‹ Géographie universelle ou Description de toutes les parties du monde [microforme] (volume 4)Chapitre 30 sur 75 · PERRET · texte numérisé non relu

PERRET

meau, pour les tribus qui habitent le désert et même pour les peuple de la Barbarie qui l'avoisinent, est un trésor d’une valeur inestimable, Déjà, il pourrait à lui seul teuir lieu de presque tous les autres animau: domestiques ; mais, en outre, il est l’unique moyen de transport dans ces immenses espaces depourvus d’eau et de végétation qui cependant sont la route nécessaire du commerce avec l'Afrique centrale. Monté sur le

Heirie ou le chameau du désert, qui, semblable au dromadaire, s’en dis. k

tingue seulement par une taille plus élégante, l’Arabe, après s’être enveloppé les reins, la poitrine et les oreilles, pour se garantir des bouf. fées d’un vent dangereux, parcourt avec la rapidité de la flèche le désert brûlant dont l'atmosphère enflammée empêche la respiration, et peut presque étoufer un voyageur imprudent. Les mouvements très-violents de ce chameau ne sauraient être supportés que par des gens

aussi patients, aussi abstinents, aussi exercés que ces Arabes. La F

plus mauvaise espèce de ces chameaux s’appelle Talayé, terme déno-

tant que l’animal ne fait que le chemin de trois journées ordinaires dans |

un jour. La variété la plus répandue est celle qui fait sept journées dans

un jour; on ia nomme Sebayé. Il y en a qui font neuf journées et qu’on |

appelle Tasayé; mais ils sont bien rares et hors de prix. L’Arabe, dans son style figuré, dépeint de la manière suivante la vitesse du chameou du désert : « Quand tu rencontres un heirie et que tu dis au cavalier qui » le monte : Sclem alik (Paix avec vous), lui, avant d’avoir pu te ré- » pondre: Alik salem, est déjà presque hors de ta vue, car il a marché » comme le vent. » Gray Jackson rapporte à ce sujet des faits qui paraissent incroyables. Un heirie arriva du Sénégal à Mogador en sept Jours ; il avait traversé 14 degrés de latitude, et, avec les détours de la route, il avait franchi un espace de 1,000 à 1,100 milles anglais, ce qui fait par jour 175 milles ou 75 lieues ordinaires de 25 au degré. Un Maure de Mogador monta un matis sur son heirie, alla à Maroc, qui en est à 100 milles anglais, et revint le mème jour au soir, avec quelques oranges qu’une de ses femmes avait désirées. Jackson cozvient que ces faits mettent la foi du lecteur à une rude épreuve, et ajoute que cette sorte de chameau est très-rare. Pour nous, nous n'hésitons pas à les déclarer controuvés. Le savant consul s’en est laissé imposer par quelque mystificateur arabe.

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dans le monde moderne : ses habitants étaient alors au rang des nations les plus civilisées. & Cyrénaïque, qui correspond à la côte de Barca et à une partie de celle de Tripoli, était le siége de colonies grecques extrêmement florissantes. L'Afrique propre, Africa propria des anciens, qui comprend le reste du territoire de Tripoli et une portion de la régence de Tunis, était fameuse par sa fertilité et par son commerce. C'était là, en effet, que s'élevait Carthage, cette rivale de Rome, qui fut longtemps maîtresse de l'Espagne et de la Sicile, et qui lança ses navigateurs intrépides au loin dans l'océan Atlantique. La partie méridionale de Tunis, jointe à la province algérienne de Constantine, formait jadis le puissant royaume de Numidie, qui se rendit célèbre soit comme allié, soit comme ennemi de Rome. L'Algérie occidentale et le royaume de Fez composaient la Mauritanie, pays moins civilisé que les précédents, mais fameux par la bravoure et l'excellence de sa cavalerie légère. Enfin, la région méridionale du Maroc portait le nom de Gétulie, mais ses peuples nomades résistaient au joug des vainqueurs du monde. Toutes ces contrées, à l’exception de la dernière, avaient été incorporées à l’empire romain et étaient devenues le grenier de l’Italie, qui était tout entière transformée en villas et en jardins.

