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HISTOIR: , LA GÉOGRAPHIE. 101
entreprises tentées par Euduxus de Cyzique pour effecluer cc voyage.
« Possidonius, en parlant de ceux qu’on prétend avoir navigué autour de l'Afrique, raconte qu’un certain Eudoæus, de la ville de Cyzique, vint en Egypte, sous le règne d’Evergète second, qu'ileut des conférences avec ce prince et ses ministres, et particulièrement sur la navigation du Nil dans sa partie supérieure. Cet homme était curieux de connaître les particularités des lieux, il ne manquait point d'instruction.
» Dans le même temps le hasard voulut qu’un Indien fût amené au roi par les gardes-côtes du golfe Arabique : ils disaient lavoir trouvé seul et à demi-mort dans un navire; ils ne pouvaient savoir ni quiil était, ni d’où il venait, parce qu’ils n’entendaient point son langage. On le mit entre les mains de gens qui lui apprirent le grec : quand il le sut, il conta comment, après s'être embarqué sur les cètes de l'Inde, il s'était égaré, et avait abordé dans le lieu où il fut trouvé, après avoir vu mourir de faim tous ses camarades. Il promit que, si on voulait le renvoyer, il montrerait le chemin des Indes aux pilotes que Le roi choisirait pour s’embarquer avec lui.
» Eudoxus fut du nombre de ceux que le roi nomma. Il partit avec différents objets destinés à faire des présents, et rapporta en échange des aromates et des pierres précieuses; mais il fut privé des profits qu’il avait espéré faire, parce que le roi s’appropria tout ce qu’il avait apporté.
» Après la mort de ce prince, Cléopâtre, <2 veuve, prit les rênes du gouvernement, et fit repartir Eudoxus avec plus de marchandises que la première fois. Dans son retour les vents le portérent sur la côte de l'Ethiopie; il aborda en quelques endroits, se lia avec les habitants, leur donna des vivres ainsi que du vin et des figues sèches, denrées qu’ils ne connaissaient point; il reçut en échange des secours et des guides, mit par écrit quelques mots de ?£ur langue, et trouva un morceau de bois qui avait le bec de proue d’un navire, sur lequel était sculptée la figure d’un cheval. Comme il apprit que ce fragment avâit fait partie d’un navire venu des plages occidentales, il lemporta ct reprit sa route.
» Arrivé en Egypte, il ne trouva plus Cléopâtre sur le trône, le fils de celte reine y était monté: et Eudoxus fut dépouillé une seconde fois
de tout ce qu’il rapportait, parce qu’on découvrit qu'ilavait détourné plusieurs objcis à son profit. Quant aux débris de navire qu'il avait embarqués, il les exposa dans le marché à l'examen des pilotes, et ils furent reconnus pour avoir fait partie d’un vaisseau de Gades. Les commerçants de cette ville avaient de gros bâtiments; mais les moins riches en ont de petits qu'ils appellent chevaux, parce que la figure d'un cheval est représentée sur leur proue; ils s'en servent pour aller pêcher sur les côtes de la \auritanie jusqu'au fleuve Lixus. Quelques pilotes reconnurent même ces débris pour avoir appartenu à un navire qui, avec plusieurs autres, avait tenté de s'avancer plus loin que le Lixus, sans qu'aucun d’eux eût jamais reparu.
