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même devint pour lui une source des plus graves méprises. Après avoir vu le Deltaet visité le Nome Arsinoites jusqu'au lac Mœris, Slrabon s’enbarque sur un canal parallèle au Nil, qu’il prend pour le Nil même, et qui le conduit par Oxyrinchus à Phylace Thebaïca. Là il croit rencontrer un canal qui menait à Tanis; c'était cependant le véritable lit du Nil qu'il avait cessé de voir depuis Memphis. Il est probable que la rapidité du fleuve ne permettait pas de le remonter facilemerit, et que l’on se servait des canaux pour parvenir dans la haute Egypte.
Strabon ne rentra dans le véritable lit de ce fleuve qu'à Panopolis on Chemmis. Il parle des villes qu’il avait rencontrées comme si elles avaient été situées sur le Nil même, quoiqu’elles en fussent toutes éloïgnécs; erreur véritablement impardonnable de la part d’un géographe !
On peut faire entre la relation d’Hérodote et celle de Strabon des rapprochements utiles pour la géographie. Les sept embouchures du Nil paraissent avoir changé pendant les siècles qui séparent ces deux voyageurs. Hérodote connaît en allant de l’ouest à l’est, 40 le bras Canopique aujourd’hui presque desséché ; 20 le Bolbitin, ou celui de Rosctte, qui de nos temps est le principal; 30 le Saïtique qui, d’après la position dela ville Saïs, a dù être à l’ouest du bras Sebennitique dont il était dérivé : ce bras paraît aujourd’hui être perdu dans le lac Bourlos, quoique Strabon et plusieursmodernes après lui prétendent transférer le nom de Saï!ique au bras Tanitique, beaucoup trop éloignéà l'est; 40 le Sebennitique qui, selon Hérodote, n'était autre chose que le bras principal du Nil, traversant le milieu du Delta, se rendant directement à la mer, etque les modernes paraissentavoir mal à propos confondu avecle brasquiaujourd'hui communique avec le lac Bourlos, le Butos des anciens; 5o le Buenlique, canal artificiel, qui paraît avoir peu à peu absorbé les eaux du bras Sebennitique, et qui, nommé Phatmétique par les auteurs postérieurs à Hérodote, était déjà du temps de Strabon, l’un destrois bras principaux, ct porte aujourd'hui son nom de la ville de Damiette; Go le Mendetique, aujourd'hui le canal do Moez, qui se perd dans le lac de Menzalch, et dont l'embouchure répond à celle nommée Dibeh ; enfin 70 le Peiusiaque, qui, très-considérable du temps d’Hérodote, s’est comblé lui-même par la quantité de matières limoneuses qu'il entraînait avec lui, et dont le bras Tanitique, nommé par Strabon, Plutarque et Pline, nous paraît être un cansl creusé postérieurement aux temps d’Hérodote, et qui n’a dû
sa célébrité une septièm tique.
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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE. 105 sa célébrité qu’au besoin qu'avaient les géographes de retrouver une septième embouchure du Nil à la place de celle du bras Saïtique.
Strabon s'accorde avec Diodore en affirmant que l'Egypte, sous Sésoslris, était divisée en trente-six nomes ou départements; mais, d’après la division la plus usitéc, on distinguait le Delta ou l’Egvpte inférieure, l'Heptanomis, et la Thébaïde.
Le Delta oriental, entre le bras Sebennitique et le bras Pélusiaque, aujourd’hui desséchés, renfermait Pelusium, la clef de l'Egypte, Bubastus, où la fête de Diane rassemblait les jeux et les plaisirs; Aendes, où les femmes rendaient à un bouc sacré des hommages impudiques; et Thamiatis, plus voisine de la mer que ne l’est la nouvelle ville de Damiette. Strabon, d’accord avec Hérodote et Ptolémée, place Bubastus vers le sommet du Delta, où Pococke en a retrouvé les ruines près de Benalhassar. Le canal Bubastique exista encore longtemps après que
| le bras Pélusiaque fut à sec. C'était au Nil même, mais près de la
sortie du bras Pélusiaque, aux environs de la ville de Patumos, qu'aboutissait le canal qui devait ouvrir une communication entre la Méditerranée et la mer Rouge, canal commencé et abandonné par Sésostris, Necos et Darius Hystaspis, achevé sous Ptolémée Philadelphe, mais qui probablement était détruit avant le temps d’Auguste, et que Trajan paraît avoir voulu rétablir. Le Delta occidental, outre les augustes débris d'Héliopolis, offrait à Strabon les villes encore florissantes de Busiris avec le magnifique temple d'isis; Sas, où à la fête de Minerve
| des milliers de lampes éclairaient au loin le fleuve et ses rivages; Naucratis, port assigné aux négociants grecs dans les siècles de l'indépen-
dance de l'Egypte, mais depuis éclipsée par la ville d'Alexandre: mais notre géographe semble avoir ignoré ou dédaigné Bolbitine, ville située
| à peu srès sur l'emplacement de Rosette. Au delà du bras Canopique,
s'élevait sur la rive du Nil Canopus, qui avait hérité du commerce et des
L mœurs licencieuses de Naucratis,
Plus loin, brillait sur les bords de la mer la magnifique, l'immense
| Alexandrie, la capitale du monde commercial, et le principal foyer des | lumières géographiques répandues dans l’ancien monde. La biblio- : thèque, formée par les Ptolémées, avait été anéantie en grande partie | dans un incendie du temps do Jules César; les trésors littéraires de Per-
le 14
ss
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gamus avaient de nouveau rempli le vide : hélas! ils devaient un jou subir le même sort,
Dans l'Heptanomis, la première ville qui se présente est l'antique capitale, Memphis, que d’Anville paraît avoir mise trop au sud, puisque Strabon et Pline ne la placent, le premier qu'à 3 schœnes et l’autre à 15 milles romains au sud du point où le Nil se partage. Pline a évalué le schœne à 40 stades olympiques. Toutefois ces mesures, comparées à celles de la distance de Memphis aux Pyramides, laissent toujours quelque incertitude sur l'emplacement de cette ville, qui du temps de Strabon était déjà descendue au second rang.
Les Oasis, îles de verdure, au milieu de la mer de sables de la Libye, appartenaient à l'Heptanomide. Dans le haut de cette province, Hermo-
polis la grande a laissé des ruines imposantes. La Thébaïde offrit à Strabon M
Panopolis, la Chemmis d’'Hérodote, et Il chmin des modernes; Ptolémais la plus grande ville du pays après Memphis, et quise gouvernait en
republique; Tentyra, dont les labitants étaient ennemis irréconciliables &
de ceux d’Ombos, parce que ie crocodile, objet d'horreur pour les premiers, était chez les autres une divinité révérée. Strahon passe aussi à Coptos, où Ptolémée Philadelphe avait fait tracer un chemin de dix à douze journées, qui aboutissait à Bérénice sur le golfe Arabique: c'était le port où arrivaient toutes les marchandises de l’Inde, de l’Arabie et de l'Ethiopie. De Bérénice on les transportait sur es chameaux à Coptos, et de là elles descendaient le Nil jusqu'à Alexandrie, qui était l’entrepôt général du commerce de l'Asie. Strabon visita ensuite les augustes ruines de l'antique Thèbes, que Cambyse avait boule”ersée de Thèbes aux cent portes et aux cent noms, la Diospolis des Grecs et le No-Ammon des Hébreux. Les ruines de Thèbes s'étendaient sur un espace de 80 stades olympiques de long; ce qui peut très-bien s’accorder avec la circonférence de 400 à 420 stades égyptiens que d'autres écrivains dounent à cette ville.
Syène offrit à notre géographe voyageur ce fameux puits, qui au moment du solstice d'été devait être tout éclairé en dedans par les rayons du soleil, phénomène au moyen duquel les anciens disaient avoir découvert que Syène était directement sous le tropique. Strabon ne pouss” ses courses qu’à 100 stades au delà de Syène ; mais les généraux de Gallus avancèrent jusqu’à Napata, où résidait la reine des Ethio-
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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE. 107 riens; la capitale ordinaire était Méroë, située à 700 stades au delà du confluent de l’Astaboras et du vrai Nil, à 873 milles romains de Syène, dans la grande contrée presqu’insulaire qu’embrassent les eaux du Nil, de l’Astaboras et de l’Astapus. Depuis des siècles on vantait la puissance des rois de Méroë; on n'avait pas encore oublié l'éloge qu'Homère donne aux Ethiopiens comme étant les plus justes des hommes. Cependant Strabon, qui nomme les Blemmyes, nègres très-diffurmes, les Nubæ et les Megabari comme des tribus éthiopiennes, avoue que le bruit de la puissance du royaume de Méroë était fort exagéré, et que ces peuples, brigands plutôt que gucrriers, avaient dû leurs succès contre l'ÉgYpte à la seule rapidité de leurs incursions. Les relations de Diodore semblent au contraire nous montrer Méroë comme un État assez civilisé, gouverné par une caste 4e prûtres qui pouvaient envoyer au roi l’ordre de mourir. Un de ces monarques, nommé Ergamènes, instruit dans la philosophie des Grecs, fit massacrer les prêtres, et se déclara despote. Cette révolution a pu anéantir la splendeur de Méroë, fondée sans doute sur le culte dc Jupiter-Amnion et sur le commerce des caravanes.
Le silence de Strabon et d'Ératosthène sur lcs sources du grand Nil et les contrées qui les avoisinent, prouve assez que les anciens ne se croyaient pas aussi bien informés à cet égard que le prétendent quelques commentateurs modernes. Diodore assure qu'aucun Grec n'avait rien appris de certain à l’égirà des sources du Nil. Il reste toujours à expliquer un passage obscur d’Aristote, où il dit que le Ki! nrend sa source dans les montagnes 'argent, qui semblent, à la vérité, être celles dites de la lune, et d’où il fait couler vers la mer extérieure un autre grand fleuve, le Chrémètes; mais ces expressions se rapportent sans doute à quelques renseignements particuliers obtenus par Alexandre, et qui évidemment n’ont pas influé sur les AO géographiques généralement admises.
Les écrits d’Artémidore d'Éphèse ont cependant fourni à Strabon des notions très-détaillées sur les côtes de l’Afrique qui bordaient le golfe Arabique, ainsi que sur celles qui s'étendent jusqu’au cap Guardafui, et même un peu au delà. Un autre voyageur, Agatharchide de Cnidus, avait décrit d’une manière très-intéressante les côtes du golfe Arabique jusqu'aux parages de l’île Dahlak. Il ne nous reste que des fragments
deces deux voyageurs; et pourtant on chercherait en vain chez les modernes une relation plus instructive sur ces contrées.
Le portnommé #yos-hormos était encore en Égypte ; la Troglodytique commencait à la ville de Bérénice qui en tire son surnom ; elle renfermait encore, parmi d’autres établissements des Gréco-Égypliens, une Ptolémaïs, surnommée Epi-Theras, c’est-à-dire aux éléphants. Dans une des nombreuses îles du golfe on exploitait une mine de topazes. Le nom générique de Troglodytes ou habitants des cavernes comprenait une foule de tribus, dont les unes, placées dans l’intérieur, poursuivaient l'autruche et l'éléphant, tandis que les autres, vivant aux bords de ha mer, se nourrissaient de poissons et de racines; les Grecs leur donnaient en conséquence les noms d'elephantophagi, de struthophages, et autres non moins hasardés. Beaucoup de tribusdela Troglodytique possédaient des troupeaux de bœufs et de chèvres. Quelques-unes enterraient leurs morts avec des cérémonies remarquables ; ils liaicnt la tète du mortà ses pieds; {e corps, ainsi ramassé, était porté sur une colline, où chacun, joyeux et riant, lui jetait des pierres jusqu’à ce qu’on ne l’aperçut plus. Croirait-on que des tombeaux antiques de la Scandinavie présentent des squelettes piacés dans la position qu’on vient d'indiquer, et sous des tas de pierres, à la vérité rangées avec un certain art?
Sur le détroit, un peu en dedans et en dehors, les auteurs que nous analysons placent la contrée de Sabée avec la ville de Sabæ ou Assab. Jtait-ce parmi ces Sabéens qu’on trouvait les palais ornés d'ivoire, éclatants d’or, parfumés d’ambre, que nous dépeint Agatharcide? Était-ce une colonie des Arabes du même nom, ou ces noms sont-ils de ces appellations génériques dont le sens vague arrête toute discussion géographique? Nous l’ignorons. Il est certain que, du temps de Pline, on connut dans le même emplacement la nation des Adulites, qui s’y conserva jusque dans le 1v° siècle, et dont probablement le royaume d’4del de nos jours est encore un reste. Le nom d’Adulis a été donné à une ville sur le golfe de Matzua, et à une autre voisine de Zeila.
Après avoir passé les îles couvertes de palmiersetd’oliviers qui resscrrent le détroit de Diræ,on découvrait le canton qui produisait la myrrhe, et un peu plus loin celui où croissait la cannelle. On trouvait de l’encens près le cap Pytholaus, et de la fausse cannelle aux environs du port de Pythangelus. Le cinnamome croissait vers le cap Elephas, le mont Fellis
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HISTOIRE DE LA GEOGRAPIIE, 109 de nos cartes. Ces aromates de l'Afrique ne se retrouvent qu'en partie. La côte décrite par Artémidore se termine à un promontoire peu éloigné du cap Guardafui, et que les anciens navigateurs avaient nommé Corne-duemidi,
La description de l'Afrique occidentale, chez Strabon, prouvebien que les connaissances de son temps atteignaient à peine les bords du Niger : il dit et répète que l'Afrique se termine par des déserts, soit qu’on suive les côtes sur l'Océan, soit qu'on pénètre vers l’intérieur, et que les Romains en possèdent à peu près toutes les parties quine sont pas ou désertesou inhabitables. IInous paraît donc certain que les connaissances des Grecs se terminaient au grand désert de Sah®a. Strabon ne retrace que
à vaguement la Mauritanie, nommée par les Grecs Afaurusie, avec la ville de
Lixus, dernière ville de l'empire romain au sud-ouest : il connaît un peu micux la région fertile des Massæsili et des Afassyli, que leshistoriens ont comprise sous l'appellation de Numides, c’est-à-dire Nomades, et dont
Ll, surnommée Cæsaria, et l'opulente Cirta étaient les capitales; mais il
nenous apprend rien de particulier sur la nation Mauro-Numidique. Il décrit avec un peu plus de soin les riches plaines de l'Afrique proprement dite. Carthage, rétablie en qualité de colonie romaine, était rede-
venue la reine des cités africaines.
On est étonné de voir Slrabon négliger une occasion aussi naturelle pour donner à ses lecteurs une idée de l’ancien empire de Carthage.
À Nous suppléerons à son silence par les témoignages d’autres écrivains. | Les fertiles contrées qui s'étendent depuis le cap Blanc jusque vers le lac Triton, au sud de la Petite-Syrte, formaient le’noyau des États
carthaginois; c’est là que de belles et vastes terres, cultivées avec intelligence, fournissaient aux grandes familles de la république un revenu plus sûr que le gain commercial ; c'est là que les colons de Phénicie,
mêlés avec les indigènes, formaient la nation des Lyby-Phéniciens, | fidèles soutiens de l'État. Deux provinces y sont distinguées; au nord, | la Zergitane avec Carthage ct ses vides alliées, Utique et Hippo-Zarytos; Bau sud, le Byzacium , l'ancien pays des Byzantes d’Hérodote', dont Lles côtes portaient le nom d’Emporia, c’est-à-dire les ports mar- E chands,
Parmi les nombreuses villes dont ces contrées étaient parsemées, les
unes, colonies antiques des Phéniciens, se ralliaient à Carthage comme
à une sœur plus heureuse, qui leur tenait lieu de mère; les autres, colonies carthaginoises, vivaient tranquilles sous un régime sévere, mals juste et bicufaisant, Hors de ce territoire central, dont l'ile de Mekit,
ou Malte, riche atelier de toiles fines, était le poste d’avant-garce, |
Carthage ne possédait en Afrique qu’une lisière le long de la mer ; car la région Syrtique avec Leptis n’était habitée dans l’intérieur que par dés nomados; les villes surnommées Hétagonites étaient des places de commorce semées sur les côtes de la Numidie, dont l’intérieur ne fut jamai: soumis ; enfin, au delà du détroit des Colonnes, une série de villes mari. times fondées par Hannon s’étendait au sud jusqu'aux limites du monde connu; mais les Pharusii et les Nigrites les avaient détruites.
La Cyrénaïque occupe dans la description de Strabon presqu’autant d'espace que les États carthaginois. Cette lisière verdoyante et fertile de l'aride Libye renfermait cinq villes, qui lui firent donner le nom de Pentapole, Parmi elles on distinguait Bérénice, autrefois Æesperis, non loin d'un bosquet riant appelé le jardin des Hesptrides, Barce ave son port nommé Ptolémaïs, et Cyrène, patrie d’Ératosthène et de beaucoup d'autres savants. A l’est de la Cyrénaïque s’étendaient les côte aridos de la Marmarique, dont le nome Libyque, province égyptienne, ave le port Parætonium était un démcmbrement. Les triples moissons qu’offrait la Libye, selon le niveau différent du terrain, les troupes d’antilopes, de moutons à cornes, de vaches de Barbarie, de chacals, de port. épics, do belettes, de rats-jerboa qui peuplaient ses monts et ses plaines; enfin le silphium, qui croissait sur les côtes de la Syrte,'mais qui du temps de Néron avait presque disparu : toutes ces richesses naturelles, remar-
juécs déjà par Hérodote, prouvent que cette contrée était mieux connue dos Grecs qu’elle ne l’est de nous. Les peuplades de la partie intirieure, que nous avons déjà nommées d’après Hérodote, avaient pro-
bablement disparu à l’époque de Strabon; du moins ii ne nomme que la célèbre Oasis d’Ammon et la nation des Nasoron:s EP! à l'occi- À
dent, derriere la région des Carthaginois et des Numides, il connaît les Gdtuiiens, et, dans l’intérieurides terres, les Garamantes, dans une contrit gui L'a que 1,000 stades de long, et qui paraît être le Fezzan.
Unn are découverte en Afrique, rejetée formellement par Strabon, présoite tan* u'obscurité qu’elle restera toujours un sujet de doute peur les sivants. Je veux parler de la Panchæa d’Évhémère. Selon
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par Strabon, uyet de doute \émère. Selon
HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE, 111 piodore, Évhér re, chargé d'une expédition par Cassandre, roi de Macédoine, découvrit un groupe de trois îles situtes au sud de l'Arabie; l'une d'elles avait 200 stades de long; mais la Panchæa proprement dite était bien plus grande. Quatre nations différentcs l'habitaient, chez l'une
L d'elles le gouvernement était entre les mains de trois rois électifs qui
ne pouvaient infliger la peine de mort qu'avec le consentement au collige des prêtres. Un temple magnifique contenait des inscriptions en hiéroglyphes égyptiens. Trois villes, Hiracia, Dalis et Océanis, ornaient une contrée où abonuauien: toutes sortes d'arbres, de plantes et d'animaux. L'ile, de 200 stades de long, produisait assez d’encens pour en fournir les autels de ious les dieux du monde. C'était en Panchæa, disaient des auteurs cités par Pline, que le Phénix déposait sur l'autel du Soleil son nid, qui était en même temps sa tombe et son berceau. Toutes ces merveilles sont-elles nées dans la tête exaltée d’un Arabe ou d’un Grec d’Alexandrie? La Panchæa est-elle une contrée imaginaire, une Atlantide ressuscitée ? C’est l'opinion de Strabon, de Plutarque, et de presque tous les modernes. Mais de quelle contradiction manifeste la relation d'Évhémère est-elle donc entachée? Les traits physiques, un peu embellis, rappellent la région de l’encens et de la myrrhe sur la côte orientale de l'Afrique; les lois contre le despotisme ressemblent à celles qui régissent l'Yémen. Ainsi les Panchtens semblcraient être une colauie arabe établie en Afrique. Or, c’est justement vers l'extrémité orientale de l'Afrique,
| semée de colonies arabes, que Pomponius Mela semble placer ses
Panchæi. Le groupe de trois îles d'Évhémère ne représenterait-il pas le capGaardafui avec les îies de Socotora et d’Abdal-Curia? Là se retrou-
veraient deux circonstances historiques importantes, la colonie des | Grecs, envoyée par Alexandre, et l'existence simultanée de quatre
races très-distinctes. Évhémère aurait pris l'extrémité orientale de "\frique pour une île, erreur très-excusable. Telle était notre hypothèse sur Panchæa, lorsque nous apprimes que Gosselin avait donné des raisons très-ingénicuses pour la considérer comme identique avec
| l'île de Maceira sur la côte d'Arabie. Beaucoup de circonstances s’expli- | quent parfaitement dans &ette hypothèse; mais les hiéroglyphes égyp-
tiens, les éléphants et les lions indiquent trop clairement une contrée africaine pour ne pas nous ramener à notre première idée,
— snnmms ee ae ee emmnetées AS non de. nee eee ane
Découvertes des Romains et de leurs sujets. Analyse de la géographie de Pline : Afrique A. après J.-C. 1 — 80.
L'empire romain était devenu la patrie commune de toutes les nations civilisées; un commerce paisible liait entr'eux les peuples du monde connu, et devait peu à peu en faire connaître de nouveaux. L’abrégé géographique de Denys le Périégète, en beaux vers grecs, ct celui de Pomponius Mela, en prose souvent concise et élégante, quelquefois sèche et obscure : voilà les deux ouvrages de ce siècle qu’on cite le plus souvent; mais il s’en faut bien que leur mérite égale leur renom. mée. Denys retrace le système géographique de Strabon ; le seul peuple qu'ilait ajouté, ce sont les Indoscythes : il connaît assez peu l’occident de l'empire romain; et son surnom de Pértégète ou voyageur autour du moude, lui est venu de son ouvrage intitulé Périégèse, plutôt que des voyages qu’il n'avait point faits.
L’abrégé de Mela, bien plus curieux pour le géographe, offre le système d’Ératosthène : dans ses détails historiques, on remarque des particularités qu'il a dû tirer d'ouvrages perdus pour nous; il semble douter de la prétendue communication de la mer Caspienne avec l’Océan; il trace bien le cours de l'Oxus; dans le nord de l’Europe, il distingue la Scandinavie et lesiles voisines: il sait que les Sarmates ont déjà étendu leurs possessions jusqu’à la Baltique ; sa description des Gaules et de l'Espagne contient quelques particularités physiques : mais ne lui demandons point une critique sévère; il ne compare point, ilconfond les vieilles et nouvelles relations.
C’est dans des sources bien plus authentiques que nous devons démiler l’histoire des progres de la géographie. Parmilesmonuments de cette espèce que nous a légués le premier siècle denotre ère, on doit mettre au premier rang le Périple de la mer Érythréenne, qui semble être du temps de !a dynastie césaréenne, L’Arrien, à qui on attribue cet itinéraire
que lui appr | scs descripti k tenant à des E l'étendue et] Ltosthène; ta
:Communicati
biormelle de e qu'à la Chin(
tres-différent
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de Charax, | ques sur l’a érudi* com} du premier de livres en bre sont la
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le roi Juba,
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| romains dé | pulsé un plu | Copie souvei
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L'Afrique,
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Pline : Afrique
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vers grecs, et nte, quelque- > qu’on cite le e leur renome seul peuple l’occident de ir autour du Lutôt que des
, Offre le sysemarque des bus ; il semble nne avec l’Ourope, il dis- Sarmates ont escriplion des s physiques :
pmpare point,
devons démi-
ents de cetlt doit mettre au être du temps cet itinéraire
HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE. 113 nautique et commerciale, était probablement un négociant romain établi à Alexandrie. Un autre itinéraire, les Stathmi Parthici, par Isidore de Charax, nous apprennent beaucoup de détails purement géographiques sur l'empire des Parthes. Ce n’est guère que par Pline cct élégant et érudi: compilateur, que nous connaissons la géographie des Romains du premier siècle. 11 nous a conservé de précieux fragments d’une for'a de livres engloutis dans le naufrage de la docte antiquité; de ce nombre sont la Description de l'Empire romain faite par ordre et sous les
| yeux d’Agrippa, gendre d’Auguste, les Commentaires sur l'Afrique par
le roi Juba, commentaires tirés principalement des livres carthagi-
| nois, la relation de S‘atius Sebosus sur les îles Fortunées, les mémoires
sur l'Inde par Sénèque, et les relations de plusieurs généraux et envoyés
| romains déposées dans les archives du Palatium, Il avait encore com=
pulsé un plus grand nombre d’auteurs grecs. Malheureusement Pline
} copie souvent au licu d'analyser, et il n'entend pas toujours ce qu’il | copie. Peu instruit de la valeur des différents stades grecs, égyntiens, E babyloniens et autres, il évalue toujours les mesures que ses auteurs
lui fournissent à huit stades par un mille romain. Il ne distingue pas
| avec assez de soin les témoignages des auteurs grecs anciens d’avec ce que lui apprenaicnt les relations de ses contemporains; de sorte que ss descriptions offrent souvent un mélange incohérent de faits appar- E tenant à des siècles différents. Enfin il n’a point de principes fixes sur ! l'étendue et la configuration de la terre; il flotte entre Hipparque et Era- Ltosthène; tantôt il paraît croire que l’on peut faire le tour de l’Afri= que par l'Océan et en dedans de la zone habitable, tantôt il semble: prolonger indéfiniment au midi les terres de notre continent en regret
tant seulement que la zone brûlante et inaccessible nous ferme toute
communication avec la zone tempérée australe. Ses idées sur la gran-
deur relative des trois parties du monde sont clairement exprimées dans un passage où il dit : « que l’Europe forme un tiers du continent, plus
» un huitième; l'Asie un quart, plus un quatorzième ; et l’Afrique un
» cinquième, plus un soixantième. » Voilà Ja condamnation la plus
Hormelle de ceux qui veulent étendre les conncissances des anciens jusiqu'à la Chine et au delà de la ligne équinoxiale.
