‹ Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde [microforme] (volume 3)Chapitre 14 sur 24 · RE PT LS · texte numérisé non relu

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HN est impossible «aujourd'hui de décider si les Celtes n’ont occupé cctie longue série de pays que du temps de Tarquin l'Ancien, comme le croit Tite-Live, ou si cette race ne s'y est pas plutôt répandue dans leg siecles antérieurs à l'histoire, soitqu'on veuille, d'après le système mosaique, les faire venir d’é sie, soit qu’on préfère l'opinion de quelques antiquaires modernes qui placent leur origine dans la Gaule; opinion qui, restreinte aux Celtes seuls, n’a rien d'invraisembhlable.

A l’est des liyriens se trouvaient les Mysi, les Dardani ct les Triballi, peuples que notre géographe et d’autres écrivains peignent comme des barbares indociles et intraitables. « Ces brigands mêmes, dit Stra- » hon, donnaient le nom de brigands aux Bessi, habitants de la chaîne » de l’Hémus. » Il est évident que toutes ces contrées attendaient encore les bienfaits de la civilisation : couvertes de marécages et de forêts, elles offraient alors une température froide; aujourd’hui leur climat rivalise avec celui de l'Italie. Il en était de même de la Thrace, où cependant les colonies grecques, et entr’auires Byzancr, célèbre par son commerce et ses pècherics, répandaient les lumières de la civils tion. Il est difficile de fixer l'époque à laquelie les nations indigènes de la Thrace ont perdu leur nom et leur existence. Les Thyniens, de qui descendaient les Bithyniens et autres Thraces d'Asie, avaient disparu avant Strabon. Les Odrysæ ct les Zisaltes sont encore nommés par Pline qui, à la vérité, dans sa compilation de noms géographiques, a rarcment distingué avec soin l’état ancien et moderne. Les Bessi, qui s’appelaient eux-mêmes Satræe, indépendants du temps d'Hérodote, subjugués par Lucullus, reparaissent dans le v* siècle comme une nation sauvage. Cependant, sous les règnes de Trajan et d'Hadrien, la Thrace se peuplait déjà de colonies romaines. La description de cette contrée par Strabon est perdur; et de celle de la Macédoine il ne nous reste qu'un extrait dans lequel on indique les mines d’or du mont Pangæus, le sol gras qu’arrose le Strymon, les travaux de Philippe pour former un port devant Pella, et la splendeur naissante de Thessalonique.

Nous n’entreprendrons point de suivre Strabon dans tous les détails de son intéressante description de la Grece. Il retrace d’abord le Péloponèse, « déjà désert, si on le compare à ce qu’il était du temps de la » liberté des Grecs » : il le divise en six proxinces, la riante Elide, où

brillait encore Olympie; la Messénie, non moins fertile avec sa nouvelle L 10

capitale, Messène, forteresse célèbre ; la Laconie, où le nombre des villes était réduit de 100 à 30, et qui renfermait alors deux petites républiques vassales de Rome, celle de Lacédémone et celle des Eleuthero- Lacones ou Laconiens libres; l’Arcadie, toujours riche de ses forêts, de ses pâturages, de ses eaux minérales: l’Argolide où il remarque des labyrinthes attribués aux Cyclopes, et la nouvelle Corinthe, où les colons romains fouillaient les tombsaux pour y trouver des urnes précieuses; enfin l’Achaïe qui ne contenait aucune ville remarquable. Il décrit avec le même soin les provinces et les vilies du continent, la célèbre Attique, « cet ouvrage favori des dieux et des héros; » Athènes, qui conservait encore une ombre de gloire et de liberté; la Béotie, dont la constitution physique particulière rendait fréquents les éboulements de terrain et les inondations érigées en déluges par les amateurs d’hypothèses; la Phocide, où le temple de Delphes, dépouillé de ses trésors, cessait déjà de rendre ses oracles; la Locride avec le défilé des Thermopyles, et la Thassalie, jadis couverte d’eaux qui s’écoulèrent lorsqu’un tremblement de terre entr’ouvrit un débouché au Pénée; l’Acarnanie et l’Etolie, provinces censées par les Grecs semi-barbares, quoiqu’aux yeux des Romains elles fussent situées au centre de la Grèce. L’Epire, que tous les auteurs grecs excluent de la Grèce, est décrite par Strabon avec l'Illyrie et la Macédoine; ses principaux cantons étaient la Chaonie, la Thesprotie et la Molosside. Strabon ct Plutarque nous apprennent que les Epirotes parlaient une langue particulière, et que cette langue était la même que le macédonien : il paraît que l’idiome des Albanais modernes en dérive.

Les îles de la Grèce terminent l’Europe de Strabon. Corcyre, est décrite avec l'Epire. Leucas où Neritos, qui, au gré de la nature et de l'art, a été tantôt Île ct tantôt presqu'île; Cephallenia, Vâpre Ithaque, et Zacynthos avec ses sources de bituine, sont placées à côté de l’Acarnanic. Notre géographe décrit avec détail la grande et belle île de Creta où florissaient trois villes, Gortina au midi, Cnossus au nord, Cydonia à l’ouest. Après la Crète, viennent les Cyclades, rangées autour de Délos qui avait hérité du commerce de Corinthe, et les Sporades semées le long des côtes de l’Europe et de l'Asie.

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Analyse de la Géographie de Strabon ; Asie en deçà du mont Taurus,

Nous allons accompagner Strabon dans ses courses en 4sie, partie du

: monde qu'ilse ilattait de connaître parfaitement et dont il n'avait pour- … tant qu'une idée tré s-fautive et très-incomplète. La prétendue chaîne du mont Taurus, réunion imaginaire de plusieurs suites ds montagnes

j très-distinctes, s’étendait, d’après tous les anciens, en ligne droite à

* travers l'Asie entière; elle commençait vis-à-vis de Rhodes, et se ter-

minait aux environs de Thinæ, le point le plus oriental que l’on ad-

mit alors ; elle avait, selon Strabon, 45,000 stades de long : c'était aussi

| la longueur de l'Asie qui, par conséquent, se terminait, dans l’idée des

À anciens, à peu près à l'endroit où la petite BouKharie touche au grand » désert de Cobi.

La chaîne du Taurus, en partageant l'Asie, donnait la facilité de la

à division en deux grande parties : tout ce qui était au nord de ces mon-

À tagnes s'appelait Asie en deçà du Taurus, par rapport à l’Asie Mineure

qu'occupaient les Grecs ; ce qui était au midi se nommait Asie au delà

| du Taurus. Ces parties se subdivisaient : on distinguait dans celle en

Ë deçà du Taurus quatre principales contrées.

La première était bornée à l'occident por le Tanaïs, les Palus-Méotides

À jusqu'au Bosphore, et le Pont-Euxin jusqu’à la Colchide ; au nord, par b l'Océan scptentrional et la partie de cet Océan qui s’avance jusqu’à : l'embouchure de la mer Caspienne ; à l’orient, par la mer Caspienne

jusqu'à la séparation de l’Albanie et de l'Arménie, à l'endroit où le Cy-

: rus et l’Araxe terminent leur cours; au midi enfin, par l’isthme qui

| sépare le Pont-Euxin dg la mer Caspienne, suivant une ligne qui

travessait l’Albanie et l’Ibérie depuis l'embouchure du Cyrus jusqu’à la Colchide; on estimait cet intervalle à 3,000 stades. Ces pays étaient occupés au nord par des Scythes nomades qui n'a-

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vaicni d'autres habitations que leurs chariots; en decà on trouvait les R

Sarmates Où Sauromates, qui n'étaient, selon Hérodote, qu’une branehe des Scythes, et les Siraces qui s’étendaient vers le midi jusqu'au mont

Caucase. Parmi ces derniers, ii y avait des tribus nomades et d’autres qui

vivaient sous des tentes et qui cultivaient des terres. La capitale des Siraces était un camp retranché, rempli de cabanes en treillis d’osicr elle s'appelait Uspe, et était située à trois journées de la ville de Tanaïs,

Ce peuple assez puissent fut détruit, sous le règne de Claude, per les È Î o

Romains aidés d’une autre nation asiatique, les 4orst, qui s’étendaient le long des rives scptentrionales de la mer Caspienne. Cette nation, extrè. mement remarquable, mettait 200,000 cavalicrs sur picd,; elle allait chercher, sur des chameaux, chez les Arméniens et les Mèdes, N

riches marchandises de ne et de Babylone. Peut-être une partie de ce commerce se fil-il par le nord de la mer Caspienne et par la Bactrien

CS Aorsi, nomméôs ce Adorsi et Uiidorsi, occupent précisément les

coutrées où Denys le Périégète, contemporain de Strabon, place les

Ouni, qui paraissent, ainsi que les Chuni de Ptolémée sur le Borysthène, être des branches des fameux Huns. Le mot aïor signifiait homme dans le langage des Scythes, et le nom de Fun paraît avoir le même sens. Les Awares du Caucase sont appelés Chuns par les Géorgiens et les Persans, Tous ces indices réunis ne feraient-ils pas sounconner que les Aori formaient une partie de la grande nation hunnique ?

