace qui s'étend au sud de cette ligne nous offrira une grande variété de for-
« M. Ch. Morren : Mémoire sur les ossements humains des tourbières de la Flandre. — Garni, 1832
mations plus ou moins anciennes. Depuis les bords de la Senne jusqu'à la frontière belge, à peu de distance d'Aix-la-Chapelle, s'étend une longue bande de terrain crétacé, et qui est composé de craie blanche, de marne, d'argile et de craie tuiïeau. Sa plus grande largeur du nord au sud se trouve entre Saint-Trond, dans le Limbourg, et Héron, dans la province de Liège. A l'ouest du terrain crayeux s'appuie sur celui-ci un terrain supercrétacé dont nous avons déjà parlé , et qui est plus récent que le calcaire grossier des environs de Paris : il se compose d'un sable calcarifère coquillier, qui renferme des bandes de roches calcaires. Il s'étend en longueur de l'est à l'ouest, depuis Dhuy jusqu'à Tourcoing, et en largeur depuis Bruxelles jusqu'à Nivelles. Au sud de ce terrain , depuis Nivelles jusqu'à Chimay, on traverse cinq à six bandes de calcaire anthraxifère qui se prolongent presque parallèlement du sud-ouest au nord-est, depuis Toumay jusqu'aux environs d'Aix-la-Chapelle, et dont la plus septentrionale est à Nivelles, et la plus méridionale au sud de Chimay. Au sud de la plus septentrionale, on voit à l'ouest et à l'est de Mons le terrain houiller, qui s'étend ensuite en une longue bande depuis Fontaine -l'Évêque , dans le Hainaut, jusqu'à Daelheim, dans la province de Liège. Au sud de Mons reparaît la craie recouverte des grès du terrain supercrétacé; mais plus au sud encore, depuis les environs de Dour jusqu'à Verviers, les bandes du calcaire anthraxifère s'appuient sur des schistes ardoisiers qui régnent ensuite sans interruption jusqu'aux frontières méridionales de la Belgique.
Dans la partie du Luxembourg qui appartient à la Belgique , on voit reposer sur les schistes le lias ou calcaire à gryphées , les marnes irisées, le calcaire conchylien et le grès bigarré.
Tel est, en général, l'ensemble des terrains qui constituent le territoire de la Belgique. Ils donnent lieu à des exploitations parmi lesquelles la houille est la plus impartante. Les grandes exploitations de houille se font à Liège , Namur, Charleroy et Mons. C'est dans le terrain qui contient de l'anthracite que se trouve cette grande variété de marbres, l'une des richesses minérales de la Belgique, principalement celui qui doit à de nombreux débris de corps organisés marins le nom de petit granit, et que l'on exploite à Soignies, à Harquesne, à Felay, aux Écaussines dans le Hainaut, et à Ligny dans la province de Namur ; on doit encore citer les marbres noirs connus sous les noms de marbres de Namur, de Theux et de Dinant, ainsi que celui de Sainte- Anne, qui vient des environs de Thuin dans la province de Hainaut , et qui est veiné de gris et de blanc. Le même terrain contient en abondance de riches minerais de fer et de plomb , et donne naissance aux célèbres eaux thermales de Chaudfontaine , près de Liège. Le schiste est exploité comme pierre de construction, et employé aussi en carreaux, en tables, et quelquefois en ardoises; au milieu des roches schisteuses des bords de la Meuse , on exploite ces pierres à aiguiser, ces pierres à rasoirs que l'on expédie sur tous les points de l'Europe , ces schistes chargés d'alun que l'on vend sous le nom de crayons de charpentiers ; enfin c'est du terrain ardoisier que jaillissent les eaux minérales de Spa, qui ont acquis une si grande célébrité.
Le fer abonde dans le terrain anthraxifère; il s'y présente sous deux états différents : le fer oxydé que les mineurs nomment mine rouge, et le fer hydraté qu'ils appellent mine jaune. Le premier de ces minerais forme des couches dans les bandes schisteuses, et donne un fer tendre et cassant peu estimé ; ie second se présente en amas considé-
rables au milieu du calcaire et donne en général du fer d'excellente qualité. Les plus riches exploitations de ce métal sont celles des cantons de Walcourt et de Florenne. On en exploite aussi dans les environs de Couvin, d'Eclisweiser, de Ferrie re, de Rochefort et de Theux. A Moresnet, dans la province de Liège, on exploite dans la localité connue sous le nom de la Vieille-Montagne, ainsi qu'aux environs de Limbourg, du zinc silicaté et carbonate, et le métal qu'on en retire sert à alimenter d'importantes fabriques de zinc établies en Belgique et en France.