L'Afrique, dit Pline, en prenant un terme moyen entre des mesures
très-différentes, à 3,648 milles romains de longueur de l’est à l'ouest:
cette mesure évaluée en stades de 700 au degré, représenterait l'étendue approximative des côtes depuis la vallée de Catabathmus, entre l'Égypte et la Cyrénaïque, jusqu’au cap Noun. La largeur de la partie habitée de l'Afrique ne dépassait nulle part 250 milles romains ; mais en partant des frontières de la Cyrénaïque à traversles déserts et Le pays des Garamantes, Agrippa donne à cette partie du monde 910 milles de largeur : cette mesure, due sans doute à l'expédition contre les Garamantes, nous conduit au delà d’Agades et Bornou, mais n’attcint pas le Niger. Quelles que soient les discussions auxquelles les chiffres trèscorrompus du texte peuvent donner lieu, il est évident que les Romains ne connaissaient qu’un tiers de l'Afrique.
Cette vérité générale une fois établie par les paroles mêmes de bline, nous devons y subordonner tous les détails qu'il nous apprend. Ce Romain eut-il connaissance des contrées situées au delà des limites qu'il assignait à l'Afrique, aussitôt il arrangea ces matériaux de manitre à les faire entrer dans son système. C’est ainsi qu’il a traité les notions étendues mais confuses que les ouvrages du roi Juba lui avaient fournies à l'égard du cours du vrai Nil et du Niger; il les prend pour un seul et même fleuve, et il! en donne une description romanesque dent nous allons citer les principaux traits. ‘
Après avoir commencé par avouer qu'on ne sait rien de certain des sources du Nil, Pline nous apprend que Juba, roi de la Mauritanie, crut les avoir découvertes dans un lac considérable situé sur une montagne de la Mauritanie intérieure. « Le lac qu’on appelle Nilis n’est pas très- » éloigné des bords de l'Océan; on y trouve les mêmes animaux que » dans le Nil, comme, par exemple, les crocodiles. D'ailleurs, dit-il, » on a observé que les accroissements du Nil étaient proportionnés à » la masse des eaux pluviales et des neiges tombées en Mauritanie. »
Ce prétendu Nil « s’indigne de couler à travers des déserts arides, » et se cache sous terre pendant un espace de plusieurs jours de mar- » che; » puisil reparaît dans la Mauritanie césarienne; il y sort d’un lac bien plus grand que le premier : il jette un coup d’œil sur les peuples voisins; et comme apparemment les Massésyles ne lui plaisent pas, il se cache de nouveau sous terre. Pour cette fois-ci son indignation est cérieuse ; il coule sous terre l’espace de vingt journées de marche, jusqu'à ce qu’il ait atteint les confins des Ethiopiens. Comme les Éthiv-
piens, d’ap disant Nil :
» des homi » l'Afrique » des peup » partout « » animaux » traverse | clairement sous deux Nil le non vient une 0 s'unissent à taletleprin pelle encor ravant.
Cette dis authentiqu roi Juba a circonstanc donc que sont que € mont Atlas clairement prétendu Ï sources d avaient ap a d’abord composait plutôt de changeme d'Afrique, Mela, co dentaux u Le nom d Nil. « To
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e certain des aritanie, crut ne montagne "est pas trèsinimaux que leurs, dit-il, portionnés à Mauritanie. »
serts arides, urs de marsort d’un l1c r les peuples aisent pas, il dignation est marche, jusne les Éthio-
HISTOIRE DE LA GÉUGRAPBIE. 115 piens, d’après le témoignage d’Homere, étaient de bonnes gens, le soidisant Nil se résout à se montrer de nouveau. « Il a senti la présence » des hommes, il ressort de la source anpclée Nigris; son cours sépare » l'Afrique de l'Éthiopie (c’est-à-dire les nations blanches ou basanées » des peuples noirs, les Maurcs des Nègres); ses bords ne sont pas » partout couverts d'habitations, mais au moins il nourrit partout des » animaux, et en arrosant le terrain il y crée des forêts. Lorsqu'il » traverse le milieu de l'Éthiopie, il prend le nom d’Astapus, » On voit clairement que Pline regarde le Niger et le Nil comme un seul fleuve sous deux noms; mais on est un peu surpris dele voir appliquer au Nil le nom d’Astapus que tous les anciens donnent à l’Abawi. Ici vient une obscure description de l'Astasobas et de l’Artaboras, bras qui s'unissent à l’Astapus, lequelest regardé par Pline commele plus occidental etleprincipal. Lefleuve réuni, dit-il, prend le nom de Vi ; maisils’appelle encore, pendant l’espace de quelques lieues, Siris comme auparavant.
Cette discussion singulière renferme probablement quelques traits authentiques, défigurés par l'esprit de système. D'abord il paraît que le roi Juba avait tiré toutes ses connaissances des livres carthaginois, circonstance dont on sent facilement toute l'importance. Admettons donc que les deux premières apparitions du prétendu Nil de Pline ne sont que de petites rivières qui coulent sur les flancs méridionaux du mont Atlas. Mais l’espace désert de vingt journées de marche indique clairement les solitudes de Sahara, et le rapprochement des sources du prétendu Nil aux bords de l'Océan convient même à la position des sources du Niger ou du Joliba. Voilà ce que les livres carthaginois avaient appris au roi Juba. Mais Pline, en suivant son système généra, a d’abord ù rapprocher les latitudes de ces fleuves divers dont il composait son Nil; ensuite il a dù compter les vingt journées de marche plutôt de l’ouest à l’est que du nord au sud. Ce n’est qu'avec ces changements qu’il a pu faire entrer ces distances dans sa carte d'Afrique,
Mela, contemporain de Pline, dit qu’il y a chez les Éthiopiens occidentaux une source qui paraît être l'origine d’une des branches du Nil. Le nom de Nuhul paraît à cet auteur n’èlre qu’une corruption du mot Nil. « Toutes les autres rivières de celte contrée (il parle de l'Éthiopie
» occidentale) s'écoulent dans l'Océan; celle-ci seule se dirige vers » lorient ; » et Mela ne sait pas ce qu’elle devient.
Strabon dit dans un endroit que le Nil, près de ses sources, se cache sous terre. Il cite dans un autre passage, mais en la rejetant, l'opinion de ceux qui croient le Nil originaire des extrémités de la Mauritanie, c’est-à-dire, des contrées assez voisines de celles où naît le Joliba. Tous ces témoignages ne prouvent-ils pas que le Niger et la Nigritie ont été connus de ce peuple commerçant qui disputa aux Romains l'empire de l'univers? Mais la manière confuse dont les géographes grecs et romains exposent ces traditions carthaginoises démontre qu’aucune expédition des Grecs d'Égypte ou des Romains n’avait porté le flambeau de la science dans ces régions, encore aujourd’hui si mal connues.
Pline nous a cependant conservé le souvenir et les résultats de plusieurs voyages faits en Afrique. Dans sa description de la Mauritanie, il donne un extrait d'un périple de l'historien Polvbe, qui ne paraît pas avoir pénétré bien au delà du cap Noun ; du moins les mesures générales qu’il donne ne s'étendent qu’à 813 milles romains au sud du détroit de Gibraltar; c’est là qu’il place le grand Atlas, qui correspondait ainsi au cap Noun. Il règne à la fin du récit de Pline une grande obscurité; cependant on est obligé de convenir que Polybe connaissait par ouidire une côte, au midi du mont Atlas, égale à peu près à celle qui séparait cette montagne du détroit. A l'extrémité de cette côte, le fleuve de Rio-de-Ouro jaraît être le Cornu Hespcri de Polybe , d'Hannon et d’autres anciens.
Derrière ce rivage inhospitalier où, du côté de la terre, une immense mer de sables, et du côté de la mer, une barricre flottante d'herbes marines arrétaient les navigateurs et les voyageurs, on connaissait un peuple de Daratites; ce sont incontestablement les habitants du royaume de Dara, le plus méridional des États tributaires de Maroc. Les Pharusiens, leurs voisins, avaient détruit les colonies fondées par les Carthaginois. Strabon, qui nous apprend ce fait , ajoute qu'ils venaient, quoiqué rarement, en Mauritanie pour y faire le commerce; que leur rendez-vous était à Cirta ( Constantine }; qu'ils y arrivaient en passant par des endroits marécageux et des lacs, en portant avec eux de l’eau dans des outres suspendues sous le ventre de leurs chameaux. Pline indique la demeure de ce penple à l’osest du grand désert, Voilà
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HISIOIRE DE LA GÉoGRAPINE, 117 donc très- probablement une de ces tribus du désert qui de tout temps ont fait le commerce entre le nord de l’Afrique et les pays où le Niger et le Sénégal roulent de l’or dans leurs sables.
Dans l’Océan Atlantique même les Romains connurent des îles auxquelles il leur plut d'appliquer le nom de Fortunées, Pour expliquer l'histoire géographique de cette dénomination, rappelons-nous les riantes images de l1 mannemonde poétique des premiers Grecs. La peinture des contrées fertiles situées à l'ouest de la Grèce, et la renommée des peuples qui, dans ces régions heureuses, menaient une vie patriarcale, étaient déjà parvenues aux orcilles d’Iomère: ce poëte plaça à l'occident et cans un lointain obscur, mais pourtant en dedans de l'entrée de l'Océan, l'ile encuintée d’Ogygia où régnait Calypso, fille
| d'Atlas : voilà di nc la preinière Atlantide. En passant par l'entrée mys-
térieuse de l’Océan les héros arrivaient dans l’Elysée ou l’île des Bien-
| heureux : voilà le type de toutes les îles Fortunées. Lorsqu'un ou peut-
être deux siècles après Homère une tempête eut entraîné Colæus de Samos au delà des Colonnes d’Hcrcule, les récits exagérés de ce navigateur sur les charmes de Tartessus, exaltèrent encore l'imagination des Grecs, et fournirent à Hésiode une belle occasion pour agrandir lemonde poétique d'Homère. Au lieu d’un seul Élysée, nous avons à présent
| plusieurs Îles Bienheureuses, où la terre donne trois fois par an des
fruits délicieux. Un roi Atlas régne à présent sur une vaste contrée bénie du ciel; et de son union avec la nymphe Hespéris il naît sept filles, nommées, tantôt Atlantides d’après leur père , tantôt Hespérides d’après leur mère. Ces nymphes, douées d’une voix harmonieuse, gardent le
| jardin aux pommes d'or, près de l'entrée del’Océan et non loin du
séjour d’Atlas.
Nous ne nierons pas que l’histoire d'Hercule Tyrien, très-souvent répétée même par les historiens et les géographes ne soit une allégorie
| orientale sous laquelle un poëte phénicien aura dépeint les navigations
audacieuses de ses compatriotes et leurs conquêtes dans le Pérou de ces siècles reculés. Mais comme le périple d’Hannon prouve que, du temps même d’Hérodote, les Carthaginois n’avaient pas encore découvert les
L Îles Canaries, il est évident qu’on ne doit point chercher à appliquer à
ces îles les vagues peintures d'Hésiode et de ses contemporains. Une tradition, différente de celle d’Homère et des Phéniciens, se
répandit en Grece après la fondation de Cyrène et les voyages d’Eérodote. On apprit que les Égyptiens désignaient sous le nom d'fles Fortunées ces cantons fertiles, semés dans les vastes déserts de la Libye, et qu’on nomma depuis Ousis. Les Grecs de Cyrène ne manquèrent pas de s'emparer de l'idée des Égyptiens; et ayant découvert sur la côte, d'ailleurs si aride de la grande Svrte, quelques terrains où la chaleur et l'humidité réunies entretenaient une brillante végétation, ils leur donnerent le nom de Jardin des Hespérides. C’est là que l'oranger et le citronnicr en étalant aux yeux des Grecs leurs fruits dorés, leur rappelerent les pommes d'or qu'Hcreule avait été chercher dans l'occident fabuleux des poëtes. Scylax place ce jardin des Hespérides sur les bords de la mer; Strabon en fait une oasis de l'intérieur; et Pline dit avec raison que « la fable vagabonde a transporté ce nom en cent » lieux divers, » Les traditions se confondirent et se mêlèrent ensemble; tantôt les nymphes Hespérides furent tranformées en #mazones, et on transporta leur demeure dans le Pont-Euxin; tantôt les Hespérides saivirent le sort de leurs voisins, les Hyperboréens; on donna à leurs îles le surnom d'Hyperboréennes, et on y plaça les mines d’étain du Cornouailles. Que les amateurs de fausses antiquités emploient ces îles voyageuses comme ils l’entendent; qu'un Rüdbek les joigne à son Atlantiquelapone, et qu’un Oviédo y voie dansle paysdes Amazones l’Amérique méridionale ; nos lecteurs, s’ils ont bien suivi le fil decette histoire, n'auront pas besoin qu’on leur fasse remarquer l’absurdité de ces hypothèses, et, avec Pline, ils renverront les Hespérides au pays des fables,
Les Phocéens ayant vers la 57. olympiade ouvert au commerce des Grecs l'occident de l'Europe, toutes les fables des siècles poétiques, et avec elle les îles Fortunées, furent repoussées dans les espaces inconnus. Platon en renouvela le souvenir par son conte moral de l'Atlantide, Aristote paraît réellement avoir appris que les Carthaginois venaient de découvrir cans l'Océan occidental une île considérable, belle, et déserte; mais cette découverte, défigurée par Diodore, a dû être pœædur, puisque Polybe, envoyé à la recherche des établissements carthaginoïs, n'eut aucune nouvelle d’une île semblable.
La première connaissance certaine qu’on eut des îles situées à l’ouest ne date que des dernicrs temps de la république romaine. Sertorius, réfugié en Espagne avec un parti de Romains, fut informé qu'à dis
mille stade trouvait di dans leur après, Stat avait Sur | Junonia, PL ses montag
Le roi Ji des îles Pi connutlese » pelle On » {agnes il » les uns :
» blancs, » Junonia ; » Junonia | » vient Cu} » ainsi nor » temps. 1 » de chier » restes d’ » beauco
Suivant orseille, sd gan; elles dionale dd louvoyant deux îles Clara et voici com les trois r
NOMS Mot
Allegranza, Clara . ..
Lancerote, Lobo,.,.,.
Forteventur
s d'Léro- ‘Iles For- Libye, et rent pas de ir la côte, chaleur et 1, ils leur anger et le s, leur raps l'occident es sur les et Pline dit om en cent "ent ensemn Amazones, les Hespion donna à ines d’étain mploient ces joigne à son zones l’Améettehistoire, de ces hypos des fables, mmerce des oétiques, et spaces incone l'Atlantide, ; venaient de belle, et diêtre pcœdue, caithaginois,
uées à l’oucst le. Sertorius, rmé qu'à dis
mille stades de la Libye (on voulait sans doute dire de l'Ibéric), il se trouvait deux îles agréables, riches en productions naturelles, et qui, dans leur sein tranquille, lui offraient une nouvelle patrie. Vingt ans après, Statius Sebosus recueillit à Gades tous les renscignements qu'on avait sur les îles occidentales; il apprit à en connaître einq, savoir : Junonia, Pluvialia, dépourvue d'eau, Capraria, Convallis, remarquable pau ses montagnes, €t Planaria, dont le nom indique une nature opposée. Le roi Juba fit de nouvelles recherches sur cet archipel. Au sud-oucst
des Îles Purpurariæe, où Y avait établi des teinturiers en pourpre, il
connutlessix iles suivantes. «La première des îles Fortunéecs, dit-il, s'ap- » pelle Ombrios : on n’y voit aucun vestige d’édifices; dans secs mon- » tagnes il existe un étang, et des arbres semblables à la férule : » les uns sont noirs, on en exprime une eau amère; les autres sont » blancs, on en üre une cau agréable à boire. La seconde se nomme » Junonia ; clle ne renferme qu’un petit temple bâti en picrres. Près de » Junonia est une autre île du même nom, mais plus petite. Ensuite » vient Capraria, remplic de grands lézards. De ces îles on voit Nivaria, » ainsi nommée des brouillards et des neiges qui la couvrent en tout » temps. Près de Nivaria est Canaria; elle doit son nom à la multitude » de chiens d’une grandeur énorme qu'elle nourrit. Cette île offre des » restes d’édifices. Toutes elles produisent des pommicrs, des dattiers, » beaucoup d'oiseaux, et du papyrus. »
Suivant nous, les Purpurariæ, où Juba avait établi des tcinturiers en orseille, sont les îlots qui forment le port de Voladia, au sud de Mazagan; elles se trouvent juste à 625 milles romains de l’extrémité méridionale de Forteventura, soit en suivant la côte d'Afrique, soit en louvoyant à l’ouest et ensuite à l’est comme il parait qu’on faisait. Les deux îles Lanecrote et Forteventura avec les trois îlots d’Allegranza, Clara et Lobo représentent le véritable groupe des îles Fortunées. Et voici comment nous concilions entre elles et avec l’état réel des lieux les trois relations de Sebosus, de Juha et de Ptolémée.
NOMS MODERNESe
SEBOSUS. JUDA. PTOLÉMÉE,
Allegraniza, . + « « os mue ee ee Aprositos. : « « Clara ...,.,.,,.. Junonia. .,.,.... Junonia parva . .. dJunonia. .... Lancerote, . .,.. Plutalia. . ..,.. Ombrios, . . . ... Pluitalia. . . .. LOD0:: 6 ose escorte je ete 6 6e JUNONIA 655 600 00 6 0 0 60 00e
Forteventura . , .. Gapraria, . ,...,. Capraria, . . . .. . Casperia. ....
Au delà de ces îles Fortunées, dit Pline, il y en a encore d’autres, || s'explique plus bas : on voit, dit-il, du rivage des îles Fortunées celle; de Nivaria et de Canaria. Ce sont, comme tous les géographes l'ont pensé, Ténériffe, remarquable par son pic toujours couvert de neiges ct Canarie. Ce sont aussi la Convallis et la Planaria de Sebosus qui donne ces deux îles exclusivement le nom de Fortunées, restreint par Juha aux quatre précédentes.
Là s'arrêtent les découvertes de Sel sus ct de Juba; Là se termine mêrne la géographie de Ptolémée. Les trois autres Canaries ont clé inconnues aux anciens, ou du moins elles sont de trop pour expliquer leurs relations.
Dans l'explication que nous présentons l'ordre des noms est presque entièrement conservé; la position des îles Fortunées du nord au sud est reconnue; les traits physiques se retrouvent également, car Lancerote ou Fluvialia n’a d’autre source de fécondité que les pluies périodiques. S’i reste des difficultés, elles résultent des mesures données par Sebosus; mesures que d’Anville n’a pas crues susceptibles d’explication, et que Gosselin n’x pu expliquer qu’au moyen de suppositions ingénieuses, mais arbitraires.
Quoi qu’il en soit de celte solution d’une des énigmes de la géographie ancienne, il est certain que ces îles Atlantiques ne doivent qu’à des traditions mythologiques le nom d’iles Fortunées. Mais ce nom usurpé n’en eut pas moins de célébrité; on attribua aux îles Atlantiques tous les avantages et tous les charmes dont la fable avait orné les îles des Bienheureux.
Maintenant suivons Pline dans l’intérieur de l’Afrique. « Le mont » Atlas, dit-il, s’élevant du milieu des sables, présente du côté de l’Afri- » que des sources jaillissantes, de belles forêts et de riches campagnes, » tandis que le côté tourné vers l'Océan auquelil donne son nom, n'offre » que de stériles précipices. » Dans ce passage, l’auteur paraît supposer qu’une partie de l’Océan atlantique bornait l'Afrique immédiatement au midi du mont Atlas. Par conséquent, lorsqu'il ajoute plus bas que Suetonius Paulinu:, parti de Lixus avec des troupes romaines, arriva en dix journées au mont Atlas, le dépassa l’espace de quelques milles, et rencontra dans un désert de sable noir une rivière qu’il prit pour le Niger, il ne faut qu’un coup d’œilsur la carte pour s’apercevoir quela pre-
mire riviè messe; il système de en Afrique, au nord qu
Une aut positifs. Ap Pline énum Il nomme d cèles, puis 1d
ensuite les Syrte, les 4 de sel. Puis marche, à dans des ca cairce, etq térieure.
Après ts contrée qui vallée qui s goife de Gal » ses deu) »mus, Con » {agnes a] » des déser » la célèbre » ces contr » Balbus «à detribus d les images bourgade; gade; la n Disceri : la gum; la tri enfin les b mont Gyri, Le
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est presque 1ord au sud , Car Lanceluies périores données les d’explisuppositions
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«a Le mont té de l’Africampagnes,
t supposer rédiatement lus bas que nes, arriva ques milles, rit pour le rquela pre-
HISTOIRE DE LA GEOGRAPHIE, 121 mière rivière rencontrée par les Romains a du être le Gyr de Segelmesse; il ne faut qu'un peu de réflexion pour juger que, dans le faux système de Pline ct de ses contemporains, le Niger, pour trouver placo en Afrique, devait paraître plus rapproché de l'Atlas, et en général plus au nord qu'il ne l’est.
Une autre expédition offre au premier coup d’œil des résultats plus positifs. Après avoir décrit l'Afrique propre et la Cyrénaïque maritime, Pline énumère les nations de l’intérieur voisines de ces deux contrées. 1 nomme d’abord les Marmarides, voisins du Catabathmus, puis les 4raraue cles, puis les Nasamones, qui s'étendent jusqu’à la grande Syrte. Viennent ensuite les Hasbiteæ, les Afacæ, et à onze journées à l'ouest de la grande Syrte, les Æammanientes, qui construisaient leurs maisons avec une pierre de sel. Puis, en tournant au sud-est, on parvient en quatre journées de marche, à unc tribu des Troglodytes, c’est-à-dire à une tribu qui habitait dans des cavernes, par conséquent dans une chaîne de montagnes calaires, et qui exportait des picrres fines qu’elle recevait de l'Éthiopic in« téricure.
