‹ Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde [microforme] (volume 3)Chapitre 18 sur 24 · LEFT · texte numérisé non relu

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rique, il reste évident qu'ils devaient placer les Sères dans le Thibet et les contrécs voisines. Les détails donnés par Pline confirment cette explication. Après avoir nommé quatre rivières, Psilaras, Carabi, Lanos et Cyrnaban, qu'il dirige vers son Océan sérique, mais qui, dans la réalité, représentent les rivières méridionales de la petite Boukharie, dont les eaux se perdent dans les sables du grand désert, limite naturelle des connaissances des anciens, Pline nous indique les Tochari, les Thuri, les Casiri, les Asangæ et les Attacori, comme les principales nations dela Sérique. La première de ces tribus est placée par Ptolémée dans la Bactriane, où elle a laissé son nom à la contrée de Tocaristan, partie de la grande Boukharie. Les Thyri rappellent la ville Kaspatyros d'Hérodote, située non loin de la contrée Paktyika, voisine de la Bactriane et de l'Inde. Tyr ou Täyr signifie en persan porte ; Kasp est le nom générique des montagnes. Les Casiri qui, selon Pline, pouvaient déjà être censés faire partie de l’Inde, sont probablement les Caspiri ou habitants de Kachmyre. D’après l’ensemble de ces positions, l’heureuse vallée des Atta cori, garantie contre les frimas du nord et les vapeurs pestiférées du midi, doit être cherchée dans le royaume de Latac; les Asangæ se retrouvent dans le canton voisin de Sanké. Le nom même des Attacori parait tenir à la langue sanscrite, et cette remarque, commune à la plupart des noms de la Sérique, concourt, avec tant d’autres circonstances, à placer ce pays près des sources de l’Indus et du Gange, où les anciens livres sanscrits nous dépeignent le pays sacré, le séjour de l'abondance et de la félicité, le fameux Siri-Nagur. On peut même croire que la tradition sur la longue vie des Sères, portée à 200 ans ou du moins à 420, avait été puisée dans les fables sacrées des Brahmes.

Les auteurs contemporains de Pline s'accordent parfaitement avec cet exposé. Denys le Periégète rapproche les Sères des Tochari; selon le Périple de la mer Erythrée, les marchandises de la Sérique arrivaicut dans les ports de l'Inde par la route de Bactres, aussi bien que par celle du Gange. Tous ces indices ne conviennent qu’au Thibet.

La Sérique, selon Ptolémée, était bornée à l’est par des terres inconnues : ce n’était donc poiut la Chine, baignée à l’est par des mers. Au sud, les monts Emodus et Ottorocorras la séparaient de l’Inde ; or, l’'Emodus et l’Imaüs des anciens est la chaîne nommée Emod, Hema cl Himalaya par les Indiens modernes; le nom Ottorocorras est évidem-

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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE. 489 ment composé des mots sanscrits Uttara-Curu, qui signifient pays du nord, et ce nom reste encore, avec peu de changement, à la partie septentrionale du royaume d'Ascham. Ces circonétances fixent la position de la Sérique au nord de l'Inde. Quand nous aurons ajouté, d’après Ammien Marcellin, que les Sères étaient voisins de l’A4riane, c’est-àdire de la purtie orientale de la Perse, et que la Sérique était un plateau très-élevé, couronné de hautes montagnes et versant ses eaux de tous les côtés, il ne peut rester douteux que ce vaste pays n’ait compris le grand et le petit Thibet, avec une partie de la petite Boukharie, le Kachmyre et quelques autres vallées des pays montagneux où naissent l'indus et le Gange. Aussi un géographe du vie siècle traite les Sères d'indiens, et, dans le 1xe, un autre écrivain étend l’Inde Sérique depuis Bactres jusqu’à Palibothra.

Les peuples et les villes de la Sérique se retrouvent dans les contrées que nous venons d'indiquer. Les Tochari, les Attarori et quelques autres nous sont déjà connus. 4smira paraît être Kachmyre, Issedon répond à Iscerdon on Shekerdon dans le petit Thibet, et Sera, la métropole, est probablement Serinagor. Une montagne à l’est de Kachmyre, nommée Naubandh, a donné son nom aux Nabannæ de Ptolémée. La ville de Serhind est la Serinda, où, selon Procope, les Grecs du Bas-Empire allient chercher les vers à soie. Les Batæ de Ptolémée ou Betæ d’Ammien rappellent le nom de Thibet, prononcé Tabathe par des nations indien= nes. D’autres noms se retrouveront quand la petite Boukharie et le nord du Thibet seront mieux connus. Le fleuve Occhardis, venant des montagnes de la Scythie, répond à celui d’Yarkend. Le Bautis, avec ses deux branches, représente la partie supérieure du Gange, dont le bras principal, parmi d’autres surnoms indiens, porte celui de Badauti.

La route des caravanes marchandes se reconnaît avec assez de certitude, surtout si on se rappelle le genre de commerce qu’elles avaient pour objet. La matière sérique était, selon toutes les probabilités, cette soie sauvage que, dans les pays au nord de l'Inde, l’aveugle industrie d’un insecte dépose sur les feuilles des mûriers. Pline, quoiqu’en la prenant pour un duvet naturel, la distingue pourtant du coton. Outre la matière sérique, il faut remarquer le sericum, étoffe de soie, probablement du genre de celles qu’on fait encore dans le royaume d’Ascham, et que les femmes romaines dépeçaient fil par fil, afin d’en tisser de

. nouveau ces gazes transparentes sous lesquelles une matrone, vêtue : sans être couverte, étalait en public tous ses charmes. L'ile de Cos, où croissait une soie grossière, avait donné le modèle de ces étofles, d'a. bord réservées aux seules courtisanes. Lorsque les guerres avec les Parthes eurent interrompu le commerce direct avec la Sérique, la soie redevint si rare qu’on la payait au poids de l’or.Des moines, envoyés par Justinien, apportèrent, des bords de l’Indus, ces vers précieux devenus depuis une des richesses de l'Europe méridionale. Un autre objet du commerce de la Sérique, c'était de l’excellent fer; c'est encore une des meilleures productions des pays où naissent le Gange et l’Indus. Enfin, on tirait de la Sérique des boules odorantes et aromatiques, nommées malabathrum; on a voulu y voir la feuille de bétel, nommée tamalapatra dans l’indostan; nous croirions plutôt que c'était du musc du Thibet, Le meilleur venait du canton de Cirradia, aujourd’hui Sirote, au nordest du Bengale.