Malgré leur situation au sud de la Méditerranée, ces provinces furent enlevées à l’empire par l’invasion des barbares du nord. Le Vaudale Genseric y établit le siége de son royaume, et y créa une flotte qui le rendit maître de la mer. L’invasion des Sarrasins produisit, dans l’Afrique septentrionale, un changement complet et permanent. Ils imprimèrent à toute la population le caractère arabe et musulman. Le Maghreb fut d’abord gouverné, sous les califes de Bagdad, par un viceroi qui fixa sa résidence à Cairoan ou Kairouan. Lorsque le pouvoir central de l’islamisi1e s’affaiblit, les provmces occidentales s’érigèrent en royaumes indépendants. Durant la première période de leur indépendance, ces États nmtveaux brillèrent d’un vif éclat par les armes, les sciences et les lettres ; l'Espagne tomba entre les mains des Musulmans d'Afrique, qui menacçèrent même le reste de l’Europe. Mais cette brillante situation dura peu : les guerres intestines donnèrent le signal du déclin pour les Etats barbaresques, et l'absence de toute communication avec les nations Européennes acheva leur décadence. A mesure que les peuples chrétiens progressaient dans la voie de la civilisation,

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des lumières et de la richesse, les Musulmans du Maghreb tormbaient

dans la barbarie, l'ignorance et la misère.

Les guerres maritimes entre les Turcs et les Chrétiens, au xve siècle, déterminèrent une nouvelle révolution politique dans les Etats de l’Afrique septentrionale. Les célèbres corsaires Khaïreddin et Aroudj, plus connu sous le nom de Barberousse, s’emparèrent d'Alger, de Tunis et de Tripoli qui devinrent des provinces turques; mais, après la chute de la marine ottomane, la population de ces villes maritimes continua de se livrer à la piraterie, et désola longtemps le commerce de la Méditerranée. L'empire du Maroc, quoiqu'il fût resté indépendant de la Turquie, trouva bon d’imiter ce noble exemple, et les pirates marocains exercèrent enct re plus de ravages que ceux des autres ports barbaresques : cependant, ce fut le Maroc qui renonça le premier à cet infâme métier,

Dans la seconde moitié du dernier siècle, les régences d’Alger, de Tunis et de Tripoli secouèrent le joug de la Porte. Les deux dernières cessèrent leurs pirateries : la première, malgré le châtiment sévère que ses brigandages avaient déjà reçu de la part de la France et de l’Angleterre, refusa de courber la tête devant la puissance de la civilisation, Une armée française s’empara en 1830 de la ville et de tout le territoire de la régence, qui, deveau partie intégrante de la France, sera le point de départ par où la civilisation pénétrera dans ces pays si longtemps livrés à la misère et à l’abrutissement, Depuis 4835, la régence de Tripoli a été obligée de reconnaître de nouveau la souveraineté de la

Turquie. |

Jetons maintenant un coup d’œil général sur les races qui habitent la région du Maghreb, car ces différentes races se retrouvent, quoique en proportions diverses dans les régences de Tunis et de Tripoli, dans l'Algérie et dans l’empire du Maroc.

En Barbarie, on donne le nom de Maures aux habitants des villes et aux cultivateurs fixes qui résident dans leur voisinage immédiat, et celui d’Arabes aux individus qui appartiennent aux tribus nomades. La dénomination de Maures est dérivé de celle de Mauri , appliquée par les Romains aux habitants de la Mauritanie. Dans l'Afrique centrale, on désigne par cette même expression de Maures tous les Musulmans qui ne sont pas de race nègre. Quoique les Maures du Maghreb parlent un

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AFRIQUE : RÉGION DU MAGHREB. 407 dialecte arabe rempli d’idiotismes, leur ensemble physique, la peau plus blanche que celle des Arabes, le visage plus plein, le nez moins saillant et tous les traits de la physionomie moins énergiques, semblent prouver qu'ils descendent d’un mélange d’anciens Mauritauiens et Numides avec les Phénîiciens, les Romains et les Arabes. Les Maures ont une existence triste, isolée et monotone : ils passent leur temps dans le repos et vivent habituellement retirés dans l'intérieur de leurs maisons. Il n'existe chez eux ni société, ni distraction, ni plaisir. Les femmes sont tenues rigoureusement prisonnières dans le harem, et les hommes se montrent excessivement jaloux, soit avant, soit après l’hymen, Parmi les cérémonies du mariage, on distingue la procession s0lennelle destinée à faire voir les documents qui attestent la sagesse virginale de la jeune épouse. Le caractère des Maures serait, selon les voyageurs Européens, un composé de tous les vices : avares et débauchés, sanguinaires et lâches, avides et paresseux, vindicatifs et rampants, ils ne rachèteraient tant de défauts par aucune bonne qualité. Il est vraisemblable que ce portrait péche par quelque exagération; mais il est certain qu’on ne peut guère trouver que des vices chez des peuples soumis au régime du pur despotisme, surtout tel qu'il existe dans le Maroc.