Après toutes ces nations se présentait parmi les déserts la Phazanie, contrée qui s’étendait vers la Syrte mineure, c’est-à-dire une oasis, une vallée qui se dirigeait vers le golfe dit la Syrte mineure, aujourd’hui goife de Gabes. Nous avons soumis, dit Pline, la nation Phazanique avec »ses deux villes, Alèle et Cillaba, ainsi que Cydamus. Depuis Cyda- » mus, continue Pline, il s’étend de l’ouest à l’est une chaîne de mone » tagnes appelées Noires, à cause de leur couleur. Viennent ensuite » des déserts, puis se présente Matelgæ ou Talga, ville des Garamantes ; » la célèbre fontaine Debris, et Garama, la capitale de cette nation. Toutes » ces contrées ont été subjuguées par les armées romaines; Cornelius » Balbus en a triomphé. » Pline énumère ensuite une foule de villes et detribus dont les noms ont orné le triomphe : on y porta les noms ct les images quisuivent : Tabidium, bourgade ; Niteris, tribu; Negligemalas bourgade; Bubeium, tribu; Vel, bourgade; Enipi, tribu; Thube, bourgade; la montagne Noire; les bourgades Nitibrum et Rapsa; la tribu Disceri ; la bourgade Debris; la rivière Nathabar; la bourgade Tapsagum; la tribu Dannagi; les bourgades Boin et Pege; le fleuve Dasibar; enfin les bourgades Baracum, Baluba, Alari, Balsa, Galla, Zizama, etle mont Gyri, riche en pierres précieuses,
Le 16
Après cette vaine nomenclature, sans indication de distances, il n'ééchappe à Pie qu'un seul mot qui puisse nous découvrir les traces de Cornelius Balbus; le voici : « Le chemin vers les Garamantes lait » très-diflicile, parce que leurs soldats couvrent les puits; mais par la » guerre qu'ils ont depuis faite aux Oéenses, on a appris une route plus fa » cile pour aller dans leur pays, route qui est plus courte dequatre jour- » nécs de marche, » Dans un autre passage, malheureusement assez obscur, Pline dit que les Augilæ sont à 250 milles romains de la côte, et que, d'eux jusqu'aux Garamantes, il y a douze journées de marche. Hérodote place les Garamantes à dix journées de marche d’Augila et à trente du pays des Lolophages. Au sud, ils touchaient aux Éthic viens,
En rapprochant ces indications de deux autres circonstances, savoir: que Cornclius Balbus ne rencontra aucun grand fleuve, et qu'it parait avoir terminé son expédition en une seule campagne, nous pourrons peut-être retrouver quelques-uns des endroits par où ce général à conduit sa troupe. 11 semble que, parti d'Oca ou de Leptis, il a passé le mont Gyr, le Guriano de nos jours, où il existe mème une bourgade nommée Gher; il s’est rendu par Haxalla, notre Missolat, à Seblah ou Sclbah, qu’il nomme Cillaba, et qui est la ville E ; lus septentrionale du Fezzan ou Phazania, pays encore aujourd'hui réduit à n'avoir d'eau que par le moyen de puits, quoique d’ailleurs il produise beaucoup de datticrs. Garama, capitale des Garamantes, cst Germa, au suä-est du Fezzan. La ville Aléle est probablement le Mourzouk des moderncs et le chet-lieu des Muchtusii de Ptolémée. Cest ici, dans ia Garamnantique proprement dite, longue seulement de 1,000 stades, que se trouvait, selon tous les anciens, une race de bœufs qui, ayant d'énormes cornes tournées en avant, ne pouvaient paitre qu’en marchant à reculons. Les Garamantes de la Phazanie sont peut-être les Gumphasantes de plusieurs anciens, ce nom paraissant formé de ecux de Gurama et de Phazan. Mais la piissance des Garamantes s’élendait plus loin : Hérodote déjà les considérait comme une des nations les plus nombreuses; Denys le Périégète les appelle un peuple immense ou sans limites; Virgile les nomme à côté des Indiens, et en étendant leur pays au delà du tropique, il s'accorde avec les mesures données par Agrippa, qui, en elfet, nous conduisent vers Agades et Bornou. D'un autre côté, nous ne devons étendre les possessions des Garamantes qu’à la distance de neul
journées du f mêmes que delà d'Agade de Balbus di Disceri aux € sel fossile, q
c'est Nedjedthabur parail Une autre € les moniagl des Tibbo, bords du Ou rappeler, Fu trouvons lu même celui Voilà la plu couvertes fa c'est confo main n’étal nomment cc
Les Garar ou Gadamce l'endroit M Telliagues Guargala, ( fussent le B avec l’opin » turages » le lac Fit » le royaul
Tout ce ( du Nil s’af vaste régid divisions, Homère, 1 d'Homère
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ICE, SAVOIr:
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IMSTOIME DE LA GÉOGRAPUIE, 129
journées du pays des Élhiopiens occidentaux, qui sont certainement les mêmes que les Nigrilæ. Celle considération nous défend d'aller au delà d’Agades. Il faut donc chercher au sein de cette oasis le Tahidium de Balbus dans Tabou ou Tibedou, son Tapsagum dans Tagazi, ses Disceri aux environs de Djezr. C’est dans le désert de Bilma, si riche en sel fossile, que nous chercherans Negligemela, nom évidemment arabe; c'est Nedjed-al-maila, c'est-à-dire, pays du sel. De même le fleuve Nathabur parait signifier Ja riviere qui passe à Tabou, en arabe Na-Thabou, Une autre excursion vers l’est conduisit Iles armes romaines à travers les moniagnes Noires, aujourd’hui celles de Tibesti, dans les contrées
des Tibbo, désignées sous le nom Thube, et peut-être jusque sur les
bords du Ouädi-el-Ghazel, où les noms de Boin et de Dannagi semblent rappeler, lun Pornou, l'autre Dangala. Cest à Bornou que nous retrouvons l'usage des Garamantes d'aller à la chasse aux Nègres, ct même celui de la communauté des femmes, que Pline leur attribue. Voilà la plus grande extension qu'il soit possible d’accorder aux découvertes failes par Balbus. Vouloir qu'il ait pénétré jusqu’au Niger, c’est confondre les Garamantes avec les Nigritæ, dont le général romain n’étala point le nom dans son triomphe, et que tous les anciens nomment comme un peuple à part.
Les Garamantes possédaient encore à l’ouest le pays de Ghédames ou Gadames, avec la ville du même nom, la Cydamus de Pline, et l'endroit Mathelgæ, dans quelques manuscrits Talga, probablement le Telliagues des cartes modernes. Il scrait possible que Bérigan et Guargala, dans l’intérieur de la région Zab, dépendante d’Alger, fussent le Baracum et le Galla de Cornelius Balbus; ce qui s’accorderait avec l’opinicn de Ptolémée, lorsque ce géographe dit « que les pà- » turages des Garamantcs atteignent, d’un côté, la Palus-Nubienne, » le lac Fittri, et de l’autre les sources du Bagradas, fleuve qui arrosc » le royaume de Tunis. »
Tout ce qui est au midi du pays des Garamantes et des cataractes du Nil s'appelle Éthiopie dans le système de Pline; et il partage cette vaste région en occidentale et ortentale : le Nil sépare ces deux grandes divisions, qui semblent d’abord rappeler les mêmes distiuctions chez Homère, mais qui en sont essentiellement différentes. Les Éthiopiens d'Homère et des anciens Grecs sont tous les peuples méridionaux de la
111 CHAPITRE NEUVIENUE, terre, Cette ancienne signification fut ensuile modifiée par les historiens do plus d'une manière. Pline, peut-être instruit de la différence physique des peuples de l’Abyssinie actuelle d'avec ceux qui demeurent vers lo Niger, considéra le Nil comme la limite qui séparait les deux Ethiopics, et se flatta mal à propos d’avoir rendu le sens d'Homére. Pour nos lecteurs, déjà accoutumés à distinguer les traditions primitives, poétiques et populaires des applications qu’en firent les historiens, ils doivent tout de suit? s'apercevoir que le nom d'Éthiopien ou peuple an teint brun, a, conime tant d'autres noms, été repoussé de siècle en siècle vers les exurémités méridionales du monde connu à chaque époque.
Dans l'esprit de ceux qui, avec Hipparque, croyaient que l'Afrique et l'Asie sc joignaient par le sud, les Éthiopiens et les Indiens devenaiont voisins. Mais Pline, qui suit l’opinion d’Ératosthène sur l’étenduc de l'Océan, donne des limites étroites à son Ethiopie; elle n’a que £, 100 milles romains de longueur de l’est à l’ouest : sa largeur du nord au sud était de 1,297 milles, y compris la haute Égypte. Tehes étaient les mesures adoptées par Agrippa dans son grand ouvrage officici, résultat de tous les mémoires recueillis par les Romains. Les çonnaissances géographiques du siècle d’Auguste attcignaient donc à peine les montagnes de l’Abyssinie.
L'Éthiopie occidentale paraît avoir été la moins connue. Nous & 7ons déjà vu que le fleuve Niger, selon Pline, n’était qu'un bras du Nil. Le naturaliste romain s'était confirmé dans cette erreur en apprenant que lo Niger nourrissait, comme le Nil, des crocodiles et des hippopotames, et que la plante papyrus croissait sur ses bords aussi bien qu’en Égypte. Ce fleuve se déhordait aussi régulièrement que le Nil. D’autres anciens paraissent également avoir eu quelques renseignements sur les qualités naturelles de la Nigritic. Chez les Éthiopiens occidentaux, disait tratosthène, l'air, en général pur, est obscurci par des vapeurs le malin et lesoir. Iphycrate assurait que le camelopardalis où la girafe se montrait dans l’Éthiopie occidentale; et de nos jours Mungo-Park a vu cet animal sur les bords du Niger. Les énormes serpents hoas étaient aussi connus d'[phycrate. L'or fin d’Éthiopie paraît également rappeler les lavages de ce métal dans la Nigritic. Mais Pline convient expressément que tout ce qu’on savait sur les Migrites, nommés chez tant
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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE. 195 d'anciens, était mêlé de fables et plein d'obscurité. Il raconte comme un échantillon, que le roi de Nigroë (la Nigira de Ptolémée) passait pour avoir un seul œil placé au milieu du front.
Voilà donc les Cyclopes de la fable arrivés depuis la Sicile jusqu’en Nigritie! C’est ainsi que de toutes parts les êtres fabuleux furent transportés des pays connus dans le lointain encore obscur; c’est ainsi que les Pygmées d'Homère devinrent un peuple de l'intérieur de l'Afrique.
L'Éthiopie orientale, située sur le Nil, était mieux connue. Pline donne quatre itinéraires depuis Syéne en Égypte jusqu'à Meroë, la fameuse capitale du principal royaume éthiopien. Ces itinéraires, dont les uns suivent les bords du Nil, tandis que les autres semblent traverser lo désert de Bahiouda, se rencontrent tous sur quelques points essentiels, entre autres sur la ville Nupsia, Nupsis ou Tenupsis, qui nous paraît être la Nuabia des modernes. Les voyageurs grecs, cités par Pline, indiquent une foule d’endroits dont les espions militaires de Néron ne retrouvèrent qu’un petit nombre. Comment donc se flaltet-on de retrouver les nombreux noms de tribus cités par Pline, et qui probablement sont en grande partie imaginés par les voyageurs grecs et romains? Il en est certainement ainsi des S'rutophagi où mangeurs d'autruches, des Acridophagi qui se nourrissent de sauterelles, et des Panphagi qui dévoraient tout ce qui leur tombait entre les mains. Toute
| tribu africaine qui faisait sa demeure dans des cavernes souterraines, communes dans les terrains calcaires, était décorée du nom de Troe
glodytes. Le nom qui paraît s’êlre l& micux conservé, c'est celui des Nubæ, qui pourtant n’occupaient pas exactement la Nubie des géographes arabes et modernes; il paraît que les Nubæ, semblables à d’autres nomades, erraient de contrée en contrée.
Une autre question obscure, importante et négligée, c’est de savoir où demeuraient les exilés d'Égypte, ou les deux cent-quarante mille guerriers qui, fuyant le despotisme de Psammétichus, établirent sur le Nil un État vassal du royaume de Méroë. Ératosthène y plaçait la terre des exilés à 8,300 stades; Hipparque, suivi par Strabon, la pore tit à 8,800 : elle ne peut donc avoir été plus au nord que ne le sont la province abyssinique de Fazelq et la partie méridionale du Kordofan. Ces exilés s’appelaient eux-mêmes Asmach; ils demeuraient, selon Hérodote, à cinquante-six jours de navigation au-dessus de Meroë.
126 CiiAPITRE NEUVILME, Sirabon, dans un passage, les désigne sous le nom de Srbride, en les plaçant dans une contrée nommée Ténésis; il les fait voisins et maîtres de Meroë, en observant qu'ils sont gouvernés par une reine : dans un autre endroit, ce même auteur les nomme Sembritæ ou Sebirtæ, en disant que leur reine est vassale de celle de Meroë. Pline, sans s’en apcrcevoir, parle dans le même chapitre deux fois de ce peuple; il dit d'abord que la première ville des Égyptiens exilés, situés à dix-sepl journées de marche de Meroë, s'appelait Esur ; elle était sur la rive occidentale et avait vis-à-vis d’elle une autre ville nommée Daron. Ainsi l'assurait Aristocréon, un des voyageurs grecs dont il nous a donné l'itinéraire jusqu’à Meroë ; puis il ajoute, d’après Bion, autre voyageur, que leur capitale actuelle était Sembobitis, dans une île du Nil; enfin, il revient encore sur la relation de Bion, et nous apprend que Sembobitis, Asar, Daron et beaucoup d’autres villes baignées par le Nil, obcissent à la reine des Semberrites, La ville de Sembobitis était à vingt jour. nées de marche de Méroë. En comparant tous ces passages, il reste évident que les Semberrites sont les mêmes que les Sebridæ de Strahon, etles Asmachs ouAutomoles d'Hérodote; mais pour concilier entre elles les mesures de Pline et d'Hérodote, il faut observer que le premier compte par journées de marche, et l’autre par journées d’une navigation embarrassée. En partant de ce principe, El-Aice, dans leKordofan, nous paraît Esar ou Asar; et peut-être J'usage de la circoncision chez les Falasjan, peuples d’Abyssinie qui passent pour Juifs, est-il un reste des institutions égyptiennes.
Les côtes orientales de l'Afrique ne présentent dans la géographie de Pline qu’une suite d’obseurités et d’incertitudes. Le Périple de lamer Érythréenne nous fait mieux connaître le progrès des découvertes dans ces régions. Le golfe Avalites renfermait le port Malao, probiblement celui d’/sis, chez Pline, par où l’on exportait l’excellente myrrhe d'Afrique, et le promontoire Mosylon, rendez-vous des vaisseaux qui, de Ceylan ou Taprobane, apportaient le cinnamome, considéré faussement par les anciens comme une production africaine. Les terres voisines du golfe Avalites portaient probablement déjà le nom de Barbaria, sous lequel des écrivains postérieurs les désignent.
Les trois promontoires, Elephas, Aromata et Phalangis ou Zingis extrema, correspondent aux caps Fellis, Guardafui et Orfui de nos caries
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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPEE, 127 Cette extrémité orientale de l'Afrique, aujourd’hui déserte, était alors couverte d'établissements fondés par les Grecs d'Égypte. Mais au sud du promontoire Noti-Cornu, ane côte aride, sans eau, sans ports, avait longtemps arrêté les navigateurs. Ce terme de la géographie de Strabon venait d’être dépassé; on se rendait au port marchand de Rapta et dans l'ile de Menuthias, Quoiqu'au-delà de Rapta l’on connût le promontoire Prasum, qui parait se retrouver dans le cap de Brava, les navigateurs ne pénétraient point au sud de Rapta. « Cette partie de l'Océan, dit le » Périple, est entièrement inconnue; on croit qu’il continue de se diri- » ger à l’ouest, et qu'après avoir baigné les côtes méridionales de l’'É= » thiopie, il se joint à l’Océan occidental. » Voici encore un de ces passages décisifs qui prouvent combien les navigations des anciens étaient loin de les avoir conduits au sud de l'équateur, et encore moins autour de l'Afrique.
Il est vrai que Ptolémée, dont la géographie se termine aussi au pro montoire Prasum, assigne à ce point une latitude qui le porterait au sud de l'équateur; mais une révision rigoureuse des itinéraires employés par ce géographe prouve que les mesures qu’on y trouve indiquéces n’auraient dû le conduire qu'au terme déjà marqué. Toutefois, comme les pelits princes ou cheiks arahes de l’Azanie dépendaicnt d’un prince de l'Arabie Heureuse, et que, selon Pline, le commerce du cinnamome ou de la cannelle était le monopole d’un roi d'Arabie, nous n'osons pas nier que dans ces régions les Arabes n'aient pu étendre
eaucoup plus loin leurs établissements et leurs voyages; mais la politique commerciale a dù les engager à en faire un secret : du moins les Grecs et les Romains n’en curent-ils aucune connaissance posiuve.
Les projets nous sont con ridicule ou le cura aux Grec qui fixent inv moussons. Celu tis du golfe à changea de f!
de l'Arabie, a mousson con (prouva ce 8 gypte, fit part côte égyptien cent vingt na raient de cen du temps de I seaux pour al D'abord on éloigné d'Al Coptos par ut douze jours.
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grande partie narrivait de ( parvenu, on h canicule, ( on arrivait à l'Arabie heu lion à Muzt hippale ou hiver, en sor même année par le vent jvent d’Afriq
Découvertes en Asie, d'après Pline et le Périple de la mer Érythréenne, A. après J.-C. 1— 80.
Longtemps la navigation de la mer des Indes paraît être restée dans l’état où fut celle de la mer du Sud avant l’arrivée des Européens. Les voyages des Phéniciens et des Hébreux, soit vers la ville d’Ophir en Arabie, soit vers la terre inconnue d’Opair, offrent trop peu de précision géographique pour qu'on puisse se permettre d’en tirer des conclusions. Les premiers Grecs qui pénétrèrent jusqu'aux rivages de la mer ki des Indes, nommée mer Erythréenne ou Rouge, trouverent les Arabes- Sabéens en possession du commerce de l’Inde. C'était de ces Arabes, nous disent-ils, que les Phéniciens avaient tiré les marchandises qui pendant des siècles avaient enrichi Tyr et Sidon. De même les conquêtes de Sésostris, si elles sont réelles, ne s’étendirent que jusqu’au promontoire Mosylon, vis-à-vis la côte des Sabéens. Il ne reste donc que les Iudiens auxquels on puisse attribuer la priorité sur les Arabes dans la navigation de ces parages; mais les lois de Manou défendent aux Indous d’aller en haute mer; et Solvyn nus apprend que tous les noms de gros navires usités dans l’Indostan sont d’origine arabe, circonstance aui semble devoir faire rejeter toute idée d’anciennes navigations lointaines exécutées par des Indiens.
4 “ Quoique les Arabes n’eussent que des barques couvertes de cuir et 1 dans la construction desquelles il n’entrait pas même un clou de fer, F leurs voyages dans l’Inde doivent remonter à une haute antiquité. Les + trésors accumulés par les Sabéens, et qui excitaient la cupidité de l’empereur Auguste, ne purent être que les fruits d’un monopole longtemps concentré dans les mains de ce peuple. L'existence des pirates très-hardis que les Grecs trouvèrent sur la côte méridivnale d’Arabie, offre encore une preuve subsidiaire de l'antiquité de la navigation chez cette nation; car l'avidité des pirates naît de la contemplation des richesses qu’amasse l’industrie du commerçant.
restée dans opéens. Les
d’Ophir en de précision des conclus de la mer les Arabesces Arabes, andises qui s conquêtes au pr'omMmoOne c que les nbes dens la ent aux Inus les noms irconstance ations loin-
; de cuiret lou de fer, tiquité. Les cupidité de 10pole longdes pirates e d’Arabie,
navigation iplation des
Les projets d'Eudoxus et de Jambulus pour aller droit dans l'Inde ne nous sont connus que par les rapports des écrivains qui les tournent en ridicule ou les surchargent de circonstances fabuleuses. Hippalus procura aux Grecs d'Egypte la connaissance parfaite de ces vents réguliers qui fixent invariablement la navigation de l'Inde, et que nous nommons moussons. Celui du sud-ouest, qui conduit vers l’Inde les bâtiments sortis du golfe arabique, reçut le nom d’Hippalus. Aussitôt la navigation changea de face; le marin, plus hardi, traversa rapidement les mers de l'Arabie, aborda dans la péninsule indienne, et revint à l’aide de la mousson contraire. Ce fut sous Auguste que la navigation vers l'Inde iprouva ce grand changement. Alors Ælius Gallus, gouverneur d'Égypte, fit partir du port de la Souris, en grec Myos-hormos, situé sur la côte égyptienne du golfe arabique, une flotte marchande composée de cent vingt navires. Les Romains, flattés du profit immense qu'ils tiraient de ce négoce, le cultivèrent avec avidité. Il était très-considérable du temps de Pline, qui décrit exactement la route tenue par les vaissaux pour aller dans l'Inde, ainsi que le temps de leur navigation.
D'abord on s’embarquait sur le Nil à Juliopolis, bourg qui n’était éloigné d'Alexandrie que de deux mille pas. De là, on se rendait à Coptos par une navigation de trois cents milles, et qui s'achevait en douze jours. À Coptos, on prenait des chameaux pour aller par terre à deux cent cinquante milles de là, au port de Bérénice, sur le golfe arabique. On s’arrêtait pendant le cours de ce voyage à différents gîtes dont la rencontre des eaux avait déterminé le choix. Comme la plus grande partie du chemin se faisait la nuit, à cause des cha:ours, on narrivait de Coptos à Bérénice que le douzième jour. Quand on y était parvenu, on se mettait en mer au milieu de l'été, avant le lever de h canicule, ou immédiatement après; et dans une trentaine de jours on arrivait au port d’Océlis ou à celui de Cané, l’un et l'autre dans l'Arabie heureuse. De là on se rendait en quarante jours de navigalion à Muziris, premier entrepôt de l'Inde, en profitant du vent
Éhippale ou de sud-ouest Les vaisseaux repartaient de l'Inde en
hiver, en sorte qu’on pouvait se trouver de retour dans le cours de la même année. En revenaut, la navigation se faisait sur l'Océan indien par le vent vulturne ou de sud-est, et, dans le golfe arabique, par le
vent d'Afrique vu de midi.
Une autre branche de commerce de l'Inde remonte probablement à une époque extrêmement ancienne. Pattala, vers l'embouchure de l'Indus, recevait par caravanes et per bateaux les toiles fines, dont h
fabrication est très-ancienne dans l'Inde. Les Cerrhéens venaient cher- À
cher ces marchandises ainsi que l'encens et la mvyrrhe de PArabie méridionale, ils transportaient ces objets, soit à Babylone, et plr: tard à Batné sur l'Eugarate, soit à travers le grand désert, à Palmvre
en Syrie, et plus anciennement à Tyr, où toute la contrée de Gerrh:
était connue sous le nom de Daden.
Une troisième route vers l'Inde nous est indiquée par des relations
contradictoires et obscures. Selon Pline, on avait dit à Pompée que lis |
marchandises de l'Inde pouvaient être embarquées sur l’Icharus, rivière qui se jetait dans l'Oxus; ce dernier, d'après une hypothèse des anciens, s’écouiait dans la mer Caspienne. Les marchandises pouvaient ensuite être transportées à l'embouchure du Curus et de là sur les bord du Phasis dans la Colchide. Strabon assure, d'après Patrocle, que les marchandises de l’Inde étaient transportées par l’Oxus dans l'Hrea nie, et ensuite par les fleuves jusqu'aux bords du Pont-Euxin. Le mêm: auteur affirme que les Æorsi, peuple habitant au nord-ouest de la mer Caspienne, transportaient sur les rivages du Pont, et à l’aide de leurs
chameaux, les marchandises indiennes qu'ils recevaient des Arménien: L unasile. Le
| dans l'Inde | attire nos ré | bia l'élix du | (ôt Anada, d position. D } de; et quoi | Gallus, co du temps dd deur. Pius
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| des Chatran | domination
et des Médes.
On a expliqué de plusieurs manières ces passages obscurs. D’ahor ceux qui croieni à une ancienne embouchure de lOxus dans la mer Caspienne, pensent qu’on doit entendre à la lettre les ouï-dire de Plint, mais l'Oxus a sans doute toujours eu son embouchure au même crdroit où elle se trouve de nos jours : seulement il paraît que les anciens avaient pris le lac Aral, dont ils ne connaissaient que le côté méridional, pour un golfe de la mer Caspienne. Ainsi les marchandis de l'Inde ont dû être transportées par terre des bords de l’Oxus à leur destination ultérieure. Il se présentait naturellement deux routes: l'une par l'Ochus ou le Tedjen, la mer Caspienne, le Cyrus et le Phasis: c’est probablement celle que Strabon désigne iorsqu'il parle des fleuves par où ce commerce se dirigeait. L'autre route naturelle, était de tourner la mer Caspienne par le nord : c'était celle que suivaial
les Aorsi, montés sur leurs chameaux, quoique Strabon prétende leur
faire traver être emplo moyen àge grecs qui.
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D'asrès ( çants, il rés doivent su de la géogi Nous sav que d’une vons le Pé d'une nom les progrès l'endroit no rénice Tro; Haura par I de soldats « extrémités ( que d’un b Musa, dans
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scurs. D’aborl s dans la mer -dire de Plinc; au même Claît que les anue le côté mimarchandise e l’Oxus à leur deux routes:
rus et Le Phasis:
rle des fleuvi relle, était de k que suivaiell
à prétende leut
HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE, 431 faire traverser les précipices du Caucase, où les chameaux ne sauraiont êtreemployés avec succès. C'était la route habituelle des négociants du moyen âge; c'était encore celle qu'ont dû suivre les anciens voyageurs grecs qui firent connaître à Hérodote la vraic nature de la mer Caspienne.
D'asrès cet exposé des routes que suivaient les voyazeurs commcerçants, il résulte que l'Arabie, la côte de Malabar, et les pays sur l’'Oxus, doivent surtout attirer les regards de l’historien qui suit les progrès de la géographie.