Près des Palus-Méotides étaient les Méotes, ou plus exactement les diverses peuplades que les Grecs ct les Romains comprenaient sous cette dénomination collective; sur les rives du Bosphore, les Sindi, qui déjà, du temps d’Hérodote et de Scylax, habitaient vers la double embouchur: du fleuve Kouban, nommé Antikites par Strabon, et /ypanis par d'autres anciens; Îles Aspourgilans où habitants d’Asbourg, ville qui, selon une conjecture de quelques antiquaires du nord, est l’Asgard d’Odin : suite les Achéens et les Hénroques, nations dont les vrais noms ne blement ont été défigurés par les Grecs, et qui paraissent avoir occupé les terres habitées aujourd’hui par les Aases; montés sur des barques tres-voütéces et nommées cameræ, ils dévastaient les côtes du Pont- Euxin, et revenaient cacher leur butin dans les forêts de chênes qu couvraient alors, comme aujourd'hui, leurs montagnes incultes. fur la mice côic, mais plus vers l'intérieur, demeuraient les Zyges, qu'un

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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE. 17 voyageur moderne croit avoir retrouvés dans une vallée du Caucase sous le nom de Dschuki; les Cercetæ où K'erketæ, que l’on regarde avec quelque probabilité comme les ancêtres des Tcherkesses, que nous nom mons Circassiens; 1es Aacropogones ou peuple à longue barbe : au-dessus étaient les Phtirophages où mangeurs de vermines, qui occupaient les gorges des montagnes; et les Soanes, peuple puissant, brave, bien gouverné qui possédaient des mines d’or, et dont on retrouve encore les misérables restes sous le nom de Souanes dans une des plus hautes vallées du Caucase. Plus loin, les Jbères possédaient le plateau fertile aujourd’hui nommé Géorgie. Ce peuple, divisé en quatre castes, la royale, la sacerdotale, la militaire, et celle des scrfs, avait des villes bien construites. L’Albanie renfermait des contrées non moins fertiles et riantes sur les bords de la mer Caspienne et du fleuve Cyrus, aujourd’hui Kour ; d’autres parties étaient montagneuses, mais richesen pàturages. Les Albaniens, moins civilisésqueles1Ibériens, l’élaient plus que leurs voisins les Legæ, qui sont probablement les Lesghiens de nos jours. C'était aux écrits, aujourd’hui perdus, des historiens de Pompe que notre géographe devait ces renscignements.

Aces notions récemment acquises, les Grecs mêlaient les anciennes raditions de leurs siècles héroïques. La Colchide, il est vrai, ne possiduit plus de toison d’or, ses toiles fines, sa cire, ses goudrons, étaient ses véritables richesses; mais les géographes conservaient encore la tradition qui a rapport à une nation composée uniqueent de femmes, et qui a inutilement exercé la sagacité de beaucoup d'érndits. Homcre déjà connaissait des Amazones quelque part dans l'Asie ‘:ineure : les historiens postérieurs les plaçaient dans le Pont sur le fleuve Thermo don; les contemporains de Strabon, ne voulant pas effacer un aussi

» joli conte, le transporterent dans les vallées inconaues du Caucase . mais notre géographe, d’après Théophanes, qui avait accompagné . Pompée, nie l'existence de ces femmes guerrières, du moins dans les D pays connus. Ptolémée leur assigna de nouveaux domaines sur les bords du Wolga; ct les auteurs du moyen âge les repousserent enfin : jusqu’en Scandinavie, dernier asile de tant d’autres fables géographicohistoriques.

La seconde région était au-dessus et à lorient de la Caspienne; elle

À sétendait depuis cette mer jusqu'aux parties de la Seythie qui lou=

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73 CHAPITRE SIXIEME, chent à l’Inde et à l'Océan oriental. Elle renfermait les Scythes, les

Hyreaniens, 1es Bactres et les Sogdiens. Quoique partageant les idécs :

confuses de son siècle sur la mer Caspienne et sur le cours des fleuves Oxus et faxartes, Strabon a eu des notions curieuses sur la manière dont vivaient ces peuples, et sur la nature des pays qu’ils occupaient,

On retrouve dansle Mazenderan les fleurs, les figuiers et les vignes qui tapissaient les collines de l’Hyreunie. Le Dahistan a conservé le nom des

anciens Dahe ; les Derbices crraient où errent les Turcomans, pasteurs È et sauvages comme @wx. La Bactriane voyait mûrir tous les fruits de h£ Crèce, excepté l'olive : les indigènes faisaient dévorer par des chiens È leurs parents courbés sous le fardeau des ans, usage qu’on rencontre, È

avec des accessoires plus ou moins affreux, chez tous les Scythes d'Asie: mas les mœurs et les arts de la Grèce embellirent bientôt les villes de Bactres où Balkh et de Maracanda, la Samarcande des Arabes. Plus au

nord et à l’est, Strabon n'offre que des notions vagues : il paraît consi- È dérer les Massagetes et les Sacæ comme deux grandes tribus scythiques qui vivaient de la pêche et du lait de leurs troupeaux. Les mines dt }

l'Asie septentrionale ont pourtant dû se trou: "r alors dans les mains d’un peuple plus civilisé, puisque les Massagètes possédaient de l'or et du cuivre, sculs métaux qui dominent dans les monts Altaï. Parni

les Scythes d’Asis, les Chorasmii et les Zocha# donnèrent leur nom à È

deux contrées encore aujourd’hui connues soû& «eux de ÆKowaresm ct de Tocharistan, l’une vers l'embouchure, l'autre vers les sources de l’Oxus : circonstance qui concourt à faire regarder les Scythes d'Asie,

mais non pas ceux d'Europe, comme étant la même race qui aujour-

d'hu. porte le nom de Tartares ou de Turcs.

Dans la troisième région de l'Asie, au nord du Taurus, notre gcographe comprenait les contrées situces sur le plateau que forment les

diverses branches de cette chaîne; les principales divisions étaient la È

Médie, l'Arménie et la Cappadoce.

En venant de la Bactriane par la Parthie, les portes caspiennes nou

ouvrent l'entrée de la Médie : sans doute nous y passerions encore par È

de sombres ravins ou plutôt par des crevasses dues à des tremblements de terre; nous y verrions les serpents fourmiller sous nos pieds, et les eaux salées distiller d’une voûte de rochers noirâtres suspendus sur notre tète, mais nous ne penserions plus comme les anciens que ce

défilé soit p du fléau de dité dans pl d’efflorescer vaient des teur du feu,

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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE, 79 défilé soit presque au centre de l'Asie, La Médie, longtemps exempte du fléau de la guerre, voyait des canaux d'irrigation répandre la fécondité dans plusieurs parties de son sol aujourd’hui desséché et couvert

d’efflorescencessalines. Lesgrandes villes d’Echatana et de Rhagæ conservaient des restes de la magnificence des monarques persans. L'adorateur du feu, soit Mage, soit Sabéen, exerçait son culte exempt de cruauté

près des sources de naphte qui s’enflamment d’elles-mêmes, et que les anciens placent dans beaucoup d’endroits de la Médic et des contrées voisines. Une portion très-montucuse de la Médie, devenue indépendante du vivant même d'Alexandre le Grand, prit de son libérateur et nouveau maître le nom d’Atropatène ou Aderbidjan qu’elle conserve encore de nos jours. Dans Je pays des Matiént, peuplade soumise à l’'Atropatène, on remarquait un grand lac d’eau très-salée ; on le nommait Spauta; c’est le lac Ourmia des modernes. Un lac encore plus étendu baignait à la fois les confins de l’Arménie et ceux de la Médie; il est nommé Arsissa chez Ptolomée, et lac de Van sur nos cartes. Strabon, plus exact que Tavernier, remarque que les eaux de ce lac sont saumâtres.

Dans les montagnes de Zagros et de Niphates, qui bornaient la Médie à l'occident, on distinguait parmi d’autres peuples sauvages les Kyrti, probablement 1£s Kurdes des modernes. Ces àpres montagnes arrêtèrent les armes de Marc-Antoine, de Trajan ct de Julien. Du côté du nord, d’autres cantons montagneux nourrissaient les tribus peu connues des Tapyri, des Mardi, des Caspii et la nation puissante des Cadusii, répandue depuis le Caucase jusque dans la Bactriane, et appelée Gelæ par les Orientaux, nom qui semble conservé dans celui de la province de Gihlan.

