AFRIQUE : SAHARA
ces chants raniment et soutiennent les chameaux. A quatre heures du soir on dresse les tentes, on récite en commun les prières; et après le souper, qui succède à cet acte de dévotion, tous s’asseyent en cercle, causent ou content des histoires jusqu’à ce que le sommeil vienne fermer leurs yeux. L'arabe s'adoucit extrêmement dans la bouche des conducteurs de chameaux; cette langue devient aussi douce et plus sonore que l'italien; leur dialecte particulier ressemble à l’ancienne langue de l'Alcoran, qui, pendant douze cents ans, n’a presque point souffert d’altéralion, Les Arabes de Magaffra et les Ooulad-Abou-Sebah improvisent avec beaucoup de facilité; les femmes, fort habiles en poésie, distinguent favorablement les jeunes Arabes qui excellent dans cet amusement spirituel.
La partie moyenne du grand désert, qui s'étend à l’est des territoires occupés par les tribus de race arabe jusqu’au Fezzan et aux monts Bieban, est le domaine des Touariks, Cette nation guerrière, qui répand la terreur parmi les populations de l'Afrique centrale, ne paraît pas, quand on l’observe chez elle, aussi barbare qu’on pourrait le croire d’après les récits des nègres africains. Un voyageur anglais regarde les Touariks comme une des plus belles races d'hommes qu'il soit possible de voir ; ils sont grands, beaux et élancés ; leur figure respire un air de dignité et d'indépendance ; leur peau n’est pas noire, elle est simplement trèsbrunie par l’action incessante du soleil ; ils méprisent tous les peuples qui vivent dans des maisons et cultivent la terre ; pour eux, ils n’estiment que la vie pastorale et nomade, le commerce et surtout le pillage, Les caravanes qui traversent leur territoire doivent composer avec eux, sous peine d’être enlevées, etils sont constamment à rôder sur les frontières du Soudan, pour y exercer leur industrie préférée ; ils enlèvent ainsi un grand nombre de noirs qu'ils vont vendre sur les divers marchés de l'Afrique. Cependant, les voyageurs qui ont observé les Touariks chez eux les ont trouvé francs, probes et hospitaliers ; ils témoignent beaucoup de respect à leurs femmes, et ressemblent assez, dans leur vie sociale, aux Européens. Ils ont même des caractères d'écriture, vraisemblablement fort anciens, mais ils ne s’en servent que pour tracer des inscriptions sur les rochers noirs qui parsèment leur territoire ; quelques-uns de ces rochers en sont presque entièrement couverts.
Les Touariks sont musulmans; mais ils n'appartiennent pas à la
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famille arabe ; on les regarde généralement comme faisant partie de la grande famille berbère, dont nous avons déjà parlé ; ils se divisent en plusieurs tribus ; les principales sont : les Ghraat, qui habitent à l’ouest du Fezzan ; les Taghama, qui errent sur les frontières d'Haoussa , et les Kollouvi, qui occupent la plus grande partie du territoire entre les deux précédentes. C’est dans le district d’Asben, qui leur appartient, que se trouve f’importante ville d’Aghades, que l’on dit être aussi étendue que Tripoli, et qui est l’un des plus grands entrepôts pour le commerce °: l'Afrique. |
Une autre race, également d’origine berbère, les Tibbcus, occupe la régian orientale du grand désert des monts Bieban ; cependant, ils ne s’éiendent point sur la partie du grand désert qui porte le nom de désert de Barca, et qui est la possession de tribus de race arabe. Quant À cette autre partie du Sahara, désignée spécialement par le nom de désert de Lybie, ils n’en sont pas seuls maîtres ; nous avons cité ailleurs les principales tribus arabes qui tiennent les régions les plus voisines de la vallée du Nii. Les Tibbous sont presque aussi noirs que les nègres, mais lcur physionomie est tout à fait différente ; ils ont les cheveux plus longs et moins frisés, une stature médiocre, les traits du visage peu accentué: , et l’œil remarquable par sa vivacité ; ils vivent principalement du lait de leurs chameaux et des produits qu’ils obtiennent des rares oasis semées dans leurs déserts. Ils font aussi un peu de commerce avec les Fezzanis, et se livrent, en outre, au piliage des caravanes ; mais ils sont eux-mêmes exposés aux brigandages d’une race plus entreprenante et plus énergique, les Touariks. 11 ne se passe pas d’année que ceux-ci ne fassent quelque incursion dans le pays des Tibbous , et, quand ils peuvent les surprendre, ils enlèvent tout. Les Tibbous n’osent pas regarder les Touariks en face ; leur unique ressource est la fuite ; ils se réfugient sur le sommet de certains rochers semblables aux ambas, c’est-à-dire à parois verticales et surmontés d'un plateau. Là, ils défient les attaques de leurs ennemis, qui n'ont ni les moyèns d’escalader ces forteresses naturelles, ni la patience de s’en emparer par blocus. Les tribus ont grand soin de construire leurs villages auprès de quelque rocher de ce genre. Les Tibbous ont des lacs qui donnent un sel extrêmement pur ; mais la meilleure partie est enlevée par les Touariks, qui ne rencontrent généralement
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