Nous savons que les anciens, à l’époque de Strabon, ne connaissaient que d’une maniere imparfaite la péninsule arabique. A présent, suivons le Périple de la mer Erythréenne, en y joignant quelques traits d'une nomenclature confuse donnée par Pline; nous remarquerons les progrès sensibles de la Géographie. Le Périple nous apprend que l'endroit nommé Leuce-Kome ou le bourg hlane, placé vis-à-vis de Bérénice Troglodytica, et par conséquent rapporté convenablement à Haura par Bochart et d’Anville, servait de station à un détachement de soldats et de douaniers romains. Depuis Leuce-Kome jusqu'aux extrémités de l’Yémen des modernes, les éeueils, les pirates et le manque d’un bon port éloignaient les navigateurs des côtes de l’Arabie. Musa, dans la Sabée, était la première ville où le commerce trouvait
attire nos regards : c'est l’Eden des Hébreux, l’Aden des Arabes, l'4ra-
| bia Félix du Périple, l’Arabiæ emporium de Ptolémée, et l’Atana ou plu-
tôt Anada, dont Pline avait entendu le nom, mais dont il ignorait la
| position. Depuis des siècles, Aden était le centre du commerce de l'In-
de; et quoique probablement ruinée par la flotte de gucrre d’Ælius
È Gallus, comme on peut conclure du Périple, elle s’était déjà relevée
du temps de Pline et conserva jusqu’au xvire siècle des restes de splen= deur. Plus à l’est, Cané, que d’Anville rapporte à Cava-Canim, servait | de dernière station aux vaisseaux qui se rendaient dans l'Inde. C'était | ie port de la ville de Sabbatha, le March des modernes et la capitale
des Chatramotites, c'est-à-dire des habitants d'Hadramaut, dont la
| domination s’étendait à l’est sur la province de Sachar ou le pays des
Sucalites chez les anciens, patrie de l’encens et de la myrrhe, Des colli-
mp
nes d'argile, baignées de sources nilrcuses, couvertes de vapeurs mal.
sunes; voilà comment les anciens décrivent la région de l'encens tt celle de la myrrhe, qui paraissent s'être étendues au loin dans l'intérieur de PArabie., Un prince d'Hadramaut étendait sa domination sur l'ile de Socatora, nommée île de Dioscorides ; comme àl tirait un certain revenu de cette terre aride, il est à présumer que l’aloës vendu à Cané en venait en partie, d'autant plus que l’aloës de Socotora passe aujourd’hui pour ètre de la meilleure sorte.
Le golfe Sacalites, dont nous venons de parler, présente de grandes difficultés. «ll est, selon le Périple, terminé parle mont Syagros, le plus » grand promontoire du monde et qui regarde le soleil levant. » Ce promontoire doit encore se trouver vis-à-vis de celui d’Aromata en Afrique, et le golfe Sacalites lui-même doit avoir en face l'ile de Dioscorides, notre Socotora. En rapprochant de ces indications la distance entre ce promontoire et Socotora, donnée par Pline, et que nous évaluons à 2,240 stades de 700 au degré, il paraît que le cap nommé /us- Fartash, situé à l'ouest du golfe de Sachar ou Seger, répond au Svagros des premiers voyageurs grecs et romains. Aussi les endroits que le Périple nomme après le promonoire Syagros sont représentés comme situés sur le golfe Sacalites. Plolémée confirme la position du promontoire à l’ouest du golfe Sacalites. A l'extrémité de ce golte commence le pays des 4sichæ, dans le nom desquels on reconnaît celui de Giun-al-Hashish ou golfe des Herbes et de la ville d'Hasec. Devant leur contrée sont les îles de Zenobius, aujourd’hui nommées îles de Curia-Muria. Le Périple nous fait ensuite connaître un golfe ou enfoncement où les navigateurs évitaient d’entrer, C’est là qu’habitaient des peuplades barbares, que Pline nomme Ichthyophages où mangeurs de poissons. La ville Ausara, nommée par Ptolémée, nous fait connaître l'emplacement des Ausarites de Pline, chez qui il croissait une espèce de myrrhe. Devant ce golfe se trouve l’île de Serapion, riche en tortues, selon le Périple, probablement la Chélonitis de Pline, et la Maceira des moder es. Toute cette côte fait partie de la province Mairan: aussi Pto'emée y place une ville Amara, et Pline connaît une nation d’£Epi- Muiranites, c'est-à-dire voisins des Maranites, ainsi qu'une tribu de Chadéens, qui semblent correspondre au pays de Gad. Les Honts-Jumeaux de Ptolémée paraissent tenir la place du cap Rosalgat, et le promon-
{toire A'orot
caché, rap Pline, L’Or ou Macend du Pcriple Les Kata Gerrha, do par le com de Tylos, à miers, de { descriptior modernes :
ciens : ma différente Telles nc nues du te pas mieux core à CCUX des tentes, brigandag général d ivt siècle s senter les lémée les fait voisins qui autre nation de Romains € toujours ges bottes maient le leur vie n mariages et une lai Des cô rendaicen
urs Mmall'encens ct ans l'inominalion ürait un pes vendu fora passe
e grandes ros, le plus ant. » Ce Aromata en le de Diosa distance nous évapmmé /us-
id au Sya-
droits que "eprésentés position du le ce golle nnait celui sec. Devant ‘es îles de > ou enfonbitaient des angeurs de t connaître une espèce en tortues, Maceira des Alan : AUSSI tion d’Epine tribu de mts-Jumeaux
le promon-
toire k'orodunum représente celui de Kuriat. Le Ærypto-slimen, ou port caché, rappelle le site du port de Mascate, peut-etre le Hachorbe de Pline, L’Omna de Pline semble être la ville d'Oman. Le cap Mussendon ou Macendon, nommé Macela par Néarque, est ‘e promontoire 4subôn du Pcriple et de Ptolémée.
Les K'ataræi étaient une des tribus principales; et outre la ville de Gerrha, dont nous avons parlé plusicurs fois, celle de Rhegma florissait par le commerce depuis les siècles les plus reculés. Pline indique l’île de Tylos, avec ses bancs de perles, ses hbosquets de cotonniers, de palmiers, de tamarinicrs, et ses sources salées employées à l'irrigation. Sa description ne laisse aucun doute que cette ile ne soit le Bahharein des modernes ; sa petite Tylos est notre Arad, et l’Aradus de quelques anciens : mais les iles Tyros ct Aradus de Ptolémée occupent une position différente de celle de la Tylos de Pline.
Telles nous semblent être les parties maritimes de l'Arabie, bien connues au temps de Pline. T’intérieur même de cette contrée ne nous est pas mieux connu qu'il ne l'était «ux Romains de cette époque, et plus encore à ceux du temps de Trajan. Tous ces enfants du désert, vivant sous des tentes, ayant pour tout bien leurs ‘‘oupeaux et les fruits de leur brigandage, avaient été compris par les anciens Grecs sous le nom général de Scénites, ou habitants des tentes; ils le furent dans le ivt siècle sous celui de Saraceni ou brigands. Pline semble encore représenter les Saraceni comme une petite tribu au centre du désert; Ptolémée les étend déjà jusqu'aux confins de l'Égypte; et Marcien les fait voisins de la Peise, Enfin Ammien-Marcellin déclare que tous ceux qui autrefois étaient appelés Scénites, sont compris sous la dénomination de Saraceni. Ces féroces nomades se mettaient à la solde des Romains et des Persans indistinctement ; leurs courses rapides étaient toujours marquées par le pillage et la destruction. Un turban, de larges bottes et une étoffe légère roulée autour du milieu du corps formaient leur vêtement ; ils ne connaissaient guère ni le pain ni le vin, et leur vie n'étant qu’une marche perpétuelle, ils ne concluaient que des mariages temporaires ; la femme apportai: en dot à son mari une tente et une lance.
Des côtes de l'Arabie les anciens, comme nous l'avons fait voir, se rendaient dans l’Inde et surtout dans la péninsule occidentale que le
Pér.yl2 d's'sne sous le nom de Dachanabades, nom sanscrit, orné d’une terminaison grecque, et qui rappelle la dénomination moderne de Décan, Saivons en détail les découvertes depuis embouchure de l'Indus, où anus nous sommes arrêtés avec Alexandre le Grand. Le vrai nom mdigens de ce ticuve se montre déjà dans le Sindus de Pline et le Sindos du Périple. Après le golfe de Canthi, aujourd’hui golfe de Coutch, le royaume de Larice embrassait le Guzurate et le Malva. Barygaza, aujourd'hui Broatch, sur le golfe du mème nom, maintenant golfe de Cambaya, était la principale ville de commerce de cet Etat. On y apporlait méme des sources de l'Indus la soie écrue et diverses fourrures de la Scythie; la route des caravanes passait chez plusieurs nations inconnues, et probablement à travers le grand désert. Hinnagara était la résidence d'un prince auquel le Périple üoune le titre de mambaros, c'età-dire en sanscrit mahka-balara, où grand roi. L'ancienne capitale Ougein était connue des Grecs sous le nom d’Ozène; elle exportait beaucoup de toiles fincs, des pierres gemmes et des murrhina, Vases précieux dont les recherches les plus multipliées n'ont pu faire découvrir la nature, C'est dans l’intéricur de Malva, dans le Sircar de Bidjagor qu'il faut chercher des Bittigi de Pline; le Sircar de Soret en Guzurate représente
Ja Syrastrène du Périple et les Syrien: de Pline. La Nerbudda, qui en
sanscrit porte aussi le nom de Narmada et Nammada, est désignée par Ptolémée sous le nom de Nammados.
Apres l'Etat de Larice, venait une contrée nommée Ariaca, ei qui paraît avoir eu plus d’étendue vers l'intérieur que vers les côtes. Elle correspond à peu pres aux provinces modernes de Candish, Dowlatabad et Bcrar occidental. Ptolémée a connu les fleuves qui l’arrosent, entre autres le Godawery, qu'il nomme Goaris; mais au lieu de les conduire vers le golfe de Bengale, il les fait couler vers les côtes de Malabar; erreur qui s'explique par le faux système d'après lequel il traçait sa carte. Dans l'Ariaca, la ville de Tagara était v à marché renommé pour ses sindones ou indiennes, et ses othonia ou toiles de coton, fines ei grossières, qu'on expédiait de là par terre à Barygaza. Suivant le Périple, Targara était à dix journées de marche à l'orient d’une autre célèbre ville de commerce nommée Plutana, dans le voisinage de laquelle on trouvait des onyx et d’autres picrres précieuses. Plutana était à vingt journées de Barygaza, où l’on amenait les marchandises en traversant
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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE. 135 des monts escarpés, probablement ceux qu'on nomme aujourd'hui balagaut. Ce commerce n'existe plus; mais les end”oits mentionnés par le Périple se retrouvent encore sur la rive néridionale du Godaweri, A 217 milles anglais de Broatch est la ville «e Pultanah. Si l'on divise ce nome de milles par les vingt jours, on aura à peu près 11 milles auglais par jour, ce qui est la distance ordinaire que les voitures chargées parcourent encore aujourd'hui. De Pultanah à Tagara, Arrien et le Périple comptent dix journées de marche; conséquemment les Grecs donnaient ce dernier nom à Deoghir où Dowlat-Abad, l’ancienne capitale de ces contrées qui fut longtemps fameuse par ses pagodes et ses fortlications taillécs dans le roc.
Une chose vraiment curieuse, c’est que la partie de la côte du Malabar comprise entre Goa et Bombay ait été, depuis les temps les plus anciens, connue sous le nom de Côte des Pirates, à cause des forbans dont elle a toujours été infestée jusqu’à la fin du siècle dernier. Les anciens désignent sur cette côte un groupe d'ilcs nommées Yeptanesia chez Plolémée, et Sesecrinæ dans le Périple, la ville d’Harma-Gera, sans doute le Gériah de nos cartes, et celle de Nitrias qui a presque corservé son nom dans celui de Niouti ou Newty. La Côte des Pirates rénond ainsi à la province de Concan.
Si de Barygaza on navigue 7,000 stades à 1,141 au degré au sud, on trouve la belle et célebre baie de Goa, dans un canton nommé Sunda, C'est là que l’on doit chercher l'ancienne Tyudis : car c’était la premiere ville de la Limyrice, pays qui, selon !e Périple, était précisément à cette distance de Barygaza , et qui répond au Canara moderne et à une purtie du Calicut. Cette contrée était Le siége du commerce du poivre, dont là meilleure espèce croissait dans un canton nommé Cottonaru; on y achetait encore les diamants, les perles, l’ivoire et les autres productions précieuses de l'Inde méridionale. Outre Tyndis, la Limyrice renfermait encore le port de Huziris, qui parait être le Mirzouh des cartes modernes, entre Onor et Barcelore. On croit retrouver Barace dans Barkour, et Nelcynda dans Nelliseram.
Les Aii habitaient la portion la plus méridionale de la côte occidentale : leur pays répond à une partie du Walabar moderne, nommé déjà dans le vr siècle, le royaume de Malé. Pline cennaissait probableruent une partie de la chaîne des Gates, sous le nom de Muleus. ‘xs
136 CHAPITRE DIXIENE, rapprochements nous font croire que les peuples de celte contrét portaient déjà du temps de Pline le nom de Hal-Ayes, ou gens de mon. tagne, nom sous lequel on désigne encore aujourd’hui leurs faibles restes qui habitent les monts Gates : ce nom indigène aura été mali propos tronqué par les voyageurs grecs ct romains.
| En doublant le cap Comorin ou Comuria, on trouvait les Coliaci, autrement nommés Colchi, demeurant sur la côte célèbre où l’audacieux plongeur cherche au fond de la mer ces perles qui ornent la chcvelure des belles Européennes.
Vis-à-vis de sectte côte s'étendait Taprobane, d’où une ambassade était venue à Rome rendre hommage à l’empereur Claude. Il est trèsremarquable que les anciens, ayant connu les beaux éléphants ct les pierres précieuses de cette île, n’aient point nommé parmi ses productions la cannelle ou le cinnamomum, Pline et le Périple nomment cette île Palæ-Simundi. Mais la première moilié de ce nom est un adverbe grec qui signifie anciennement ; le reste semble être une corruption de silun-div, une des formes du nom indien de l'ile. Un siècle plus tard Ptolémée la connut sous le nom de Salice, et dans le vie siècle Cosmas apprit son nom indien Selan-div, mais le changea en Sielediva.
En suivant les anciens au delà de Taprobane, les ténèbres s'épaississent, les mesures ne s'accordent plus; les fables remplissent les vides de la carte. Cependant les navigateurs indiquent assez bien les fleuves Chaberis, notre Kavery, et Mæsolus, notre Krishna; on croit aussi reconnaître l’Adamas ou rivière aux diamants. Alors comme aujourd’hui, les royaumes changcaient de limites; l'État des princes nommés Pandions, avec la capitale Modura, notre Madura, semble avoir eu bien moins d’étendue du temps de Ptolémée, qu’à l’époque où fut écrit le Périple de la mer Erythréenne. Les noms des peuples bravent mieux le cours des siècles. Les Soræ ou Soringi ou Soretanes, une des principales nations de ceite côte, rappellent le nom indien Tchora-Mandalan, royaume de Tchores, d’où nous avons fait Coromandel. La contrée Mæsolia et la nation des Calingæ se rapportent à Mazulipatnam et à Cali. zapatnam.
Dans l’intérieur et le nord de l’Indostan Pline nous donn: une foule de noms de peuples, sans autre indication géographique. /, quoi nous servent ces notices sur le nombre d’éléphants, de fantass'ns, de cava-
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liers que pouvaient "nettre sur pied les Asangeæ, les Megallæ, les Taluctæ et les Audaræ, Nous ne retrouvons plus ces peuples dans Ptolémée, qui seul aurait pu nous fournir leur position géographique.
Des contrées plus lointaines, la région de l’or, celle d'argent, ct la
grande vills de Thinæ n'étaient connues de Pline et de l’auteur du Périple que par out-dire, Is auraient dû être mieux informés à l'égard de la Sérique, avec laquelle les négociants grecs, du temps des royaumes macédoniens en Asie, avaient ouvert un commerce par caravanes; mais tout ce que Pline nous apprend sur la position de la Sérique se réduit à ceci : l'Océan sérique baigne l'Asie au nord-est; sur cet Océan, entre les Scythes et l’Inde, demeuraient les Sères, peuples sauvages qui vendaient la soie brute à leurs voisins, les Indiens. En réunissant à la suite de notre analyse de Ptolémée toutes les relations des anciens sur la Sérique, nous prouverons que ce pays n'est autre chose que le petit Thibet, avec une partie du grand Thibet et quelques portions de l'Inde septentrionale et de la petite Boukharie. En attendant, nous ferons observer que Phne considère l'embouchure du Gange comme
point le plus orient:1 de l'Asie et du monde connu, qu'il n’admet qu'un petit intervalle entre l'Océan sérique et le prétendu détroit par lequel il fait communiquer la mer Caspienne à l'Océan Scythique, et qu'il regarde comme une chose très-probable que des Indiens aient pu être jetés par une teinpête sur les côtes de la Germanie; enfin que, par une conséquence f rcée, l'Océan, dans le système de Pline, comme dans celui de Strabon, occupait les vastes espaces où la géographie moderne place la Sibérie, le plateau de la Mongolie et la Chine, pays dont les anciens r ‘ont v»:. eu la moindre idée.
Analyse des connaissances de Pline et de Tacite sur le nord de Europe.
Distinguons d’abord dans les descriptions du nord de l’Europe ce qui tient à la Géographie primi:"ve et fabuleuse ; ne cherchons point les peuples à pieds de cheval ou ceux qui ont des o‘eilles assez grandes pour leur servir de couvertures de lit ; laissons aux Pygmées, aux Griffons et aux Aumaspes un asile dans les terres inconnues.
Il en est de mème des monts Riphéens. Nous avons déjà fait voir comment ces monts Riphéens, avec leur cortige de fables, voyageaient vers le Nord, à mesure que l’on apprit à distinguer les Alpes, les Pyrénées ct lesautres montagnes de l'Europe, d’abord confondues sous cette dénominutioni générale,
Toutes ces merveilles, que la Géographie poétique avait accumulées dans l'Occident, furent transportées vers le Nord à mesure que l'Espagne, les Gaules et les Iles Britanniques furent mieux connues. Il en est résullé des difficultés inexplicables pour ceux qui, méconnaissant le caractère poétique des premières connaissances et traditions, prétendent les expliquer à la lettre. Pourquoi, par exemple, le nom dé Mare Cronium a-t:l d'abord été donné à la mer Adriatique, ensuite aux mers qui baignent l'Europe au nord-ouest, et enfin à l'Océan septentrional, nommé aussi Analchium où congelé, et Pigrum ou immobile?
Ces contradictions apparentes s’évanouissent dès qu’on se place au vrai point de vue pour les apprécier. Il faut seulement nous rappeler que Cronus ou Saturne, le père de Jupiter et le maître du monde peruant l'âge d'or, régnait spécialement sur les îles Fortunées de l'Océan occidental ; c'est aussi dans les régions occidentales que la mythologie des Grecs place le combat des Titans, frères de Saturne, contre Jupiter et les Dieux ; enfin, c'est dans une contrée d’occident, dans l'Italie, que Cronus reparaît après sa chute sous le nom de Saturne. C'étaient donc les mers occidentales et même l'Océan, que les anciens Grecs voulaient
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désigner sous le nom de mer de Cronos ou de Saturne, L'auteur des Argonautiques, attribuées à Orphée, dit expressément que « les mortels
»donnent à l'Océan le nom de mer Cronienne, Hyperboréennc on » Morte, » Cette immobilité qui distinguait le mer Cronienne, était celle que plusieurs pcëtes, et le vulgaire d'apres eux, avaient attribuée à l'ocan comme étant sans écoulement ; elle n'avait rien de conmun avec la congélation des mers septentrionales. En un mot, tout ce qu’on dit de cette mer de Saturne se rattache à la mythologie plutôt qu’à la géographie ; mais, comme toutes les contrées fabuleuses où mytho-
logiques, la mer de Cronos ou de Saturne fut successivement repoussée vers l'extrémité du Nord.
Comme les promontoires nommés Colonnes d'Ilercule marquaient l’entrée de l'Océan occidental, on conçoit que, dans une ancienne tradition mythologique, ils aient pu avoir reçu le nom de Colonnes de Saturne. Cette dénomination donna ensuite occasion de transporter les Colonnes d'iHcreule jusqu'au fond du Nord, où l'on avait peu à peu relégué la mer de Saturne. C’est là que Drusus se proposa de les chercher.
Cette distinction, si nécessaire entre les traditions vraies et fabuleuses, eût évité beaucoup de recherches futiles qui ont embrouillé la géograplue ancienne du Nord. Au lieu de croire le savant Eratosthene, qui regardait l'Océan d'Homère comme une mer imaginaire, on s'est obsuiné à expliquer géographiquement la route tenue par Ulysse, route aussi peu réelle que les enchantements de Circé. Strabon cher-
| che la descente aux enfers dans les environs du Vésuve, et dé-
couvre une ville Odyssea en Espagne; Solin connaît en Calédonie un autel avec des inscriptions gravées per Ulysse, et à peu de distance il nous retrouve même Oyygia, ou l'ile enchantée de Calypso ; Tacité
| lui-mème ne dédaigne pas de rapporter l'opinion de ceux qui faisaient
voyager Ulysse jusqu’au milieu de la Germanie pour y fonder la ville d’Asciburgium. 1.e8s érudits modernes ont suivi l'exemple donné par les anciens ; on les a vus retrouver l'ile de Circé à Zirikzée dans la Hollande, ct le peuple de Songes dans fa Grande-Bretagne ; les Hyperboréens, ont été changés en seigneurs et barons suédois; enfin, il s’est trouvé un Danois qui, après avoir démontré l'identité d'Ulysse et JOdin, a heureusement conduit ce héros jusqu’au Malstrom de Nor- Wege, qui, mieux que le détroit de Sicile, représente la fabuleuse Cha-
410 CHAPITRE ONZIUME,
rybdis d’Homère. L'influence de ces sortes de rêves a régné trop long. temps : il nous a done fallu examiner les fables géographiques et leu faire pour ainsi dire leur part. À présent nous pouvons exposer rajidement les vraes connaissances des Romains sur le nord @2 L'Europe, en commençant par l’est,
Hérodote avait connu et décrit les vastes établissements des Scythes qui, de son temps, régnaient sur toutes les centrées situées au nord du Pont-Euxin et des Palus Méotides, et bornées d’un côté par le Danube, de l’autre par le Tanaïs. Les armes d'Alexandre rencontrerent les Scythes à la fois en Europe et en Asie. C’est à l’époque des guerres de Mithridate le Grand que les Scythes paraissent pour la dernière fois dans l’histoire de l’Europe, comme nation indépendante. Ce prince, aidé des Jazyges, des Rhoxolans et des Bastarnes, paraît avoir anéanti l'empire scythique. Son alliance avec les Bastarnes et les Thraces, pour pénétrer en Italie en suivant le Danube, prouve que les Scythes ne dominaient plus sur les contrées voisines du Pont-Euxin. Tous les écrivains postérieurs, qui mettent de l'exactitude dans leurs expressions, ne nomment plus dans ces régions que les Sarmates, dont les Rhoxolani, les Jaziges, les Jaxamates et autres paraissent faire partie. Si les poëütcs et les orateurs continuèrent à désigner sous le nom de Scythes les nations au nord de l'Ister et du Pont-Euxin, c'est un effet de l'habitude. Les historiens byzantins surtout ont fait revivre le nom de Seythes: mais ils l’appliquent vaguement à tous les peuples venus du nord-ei de l'Europe et de l'Asie. Les peuples des monts Carpathes, les Goths et les Huns ont successivement été considérés comme Scythes. F1 aurait donc une ignorance impardonnable à vouloir donner un sens précis à une dénomination si évidemment arbitraire, et reconnue pour telle par Zozime. Depuis l’époque de Mithridate, il ne peut être question des Scythes que pour savoir s'ils se sont mêlés avec leurs vainqueurs les Sarmates, ou s'ils ont été exterminés par ceux-ci, ou si enfin ils se sont réfugiés vers le nord-est, dans l’intérieur de la Russie. Hippocrate dit des Scythes : ils ont les cheveux roux, le corps gros et trapu, er vieillissent de bonne heure. Quand on se rappelle que ces qualités physiques,
se retrouvent chez les Permiens, les Finnois, et d’autres peuples de Ni}
Russie septentrionale; quand on observe que ces peuples sont nommr Tchoudes par les Russes qui parlent un dialecte slavon ; et quand on:
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reconnu l’existence de la langue slavonne chez les Gètes ou Daces, de qui probablement les Grecs apprirent le nom de Scythes ; il nous semble qu’on ne peut guére s’empècher de regarder les nations Finniques comme le seul reste évident du grand peuple des Scythes Européens.
Pline et Méla, qui voyaient partout le nom des Sarmates remplacer celui des Scythes, auraient cependant voulu conserver les notions qu'ils trouvaient dans Hércdote : de là une confusion de noms inexplicable,
| quiprouve seulement que les Romains, dans les premiers siècles, ne
avaient rien de positif sur le nordet l’est de la Sarmatie. Ptolémée
| est le premier auteur, depuis Hérodote, qui ait tracé un tableau intelli-
gible de la géographie de ces contrées.