S IL Hydrographie. — La Belgique est tout entière comprise dans tes bassins de l'Escaut et de la Meuse.
Batsin de l'Escaut. — V Escaut traverse la Belgique du sud-ouest au nord-est, de Tournay à Anvers; il passe à Tournay, Courlray, Oudenarde, ('.and, Dendermonde, Anvers; ses embouchures sont en Hollande. La marée se fait sentir jusqu'à Gand. Le fleuve a 200 mètres de large à Dendermonde et 550 à Anvers ; sa profondeur dans cette dernière ville, au moment de la marée, est de 15 mètres. La Hollande, au temps de sa puissance et de sa lutte contre l'Espagne, s'arrogea le droit de fermer les embouchures de l'Escaut , afin de favoriser le commerce de Rotterdam et d'Amsterdam en ruinant celui d'Anvers. Ces prétentions devinrent un droit en 16^8 après qu'elles eurent été consacrées par les traités de Weslphalie. L'article ld du traité entre l'Espagne et les Provinccs-l'nies portait en effet que « les rivières de l'Escaut, comme aussi les canaux de Sas, Zwyn et autres bouches de mer y aboutissant, seront tenues closes du côté desdits Seigneurs-Étals'. » L'Espagne, puis l'Autriche se soumirent à la fermeture de l'Escaut jusqu'en 178f* ; alors l'empereur Joseph II protesta contre ce droit et fit forcer le passage par un navire portant pavillon autrichien , lequel passa sous le feu des forts hollandais. La conquête de la Hollande par les Français en 1795 rendit l'Escaut libre en principe jusqu'en 181 h. La réunion de la Belgique à la Hollande, de 1815 à 1830, trancha la question; mais, après la séparation des deux États, les Hollandais élevèrent de nouvelles prétentions; la prise de la citadelle d'Anvers par les Français. les força à plus de modération, et aujourd'hui l'Escaut se trouve soumis aux règlements de navigation institués par le congrès de Vienne en 1815, c'est-à-dire que sa navigation est lihre moyennant un droit perçu par la Hollande aux embouchures du fleuve.
Les affluents de droite de l'Escaut en Belgique sont :
La Haitne, qui coule de l'est à l'ouest; elle sort des collines de Belgique, passe à Mons, laisse Jemmapes et Saint-Denis à quelque distance de ses rives, et vient finir en France à Condé.
La Dender, qui se forme au nord de Mons par la réunion de deux ruisseaux , passe à Ath , devient navigable à Alost et se jette dans l'Escaut à Dendermonde.
La Rupel, qui finit à Rupelmonde avec une largeur de 60 mètres sur 7™, 60 de profondeur, est formée au-dessous de Malines par la réunion de trois rivières, la Senne, la Dyle et la Xèthe. — La Senne a deux sources : la source du sud naît près de Senef , où Condé battit le prince d'Orange; la source du sud-ouest naît près de Stcinkerque, où Luxembourg battit le prince d'Orange; elle arrose Bruxelles. — La Dyle sort des collines de la Sambre, entre Fleurus et les Quatre-Bras; elle coule du sud au nord,
' États généraux des Provitices-L'nies.
passe à Wavres, à Louvain et à Malines. Par sa gauche , elle reçoit la Lame, qui passe près du mont Saint- Jean et de Waterloo; au-dessous de Louvain et par sa rive droite, elle reçoit la Demcr, dont la source est à l'extrémité des collines de Belgique, non loin du champ de bataille de Lawfeld; elle coule de l'est à l'ouest et arrose Hasselt et Diest. La Demcr reçoit sur sa gauche, au-dessus de Diest, la Gette, formée de deux ruisseaux parallèles : la grande Gette, qui passe à Tirlcmont; la petite Gette, qui prend sa source au nord de Ramillies et passe à Neerwinden. — La iïèthc est formée de deux rivières, la grande et la petite Nèthe, qui coulent du nord-est au sud-ouest et se réunissent à Lier.
Le seul affluent de gauche de l'Escaut est la Lys, qui entre en Belgique à Mcnin, arrose Courtray et finit à Gand.
Bassin de la Meuse. — La Meuse entre en Belgique au-dessous de Givel ; elle coule dans des gorges très-étroites , formées par des escarpements à pic ; elle arrose Dinant, Namur, où elle reçoit la Sambre, Huy, Liège; puis, au-dessous de Herstall, elle entre en Hollande. Ses affluents sont : à droite, la Semoy, la Leste et YOurtAe; à gauche, le Viroin , la Sambre et le Jaar.