Les caravanes marchandes de la Sérique, parties de Bactres ou Balk, remontaient chez les Comedi, près des sources de l’Iaxartes, se rendaient à Taschken 1, qui est la tour de pierre de Ptolémée, passaient probablement par le affilé de Conghez, traversaient la région Casia, notre Gashgar; et de là, s2 dirigeant au sud-est, atteignaient la capitale des Sères, après une course de sept mois, employée sans doute à visiter le pays dans toutes les directions et à ramasser partout de la soie et du malabathrum. ,

Les Sères, peuple doux, mais sauvage, fuyaient la société des autres nations, attendaient la visite des marchands étrangers, et échangeaient, sans leur adresser une parole, les produits de leur sol contre les métaux

de l'Europe. Un semblable commerce suppose nécessairément un long |

séjour et des courses multipliées. C’est en voulant évaluer ces courses, que Marin et Ptolémée ont porté la Sérique beaucoup trop à l’est. Mais le seul fait positif de cet itinéraire, la marche au sud-est depuis Cashgar jusqu’à Sera-Métropuis, se joint à l’ensemble des preuves que nous avons apportées pour ne plus laisser de doute sur l'identité du Thibet et de la Sérique. C’est parmi ces Alpes de l’Asie et aux bords du grand désert de Shamo qu’expirent les dernières clartés de la géographie ancienne.

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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE, 491 nous venons d'atteindre les extrêmes linites, va maintenant s’écrouler et disparaître à jamais. Les peuples barbares sont levés; leurs hordes innombrables brûlent de détruire ces villes superbes dont nous avons cherché l'emplacement. Suivons par la pensée ces révolutions rapides

qui, à chaque moment, font varier le tableau toujours confus de la géographie du moyen dge.

Tableau des migrations des peuples depuis l’an 500 jusqu’à l’an 900.

L'empire romain, partagé entre les fils de Théodose, marche vers sa dissolution : l'Occident devient toutentier la proie des barbares. L’Angleterre est abandonnée aux Saxons; la Gaule est occupée par les Francs, l'Espagne par les Visigoths, l'Afrique par les Vandales; Rome et l'Italie elle-même passent du joug des Hérules sous la domination des Ostrogoths. En vain Bélisaire et Narsès délivrent-ils l’Italie et l'Afrique ; Constantinople ne jouit pas longlemps de ces conquêtes. L'Italie 1bandonnée tombe dansles mains des Lombards; quelques provinces méridio

nales restent-seules entre celles des Grecs. Rome se jette enfin dans les bras de Charlemagne, et pose sur sa tête lanouvelle couronne impériale

d'Occident. Ainsi cessèrent, en l’an 800, les bouleversements géographiques de l'Europe occidentale. Mais l’Orient restait à cette époque dans un état indécis. Les nations gothiques et hunniques avaient dévasté ses provinces d'Europe; les Bulgares, les Serviens, les Hongrois, les Valaques s’y fixèrent. La Perse envahissait les frontières orientales. L’empire, qui déjà se défendait faiblement contre cette double attaque, fut comme pris en flanc par un troisième ennemi. Les Arabes s’emparèrent de presque toutes les provinces d'Asie et d'Afrique; mais leur inexpérience dans la guerre maritime et la position très-forte de Constantinople arrêterent leurs progrès.

Ce débordement des peuples avait sans doute pour cause générale un accroissement de population dans le Nord, peu proportionné aux moyens de subsistance que fournissait alors une terre mal cultivée. Mais, pour déterminer le mouvement presque simultané de tant de nations, il fallut une première impulsion. Elle fut donnée de deux points très-éloignés l’un de l’autre : du centre de l’Asie, la rage du désespoir

} précipita l'immense foule des Huns de ruines en ruines; du centie de la Scandinavie, un esprit audacieux et entréprenant conduisit un petit

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La ration des Huns est connue des Chinois sous le nom de Hiong-nu. Elle habitait, deux siècles avant J.-C., au nord-ouest de la Chine, dans le pays actuel des Mongols et des Kalmouks. Les Huns étaient certainement de la même race que ces deux peuples; leur portrait, tracé par Ammien Marcellin! le prouve. L'Europe vit avec autant d’indignation que d’effroi ces conquérants d’un extérieur ignoble, petits, trapus, ayant des cheveux rudes comme des crins, des nez difformes et les os de la joue très-saillants. Des révolutions civiles et des guerres malheureuses déterminèrent une portion des Huns à émigrer vers l'Occident. Ils s’étendaient, en l’an 300, jusque dans le pays actuel des Baschkirs, qu’on appela grande Hunnie ou Hungarie. Attaqués dans ce pays par d’autres tribus asiatiques, ils envahirent, vers l’an 400, les contrées autour de la Palus-Méotide, où ils subjuguèrent les Alains; ils s’incorporerent cette nombreuse nation, soumirent le royaume gothique en Pologne, pénétrèrent, selon quelques auteurs, jusqu’en Scandinavie. Attila tourne ses armes vers le midi et l'Occident; la Germanie, {a Dacie, la Gaule sont envahies; les forces réunies des Francs, des Visigoths et des Ro= mains arrêtent enfin, dans les plaines de Châlons, ce torrent dévastateur. Cependant, l’annéc suivante, Attila détruit Aquilée ; ilaurait peut-être achevé la conquête de l’Europe, si une mort subite n’eût mis un terme à ses vastes projets. Son immense empire se dissout; les Gépides et d’autres nations domptées secouent le joug; les hordes hunniques, désunies, se réfugient vers les marais le la Méotide, comme les Uturguri, dans les antres du Caucase, comme les Sabiri, ou se fondent dans la masse des nations paisibles. Peut-être les Russes doivent-ils leur origine à un mélange des Huns avec des Slavons.