L'Arménic, très-connue deyuis par les guerres des Parthes et des Romains, était peu visitée dutemps de Strabon. Aussi c: géographe décrit-il les sources du Tigre moins exactement que le vieux Hérodote auquel les diverses branches de cette rivière étaient connues : Pline apprit plus tard que plusieurs de ces branches se perdaient sous les montagnes pour reparaitre dans un terrain plus bas. La branche septentrionale de l’Euphrate est bien retracée par Strabon ; mais le Murad ou Euphrate méridional, quéiqu'indiqné par Xénophon, n’est clairement décrit que par Ptolémée. L'Arawes, qui paraît touiours avoir confondu ses embouchu-

res incertaines avec celle du Cyrus, descend aussi de ce plateau d’Arménie où une température fraîche entretenait la verdure des piturages peuplés d’une belle race de chevaux, tandis que les montagnes au nord restaient couvertes de neiges éternelles. Les villes d’Artaxata et de Tigranocerta florissaient du temps de Strabon : elles s’éclipsèrent dans les ive et ve siècles devant la splendeur commerciale de Théodosiopolis, qui elle-même dans le moyen âge, céda le premier rang à 4rzen, notre Erzeroum, à Kars et à d’autres villes qui subsistent encore, et dont les noms semblent prouver que la langue du peuple arménien n’a jamais suhi de changements, quoique le christianisme le plus rigoureux ait remplacé le voluptueux culte d’Anaïtis ou de la Vénus assyrienne.

En passant l'Euphrate, nous entrons daus la Cappadocie, plateau entouré des chaînes du Taurus et de l’Anti-Taurus, souvent confondues ensemble par les anciens. Les plaines sèches et nues ‘le la Cappadocie proprement dite produisaient du blé et une race de chevaux renommés pour leur légèreté. A: nord, vers le Pont, il y avait de belles forêts ; et dans une partie de la Cappadocie voisine de l’Euphrate, et qu’on nommait aussi Petite Arménie, le district de Mélitène était embelli de vergers et de vignobles, Couverte de châteaux forts, la Cappadocie ne passédait qu’une ville remarquable, celle de Muzaca où Cæsaria, la Kaïsariéh des modernes au pied du mont Argœus, aujourd’hui Erdschir, dont le sommet se couronne de neiges éternelles.

Dans une partie de }: Cappadocie, nommée Cataonie, Strakon visita un temple dont le grand pontife exerçait presque l'autorité d’un souverain sur cette province. Il y avait dans le Pont un semblable temple; tous les deux portaient le nom de Comana; tons les deux avaient donné naissance à des vilies considérables peuplées en partie de prêtres, de pèlerins dévots et de beautés vénales; la Comana du Pont rappelait la richesse et les ‘lupti: de Corinthe.

Les côtes de la Cappadocie sur 2 Pont-Euxin, et quelques contrées maritimes dans le voisinage avaient, peu avant le temps de Strabon, reçu le nom du royaume de Pontus, nom qui, ayant été pris dans plusieurs sens pius ou moins étendus, embrouille singulierement la géogranhis ancienne de ces régions. La partie orientale est bordée d’une haute chaine de montagnes riches en fer et en cuivre; les rivières rapides qui eu descendent font écumer au loin la mer, et les gorges d’où

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| ples sauvages que Xénophon y avait connus conservaicnt encore en | grande partie leurs noms, leur caractère et leur manière de vivre. | Les Mosynèces conlinuaient à faire, de hautes tours de bois, l’asyle de \ leurs brigandages. Les soldats de Pompée éprouvérent, comme ecux |, de Xénophon, les funestes effets d’un hydromel vénéneux que cos sauvages leur présentaient af, de les tucr plus à leur aise. Les Chalybes, | appelés Chaldæi et Chalai ont laissé leur nom au mont Techildir, tandis : que le mont Dchanik rappelle une autre tribu que Strabon nomme . Sanni, mais que d’autres écrivains appellent Thianni et Teani $ tant il

est difficile de transporter un nom propre d’une langue dans une autre!

| Ces peuples sont les Macrones ou Macrocephali, c'est-à-dire gens à gros- * ses têtes, des écrivains plus anciens. La ville de Trapezus ou Trébizonde

n'avait pas encore l'importance qu’elle acquit sous Adrien, et surtout dans le moyen âge, sous les Comnènes,.

Dans la partie orientale du Pont, où les montagnes s’abaissent ct se retirent plus loin de la côte, on voyait le froment, l'olivier et toutes sortes d'arbres fruitiers orner les collines au pied desquelles l'Æalys et Vris roulaient leurs ondes : c'était là que s’élevaient les villes d’Amasée, patrie de notre géographe ; de Gabra, ornée d'un temple dx Dieu de la lune, et probablement identique avec la Neo-Ceæsaria des écrivains postéricurs ; de Comana Pontica, également fameuse par un tempie et un orle, vraisemblablement le Tocatde nos jours ; enfin d’Amasus, aujourd'hui Samsoun, une des résidences des rois du Pont.

Ces régions du Pont ne sont pas expressément comprises dans la qua-

| trième section de l'Asie en decà du Taurus, à laquelle cependant Stra-

bon attribue tout le reste de l'Asie Mineure, même la Cilici, quoique

Bb. décidément située au sud des montagnes.

Parcourons rapidement la Paphlagonie; ses hautes montagnes formant la chaîne d’Olgassis, et couvertes de forêts de buis, ses côtes, où en

l quelques endroits la vigne et l'olivier bravaient les vents du nord, et | ses villes commercantes, parmi lesquelles Sinope, ornée de benux édiï fices, tenait encore un rang qu’elle allait céder à Bysance. Jetons un L coup d'œil sur la Bithynie, si voisine de la Thrace, et qui, selon les anciens, en a reçu ses habitants; pays fertile et orné de plusieurs belles M vies, telles que Chalcedon, nommée sur les médailles et dans quelques

1, al

manuscrits Malchedon ; les deux métropoles rivales Nicea et Nicomedia; et au pied du mont Olympe, Prusa, peu importante du temps de Strabon, mais qui, dans le moyen àge, recueillit seule les débris de la splendeur de toutes les autres.

Ne nous laissons point arrêter par Strahon sur les côtes de la Mysie, dont la Troade fait partie, et où chaque village offre au géographe grec matière à une dissertation. À côté des monuments probablement apocryphes des héros de l'Iliade, et parmi des ruines plus célèbres qu’imposantes, fleurissaient Cyzicus, munie de deux ports, et bâtie en marbre tiré de l’île Proconésus ; Lampsacus, entourée de vignobles ; et Pergamvum, renommée par sa bibliothèque de 200,000 volumes ainsi que par l'invention du parchemin.

Nous allcns visiter avec la même rapidité le plateau de l’intérieur, ou la Phrygie, dont la Galatie au nord, et la Lycaonie à l’est, étaient des démembrements. On sait que les régions septentrionales de la Phrygie avaient été envahies, dans la 125° olympiade, par une armée de Galates ou de Celtes sortis des pays entre les Alpes et le Danube, et chez qui S. Jérôme crut retrouver la même langue que de son temps le peuple parlait à Trèves; ce qui ferait croire que ces Celtes étaient tres-mélés avec des Germains. Ancyra, ville principale de leur pays, ne jouissait pas encore, du temps de Strabon, de l'importance et de la splendeur que Ptolémée et les écrivains postérieurs lui attribuent. La Phrygie proprement dite comprenait les villes de Synnada, bâtie en marbre blauc tacheté de rouge; Apamea, Cibyra; et au nord, Cotiœum qui, sous le nom de Æutayé, est la capitale actuelle de l’Anatolie. La partie la plus occidentale de la Phrygie, sur les bords de l’'Hermus, portait le nom de Katakekauméné, c’est-à-dire région brûlée ; c'était une plaine qui paraissait couverte de cendres, et où l’on voyait trois cratères de volcan: étemts : la vigne se plaisait dans ce sol qui probablement n’est que du basalte décomposé. Sur les rives du Méandre, les habitants d'Hiérapolis arrosaient leurs champs avec l'eau des sourees chaudes, très-fréquentes dans ce canton ; ces caux, en déposant le tu: dont elles étaient chargées, formaient des aqueducs naturels: on y admirat aussi une grotte qui exhalait des vapeurs mortelles. Tout le sol était forme d’une roche

qui tombait en moudre sous les doigts, La Lycaonie, dont Iconïum, notre Konich. était la eapitale, offrait dans ses vastes plaines, couvertes one

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: asyle à tous les arts et à toutes les sciences. Parmi les villes ioniennes, 2 Ephesus et Smyrne tenaient le premier rang : elles continuèrent, pendant h toute la durée de l'empire romain, d’être les siéges du commerce. Ha » Smyrne, telle qu’elle existait alors, avait été fondée par Antigone, à k h vingt stades au-dessus de l’ancienne ville du même nom. Miiet, qui

avait régné sur le Pont-Euxin avant que les Athéniens n’cussent seu-

HISTOIRE DE LA GÉOGRAPIIE. 8 de

rescences salines, une nourriture convenable à de nombreux troupeaux de moutons à laine grossière, dont on tirait la matière premicre des étoffes phrygiennes, espèce de frise, Dans la plus grande partie de la Lycaonie on manquait d’eau potable ; plusieurs lacs salés y occupent un vaste espace ; la même nature du sol continue dans les deux petits can- UM tons de Milyas et d’Isauria, situés en partie sur le mont Taurus même. Les plus grands de ces lacs salés sont, le Tatta, en Lycaonie, le Coralis, dans l’Isaurie, et l’Ascania, dans la Hylias. C'est probablement ce dernier qui, selon Aristote, offrait de l’eau potable à sa surface, tandis qu'au fond on trouvait une eau imprégnée de nitre ou plutôt de patron, particularité que Pline paraît mal à propos attribuer au lac Ascanius, dans la partie de la Bithynie nommée Petite Phrygie.