La Semoy naît dans les Ardennes, auprès d'Arlon; elle coule de l'est à l'ouest dans un lit encaissé et profondément creusé , passe à Chiny, à Bouillon , entre en France et se jette dans la Meuse entre Charleville et Fumay.
La Letse prend sa source dans les Ardennes, coule, comme la Semoy, dans une vallée étroile et rocheuse, et se jelte un peu au-dessus de Dinant. Un ruisseau affluent de droite, l' Homme, arrose Saint-Hubert et Rochefort.
L'Ourt/te naît aussi dans les Ardennes par deux grandes sources qui se joignent à l'ouest de Houiïalise; elle traverse un pays sauvage, boisé, et coule dans une vallée très-profonde, étroite et bordée de hauts escarpements ; son cours est rapide, souvent très-impétueux, et devient navigable à partir de la Roche; elle finit à Liège, où elle a 80 mètres de farge. Elle reçoit vers la fin de son cours la Vesdre, qui traverse une vallée charmante et passe à Verviers.
Le Viroin est formé de deux sources : l'une descend du plateau sur lequel est Rocroy, l'autre naît près de Chimay, et passe à Mariembourg; au-dessous de cette ville, les deux ruisseaux se réunissent, et le Viroin , se dirigeant à l'est, va se jeter en France dans la Meuse, à Vireux. Parallèlement au Viroin coule le Hermeton, ruisseau qui prend sa source près de Philippeville. Les deux places de Philippeville et de Mariembourg, qui reliaient les places de la Meuse et celles de la Sambre, ont été enlevées à la France en 1815, et la perte de ces deux villes forme dans cette partie de la frontière française une trouée dangereuse qui donnerait une entrée directe et facile sur Paris1.
La Sambre, en sortant de France, entre en Belgique à Erquelines; elle passe à Marchiennes, à Charleroy, et laisse sur les escarpements qui dominent sa rive gauche Fleurus et Ligny. En continuant de couler au nord-est, elle arrive à Namur, où elle se jelte dans la Meuse. Le cours de cette rivière en Belgique est célèbre par les opérations militaires et les batailles qui ont eu lieu sur ses bords.
Le Jaar passe a Tongres et a son conllucnt à Maastricht.
• Voir ma Géographie militaire, page 231.
§ III. AsfFXT général. — Dans la Flandre occidentale, les côtes sont basses, formées de grèves, mal protégées contre la haute mer par une ligne de dunes peu élevées. Dans l'intérieur de la province, le sol, bas et uni, est généralement sablonneux ou marécageux; le midi présente de forts accidents de terrain; quelques bruyères contrastent au milieu de la fertilité générale , qui est due principalement au labeur des habitants. Il en est de même dans la Flandre orientale ; plat au nord , accidenté, entrecoupé de collines au midi, le sol, presque partout sablonneux, n'est devenu largement productif qu'à l'aide d'une culture très-perfectionnée. Les Flandres sont l'une des parties les plus fertiles de l'Europe , et forment en quelque sorte un vaste jardin; tous les champs, tous les prés sont enclos de haies vives et d'arbres, bordés de fossés pour l'écoulement des eaux , coupés de canaux d'irrigation ou navigables. Et cependant c'est un des pays de l'Europe où la surabondance do la population a produit le plus affligeant paupérisme. Le Hainaut offre de belles et riches plaines, mais traversées par des hauteurs qui accidentent fortement le pays; c'est ainsi qu'en avant de Mons se trouvent les collines de Cuesmes et de Jemmapes, célèbres en 1792 ; toute la partie orientale de la province est de même couverte de collines, principalement le long de la rive gauche de la Sambre ; le Hainaut offre d'ailleurs presque partout un sol fertile et une grande variété de cultures. La province de Namur est partout accidentée , sur la rive gauche de la Sambre et de la Meuse par les collines de Belgique, et dans le reste de la contrée par le massif de l'Ardenne. Le Luxembourg belge est tout entier situé dans les Ardennes: aussi c'est un pays montueux, marécageux, couvert de landes ou de forêts; le sol, en général maigre et pierreux, ne devient fertile que dans les vallées de la Scmoy et de l'Ourthe , où l'on rencontre de gras pâturages. Le pays de Liège, tout le long de la gauche de la Meuse , est couvert de collines élevées, sablonneuses et arides; à l'est, du côté de Verviers, il présente le même ca «ictère ; ailleurs c'est un pays plat, fertile, couvert do riches pâturages au nord et de forêts au sud. Le Brabant est une grande plaine sablonneuse, accidentée et ravinée, surtout au sud, fertile et boisée. Le Limbourg belge est généralement plat et uni ; le nord de cette province présente les landes et les bruyères de la Campine , entrecoupées parfois de bouquets de sapins; ces landes se prolongent au nord dans le Brabant hollandais , et à l'ouest dans la province d'Anvers. Ce dernier pays , plat et sablonneux, est fertile, couvert de pâturages et de tourbières, et commence avec la Campine le sol absolument plat et sablonneux des provinces hollandaises.