Nous avons vu que les anciens connaissaient des Unn: sur les bords de la mer Caspienne et des Chuni vers le milieu du cours du Borysthène. C'étaient sans doute deux tribus de la grande nation hunnique. On ne saurait pas en affirmer autant à l'égard des Huñs ou Hunes, établis dans l Frise et la Westphalie avant le v° ou vr° siècle.

Les Goths figurent moins dans l’histoire de la grande migration “mme un peuple que comme une armée d’aventuriers. Je ne discute

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rai point si, avec beaucoup d’autres peuples européens, les Goths sont venus de l'Asie. {1 se peut que, sortis des environs du Tanüïs, à une époque reculée dans la nuit des siècles, ils aient tenu à peu près la même route que les Sarmates pour aller se fixer en Scandinavie, où des nations gothiques ont dù être établies plus de cinq siècles avant J.-C., puisque Pythéas, un siècle plus tard, les trouva dans un état qui n'est pas celui des peuples sauvages primitifs. Il est donc d’une absurdité manifeste de rejcter les traditions historiques des Islandais, fondées sur des généalogies qui remontent au moins à l'an 250 avant J.-C. Les Islandais connaissaient des Goths continentaux sur les rivages de ha Baltique, dans un pays nominé Reid-Gothiand, probablement entre les embouchures de ia Vistule et de l’Oder, et des Goths insulaires dans l’Ey-Gothland, probablement la péninsule de Scandinavie. Jornandès, auteur ignare, mais seul copiste des écrivains gothiques du v: siècle, s'accorde avec les Islandais sur le point principal; il fait sortir les Goths continentaux de la Scandinavie, et ilnomme dans cette péninsule les cantons et peuples d'Ostrogothie, de Vagoth, c’est-à-dire West-Gothie, de Suethans ou Suédois, de Finnaith, le district de Finved en Smolande, de Raumarike et de Ragnarike, dans la Norwége méridionale, et encore d’autres dont il serait fastidieux de discuter la barbare orthographe. Ces noms, parvenus jusqu'aux oreilles de Jornandès, dans le vie siècle, ont nécessairement dû être en usage longtemps auparavant. Plusieurs de ces dénominations gothiques restentencore aux cantons qui les portaient il y a quinze siècles; preuve victorieuse de la véracité des auteurs copiés par Jornandès. Dans leur marche vers le midi, les Goths semblent avoir suivi le cours de la Vistule et ensuite la chaîne des monts Carpathes. Ptolémée, qui connaissait en Scandinavie les Gutæ, nommés expressément Goths par un auteur du ve siècle, place une nation gothique près de l'embouchure de la Vistule sous le nom de Gythones ; Pline et Tacite paraissent étendre leur pays jusqu'aux bords de l’Oder; Pline compte les Goths comme une tribu secondaire parmi les Vandalii ou Vandales ; apparemment que ceux-ci formaient alors le peuple dominant. Ces Goths de la Prusse étaiont donc ou de faibles restes de l’ancienne migration deleur race, ou des colonics nouvellement établies. Les émigrations succes- … sives des Gotls de la Scandinavie, divisés en Ostrogoths et Westrogoths ou Visigoths, dounèrent aux Goths de la Sarmatie de nouvelles forces et

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HISTOIRE DE LA GÉOGRAPHIE. 193 des chefs audacieux. Ils envahirent toutes les contrés sur la Vistule; ils soumirent les Vandales et divers autres peuples qui furent dès lors considérés comme Goths. Une tribu gothique, les Fictofales, combattit avec les Quades et les Marcomans contre Marc-Aurèle. Sous Caracalla, en 215, ils se trouvaient déjà avancés au delà des Carpathes, puisqu'ils firent la guerre aux Romains sur le Danube. Ils envahirent, probablement entre l’an 280 et 300, le pays des Bastarnes, situé sur le Dniester etle Pruth. Les Goths suivirent naturellement le cours de la Vistule et ensuite celui du Dnieper; aussi voit-on les Hérules, nation probablement gothique, descendre le Borysthène avec une flotte de 500 voiles pour piller Byzance. Il n’est pas étonnant que les Romains, se voyant attaqués par les Goths du côté du bas Danube, aient confondu ces peuples, tantôt avec les Gètes, tantôt avec les Scythes.

Le grand Hermanaric monte sur le trône des Goths ; il réunit sous ses lois toutes ces bandes gucrrières qui étendaient leurs courses depuis la Baltique jusqu’au Danube, et depuis la Vistule jusqu’au delà du Borysthène. Hermanaric tourne ses armes du côté de nord-est ; il soumet les Æstiens, pêcheurs de l’ambre jaune, les Coldas, probablement en Courlande autour de la ville de Koldiga ( Goldingen ), les Mérens, sur les bords du Merecz en Lithuanie, les Mordensimnis, et d’autres peuples dont les noms paraissent sarmatiques et finnois. Mais les Huns attaquent l’empire d’Hermanaric. Les Goths, qui formaient plutôt une armée qu’un peuple, ne peuvent résister aux hordes innombrabls:s que vomissaient le Wuiga et le Tanaïs. Ils suscombent (An 376) et l'Europe avec eux.

