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AFRIQUE : NUBIE. 69 mait sa population à 7,000 âmes. « Nulle part, en Nubie, dit ce voyageur, ies mœurs ne sont aussi corrompue: qu'à Schendy. Les femmes y sont l'objet d'un trafic public dont on sipule hautement les conditions dans les rues et les marchés. Les absences fréquentes que les hommes sont obligés de faire pour leur cominerce , la chaleur du climat, la nudité des deux sexes , l'excès des boissons fermentées, tout tend à y entretenir le déréglement et l’exaltation des sens, Je pourrais, sans crainte d’être taxé d’exagération, évaiuer au-dessous du quart les femmes qui conservent quelque sentiment de pudeur »
A quelque distance de cette ville, Cailliaud a visité et examiné une rangée d'anciens monuments dont l'existence avait été signalée par Bruce. Ces monuments se composent de quarante pyramides et d’un temple; il reste peu de traces de ce dernier, qui paraît avoir eu 280 pieds de longueur. La plus haute des pyramides a 87 pieds d’élévation. Ce voyageur, ainsi que le savant Jomard, supposent que ces constructions indiquent l'emplacement de l’ancienne Meroë ; mais les ruines bien plus considérables que présente le village de Meraoui et l’identité du nom nous font pencher pour ce dernier.
Bientôt après qu’on est sorti du territoire de Schendy, on entre sur celui de Sennaar ; maïs ici les bords du Nil sont toujours sablonneux et stériles. Seulement, on y rencontre quelquefois quelques bosquets d'arbres et quelques coins de terre cultivée. A environ 20 lieues au sud de Schendy, on trouve Djérri, grand village où les caravanes passent le fleuve. Le confluent du Bahr-el-Azrek où Nil bleu, qui vient de l’Abyssinie, avec le Bahr-el-Abiad ou Nil blanc, qui vient de l’ouest et de l’Afrique centrale, se trouve à 25 lieues à peu près au-dessus de ce village. Les savants sont aujourd’hui d'accord pour regarder le second comme le véritable Nil; en effet, au témoignage de Bruce lui-même, le Nil blanc est plus considérable que le Nilbleu. Halfayäh, assez rrande ville, car le voyageur Cuilliaud lui accorde 3 à 4,000 habitants, est située sur la rive gauche du Nil, un peu au-dessous des deux branches qui forment le fleuve. Ici, on commence à sentir les pluies tropicales, et la fertilité des terres ne dépend pas uniquement de inondation périodique du fleuve, comme dans le reste de la Nubie et dans l'Egypte.
En remontant le Nil bleu, on passe devant Herbadgi et Djidié, deux villages assez considérables. Enfin, on arrive à Sennaar, située à une
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70 CHAPITRE QUATRIÈME, soixantaine de lieues au sud du confluent. La contre &» Sennaar a longtemps formé le royaume le plus populeux et le pl: :mportant de toutes les principautés entre lesquelles se partage la Nue, Sa fertilité est due bien plus aux pluies tropicales qu'aux débordements du Nil bleu; cependant ces pluies sont irrégulières et bien moins abondantes que dans les contrées plus voisines de l'Equateur. Sous leur influence, le pays, aux mois d’août et de septembre, prend un aspect délicieux : la verdure éclate de toutes parts, et il se firme un assez grand nombre 'e lacs. Lorsque les pluies ont cessé, le dourrah mûrit, et ses moissong dorées couvrent les terres cultivées. Bientôt après, les lacs se dessèchent, et le sol redevient brûlant et désolé comme les parties les plus stériles du désert. Les chevaux du Sennaar sont beaux, et, suivant Bruce, nulle part au monde les besiiaux à cornes ne sont aussi magnifiques. La fon. dation du royaume de Sennaar remonte à 1504, époque à laquelle ce pays fut envahi par les Schillouks, peuplade nègre qui habite les bords du Babr-el-Abiad. Le gouvernement était purement despotique, et les habitants se qualifiaient eux-mêmes d'esclaves; mais, lors du voyage de Bruce, les principaux chefs s'étaient emparés du pouvoir et ne laissaient guêre au roi qu'un vain titre. L’armée montait à 14,000 hommes et se composait principalement d’une race de nègres appelés Noubas, qui habitent la contrée entre le Sennaar et l’Abyssinie. L’infanterie était mauvaise ; mais la cavalerie, forte de 1,400 hommes, était excellente. En 1821, la monarchie sennaarienne a été renversée par le pacha d'Egypte, Méhémet-Ali. L'armée égyptienne a occupé le pays sans rencontrer une vive résistance; mais évidemment ce n’est là qu’une conquête éphémère.
D’anciens voyageurs ont porté la population de la ville de Sennaar à 100,000 âmes; mais, suivant Cailliaud, elle ne dépasse pas 9,000. Les maisons sont construites en argile, avec des toits plats; à l'exception de celles des grands officiers, elles sont petites et n’ont qu'un seul étage. Le palais du roi est bâtien briques cuites, et haut de quatre étages ; mais il tombe en ruine. Les habitants sont extrêmement livrés à la débauche; aussi les affecuons vénériennes v font-elles de grands ravages. Quoique le Sennaar produise en abondance du dourrah, du millet, du riz et même du blé, il fournit peu de denrées propres à l’exportation. Son commerce est presque tout de transit, car il est traverse
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AFRIQUE : NUBIE. 71 par une partie des caravanes qui, de l'intérieur de l'Afrique, se dirigent sur l'Egypte et l'Arabie. La poudre d’or qu'on apporte du Fazoql et du Kordofan, passe pour la plus pure et la meilleure de toute l'Afrique. Les importations consistent en cotonnades bleues de Surate, en épices eten objets de quincaillerie.