La dénomination d’Arabes, comme nous venons de le dire, s'applique aux tribus nomades qui occupent les plaines de la Barbarie, soit parce que ces nomades descendent réellement des conquérants sarrasins venus de l’Asie, soit parce qu'ils ont les mêmes habitudes et mènent le même genre de vie. Ils se distinguent des Maures par leur physionomie plus mâle, leurs yeux plus vifs, leur teint olivâtre et tous leurs caractères physiques plus accentués. Leurs tentes, couvertes d’une grosse étoffe en poil de chameau, ont conservé la figure d’un bateau renversé, que Salluste attribue aux mapalia des Numides. Ils nomment une demeure semblable chaima, et un groupe de quelques chaimas forme un camp appelé douar. Chaque douar est gouverné par un scheikh qui n’exerce sur ses habitants qu’une autorité paternelle, attendu que tous les habitants d’un même douar sont unis entre eux par un lien de parenté plus ou moins rapproché. Leur manière de vivre est tout à fait patriarcale, et ils exercent une hospitalité tout à fait primitive. Lorsqu’un étranger arrive dans sa tente, le scheikh lui-même lui lave d’a-

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bord les pieds; puis il va à son troupeau, choisit un mouton ou un chevreau, le tue de ses propres mains et le donne à ses femmes pour apprêter le repas; mais comme toutes les races qui portent le nom d’Arabes, ces nomades ne sont pas moins voleurs qu'hospitaliers, et ceux-là même qui ont été leurs hôtes n’échappent pas à leurs brigandages. Lorsqu'ils ont épuisé le terrain qu'ils occupent, ils transportent leur douar dans un autre endroit; mais, pour cela, ils payent un droit au gouvernement qui, d'après la théorie dominante chez tous les peuples musulmans et même orientaux, est le seul et unique propriétaire des terres. Les Arabes, comme les Maures, envoient à la Mecque des caravanes de pèlerins qui s'occupent tout autant de commerce que de dévotion. En Asie, on les comprend, les uns et les autres, sous le nom de Maghrebi ou Moghrabins, c’est-à-dire Occidentaux.

La race des Berbers occupe les régions montagneuses de tout l'Atlas. Tout porte à croire que ces tribus sont les véritables indigènes de l’Afri. que septentrionale, et qu'ils se sont retirés, lors de l'invasion des races orientales , au milieu des montagnes comme dans un lieu de refuge inaccessible. C’est dans les petites vallées qui courent entre les flancs escarpés de l’Atlas que les Berbers construisent leurs villages, entourés de jardins et de plantations. Dans quelques localités, leurs habitations sont creusées dans le rocher. Les Berbers ont le teint rouge et noirâtre, la taille haute et svelte, l'habitude du corps grêle et maigre. Leur sobriété est extrême : du pain bis, des olives, de l’eau; voilà leur repas. La pauvreté et ia malpropreté de leurs vêtements leur donnent un aspect sauvage. Ils montrent cependant dans la culture de leurs champs et les soins qu’ils donnent à leurs troupeaux, un caractère laborieux et une intelligence susceptible d’un grand développement. Ils fournissent au Maure pars“sseu” des bestiaux, du blé, des olives et toutes sortes de denrées, Ils se livrent aussi à la chasse, et vendent les peaux des animaux sauvages qu’ils ont tués. Les Berbers vivent au sein de leurs montagnes dans une indépendance presque absolue; ils ne «ont astreints, à l'égard du souverain, qu’au payement d’un tribut mouique, ordinairement «n nature. Souvent ils le refusent, et alors il est fort difficile de les y contraindre. A l'appel de leurs scheikhs, tous les hommes courent au:. armes, ils combattent avec courage, et protégés par leurs âpres moatagnes, ils {'fient l'autorité des despotes barbares-

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| chefs héréditaires nommés Amargar, ct dont l'autorité patriarcale se

borne à ranir les vols et les assassinats.