Dans ce grand naufrage, une partie des Goths se sauva dans une contrée nommée Caucaland, probablement le district de Cacoenses chez Ptolémée, et le Cacawa des cartes modernes, au sud d’Hermanstadt en Transylvanie. Une autre troupe de Goihs semble s’être réfugiée dans les montagnes an zuidi de Cracovie, où la plupart des noms de famille sont gothiques et non slavons. Un reste des Goths s’est maintenu longtemps en Prusse, sous le nom de Gudiwari où Withi-wari, c’est-à-dire restes des Withi ou Goths. C’est pour cela que les Lithuaniens donnent encore aujourd’hui aux Prussiens le nom de Gudai. Le plus grand nomdre des Goths se réfugia sur les terres des Romains. Les Ostrogoths obtinrent une nouvelle patrie en Pannonie. L’habile et belliqueux Théodoric, en

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489, les conduisit à la conquête de l'Italie; il y joignit encore la Rhélie, la Norique, une partie de l’Illyrique et, en Gaule, la Provence. Ravenne devint la capitale de ce vaste État que les successeurs de Théodoric ne surent pas maintenir. Les Grecs du Bas-Empire se rendirent maitres de l'Italie vers l’an 553

Que ne m’est-il permis de m’arrêter quelques instants pour esquisser un tableau de la domination d’un peuple, vainqueur des vainqueurs de la terre! On a vu, dit-on, les Ostrogoths rétablir en Italie l’ordre civil et administratif, faire de nouveau respecter le sénat romain, élever ou restaurer plus de monuments qu’ils n’en avaient détruit, réprimer les dissensions des sectes chrétiennes, dessécher les marais, protéger le commerce, et, en un mot, se conduire de manière que le grand roi Théodoric osa dire à ses sujets romains : « Imitez mes Goths; ils joignent à votre civilisation la vertu de leurs ancêtres; ils savent combattre leurs ennemis et vivre en paix entre eux. » Mais le plan de cet ouvrage ne

nous permet pas d'entrer dans les détails des exagérations et des er-

reurs historiques.

Une partie des Goths établis sur le Borysthène chercha dans la Chersonèse taurique un asile contre la fureur des Huns; les écrivains byzantins les connurent sous le nom de Gothi Tetraxitæ. Des écrivains des xive et xvesiècles parlent d’une contrée des Goths en Crimée, et un voyageur du xvre siècle connut à Constantinople des habitants de cette péninsule qui parlaient un idiome gothique. Une branche des Ostrogoths, les Gruthungi, étaient dispersés jusque dans l'intérieur de l’Asie Mineure. Leur nom vient probablement de Grud, alliance, et ils formèrent peut-être la souche de la milice gothique nommée dans le Bas-Empire les Federati,

La Thrace était devenue l'asile des Visigoths pendant l'invasion hunnique. Alarice, chef d’une partie de la nation, marche en Italie vers l’an 400. Les Visigoths, sous Ataulfe ( Adolphe }), passent en Gaule et en Espagne. La Septimanie échangea son nom contre celui de Gothie. Toulouse fut longtemps la capitale des Visigoths ; le roi Eurich ou Eric, législateur de son peuple, étendit sa domination jusqu'aux bords de la

Loire ; mais sous son fils la bataille de Vouillé donna la Gaule aux

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par les Arabes en 714. L'Espagne renaît ensuite sous son ancien nom; la Catalogne où Gothalanie seule, dans son nom comme dans le génie et l'audace de ses habitants, conserve le souvenir des Goths et de leurs alliés et précurseurs les 4lains.

Ce dernier peuple, parti des environs du Caucase ou selon d’autres, des bords de l’Iaïk, termina ses courses et son existence en Lusitanie. Ils étaient probablement de la race primitive des Goths, restée en Asie à une époque inconnue. Les anciens en connaissaient déjà des colonies sur le Borysthène. L'histoire du 1« siècle de l'ère vulgaire les montre, d’un côté, voisins du Danube; de l’autre, maîtres des défilés du Caucase et ennemis des Parthes. Dans le 1v° siècle, ils paraissent constamment voisins et alliés des Goths. Cependant tous les historiens byzantins donnent aux Albanais du Caucase le nom d’Alanes, et les voyageurs jusque dans le xvie siècle emploient le même nom, sans qu’il soit possible de décider si ces Alancs du Caucase sont un reste des autres, ou si une dénomination semblable a été commune à deux nations différentes. Les Alanes connus dans la grande migration, eurent pour compagnons d'aventures les Suèves et les Vandales, Ces deux noms désignent moins une nation qu’une ligue de plusieurs peuples; telles que furent depuis les confédérations des Francs et des Saxons. Le nom même de Suèves indique un peuple errant ; ceux qui en partie suivirent les Alains, occupèrent la haute Souabe, tandis que les Alamanni demeuraient sur les bords du Necker. Les Vandales habitaient, d’après l'opinion la plus vraisemblable, en Moravie ou peut-être vers les sources de l’Elbe. C'était du moins le siége des Silingi, tribu vandalique nommée par Ptolémée. C'est sur le Danube, en Autriche et en Bavière, qu'on voit les Vandales se montrer tour à tour ennemis ou voisins tranquilles des Romains. La table de Peutinger les place en Bavière.

Les Astingi, tribu vandale, demeurérent comme vassaux sujets des Romains, d’abord dans la Dacie, ensuite en Pannonie. Les Alains, en suivant le cours du Danube, réunirent sous leurs drapeaux les tribus vandaliques et les Suèves ; ces hordes ravagèrent la Gaule et l'Espagne vers l’an 407—410. Les Suèves se fixèrent dans la Galice, où leur royaume, toujours resserré de plus en plus par les Visigoths, cessa d'exister en 585. Les Vandales occupèrent la Bétique, qui prit alors le nom de Vandalicie, d’où l’on a fait Andalousie : conduits par le génie auda-

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cieux de Genséric, ils passèrent en Afrique et soumirent les côtes septentrionales de cette partie du monde; la mer Méditerranée même prit alors le nom de Wendelsea, mer des Vandales; la Sicile et la Sardaigne firent pendant quelque temps partie de leur royaume, qui s’écroula en 530, sous les coups de Bélisaire. Les Vandales, semblables aux Goths par leur haute stature, la blancheur éclatante de leur peau et la couleur blonde de leurs cheveux, se livrèrent en Afrique aux mêmes voluptés qui avaient affaibli la puissance romaine ; mais le tableau des cruautés ciercées par ce peuple doit ses plus sombres couleurs à la haine religicuse qui armait les chrétiens orthodoxes contre les sectateurs d’Arius, au nombre desquels étaient les Vandales.