Eu nous rapprochant des bords de la Vistule et des monts Carpathes, nous trouverons un sens plus positif dans les relations extraites par Pline, surtout en les comparant avec les précieux fragments géographiques que Tacite, presque son contemporain, a semés dans son tableau moral des peuples germaniques.
Lans la Pologne méridionale des modernes, habitaient les Bastarnæ, peuple formant, selon Pline, une cinquieme classe de nations germaniques; Tacite ne sait pas s’il doit les compter parmi les Germains.
« Quoiqu’ils aient des maisons fixes, les mariages de leur noblesse
» avec les Sarnutes leur ont communiqué une teinte des mœurs » grossières de ces derniers qui passent leur vie sur des chariots. » Plus au nord, vers l'embouchure de la Vistule, nous voyons un peuple nommé Venedi par les Romains, et Venedæ chez Ptolémée; ces brigands
étendaicntau loin leurs courses vagabondes, mais avaient cependant des i demeures fixes et se scrvaient de boucliers. Sur la Vistule, et vers le
milieu de son cours, Tacite connaît encore une grande nation, les Lygii,
| nommés Luii par Strabon, Luti et Longë chez Ptolémée. Pline les passe L sous silence. Leur nom paraît Slavon et signifie habitants des plaines; } ce sont probablement les Liéches du moyen âge et les ancêtres des
Polonais. On trouve chez les 4rii le culte de deux dieux Jumeaux, con-
nus dans la mythologie slavoane. Les noms de plusieurs endroits dans
le pays des Lygiens, ainsi que dans celui des Gètes ou Daces, donnés
à par Ptolémée, sont évidemment d’origine slavonne. Ces circonstances, | jointes aux traits plus européens qu'asiatiques des Polonais, des Bohè-
mes, des Esclavons de Hongrie et en partie des Russes, nous font
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considérer les Cètes ou Daces, les Bastarnæ, les Lygii, les Vencdi, ct | peut-être quelques autres nations anciennes, comme la vraie et unique |
souche des nations slavonnes modernes. On conçoit que Tacite à pu hésiter s’il devait compter ces peuples parmi les Germains ou parmi les Sarmates; ils n'étaient ni l’un ni l’autre. Mais les komaïns ne les ayant connus que de loin, ne pouvaient guère s’en former une idée distincte.
Le fleuve Guftalus que Pline place à l’est de la Vistule est évidemment le Prégel; sou nom vient de celui de Gudaï que les anciens Prussiens se donnaient. C'était au voyage d’un chevalier romain, Juliants, depuis Carnuntum en Pannonie jusqu’au pays de l’ambre jaune que le siècle de Pline devait ses notions sur les contrées voisines de la Vistuk.
Parmi les Sarmates ct les nations slavonnes, il demeurait deux peuples d'une classe différente. Les Fenni, placés par Ptolémée au sudouest Ge JiLithuanic, mais que Tacite recule plus au r ord, paraissent déjà chez Strahon sous le nom de Zoumi, le même que celui de Suome que les Finnois se donnent à eux-mêmes. Ces peuples, très-sauvages et tres-malpropres, ne possédaient ni armes, ni chevaux, ni même de cabanes; ils avaient pour nourriture les herbes des champs; pour vèlement, une peau d'animal; pour lit, la terre. Tout leur espoir était dans leurs flèches qui, au défaut de fer, étaient armées d’un os
pointu. Hommes et femmes prenaient part à la chasse et s’en para- à
geaient le produit. Pour soustraire leurs enfants aux bètes féroces ou à la pluie, ils les cachaient sous les branches entrelacées des arbres: jeunes, c’était leur place de repos; vieillards, c'était leur dernier asile.
Sur le rivage occidental de la mer Baitique, Tacite connaît par ouidire les Æstyi; leurs mœurs étaient celles des Germains; leur idiome ressemblait à la langue britannique. Ils adoraient spécialement la mère des Dieux ; ils portaient en son honneur l’image d’un sanglier; c'était précisément l'animal consacré à Freya, la Vénus des Scandinoves, souvent confondue avec Frigga la mère des Dieux, daris la même mythologie. Ces peuples, adonnés à l’agriculture, recueillaient aussi sur leurs rivages l’ambre jaune qu’ils nommaient Glesum,
Le nom d’Esthii ou Æstyi est donné dans les vi et 1xe siècles à une nation qui habitait non loin de la Vistule et qui récoltait l'ambre jaune. C'était probablement une dénomination générale, donnée par
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jamais, ava les Sueves « mettait sa limitrophe:
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la dénomin allemand , vient que] moloyie : 1 tribus les ] porter ou q ou se choi:
Les Vend de Germaïr source. Le:
gs Vencdi, «t aie et unique | Tacite à pu ns OU parmi mains ne les er une idée
évidemment ciens Prusin, Julian, jaune que le de la Vistule, it deux peumeë au sudd, paraissent lui de Suome r'ês-SAUVAgES ni même de 1amps ; pour leur espoir mées d’un os
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s féroces ou ; des arbres:
lernier asile, naît par ouileur idiome nent la mère iglier; c'était linaves, souème mytho- 1ssi sur leurs
ixe siècles à ltait l’ambre donnée par
les Scandinaves ou les Germains aux peuples du risagé oriental de la Baltique. Peut-être aussi les Esthes modernes de l’Esthonie ont-ils demeuré quelque temps en Prusse.
La Germanie orientale, à laquelle l’Albis ou l’Elbe servait de boulevard contre les Romains, ne présente pas, même chez Facite, aucant de clarté que les pays sur la Vistule. On y place communément les Suevi, connus depuis les expéditions de César; mais ce nom a-t:il jamais, avant le ive siècle, désigné une nation particulière ? César décrit les Suèves comme un peuple qui changeait tous les ans de demeure, qui mettait sa gloire à transformer en de vastes déserts tous les pays limitrophes, et qui vivait principalement du produit de ses troupeaux et de la chasse. Strahon, fidèle aux idées que César 3vait puisées dans les relations des Gaulois, étend la Suévie depuis le Raïg jusqu’à l’Elbe ; il place en même temps des Suëves sur le Danube et donne ce nom aux Semnones, peuple qui habitait le Brandebourg aciuel. A l'époque où vivait Strabc: vne horde de Suèves, nommés aussi Marcomanni, quittèrent, sous -duite de Maroboduus, leur pays voisin de la Pannonie et de No:ivuin, passèrent le Danube et conquirent sur les Buïcns la contrée nommée Boiohemum, notre Bohême. Plus tard nous voyons Tacite étendre le nom de Suèves à tous les peuples qui demeuraient entre l'Elbe et l’Oder, et même à ceux dela Scandinavie. Ptolémée ne le donne qu'aux seuls Longobardes, quoiqu'il connaisse un: fleuve Suevus, vraisemblablement la Peene avec le détroit de Stralsund. Enfin, dans le 1ve siècle, le nom de Suèves reparait comme appartenant à une nation qui occupait une partie de la Souabe actuelle, Y-t-il un moyen d'expliquer tant de variations, si ce n’est celui de considérer la dénomination de Suèves cumme étant collective et dérivée du mot allemand Schweïifer, c’est-à-dire vagabonds ou nomades? Tacite convient que le nom de Suèves est collectif; il en donne une autre étymoloyie : mais la nôtre semble nécessaire pour expliquer comment les tribus les plus éloignées les unes des autres ont pu successivement porter ou quitter ce nom, selon qu’elles se livraient à la vie de nomades ou se choisissaient des demeures fixes.
Les Vendili ou Vandali étaient, selon Pline, une des cinq grandes races de Germains : elle demeurait vers les montagnes où l’Elbe prend sa source. Les côtes où la Vistule mêle ses eaux tranquilles aux flots de la
Saltique, avaient pour habitants Les Gothones, chez qui la liberté s’alliait avec le gouvernement d’un seul. Plus au midi, vers la Warta et la Netze les Burgundi, probablement d’origine gothique, vivaient sous des rois amoOv :;, nommés Hendinos ou plulôt Kindinos et des souverains por à vie, nommés Sinistans où vieillards. Tacite vante l'éclat floris. at des Semnones, peuple qui possédait cent cantons situés entre l'Oder et l’Elbe, et qui passait pour la principale tribu des Suèves. Un sacrifice humain réunissait tous ies ans les Semnones dans une forêt sacrée où personne n'entrait qu'avec les mains liées; si l’on y tombait, il fallait en sortir en se roulant par terre. Les Longobardi devaient leur célébrité à la petitesse de leur nombre ; entourés, de nations plus puissantes, ce n'était point dans la soumission, c'était dans les hasards des combats qu'ils cherchaient leur sûreté : ils étaient, d’après leurs propres traditions, une colonie des Winiles qui habitaieni probablement le Wen-Syssel dans le Jutland : cette tradition s'accorde bien avec leur conduite hostile envers les peuples germaniques.
Le nom des Rugiens, fameux dans l’histoire des grandes migrations du v: siècle, se trouve dans Tacite, tandis que Ptolémée Je défigure entièrement. Les Varini de Tacite sont les Warnes du moyen âge. Les Angli, et quelques autres tribus dispersées dans le Mecklenbourg et le Holstein actuel, adoraient Herta, la déesse fcandinave de la terre ; son temple s'élevait dans une île (probablement Femern ) auprès d’un lac qui devenait le tombeau des esclaves par les mains desquels les sacrifices étaicnt offerts. Il est probable que plusieurs de ces petites tribus nommées par Tacite faisaient partie de la nation ou plutôt de la confédération des Saxons, dont le nom cependant ne se trouve pas avant Ptolémée. Mais n’avons-nous pas été des siècles à apprendre le nom des peuples de l'Amérique ? Pourquoi les Romains auraient-ils cu, pour observer les sauvages de la Germanie, plus de sagacité que nos voyageurs modernes ?
Ce qui surtout embarrasse le géographe et l’historien, c'est une foule de noms collectifs dont l’origine est obscure, la signification vague, l'application incertaine et souvent presqu’impossible. Dans cette classe de noms il faut placer ceux des Cimbres et des Teutons. L'apparition des essaims belliqueux qui, sous ces noms, firent trembler Rome, ressemble à celle d’une comète: chacun se demande, d’où vient-elle ? où va-t-elle?
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HESTOIRE DE LA GÉOSRAPITE, 4AY
«Les Teutons sont voisins des Guttones, » disait Pythéas; c’est probahement le seul mot véridique qui se trouve chez les anciens sur ce peuple : quoique Piolémée en ait fait une petite tribu entre l’Elbe et l'oder, on ne peut guère douter que ce nom n'ait été commun à toutes
| 13 nations germaniques qui prétendaient descendre d’un dieu Teuto, ct
au encore, dans leur langue si peu changée, s'appellent Teutsche, nom qui n'est que l'adjectif du substantif Teut, dont le pluriel ancien est Teution : ce nom est ‘dentique avec celui de Theotisei du moyen âge.
Le nom de Cimbres est sujet à plus de doutes. Les Romains, qui connaissaient des peuples celtiques dans les Alpes, et qui virent les Cimbres descendre, en glissant sur leurs larges boucliers, du haut des montagnes glacées du Tyrol, se contentèrent de leur appliquer le vague nom de Celtes ou Galli, Profitant de cette confusion si commune, quelques modernes ont voulu démontrer que les Cimbres étaient des
Écelles, et que leur nom venait de Kynwy, un promontoire. Quelques
auteurs ont même décidé que les Cimbres étaient des Celies septentrionaux, babitants de la Belgique et de la Grande-Bretagne, et nom-mé en celtique Cumraigh ou Kumri. Mais la marche des Cimbres qui, apres avoir combattu les Boii, tes Scordisci et autres peuples celtiques dans le Noricum et la Pannonie, entrent en Italie par le Tyrol actuel, rend celte opinion extrèmemeni invraisemblabie.
Comment expliquerait-on dans cette hypothèse Îles passages où
Slrabon dit que les Cimbres attaquerent les Gaulois-Belges, puisque ce
sont précisément ces Belges ou Welches qui se nommaient Kimri ? Les
Cimbres se seraient äonc attaqués eux-mêmes? Nous devons toutefois
convenir qu'il y avait dans l’armée cimbro-teutonique des tribus eclques, telles que les Tugeni et les Tigurini que l’on regarde comme ayant habité les cantons de Zug et de Zurich en Suisse, et peut-être Les Anbrones dont on à cherché la patrie depuis Embrun en Dauphiné jusqu'à l'île jutlandaise d’Amrom.
D'après une opinion différente établie parmi les Romains, dans 1€ sicele de Pline et de ‘Tacite et suivie par Ptolémée, les Cimbres existaient encore à cette époque sous leur ancien nom, dans le coin septentrional
du Jutland : cette péninsule était nommée Chersonèse cimbrique. C’était Bmer qui, en inondant leur pays, les avait en partie obligés de chercher
une nouveile patrie, Ce déluge, dans lequel les Gimbres, dit-on, mar- UR 19
rn
chcrent les armes à la main pour combattre la mer imitoe, sem indiqué par des auteurs du siècle d'Alexandre, Le nom de A'imbri 1: la langue germanique de ce peuple, signifiait guerrier, cemme le ft encore aujourd’hui le mot kiemper en danois. Ils justifiaicnt cette orgueil. leuse dénomination par une valeur extrêmc; liés ensomble au moyen(e chaînes def {s s'étaient ôté la possibilité de fuir ; leurs femmes même se donnèren .: mort, à elles et à leurs enfants, plutôt que de recevoir les fers du vainqueur. Un taureau de cuivre était leur idole principal: on en a trouvé un près d’Odensée en Fionie.
Quelque plausible que soit cette derniere opinion sur les Cimbres, nous n’osons point la donner pour irréfragable. Mannert pense que ls Cimbres sont les Cémmériens des auteurs grecs, qui, selon Posidonins, avaient étendu icurs courses depuis les bords de l'Océan septentrional Jusque dans la Tauride ; il y voit une réunion des tribus celtiques venu du nord-est de lEurope; enfin il soupçonne les Romains de s'îte trompés en croyant retrouver les Cimbres dans le nord de la Germanie, Cette hypothèse, renouvelée des € recs, avait déjà été révoquée en doute par Plutarque et Slrabon. Nous pensons que ce sont pluiôt les Cimmi. riens qui n’ent jamais existé. Ce nom, tiré d’ilomère, appliqué d'abor à un peuple fabuleux de POccident, a fait le tour du monde comm celui d'Hyperboréens. Ceux qui, sur les traces mystérieuses des Argonaut?s, cherchaient les Cimmériens à l'extrémité du Nord, appüquer ! leur noïn à une tribu nomade des rives des Palus-Méctides, tribu dont les courses ensanglantèrent l'Asie Mineure ; le nom de Bosphore cimmirien resta même au détroit actuel de Caffa; on y plaça une ville cinnrrique à laquelle on donna encorele nom évidemmeni mythologique tk Cerberium, Cependant le vrai nom de ces prétendus Cimmériens étal Treres.
Si les ténèbres cimmériennes enveloppent l'histoire des peuples du Norl même les plus célèbres, comment espérer d'explquer Les détails géo graphiques que les anciens nous ont laissés sur la Srundinavie et les il voisines? Un seul principe se retrouve ches Pline, Méla, Tacite t Ptolémée : c’est de considérer toutes ces régions comme un archipel t grandes îles, formant un appendice à la Germanie orientale , nommé Suevia par Tacite. Les connaissances des anciens dûrent, par conséquent,
se terminer vers les grands lacs dela Suède méridionale et vers l'entrék
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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE, 147 du golfe Bothnique. C'est là que les apparences se prètaient à leur erreur, c'est là que se termine la Scandinavie de Ptolémée. Il est donc trèspermis de comparer entr’eux les fragments de Pline, de Tacite et de Ptolémée, afin d’en former un ensemble ; car bien qu'il y ait entre le premier et le dernier de ces écrivains plus d’un siècle de distance, il est extrèmement probable que Ptolémée, dans cette partie de son ouvrage, n’a eu pour guides que des auteurs du siècle de Pline et de Tacite.
La péninsule cimbrique de Ptolémée est sans contredit le Jutland ; Pline le connaît sous le nom de promontoire des Cimbres. Les îles de la côte occidentale du Jutland étaient probablement un des siéges du commerce de l’ambre jaune ; du moins les Romains donnèrent à une d'elles lenom de Glessaria ou ile au succin. Ptolémée, qui appelle ces îles Insulæ Saxonum, place au nord de la péninsule les trois îles 4lokiæ qui, d'après l'explication la plusaccréditée, seraientles extrémités du Jutland, presqu’entourées d’eau et qui jadis l’auraient été entièrement. Outre les fameux Cimbres, on prétend retrouver avec certitude les Harudes dans le canton d’Har, dont les habitants se nommaïent Har-lutes, ainsi que les Sabalingii dans le district de Salling. Une tribu germanique, les Angli, pénétra dans cette péninsule.
Les eaux qui baignent les îles danoises retracent l’image de cette m1, semblable à une rivière divisée en plusieurs bras à laquelle Méla et Pline donnent le nom de golfe Codanus. On ne sait où chercher l’ile Codanonia de Méla, ni si le golfe Cylipenus de Pline, avec l’île de Latris, doit être placé en Scandinavie. Même incertitude sur le golfe Lagnus du même auteur. Le mont Sevo qui, selon Pline, marque l’entrée du golfe Codan, vis-à-vis du promontoire des Cimbres, nous paraît incontestablement être le mont Séve, près de Gothenbourg, nont qui, de ce côté, forme le commencement de la chaîne des montagnes de Scandinavie.
Pline est le premier qui nomme la Scandinavie comme une île dont l'étendue n’était pas encore connue. Il y »lace le peuple des Helleviones qui possédait cinq cents cantons. Dans un autre passage, en partant des rivages britanniques, il nomme les îles de Scandia, de Dumnos, de Bergi et de Nerigon : « celle-ci, ajoute-t-il, est tres-grande et ses habilants naviguent jusqu'à Thule. » (Il faut se rappeler que Pline recu-
lait Thule jusque sous le pôle.) Quoique D’Anville ait eu tort en voulant retrouver Bergi dans la ville de Bcrghen, fondée vers l’an 1000, ce nom est évidemment ou germanique ou gothique. El n’y à aucun doute raisonnable à Cl:ver contre ceux qui voient la Norwége ou Norige dans la grande il? de Nérigon. Dumnos cst probablement le Dancmarck, dont le nom écrivit ancxnnement Daun-mærck et Daun-mere, Enfin le nom de Scandia est répcté nar Ptolémée et correspond micux que Scandinavia avec la Scaney des Islandais et la Scanie des modernes. Pline avait vraisemblablement eu deux relations sur le Nord, l’une par des peuples germaniques ou par les marchands d’ambre jaune, l’autre probablement par Jes navigateurs qui se rendaient de Norwége en Ecosse. La seconde paraît avoir contenu des noms moins corrompus que la première. En réunissant, comme on doit le faire, ces deux passages, il résulte que les vagues notions des contemporains de Piine s’étendaient au moins aussi loin que celles de Ptolémée un siècle plus tard.
Tacite nomme un des peuples les plus éloignés de la Scandinavie, a Les Sviones, dit-il, habitaient plusicurs cantons, garantis par l'Océan contre une invasion subite. » Ces poules, puissants sur mer ct sur terre, savaient apprécier les richesses. Leurs rnonarques possédaient un pouvoir absolu, comme, selon les Sagas islandaises, les pontifes-rois successeurs immediats d’Odin. Les armes de tout le peupleétaient sous la garde d’un esclave du roi. Une tribu des Sviones, les Sitones, obéissaient même à des princesses. Le nom de Svéons ou Suédois, conservé chez les voyageurs du moyen âge, ne laisse aucun doute sur la demeure des Sviones de Tacite.
Ptolémée nomme six tribus de la Scandeia ou Scandinavie. Les Gute sont les fameux Goins, dont le nom, écrit de plusieurs manières, prraît avoir embrassé tout le Nord, mais que Pioiémée prerd dans le sens le plus restreint, en l’appliquant aux Goths de la Suède, Les Daukiones, voisins des Gutæ, sont probablement les Danois, qui habitaient origie nairement en Scanie, ct qui, dans les divers dialectes scandinaves an« ciens, s’appelaient Daunskir ou Daunskion, Ptolémée tire trop à l'Est la Scandeia avec les îles voisines; il la termine au Nord vers le milicu de la Westroguthie, afin de faire place à sa grande terre de Thule qui
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VISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE, 119 giours relations de voyageurs sur le Jutlanal et la Scanic; mais les notions que Tacite avait eucs sur les Sviones lui étaient restées inconnues, ainsi que le nom de Nérigon,
il nous reste à examiner les notions des anciens sur la Germanie uccidentale. Pline ct Tacite sont ici en désaccord soit entre eux soit avec Ptolémée, qui souvent paraît mêler d'anciennes relations avec les découvertes du siècle d’Adrien.
Sur les bords de l'Océan, entre l’Elbe ct l'Amisia, notre Ems, habitaiont les Chauci. Pline, qui avuit visité leur pays, les peint comme trèsmalheureux; obligés à demeurer sur des collines, au milieu d’une plage inonc'ée par la haute marée, leurs cabanes ressemblaient à des vaisseaux voguant dans la mer, et quand le flot s'était retiré, à des navires échouts sur quelque écueil. Ils vivaient du poisson qu’ils prenaient avec des filets de jonc, ct qu'ils cuisaicnt à un feu de tourbe. Tacite, au contraire, nous les représente comme un des peuples les plus puissants et les plus célèbres de la Germanie; leurs nombreuses tribus pouplaient tous les pays sur le Wescer, jusqu’au pays des Chattes, la Hesse moderne; maltraités par les Romains, dont ils avaient été les amis, ils ravageaient les côtes des Gaules; cependant, ils avaient pour principe de conserver leur puissance à force de justice; ils ne provoquaient jamais la gucrre, mais ils repoussaient vigoureusement toute attaque; au sein de la paix, ils ne perdaient point leur réputation de valeur.
Les Frisii, dont le nom a survécu à toutes les révolutions, s’étendaient depuis l’Ems jusqu’à l'embouchure la plus occidentale du Rhin, qui s'appelait Helium, et qui aujourd’hui, sous le nom de la Merve ou de la Meuse, sépare la Hollande de la Zélande. Les Frisons, vainqueurs des armées de Tihère, avaicnt été soumis par Corbulon, sous le règne de Claude; mais l’imbécile monarque ordonna au général victoricux d'abandonner cette conquête; ce qui fit perdre de vuc les Frisons pendaut deux siècles. Derrière les Frisons habitaient les Bataves, entre les bras du Rhin; ce peuple était une colonie de Chattes; les Romains les traitaient en alliés; aucun fermier général ne ravagcait leur pays; aucun percepteur ne levait sur eux un tribut humiliant; on les réservait avec soin, comme les glaives ct les lances, pour le jour du combat.
Les Bructeri, les Chamavwi, 1cs Sicambri, les Marsi, les Cherusci, les
Chatti, et plusieurs autres peuples de moins d'importance, occupaient l'espace depuis le mont Hartz, vers le Rhin, et depuis le milieu de l'ancien cercle de Westphalie jusqu'aux bords de la Saale en Franconic. Ces nations formaient vraisemblablement la race particulière nommée Istævones, et que l'on voit souvent en guerre avec les nations plus scptentrionales, composant la race des Ingœvones. Quad on observe encore aujourd'hui une différence physique et morale entre les peuples qui habitent les régions des Ingævons et des Istævons, quand on remarque le caractère encore subsistant des dialectes francique et saxon, quand on voit dans le urt siècle la confédération des Francs et celle des Saxons occuper à peu près la même position que les Istævons et les Ingævons, on reste persuadé que ces deux grandes branches des enfants de Thuiscon n'ont fait que changer deux noms collectifs pour deux autres.