Les Phrygiens étaient une des grandes nations de l'Asie Mineure, et ne descendaient point de la race araméenne : plusieurs anciens les font venir d'Europe ; maisleurs propres traditions les représentaient comme indigènes depuis un temps immémorial. Il en est probablement de même des Lydiens et des Carez ou Cariens qui occupaient les côtes occidentales de l'Asie Mineure avant l'invasion des colonies grecques. La Lydie où le Tmolus, parfumé de safran, donnait naissance aux eaux du Pactole, chargées de quelques paillettes d’or, et la Curie, où le mont Taurus comnience, ont souvent changé de limites. Sardes, la capitale de Crésus, était encore une grande ville, mais aucun monument n'y rappelait la splendeur des anciens Lydiens, auxquels cependant on attribue l'invention de la monnaie, des jeux gyninasliques et de plusieurs arts.

Sur les bords de la mer Égée s'étendait l’£clide, qui n’était proprement que la côte de la Mysie méridionale, et où la scule ville de Xyme, en latin Cumæ, mérite d’être nommée. Plus au midi l’Jonte bordait toute la Lydie et une portion de la Carie ; elle fleurissait encore du temps de Strabon, cette contrée bénie du ciel, où les Grecs avaient ouvert un

lement une marine, et qui avait fondé 75 ou 80 colonies, était encore une grande ville ; mais elle avait perdu son ind'strie et ses richesses.

Les Doriens avaient fondé, sur les côtes de la Carie, quelques villes que l’on comprenait le plus souvent dans la Carie. Halicarnasse, aussi magnifiquement bâtie que bien fortifiée, tenait le premier rang ; après elle venait Enidus où l’on admirait la Vénus de Praxytèl”. t où les Eudoxus, les Ctésias et les Agatharchides avaient vu le jou:

Le long des côtes éoliques, ioniennes ot doriques, plusieurs Îles favcrisées par Ja nature étalaient encore les superbes restes de leur ancienne splendeur ; de ce nombre était Lesbos ou Mytilène, qui, grâce à l’historien Théophane, son protecteur auprès de Pompée, respirait de la tyrannie de Sylla; Chios, riche de son mastic, tirait du nectar de ses vigrobles Arvisiens, et renfermait, sinon comme autrefois, la plus opulente ville de la Grèce, du moins une cité libre et importante ; Samos, moins florissante, n'avait plus que ses belles poteries et ses nombreux chefs-d'œuvre de sculpture ; mais sa capitale, jadis une des plus considérables de la Grèce, était totalement déchue : la petite, mais élégante cité de Cos s'était misux maintenue ; enfin Rhodes « l'épouse du soleil » conservait ses avantages naturels, son air pur, <es bois de construction, ges raisins, ses figues, ses marbres : l'industrie de ses manufacturicre et de ses artistes l’enrichissait encore; mais elle avait perdu, avec sa liberté, sa marine et son commerce.

Le géographe, dont nous suivons les traces, s'arrête avec intérêt sur la constitution des républiques fédérées de Lycie, déjà ébranlée par Brutus, et que l’empereur Claude anéantit. Patara était, après la chute de Xanthus, la principale ville de ce pays, riche en beaux cedres et en platanes. Dans le canton d'Héphestion et dans le ravin de la Chimæra on

. voyait des feux, qui sortaient de la terre, voltiger sur le gazon sans le

détruire. La Pamphylie, d'abord restreinte à une lisière de côtes, devint, sous les rois de Syrie, une province étendue, et comprit une grande

partie de l’âpre Pisidie avec Sagalassus, qui se vantait d’être une colonir

de Lacédémone, et peut-être se retrouve encore dans une ville turqte nommée Sparta. Ici Strabon passe le mont Taurus pour décrire à là suite des autres provinces de l'Asie Mineure, la Cilicie, divisée en deux parties, l’une surnommée Tracheïa, en latin Aspera ou la Montagneusc,

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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE, 85 l'aatre nommée Cilicie propre ; il parcourt les montagnes couvcries de cedres et de pins qui ceignaient ces contrées, et parmi lesquelles l'Amanus renfermait le défilé nommé porte de Syrie : il dépeint la fertile et riante plaine où s'élevait Tarsus, ville qui, par son école historique, était la rivale d'Alexandrie et d'Athènes. L’antre Corycien, décrit avec plus de pompe et moins de clarté par Mela, n’est, selon Strabon, qu'un profond bassin environné de montagnes et ombragé de forêts toujours verdoyantes ; dans le fond se trouve un véritab!e antre d'où jaillit un ruisseau dont les eaux limpides, mais amère erdent sous terre : c'est là que croît le meilleur safran.

Après cette belle description de l’Asie Mi esquisse trop rapidement l'île de Cyprus ou Chypre, riche di ons de la nature. ses fruits délicicux, ses arbustes qu distillaient la précieuse gomme appelée ladunum; ses huiles parfumées, son miel aromatique; ses vins; son chanvre ; ses forêts de bois de construction, objet de querelle entre les rois d'Égypte et ceux de Syrie; ses antiques mines de cuivre d'où l'ile tirait son nom, ses pierres gemmes, son jaspe, son asbeste ; voilà quelques-uns des avantages attribués par les anciens à cette île qui, du temps de Stra1bon, nourrissait probablement un million d'habitants et davantage, puisque, sous le règne de Trajan, les Juifs révoltés y massacrèrent 240,000 individus. Salamis élait encore la ville principale ; Citeum rappelait le Cethim de la géographie des Hébreux ; et Paphos, consacre à Vénus, conservait toujours son nom cher aux païens, quoique l'empereur Auguste eût tenté d’y joindre le sien.

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CITAPITRE SEPTIÈME.

Analyse de Strabon. — Asie au delà du mont Taurus. — Voyages de Mégasthène et «le Néarque.

L’Asie au delà, c’est-à-dire au midi du mont Taurus, occupe Strabon dans les 15° ct 16: livres de sa Géographie. En commençant par l’orient, il décrit d'abord les Indiens qui passaient pour la nation la plus puissante et la plus nombreuse de l'Asie : leur pays avait pour confins, suivant Eratosthène et Strabon, l'Océan oriental et la partie méridionale de l'Océan atlantique. A l’occide ntde l'Inde, on trouvait une vaste région, mal peuplée à cause de la stérilité de son sol et occupée par différentes nations tout à fait barbares; c’était l’Ariane, dont l’Aria n’est qu’une partie, et qui s’étendait du Paropamisus jusqu'à la Gédrosie et à la Carmanie; venaient ensuite les Perses, les Susiens, les Babyloniens; quelques autres petits peuples, la Mésopotamie, la Syrie, les Arabes et les Egyptiens jusqu’au Nil.

Strabon n’a rien ajouté aux connaissances qu'Eratosthène avait eu sur les contrées orientales de l'Asie; et dans sa carte, l’Inde, quoique Mégasthène en cût donné les vraies dimensions, était toujours orientée de manière que la côte occidentale devenait méridionale, qu’ainsi la péninsule disparaissait, et que la pointe méridionale de toute l’inde se trouvait sous la même latitude que Méroé. Les connaissances de Strabon sur l'Inde se bornent, de son propre aveu, aux contrées à l’ouest de l'Hyphasis et de l'Indus, conquises par Alexandre et décrites par deux des compagnons de ce héros, Onésicrite et Aristobule. Il avait encore, d’après la relation de l'ambassadeur Mégasthène, quelqu’idée des pays sur le Gange, et de ba grande ville de Palibothra. I ne paraît pas avoir connu l'itinéraire des marches de Séleucus, et, quoiqu'il cite Néarque, il n’a pas tiré tout le parti possible de la relation de cet amiral d'Alexandre. Les sources de Strabon étant ainsi les mêmes que celles où, deux siècles plus tard, Arrien puisa les

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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE. 67 matériaux de sa description de l'Inde, nous combincrons l'analyse de ces deux relations.