On ne saurait décider de quel point de la Germanie partirent les Burgundi ou Bourguignons, qui attaquèrent l'empire romain vers l’an 275. D’après l'opinion la plus généralement reçue, ils formaient une tribu gothique ou vandalique, qui des bords de la basse Vistule fit des courses, d’un côté vers la Transylvanie, de l’autre vers le centre de l’Allemagne. En 407, les Burgundi partirent des bords du Mein pour passer le Rhin et s’établirent dans la Gaule vers l’an 436.

Le premier royaume de Bourgogne renfermait dans ses limitesla Bourgogne moderne, la Franche-Comté, la Suisse, le Valais, le Lyonnais; il s’étendit même pour quelque temps jusqu’en Provence. Il ne dura que de 414 à 536, époque à la quelle les Francs s’en rendirent les maîtres. Tout ce qui nous reste de la langue des Bourguignons est gothique. Même l’habit rouge sans manches, nommé armilausa et qui a fait don« ner à une tribu bourguignonne le nom d’Armilausini, concourt à prouver que ces peuples parlaient un idiome gothique.

Combien de tribus, connues et même célèbres dans l’histoire, mais dont le géographe cherche en vain les traces fugitives sur cette terre qu’ils ont remplie du bruit de leurs exploïis ! Le premier conquérant barbare qui osa s’asseoir au Capitole en souverain, le fameux Odoacre, fut chef des Turcilinges, des Scyres et des Hérules; mais d’où venaient ces peuplades qui renversèrent le trône de l’Occident? Quand on voit le nom de Turcæ paraître chez Pline et Méla ; quand on réfléchit sur la position de ces peuples vers les sources de la Cama ou du Rha oriental; quand enfin on se rappelle les Turcs qui, selon l'Edda, accompagnèrent Odin lors de son arrivée en Scandinavie, on serait tenté

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d'admettre une très-ancienne émigration de quelques familles turques ou tatares, vers le nord de l’Europe. Le nom de Turcilinges, expliqué d’après l’analogie des langues gothiques, signifie descendant des Turcs. Les Scyri sont placés par Pline à côté des Hirri, au nord des Venedi, dans la Courlande et la Livonie actuelle; ils paraissent à la fin du ivesiècle, vers le bas Danube. Leurs nombreuses hordes, après avoir eu des démêlés avec les Goths en Pannonie, osérent demander aux Romains le tiers de toutes les terres d'Italie; unies aux Hérules, elles détrônèrent le dernier empereur d'Occident : mais leur puissance éphémère fit place à celle des Ostrogoths.

Selon les témoignages peu nombreux que les historiens nous four nissent, les Hérules, chassés de la Scandinavie par les Danois, paraissent avoir demeuré quelque temps dans le Meklembourg actuel. Les premiéres incursions (An 291) de ces hardis aventuriers embrassèrent tout l'empire romain; ici, on les voit attaquer la Gaule conjointement avec les Chaïbones ou Caviones, passer par le détroit de Gibraltar, et ravager les côtes d'Italie; là, leurs flottes nombreuses sortent du Dniester, prennent Byzance, et portent le fer et la flamme sur les rivages de la Grèce. Quelque temps avant et après leur invasion en Italie, ils possédaient de vastes Etats dans la haute Hongrie et la Moravie ; ils paraissent avoir touché d’un côté aux Thuringiens, et de l’autre aux Lombards qui anéantirent leur puissance. 11 faut convenir que la tribu des Hérules différait de toutes les autres par plusieurs caractères essenticls, Quelle rapidité dans leurs courses multipliées ! D’autres ont franchi les monts et les mers avec la prestesse de l'aigle ; les mouvements des Hérules ressemblent à ceux de la foudre. Ils combattaient presque nus, comme les Berserkes des historiens islandais : leur bravoure ressemblait à la rage; très-peu nombreux,lils étaient pour la plupart du sang royal. Mais quelle férocité, quelle licence effrénée souille partout leurs victoires ! Le Goth respect les temples, les prêtres, le sénat ; l'Hérule massacre tout; point de pitié pour la vieillesse ; point d’asile pour la pudeur. Entre eux, même férocité ; les malades et les vieillards se font donner la mort au milieu d’une fête solennelle ; la veuve termine ses jours en se suspendant à l'arbre qui ombrage le tombeau de son époux. Tous ces indices, en frappant un esprit familier avec les histoires scandinaves, pourraient bien faire entrevoir dans les Hérules

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moins une nation qu’une réunion de princes et de scigneurs obligés par un serment à vivre et mourir ensemble, les armes à la main. Leur nom, écrit tantôt Heruls ou Eruli, tantôt Asruli, avait selon un auteur ancien, la signification de seigneurs.

Les Rugiens, tribu germanique, habitaient des deux côtés de l’embouchure de l’Oder. Une île de ka Baltique a conservé leur nom. Chassés par les Goths, ils formèrent, de 450 à 487, sur les bords septentrionaux du Danube vis-à-vis de la Norique, un État nommé Rugiland qui probablement embrassait la Moravie et une partie de l’Autriche. Vaincus par les Hérules, ils trouvèrent en partie un asile chez les Ostrogoths.