Il faut avouer que les peuples Istævons, semblables déjà en tout aux anciens Francs, offraient aux Romains le spectacle confus de révolutions intérieures perpétuelles. Le nom de Sicambres ou Sygambres ne brille-t-il pas dans l’histoire et même dans les poëmes à côté des Parihes et d'autres grandes nations? Ce peuple, plus vaillant que nombreux, qui occupait les pays actuels de Clèves et de Berg, et qui peut-être tirait son nom du fleuve Sieg, fut en grande partie transplanté dans les Gaules sous Tibère. Les Chérusques, ces destructeurs des légions romaines, ne tombèrent-ils pas après la mort de leur Hermann, V'Arminius des Romains, dans un état de langueur et de mollesse qui permit aux Longobardes d’enva'ir les pays sur le haut Weser et d'arriver jusqu’au Rhin? Comment pourrait-on donc indiquer avec certitude la demeure des Angrivariens, des Usipiens, des Teuctères et de tant d’autres tribus tour à tour alliées des Sygambres et des Chérusques, esclaves des Romains ou proie des Longobardes? Qui nous dira si les Mars, inconnus à César, et placés par Tacite dans l’ancien pays des Sicambres, étaient une ancienne tribu ou un démembrement des Chérusques? Combien de faux bruits n’ont pas dû amuser l’orgueil des Romains et se glisser même dans les meilleurs ouvrages? Ne voyonsnous pas Tacite faire éclater une joie inhumaine à la nouvelle de la destruction entière des Bructères? et cependant cette tribu, qui habitait le pays actuel de Munster et d’Osnabruck, exista sous Trajan, se re-
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HISTOIRE PE LA GÉOGRAPHIE. LA rouva parmi les peuples confédérés sous le nom de Francs, et ne s'éignit que dans le vine siecle,
Les Catti restèrent plus tranquilles que les autres Istævons, Ts occupaient la Hesse ct les pays de Fuld et d’Hanau avec une partie &e la Franconic. Les Chatics se montrent rarement après le r° siècle de l'ère vulgaire ; ils paraissent pour la dernitre fois en 392, comme alliés des Francs : mais les aussi du vu siècle et les Zesses modernes sont le même peuple; leur nom avait seulement été défiguré par les ane ciens, Sur les bords de la Saale de la Franconie, limites des Chattes au sud-est, demcurait, inconnue à tousles géographes antérieurs, une tribu remarquable, les Marvingi, probablement les mêmes qui, sous le nom de Saliens et sous la conduite des princes Mérovingiens, devinrent les chefs de la confédération des Francs et les fondateurs du grand empire dont la gloire aujourd'hui remplit l’univers. Ces Mérovingiens ou Marvinges sont-ils encore venus de plus loin? La Haurungania, pays mritime et voisin de lElbe, est-elle leur patrie ? sont-ils un reste des Cimbres? c'est ce que nous n'osons décider,
Vers le confluent du Rhin et du Mein, une foule de Gaulois avaient occupé des terrains vagues qui reçurent le nom d’Agrè Decumates, parre qu'ils ne payaient que la dîime de leurs fruits. Ces terrains, voisins du pays des Chattes, selon Tacite, étaient entourés d'un rempart dont les ruines existent encore sous le nom de Pohlgraben; ce rempart parait avoir embrassé les environs de Wisbaden, de Francfort et d'Aschafenbourg. Les eaux thermales du premier de ces entroits étaient connues des Romains sous le nom d'Aquæ Mattiacæ, nom qui rappelle celui des Mattiaques, petite nation vassale de ces conquérants. Sans doute les Romains ont occupé un terrain plus vaste en Germanie; le rempart qu’on trouve p. …. d’Oehringen, dans la ci-devant principauté d'Hohenloke, et là muraille dite du Diable, qui s'étend de Dinkelspuhl vers fngolstadt, prouvent que toute la Sourbe a été envahie par ces conquérants : des monnaies et d’autresantiquités romaines se trouvent fréquemment sur les bords du Neckar; la ville de Baden offre même des picrres milliaires romaines : mais cette occupation n’a pu avoir lieu avant le règne de l'empereur Sévère; car Tacite ne parle des Agrè Decumates que comme d'un petit coin avancé, et les travaux de Trajan et d'Adrien paraissent bornés aux environs de Mayence,
159 CHAMITRE ONZIEME,
Cette partie de l'Allemagne, occupée par diverses petites tribus, dont Ploléinée indique quelques noms, devint sous le règne de Caracalla |: principal siége de la confédération des Alemanni, dont une partie, plis adonnée à une vie vagahonde, reprit l’ancienne dénomination de Suèves, c'ext-d-dire, nomades, Un vaste désert occupait alors la partie méri dianale de la Souube ; Ptolémée l'appelle désert das Helvétions + il avoisnait la forêt Noire, nommée Sylra Marcians, Les montagnes centrales
de la Souabe portent chez le géographe d'Alexandrie le nom d’Alpcs,
et chez Vopiscus celui d’Alba; on les nomme encore l’Alb, ce qui confirme l'exactitude de Ptolémée,
Les contrées intérieures ct orientales Ce la Germanie, n'ayant point Gé traversées par les armées romaines, restèrent presqu'inconnues aux géographes anciens. Nous savons, par Tacite, que les Hermundures, grande nation du cen're de la Germanie, étaient amis des Romains, Distingués du reste des Gcrmains, qui ne pouvaient commercer que sur la fronticre, ils étaient admis dans les florissantes villes de la Vindélicie et de la Rhétie. Sans escorte, ils parcouraient le territoire romain, et tandis qu'on ne montrait aux titres que les légions ct les canips, on ouvrait aux Hermundures les j'ilais et cs maisons de phaisance dont ils n’étaient point jaloux. Au nord des Hermundures, une partie de la Thuringe et de la Saxe moderne était habitée par un peuple resté inconnu à Tacite, et que Ptolérnée appelle Terriccame; ln dernière syllabe étant le mot allemand heim, qui signifie pays, ce nom paraît se rapprocher beaucoup de cclui de Thuringiens, auxquels on ne saurait assigner une origine plus vraisemblable. Les Narisei bornaient les Hermundures au sud-est, et occupaient une partie du haut Palatinat. Tacite les joint aux HMarcomans ct Quades, habitants de la Bohème, de la Moravic et de l'Autriche septentrionale. Ces trois peuples formaient, pour ainsi dire, le front de la Germanie de ce côté,
César, à l’exempic des géographes grecs, avait confondu toutes les forêts ct toutes les montagnes de la Germanie centrale sous le nom de l'orét Hercynienne ; cette vague tradition se propagea parmi les grographes romains ; ni Pline ni Tacite ne surent s’en former une idée plus oxacle, Ptolémée avait recucilli des notions plus positives ; outre le mont dünoba en Wettéravic, il distingua le Hartz sous le nom de Melibocus;
ga forêt G donc obli et vers la nurent le montagnes fois la vr La Ger tristes m d'innomb sons, dur oies dont restérent à exploite seul dans fruiticrs, on récolta des radis fiome. Le leurs vête Les ma à nation.
Chattes se guerre, m évolution:
et même :
quille des Germains Une tail distinguai d'un trav:
cation de:
ils coucha difs; les « de leurs !
mains sc:
par intére [R
s tribus, dont e Caracalli le e partie, plis ion de Suôves, partie méri ons + avoise nes centralos nom d’Alpes, , CC Qui con-
n'ayant point qu'inconnues Hermundures, des Romains, nmercer que es de la Vinterriloire rolégions ct le:
isons de plaiermundures, t habitée par apelle Terwric- , qui signifie Thuringiens, mblable. Les cupaient une ns Ct Quades, ptentrionale, la Germanie
du toutes les us le nom de ri les grograune idée plus outre le mont de Melibocus;
HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE, 153 sa forêt Gabreta ct ses monts Sudetes sont à l'ouest de la Bohñme, !} ot donc obligé de relégner la forèt Hercynienne au nord de la Moravie et vers la Hongrie. Ni lui ni les Romains, avant Dion Cassiusg, ne connurent les monts des Géants, entre la Bohême et la Silésie, qui sont les montagnes Vandaliques de Dion. Cet historien indiqua pour la première fois la vraic sourec de l'Elbe.
La Germanie ne présentait, en général, que de sombres forêts ou ce tristes marécages. Cependant secs pâturages excellents nourrissaiont d'innombrables troupeaux de bœufs. Ses forêts étaient peuplées de bi sons, d’urus, d'élans et de chevaux sauvages. On y voyait fourm'iler les oies dont Pline connait déjà le nom allemand. Les métaux précieux restérent enfouis jusqu’à ce que l'avarice des Romains eût commencé à exploiter les mines d'or de la Wettéravie, Le fer belliqueux br.Hlait seul dans la cabane du Germain. Point de vignobles, point d'arbres fruiticrs, si ce n'élaient quelques ccrisiers sur les bords du Rhin; mais on récoltait de l'orge, de l’avoine et beaucoup de légumes, entre autres des radis d'une grandeur énorme et des navets renommés même à fame. Le lin venait en quantité suffisante pour fournir aux indigènes leurs vêtements ordinaires.
Les mœurs et usages des Germains différaient, sans doute, de nation à nation. Tacite remarque lui-même cette différence; il sait que les Chattes seuls, parmi les Germains occidentaux, connaissaient l'art de la guerre, marchaient en ordre au combat et savaient même exécuter des évolutions militaires; il nous montre un gouvernement monarchique et même absolu chez les Suédois et les Goths; il loue la conduite tranquille des Hermundures : cependant il trace un portrait “1: ral des Germains, qui doit principalement s'appliquer aux /stæronces,
Une taille très-haute, des yeux bleus, des cheveux d'ur blond ardent distinguaient cette race d'hommes, plus capable d’un grand effort que d’un travail soutenu. La mère nourrissait elle-mème son enfant. L'Gaucation des gens libres et des esclaves était également dure et grossière; ils couchaient sur la terre à côté des bestiaux. Les mariages étaient tardifs; les deux sexes attcignaient ainsi et conservaient toute la mesure de leurs forces naturelles. Presque seuls parmi les sauvages, les Gcrmains se contentaient d’une seule femme, à l'exception des grands qui, par intérèt ou vani’6, en épousaient plusieurs. Des cérémonies touchan-
LHE: CHAPITRE ONZIÈME, tes marquatent lindissolubilité du mariage; l’homme donnait à la femme une paire de bœufs, un cheval équipé, un bouclier et une lance : elle lui faisait présent d’une lance ; il fallait ensuite partager les biens et les maux, vivre et mourir ensemble. L’adultère était presqu’inconnu ; on ne plaisantait point sur le vice, et niles richesses ni la beauté ne sauvaient du dernicr opprobre la femme impudique.
Le vêtement commun était un manteau de toile qui laissait à nu la plus grande partie du corps. Les grands portaient des habits étroits et qui accusaient les formes du corps. Les bêtes sauvages et même les animaux marins leur fournissaient des pelisses. Les femmes ornaient d'un ruban de pourpre leur vêtement de toile blanche. Les Suèves relevaient les cheveux en un seulnœud sur le sommetde ia tête :les Francs, descendants des Istævons, portaient des cheveux longs et roulés en grandes boucles.
Les Germains détestaient les villes murées; un intervalle séparait rune de l'autre leurs cabanes rustiques. Quelques-uns demeuraient dans des cavernes. Tous aimaient à passer autour d'un grand foyer les longs loisirs que leur laissaient la guerre et la chasse. Le gibier qu'ils venaient de tuer, du lait caillé, quelques fruits, voilà leur nourriture; ils ne buvaient que de la bière jusqu'à ce que les Romains leur firent connaître le vin, espérant soumettre parieurs vicesces peuplesqui bravaient leurs armes. LesGermains supportaient tout, excepté la soif. Les jeux de hasard leur faisaient encore perdre leur sang-froid ; on les vit jouer tout, iusqu’à leur propre personne.
Souverains dans leur maison, les hommes libres ou les Wehr se faisaient servir par leurs femmes et enfants; lesesclaves ouserfs labouraient les champs, gardaient les troupeaux, fabriquaient des objets d'habillcment. Il y avait probablement une espèce de noblesse héréditaire chez les Goths et les autres nations venues de la Scandinavie; mais chez les tribus qui prirent dans la suite le nom de Francs, tous les hommes libres étaient égaux. Les grands se distinguaient par une nombreuse suite de guerriers qui recevaient d'eux leurs chevaux et leurs armes: des festins grossiers, mais abondants, les réunissaient dans la demeure du chef. Tous les hommes libres assistaient aux assemblées de la nation. Les prètres présidaient c:s assemblées; les oracles qu’ils faisaient prononcer par leurs dieux, décidaient ordinairement de la guerre. Les sinistres
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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE. 455 horreurs de la religion Odinique n'étaient point étrangères à la Gcrmanie, mais les Romains appliquérent au gré de leurs caprices les noms de divinités grecques à celles que révérait le Nord. Celui de Hertha, échappé à la plume de Tacite, fait entrevoir la vérité. Il est cependant conforme à toutes les traditions historiques de considérer la Scandinavie comme le centre du culte Odinique,de même qu'elle seule possède des monuments merqués de caractères Runiques.
L'influence de cette religion est visible dans toutel’histoire des anciens Germains. Le mépris de la vie ct la soif des combats découlaient de cette source. Les pontifes exerçaicnt assurément en Germanie la même puissance qu’en Scandinavie. Les rois élus, peut-être par les pontifes, parmi les familles les plus illustres, et les ducs ou chefs d'armée, choisis parmi les plus braves, ne possédaient qu’un pouvoir très-limité. Sans lois écrites, mais animées d’un profond sentiment de justice, gouvernées dans leur intérieur par la persuasion plutôt que par l’autorité, ces nations, dans le premier siècle, se livraient encore entr’elles à des guerres sanglanies qui, selon l’expression de Tacite, réjouissaient les yeux des Romains et retardaicnt la chute de l'empire des Césars. Mais ces nations sur lesquelles on avait plus souvent célébré des triomphes mensongers que remporté des victoires réelles, ne continuèrent point à vivre dans une éternelle discorde; elles se réunirent dans de grandes confé-
dérations qui, sous les noms de Goths, de Vandales, de Francs et autres, affranchirent successivement toutes les contrées de l’Europe de la domination romaine.
Connaissances des Romains sur les Iles Britanniques ct l'Espasuse Tableau de l'état de la Gaule.
ous avons vu que les Grces connaissaient de nom les îles d’Albion où Pretun hé ct d'lerne, mais ils les connaissaient si mal que Strahon dune à Ja plus grande la figure d'un triangle Cont le plus long côté devait regarder la Gaule, et place l'autre directement au nord del première. Les Îles Cassitérides ou les Sorlingucs étaient, dans le système ce ces anciens, peu éloignies de l'Espagne.
Doux expédiuons de César firent connaître une extrémité de ha Grande-Bretagne. Les noms des trois promontoires d’O:cas au nord, de Cantium à l'est, et de Belerium à l'occident, devinrent dès lors cilehres. César place même l’Hibernia ou l'Irlande exactement vis-à-vis de là côte occidentale d’Albion, ct l'estime une fois moins grande. Mais il ne s'en tient pas moins à l’idée reçue sur la position générale de ccs Îles.
Pomponius Méia, qui vivait à l’époque même de la conquête de la Crande-Bretagne par les armées de Claude, crut que cette île faisait face d'un côté à la Germanie, de Pautre à l'Espagne. Les guerriers de Rome refustrent d'abord de se laisser conduire dans ce nouveau Monde, Les noms des iies Orcades et ceux des Hæmodes ne retentissaient que de loin, Trente ans après la conquête, Pline n’osa pas tracer une description des îles Britanniques; cependant il connaît déjà les îles Æébudes ct en désigne quelaucs-unes par des noms particuliers ; il indique cs dimensions exagérecs de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, d’après Agrippa, qui probablement aura mal traduit les mesures grecques de Pythéas. Sous l'empereur Domitien, Asricola soumit les nations britanniques jusqu’au pied du mont Grampius, aujourd'hui Grampian, ct la flotte romaine en doubla les extrémités scptentrionales et reconnul quote ne tenait point au continent, Mais le biographe ei le gendre
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MÉTOIRE DE LA GÉOCGPRAPINE, 157 même d'Agricola place l’Aibernia à moitié chemin entre l'Espagne et la Grande-Bretagne.
Ce ne fut que dans le n° siècle que denombreux itinéraires et des Journaux de navigateurs fournirent à Ptolémée les matériaux d’une description mathématique de la Grande-Bretagne ; encore cette description ofirit-elle de graves erreurs.
La Bretagne romaine, reculée par les victoires d’Asricola jusqu’à l'isthme qui sépare les deux golfes, nommés Aestuaria de Glota et de Bodotria, ou golfes de Clyde et de Forth, fut resserrée dans des bornes plus étroites par la muraille de l’empereur Adrien, dont les ruines, connues sous le nom de Picts wall, s'étendent du Sohvay Firth à V'embouchure de la Tyne. L'empereur Sévére pénétra de nouveau vers les extrémités de l’île, et répara la muraille entre les golfes de Clyde et de Forth.
Les sauvages indomptabies qui arrêtérent dans les montagnes de l'Écosse le vol des aigles romaines, étaient désignés par les autres Bretons sous le nom celtique de Calédoniens, et reçurent depuis, dans la langue des Romains, la dénomination de Picti, à cause des figures peintes dont leurs corps gigantesques étaient couverts. Mais leur chevelure blonde indiquait une origine germanique ou scandinavienne. Ils succombèrent plus tard sous la puissance des Scoti, peuple celtique venu de l'Irlande. Parmi les petites nations qui occupaient l'Écosse méridionale, on distingue les Aaïates et les Novantæ. Is étaient probablement Celtes. comme la plus grande partie des habitants de l'ile. Le poste d’Alata Castra, c’est-à-dire le camp volant, répondrait, selon l'opinion reçue, à Edimbourg ; mais Ptolémée le place beaucoup plus au nord.
La puissante nation des Brigantes occupait le nord de l'Angleterre jusqu’au bord de l'Humber nommé 4bus. Parmi leurs villes nombreuses brillait Eboracum, V'Yorck moderne, alors une colonie romaine, ornte de temples et de bains publics. Deve, aujourd’hui Chester, sur la riviere de Dec, et Lindum, le Lincoln moderne, probablement une colonie romaine, étaient les capitales, l’une des Cornavii, l'autre des Coritani.
Trois nations helliqueuses occupaient ce qui forme aujourd’hui la principauté de Galles. Les Ordovices habitaient au nord; ils furent presque tous massacrés par les troupes d’Agricola. Dans leur voisinage élait l'ile de Mona, aujourd’hui Anglesey, consacrée au culte homi-
cide des Druides et défendue, avec toute l’exaltation du fanatisme par les Bretons qu’enflammait la présence des prêtresses. Les Démètes demeuraient sur la côte occidentale. La nation plus puissante des Silures s’élendait jusqu'aux bords de la Saverne. Les Silures résistèrent longtemps aux armes romaines. Leur teint basané et leurs cheveux bouclés indiquaient, selon Taute, une origine ibérienne.
A l'est des Silures, demeuvaient leg Dobuni, dans le pays desquels était Clevum, vraisembisolement Glocester. Les Catyeuchlans de Ptolémée s’appelaient, d’après les inscriptions antiques, Catavellaur. Leur territoire atteignait le golfe de Wash, nommé Metaris Æstuarsum. Leurs voisins à l’est étaient les puissants Iceni, nommés Simeni par Ptolémée, et dont la capitale portait, en commun avec plusieurs autres, le nom celtique de Venta, ou lieu d’assemblée. Les Iceni occupaient le Norfolk ct le Suffolk actuels. Plus au sud, dans l’'Essex moderne, les Trinobantes, nation nombreuse, avaient pour capitale Camalodunum, aujourd’hui Colchester. La ville de Londinium est attribuée par les uns aux Trinobantes, per les autres aux Cantii, habitants du Kent actuel, selon qu’on L place au nord ou au sud de la Tamise,
Des tribus comprises sous le nom de Belges, et probablement venues de la Gaule belgique, occupaient la plus grande partie de cette péninsulc méridionale que forment la Tamise et la Saverne, Tamesis et Sabrina. La capitale ou Venta de ces Belges est le Win-Chester actuel, le surnom latin de Castrum, où en anglo-saxon Ceastre, étant resté à beaucoup de villes anciennes. Les caux de Bath étaient déjà renommées sous le nom d’Aquæ Solis. L’extrémité occidentale, le Cornouailles moderne, occupée par les Damncnii, était peu fréquentée des Romains; les célèbres mines d'étain, qui y avaient attiré les Phéniciens, sont à peine indiquées par les auteurs latins.
Les autres traits physiques attribués à la Grande-Bretagne s’y retrouvent encore. La température plus douce que celle de la Gaule septentrionale; les brauillards, les pluies abondantes, la chaleur modérée de l'été, qui faisaient mûrir les fruits avec lenteur, et qui ne permettaient point la culture de l'olivier ni de la vigne; la verdure brillante des pâturages, où erraient d'innombrables troupeaux ; l'absence de bêtes féroces et de reptiles venimeux, tout se retrace encore aux yeux d'un observateur moderne, L'Écosse était inculte; mais la Bretagne romaine
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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE. 459 qui, du temps de Tacite, ne produisait pes assez de blé pour ses habi-
tants, devint dans les ne et ure siècles le grenier des Gaules et des armées
romaines stationnées sur le Rhin.
L’Hibernia ou l’'Ierne des Grecs qui avait longtemps passé pour inhabitable, à cause du froid, fut un peu mieux connue; on sut qu'elle jeuissait d’un ciel aussi doux que la Grande-Bretagne, que le soi fertile y offrait au bétail de gras pâturages, et que de nombreux ports y prêtaient au commerce un accès plus facile que celui des côtes d’Albion. Les noms de quelques peuples, comme, par exemple, les Brigantes, qu'on retrouve en Angleterre, et les Menapii qui existaient aussi dans la Belgique, semblent prouver que l'Irlande a reçu dec colonies et de Celtes proprement dits et de Belges. La nation la plus répandue était celle des Jverni, dont le nom a été appliqué par les Romains à toutc l'ile; cette nation paraît avoir été déjà connue des Phéniciens,
Les nations celtiques de la Bretagne différaient peu des Gaulois à l'égard de leur manière de vivre. Leurs armes étaient les mêmes; le grand sabre celtique à la main, ils combattaient sans cuirasse et sans casque. Leurs cabanes avaient la même forme conique que celles des Gaulois. Mais les nations germaniques ou scandinaves de la Calédonie paraissent leur voir appris l’usage de chariots de bataille, inconnus aux Celtes du continent. Les Bretons s’enduisaient seulement le visage d'une couleur bleue, tandis que les Calédoniens se gravaient sur tout le corps les images bigarrées de toutes sortes d'animaux. La commu nauté des femmes dans la même famille, suite d’une vie patriarcale, ne se maintint à la longue que chez les Calédoniens. Les Bretons, sou mis à de petits princes, bâtissaient des villages et se livraient à l’agriculture, ainsi qu’à l'entretien des bestiaux. Leurs lougs cheveux flottient sur leurs épaules; des moustaches couvraient leurs joues; ils portaient des vêtements de peaux d'animaux. Leurs Druides arrosaient de sang humain les autels des divinités celtiques. Le Calédonien, presque sans vêtement, chargeait ses bras et ses reins de lourds anneaux de fer, dédaignait l’agriculture, et vivait du produit de sa chasse ; lé corce des arbres ou quelques racines sauvages lui tenaient lieu de pain; il ne tirait aucun parti des poissons qui fourmillaient sur ses côtes.
Passons maintenant aux Celtes du continent. Strabon nous a déjà fait connaître la division des peuples de la Gaule en Belges, Celtes et
100 CHAPUIRE DOUZIÉME,
Aquilains ; tous les auteurs romains confirment la différence qui existait entre ces trois races. César nous apprend que de nombreuses tribus de Germains, après avoir franchi le Rhin, s'étaient mêlées avec les Celtes et avaient donné naissance à la nation et à la langur belsique. Des témoignages positifs prouvent en particulier l'origine germmique des Tribocci, des Neme!i ct des Vangiones, qui habitaient ducs l'Alsace et vers Mayence; des Treviri, dunt le nom est resté à la ville ac Trèves; de quatre tribus cornprises sous le nom de Germani, et dejn'is sous celui de Tungri, tribus qu’on place dans les pays de lainbourg et de Liège; des Nervii, peuple nombreux dans Le Hainaut actuei, st des Aduatici, descendants des Cimbres et Teutons, qui demeuraient quel que part sur la Meuse. La langue des Belges, différente de cel Celles proprewent dits, a été probablement transportée en Angicterre par les coloni:< belgiques ; elle s’est peut-être conservée, du moins en partie, dans l’idicruc dés Gallois ct de leurs descendants. les Bas-Bretons; mais vouloir Lu: une conclusion rétrograde appliquer le nom de Kymri, que les Guiiois se dénnent, à tous les Beiges, afin de retrouver en eux les fameux Cimbres, c'est une aberration d'autant moins pardonnable que nous avons un témoignage positif d'apres lequel les Cimbres traitvrent les Belges en ennemis.
Les Aquitains, bornés par la Garonne et les Pyrénées, étaient, selon Strabon, de la race des Ibériens; mais comme il y avait en ibérie des nations celtiques ou celtibériennes ct des peuples caniabriques, indigènes de l'Espagne, u reste à savoir à laquelle de ces deux familles appartenaient les Ibériens de l’Aquitaine. Les guerres entre les Aquilains et les Vascones, qui certainement étaient Cantabres, semblent prouver que les premiers Ctaient Cellibcres. Plusicurs anciens ont encore soutenu que les Liguriens, peuples si anciennement connus et si répandus tant en Gaule qu'en Italie, élaient diflérents des Ceitcs, mais ly-geur étant un mot ceitique qui signifie haoitant du rivage, il semble que cette opinion des Grecs n'était fondée que sur une erreur. Le sang gauluis éluit ainsi moins mêlé que ne pensaut César; les Celtes purs occupaient les quatre cinquiemes de le Gaule; ils en étaient les vrais indigènes.
