‹ Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde [microforme] (volume 4)Chapitre 20 sur 75 · ABYSSINIE · texte numérisé non relu

ABYSSINIE

| SECT. Irc, — Description générale du terriloire ct de la population de l'Abyssinie.

Le nom générique d’Abyssinie s'applique à toute cette vaste région | montagneuse qui s'étend au sud et au sud-est de la Nubie, et donne Î naissance au Babhr-el-Azrek, au Tacazzé et à cette multitude de cours | d'eau plus ou moins considérables qui vont grossir le Nil et féconder ï ensuite la grande vallée de la Nubie et de l'Égypte. L’Abyssinie, isolée pour ainsi dire par ses montagnes ainsi que par | les déserts qui l'entourent, a peu de relations avec le monde civilisé, quoiqu'elle ait été jadis le siége d’un empire florissant. A l’est, on lui . donne vulgairement la mer Rouge pour limite ; cependant le territoire : abyssinien proprement dit n’y touche que par un point. Au nord, elle : est bornée par les déserts de la Nubie, sans cesse parcourus par des 1 Arabes nomades. A l’ouest, elle touche aux provinées du royaume de . Sennaar, et, au sud, à la région habitée par les Nègre: Gallas; mais ces derniers, après avoir long':-mps ravagé les parties limitraphes de l’Abyssinie, ont envahi plusieurs de ses provinces. Ainsi les limites de la con-

| trée désignée sous le nom d’Abyssinie, sont lcix d'offrir une fixité cer-

taine, et il est à peu près impossible d’évaluer la superficie de cette ré-

ï gion. C’est donc seulement par approximation que nous lui donnerons

! une étendue de 200 à 225 lieues du sud au nord, et de 250 à 280 de l’est : à l’ouest.

Les voyageurs s'accordent à décrire l’Abyssinie comme une région

| essentiellement montagneuse, les plaines que l’on y rencontre n'étant

| considérées que comme les terrasses des divers plateaux qu'y forment

les chaînes de montagnes. La mieux connue de ces chaînes est celle de Lamalmon, que les Européens sont obligés de traverser lorsqu'ik veulent pénétrer dans l'Abyssinie par la mer Rouge. Elle est remarquable par son élévation, qu’on évalue à 4,506 mètres environ. Les montagnes de Samen sont plus hautes encore. On en peut dire autant de celles ae Gojam, qui donnent naissance au Nil abyssinien. Les infor. mations obtenues sur fes territoires de Choa, d’Efat, de Damot, et sur les autres provinces méridionales, nous les représentent comme composées d’une succession de hautes montagnes séparées par de larges vallées. Plusieurs d’entre elles sont remarquables par leurs formes abruptes et leurs escarpements. Toutefois, Bruce a exagéré le caractère particulier de ces montagnes, en disant qu’elles aflectent souvent là figure de pyramides renversées. Ge qui est vrai, c’est que dans les montagnes, et quelquefois même au milieu des plaines, on voit s'élever, comme des tours, des pyramides ou d'énormes cubes, des rochers qui ne sont abordables que par des gradins taillés dans le roc ou par des échelles. Leurs sommités sont planes, unies, et offrent parfois une grande surface. Les Abyssiniens donnent à ces montagnes caractéristiques le non d’Amba. Ces Ambas sont des forteveïces naturelles et souvent imprenables. L’Amba-Geschen servait jadis de prison aux princes du sang royal, afin de leur empècher de rien tramer contre le souverain.

Le grand nombre de rivières qui naissent dans ? …byssinie concourt à prouver l'élévation du sol; la plus célèbre est le #ahr-el-Azrek, ou Nil bleu, qui a été longtemps regardé comme le vrai Nik, # prend sa source au pays des Agous, traverse le grand lac Tzana ou Hembea, baigne les provinces de Gojam, Damot et autres provinces; puis, en sortant de l’Abyssinie, il devient le fleuve central du Sennaar, qu’il arrose avant de se joindre au Babr-el-Abiad. Les principaux affluents du Nil bleu sont le Dender, 1e Rahad, à droite ; le Roma, le Yabouas et le Toumat, à gauche. Le Tacazzé, dont le nom signifie Terrible, ct qui, dans la partie inférieure de son cours, esi plus conuu sous celui d’Atbarah, prend naissance dans les hautes montagnes de la province de Lasta. Il traverse le royaume de de Tigré, le pays des Shangallas, et pénètre dans la Nubie, où il forme, avec le Babr-el Azrek et le Bahr-el-Abiad, la fameuse île de Meroë, Parmi les affluents du T'acazzé, nous mentionnerens seulement le HMareb ;

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| mais celte dernière rivière ne porte au Tacazzé le tribut de ses eaux que durant la saison des pluies ; dans la saison sèche, il se perd dans les sa bles. Les montagnes méridionales de l’Abyssinie donnent naissance à | deux rivières appelées Hanazo et Haouasch, qui coulent à l’est vers la mer Rouge, mais sans l’atteindre, car leurs eaux sont absorbées par les sables Ÿ qu désert.