La haute vallée, ou peut-être le plateau qu’arrose l’Indus, appartenait à l'empire des Perses : voilà l'Inde connue à Hérodote et à Clésias. C'est là que demeuraient les Gandari connus aussi de Strabon, mais répandus alors plus au midi : c'est là que lés anthropophages Padæi, voisins des Bactriens, habhitaient la contrée de Pader ou le petit Thibet, nommé aussi le Parestan, d’où vient le nom de Paricni chez Mela. La contrée Paktyika, voisine de la ville Kaspatyros, séparait cette inde d’Hérodote de la Bactriane ; ce qui fait croire que la Paktvika était le pays de Badakshan. Le nom de Kaspatyros est persan, ct signifie porte de montagnes : c’est peut-être le Kutwère de nos jours. Comme Alexandre ne s’avança que très-peu dans ces hautes régions, un ingrat ov.bli enveloppa les antiques vérités consignées par Hérodote ; les fables seules furent res- . pectées. On y joignit mème d'autres contes, tirés des anciennes relations demi-poétiques sur la Colchide, la Scythie et la Libye.Enfin, comme les Grecs aimaient à s’attribuer l'honneur d’avoir civilisé l'univers, leur Bacchus fut considéré comme le premier conquérant de l'Inde, et sa montagne sacrée, nommée Nysa, placée auparavant près de la Phénicie et de l'Egypte, fut tout à coup retrouvée dans une des villes de l'Indostan nommée Nischa, et consacrée à Dewanischi, divinité indienne dans laquelle on crut voir le Dyonisos des Grecs. |

D'après cette ardeur à tout sacrifier au merveilleux, les Grecs, venus d’ailleurs dans la saison des pluies, exagérerent la largeur des fleuves de l’Indostan, parmi lesqu… ils connurent surtout l'indus. Alexandre parut un moment prendre pour le Nil Egyptien l'Indus, nommé aussi Nil-Abou fleuve bleu. D’Anville, Rennel et Wahl n’ont pas pu éclaircir tout ce que les anciens disent sur les fleuves qui se jettent dans l’Indus; soit de l’ouest, comme le Kofes, le Choaspes, le Suastus; soit à l'est comme l’Hydaspes, notre Djelam nommé aussi Behat; l’Acesines, notre Tchenab, nommé en sanscrit Tchandarbhagaga, d’où Ptoléinée fit son Sandabala; l'Hydraotes, nommé Hyarotes par Strabon, et Rhuadis par Ptolémée, notre Rawy, ou en sanscrit frawaty, l'Hyphasis, terme des marches d'Alexandre; l'Hypanis de Strabon et de Diodore; le Bibasis de Ptolémée, en sanscrit Bipascha; enfin le Saranges d’Arrien, nommé Hesidrus par Pline , Zaradius par Ptolémée, et sur nos cartes Sutledie

sû CUHADITIEL SEETILAE.

ou Eailadche, Ec Gange recevait, sclon le récit de Mégasthône, dix-neni grandes rivicres, parmi lesquelles on distiuzuc le Jonanes, Foharcs d’Arrica, et notre Jumna; le Sonus, nolre Süanc; l’Erannoboas, doni le nom, ou plutôt Pépithèle sanscrite, a dû être Hiraniabaha, c'est-à-dire roulant de l'or, ei qui avait son embouchure près de la ville de Palibu- {hra ; le Condochates, notre Gonduk; le Caïnas probablement le Cogra; Pgoranis, PAmystis ct autres, à l'égard desquels il règne une grande diversité d'opinions. Les incertitudes deviennent encore plus fortes lorsqu'il s'agit de retrouver le grand fleuve qui doit couler aux extréiwités de l'Inde, et que les ancis:.: nomment Dyardanes et Oidanes; cependant on est tenté d'y reconnaître le Burampoutre où Brahmahporutre qui ne nous est connu cn totalité que depuis qualre-vingls ans environ.

£es Grecs contemporains de Strabon parlaient des mêmes pays et des mêmes nations dont Iles noms avaicnt frappé les oreilles des Grecs contemporains d'Alexandre. Ainsi Strabon nous nomme le royaume d'un Porus qui envoya des ambassadeurs à Auguste; mais le nom de Porus est-il celui d'unc famille ou celui d'une dignité? Les princes Musicanus, Oxicanus ct Porticanus n'ont pas, plus «ue le Porus d'Alexandre, técu trois ou quatre siecles; mais ici la sylabe can ou khan est évidemment un nom de dignité plutôt qu'un nom personnel. La position des Elats de ces princes, correspondante à celle da l’Indoscythia de Piol‘mée et du pays des une blancs de Cosmas * “us autorise à ad-

inettre une invasion des hordes turques et mon: 168 antcrieure à

\ Alexandre, et peut-être souvent réittrée. Nous retrouvons avec plus

de certitude les Caspiræi dans la fameus® vailée de Cachemire, ou en exnscrit Kachap-mer; la région Peukelaoti:, dans le canton de Pekhely : la puissante nation des AMulli, dans le Moullan nommé Mél par Moses de Chorénc; ct la Pattalène, c'est-à-dire la terre cntrecoupée, dans le Delta de l’Indus. Peut-être les Chatei d’Arrien, les Cathari de Diodore et les Chatiræi de Ptoltmce désignent-ils les Rasputies modernes, qui

sont principalement dela caste des Kottery ou propriétaires de bicns-

fonds, et de celle de K'schatria ou guerriers.

Il nous semble encore plus évident que les grands royaumes des Prasiens et des Gangarides, dont les Macédoniens cux-mèêmes redoutèrent les innombrables éléphants et chariots de gucrre, sont indiqués

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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE. 89 dans les livres sanscrits sous les noms de Pragi ou emrire d'orient, et de Gangaradessa Où royaume de Gange. Ce dernicr comprencit une portion du Bengale; le premicr s’étendait depuis les confins des Gangarides jusqu'au delà de la Jamna. La fameuse ville de Palibothra, capitaic des Prasiens, était, selon d’Anville et autres savants, l’Allahaïad moderne, autrefois nommée Prag, ct ornée de l'épithète de reine des villes saintes; mais comme les itinéraires donnés par Pline portent cctte ville à 425 milles romains à l’est du confluent de la Jumna, Rennel l'a chere chée près de Patna où il a existé une ville nommée Pataliputra ; de nouvelles recherches tendent même à faire reconnaître eclte capitale dans Rajémahl, autrefois nommée Baliputra dans le Bengar.

La péninsule méridionale de l'Inde en deçà du Gange, quoique déjà visitée par les flottes des Plolémées, cst à peu près inconnue à Sfrabon : il parle vaguement d’un roi Pañdion dont les ambassadeurs portèrent à Auguste des présents très-simples ct très-bizarres. Les Pandions ou Pandæ des anciens sont l'antique dynastie des Pandi ou Panduwan qui, sclon les livres des Iindous, a régné pendant trois cent soixantedeux générations sur le royaume de Madure, nommé en sanscrit Pandi-mandalam, ce que les anciens ont traduit par regio Pandionis,

On conçoit d'avance que les notions de Strabon sur Taprobane ou Ceylan ne pouvaient être que très-imparfaites. Eratosthène avait déjà décrit cette île d’après les traditions recucillics à Palibothra par Mégasthène; il la plaçait au midi de l’Inde, à vingt journées de navigation du cap des Coliaques, mais d’une navigation infiniment lente; il lui donnait 5,060 stades de long sur 7,000 de large, ou même 8,000 selon Strabon : l'ile sc projetait d’orient en occident vers l'Ethiopie, et parallelement à la côte de l'Inde. Onésicrite ne l’éloignait que de sept journées de navis gation, ct lui donnait 5,000 stades d’étendue, ce qui probablement doit s’entendre de la circonférence; mais Onésicrile trouva peu de con-

b fiance.Il paraît même que Taprobane fut quelquefois considéré comme

: l'extrémité d'une grande terre australe qui se joignait à l'Afrique. Les notions historiques des anciens sur les institutions ot usages des Hindous étaient plus avancées que la géographie proprement dite.

: la division par castes les avait frappés; mais ils en comptérent s’pt

} au licu de quatre, au moyen de subdivisions arbitraires des classes princinules, L'esclavage, connu puni les Indoscythes, ne lélait pas [ES 12

90 CHALTIRE SEPTIÈME.

parmi les vrais Indiens. Rien n'indique la déplorable existence de la classe des Parias; mais les rois paraissent déjà revètus d’un pouvoir despotique et entourés d’un nombreux sérail. Les mœurs des Indiens

étaient déjà ce qu’elles sont. Les femmes étaient déjà dans l’usage de

s’immoler sur le tombeau de lurs époux.