La série des nations venues de la Scandinavie ou des rivages de h Baltique, se termine avec les Gépides, Leurs premieres aventures, la situation de leur île, entourée par la Vistule et nommée Gepid-Oios, leur demeure lors de l'invasion des Huns, tout est enveloppé d’épaisses ténèbres. Distingués par leur valeur parmi les peuples qu’Attila conduisuit aux champs catalauniens, ils profitent de la faiblesse de ses enfants pour secouer le joug des Huns et pour repousser ces barbares vers les bords du Tanaïs. Maîtres des pays situés entre le Danube, la Theisse ou Tisianus et la Tausis, fleuve inconnu, ils donnent à ces contrées, la Dacie des Romains, le nom de Gepidia; ils se répandent même en Pannonie, au delà de la Theisse et du Danube, et reçoivent des Romains effrayés un tribu annuel. Au bout d’un siècle, les Longobards renversent la puissance des Gépides, et, après avoir d’abord partagé leur pays avec les Awares, en laissent bientôt la possession à cette nation asiatique.

Lespeuplesquibouleversent lemonde politique, laissentordinairement plus de souvenirs bruyants que de monuments durables. Les royaumes fondés par les Goths ont brillé un moment, comme ces météores qui embrasent au loin la voûte des cieux. La géographie conserve les traces plus profondément marquées des Ælamannes, des Francs, des Bavaroi:, des Lombards, des Thuringiens, des Saxons et des Frisons, tous peuples germaniques.

Les Lombards, originaires de la Scandinavie selon leurs propres traditions, demeuraient au 1e siècle parmi les nations suéviques de la Germanie. Dans le ne, leur puissance, d’après Ptolémée, scm-

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blerait avoir, pendant quelques instants, atteint les bords du Rhin. Ils disparaissent de la Germanie; mais il est presqu’impossible de les suivre dans leurs courses vagabondes. Enfin, en 568, ils entrent en Italie, eten soumettent successivement la partie supérieure avec la Toscane et les régions centrales jusqu’à Bénévent : la ville de Rome, l'exarchat de Ravenne et les extrémités méridionales restèrent dans les mains des Grecs. Le royaume de Lombardie fut *anquis par Charlemagne, en 774; mais il fut longtemps considéré comu ; un État à part; aussi le nom de h Lombardie a-t-il maintenu jusqu’à nos jours son ancienne célébrité. La destruction du royaume des Lombards nous conduit à parler des Frances, de ce peuple qui a changé le nom de la riche et fertiie Gaule. Plusieurs hypothèses ont été formées sur son origine. La seule opinion aujourd’hui admise par les historiens critiques, les regarde comme une confédération des nations connues au 1“ siècle sous le nom d’Istævons. Une tribu de Cattes, les Marvingi ou Mérovingiens, demeurant sur la Saale en Franconie, et qui en tiraient l’épithète de Salii, se trouva bientôt à la tête de cette ligue dont la dénomination générale annonce le noble projet de vivre ou mourir libre. Par leur valeur, les Francs firent entrer successivement dans leur fédération tous les peuples depuis le Weser jusqu'au Rhin; voilà pourquoi l’on ne saurait fixer d’une manière positive les limites de la Francia primitive, nommée teutonique ou orientale. Unis aux Alemanni et aux futhunges, les Francs firent déjà, en l’an 260 une invasion dans la Gaule. A l’exemple des Saxons et d'accord avec ceux-ci, ils ravagèrent les côtes de l’Armorique; l’audace leur tint lieu de l’expérience des peuples navigateurs. On vit des Francs, amenés comme prisonniers sur les bords du Pont-Euxin, s'emparer de quelques bâtiments, parcourir la Méditerranée, en dévaster toutes les côtes, passer le détroit de Gibraltar, et, à travers l’Océan, retourner sur les côtes de la Batavie, dont une lisière appartenait à leur nation. Les Francs s’établirent dans la Gaule belgique vers 437; leurs possessions allaient fusqu’aux bords de la Somme. Les conquêtes des Francs-Marvinges ou Saliens s’étendaient déjà, sous Childéric, jusqu’à Orléans et Angers. La barbare politique de Clovis ou Chludwig crée la monarchie Franco-Gauloise. Par ses ordres, ie fer assassin éteint les autres dynasties qui régnaient à Cologne, à Cambrai, au Mans, sur des Etats particuliers, La Gaule, encore romaine, ou les pays entre la Seine et la Loire, depuis Le 26

Rennes et Nantes jusque vers Autun, passe sous les lois de Clovis (An 486.); les Bretons même deviennent ses vassaux. Il soumet les 41e. manni et s'efforce de dompter les Boïouriens ou Bavarois. Aidé par le fanatisme religieux de ses peuples, cet infatigable conquérant (An 507.)se rend maître des États gaulois des Visigoths, qui s'étendaicnt depuis l Loire jusqu'aux Pyrénécs ; 11 ne leur laisse qu’une partie du Languedoc ou dela Septimanie, avec la Provence. Le royaume de Bourgogne, qui, en 517, s'étendait depuis Autun jusqu'au centre de l’Helvétie, et depuis le pied des Vosges jusqu’à Avignon, devient tributaire sous Clovis : iles conquis, en 534, par ses trois fils. En 536, les Ostrogoths, pressés par Bélisaire, cédent aux Francs la partie du royanme de Bourgogne, situe entre le Rhône ct les Aipes, ainsi que la Provence. Les Vascones ou Gascons, maîtres pour quelque temps de la Novempopulanie qui prit leur nom, sont soumis en 630; etenviron un siècle plus tard, Charles-Martel enlève la Septimanie aux Sarrasins qui venaient de subjuguer les Visigoths. Du côté de la Germanie, la conquête de la Thuringe avait été le fruit d'une seule bataille gagnée en 530 ou 531; les intrépides Frisons même succombèrent vers la fin du var siècle ; la Saxe seule, tour à tour soumise ou libre, échappait encore au joug des Francs.