En général, les rivières, les pluies et l’élévation du sol rendent la tempre beaucoup moins chaude que celle de l'Égypte et de la Nubie,

La chaleur de l'atmosphère, à la juger par les sensations qu’éprouve le corps humain, est beaucoup moindre que ne l'indique L the: momètre,

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| [y a même des provinces plus tempérées que le Portugal ou l'Espagne ;

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mais, dans les basses vallées, on éprouve les effets réunis d’une chaleur étouffante et des exhalaisons de l’eau stagnante. L’éléphantiasis, l’'ophthalmie et beaucoup d’autres maladies en sont les funestes suites. L'hiver, en Abyssinie, commence en juin, et dure jusqu’au commen- La pluie, souvent accompagnée de tonnerre ct

| d'ouragans affreux, oblige les habitants à suspendre tous les travaux, et ! fait cesser toute opération militaire. Les autres mois de l’année ne sont

pas entièrement exempts de mauvais temps, et les plus beaux sont ceux de décembre et de janvier. Tel est le climat en général, et surtout celui de l'intérieur; mais la nature montagneuse du pays produit plusieurs variations : ainsi, à lorient, sur les bords de la mer Rouge, entre le rivage et les montagnes, la saison des pluies commence larsqu’elle est déjà terminée dans l’intérieur. Cette particularité causa une grande surprise au Portugais Alvarez qui, à Dobba, se vit tout d’un coup transporté de l'hiver dans l'été.

L'Abyscinie, remplie de montagnes, ne saurait être dépourvue de minéraux. I paraît s’y trouver beaucoup de mines de fer, de cuivre, de plomb et de soufre. Les laïages à Pamot et les mines peu profondes d'Enarea donnent de l’or extrêmement fin. Bruce assure que l'or le plus fin se recucille dans les provinces occidentales, au pied des montagnes de Dyre et de Tegla. Les grandes plaines, couvertes de sel gemme, au pied des montagnes orientales, ont excité l'admiration des voyageurs ; le sel y forme des cristaux longs d’une palme.

L'extrême variété de climat, d'expositions et d’élévaticns que prèsente l’Abyssinie, doit naturellement faire présuraer que R flore de ce

pays est extrêmement variée :il paraît qu’il en est ainsi, mais nous n’en possédons encore qu’un catalogue assez incomplet. Parmiles végétaux les plus intéressants, nous citerons d’abord l’Amyris opobalsamum, que Bruce a bien décrit, et le Juga sassa de Willidenow, qui produit une gomme trèslégère, assez semblable à la gomme adragante, et dont les marchands se servent pour lustrer les cotonnades bleues venues de Surate. L'arbre qui produit cette gomme, qui semble être l’Opocalpasum de Galien, est aussi haut que nos ormes; la gomme couvre presque tout le tronc et les principales branches ; l'écorce est mince, blanc-bleuâtre; le bois est blanc et très -dur ; les fleurs sont d’un rouge cramoisi. L’Ensete est une espèce de bananier propre à l’Abyssinie, qui croît dans les marais où les habitents en font de grandes plantations : ilentre pour une partie considérable dans leuralimentation. Le Kol-qual est l’Euphorbia antiquorum ; ce végétal renferme un suc laiteux remarquable par son âcretéet son abondance ; ses fleurs dorées et ses fruits, qui, lorsqu'il sont mûrs, revètent une belle couleur cramoisie, produisent un effet agréable. Les Abyssimiens se servent du suc laiteux de cet arbre pour préparer leurs cuirs ou du moins pour en enlever les poils. Le Rack paraît ètre une espèce d’Avicennia ; il croît près des bords de la mer, et les Arabes avec son bois, construisent des barques inattaquables aux vers, à cause de son amertume. Le Mimosa kaniouffa de Candolle ou Pterolobium lacerans de Brown, est un arbrisseau épineux des plus incommodes, et qui sert d’asile à beaucoup d’animaux sauvages; les Abyssiniens redoutent avec raison de s’en approcher. Le Wanzey des Abyssiniens, ou Cordia «’yssinica de Brown, est une espèce de sébestier répandu dans toute cette contrée; c’est lui qui couvre de son ombrage toutes les villeset leur donne l'aspect d’un bois. « Gondar en particulier, lorsque apparaissent les fleurs blanches de cet arbre, qui éclosent en une seule nuit, ressemble à une ville couverte d’un voile blanc ou de neige.» Le Kuara, ‘’Erythrina abyssinica des botanistes, est ua bel arbre qui porte un espèce de pois rouge marqué d’une tache noire. De tout temps, les habitants s’en sont servi pour peser l'or ; cet usage s’est répandu jusque dans l'ade, où on l’a employé comme marque pour évaluer le poids des diamauts et autres pierres précieuses, c'est de là qu’est venu le nom de karat, Au reste, des expériences répétées ont démontré que ce choix n’était point mauvais, car les grains du kuara ne différent jamais sensiblement lun de l’autre. Le Wallouffe,