La chasse aux éléphants, les ravages du tigre, le retour périodique des pluies, se retrouvent dans les descriptions de Strabon et d’Arrien avec une exactitude comparable à celle des modernes. Niarque sembl indiquer la canne à sucre et La boisson spiritucuse qu’on tire de sm

jus; mais ni les monts où naissent les diamants, ni la côte où croissent

les perles, r’étaient connues de ces auteurs. En partant des bouches de l’Indus pour revenir sur les bords dt

l'Euphrate, notre géographe ne fait que suivre les traces de Néarque, R

amiral d'Alexandre le Grand, dont il avait sous les yeux la relation,

La flotte d'Alexandre, sortie du bras occidental de l'fndus, navigu contre la mousson d'ouest, le long de la côte des Arabites, pendu 41,000 stades, et de celle des Orites l'espace de 1,800; elle côtoya ensuite le pays des Ichthyophages pendant 7,400 stades. La première de ces peu-

plades appartenait encore à l'Inde. Les Oritæ où Horitæ habitaient uk

petit canton fertile en vin, blé, riz et palmiers, qui conserve encore le

nom de Hor ou Haour. Néanmoins, sur la côte, à Tomerus, Néarqueh rencontra de véritables sauvages qui couvraient leur ccrps velu d'un

peau de phoque ou de baleine. Les Ichthyophages n'étaient guère plu

civilisés : leur pays ne produisant que très-peu de datticrs et d'ar-R

brisseaux aromatiques, ils n'avaient d’autre nourriture pour eux € ques,

pour leurs chèvres que la chair de poisson réduite en une sorte Gel

pâte ou caviar; la peau des grands cétacés leur scrvait à faire dés vêtements; les arètes devenaient des armes; les côtes tenaient lieu & bois de charpente pour leurs cabanes couvertes d'herbes marines. Li contrée des Ichthyophages apparttuait à la Gédrosie; l’Arie, la Drangrint et J’Arachosie formaient le grand pays nommé Ariane par les Grecs, et qui correspond à la Perse orientale de nos cartes. L'Ariane est pro bablement l’Yran primitif des historiens orientaux; Pline et méènt Strabon la confondent quelquefois avec l’Arie qui n’en est que la parti la plus fertile, et où se trouvent la ville Aria, aujourd’hui Herat, c! : Palus-Aria, notre lac Zerrah.

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La Carmanie, quelquefois comprise dans l’Ariane, charma les regarüs des Macédoniens fatigués de l’aspect des déserts sablonneux ; ses blés, ses vins, ses raisins énormes, sa belle race d’ânes, ses mines d’or et de cinabre furent vantés par ces guerriers voyageurs, et, sur leur parole, par les géographes grecs. Un canton âe la côte s'anpelait Armozia ; là

florissait par le commerce de l’Inde la ville du même nom, qu’on trouve

aussi écrit Harmuza. Dans le xu° ou xure siècle, les irruptions des Tar-

k tares forcèrent les habitants à se réfugier dans l’île d’Organa, déserte | du temps de Néarque, mais qui, dans le xv- siècle, sous le nom d’Ormuz

ou Harmuz, remplit le monde du bruit de ses richesses. Une autre île voisine, la fertile Oaracia, porte le nom de Kischmis sur les cartes

| modernes.

La patrie de Cyrus déploie maintenant ses côtes toujours échauffées

h des vents du midi, ses montagnes couvertes de neige, et entre ces | deux zones ses riantes vallées, jacis ombragées de cyprès et où mü-

: rissent encore des raisins généreux. Dans cette zone tempérée, Persé- L polis, nommée en persan Jstakhar, s’étendait au pied d'un vaste et ma-

gnifique château royal, dont les restes encore impos:nts sont nommés Tchehil-Minar ou les quarante colonnes. Il est probable que les parties habitées de ce vaste palais, les appartements des rois, construits en ceare, eurent seuls à souffrir de la vengeance d’Alexandre, lorsque,

dans un moment d'ivresse, ce vainqueur y porta lui-même la torche

incendiaire; la ville, du moins en grande partie, resta debout jusque dans le vue siècle.

Persépolis n’était pas la seule ville royale que renfermât la Persis ou

| la Perse proprement dite. Pasargadæ, l’ancienne capitale, s’enorgueillis- . sait du monument sépulcral de Cyrus. La Susiune, province où régnait

L unéternel printemps, est souvent considérée comme une subdivision de marines. Li

h Perside; mais elle en est séparée par des montagnes, et ses deux ri-

| vières l’£Eulœus et le Pasitigrts, confondent leurs embouchuresavec celles . du Tigris. La langue syriaque ou araméenne paraît y avoir dominé, | etles maisons de Suse étaient construites, comme celles de Babylone, . en briques cimentées par de l’asphalte. Les Susii, qui, selon Strabon, | étaient les mêmes que les Kissi, semblent donc appartenir à la grande L famille des peuples araméens ou syriens; mais i1 côte, bordée de basfonds inaccessibles, appartenait à une nation différente, les Elymæi

des Grees et los L'un de li géographie hébraïque. Ge peuple, ancien. nement trés-puissant, subjugué ensuite par les Babyloniens, forma, du temps de Strabon un royaume indépendant. Une autre tribu, les Kossæi, ont laissé à la Susiane le nom moderne de Khosistan.

En nous approchant des bords de l'Euphrate et du Tigre, les souvenirs géographiques se multiplient et s'agrandissent trop pour que nous les puissions faire entrer dans le cadre étroit de ce Précis. Comment résumer seulement toutes Les discussions qui ont cu lieu sur les divers empires fondés dans les trois contrées d’Assyrie, de Mésopotamie ct de Babylonie, contrées unies par la même langue, habilées par des Araméens, mais dans lesquelles les peuples montaguards de Arménie ct de la Médie paraissent avoir souvent fait des invasions et formé des établissements de plus ou moins de durée? Comment concilier ici Hérodote et Ctésias avec Les écrivains hébreux? 1! suffit ici de nous en tenir aux notions de Slrabon cet des autres Grecs postérieurs à la conquête de l'empire persan par Alexandre.

Le nom d’Assyrie, ou, selon le dialecte chaldéen, Aturie, qui paraît avoir été anciennement la dénomination générale de ces contrécs semble, sous les Persans, avoir cédé la place à cclui de Babylonie, qui d’abord ne comprenait que le royaume dont celte ville était la capitale. Strabon emploie quelquefois les deux noms comme synonymes ; ct plus tard, sous les Parthes, celui d’Assyrie redevint le plus généralement usité. La contrée comprise entre le Tigris et l’'Euphrate, l'Aram-Naha-

raim des Hébreux, fut appelée, sous les successeurs d'Alexandre, Mésopotamie, nom inconnu à Xénophon qui comprend les riantes val- à

lées de la partic septentrionale sous le nom de Syrie, et les déserts de la région méridionale sous celui d'Arabie; division qu’on retrouve chez les Hébreux, et qui a été suivie par plusicurs historiens. C’est comme province romaine, toujours attaquée par les Parthes, que la Mésopotamie a eu le plus de célébrité; mais ses limites changeaient au gré de la fortune.

Tous les anciens vantent l'exu time fertilité de la Babylonie, arrosée par d'innombrables canaux que la négligence des habitants actuels a laissé disparaître en partie. D’autres canaux, parmi lesquels on dis-

tinguait le Fleuve Royal, scrvaient à la navigation intérieure ; cependant JE

le défaut de bois, qui obligea le conquérant macédonien à transport

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IMSTOIME DE LA GÉOGNAPHIE, c3

sa flotte par terre des ports de Ja Phénicie dans l'Eupbrate, réduisait celte navigalion à des bateaux dont une partie était en osier couvert de cuir ou enduit de bitume. Le comr "rce de Babvlone parait donc avoir étéentre les mains des habitants de Gerrha. ville d'Arabie dont les navires remontaient l'Euphrate jusqu’à Thapsacus.Du temps de Slr'abon lasplendeur de Babylon: était éclipsée par le voisinage de Séleucie, ville nouvellement bâtie sur le fleuve royal non loin du Tigris; bientôt Séleucie compta 600,000 habitants, et Babylone devint déserte. Les murs de Sémiramis, le temple de Bélus et les jardins suspendus en l'air sur des voûtes hardies se sont écroulés, ct les voyageurs ne trouvent qu'un immense amas de briques où s’élevaient les palais des maitres de l'Asie.

Au midi de Babylone s'étendait, vers l'Arabie et Les bouches de l'Euphrate, la Chaldée, aujourd’hui presque déserte, mais anciennement couverte de villes.

L'Assyrie proprement dite, ou l’Aturie de Strabon, avait, déjà cinq ou six siècles auparavant, vu disparaître une autre ville célèbre, la Ninive

des écrivains hébreux, nommée Winus par les historiens grecs : elle

avait, selon Diodore, 480 stades de pourtour ou environ 14 à 45 lieues de France; mais comme il la place sur l'Euphrate, tandis qu'elle était sur le Tigris, ne pourrail-on pas croire qu'il l'a confondue avec Babylone ?