La plus grande partie de celte contrée est célèbre dans l'histoire militaire de l'Europe. « Si l'on examine 1 le cours de l'Escaut depuis sa source jusqu'à Rupelmonde d'une part, d'autre part le cours de la Sambre jusqu'à son confluent, et depuis ce confluent jusqu'à Maëstricht le cours de la Meuse, on trouve que ces deux grandes lignes d'eau, parallèles et peu distantes lorsqu'elles sont en France, hors de France vont continuellement en s'écarlant, et forment deux grands arcs de cercle qui embrassent entre eux un vaste pays, ayant de l'ouest à l'est 120 à 1A0 kilomètres, et 80 du nord au sud. C'est la partie centrale, la partie la plus importante de la Belgique , dont elle comprend les provinces du Hainaut, de Brabant, de Namur et de Liège; et on pourrait lui donner pour limite stratégique la grande ligne d'eau allant de Maëstricht
à Garni, qui est formée par la Denier, la Dylc, la Rupcl, l'Escaut, rivières qui tombent successivement l'une dans l'autre.
» Ce pays, presque complètement pjat et découvert dans le nord, est dans le sud assez fortement accidenté, coupé par des collines mollement ondulées, et dont la direction générale est du sud au nord, par des ravins peu profonds , de petits défilés, des bouquets de bois, enfin par une vingtaine de rivières ou ruisseaux qui vont tomber dans la grande ligne d'eau dont nous venons de parler, rivières parallèles entre elles et presque parallèles aussi à l'Escaut et à la Meuse, donc ouvrant, de France en Belgique, des routes naturelles et faciles ; les principales sont : la Dender, la Senne, la Dyle, les deux Celles, elc. Le sol, argileux, est dur et sec en été, détrempé et boueux dans l'hiver; il est hérissé de villages, de hameaux, de fermes, de clôtures d'arbres tellement rapprochées, que sur certains points la contrée ressemble à une forêt éclaircie. La partie la plus accidentée , la plus ra vineuse , est aux sources de la Senne, de la Dyle et de leurs afiluents; la partie la plus boisée est entre ces deux rivières, où se trouve la forêt de Soignes. Gand et Maastricht marquent les deux extrémités septentrionales de celte contrée; Tourna y et Namur, les deux extrémités méridionales; le centre est à peu près Bruxelles.
» Ce pays , qui présente peu d'aspects pittoresques, et où les prairies succèdent aux champs de blé, est très-fertile, bien cultivé, riche, peuplé, sillonné en tous sens de belles routes et de chemins de fer : il présente donc les plus grandes facilités pour faire vivre et marcher une armée. C'est le théâtre obligé des invasions françaises, c'est le champ clos que la nature semble avoir préparé à la France et à ses ennemis pour y vider leurs querelles; c'est enfin une région dont la disposition est telle qu'elle semble appeler la guerre et avoir été créée exprès pour les batailles. Il n'y a pas là un coin de terre qui n'ait été arrosé du sang fiançais : la moitié de notre histoire militaire s'est passée là; c'est là que sont tous ces noms glorieux qui nous font tressaillir, victoires ou défaites qui composent notre couronne guerrière : Fontenoy, Jemmapes, Sleinkerque, Senef, Fleurus, Neerwinde, Raucoux, Lawfeld, Malplaquet, Oudenarde, Ramillies, Waterloo. »
S IV. Histoire, wm lation, langues, ktc — Le royaume de Belgique est formé : 1° de presque tous les anciens Pays-Bas autrichiens; 2" ue l'ancien évêché de Liège; 3" de divers cantons enlevés à la France en 1815. Les anciens Pays-Bas autrichiens comprenaient : le comté de Flandre, formant aujourd'hui la Fia Ire occidentale et la Flandre orientale; le comté de Hainaut, formant la province de Hamaut; le duché de Brabant, le marquisat d'Anvers et la seigneurie de Malines, formant les provinces d'Anvers et de Brabant ; le comté de Namur, formant une partie de la province de Namur; le duché de Luxembourg, composant l'autre partie de la province de Namur et le Luxembourg belge; le duché de Limbourg, composant le nord-est de la province de Liège.