» Les Berbers forment aujourd’hui quatre nations distinctes : 4° les Amazigh, nommés par les Maures Schilla, Schoullahs ou Schillughs, dans les montagnes marocaines ; 2° les Æabiles ou Kabaïles, dans les montagnes d'Alger et de Tunis; 2° les Tibbous, dans le désert entre le Fezzan et l'Égypte ; 4 les Tonari!:s, dans le grand désert, L'identité de la langue que parlent ces jeupics, reconnue par la comparaison des vocabulaires, est une des lécouvertes les plus intéressantes dont se soit enrichie la scicuce ethnographique. Cette langue présente un caractère très-original, quoique rapproché de l'hébreu et du phénicien.

Outre ces véritables nations, l'Afrique septentrionale renferme des colonies étrangères, parmi lesquelles on distingue les Turcs, naguère dominateurs à Alger, Tunis et Tripoli, et les Juifs répandus dans toute la Barbarie, même dans les vallées des Kabyles.

Les nations dont nous venons de tracer le portrait professent toutes le mahométisme, et nulle part il n'existe de musulmans plus zélés et plus fanatiques. Les habitants du Maroc se distinguent particulièrement sous ce rapport ; ceux de Tripoli et de Tunis, plus civilisés par les relations commerciales et par le contact journalier avec ies peupies chrétiens, se montrent moins intolérants. Ce qui prouve que le fanatisme de ces nations est en raison directe de leur isolement, c’est que les Berbères, qui vivent retirés dans les montagnes, se montrent plus ardents et plus cruels ennemis des chrétiens et des juifs que les Maures et les Arabes eux-mêmes. IL n’existe, dans les États barbaresques, au eun lien entre les inimstres de lu religion et le gouvernement : on n’y voit rien qui ressemble au corps de l’Ouléma en Turquie, pour fixer et maintenir la doctrine et la discipline religieuse. Les musulmans du Maghreb réservent tout leur respect et toute leur vénération pour les individus qui, par leurs excentrimiés ou leurs jongleries, parviennent à s’attribuer le caractère de saints. Ces saints, tantôt fanatiques visionnai-

res de bonne foi, tantôt (et c’est le cas le plus fréquent) espèces de charlatans qui spéculent sur la crédulité publique, exercent, surtout dans le Maroc et parmi les Berbers de l'Atlas, une influence extraordinaire.

Les superstitions les plus absurdes et les plus grossières ont cours parmi ces populations iguorantes et d’ouées d’une imagination de feu. Parmi les saints, objets de leur vénération, les uns se font passer pour invulnérahles, les autres se donnent comme ayant des relalions continuelles avec les êtres du monde invisible ; quelques-uns se donnent comme prophèles, nonobstant le Koran qui déclare Mahomet le der. nier des prophètes ; une autre espèce passe pour impeccable, et ces infâmes jongleurs peuvent se livrer impunément à tous les crimes et à tous les excès de la dépravation la plus effrénée. Le seul doux sentiment que la religion inspire aux musulmans du Maghreb est une vénération singulière pour les morts. Le soir de chaque vendredi est consacré à la visite des tombeaux. Aux funérailles, une longue série de femmes, payées pour pleurer et hurler, accompagne le mort à sa dernière demeure.

Les sciences, l’industrie et les arts sont, chez les peuples mahométans du Magkreb, non pas à l’état d'enfance, mais dans le plus complet dépérissement. Jadis, à limitation des autres pays soumis au joug des Sarrazins, les États barbaresques, et le Maroc en particulier, se distinguaient par la culture des sciences, surtout de l'astronomie, des mathématiques et de la médecine. Fez possédait des écoles célèbres où l’on affluait de toutes les parties du monde musulman. Aujourd'hui, les individus qui savent hre, écrire ou exécuter les plus simples opérations de l’arithmétique sont fort rares. Toute science médicale a disparu, au point que, à l'exception de certains cas de fractures, de luxations, de plaies et de contasions, l'intervention du praticien indigène est plus dangereuse qu'utile. Savoir lire le Koran paraît aux Maures ignorants le comble de la science; cependant ils aiment encore l'histoire, les contes et la poésie. L'époque brillante de f'architecture moresque a également disparu sans retour : les palais impériaux du Maroc même n'offrent rien qui rappelle l’idée d’art. Les maisons carrées et à toits plats sont de la plus grande simplicité : celles des riches sont quelquefois ornées à l'intérieur de beaux tapis et de fontaines jaillissantes.