Les sources de naphte de l’Adiabène et le canton d’Arrapachitis qui rappelle l’Arphacsad de Moïse ne doivent point nous arréter. Ctésiphon, résidence d’été des rois des Parthes, n’était, du temps deStrabon, qu’une ville du second rang.

Nous en dirons autant de Nisibis, devenue depuis le rempart de l’empire romain, d’Edessa et d’autres villes de la Mésopotamie ; leur célébrité est postérieure à l’époque dont nous parlons.

À l'ouest de l'Euphrate nous voyons s'élever les montagnes de la Haute-Syrie, cntremélées de valles riantes et bordées par les sables du désert. Là coule l’Oronte, que d'innombrables machines à roues forcent à verser ses eaux fécondantes sur les campagnes voisines; ici brillent les cités fondées ou rétablies par les Séleucides, et dont les proconsuls romains même ne pouvaient épuiser les richesses. La populeuse 4nticche, rivale de Rome, d’Alrxandrie et de Séleucie sur le Tigris, voyait accourir dans ses théâtres, son cirque, ses boutiques, et dans les volup-

lueux bosquels de Zaphné tout ce que le monde possédait alo”s d'heu—

reux oisifs, et pourtant sa splendeur: n'avait pas encore atteint son plus haut degré. Sur la côte, Laodicée florissait par son port et ses vignobles; Séleucie passait pour une forteresse imprenable. Près de l’Oronte, Emesa, dont le nom indigène était alors et est encore Hems, renfermait un magnifique temple où l'on adorait le soleil sous l’'emblême d’une pierre noire; Apamie, dont le canton, disait-on, pouvait nourrir une armée entière, s'accroissait, tandis qu'Hamath, si importante dans la Géographie des Hébreux, n’était plus que l’insignifiante Epiphania, et attendait l'époque des Arabes pour refleurir. Vers l’Euphrate, la ville des palmes ou Tadmor, dont la fondation cest attribuée au roi Salomon, né tait encore que faiblement connue sous le nom demi-latin de Palmyr; déjà cependant elle commerçait avec l'Inde; Beræœa qui, sous le nom d’Haleb ou Alep, devait un jour hériter des grandeurs encore naissantes de Palmyre, avait aussi peu de célébrité; mais Hierapolis, nom mée en syrien Mabog, attirait, par son temple de la déesse Dercetis, une population immense et des trésors que Crassus employa plusieurs jours à faire pescr. Les descendants des Séleucides, relégués à Samcsate, régnaient sur le fertile canton de Comagène.

Dans la partie méridionale de la Syrie, le Liban et l'Anti-Liban portaient encore sur leurs cimes de vastes forêts de cèdre, etombrageaiem au loin ces vallées profondes qui composaient la Cœle-Syrie, littéralement traduit « la Syrie creuse. » Damas n’était encore connue que par la beauté de ses environs; mais Heliopolis, nommée en syrien Baalbek, c’est-à-dire maison du Seigneur, possédait sans doute déjà le fameux temple qu’Antonin fit agrandir ou rebâtir.

Le nom de Phénicie restait toujours à une côte assez étendue en longueur ; mais ses villes ne concentraicnt plus le commerce du monde. Tyr se soutenait par ses teintures en pourpre, Sidon par ses verrerics. Strabon indique Ptolémais, en syrien nommée / co, comme la ville principale de ces contrées.

Les Zturæi, qui sont peut-être les ancêtres des Druses, avaient leurs petites seigneurics disséminées dans toute l'étendue du Liban, de PAnti-Liban et des montagnes voisines. La fertile Galilée avec Tibérias, sur le lac du même nom ; la Samarie, où la naissante Césarie rivalisut avec Ptolémaïs ; la Judée, encore bien cultivée ct fertile, avec la florissante et populeuse Jérusalem, l’Hiero-Solyma des Grecs, et au delà de la

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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE. 95 riante vallée qu’arrose le Jourdain, la Perée, la Decapolis, ou le pays de dix villes; les petits cantons de Gaulonitis, Trachonitis, Batanea et Aura nitis, voilà ce qui formait le nouveau royaume des Juifs sur lequel planait déjà unie destinée cruelle, Strabon qui, avec Diodore, nous a conservé des détails intéressants sur la naissance de l'asphalte dans la mer Morte, confond pourtantce lac d’une manière inconcevable avec le lac ou plutôt la lagune de Sirbonis, voisine des côtes de l'Égypte.

Toute la Syrie avec la Palestine et la Phénicie, n’était, aux yeux d'Hérodote, qu’une côte de PArahic. En effet, les tribus arabes se sont de tout temps répandues dans les contrées voisines, témoins les Arabites que nous venons de trouver dans l’Inde, les Arab-Égyptiens que Ptolémée place sur la côte occidentale de la mer Rouge, les colonies arabes d’'Éthiopie indiquées par le roi Juba, et peut-être les Indi, sur le fleuve Indus en Asie Mineure, qu’un auteur romain, Vibius Sequester, semble appeler Arabes. Hérodote ne parle des Arabes que d’une manière générale : en peignant quelques traits de leurs mœurs, il indique comme leurs principales divinités Urotalt ou Eratallah, le dieu du feu, et Alitalt où Alatta, une déesse semblable à la Vénus céleste. Alatia, nommée dans le Coran, était adorée sous la figure d'une pierre noire. Nous savons par les écrivains hébreux que les Arabes ont, de temps immémorial, été partagés en d'innombrables tribus, les unes errantes, les autres fixées dans les villes : Strabon y ajoute que les Arabes méridionaux étaient, comme les Égyptiens ct les Indiens, divisés en castes au nombre de cinq, les gucrriers, les cultivateurs, les artisans, les savants et les marchands. Les Arabes, peu belliqueux, se livraient presque tous au commerce ; les habitants de la côte méridionale recevaicnt de l'Inde,

: eten partie rccucillaient dansleur propre pays de l’encens, de la myrihe

et des aromates que les Arabes nomades transportaient sur leurs cha-

F meaux dans les villes commerçantes de la Syrie et de l'Égypte. C'était } ce commerce qui accumulait entre les mains des princes ou cheiks

arabes l'or de l’Europe et les pierreries de l'Inde. Cependant les Hébreux etles Grecs s'accordent pour donner à 1 Arabie des mines d’or; ils en décrivent l'exploitation, ils en marquent la nature trop en détail pour qu'il nous soit permis, à nous qui connaissons si peu l’intérieur de ce pays, de rejeter absolument des renscignements aussi positifs.

Strabon ne distingue que deux grandes divisions dans l'Arahie, la

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CHADITRE SEPTIÈME,

parte déverte, an nord, entre liSyrie, FEupbrate et la Palestine, et au widi de ces plaines abandonnées aux Setnites où habitants des tentes, l'Arabie heureuse qui, dans l'idée de Ja plupart des anciens, comprenxit la majeure partie de la péninsule, Sur le golfe persique notre géographie décrit d'abord le pays de Yacini; il connaît la ville de Gerrha siluéc à 2,100 stades des bouches de l'Euphrate, bütie en picrres de sel, et dont les habitants, Chaldéens d’origine, faisaient un grand commerce en marchandises de l'Inde. Là se terminent les connaissances du géographe d'Amaste,

Le Voyage de Néarque prouve cependant que les Grecs connaissaient déjà les Macetæ, habitants d'Oman, et dont'e nom est resté à la ville de Mascale; mais Strabon ne savait, sur toute l'Arabie méridionale, que ce qu'il avait lu dans Éralosthène, Agatharchide et Artémidore. Selon ces auteurs, il y avait dans le sud-ouest de l'Arabie quatre peuples principaux; les Chatramotitæ, appelés aussi Chatramitæ ct Atramitæ, dont le nom so retrouve dans la provinse d'Hadramaut , les Catabanes qui demeuraient au nord de ceux-ci, et qui paraissent souvent avoir changé de limiles ; les Sabéens, qui occupaient la partie occidentale de l'Yémen, el dont la capitale Saba, comme tous les chefs-licux de l'Arabie, est désignée sous le nom générique de Htariaba ; enfin les Hinæi, quis’'étendaient jusqu'aux environs de la Mecque, le Macoraba de Piolémée. Ces Mini, dont les Madianites de Moïse étaient peut-être une branche, faisaient un grand commerce avec l'encens et la myrrhe qui croissaient dans leur voisinage; mais les plus riches de tous les Arabes étaient les Sahécens qui partageaient avec les Gerrhéens le commerce de l'Inde, ct dans les maisons desquels on voyait éclater de toutes parts l'or, l'ivoire et les picrres fines.