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qui paraît appartenir à la famille des bythnériacées, est décrit comme un arbre d’une merveilleuse beauté. Le Tabernæmontana est également un arbre remarquable par sa beauté et le parfum qu’il exhale ; le Krihaha est une espèce de bambou qui atteint jusqu’à 50 pieds de hauteur. On croit que le véritable encens est produit par l'Anguale, arbre que l’on trouve près du Taccazzé. Le Gesh est très-commun dans toute l’Abyssinie ; les habitants font sécher ses feuilles, les réduisent en poudre et les mêlent avec la masse qui leur sert à fabriquer la bière appelée bouza. Le Merjoubey est une espèce de solanée qu'on emploie dans le pays comme cathartique. Le ÆKousso,appelé par Bruce Banksia abyssinica, est un véritable arbre qui s'élève à une hauteur de 20 pieds, et dont on trouve des plantations auprès de toutes les églises. L’infusion de ses fleurs est journellement employée comme vermifuge par les habitants de tout sexe et de tout âge, qui sont extrêmement sujets aux maladies vermipeuses ; enfin le #ougnivus, autre plante médicinale, est d’une utilité non moins grande pour les Abyssinienus; il est surtout abondant dans le district nommé Ras-el-Fil où la dyssenterie règne constamment : « La nature, dit Bruce, a mis l’antidote à côté du poison, » L’écorce de cette plante, à laquelle la reconnaissance des botanistes a donné le nom de Brucea antidyssenterica, est maintenant usitée dans tous les pays comme un des meilleurs remèdes contre la dyssenterie.

Les principales plantes alimentaires sont le millet, l’orge, le froment, le maïs, mais surtout le teff ou poa abyssinica des botanistes, qui est la céréale la plus généralement répandue dans le pays. Les grains du teffsont plus petits que ceux de la moutarde et jouissent, dit-on, de la propriété de n'être pas attaqués par les vers; c’est avec ce grain que les Abyssiniens fabriquent leur pain, qui est un peu acide, mais sans être désagréable au goût. Les jardins de l’Abyssinie renferment plusieurs autres espèces d’arbres fruitiers, de légumes et de fleurs que nous ne convaissons pas encore assez bien. La plante appelée Nub fournit la plus grande partie de l'huile consommée dans le pays: elle paraît être une espèce de sésame.

Le règne animal n’offre pas moins de variété et d’abondance. Le bétail y est très-nombreux et d’une grande taille; les bœufs y ont des cornes d'une grandeur monstrueuse ; les buffles sauvages attaquent les voyageurs; les chameaux sont remplacés par l'âne et le mulet. On réserve pour la guerre les chevaux qui sont petits, mais pleins de feu. On voit errer en

troupes nombreuses le rhinocéros Licorne, qui diffère essentiellement du rhinocéros unicorne d’Asie. Les hippopotames sont communs; l’éléphant, le lion et le Iynx botté (l{ynæ chaus), s'y rencontrent fréquemment; la girafe ne s'aperçoit que dans les districts les plus déserts; les hyènes sont en si grand nombre, si féroces et si hardies, qu’elles parcourent quelquefois les rues des villes pendant la nuit, il y a aussi des sangliers, des antilopes et des singes. L'animal décrit par Bruce sous le nom d'achkoko est le daman des naturalistes, espèce qui tient le milieu entre le rhinocéros et le tapir; seulement c’est un petit animal de la taille du lièvre. La civette, si renommée par la substance odoriférante qu’elle produit, est commune dans l’Abyssmie.

Cette vaste contrée renferme assurément un certain nombre d'oiseaux, de reptiles et de poissons qui lui sont propres; mais nous manquons encore de détails sur ces parties de la zoologie abyssinienne. Les voyageurs parlent de plusieurs espèces d'abeilles sauvages, qui construisent leurs ruches sous terre et dont le miel est excellent. L'insecte le plus remarquable est une espèce de taon, qui force des tribus enticres à émigrer, ainsi qu'Agatharchide l'avait déjà remarqué avant Bruce. Les sauterelles font encore plus de mal; leurs innombrables essaims ravagent souvent des provinces entières et réduisent leurs habitants à la famine.

L’Abyssinic était à peu près inconnue aux anciens; aucun des conquérants de l'Égypte ne put pénétrer, à travers la Nubie et l'empire de Méroë, dans cette région éloignée. La tradition qui fait de la reine de Saba une princesse abyssinienne, et qui fait descendre de Salomon

les rois de l'Abyssinie, est une pure chimère. C’est seulement sous les .

Ptolémée que les Égyptiens acquirent une certaine connaissance de ce pays. Les besoins de leur commeree leur faisaient fréquenter chaque jour tous les ports de la mer Rouge, et ils étaient ainsi mis en relation avec le royaume des Axumites, d’où ils tiraient, par le fameux port d’Adulis, une enorme quantité d'ivoire. Les annales abyssiniennes représentent ce pays comme converti au judaïsme plusieurs siècles avant l'ère chrétienne; etil est certain que plusieurs de leurs observances religieuses rappellent encore aujourd'hui cet ancien culte. Dans le rv° siecle, les Absssiniens furent convertis au christianisme par les efforts d’un évêque égyptien nommé Frumentius. Lorsque l'Égypte et même la Nubie su-

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