» D'après ces renseignements, Eudoxus ayant conclu qu'il était possible de faire par mer letour de l'Afrique, retourna chez lui, et seremit en mer avec tout ce qu'il possédait. 11 relàcha d’abord à Dicéarchia (près Naples), ensuite à Marseilie ; et parcourant ainsi toute la côte jusqu’à Gades, partout il annonçait hautement son projet. Ayant rassemblé des fonds, il arma dans cette ville un grand navire et deux barques semblables aux bâtiments légers des pirates; ensuite il embarqua de jeunes esclaves musiciennes, des médecins, des artisans, et fit voile pour l'Inde, poussé par des zéphyrs qui soufflaient sans interruption: son équipage fatigué le força d'aborder où le vent le portait. Quoiqu'il craignit l'effet du flux et du reflux, le désastre qu’il svait prévu arriva; le grand navire toucha, mais doucement, de sorte qu'il ne fut pas subitement brisé; on eut le temps de sauver les marchandises et même la plus grande partie des bois du vaisseau, qui servirent à construire une troisième barque, grande comme un bâtiment à cinquante rames. Eudoxus reprit sa route, jusqu’à ce qu'enfin il rencontra des peuples qui parlaient la même langue que celle dont il avait mis quel-
» ques mots par écrit; et ilen inféra que ces peuples étaient de la même
nation que les Ethiopiens chez lesquels il avait abordé autrefois, et semblables à ceux qu'il avait vus dans le palais de Bogus.
» Alors il renonça pour cette fois à sun voyage aux Indes. En revenant
» sur ses pas, i: aperçut une île déserte, abondante en eau et en bois; » ilen marqua la position. Arrivé heureusement en Mauritanie, il ven- » dit son navire, et sc rendit par terre auprès de Bogus, à qui il conscilla
d'envoyer une flotte vers les lieux d’où il venait. Mais le conseil de c2
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» prince s’y opposa, dans la crainte que montrant ainsi le chemin aux » ctrangers on ne fut exposé à leurs incursions. Eudoxus apprenant ensuite que, sous prétexte de le charger de l’exécution de son projet, on devait l’abandonner dans quelqu'ile déserte, se sauva sur Îes terres » deladomination romaine, et ae là passa en Ibérie.
» Il arma de nouveau un bâtiment rond et un autre long à cinquante » rames, l’un propre à tenir le large, l’autre à reconnaitre les côtes; it » embarqua des outils de labourage, des graines, des ouvriers püur » bitir des maisons, et recommença son voyage, résolu, si la navigation » se prolongeait jusqu’à une saison trop avancée, d’hiverner dans l’île » qu'il avait remarquée précédemment, d’y semer, d’y faire ia moisson, » et d'achever ensuite la navigation qu’ilavait entreprise. Voilà, dit Pos- » sidonius, ce que j'ai appris des aventures d’Eudoxus : sans doute que
les habitants de Gades et de l’ibérie connaissent les particularités de ce dernier voyage. » |
Peut-on lire cesimple récit, sans rester pénétré d’admiration pour un homme éclairé, courageux, et qui, plein d’une grande idée, lutte avec tant de persévérance contre les préjugés de son siècle, conire l'injustice des rois et contre la nature elle-même? Et pourtant on a accusé Eudoxus d''mposture et d'ineptie! |
Doit-on le rendre responsable des récits fabuleux, des bruits populaires qui avaient cours parmi les habitants de Gades au sujet de son expédition? Doit-on le rendre responsable de la crédulité de Cornelius Nepos, de Méla et des commentateurs qui ont accueilli ces contes? La relation de Possidonius, contemporain et compatriote de notre navigateur, constate un simple fait : Eudoxus, convaincu de la possibilité de faire le tour d’Afrique, essaya deux fois d'ouvrir au commerce cette carrière nouvelle; il osa naviguer sur la haute mer; les zéphyrs ou vents de nord-ouest et d'ouest, dominant sur la côte de la Mauritanie, poussèrent ses voiles le long des côtes occidentales de l’Afrique. On ignora quelle avait été l'issue de sa dernière tentative.
L’étendue de l’Afrique vers le midi restait donc inconnue à Strabon et à ses contemporains; l’aridité des déserts et l’immensité des mers posaient des bornes à l'esprit de découvertes.
L'Egypte, dont Hérodote nous a laissé un tableau si intéressant, avait aussi attiré la curiosité de Strabon : il y fit un voyage, maïs ce voyare
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