Au nord des Minæi demeuraient les nombreuses tribus connues des Hébreux sous les noms d'Édom, d’Amalec, de Moab et autres, toutes réunies sous la domination suprème des Nabaïths, les Nubathéens des Grecs ct des Romains. Leur capitale, Petra, qui probablement n’était d'abord qu'un rocher naturellement fortifié et rempli de cavernes habitables, donna à toute la contrée le nom d’Arabia-Petræa. Ce pays, subjugué par les généraux de Trojan, et dont la superbe Bostra devint pour lors la capitale, jouissait, du temps de Strabon, d'un haut degré de Uber6 politique, Les rois ou chefs populaires étaient responsables. Le

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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE, 97 commerce concourait avec l’agricuiture à rendre florissant l’état de ce peuple. Une femme épousait quelquefois plusieurs frères en ième {temps

Voilà tout ce que Strabon savait d’un pays dans lequel un de ses amis avait commandé une expédition. Elius Gallus, parti de Cléopatride en Égypte avec 10,000 hommes et une flotte considérable, débarqua à Leuceæ, principal port des Nabathéens. Obodas, roi de cette nation, joignit ses forces à celles de Gallus, déjà très-épuisées, et fit commarder

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arides, dans les pays où régnait Arétas; il leur fit ensuite traverser l'Ararène, et ils n’arrivèrent qu'après une march forcée et excessive ment difMicile à Anagrana qu'ils saccagérent . les villes d’Asca et d’A!hrulla

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Analyse de Strabon ; Afrique. Voyage d’Eudoxus de Cyzique.

Depuis l’époque d'Hérodote l'Égypte, transformée en monarchie grecque, dirigeait ses conquêtes et ses découvertes vers le gclfs Arabicie ct la mer de l’Inde. Eratosthène avait recueilli à Alexandrie des renscignements lrès-exacts sur les sinuosités que présente le cours du Nil dans la Nubic ; il distingue plus clairement que ne l’avait fait Hérodot:, le vrai Nil, venant d’oucst, notre Bahr-el-Abiad, l'Astapus, qui est le Nil d’Abyssinie ou l’Ahbawi et l’Astaboras ou notre Tacazzé. C'était sans doute d'Eratosthène que Strabon avait pris ce qu’il nous apprend sur le lac Pseboa, qui semble être celui de Dembea en Abyssinie ; mais rien ne prouve que le savant bibliothécaire connût les sources du grand Nil; rienno .iusne démontre que les Égyptiens aient pénétré au delà des limites actuelles de l’Abyssinie.

Le fameux monument d'Adulis, qui atiribue à Ptoléméc-Evergète une expédition en Ethiopie faite dans la vingt-septième année de son règne, est fortement soupçonné de manquer d’authenticité. D'ailleurs, si l'on adopte comme des faits historiques les conquêtes, énoncées dans la tostueuse inscription de Ptolémée, il est encore évident que tous les noms tant soit peu reconnaissables de cette inscription se retrouvent dans l’espace compris entre le golfe Arabique et le faux Nil d’Abyssinie ou l’Astapus des anciens. La nation Gaza désigne les Abyssiniens qui se nomment eux-mêmes Agazi; les contrées de Serena ou Samen, de Tziama, aux environs du lac de Dembea ou de Tzana, de Bega ou Begamder, d’Agamer, dont le nor s’est conserve, figurent encore sur les bonnes cartes dans l’Abyssinie orientale ; le pays des Tangaits paraît être le Taka sur le fleuve Mareb; et si les Athagaus sont les Agows des modernes, ils demeurent près les sources de l’Astapus. Quelques noms, tels qu? ceux de Caluas et d'Ava, semblent nous conduire au sud-est de l’Abyss-

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EUSTOIRE DE LA GEOGRAPHIE. 99 nie sur les bords de l’'Hawasch, près de l’ancienne demeure des féroces Gallas ; les Rauses habitaient, selon l'inscription même, dans la Barbarie des Aromates, c’est-à-dire sur la côte d’Adel : ce qui pourrait faire voir dans les Ava du monument les Avalites placés par tous les anciens aux environs de Zeila, tandis que la Zingabène se rapporte, non pas à la côte de Zangucbar, mais au cap Zingis du géographe Ptolémée, qui est le can Orfui des modernes. Ainsi l’expéiion de Ptoléméc-Evergète, même en la supposant vraie, ne dépasse point les limites du monde connu par Hérodote et Eratosthène.

Les Carthaginois avaient probablement des liaisons plus suivies avec les peuples sur le Niger ; mais lorsque ce peuple, éclairé et industrieux, succomba sous le glaive des oppresseurs dun monde, ses découvertes furent perdues, dédaignées ou révoquées en doute.

Ainsi l’intérieur de l’Afrique était presque entièrement inconnu au temps de Strabon; la côte de la Méditerranée seule et les environs du Nil étaient fréquentés par les Grecs. Leur opinion sur l’ensemble de cette partie du monde était que sa forme ressemblait à celle d’un trapèze, ou même que la côte, depuis le détroit des colonnes jusqu’à Péluse, pouvait être considérée comme la base d’un triangle-rectangle, dont le Nil formait le côté perpendiculaire qui se prolongeait jusqu’à l'Ethiopie et à l'Océan, et dont l’hypoténuse était la côte comprise depuis l'Ethiopie jusqu’au détroit. Le sommet de ce triangle s’étendait au delà des limites de la terre habitable, et était par conséquent regardé comme inaccessible.

Strabon ne connaissait guère plus la côte occidentale, puisqu'il dit qu’en passant le détroit, on trouve une montagne que les Grecs nomment Atlas, et les barbares Dyris; que de là, s’avancçant à l’ouest, on voit le cap Cotes, et ensuite la viile de Tinga, située vis-à-vis Gades, à 800 stades de distance; que de ces deux villes aux Colonnes d’Hercule il ya encore 800 stades; qu’au sud de Tinga on rencontre le golfe Emporicus où les Phéniciens avaient eu des établissements; que toute la côte après ce golfe est creuse; et que si on en excepte les sinuosités, il faut imaginer qu’elle va directement entre le midi et l’est, reioindre le sommet du triangle dont il a parlé.

On peut pardonner à Strabon de rejeter trop légèrement les découvertes des Carthaginois le long de la côte occidentale de l'Afrique,

puisque rien ne démontre qu’il ait lu le Périple d'Iannon. Mais une erreur, qu’on ne peut s'empêcher de relever, c’est d’avoir placé le mont Atlas sur le détroit des Colonnes, à l’orient du cap Coles, tandis qu'il aurait pu apprendre de Polyhe que cette montagne devait être beaucoup au delà sur la côte occidentale de l'Afrique baignée par l'Océan Atlantique, auquel elle a donné son nom.

A l'égard des côtes orientales, Strabon cite un périple d’Artémidore qui conduit depuis le Diræ, ou de Bab-el-Mandeb à la Corne du Midi, qui, selon les mesures comparées de Ptolémée et de Marin de Tyr, répond au cap Bandellans, au midi du cap Guardafui. Là une côte déserte arrêta longtemps les navigateurs grecs d'Egypte.

Ainsi les côtes occidentales et orientales de l’Afrique passaient our se tourner, l’une vers l’est, et l’autre vers l’ouest, à la latitude de douze degrés et demi; c’est là que Strabon place ses Ethiopes Ætheri: à l’ouest, et la région cinnamomifère à l’est. Il ne restait entre ces deux pays qu’un très-petit espace où les grandes chaleurs avaient empêché les voyageurs de pénétrer, mais que l’on supposait baigné par les Océans atlantique et indien qui s’y joignaient. Cette opinion, qui, en faisant terminer l’Afrique à moitié de sa vraie longueur, la rendait plus petite que l’Europe, fut généralement adoptée par les savants de l’école d'Alexandrie, et l'opinion contraire d'Hipparque, qui joignait l'Afrique orientale à l'Inde, resta longtemps dédaignée, jusqu’à ce que Marin de Tyr et Ptolémée l’eussent adoptée; ce qui n’empêcha point l'opinion contraire de se conserver dans l’ouest de l’Europe, où elle a contribué à la découverte de la route du cap de Bonne-Espérance.

Les opinions systématiques d’Eratosthène et de Strabon, en raccourcissant l'étendue de l'Afrique, semblent avoir dû rappeler à ces géographes la tradition selon laquelle les Phéniciens auraient fait le tour de l'Afrique. Mais une circonstance les arrêtait; les chaleurs excessives qu’éprouve la partie de l'Afrique située sous le Tropique, devaient, selon l'opinion la plus répandue, s'accroître en approchant de l’équateur au point de rendre la zone torride, sinon inaccessible, du moins inhabitable. Quelques savants, etentre autres Possidonius de Rhodes, cherchérent cependant à prouver la possibilité d’une navigation autour de l'Afrique; et parmi leurs raisonnements à ce sujet, Strabon nous à conservé un passage important qui nous fait connaitre les courageuses

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