L'intérêt que le nom des Gaules nous inspire naturellement, nou$ engage à exposer en détail la géographie de ce pays d'après César, Pline
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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE, 461 et Ptolémée. Nous suivrons la division en dix-sept provinces, donnée par la Notitia Provinciarum; division qui, à la vérité, parait n’avoir existé complétement qu’au temps de Dioclélien, mais dont on retrouve les traces dès le re siècle, et qui d’ailleurs offrira plus de facilité.
Les grandes divisions primitives de la Gaule comme province étaient crivmbre de quaîre : la Gaule narbonnaise, la Gaule lyonnaise, l'Aquitaine c. 1 j'elgique. À mesure que le pays se peupla, on fit des subdivisions et des changements,
La Gaule aquitanique était comprise d’abord entre la Garonne , les
A Pyrés cs et l'Océan : on l’étendit ensuite jusqu’à la Loire. On la subdi- N visa en 4'e, 2 ct 5° aquitanique. La première avait pour capitale Avaricum
| «rjourd hui Bourges, la plus forte ville de la Gaule lors de l'invasion de César, qui ne lui donne cependant que 40,000 habitants. Cette province était habitée par huit peuples. Les Bituriges-Cubes, dans le Berri et le Bourbonnais, dominèrent anciennement sur toute la Gaule celtique : Bellovèse, l’un de leurs chefs, conquit la Lombardie l’an 164 de Rome; César brûla dans un seul jour vingt villes de ce pays. Les Bituriges aploitaient des mines de fer, Les Arverni demeuraient dans l'Auvergne. Leurs villes étaient Nemossus, depuis Augustonemetum , aujourd’hui Clermont, et Gergovia, sur la montagne de Gergoie. Ce fut ici qu’un Vercingetorix ou chef de guerre des Arvernes, cpposa une résistance si opiniâtre au conquérant des Gaules. Le pays des Arvernes prit sous les Romains un aspect riant ; des vignobles et des châteaux en couvraient ls hauteurs, et les moissons ondoyaient dans la plaine, depuis si A limeuse sous le nom de Limagne. Les autres peuples de la première Aquitaine étaient les Limevici ou Lemovices avec la ville d’Augustoritum, aujourd'hui Limoges; les Gabuliens, dans le Gévaudan, où il y avait des minces d'argent ; les Ruthéniens, avec leur chef-lieu Segodunum, depuis nommé Civitas Ruthénorum, et aujourd’hui Rhodez, dans le Roucrgue; ls Velaunes dans le Velai, et les Cadurci qui occupaient le Querci, et dont la ville capitale, aujourd’hui Cahors, s'appelait Divona, Une portion des Cadurciens norte duns César le nom d’Eleutheri, c’est-à-dire, libres.
La seconde Aquitanique s’étendait de l'embouchure du Liger, la Loire, au delà de celle de la Garumna ou Garonne. Burdigala, Bordeaux, en fut k capitale ; les lettres illustrèrent et le commerce enrichit de bonne heure cette ville gauloise. Six peuples occupaient l’Aquitaine seconde.
Les Bituriges-Vibisei habitaient la plus grande partie du Bordelais; une de leurs tribus, les Medulli, a laissé son nom au canton de Médoc, dont on vantait déjà les vins et les huîtres. Une autre tribu, celle des Boi, tirait de larésine des forêts de pins qui couvraient le canton de Buch. Au nord de la Garonne, demeuraient les Pictones et cs Santones, qui prêtèrent leurs vaisseaux à César pour faire la guerre aux Vénèies : parmi leurs villes, Limonum répond à Poitiers; Saintes portait le nom de Jediolanum ou ville du milieu. Les Agesinates vivaient dans je territoire d’Aisenai. Les Pétrocoriens demeuraient dans le Périgord; la vilic de Périgueux portait le nom de Vesuna, qui est resté au château. Les Nitiobriges avaient pour chef-lieu Aginnum, lAgen de nos jours. Tous ces peuples de la première et seconde Aquitaine étaient de vrais Celtes.
La troisième Aquitanique, la seule qui fût peuplée de vrais Aquitains, était aussi appelée Novem-Populania, parce qu’elle était habitée par neuf petites nations. César et Pline en nomment davantage. Les Ausciens habitaient les fertiles environs de la ville d’Auch, nommée d’abord Clinberris, et ensuite Ausci avec le surnom d’Augusta. Les Vasates, dans le Bazadois, étaient de tous les Aquitains les plus reculés au Nord. Les Tarbelli s’étendaient sur les rivages dela mer; le chef-lieu Aquæ Tarbellicæ, aujourd'hui d’Aqs où Dax, était renommé par ses eaux minérales. Beneharnum, nom d’une ville, est passé au pays de Léarn. Les Bigerrones occupaient le Bigorre. Nous ne pouvons nous arrêter à déterminer la position des Convenæ, qui semblent avoir habité le Comminge, ni celle de beaucoup d’autres tribus plus obseures encore.
La Gaule lyonnaise nous offre des groupes moins confus. Lugdunum où Lyon, quoique située à une des extrémités de cette province, en fut la capitale commune; mais bientôt on divisa cette province en deux, puis en quatre et même en cinq.
La colonie romaine de Lugdurum fut fondée 42 ans avant J.-C. sur le territoire des Ségusiens. Siége des préteurs et d’un hôtel de mounaie, centre où aboutissaient toutes les grandes routes romaines, clic devint la ville la plus considérable des Gaules : soixante peuples } firent construire un autel à la ville de Rome et au génie d’Auguste. Près de cet autel, placé au confluent du Rhône et de la Saône, alors nommée Arar, on célébrait des fêtes communes à toute la Gaule. Lugdunum était l'entrepôt du commerce entre les Gaules et l'Italie; mais,
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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE, 163 dans le mie siècle, les ravages des gucrres civiles en éclipsèrent la splendeur.
Parmi les peuples de la première Lyonnaïse, on distinguait encore les Lingones, au territoire de Langres : ils étaient alliés des Romains et très-puissants. À côté d'eux on trouve les Handubii avec la place forte d’Atesia, si fameuse dans les guerres de César. On n'est pas d'accord sur l'emplacement des Boii, L'histoire trouve d’abord ce peuple en Ilie, où ils etaient entrés par les Alpes rhétiennes, ensuite dans la Pannonie et le Noricum, sans qu'| soit possible de nier ni d’aflirmer qu'ils fussent venus originairement de la Celtique ; une troupe de Boii, ayant pénétré en Gaule avec les Helvétiens, y fut vaincue par César, et obtint des Eduens un asile dans leurs te, res. Le plus célèbre de tous ls États gaulois fut celui de ces mêmes Ædui ou Eduens; ce peuple fameux, que l'illustre Sacrovir voulut trop tard rendre à l’indépendance, a ait, en aidant les oppresseurs du monde à subjuguer les Allobroges et les Arverni, acquis le vain titre de frères du peuple romain. Leur capitale était Augustodunum, aujourd’hui Autun, auparavant nom mée Bibracte; la jeune noblesse de toutes les Gaules y était instruite
dans les lettres grecques et romaines; les empereurs ÿ établirent une “brique de cuirasses; Cabillonum, Châlons-sur-Saône, antique siége d'un commerce et d’une navigation considérables; et Matisco, Macon, où l'on faisait les flèches pour l'usage de l'armée romaine, apparte= naient encore à la riche contrée des Eduens.
Au nord de la province que nous venons de décrire, nous trouvons la quatrième Lyonnaise qui avait pour capitale Agendicum, Sens, ou selon d’autres, Provins. Elle était peuplée par les nations ou tribus que nous allons énumérer : les Parisii, dont le chef-lieu était Lutetia ou Leuco= tecia, bâtie longtemps avant Jules César; mais qui, circonscrite dans l'île de la Cité, resta au rang des petites places fortes jusque dans le ive siècle, et même plus tard : Julien y résida; il agrandit et erabellit cette ville, dont les habitants lui plurent par la gravité philosophique de leur maintien : les Meldi, avec Meaux, l’ancien Jatinum : les Carnutes, dont le territoire comprenait les villes d’Autricum, aujourd’hui Chartres, et Genabum, grande place de commerce, nommée depuis Civitas Aurelianorum, l'Orléans de nos jours : les Senones, antiques conquérants de l'Italie et de Rome même: outre Ageadicum, qui déjà dans le
v'siècle avait pris le nom de Senoni , ils possédaient Antissiodorum ou Auxerre : enfin les Tricasses, dont le chef-licu, après avoir porté le nom romain d’Augustobona, reprit celui du peuple, et qui est la ville de Troyes en Champagne.
La seconde Lyonnaise, qui répond presqu'à l’ancienne province de Normandie, avait pour capitale Rotomagus où Rouen, habitée par les Veliocasses qui ont ‘aissé leur nom altéré au Vexin. Les autres peuples étaient les Abrincates dont la capitale, Ingena, selon d’Anville, répond à Avranches; les Unelli, dans le Cotentin où ils avaient les villes de Crociatonum, Carentan, et de Cosidia, Coutances, ainsi que les itinéraires le démontrent ; la forteresse Constantia était, selon un témoin oculaire, Ammien Marcellin, à l'embouchure de la Seine; les Bodiccasses où Baiocasses, avec leur ville Bajocæ ou Bayeux ; les Lexovii avec Noviomagus, depuis Lisieux; les Culètes, dont Juliobona ou Lillchbone était le chef-lieu; les Eburovics, qui avaient pour capitale Mediolanum , aujourd'hui Évreux.
La troisième Lyonnaise commençait aux environs de Tours, et s'étendait sur toute la péninsule de Bretagne. Voici les peuples de cette province : les Turones occupaient la Touraine, avec Cæsarodunum qui, dans le moyen âge, prit le nom du peuple, et qui est aujourd'hui Tours; les Andecavi ou Andes possédaient Juliomagus ou Angers; les Cenomani hahitaient le Maine, avec Vindinum, aujourd’hui le Mans; les Diablintæ avaient pour chef-licu Noviodunum, qui existe encore sous le nom de Jubleins à l’est de Mayenne. Dans la péninsule, nous trouvons les Rhedones que Plolémée transporte au milicu des Gaules, mais dont la capitale Condate est décidément Rennes. Au sud de ceux-ci, étaientles Nannètes, avec la ville Condivicnum et Portus Namnetum, aujourd’hui Nantes. Les Vénètes régnaient sur les côtes du Morbihan et sur les Îles Vénétiques, l’un des siéges du culte druidique; la ville de Vannes, connue sous le nom de Darioritum, reçut plus tard celui de Venetæ; les grands mais informes navires de cette nation se rendaient aux Îles Britanniques. Les Osismit occupaient l'extrémité de la péninsule, avec le port Gesoscribate, depuis Brest, et le promontoire Gobæum qu’on prend généralement pour le cap Mahé. L'île Sena ou des Saints était le siége d’un oracle avec neuf prètresses, qui passaient pour avoir le pouvoir de guérir les maladies incurables, d’exciter et d’apaiser les tem-
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pêtes et de se transformer en toute sorte d'animaux. La côte septentrionale de la Bretagne appartenait, selon Ptolémée, aux Bidukasses que César nomme Curiosolites, probablement d’après leur chef-lieu dont on a découvert les restes à Corseul, près de Dinan.
Toutes les contrées voisines de la mer étaient surnommées, en langue celte, Arémoriques, c'est-à-dire, maritimes. Cette appellation resta en particulier aux côtes qui s'étendent de l'embouchure de la Loire vers celle de la Seine; on les nommait tantôt Armorique, et tantôt Armoricanus Tractus. Vers le commencement du ve siècle, elles s'affranchirent entièrement de l'autorité des Romains. Le duché de Bretagne fut un reste de l’Armorique indépendante, mais le dialecte celtique, qui s'y est conservé, ne paraît malheureusement présenter qu’un mélange confus du celte proprement dit, de l'idiome belgique, parlé par les Bretons insulaires qui s’y rélugièrent, e& de la langue latine, déjà répandue dans toutes les Gaules.
La Gaule belgique présente cinq grandes subdivisions, que nous allons parcourir de l'ouest à l'est. La deuxième Belgique s'offre la première. Les Ambiani on, laissé leur nom à la ville d'Amiens, anciennement Samaro-Briva, c'est-à-dire, Pont-sur-Somme. Les Atrebates, dont le chef-lieu Nemetacum, est l'Arras inoderne, fabriquaient déjà de gros draps très-estimés. Les Bellovaci, qui me.taient 100,000 hommes sur pied, n'étaient probablement pas renfermés dans les limites du Beauvoisis moderne; ils avaient pour chefs-lieux d’abord Bratuspancium, et ensuite Cæsaromagus où Beauvais. Les trois nations que nous venons de nommer, semblent, selon César, avoir formé le Belgium proprr ent dit. Les Morini habitaient cependant la côte voisine du détroit de Calais ; c'est dans leur pays que se trouvaient le port Jtius ou Wissan, d'où César partit pour sa seconde expédition dans la Grande-Bretagne, et Gessoriacum, qui déjà dans le ane siècle portait le nom de Bononia, d’où l’on a fait Boulogne. Les Nervii s’étendaient dans tout le Hainaut et dans le midi de la France; leurs villes étaient Cambrai, Cameracum, Tournai, Turnacum, et Bavai, Bagacum, la plus anciennement connue des trois. De petites tribus soumises aux Nerviens occupaient probablement la côte de la Flandre actuelle, qui fut nommée Nervicanus Tractus. Plus tard, toute la côte, depuis la Seine jusqu'à l’Escaut, reçut des Saxons, qui y faisaient des descentes continuelles, le nom de Littus Saxonicum;
1060 CHAPITRE DOUZIÉÈME, mais lo sons de ce terme dut varier selon les incursions de ces pirates,
En retournant au midi, nous trouvons les Veromandui, avec leur chef-lieu, surnommé Augusta; c’est le bourg Vermand au sud de Saint-Quentin, dans le Vermandois. Noviodunum était le chef-lieu des Suessiones, et prit ensuite leur nom, d’où l’on a fait Soissons. Les Remi s'étant montrés les amis des Romains, virent leur capitale, Reims, nommée en ccltique Durocortorum, prospérer par la faveur des vainqueurs; métropole de la deuxième Belgique, elle était le siége des lettres ot des arts, Plus d’une sanglante bataille donna de la célébrité aux plaines voisines de Châlons, nommé alors Catalaunum.
La premitre Belgique avait pour capitale Augusta Treverorum, qui rejota bientôt le surnom que la flattcrie lui avait imposé, pour s’appeler simplement Treveri, aujourd'hui Trèves; c'était le quartier ordinaire des généraux qui commandaient sur le Rhin, souvent même la résidence temporaire des empereurs; ses écoles, ses manufactures, ses greniers, ses arsenaux en firent, dans le mr° siècle, la ville la plus importante des Gaules. Mettis ou Metz, appelé d’abord Divodurum, capitalo des Mediomatisci, l'emportait peut-être par la splendeur de ses édiflces et de son aqueduc. Les Leuci et les Verodunenses possédaient dans Tullum, Toul, ct Virodunum, Verdun, des capitales moins brillantes.
Entre la Belgique et le Rhin, s'étendait une limite militaire remplie de forteresses, et constamment occupée par deux armées romaines. On yassigna des demeures aux peuplades germaniques qui voulaient se mettre à la solde des Romains, et qu'on peut comparer aux Cosaques dits des frontières, en Russie. La Moselle séparait probablement les commandements militaires, dont l’un reçut le nom de Germania superior ou prima; l’autre celui d’inferior ou secunda, Dans le ne ou me siècle, ces districts furent, même sous le rapport civil, détachés de la Belgique, et formérent deux provinces. Les Menapii et les Toxandri, dans le Brabant actuol, les l'ungri, dans le pays de Liége, les Ubii, le long du Khin, étaient les principaux peuples de la Germanie inférieure; on pourrait encore y joindro les Bataves comme alliés romains. Colonia Agrippina ou Cologne était la métropole de cetie province. La forêt Arduenna s’étendait l’espace de 150 milles romains entre les Treveri et les Nervii. Dans la Germanie supérieure, nous trouvons, du nord au sud , les Vangianes, les Nemetes ot los Zribocci, La capitale Moguntiacum, Mayence, qui est probablement
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HISTOIRE DE LA GhoGHtAPIHE, 167 je Magetobria de César, fut longtemps le boulevard de l'empire romain. Ptolémée est le premier qui nomme Argentoratum, appelé dans le moyen âge Strateburgum, on Strasbourg,
La province Maxima Sequanorum, c’est-à-dire la grande Séquanaise, reufermait trois peuples, Les Rauraques avaient pour leur chef-licu Augusta, dont. on a trouvé les restes près d'Asgut, village du canton de je; les Zelvetii, revenus en petit nombre de leur incursion dans la Gaule, ne purent repoupler leur ancien territoire, baigné d'un côté par le lucus Venetus où Acronius, aujourd'hui le lac Constance, de l'autre per le lacus Lemanus, le lac de Genève; le mont Jura le séparait des Séquani. Aventicum, le chef-lieu de l'Helvétie romaine, jeta quelqu éclat, et onreconnaît encore T'uricumdans Zurich, Salodurum dans Soleure. et la Colonia Equestris, autrement Noviodurum, dans Nyon. Mais les hautes valléessemblent en partie être restées inconnues aux Romains.
L'obscurité qui règne dans les notions des Romains sur l'àpre Helvétie, ne peut étonner personne ; mais que diront les aveugles admirateurs des géographes de l'antiquité quand on leur demandera pourquoi le pays des Sequani, un des plus beaux de la Gaule suivant César, est resté encore plus inconnu que l’Helvétie mème? L’Arar, depuis nommé Sauconna et Saône, le baignaïit à lPouest; le Rhin, et plus tard le mont Vogesus, le terminait au nord, comme le Jura à l’est; il n’atteignait le Rhône au midi que par une lisière ; la rivière Dubis ou Doubs le traversait et formait une presqu'île où s'élevait Vesontto, aujourd'hui Besançon : voilà tout ce qu'on sait de certain. On devine encore quelques nositions, telles que Didutt'um où Dole, Arborosa où Arbois, et Ariorica où Pontarlier; mais, au total, cette province importante était singulièrement inconnue.
La Gaule narbonnaise, qui s’étendait sur le Rhône et la Méditerranée, est la seule partie où la g'ographie des Romains n'offre aucune lacune. Par sa culture florissante, par les mœurs de ses habitants, par l'éclat de ses richesses, la Narbonnaise était moins une province qu'une seconde Italie. On y distinguait à la fin cinq subdivisions. La Narbonensis prima, qui répondait à peu près au Langucdoc moderne, était principalement occupée par deux peuples, les Volcæ Arecomici vers le Riône, et les Volcæ Tectosages vers là Garonne. On a prétendu que ces peuples étaient Belges et non pas Celics; mais il n’v a rien de certain à cet égard. Chez
109 CHAPITRE DOUZIÈME, les premiers brillait Nemausus, aujourd'hui Nimes, ville qui par la splen. deur de ses édifices et les priviléges de ses citoyens, retraçait Rome au milicu des Gaules. Narbo, anciennement le chef-lieu de la tribu des Elesyces, surpassait cependant Nemausus par l'étendue de son commerce, qui se maintint encore dans les siècles de la décadence des Romains, et qui attirait dans son port, aujourd'hui comblé, les flottes marchandes de toute la Méditerranée. Beterre, Béziers, reçut de la Ke gion qui y était en garnison le surnom de Septimanorum, d'où le nom de Septimania s’étendit d'abord sur le canion voisin, et, sous les Visigoths, sur toute la province. Tolosa, la capitale des Tectosages, s'était longtemps avant les Romains enrichie par le commerec. Les Sardones, qui occupaient le Roussillon, étaient un reste de l'ancienne nation des Bebryces, dont le nom se trouve aussi en Thrace, et sur les migrations desquels nous n'avons point de renseignements.
La province nommée Viennensis commençait au lac Léman et se terminait aux embouchures du Rhône; Vienna dont elle prenait le nom, et qui dans le re siècle devint la capitale des Gaules ; Geneva, fameuse par la muraille de Céser; et Gratianopolis dont l'identité avec Culuro n’est point démontrée, appartenaient à la contrée des Allobroges, nation belliqueuse. La partie orientale de ce pays est déjà nommée Sapaudia ou Savoie dans le 1ve siècle. Parmi d’autres petites nations, on remarque les Cavares avec Arausio, Orange, et Avenio, Avignon. La colonie Arelate, aujourd’hui Arles, devint extrêmement florissante dans ics ne et mie siècles; ainsi partout l’insalubrité des marais disparaissait devant la puissance et l’industrie. Tous les anciens ont adiniré le champ des pierres, aujourd’hui la plaine de Crau; le poûte Eschyle avait dit que Jupiter fit pleuvoir ces picrres pour servir d'armes à Hercule contre les Liguriens, mais Possidonius pensait que Jupiter eût mieux aidé son fils chéri en laissant tomber cette pluie de picrres directement sur la tète de ses ennemis.
L’antique Massilia a déjà souvent été nommée dans le cours de nos recherches; étant ue ville indépendante de la province romaine, elle ne fut point ornée de superbes édifices ; mais une ombre de liberté fit revivre dans ses murs le goût des lettres, l'amour de l’ttude, en un mot, ce noble esnrit de lu Grèce qui n'a été connu que d'un petit nombre de Romains.
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Trois petites provinces terminent la Gaule, la seconde Narbonnaise avec Forum Julii, Fréjus, où un port artificicl contenait une flotte romaine ; dans la province Alpes maritimæ qui s’étendait jusqu’au mont Cénis, et dans celle des Alpes graiæ, qui embrassait les sources du Rhône, on ne trouve que de petites peuplades de montagnards. On doit remarquer dans la seconde Narnonnaise les Vocontii entre la Durance et la Drôme, et les Salyes qui, avec leurs nombreuses tribus, occupaient toul.s les côtes de la Provence.
Les connaissances des Romains sur la géographie physique de la Gaule avaient fait des progrès considérables. Les poëtes seuls conservaient l'habitude de représenter ce pays comme très-froid. Les auteurs instruits savaient que, cultivé avec soin, le riche sol de la Gaule septenbionale produisait abondamment toute sorte de biés et de grains. Plu sicurs espèces de seigle et de froment étaient particuliéresà ce pays; Rome en tira même des provisions. Les grands possesseurs de bicnsfonds dans la Gaule enployaient des instrument: dagricullure tresporfvetionnés, La marne servait d'engrais. La cullure du lin était tresrépandue.
Pline assure que la vigne, le figuicr et l'olivier n'avaient point passé la barrière des Alpes lors de la grande émigration des peuples celtiques, vers l'an 400 avant J.-C. Mais de son temps déjà, toute la Narbonnaise produisait des vins : il y en avait de mauvais, il yen avait de bons ; on les gâtait quelquefois en voulant les concentrer par l'effet de lh fumée. Tous les plants de vigne de la Narbonnaise étaient originaires d'Alba Helvia, quicst Alps dans le Vivarais, ce qui peut faire croire la vigne indigène en France. Pline parle même des vignes Bitur'ques ou du Berri ; ainsi la permission d'avoir des vignobles, donnée aux Gaulois par l’empereur Probus, ne peut s'entendre que de la Lugdunensis et Belgica, où jusqu'alors l'hydromel et la bière ou peut-être le cidre avaient été 1e8 seules boissons. La laine des moutons était grossière, mais on consommait à Rome une grande quantité de jambons et de saucisses de ia Gaule. Dans les forêts de la Gaule le chêne sacré s’élevait à côté des bouleaux et des ormeaux ; le buis des Pyrénées avait de là réputation. Quelques rivières reulaient des paillettes d’or ; les Au ni, dans le Roucrgne, exploitaient des mines d'argent; le fr puit pourtant avoir été le métal le plus connu. Les Gaulois avaient fi nié un
mélange de cuivre et d’étain qui avait l'apparence de l'argent ; ils en fabriquaient les ornements de leurs harnoiset de leurs voitures. Parmi d'autres manufactures, la Gaule possédait beaucoup de ververics, Mais cette civilisation, due à la cessation des guerres intestines ne datait que de l'époque de Ja domination romaine. Un siècle auparavant les Celtes étaient les plus grossiers de tous les barbares.
Leurs Druides qui, avec les nobles, tenaient le peuple en esclavage, étaient les prêtres d'une religion aussi sanguinaire que celle d'odin, mais dont la morale et la inythologie ne paraissent pas avoir renfermé les sombres mystères de là ductrine des Scandinaves. Les étrangers étuent immolés sans distinction sur les autels des divinités cel'iques ; on sacrifiait aussi à ces divinités tousles criminels, en les enjermant dans ne grande image entourée de feu. C'était dans les entrailles fumantes des victimes humaines que ic Druide cherchait l'augure des succès de guerre. ie seul trait intéressant qui nous soit parvenu de la religion druidique, c’est l'opinion qui, en admettant l'inimortalité des âmes, leur assignait pour demeure l'immeusité des airs et les nuages errants.