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L'agriculture est dans l’état le plus imparfait. Cependant, grâce à la fertilité du sol et à l’absence d’une population manufacturière pour consommer leurs produits agricoles, certaines provinces livrent chaque année une assez grande quantité de blé et d’autres denrées pour l’exportation : cette quantité pourrait s'élever dans des proportions considérables, stimuler l’activité du cultivateur et enrichir le pays, si la propriété était consacrée par des lois fixes, et si l’exportation n’était pas grevée de droits souvent exorbitants. Les manufactures sont en très-petit nompre et peu variées. La seule qui mérite une mention spéciale est la préparation des peaux de chèvre connues sous le nom de maroquins. C’est à Fez qu'est établi le centre de cette industrie : on a cité au capitaine Washington une manufacture qui à elle seule occupait, dit-on, 1,500 ouvricrs. On fabrique encore, dans la Barbarie, diverses étoffes de laine, particulièrement de longues robes appelées haïks, qui sont en usage dans toute cette région. On fait aussi des tapis ; il y en a qui sont presque aussi beaux que ceux que l’on apporte de la Turquie. Tunis est la plus industrieuse des villes barbaresques ; elle possède des fabriques de velours, de soieries, de tissus de laine, de toiles de coton, et surtout de bonnets rouges, espèces de calottes qui se portent dans tout l’orient : mais Livourne et Marseille ont imité cette fabrication et ont, par leur concurrence, frappé d’un coup mortel cette industrie principale des Tunisiens. Tripoli a quelques fabriques du même genre que celles de Tunis, mais bien moins importantes.

Le commerce des pays barbaresques avec l’Europe est fort limité. Les produits bruts du sol sont à peu près les seuls objets d'exportation. Tunis exporte des hüiles d’olive estimées qui rancissent moins promptement que celles d'Italie , d’excellent savon fabriqué avec de l’huile dolive et de la barille, des éponges, de l’orseille, du blé, etc. Le commerce du Maroc est presque tout entier concentré à Mogador. Les exportations consistent en blé (qui s’expédie principalement en Espagne, quand l’empereur, toutefois, ne prohibe pas sa sortie ), en amandes douces et amères, en cuirs, en peaux de chèvres brutes et maroquitées, en laines, en cire, en huiles, et en fruits de diverses espèces. Les plumes d’autruche, l'ivoire, les gommes et la poudre d’or que nous envoient Tunis, Tripoli et le Maroc, viennent de lin‘éricur de l'Afrique.

échange, les villes de la Barbarie reçoivent toutes sortes de produits

manufacturés de l’Europe et de denrées coloniales, quoique en petite quantité. Les draps sont demandés; mais il faut qu’on les laisse à bon marché, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent être que fort grossiers. Parmi les principaux articles importés, nous nommerons les toiles communes d'Allemagne , les étoffes de coton, la quincaillerie, l’étain, le plomb, l’alun, le vitriol et la cochenille.

Le commerce avec le Soudan est peut-être plus considérable que celui avec l’Europe , mais il est impossible d’en connaître le chillre. Il se fait par caravanes : Tripoli envoie les siennes par le Fezzan au Bornou et jusqu’au pays des Aschantis; celles de Tunis vont à Tombouciou par Gadames et Touat ; le Maroc dirige les siennes à travers le grand désert jusqu’à la même ville et jusqu’au Sénégal.

La marine marchande des ports barbaresques est aujourd’hui réduite à rien : tout le mouvement commercial a lieu par navires européens. Les pêcheries, nonobstant l'immense étendue des côtes, n’ont reçu aucun développement. Elles ne fournissent qu’à la consommation locale; celle du corail, près de Bone et de La Calle, en Algérie, sont les seules qui aient quelque importance, encore ne sont-elles pas entre les mains des indigènes.