Les Francs unirent de bonne heure à la férocité des nations barbares la corruption la plus profonde. Du moins, c’est sous ces couleurs que l'histoire nous présente la cour des Mérovingiens. Les partages de cette dynastie et les usurpations continuelles faisaient varier d’un jour à l'autre les limites confuses des divers royaumes formés par les descendants de Clovis. Néanmoins deux grandes divisions méritent notre attention. Les pays entre la Meuse et la Loire, portèrent le nom de Neustrie, formé par corruption de celui de Westria, ou partie occidentale. Dans les divers partages, les villes de Soissons, de Paris et d'Orléans en furent ordinairement les capitales. Metz fut le plus souvent la résidence des rois de l’Austrasie ou France orientale. Le sens de ces deux dénominations, changeant selon les temps, se restreignit de plus en plus; la Neustrie finit par ne comprendre que la Normandie, et le nom d’Austrasie, appliqué quelquefois à toute la France teutonique ancienne et nouvelle, fut borné à une partie de la Lorraine. Charlemagne, devenu roi de toute la France, en étend les frontières de l’Elbe à Bénévent, et de l'Ebre aux bords du Raab en Hongrie.

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La ligue des nations comprises sous le nom de Saxons, et qui semble répondre aux anciens Ingævones, la Saxe primitive, doit être cherchée dans le Holstein ; le canton des Anglo-Saæons ou l’Angjlia, située entre Flenshourg et Slesurik, semble marquer leur plus grande extension au nord. Déjà dans le ive siècle, ils semblent avoir été maîtres des partics septentrionales des cercles modernes de Basse-Saxe et de Westphalie ; et comme les noms des anciennes tribus germaniques disparaissent à cette époque, ils est probable que dès lors les dénominations d'Ostphalie et Westphalte où Saxe orientale et occidentale devinrent usités, Nous n'en avons des témoignages positifs que du siècle de Charlemagne. L’Ostphalie s'étendait du Wéser à l’Elbe ; elle comprenait aussi les conquêtes faites sur les Thuringicens. Les pays que baignert le Wéser, l’Ems cet la Lippe, et que les possessions des Frisons empêchaient d'atteindre la mer, formaient la Westphalie, dont les parties les plus basses portaient le nom d’Engrie, Le Nord-Albingia ou le Holstcin est indiqué comme un pagus ou canton à part. Il est probable que les cantons nommés en allemand gau, formaient autant de petits États confédérés, et que la dénomination de Phalie, purement géographique, répond à celle &e contrée. Les frontières entre les Saxons et les Francs varièrent selon l2 fortune des armes. Les Saxons, maîtres pendant quelque temps de la Batavie et alliés des Frisons, devinrent, dans le mrsiècle, des pirates redoutables. Le Nord entier, fournissait déjà des renforts à ces hordes maritimes ; les liaisons subséquentes des nations scandinaves et saxonnes le démontrent assez ; lorsque les Bretons, abandonnés des légions romaines, cherchaient de nouveaux maîtres, la Saxe et la Chersonèse cimbrique leur en fournirent également. Les Jutes s’établissent les premiers dans une partie du Kent, en l’an 449. Les Saxons y fondent en 477 l'État de Sussex, ou Saxe du sud, en 495 le West-Sex, et en 527 l’Essex. On donnait à ces provinces le nom de Saxonie d'outre-mer. En 547, les Angles débarquent en Bernicie, et fondent, plus tard, le royaume de d'Ostangle. Le royaume de äfercie commence en 585. Ces États forment la fameuse Heptarchie des Anglo-Saxons : les princes élisaient ordinairement entr’eux un chef suprême qui portait le titre de monarque, tandis que les assemblées de la nation s’appelaienr Wittena-gemot. Les contrées situées à l’ouest de la Saverne eurent alors le nom de Pays des Galles. Les Welches ou Bretons anciens qui s’y réfugièrent, ainsi que

204 CHAPITRE QUATORZIÈME, dans le Cornouailles, n'étaient pas des Celtes purs, mais un mélange de Celtes, de Belges et de descendants des Romains.

Tous les peuples germaniques n’eurent pas des destins aussi tumultucux. Les Thuringiens, qui nous prraissent les Teuriochæmæ de Ptolémée, étendirent leurs possessions depuis les bords de l’Oder jusqu'au centre de la Germanie. Dans les 1v° et v' siècles, le royaume de Thuringe arrivait jusqu'aux bords du Danube dans les environs de Ratisbonne, En l'an 531, les Saxons et les Francs se partagèrent la Thuringe ; des peuplades slavonnes occupèrent les parties au delà de l'Elbe, C’est alors que le nom de Franconie fut étendu à tontes 165 contre :s sur le Mein, et que le haut Palatinat des modernes, devenu en partie une possession bavaroise, fut appelé Nord-gau. Les Bavarois où Boiovarii qui sé tendaient jusqu’à l’'Ems et aux Alpes, descendaient peut-être en partie des anciens Buii. La syllabe var, ajoutée au noin des Boii, paraît dans quelques dialectes germaniques avoir signifié reste ou dépendant. Les Boiovarii, nommés déjà Bawarii par les Francs, restèrent indépendants tant que la fortune des Goths balança celle des Francs. Les frontières de ce pays étaient la rivière de Lech à l’ouest, la ville de Botzen ou Buuzanun

au midi, et le Danube au nord. La limite orientale variait avec la for. tune des armes; Charlemagne, après avoir réuni la Bavière à son empire, étendit momentanément cette limite jusqu’à la rivière de Raab.