Les Celtes firent redouter leurs arnics, même aux Romains. Nûs jusqu'à la ceinture, un immense glaive de cuivre à la main, ils sv cipitaient au combat avec une fureur extrème, mais sans art, sans ordre ; le moindre désastre changeuit leur audace en licheté, Au conmencement des batailles ils étaient plus que des hommes ; à la fin ils étaient souvent moins que des femmes. [ls montraient, de l'aveu ce César même, une singulière aptitude pour apprendre l'art de gucrre, et leurs forteresses n'élaient pas à dédaigner.
Leur vêtement ordinaire était un manteau court nommé sagum, une jaquette ou palla, et des pantalons appelés braccæ. Les couleurs éelatantes et bigarrées flattaient leur vanité. Une chaîne d'or ou de métal doit leur peudait au cou. L'or brillait encore sur leur armure et sur les harnois de leurs chevaux. Dans la partie de la Gaule, iibre avant l'invasion de César, on portait les cheveux ilottants sur les épaules ; d'où
les Romans prirent occasion &’appeler cette partie Gallia comuta, Gaule chevelue, tandis que leur conquêle ou la province Narbonnaist était appelée Gallia braccata, Gaule en pantalons ; et le nord de l'Htalie,
ocenpé on partie par des peuples celtiques devenus presque Romains, étui surnommé Gallia tojata, Gaule en Loges.
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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE, A7i
Nous n’entrerons point dans la discussion encore peu avancée de cs deux questions : la langue latine remplaça-t-elle dans toute la Gaule la langue celtique? et à quelle époque ? Il nous parait que les Gaulois, admis de bonne heure aux droits de la cité romaine, et déjà dans le 1er siècle livrés à l'étude de la langue latine, durent oublier leur ancien idiome ; ce ne fut qu’à ce prix qu'ils purent acheter la gloire de passer pour très-éloquents en latin.
Les Celtes, comme les autres peuples du Nord, aimaient la cours à cheval, la chasse et la natation ; ils mangeaient assis. Apres le diner, ils se livraient des combats simulés qui souvent prenaient un caractere srieux. Les funérailles avaient de la pompe; on jetait sur le bûcher tout ce qui avait été cher au défunt; quelquefois les amis et les époux sy précipitaient pour suivre dans l’autre monde ceux dont ils pleuraient la perte. Il est dificile de concilier entre eux les divers portraits qu'on a tracés du caractère des Gaulois. Les historiens grecs et romains reprochent aux anciens Gaulois leur férocité, leur mauvaise foi, leur avidité de pillage, leur ivrognerie, et beaucoup d'autres vices crapuleux. Mais ce portrait appartient au siècle où les crânes des ennemis tués leur servaient de vases pour boire. Plus tard, il parait qu'on les accusait principalement d'une inconstance qui paraiysail même leur bravoure, et d’une jactance qui s'exhalait par un torrent de vaines paroles. Mais l'empereur Justinien, qui avait gouverné les Gaulois, rend justice à leur conduite loyale, modérée, et pleine d’une nobi: &rté.
Les géographes romains connurent encore l'Espagne bien wnieux qu'elle n’avait été connue res Grecs. L'ancienne splendeur de Tarraco et de Carthago Nova s'était accrue; ces deux villes servaient de résidence ordinaire au préteur qui gouvernait l'Espagne ciicrieure ou la province Tarraconaise, dans laquelle Pline comptait 179 viiles du premier rang. Sur la même côte, Sœtabis, aujourd'hui Xativa, hrillait par ses manufactures de toiles fines, tandis que la Lalélinie aux environs de Barcino ou Barcelone, ahondait en vins estimés à Rome. Sur les veaux rivages de l'Ebre, Cæsar-Augusta, aujourd'hui Saragoça, fondée par Au guste, éclipsait toutes les autres villes de l'intérieur. L'ancienne Cellibérie, sans grandes villes, mais riche de ses vergers, de ses forêts de chène et de ses mines de fer, offrait des asiles riants à l'ami de Ia na- Lure, La ville celuhtr.cnue Bitbilis élait renommée par l'excellent acior
#72 CHAPITRE DOUZTEME.
qu'on y fabriquait. Les fameuses mines d’argent de l'Espagne se trou. vaiemt à peu de distance de Carthago-Nova; 40,000 ouvriers y étaient employés, et le bénéfice était de 25,000 drachmes par jour. Toletum, chef-lieu des Carpetani, devint célèbre par ses ouvrages en acier. Pline vante la magnificence d’Asturica, priccipale ville des Astures, On distin. guait dans le pays des Galléciens Bracara Augusta, aujourd'hui Bras, Les peuples du nord de l'Espagne avaient opposé aux Romains une risistance opimätre; Numance p’était pas la seule ville qui avait préféré Ba destru 4 les Cantabres on avait vu une mere isser tomber entre les mains de l'en.
tion à l'esclavage; el tucr son énfant, plutôt que de k neini, et un enf par ordre de son pére, saisir une épée et donner à
ses parents enchainis, avec la mort, la liberté; même en expirant sur la
croix, les prisonniers espagnols entonnaient des chants guerriers et bravaient leurs bourrea fe de vie et de mort emhrason ne vit un de ces frères d'armes survivre aux autres. Mais les colonies
association saiont souvent des milliers d'hormes ; jama romaines, répandues dans les provinces, accoutumérent ces
sauvages au jous, que portail le
reste de l'Europe. L' Lusitane VOyait aussi ses habitants, jadis adonnés
au brigarndage, se livrer à l'agriculture; O!ysipo, ka souche de Lisbonne; Conimbrica où Coimbra; Salmantica, de nos jours Salamemque; Emerita, aujourd'hui Merida, renommée par ses olives douceé, êt fu Julix ou Beja étaient les principales villes de cette province, où, coma en Gal-
hcie, on trouvait de l'étain et d’autres métaux. La fertilité de la Béti-
que, ses mines d’or, ses coteaux chargés d’oliviers, ses troupeaux, couverts d’une toison naturellement dorée, étaient déjà connus de S{rabon. On peut en dire autant des magnifiques villes d province, telles
que Corduba, patrie des Sénèques et de Lucain ; Hispalis, À qui le com-
merce donna bientôt le premier rang, et la voluptu
Gades, qui fournissait à la mollesse des Romains les danseuses les plus lubriques.
Commencements Géo{
Avant de re des peuples, gographes 8
Les Strabo n'avaient pas que, en fixan ts. Les mes leurs seuls g mins et route de deux sorte c'est-à-dire, € noms des lie entrer dans :
auteurs des s
Detautres prit
\crses provit des rivicres €
Parmi les d'Hinéraire 4 ouvrage, tel nom; car on ses SUCCESS d'anciens et ment publié époque est À plus grand d c'est une fet avec une mi
agne se trouiers y étaient our. Toletum, ñ acier. Pline es. On distin.
hui Bras, lAins Une réavait préfére vu une mére aains de l'en.
et donner À pirant sur là guerriers et ort emhrasde ces frères , répandues ue portail le dis adonnés le Lisbonne ; que; Emerita, Fun Julix ou we en Gal- 6 de la Béti- IDCAUX, COUde Strabon, vince, telles qui le com-
Gades, qui plus Iubri-
eee canne gene ce mes emmener cn
Commencements de Ja Géographie mathématique. Marin de Tyr. Ptolémée. Analyse de sa Géographie. Recherehes sur la position de Thinæ et de la Sérique.
Avant de retracer la grande révolution occasionnée par les migrations des peuples, il faut jeter un coup d’œil sur les derniers travaux des gographes grecs et romains.
Les Strabon et Les Pline, dédaignant les essais imparfaits d'Hipparque, n'avaient pas essayé de donner à leur géographie une base mathémati-
Duc, on fixant les positions terrestres par l'observation des corps céles-
ts. Les mesures itinéraires et quelques observations de latitude étaient leurs seuls guides. Je veux parler des Jtinéraires, où relevés des chiemins et routes de toutes les provinces de l'Empire romain. I y en avait de deux sortes, que Végèce distingue par les noms d’annotata et de picta; c'est-à-dire, d’écrits et de dessinés, Les premiers ne con enaient que les noms des licux et des stations, avec la distance de l’un à l'autre, sans entrer dans aucun détail, à peu près comme nos livres de poste. Les auteurs des seconds ne se contantaient pas d'y insérer les grands chemins
elautres principales routes ; ils y ajoutaient le nom et l'étendue des di-
verses provinces, le nombre de leurs habitants, les montagnes, le cours des rivicres et les mers voisines,
Parmi les premiers, nous posstdons l'ouvrage connu sous le nom d'Ilinéraire de !’empereur Antonin; mais i! est diflicile de croire que cet ouvrage, tel que nous l'avons, soit du temps du prince dont il sorte le nom; car on y trouve plusieurs endroits qui ne furent connus que sous ss successeurs. L'examen de cet Itinéraire fait voir qu'il est tiré d'anciens et de nouveaux tableaux de route, et qu’on en a successive ment publié de nouvelles éditions. On ne sait pas non plus de quelle époque est l'tinerarium Hierosolymitanum, fragment qui indique dans le plus grand détail la rouie de Bordeaux à Jérusalem. Mannert pense que
| c'est une feuille routière donnée à quelque fonctionnaire qui voyageait avec une mission impériale.
A la seconde espèce d'itinéraire appartient ce qu’on appelle la Table de Peutinger, que Scheyb fit graver en 1753 d’après un exemplaire manuscrit de la Bibliothèque impériale de Vienne, qui avait appartenu à Conrad Peutinger, patricien d’Augsbourg, et à laquelle il ajouta un savant commentaire. Mannert a presque démontré que l’origine de cette carte rcmonte aux temps de l’empereur Sévère, ou à l’an 230 de J.-C.; mais que ia copie actuellement existante est due au loisir d’un moine du xur° siècle. Il est probable que cette carte a eu plusieurs éditions ; et, dans cette supposition, il serait presqu’impossible d'en déterminer l’époque. 1 paraît seulement qu'on n’a pas dû en publier postérieurement à à chute de l’Empire romain d’occident. Le commencement de cette carte est perdu. 11 y manque le Portugal, l'Espagne, et la partie occidentale de l'Afrique. On n’y trouve que la côte sud-est d'Angleterre. En revanche, on y voit l’extrémité la plus reculée de l’Asie vers l’est, aussi loin que ls connaissances des Romains s’étendaient de ce côté-là; le pays des Seres, l'embouchure du Gange, l’île de Ceylan, allongée de l’est à l'ouest, suivant l'opinion d'alors; des routes sont tracées dans le cœur de l’inde. Mais les pays marqués sur cette carte n’y sont point placés suivant leur position géographique, leurs limites respectives et leur grandeur réelle. On les a rangés arbitrairement les uns à la suite des autres, de l’ouest à l’est, sans avoir égard à leur figure, ni à leur longitude et latitude déterminées par d’autres géographes. On se fera une idée plus elaire de ceil” eafte par la forme de Ia table, qui a vingtetua pieds un quartde long (mesure de Vienne) et seuieinent un pied de large. Outre la détermination des routes, qui était le but principal de l'auteur de la carte, il a indiqué les grandes montagnes, le cours des principaux fleuves, les lacs, les contours des côtes maritimes, les noms des grandes provinces et ceux des nations les plus consid:rables
Pendant que les maitres du monde se b rnaient à faire cagmposer ces itinéraires qui servaient à diriger la marche des armées, et domi la possession était pour un particulier un crime de lèse-majesté, deux astronomes grecs pensèrent aux moyens de donner à la géographie des bases scientifiques; le premierfut Harin, vatif de Tyr,qui vivait vers l’an 400; l'autre est l'immortel Ptolémée, qui fleurit sous les deux Antonins, de 110 à 170. L'ouvrage de Marin n’est connu que par les extraits que Pivlémée en donne. La géographie de ce dernier, teile qu’elle nous est
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parvenue, n'est qu’un tableau élémentaire, mathématique, où la figure etla grandeur de la terre et la position des lieux sont déterminées; la division des pays n’est qu'indiquée, et l’auteur ajoute rarement unenote historique. Le texte n’est pas exempt de quelques additions étrangères. Elles sont U'ès-nombreuses dans 1cs manuscrits grecs pour les côtes orientales de la mer Méditerranée, et pour les côtes occidentales dans lesmanuscrits latins. En outre, ces derniers contiennent la position d'une infinité de lieux que Ptolémée ne pouvait connaitre, et qui manquent dans les manuscrits grecs. Enfin, le texte à encore éprouvé d'autres changements par la négligence des éditeurs.
Il y atoutefoisdans la géographie de Ptolémée, des erreurs fondamentiles, des erreurs énormes, et qui bien certainement lui appartiennent. l'éloigne en général tropàl'est, au sud et au nord les terres qui lui étaient connues. D'abord en nous tenant à la direction vers l'Orient, nous voyons la Méditerranée prendre sclon lui une longueur de 20 degrés de plus qu’elle ne doit avoir, et cela dans un temps où elle était le mieux connue des Grecs et des Romains, qui la parcouraient sans relâche. Les bouches du Gange y sont reculéces vers lorient de plus de quarante-six degrés au delà de leurs véritables positions; lesquels, réduits en mesures modernes, font une erreur de près de douze cents lieues ou de la huiueme partie de la circonférence du globe,
Ces erreurs, dans un ouvrage qui d’ailleurs renferme les connaissanices les plus étendues qu'aucun Grec ait eues sur la géographie, ne peuvent avoir leur origine que dans les mesures employées par Ptolémée, Sans nous arrêter, avec Mannert et Gosselin, à rechercher les causesdeces erreurs, et enen tenanttel compte que de droit, nous devons reconnaître que l'ouvrage de Ptolémée est l'un des plus précieux monuments de la science géographique.
Dans l’est de l’Europe, Ptolémée nous étonne par une description assez exacte du cours du grand fleuve Wolga, qu'il appelle Rha; il connaît même le Kama, venant des monts Oural et qu’il nomme Aha uriental, En effet, cette rivière dispute au Wolga le rang de fleuve principal, La connaissance de ce grand fleuve, nommé aussi Rhos, ne se perdit plus; ilest probable que, dès le v* siècle, des caravanes de commerce yallaient chercher la rhubarbe et d’autres productions de l'Asie cen= tale Le cours du Tanats, que Strabon dirigeait du nord au sud,offre chez
Ptolémée une courbure semblable à celle qu’il présente sur les cartes modernes. De même que Pline avait repoussé vers la source de cœ fleuve les fabuleux monts Riphéens, qu’on cherchait toujours à colloquer dans les régions peu connues, de même Ptolémée semble placer presque au hasard vers le milieu de la Russie, les Ayperboréens, les Busi. lici, et quelquesautres peuples dont les noms lui paraissaient trop célébres pour les eilacer entièrement. 11 bannit cependant de sa carte d'Europe, le nom de la Scythie ; il étend la Sarmatie européennedepuis le ranaïs jusqu’à la Vistule et aux monts Carpathes; maisil ne faut pas en conclure qu'il regardait comme Sarmates tous les peuples qui occupaient ce vaste espace. Au contraire, Ptolémée donne exprès aux 4launi, qu'il place entre le Borysthènes et le Tanaïs, le surnom de Seythes,; ces peuples q”', conservèrent le mème emplacement depuis le 1°" jusqu'au ve siècle, n'étaient sans doute pas les seuls restes de l’ancienne race scythique. Les Chuni, placés par Ptolémée vers le milieu du cours du Borysthènes, sont prebablement cette tribu des Huns qui comballit, à la solde des Goihs, contre les Huns d'Asie. La plupart des nations sarmaliques, dans le sens le plus strict, étaient confondues sous le nom d'Hamaxubii où peuples vivant sur des chariots. Les Zazyges, les plus fameux d'entre ces nomades, se montrent d’abord au nord-est des Palus-Méotides ; ils envahissent les régions entre le Porysthènes et le Danube, se répandent le long des monts Carpathes, descendent dans les plaines de la Hongrie orientale, sous le nom d’Iazyges Metanastæ et pénètent au nord jusque dans la Podiachie où ils existaient encore au xu° siéciesous le nom de Jaczwinges. Lagrande migration des Sarmates parait sètre portée vers la Lithuanie et la Prusse, où Ptolémée nous fait conniilre les Uuusuw, connus, dans le xv° siècle, sous le mème nom, leurs voisins, 105 Sadeni, les Sudawi des modernes, les Burusci, les Prussiens du x: siecle, mais anciennement pius enfoncés dans la Lithuame, les K'arbones ei kareotes, Les Courlandais, nommés Karis, Chori et Kors, chez les auteurs du moyen àge, les Hosii qui tès-probablement sont les habitants d'Ocsel, et les Suli, dont on retrouve le nom dans celui de la rivicre de Salisen Livonie.
Ptolémée distingue de ces peuples, en partie Sarmatiques et en parüe Scythiques, les Vencaæ ou Vendes auxquels il assisne les côtes depuis le Zhubun ou le fleuve de Memel jusqu'à la Vistule, et qui pro-
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bablement s’étendaient jusqu'à l'Oder, Les autres nations slavonnes, que nous avons retrouvées d’après Strabon et Tacite, sont obscurément indiquées par Ptolémée; pourtant il nous en fait connaître de nouvelles, entre autres les Saboki ou peuples sur le Bug, les Biessi, dont lenom est resté aux monts Biesciad, près de Lemberz. et les Carpi, ou habitants des monts Carpathes. Ptolémée, qui semble avoir eu sous les yeux un itinéraire des bords du Danube vers l'embouchure de la Vistule, conduit ce dernier fleuve en ligne droite, du sud an nord; ilest probable que les voyageurs ou les marchands d’ambre jaune suivaient d'abord la Wartha ct ensuite la basse Vistule, en prenant ces deux rivières pour une seule, comme il est arrivé à nos voyageurs dans l’Amérique. Ptolémée décrit la Dacie, alors province romaine, avec plus de détails que ses prédécesseurs. Les noms de villes et de tribus de cet ancien pays des Gètes, sont tous autant de témoignages de l’origine slavonne de ce peuple.
Les navigateurs grecs et romains paraissent avoir visité les côtes dela Baltique jusqu'aux environs de la Vistule, puisqu'un abréviateur de Ptolémée déclare ne pouvoir indiquer les distances en stades que jusqu'à cette rivière. Mais les voyages des marchands d’ambre jaune et de pelleteries allaient par terre jusqu’en Livonie où se termine la chaîne des peuplades nommées par Ptolémée. La côte connue de ce géo-
& graphe s'étend jusqu'au fleuve Chesinus que nous pensons être la Duna,
puisque Ptolémée ne compte que trois fleuves principaux entre celui-ci
D et la Vistule, et qu’on les retrouve tous, savoir : le Chronus, répondant
| au Prégel qui passe à Kœnigsberg ; le Rhubon, qui répond au Niémen, etle Turuntus, qui ne peut être que la rivière de Windaw.
L'Europe de Ptolémée se termine par la Chersonèse cimbrique, qu’il étend de 2 degrés trop au nord, en la courbant beaucoup plus à l'est qu’elle ue l'est, A l’orient de la Chersonèse cimbrique ou du Jutland, il place quatre Îles sous le nom de Scandiæ insulæ. Les trois plus petites répondent à celles de Laland, de Fionie et de Sceland, qui font partie du Danemarck. La quatrième, à laquelle il donne en partivulier le nom de Scan-
dia, représentait la Scanie. La grande étendue de la mer Baltique n'avait Enas encore permis aux Romains de la parcourir toute entière. Entraïné, d'ailleurs, par les écrits de Pythéas, on croyait encore que la Scandinavie ne tenait pas à la terre ferme. Celte quatrième île paraît icpré-
senter colle qui avait été nommée Basilia ou Baltia par Pythéas
Le nom de Zhul: reparaît chez Ptolémée; il l’applique à une terre située au nord-ost de la Grande-Bretagne et qu’en rédisant à leur juste valeur ses degrés de longitude, on trouve être la ‘orwége, quoique le rapport entre cette terre et la Grande-Bretagne puisse y faire voir l’île de Shetland. Nous avons démontré que la Thule, découverte par Pythéas, était un canton du Jutland, mais que les diverses “valuations des Stades, emplovées par ce voyageur ( ou dans les} dires qu’il copiait), ont fait chercher le mot de cette énigme géogr. :niqu dans le Thilemarck de Norwége, dans l'Islande, et jusque sous le pôle.
L’Hibernie ou l’Ierne, que Strabon avait placée au nord de la Bretagne, quoique sous sa vraic latitude, est remise, dans Ptolémée, à l’occident de cette île, mais à 5 degrés plus au nord qu'elle ne doit l'être.
L'Ecosse, avec toutes les îles qui en dépendent, est tournée de l'ouest |
à l’est, au lieu de l’être du sud au nord. Mais, abstraction faite de cette erreur systématique, l'Angleterre, les côtes occidentaies de la Gaule ct le nord de l'Espagne, présentent un accroissement de connaissances de détail étonnant pour le temps écoulé depuis Strabon. La géographie semblerait avr beaucoup plus gagné dans ces pays lointains que dans la Méditerranée, La forme barbare que Ptolémée assigne encore à l'Illie, est un exemple frappant de ces circonstances qui, hâtant les progrès des scionces dans certaines parties, les laissent stationnaires dans d’autres. Cependant la Méditerranée n'offre plus un asservissement rigoureux aux bases qu'Eratosthène et Strabon avaient suivies; on remarque dans les longitudes et dans les latitudes un tâtonnement qui annonce des combinaisons nouvelles, et des efforts pour arriver à une plus grande perfection. Le détroit de Sicile n’est plus dans Ptolémie sous le parallèle du détroit des Colonnes : il y prend, à 8 minutes pré, la hauteur qu'il doit occuper. La Sicile même est déjà mieux orientée; et l'intervalle compris entre le cap Pélore etcelui de Pachynus n’y est plus tracé directement de l'est à l’ouest, comme on l'avait fait jusqu'alors. La position de Carthage y est encore assujettie à la latitude beaucoup trop méridionale du promontoire Lilybée, ce qui force Ptolémée à refouler la côte septentrionale de l'Afrique vers le sud, et à en altérer le contours dans toute son étendue jusqu’au détroit de Gades. Le grand enfoncement des Syrtes disparaît, et le Péloponnèse, étant placé trop
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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE, 4179 au midi, comprime d'un autre côté la Cyrénaïque, et donne à la côte une direction presque est et oucs! jusqu’à Alexandrie. Cette ville est située, dans Ptoléintée, plus à l’orient que Rhodes, et presque sous le méridien du cap sacré de Lycie, comme la nature l'exige.
La forme de l'Afrique fut totalement changée par Ptolémée; nous avons vu que Strabon et Pline regardaient cette partie du monde comme une Île terminée en dedans de la ligne équinoxiale. L’Océan atlantique était censé joindre la mer des Indes sous la zone torrid nt Jes cha
leurs passaient pour avoir seules empêché qu’on : r de l'Afrique. Ptolémée, qui n'admettait point la comn: céan atlantique avec la mer Erythrée, pensait, au contrair occi-
dentale de l'Afrique, après avoir formé un golfe médiocrement enfoncé, qu’il nomme #espericus, s'élendait indéfiniment entre le sud et l’ouest; de même qu'il croyait que celle de l'Afrique orientale, après le cap Prasum ( cap Brava) , allait rejoindre la côte de l'Asie au midi de Catigara. Cette opinion, qui divisait les mers en de grands bassins isolés les uns des autres, avait été soutenue par Hipparque : il ne doit pas paraitre étonnant que l'Ecole d’Alexandrie revint à cette erreur au siecle de Ptolémée : l'exposé de: faits suivants démontrera les motifs qui les égarerent.
Marin de Tyr, prédécesseur de Ptolémée, prétendit avoir lu l'itinée raire de deux expéditions romaines, commandées par Seplimius Flaccus ct Julius Maternus; ces chefs étaient partis de la grande Leptis pour Garama, capitale des Garamantes qu'ils trouvèrent distante de la première ville de 5,400 stades : ensuite, Seplimius marcha pendant trois mois droit au midi et parvint à une contrée nommée Agyzimba, habitée par des nègres. Après quelques raisonnements, Marin de Tyr fixe la position de cette contrée à 21 degrés au sud de l'équateur.
On pourrait reléguer parmi les fables cette expédition romaine, inconnue aux Romains. Comment admettre qu’un général ait exécuté une marche plus étonnante que celle d'Alexandre, et qu’aucun historien contemporain n’en ait conservé le moindre souvenir ? A quelle époque prétend-on placer cet événement? Comment. d’ailleurs, une armée aurait-elle pu faire en trois mois une marche de plus de 1,100 lieues de France ? Mais admettons le fait, nous allons voir que Marin de Tyrs'est contredit lui-même dans l’évaluation des distances. « Ga-
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