Le costume des Maures et des Arabes du Maghreb ne manque ni d’élégance ni de pittoresque. Le vêtement le plus caractéristique est le haïk, grande pièce d'étoffe de laine, de forme carrée, qui a généralement 5 mètres et demi en longueur et en largeur, et qui se drape autour du corps. L’ampleur de ce vêtement nécessite, lorsque celui qui en est revêtu veut faire quelque travail sérieux, l'emploi d’une ceinture. Cette ceinture, qui est également en laine et souvent richement ornée, sert encore à porter les armes. Sous le haïk, les Maures et les Arabes ont une tunique serrée, et au-dessous de la tunique une chemise qui est tantôt en toile, tantôt en coton, chez les Maures, et toujours en laine chez les Arabes. Enfin par-dessus le haïk, on jette, quand l'état de la température l’exige, une espèce de manteau appelé bournous; ce dernier a un capuchon qui se rabat à volonté sur la tête. Quant à la coiffure, elle consiste en une espèce de calotte rouge conique, qui se pose sur le crâne ; au-dessous on drape le turban, qui, par le nombre et la variété de ses plis, indique le rang du personnage. Le costume des femmes mauresques est fort élégant et parfois trés-riche ; mais

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Il est à peu près impossibie d’évaluer exactement la population des États barbaresques. Un auteur que nous avons déjà cité, Gray-Jackson, porte à près de 15,000,000 la population de l'empire du Maroc: il prétend avoir basé son évaluation sur des documents officiels. Mais, si

ces documents existent réellement, il faut admettre qu'ils se rapportent

à une période fort éloignée ou plutôt que ce sont là des listes faites à plaisir pour satisfaire la vanité du maître. Ce qui prouve le peu de foi

| qu'ils méritent, c’est qu’ils portent, suivant Jackson, la population de | Ja ville de Maroc à 270,000 habitants, tandis que les voyageurs les plus

judicieux estiment qu’elle ne saurait dépasser 60,000 âmes. L’estima-

: ton de Chénier nous paraît beaucoup plus vraisemblable. 11 donne : 6,000,000 pour la population de l’Empire tout entier, et peut-être ce | chiffre est-il au delà de la vérité. Les meilleurs observateurs pensent que la population d’Alger peut être de 2,000,000 ; que celle de Tunis | est à peu près égale, et que celle de Tripoli ne dépasse pas 700,000 âmes. Ainsi donc, la population totale de la région du Maghreb représente- | rait un chiffre maximum de 10,700,000 habitants : ce qui est peu de

chose quand on considère et son étendue et la fertilité d'une grande

* partie de cette contrée.

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CITAPITRE SEPTIÈME.

RÉGION DE MAGHREB,

Description topographique des États que renferme cette région. SECT. 4re. — Empire du Maroc.

Le gouvernement du Maroc est l’idéal du despotisme aveugle et bru tal. L'insurrection est l'unique voie ouverte au peuple pour réprimer les excès du pouvoir illimité que leurs princes s’attribuent. Il n’v a donc pas lieu de s’étonner qu’au milieu de tant de sources de prospérité, ce

beau pays soit plongé dans la misère et l'abrutissement. Le Maroc peut } en outre se flatier d’avoir été gouverné par des princes qui étaient de À véritables monstres de luxure et de cruauté : le fameux Muley-Ismall est le type de ces Nérons magrebins. Le vieux Muley-Abderrahman, À actuellement régnant, prince d’un caractère généralement doux et équi-

table, est un Marc-Aurèle et un Antonin, comparé à quelques-uns de ses prédécesseurs.

La dynastie qui occupe le trône, le possède depuis l’année 1547, où E un schérif, c’est-à-dire un descendant de Mahomet, sorti de l’une des E

provinces du sud de l'Atlas, renversa la dynastie des Mérinites. Aus les souverains de la dynastie actuelle prétendent-ils unir la qualité de prophète et de saint à celle d'empereur Le prince exerce, en constquence, le double pouvoir spirituel et temporel, et c’est ce qui explique en partie la non-existence d’un corps organisé ou hiérarchique quel conaue dans le Maroc. Il est législateur, juge et exécuteur de la loi; ou, en d'autres termes, il est au-dessus de toute loi. Un empereur à qui l’un de ses sujets osait rappeler une promesse, lui répondit : « Me prends-tu pour un infidèle, que je doive être esclave de ma parole ? » Cependant, l’empereur du Maroc, tout absolu que soit son pouvoir, doit par prudence respecter certai:s usages antiques auxquels ses sujets sont fortement attachés. Ainsi, par exemple, il est tenu de donner unt

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