La ligue des Ællemanni, c’est-à-dire, des hommes de toutes les tribus, se montra vers l’an 247; ils habitaient sur le Rhin, le Necker et le haut Danube; dans le 1v° siècle, l’Allemannia s’étendit depuis la Thuringe jusqu’à Langres en Champagne. La bataille de Tolbiac rendit tous ccs peuples vassaux des Francs. De leur nom, la Germanie entière a reçu le nom d’Allemagne, en français et en italien. L'histoire des Allemanni, traitée par des savants du premier ordre, offre encore des @bscurités. On ignore si les swui lormaient seu! ent une des tribus principales de la ligue, ou :1 tous ces peuples, appelés Allemanni par les étrangers, se nommaient eux-mêmes Suevi, ce dernier nom s’étant seul conservé dans le pays. On n’a pas encore expliqué l’origine des Juthmngi que trois témoignages positifs représentent comme une grande nation, voisine des Quadi et des Sarmates, pouvant mettre sur pied trois cent mille cavaliers, tandis que beaucoup d’autres passages nom moins anthenti

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Les Frisons, dont le nom indique un peuple qui creuse des canaux, habitaient, du temps d’Auguste, dans la Hollande propre; ils se répandirent, dans les n° et nie siècles, depuis l'Escaut jusqu'au Weser, Ils prirent part à l'invasion de la Grande-Bretagne par les Saxons. Les francs, sous Pepin et Charles-Martel, vainquirent et subjaguéërent cette mtion opiniâtrément attachée à sa liberté et au culte de ses ancêtres. A l'occasion des guerres de Charlemagne avec les Danois, plusieurs Frisons trouvèrent un asile dans les îles des côtes occidentales du Jutland.

Dans toutes ces contrées, on retrouve encore les traces de leur idiome

et de leurs mœurs. Dix-huit siècles ont vu le Rhin changer son cours, et l'Océan engloutir ses rivages; la nation frisonne est restée debout comme un monument historique, digne d’intéresser également les descendants des Francs, des Anglo-Saxons et des Scandinaves.

A l’est des peuples germaniques et gothiques, et quelquefois au milieu de ces derniers, nous trouvons dans le vie siècle les vastes établissements des Slavons, qu’on a voulu, sans aucun argument plausible, considérer comme une nation venue d’Asie pendant la grande migra= tion. I est aujourd'hui prouvé que les Venedæ, vers les rivages de la Baltique, les Lygit sur la Vistule, et les Daces ou Gètes au pied des monts Carpathes, forment la souche des Slavons. Si l’on peut varier sur lenombre d’auciens peuples qu'il font compter dans cette famille, du moins il n’est plus permis de douter que les Slavons, aussi bien que les Grecs, les Celtes, les Germains, n’aient habité l’Europe depuis un temps immémorial. Procope, le premier qui les ait nommés, étend leurs de meures depuis le Danube jusqu'aux terres des Varnes, peuple du Mecklembourg. Jornandès, contemporain de Procope, comprend toutes ces nations sous le nom de Winidi où Veneti, il les distingue en trois grandes branches, les Winidæ, proprement dits, les Anteset les Slavini. Mais ces auteurs se sont probablement trompés, puisqu’encore aujourd’hui toutes les nations slavonnes, depuis la mer Adriatique jusqu’à la Baltique, et des bords de l’Elbe à ceux du Wolga se donnent d'un accord unanime, le nom diversement modifié de Slavons.

Il paraît que dans le vie siècle les Wendes demeuraient principale ment au sud de la Baltique, les Slaves vers les sources de la Vistule et

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de l’Oder; enfin les Antes, troisième branche de cette race, sur les bords

du Dniecper et du Dniester. Ces Antes, qui, conjointement avec des Sla. | ves établis en Moldavie, faisaient la guerre à l'empire grec, disparais. !

sent de la scène de l’histoire; ils furent, sans doute, en partie anéantis par les hordes asiatiques, et en partie repoussés au sud du Danube, dans la Pannonie et l’Illyricum. C’est ici q'ie nous voyons pour la première fois paraître les sept tribus de Slavons, dont la langue encore au-

jourd’hui plus rapprochée du russe que du polonais ou du bohémien, |

prouve leur parenté avec les Slavons orientaux eu de Russie. Il est vrai

qu’un empereur byzantin fait arriver les Slavons d’Illyrie, des bords de !

la Vistule et de l’Oder, où il place le pays de Grande-Chrobatie et Grande.

Serblie, patrie, selon lui, des Croates et des Serviens d’Illyrie. Cette opi- |

nion prouve seulement que les Byzantins connaissaient ces peuples pour être Européens d’origine; mais quant aux Serbli, Sorabes ou Serviens de la Lusace et de la Saxe, il est prouvé que leur idiome ressemble assez peu au servien, parlé sur les bords du Panube ; et à l'égard du nom de Chrobates, Horovates ou Croates, il signifie montagnards, et peut par conséquent avoir été appliqué à des tribus absolument diférentes entr’elles. Quoi qu'il en soit, les Chrobates arrachèrent aux Ava-

res, vers l’an 620, la Dalmatie, la Croatie et la Bosnie actuelle; d’autres |

tribus slavonnes donnèrent de l'existence et des noms aux petits États de Carinthie ou Carantanum, de Carniole, de Servie, de Zellia ou le comté de Cilley, nommé aussi Marche venède, l’Esclavonie proprement dite. Mêlés aux anciens Illyriens, ils se répandirent même en Albanie et en Grèce. Nous ne cacherons point qu’il y a des raisons pour croire que plusieurs peuples Slavons étaient établis dans ces régions longtemps avant la migretion des peuples. Le nom slavon des Carni, peuple connu avant la naissance deJ.-C., et qui occupait la Carniole, semble prouver que

cette contrée n’a point changé d'habitants. Sans rien décider à ct

égard, remarquons seulement que l'opinion de ceux qui considèrent les anciens Illyriens comme Slavons, se concilie facilement avec les arguments positifs qui nous font regarder la race slavonne comme également indigène des régions qu’arrose la Vistule.

Mais les grands établissements des Slaves eurent lieu en Bohême, Pologne et Russie. Les Tchèches, qui peuplèrent la Bohème, doivent à leur position géographique leur nom qui signifie littéralement, ceux

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