L'évêché de Liège faisait partie de l'empire d'Allemagne ; son territoire a formé la province ue Limbourg et celle de Liège, moins la partie nord-est.
Les cantons enlevés à la France en 1815 sont ceux de Mariembourg, Philippeville, Chimay et Quiévrain réunis au Hainaut, le duché de Bouillon réuni au Luxembourg.
Les Pays-Bas autrichiens formaient au quinzième siècle divers États féodaux, qui
tombèrent, avec les provinces hollandaises, sous la domination des ducs de Bourgogne, de la maison de Valois. A la mort de Charles le Téméraire en 1477, ils passèrent, par lo mariage de sa fille Marie avec Maximilien, dans la maison d'Autriche. A la mort de Marie, Philippe le Beau , son fils, devint souverain des Pays-Bas, et transmit cet héritage à son fils Charles, qui devint roi d'Espagne et empereur d'Allemagne (Charles-Quint). Sous le règne de Philippe II, les provinces du nord des Pays-Bas, celles qui forment aujourd'hui le royaume de Hollande, se soulevèrent, et, après une longue lulle, se constituèrent en république des Sept-Provinces-Unies , dont l'existence fut reconnue en 1648 par le traité de Westphalic. I-a partie méridionale dos Pays-Bas, dite Pays- Bas espagnols ou catholiques, resta à l'Espagne; mais les traités des Pyrénées i(l 659), d'Aix-la-Chapelle (1668) et de Nimègue (1678) enlevèrent à cette puissance pour les donner à la France l'Artois. le Cambrésis, une partie de la Flandre et du Hainaut, et quelques cantons du Luxembourg.
Les traités d'Utrccht (1713) firent passer les Pays-Bas espagnols à l'Autriche, qui en resta maltresse jusqu'en 1 792 ; conquises alors par les armées françaises, ces provinces furent cédées à la France en 1797 par la paix de Campo-Formio, et formèrent les départements de la Lys, chef-lieu Bruges; l'Escaut, chef-lieu (îand; les Dcux- Nèthes, chef-lieu Anvers; la Meuse inférieure (en partie), chef-lieu Maëstricht; l'Ourllie, chef-lieu Liège; laDyle, chef-lieu Bruxelles; Jemmapes, chef-lieu Mons; Sambreet-Meuse, chef-lieu Namur; des Forêts, chef-lieu Luxembourg.
En 1814, ces départements furent enlevés à la France et réunis a l'ancien territoire des Provinces-Unies, et l'on forma du tout un royaume des Pays-Bas. Mais, en 1830, les neuf provinces belges se soulevèrent contre la domination hollandaise et se constituèrent en royaume do Belgique, dont l'existence fut successivement reconnue par toutes les puissances de l'Europe. En même temps on proclama la neutralité du nouvel état.
La population est principalement composée de Flamands, de race germanique, de Wallons, de race française. En menant une ligne droite de Menin à Tongres, on partage la Belgique en deux portions presque égales, l'une au nord, l'autre au sud. Toute la partie septentrionale v /'est-à-dire les Flandres, Anvers, le Brabant et le Limbourg, est habitée par les Flamands; toute la partie méridionale, c'est-à-dire le Hainaut, Namur, Liège ei le Luxembourg belge, est habitée par les Wallons. Le français est non-seulement langue en usage dans le pays wallon, mais encore la langue officielle et littéraire de la Belgique; le flamand n'est généralement employé que par les paysans des Flandres. La religion dominante en Belgique est le catholicisme ; on n'y compte que 10,000 individus non catholiques.
S V. G0UVKRNr.MF.NT, ADMINISTRATION , INSTRUCTION PUBLIQUE, FINANCES. — La Belgique est une monarchie constitutionnelle ; le roi partage avec deux chambres le pouvoir législatif et l'initiative de la présentation des lois. Il a le droit de faire la paix ou la guerre , de conclure des alliances ou des traités. Il confère la noblesse , dispose des emplois administratifs et militaires. Toute justice émane de lui, mais les juges sont élus par le peuple. La couronne est héréditaire de mâle en mâle par ordre de primogéniture. Des deux chambres, l'une est le sénat, dont les membres, nommés pour huit ans, au nombre de 51 , sont choisis parmi les propriétaires qui payent 2,000 franc»