Au sud du Sennaar est le Fazoyr ou Fazouklo, territoire montagneux qui était naguère gouverné par un Mek tributaire et vassal du Sennaar. Plus au sud s’étend le district de Kamamil, célèbre por ses mines d’or. Cependant, lorsque les troupes égyptiennes y pénétrèrent, elles trouvirent ces mines bien au-dessous de leur renommée ; le métal était en faible quantité et ne pouvait s’extraire qu’au moyen d’un travail considérable. Le Darfok, pays plus méridional encore, sert d’entrepôt au commerce entre la Nubie et l’Abyssinie.
SECT. 3°, — Territoires d l'ouest et à l’est de la Nubie,
Il nous reste à jeter un coup d'œil sur les contrées qui s'étendent à l’est et à l’ouest de la vallée du fleuve que nous avons remonté jusqu aux confins de l’Abyssinie.
A l’est, c’est-à-dire entre le fleuve et la mer Rouge, on trouve un immense désert que parcourent des tribus nomades appartenant à la race arabe et à la fameuse race des Troglodytes. La plus importante de ces nations troglodytiques est celle des Bischarys ou Byschariens, dont les Hadendoas et les Hammadah, qui habitent à l’orient du Tacazzé ou Atbara, sont deux branches. Les Bischarys occupent ainsi tout le pays montagneux oriental entre la mer Rouge et les terres cultivées du Sennaar et du Berber sur le Nil ; ils couvrent le pays de l’ancienne race des Blemmyes, probablement leurs ancêtres. Ils s’étendent encore plus au nord jusqu’à l’endroit où le Nil, après avoir décrit une grande courbe à l’ouest, dans la basse Nubie, se rapproche le plus près de la mer Rouge. Du reste, la possession de ce désert montagneux leur est disputée par la tribu des Ababdehs, leurs voisins du nord, qui font le métier de conducteurs de caravanes à travers le désert de la Nubie jusqu’à Sennaar, et sont en gucrre continuelle avec eux. Les Bischarys appartiennent au vieux sang des Africains aborigènes : les Ababdehs, au contraire, se font gloire, et avec raison, de tirer leur origine des Arabes.
Les Bischarys passent l’hiver dans les montagnes qui avoisinent la mer Rouge, parce qu'ils y trouvent toujours des herbes pour leurs troupeaux ; mais l’été, quand ils commencent à manquer d’eau, ils se rapprochent du Nil, où se rencontrent des sources plus abondantes. Les brebis et les chameaux sont leur seule richesse; ils boivent, dit-on, le sang de leurs brebis, et passent pour un peuple sauvage et méchant qui vit de vol et de brigandages. Souvent, montés sur de rapides chameaux, ils portent leurs ravages jusqu'à Sunnaar et Dongola, en répandant partout où ils passent la destruction et la terreur. Ils n'épargnent pas même les tribus de leur propre race, et les Hadendoas, par exemple furent forcés de se retirer dans les montagnes d’Orba-Langay, pour échapper à leurs ravages. Ils ne redoutent que les Ababdehs, leurs voisins. Ils n’ont pas encore d'armes à feu. On di que dans leurs montagnes ils exercent l'hospitalité entre eux et vivent dans la sécurité ct la confiance. Leurs femmes sont très-belles, et ils les livrent à la discrétion de l’étrauger. Ils recucillent sur leurs montagnes des feuilles de séné et font la chasse aux autruches.
Nous avons encore à mentionner deux lieux importants dans cette région : ce sont le territoire de Tuka et le port de Souukim, Le territoire de Taka, situé à l’est de l’Atbarah, est traversé par les caravanes qui vont à la mer Rouge ; il est remarquable par sa fertilité extraordinaire. Quoique la culture y soit peu avancée, le dourrah qu’il produit se vend sur le marché de Djedda 20 0,0 plus cher que celui de l'Egypte. Le district de Taka est habité par une tribu arabe belliqueuse et sans cesse en guerre avec les Bischarys qui l'entourent. Souakim, but de la plupart des caravanes qui traversent le désert oriental de la Nubie, est le seul port de mer de cette région. L’île sur laquelle est située Souakim tomba entre les mains des Turcs dans le xvie siècle, ceux-ci en firent leur principal port sur la mer Rouge. A cette époque, de Castro trouva qu'elle était une des villes les plus riches et les plus florissantes de l'Orient, suivant lui, il n'avait vu aucune ville qui la surpassàt, à l'exception de Lisbonne. Toute cette splendeur a disparu avec le commerce de lInce, et de pauvres navires viennent seuls décharger leurs cargaisons auprès de ses misérabies maisons. Aujourd’hui Souakim a une garnison égyptienne. Son port est toujours excellent; il peut recevoir deux cents gros navires, sas compter une multitude de petits bâtiments. Le transport
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